Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes

mardi 31 mai 2016

Queen - Innuendo (1991)



  Tâche délicate que celle de parler de cet album inégal mais néanmoins plutôt sous-estimé de Queen. En effet, selon moi il s'agit de leur album le plus intéressant de la période synthétique post-The Game. Alors intéressant ne veut pas dire sans défauts, ni chef-d'oeuvre. En effet, c'est plutôt une réussite, malgré quelques défauts. Car cet album arrive, au milieu de choses plus banales et oubliables, à faire sur quelques morceaux du grand et surtout de l'unique. Et tout cela avec un mix de ce son synthétique improbable issu des eighties, de rock testostéroné boosté à l'opéra et de mille autres choses. Vraiment, ce n'est pas un album que l'on cite souvent mais il ouvre d'intéressantes pistes malheureusement inexploitées par la suite.




  On démarre avec du lourd, de l'excellent. Le morceau titre, "Innuendo", s'ouvre sur un rythme hispanisant rappellant le "Boléro" de Ravel (et donc un peu "White Rabbit" de Jefferson Airplane). Mais c'est plutôt l'esprit psyché sombre, rock et torturé version Jefferson qui est convoqué ici par les synthés théâtraux, la grosse guitare rock et le chant viril de Mercury. Le morceau est une merveille de synthèse entre un arena rock rassembleur et un rock plus vicieux et dark, plus exigeant aussi. Le tout est porté par ce mur de son électro-rock et surtout le chant extraterrestre et surpuissant du Freddie. On note la volonté de composition très ambitieuse en introduisant un break acoustique tire-larmes avant les 3 minutes (très opéra), puis un intermède instrumental flamenco, avant une autre partie opéra avec des choeurs à la Queen divins. Et le solo de guitare de May bien évidemment, qui débouche sur un autre break hard-FM pour head-banger, puis une reprise de la première partie du morceau, sombre et rock. Il s'en est passé des choses en un peu plus de 6 minutes hein ? Excellentissime, ce morceau pose des bases solides et augure le meilleur. C'est du niveau des mini-opéras pop de Mercury, à la "Bohemian Rhapsody" et "The Prophet's Song", rien de moins.

  La suite s'annonce géniale avec le synthé crépusculaire de "I'm Going Slightly Mad", qui porte bien son titre. Ce son de synthé est si vintage et inhabituel qu'il est à la fois évocateur (on dirait la musique d'un temple d'un bon vieux Zelda sur Nintendo 64, et c'est plutôt un compliment), un peu risible, et surtout tellement extraterrestre qu'il en émane une beauté malsaine, une attirance effrayante. Là encore c'est le charisme de Mercury qui porte tout le morceau. Il se bat contre ses démons parmi les nappes synthétiques, avec un chant de crooner évoquant autant un Sinatra avalé par une borne d'arcade qu'un Elvis période Vegas ou un Klaus Nomi théâtral. Ce chant presque jazzy est d'une subtilité incroyable, on entend toute la profondeur, la complexité, les doutes et la tristesse du bonhomme. Et c'est très beau et touchant. Et puis là encore le travail sur les voix est magnifique (ces petits choeurs et ad-libs sont géniaux).





  Bon, si tout l'album est comme ça on tient un chef-d'oeuvre. Mais vous l'aurez deviné (ou vous le savez), c'est pas le cas malheureusement. "Headlong" qui suit, est une sympathique scie heavy metal pour stades, plutôt efficace quand on ne la réécoute pas trop souvent, et qui ne fait pas décrocher de l'écoute de l'album, mais qui est loin d'égaler les sommets de créativité des premiers morceaux. Dommage. 

  "I Can't Live With You" rappelle Michael Jackson, est-ce que le grand fan de Freddie (Hot Space de Queen est cité par MJ comme un des modèles de Thriller) aurait influencé son idole sur le coup ? Avec ce refrain rnb, cette boîte à rythme typique, ces inflexions dans le chant, comment en douter ? On n'est pas loin d'un "Black Or White" sorti la même année, en effet. Bon, là encore, franchement c'est pas mauvais ça s'écoute bien, mais ce n'est pas non plus un sommet.

  On renoue avec les ambiances aliénées, dépressives et sombres du début d'album avec la ballade "Don't Try So Hard", qui rehausse un peu le niveau surtout pour le chant magnifique de Mercury. Qui a rarement mieux chanté que sur cet album, et c'est ce qui sublime même des morceaux moyens comme les deux que je viens de citer précédemment, et font qu'ils valent l'écoute.





  Ensuite, nous avons le droit à un "Ride The Wild Wind", quelque part entre un rockabilly propulsé dans les synthés eighties et un morceau de U2, là encore sympathique, pas génialissime mais très écoutable. "All God's People" qui suit est un étrange morceau, là encore mêlant une énergie presque gospel, des musiques de tellement de traditions folkloriques mondiales, des synthés bizarres et du rock de stades que le rendu final est vraiment très étrange. Pas forcément dans le bon sens pour le coup, celui-là on a envie de le passer.

  "These Are The Days" est une ballade entre rock eighties et funk glacé, presque un slow, très sympa. Même si elle est très cliché (ça pourrait être un générique de série de l'époque), je l'aime beaucoup cette petite guimauve romantique. "Delilah" quand à elle avec ses synthés baveux et son rythme presque zouk, est vraiment une étrange réussite inattendue vu ce qui est écrit au début de cette phrase. Bonne chanson pop à la mise en son à la fois ultra kitsch mais du coup assez unique et finalement très jouissive, elle vaut le détour justement pour ses excentricités. 

  "The Hitman" est un vieux Hard-FM assez inécoutable, deuxième chanson à zapper, et encore plus vite que la précédente. Mon dieu que c'est criard. Tout comme la guitare de May sur "Bijou", qui à force de triturer son manche en fout tellement partout qu'il dégueulasse toute la chanson. Et du coup nos oreilles brûlent comme nos yeux le feraient si mon image n'en était pas une et qu'on exposait la pièce à une lampe à UV  (terriblement pas classe comme métaphore mais terriblement réaliste, malheureusement). 





  Et on finit sur un morceau d'anthologie, ce "Show Must Go On" intense et qui vaut beaucoup plus que ce dont vous vous souvenez de votre dernière écoute. Franchement, avec un bon casque ou de bons amplis, vous redécouvrez toute la puissance et la densité de cette chanson, avec ses couches d'arrangements riches et bien dosés. A la réécoute elle monte énormément dans mon estime cette chanson, je la range avec les superbes réussites du début d'album.

  Bon, rien qu'en me lisant, vous aurez fait tous seuls le bilan : évidemment cet album n'est pas un chef-d'oeuvre, il est terriblement inégal. Mais ça veut aussi dire qu'il contient de grandes choses, et aussi de bonnes choses, en plus des petits déchets occasionnels. Si on trie le bon grain de l'ivraie, cet album s'en sort pas trop mal, et amputé de quelques titres très faibles il aurait pu avoir une toute autre tenue et être l'ultime classique du groupe. Il est cependant un bon album, et c'est déjà beaucoup. 

  Rien que pour les quelques morceaux d'anthologie (souvent signés par Freddie et très très branchés opéra) et leur ambiance si particulière, ainsi que pour le chant de Mercury, prenez le temps de réécouter ce disque. 

Et c'est justement par ici le lien Spotify pour (ré)écouter l'album.

Merci pour votre lecture et vos commentaires



Alexandre


  Pour écouter cet emblématique album de Queen, il est important de le remettre en perspective avec le contexte dans lequel il a été composé. Celui de Freddie Mercury et d'une maladie diagnostiquée depuis 1987, dont tout le monde parle sauf lui, alors qu'on le voit faiblir à chaque apparition publique. Fuyant la presse anglaise il se réfugie alors à Montreux pour enregistrer la majeure partie de cet album. Opus dont l'enregistrement s'étalera sur près d'un an, entre mars 1989 et novembre 1990.


     Cet album constitue ainsi le dernier enregistré par le groupe anglais avant le décès de leur charismatique leader et fut conçu comme un adieu au public. L'ambiance y est alors imprégnée d'une gravité et d'une nostalgie poignante, s’exprimant pleinement dans les paroles écrites par Freddie Mercury. C'est le cas sur These are The Days of Our Lives touchant par la sincérité de l'écriture de Freddie. C'est aussi pour lui l'occasion, sur I'm Going Slightly Mad, de parler, via la métaphore de la maladie mentale, de sa propre maladie. 
  C'est ainsi que le chanteur est mis, plus que sur n'importe quel autre album du groupe, en valeur. L'usage des chœurs y est plus que réduit pour laisser à l'incroyable voix de Freddie prendre une place très importante dans la structure des titres, lui laissant la possibilité de la déployer dans des envolées phénoménales. Les thèmes abordés sont aussi souvent très personnel au chanteur. On pense notamment à Delilah où il parle à sa chatte ( visible sur le portrait stylisé de Freddie Mercury ) comme on parlerait à un amant ou à Bijou. 




    Se créer ainsi tout au long des 12 titres que compte ce LP une intimité unique avec Freddie Mercury, s'épanouissant pleinement dans l’apothéose du fameux et fabuleux Show Must Go On qui clos à merveille, dans leur plus pur style rock, l'album et la fabuleuse aventure Queen ( on occultera les albums et prestations du groupe en l’absence de Freddie Mercury ).

     Par mes propos, on pourrait penser que c'est un album solo de Freddie Mercury avec Brian May et Roger Taylor, mais pas du tout. Les morceaux sont aussi profondément marqués par la composition du guitariste et de ses influences hard-rock. C'est ainsi que Headlong et I can't Live With You, furent initialement composés par Brian May pour un album solo, mais incorporés au travail de cet à l'album quant May entendit Freddie chanter sur ceux-ci. De même le guitariste prend une place cruciale sur The Hitman comme sur Bijou. Permettant à l'un de réchauffer l'ambiance le temps d'un morceau quasi emprunt à AC/DC, même dans les techniques vocales de Freddie, tantôt d’exacerber la sensibilité d'un court poème.


 Mais comme le disait très bien Alexandre, l'album ne brille malheureusement pas par son homogénéité en terme de qualité, lesté par un creux en milieu d'album avec notamment Ride the Wild Wind s'intégrant assez mal à l'ambiance de l'album et souffrant d'une production ayant mal vieillie, Delilah dont la mièvrerie et les "meow" de Taylor et May peuvent agacer malgré la qualité de la pop, These Are The Days Of Our Lives qui pèche par sa qualité musicale, malgré ses paroles touchantes, ainsi que The Hitman qui bien que rythmant l'album, montre un May bien trop démonstratif techniquement parlant, tout comme sur Bijou.

     Mais à côté de cela il y a avant tout des perles tels Innuendo ouvrant et donnant le nom à l'album, riche de son break flamenco joué par Steve Howe de Yes, I'm Going Slightly dont la voix affaiblie de Freddie Mercury prend au tripes, le tout élancé dans une production 80's ( pour une fois ) d'une rare qualité chez Queen, All God's People aux influences de gospels et africaines, ainsi que le fameux Show Must Go On.


  C'est ainsi qu'a l'image de la discographie de Queen, cet album est fort en contraste et met en valeur la qualité artistique hors-norme de Freddie Mercury, clef de voûte du groupe anglais qui a su perdurer près de 20 ans, là où de nombreux groupes implosent sous le poids des ego personnels.


ETIENNE





vendredi 27 mai 2016

The Strokes - Future Present Past EP ( 2016 )

  Groupe sacré dans le cœur de tout bon collégien amateur de rock dans les années 2000 qui se respecte, un nouveau Strokes demeure un événement pour tous les jeunes adultes que nous sommes devenus. Trois ans après un Comedown Machine arrivé par surprise et lynché par la critique, les Strokes ne s'avouent pas vaincus et rappliquent une nouvelle fois avec ce petit EP de trois titres originaux et un remix à sortir le 3 juin 2016 mais déjà disponible depuis le 26 mai à l'écoute digitale. Dix ans après First Impressions of Earth c'est aussi l'occasion de se questionner sur l'évolution de ce groupe emblématique du renouveau rock du début 00's.





     Cette fois encore, aucune campagne marketing, aucune publicité pour annoncer ce Strokes, arrivant à un moment où personne ne l'attendait et là où certains pensaient voir ( enfin ) disparaître pour de bon le groupe qu'ils avaient adulé, puis détesté depuis Angles ( 2011 ), mais surtout le très controversé Comedown Machine ( 2013 ). Il a ainsi été bon train de spéculer sur une formation disloquée par l'ego surdimensionné d'un Casablancas aux pleins pouvoirs, d'une reformation aux motivations pécuniaires ; voyant en Comedown Machine le funeste cercueil d'une groupe ayant perdu son âme créatrice.
  Julian Casablancas ( chant/guitare ), Nick Valensi ( guitare ), Albert Hammond Jr ( guitare ), Fabrizio Moretti ( batterie ) et Nikolai Fraiture ( guitare basse ) s'étaient alors éloignés de leur cocktail de rock 70's pour emprunter les chemins plus pop d'une production 80's, tout en gardant une part primordiale au chant désinvolte de Casablancas et aux guitares incisives de Valensi et Moretti. Le rendu y était certes moins électrique et spontané que par le passé, mais le groupe conservait son esprit rock, sans se laisser appâter par la facilité de schémas de composition déjà bien usés. Perdant de leur énergie brute, ils proposaient des morceaux plus posés, plus matures peut être, malgré des envolés vocales se faisant parfois caricaturales, comme sur Chances.  


     Vous l'aurez donc compris, je suis un grand amateur de Comedown Machine qui se pose comme une suite logique à un Angles qui annonçait déjà une production plus travaillée et moins spontanée que lors des premiers disques.  Possédant d'ailleurs une plus grande homogénéité et intégrité que son prédécesseur, probablement lié à des conditions d'enregistrement plus propices, Casablancas n'étant pas en tournée pendant le travail en studio. 


     Voici donc leur deuxième EP après The Modern Age de 2001. On pourrait penser à la fin d'une agonie qui n'en fini pas depuis leur break de 2007, mais que nenni ! Il s'agit bien d'une reconstruction méthodique du groupe. Le quintet nous propose trois titres d'une facture digne de leurs plus grand titres et faisant le résumé condensé de toute leur discographie. En témoigne le modeste titre "Future Present Past" décrivant peut être dans l'ordre les trois titres originaux de l'album.


     Commençant par un "Drag Queen" à l'introduction digne de Joy Division, le disque nous prend d’emblée par surprise ( quoi que non sans rappeler celle de "Two Kinds of Happiness" sur Angles), à se demander si on écoute bien du Strokes, avant que la nonchalante voix de Casablancas viennent au galop donner se cachet propre au groupe, tout en voguant sur un style résolument Post-Punk. L'énergie n'est pas ménagée et dès le premier titre on ressent ainsi une certaine spontanéité retrouvée dans la composition et un équilibre dans la formation. 

     S'en suit le très bon "OBLIVIUS" qui nous ramène dans leur style déjà adopté sur Angles et Comedown Machine, avant que le refrain nous fasse plonger dans la nostalgie de l'album First Impressions of Earth dans une envolée vocale. 

     Puis vient le sublime "Threat of Joy" rappelant lui le cachet de l'album Room on Fire avec ses morceaux plus posés. C'est résolument leur morceau rappelant le plus leur première période et mon titre préféré. 

     Le court EP se finit enfin par un remix très 80's d'"OBLIVIUS" par le batteur du groupe, Fabrizio Moretti, qui bien que moins touchant, montre le chemin de la réconciliation entre les deux périodes du groupe que l'on espère à nouveau réuni pour une longue période.


     A la fin de son écoute, l'EP respire la renaissance pour ce groupe bien malmené depuis 10 ans. Nous faisant espérer dans l'enthousiasme de ce très bon 4 titres la sortie de nouveaux chefs d'oeuvre dans leur discographie, mais aussi l'unité dans la formation !



     C'est donc avec une nostalgie inconditionnellement subjective que j'ai abordé ce nouvel opus et je dois bien avouer que j'étais déjà conquis avant même de l'avoir écouté. Ce qui n'aurait d'ailleurs pas été forcement le cas si la sortie avait été annoncée de longue date, donnant le temps à l’appréhension et au doute de s'installer. Espérons donc de nouvelles surprises de leur part très bientôt eux qui avaient annoncé lors de la sortie de Angles vouloir sortir des albums à intervalle plus régulier.


A écouter sur Spotify ICI.


ETIENNE


  Comme l'a bien expliqué Etienne, les carrières solo respectives ont permis aux membre des Strokes de pouvoir s'exprimer artistiquement, et cela a considérablement déminé le terrain et ouvert de nouvelles pistes au groupe. Après deux albums mal-aimés mais plutôt très réussis à la réécoute (la plupart des gens, dont moi, étaient indisposés à entendre de la pop 80's bubblegum venant de ce groupe, et puis à l'écoute ils semblaient si peu investis dessus...), cet EP essaie en effet de réaliser l'exercice de la synthèse et de l'ouverture sur une suite novatrice.

  Le premier titre, "Drag Queen", est en effet ultra cold wave, les guitares, la basse et le rythme ne trompent pas. Casablancas a retrouvé avec joie le gimmick du micro saturé, aussi. C'est très sympa, c'est un peu déjà entendu mais le morceau est très dense, il s'autorise à durer un peu plus que la moyenne et il y a mille choses à écouter. Et puis le rythme impose une transe assez prenante. Bon départ !

  "OBLIVIUS", le second morceau, a été très bien décrit par Etienne, le rythme de batterie tout en break est typique de First Impressions Of Earth (et le refrain également, bien vu là encore Etienne), le côté pop des sorties solo de Casablancas et des deux derniers albums, et les guitares mi-glam (elles ont parfois l'éclat et le côté démonstratif, brillant et paillettes d'un Queen ou autre monstre sacré du genre), mi-africanisantes des croisements hardcore-wold de Tyranny (Julian Casablancas & The Voidz, sous influences du funk turc). Là encore, c'est dense, y'a beaucoup à écouter et c'est très bon.

  "Threat Of Joy", plus épurée instrumentalement, rappelle les morceaux plus en émotion des deux premiers albums. C'est réussi aussi, avec le chant de Julian entre Iggy Pop et Lou Reed. Et ça confirme la théorie d'Etienne, c'est le "Past" ce morceau là. Et le remix final est sympa, un peu boursouflé ceci dit, il supportera mal la réécoute. 

  Bref, un bon petit EP qui montre un groupe plus investi que sur les précédents, et qui nous permet de réévaluer ces derniers à la hausse. C'est donc un groupe en bonne forme auquel on a affaire, cela restant à confirmer sur un format plus long.  

PS : désolé pour les couleurs mais c'est pas voulu, la mise en page de blogger est buguée et capricieuse c'est assez insupportable

Alex 

 

jeudi 26 mai 2016

Junior Boys - Big Black Coat (2016)



  La meilleure fusion house-pop que j'aie entendue depuis un bail. C'est comme ça que j'ai décrit cet album à Etienne, et je maintiens. Je ne connaissais pas les Junior Boys, groupe d'électro-pop canadien, avant de tomber sur cet album, et le moins qu'on puisse dire c'est qu'ils m'ont complètement acquis à leur musique en un peu moins de 50 minutes.

  Ca commence fort, avec synthés rêveurs, entre French Touch romantique et Deep House, et cette boîte à rythme simple et entêtante qui claque, et ce chant pop ultra mélodique (et mélancolique). Ainsi l'introductif "You Say That" pose les bases. On n'a pas le temps de s'émerveiller d'un son, d'un break, s'un couplet magnifique, que moment d'émerveillement suivant déboule. Que de bon goût dans la retenue et la façon d'aller droit au but de chaque détail, que de subtilité, que de dosages réussis. La chanson se développe, prend son temps, nous enveloppe, et on en ressort ravis. 

  Dans un genre plus new wave, "Over It" est un autre tube synthétique et nocturne d'une évidence magnifique. "Come On Baby", entre un songwriting pop de haute volée, Cassius et le Daft Punk de Discovery, enfonce le clou. "Baby Give Up On It" et ses synthés tubesques, se pose de façon écrasante en modèle et exemple à suivre de la fusion deep house / rnb (rappellez vous du groove mécanique taillé par Timbaland sur mesure pour Timberlake notamment), avec des années d'avance sur la concurrence. Ce groupe, avec un peu plus de communication, pourrait être énorme. Dans un monde idéal, ces chansons passeraient partout.




  Les synthés Deep House de "M&P" confirment ça. Bon sang, cet album c'est ce que Caribou a essayé de faire sans succès l'an dernier, en mille fois plus réussi. Le mariage de la mélancolie et de l'hédonisme, de la pop subtile, de l'électro qui claque et de celle qui fait travailler les neurones. Comme si les gars de Jesus & Mary Chain avaient écrit des chansons pour Kraftwerk

  "No One's Business", plus pop, évoque elle Electric Light Orchestra et Breakbot, et touche par sa mélodie déchirante, son chant affecté et sa production immaculée. Mais le moral remonte avec les bpm et la synth-pop de "What You Don't Do For Love" presque New-Orderesque, mais là encore, comme pour les autres chansons, on pense à toutes ses références comme de mêmes chemins mais empruntés de façon parallèle par les deux groupes, et non des influences directes, tant la personnalité de ce groupe se détache sur chaque son. Ce groupe, pour ce qui concerne la house et la pop, marche sur l'eau, réellement, tout est tout le temps parfaitement en place de façon hallucinante. 

  "And It's Forever" est un autre très bon morceau d'électro sombre et oppressante, et "Baby Don't Hurt Me" une ballade pop solaire et mélancolique à tomber par terre. "Love Is A Fire" fait monter la tension d'une bien belle manière, ça sent la sueur et le stupre, et "Big Black Coat" reprend tout simplement les choses là où Kraftwerk s'était arrêté en repartant des bases fixées par Computer World, Electric Café et Tour de France, pour proposer la suite de l'aventure électronique, rien que ça.

  Bref, vous l'aurez compris, c'est sûrement l'album électronique de l'année (au moins), alors foncez donc vérifier ça en cliquant ici pour l'écouter

Merci pour votre lecture et vos commentaires


Alexandre

lundi 23 mai 2016

Animal Collective - Painting With (2016)



  J'ai mis un peu de temps à rentrer dans celui-là. Comme les deux précédents en fait. Car Animal Collective est un groupe qui s'apprivoise, qui n'est jamais dompté, avec lequel chaque disque est une première fois. Et même si depuis Centipede Hz (2012) et encore plus avec ce Painting With, ils semblent désormais creuser leur sillon et explorer d'autres variations de leur(s) son(s), plutôt que de défricher de nouvelles contrées inexplorées, ce disque se mérite. Et demande ce que l'époque a tendance à refuser si on ne s'y astreint pas de toutes nos forces : du temps

  Car Animal Collective écrit un genre de pop songs déviantes très spécial, ils composent des tubes qui n'en deviennent qu'après la 5e écoute. Beaucoup sont d'ailleurs passés à côté du précédent à cause de ça (le nombre d'écoutes pour rentrer dedans était plus élevé encore que par le passé). Moi c'est celui-là qui a failli me perdre. Mais les tubes sont là, et on ne peut s'empêcher de croire une fois de plus que si Brian Wilson avait 20 ou 30 ans aujourd'hui (et avait gobé quelques acides), c'est ce qu'il composerait. 




  Ca commence fort en beachboyseries avec "Floridada" et "Hocus Pocus", deux morceaux ensoleillés qui les voient retrouver l'emphase enfantine et béate de Merriweather Post Pavilion (2009). Cet émerveillement de tous les instants, les yeux grands ouverts et les pupilles dilatées à observer cette jungle sonore qui se dévoile petit à petit. Comme si le groupe pouvait l'arrêter ce fichu temps, voire le remonter et entraîner l'auditeur en enfance, à nouveau. Avec des rappels de la période acoustique du groupe, "Vertical" confirme tout ça. Un excellent début d'album, immaculé.

  Une grosse basse liquide à la Centipede Hz retentit avant "Lying In The Grass", morceau baroque pop à la fois psyché et rythmique reposant sur des breaks de boîte à rythme et un chant à la fois mélodique et éminemment rythmique lui aussi. Tout cela, magnifié par un saxo divin.




  En vérité, ce qui m'avait bloqué aux premières écoutes ce sont les montagnes russes un poil étouffantes de "The Burglars", et "Natural Selection", qui montrent un groupe qui assure un peu le minimum syndical (sans que ce soit honteux du tout, selon les écoutes on peut apprécier énormément ou être un peu irrité par ces morceaux), et part un peu en pilotage automatique. Ils pêchent par leur gestion un peu trop linéaire du rythme, et ne laissent pas à la musique assez de temps pour respirer, ce qui donne un sentiment d'asphyxie à l'écoute voire un vilain mal de crâne si on n'est pas d'humeur.

  Mais "Bagels In Kiev" sauve un peu le tout, car même si elle est montée sur le même rythme tachycarde, sa mélodie est plus forte le groupe laisse à la chanson davantage d'espace pour se déployer. 




  La fin du disque est elle aussi divisée en deux : encore en pilotage automatique avec "On Delay" et "Summing The Wretch", elle possède aussi un trio immaculée : "Spiling Guts", "Golden Gal", et "Recycling", trois autres tubes obliques de toute beauté. 

  Bref, l'album est simple, rapide (morceaux courts, tempos effrénés , et direct, et c'est un bon point. Cependant, un petit quartet de morceaux (soit un tiers du disque), est un peu en dessous du reste (qui est de très mais alors très très haute volée). Pas assez pour bouder notre plaisir donc. Les Animal Collective, loin d'être blasés, s'amusent encore, s'émerveillent et ont gardé leur âme d'enfant, et c'est nous qui en profitons, petits veinards que nous sommes, à l'écoute de ce bijou pop. Personnellement, ça fait mon bonheur, qu'ils continuent comme cela, en solo ou ensemble, ils ne me déçoivent jamais, tant que je leur laisse le temps de me convaincre.

Pour écouter c'est par ici : Spotify.


Merci pour votre lecture et vos commentaire 

Alexandre

vendredi 20 mai 2016

John Cale - M:Fans (2016)



  Ce M:FANS n'est pas un album comme les autres. Bon, déjà c'est un album de John Cale (rien que ça, ça veut dire beaucoup). Et ensuite c'est une version réarrangée de son album Music For A New Society de 1982. Mais tellement réarrangée, remixée et triturée qu'il a une vie propre et un vrai intérêt.

  Après un "Prelude" sans intérêt et un peu agaçant à mon goût (surtout au fil des réécoutes de l'album, je finis même par le zapper), on rentre dans le dur. Avec un émouvant "If You Were Still Around", dévastatrice ballade industrielle, durant laquelle le chant de Cale nous tire toutes les larmes du corps, dès le début. "Taking Your Life In Your Hands" continue sur la même superbe lancée, un beat industriel, des choeurs pop (et une voix filtrée dont on jurerait appartenir à Damon Albarn dans le fond du mix), et cette voix trafiquée qui convoque tant d'émotions... Quand le beat se fait plus lourd, que les choeurs glam à la Queen / Sparks démarrent, puis que l'orgue la rejoint sur un rythme martial, ce chant lead dévaste tout. Le temps d'un "Mama, Mama / I Left School Today", et les frissons dans la colonne repartent de plus belle. La production, claire et dense, électronique et vivante, est impeccable.




  Puis vient le tube "Thoughtless Kind", dont l'intro addictive semble sortir tout droit du Plastic Beach de Gorillaz, et le chant autotuné happe tout de suite l'auditeur. Grosse réussite. "Sanctus (Sanities Mix)" est ensuite un intermède avec de bons moments mais inégal sur l'ensemble selon moi. "Broken Bird" creuse le filon de la ballade sur le fil à merveille, c'est une merveilleuse chanson, et "Chinese Envoy", plus funky (comme les Talking Heads et Eno ont pu l'être), emporte et convainc également. 

  "Changes Made", sorte de rock garage industriel est moins bonne, magré un refrain qui reste en tête. "Library of Force" est un autre intermède qu'on trouvera passionnant ou irritant selon les écoutes. "Close Watch" est une chanson électronique et pop à la production majestueuse, aux magnifiques voix trafiquées et qui plus est, mélodiquement impeccable. Grosse réussite donc. "If You Were Still Around (Choir Reprise)" combine le côté électro/funk et la ballade, dans un mode plus gospel (et avec échos dub), d'une très belle façon. Enfin, "Back To The End" conclue ce disque sur un dernier soupçon d'émotion.




  Bref, John Cale est loin d'avoir perdu la main. En se replongeant dans son oeuvre passée et en se jetant à corps perdu dans les sons les plus modernes, il évite l'écueil de la redite et propose avec un album revisité plus de nouveauté que certains autres monstres sacrés du rock avec des albums composés uniquement de nouvelles compositions... L'écoute s'avère passionnante et poignante, je ne peux donc que vous recommander d'aller vérifier par vous même ici ou .

Merci pour votre lecture et vos commentaires !

Alexandre


vendredi 13 mai 2016

The Beatles - Beatles For Sale (1964)


  Comme nous l'avons vu, l'album précédent des Beatles, A Hard Day's Night, sorti la même année, représentait pour le groupe à la fois leur premier chef-d'oeuvre inattaquable de bout en bout, et le point culminant de la Beatlemania. Mais après la fête vient la cuite du lendemain. Ce sont des Beatles exténués et au bout du rouleau physiquement et mentalement qui enregistrent ce 4e album, Beatles For Sale. Moins percutant, reposant sur beaucoup de reprises, moins homogène en termes de qualité, cet album est souvent un des moins aimés de la discographie des 4 de Liverpool. Pourtant, à mon humble avis, c'est sûrement le plus sous-estimé de leurs albums, et il est à des années lumières de mériter une si mauvaise réputation. Nous allons donc voir en quoi ce disque est une perle et en aucun cas un raté.

  Déjà, la doublette qui entame l'album est immaculée. "No Reply" fait partie des classiques du groupe, c'est une grande chanson pleine d'émotion et de rage, très classe dans ses arrangements acoustiques, avec là encore un piano qui soutient énormément l'ensemble. D'ailleurs, en écoutant tous ces petits arrangements tellement précis, quasi chirurgicaux, on comprend mieux l'obsession de nombre de groupes de pop indé avec les petits détails d'arrangement qui participent à la force de ces chansons intemporelles. 

  La deuxième partie de cette superbe doublette est la très Dylanienne "I'm A Loser", qui après la 1ere nous montre qu'émotivement ce grand écorché vif de Lennon (secondé par McCartney) n'était pas en grande forme sur le moment. Mention spéciale au magnifique solo de guitare sur le pont du morceau et repris à la fin (sans doute Harrison, j'ai pas revérifié). McCartney & Lennon poursuivent en duo avec "Baby's In Black", troisième composition du duo et très bonne chanson pop, pas aussi incroyable que les deux premières, mais que j'ai toujours beaucoup aimé (le thème du texte est assez original).




  Puis on a une reprise efficace et toute en énergie du "Rock And Roll Music" de Chuck Berry par John, grand admirateur de rockabilly devant l'éternel. Un classique de leur set live réutilisé ici faute de temps pour composer plus d'originaux pour cet album, entre les tournées, le film et l'album précédents. Mais une bonne reprise ceci dit. Un autre classique à mi-chemin entre Northern Soul, presque gospel dans la pureté, et folk/pop, avec le magnifique "I'll Follow The Sun" de McCartney, une magnifique magnifique magnifique chanson, une de mes préférées de Macca. C'est d'une simplicité, d'une beauté et d'une pureté telles que l'évidence est là : c'est un classique. Un classique méconnu, comme la plupart des chansons de cet album. Une perle, vous disais-je !

  Ensuite, Lennon reprend "Mr Moonlight", là encore la reprise vaut le coup pour son chant écorché et son ambiance rock plus raw et sombre qu'à l'accoutumée (les percussions, l'orgue). Macca donne dans le medley avec "Kansas City / Hey-Hey-Hey-Hey" prouvant que lui aussi admirait le rockab' et pouvait tout déchirer dans le genre. Et aussi qu'il avait bon goût car reprendre (et donc reconnaître le talent de) Little Richard est toujours preuve d'un esprit clairvoyant, ce type est au moins aussi important qu'Elvis, Jerry Lee ou Chuck, mais injustement mésestimé. Comme cet album des Beatles, mais vous commencez à voir où je veux en venir avec ça...

  Le single "Eight Days A Week" chanté et écrit par John signe le retour des compositions des Beatles. C'est un single imparable, qui fait hailement la synthèse entre les hits pop évidents des débuts et la période folk/pop voire psyché qui se dessine, un morceau charnière (écoutez cette intro). Et cette soul dans la voix de John, ce feeling, cette fêlure aussi... On sent aussi dans cet album, encore plus que dans le précédent, la maturité artistique des Beatles monter. Ils se permettent d'être plus expressifs en en faisant moins, apprennent l'art du dosage, de la retenue et gagnent en subtilité et en profondeur et de morceau en morceau. Le morceau suivant, une reprise de "Words Of Love" de Buddy Holly (un autre grand sous-estimé), se situe entre country-folk et carrément proto-psychédélisme et illustre à merveille ce que je viens de dire, là grâce à Dylan les Beatles participent en direct à inventer le folk rock et le psychédélisme avec ces guitares acides, ces choeurs et ces percus. 

  Après les deux leaders, Ringo donne à son tour dans le rockabilly tendance country/folk (signé Carl Perkins, encore un génie oublié du grand public) avec un "Honey Don't" pour lequel j'ai toujours eu beaucoup d'affection. Et un bon petit solo de guitare concis.




  Retour aux compositions avec "Every Little Thing", chantée en duo, qui là aussi préfigure bien l'aspect folk/rock. Une vraie petite merveille de chanson, avec là encore des arrangements divins. Dans la même veine, "I Don't Want To Spoil The Party" est absolument géniale, une merveille à la Byrds. Ce folk-rock réussit définitivement beaucoup à nos 4 Beatles, qui arrivent à exprimer davantage d'émotions de façon plus prenante et subtile qu'auparavant, et gagnent en finesse musicale à vitesse grand V. C'est confirmé avec le "What You're Doing" qui a du bien inspirer Big Star et en particulier Chris Bell. Une merveille de pop folkisée, avec ce motif de guitare incroyable carrément proto-psychédélique. Un autre classique du groupe, méconnu.

  On finit avec la chanson rockab de George Harrison, il avait bien le droit à la sienne aussi. Ce sera "Everybody's Trying To Be My Baby", encore de Carl Perkins.

  Si on enlève les morceaux et les reprises un peu moins bonnes et qu'on ne garde que les classiques intemporels, on a 8 morceaux. 8 chef-d’œuvres intemporels. Ca ne fait pas un grand album selon vous ça ? D'autant plus que ces morceaux confirment la voie esquissée sur certaines chansons de A Hard Day's Night, la direction vers le psychédélisme en passant par le folk. Ca ils ne le savent pas encore, mais en s'ouvrant davantage à d'autres musiques, ils viennent non seulement de trouver un moyen d'expression plus vaste mais aussi de poser la première pierre vers leurs futures révolutions musicales. Avec le précédent, ils ont mis le monde et la concurrence à leurs pieds, maintenant ils commencent à prendre le large et distancer tout le monde. Et cet album est une étape importante dans la maturation de ce groupe qui sera amené à devenir le plus grand et le meilleur groupe de pop et de rock de tous les temps. C'est donc un grand album, et en tous cas ce n'est pas un album à ignorer à la légère.

Merci pour votre lecture, et pour vos commentaires 

Alexandre

mercredi 11 mai 2016

Hypnolove - Ghost Carnival (2013)



  J'avais déjà parlé de ce disque pour la dernière fois ici en en faisant mon 6e préféré de l'année 2013 (grande année pour ma part). Ce groupe français joue un hybride d'électronique et de pop synthétique avec des influences barrées et diverses allant du rock psychédélique (voire psychotique) au jazz, de techno et de house frenchy.

 

  Ca paraît complexe comme ça mais ça ne l'est pas, et ça on le sait dès l'intro, ce bien nommé "Simple, Classic, Beautiful". Qui commence sur des trompettes entre free jazz et pouet pouet à la Metronomy, drivé par un beat technoïde, psychédélique et une basse entre funk glacial et post-punk vicelard. Puis la voix pitchée dans les graves à la Cassius/Daft Punk introduit des percussions menaçantes, des cuivres qui le sont encore plus et enfin des cordes pincées et un piano de fête foraine tout ce qu'il y a de plus flippant aussi.... Et tout ça de façon ultra-fluide, lisible, avec un break pop funky en fin de morceau qui débouche sur un beat house dansant pour clore le morceau. Il faut l'écouter pour comprendre ce que je veux dire par là, et surtout pour se rendre compte tout simplement que c'est beau. De la grande pop de qualité aventureuse, ludique et fun.



  Ce fun est accentué sur la piste suivante, le funky et synth-pop "Holiday Reverie", avec ses échos dub, son rythme tropical, sa guitare africanisante, ses synthés baveux et ses choeurs aigus. Dans un monde parfait ce morceau et son refrain à la Tellier (collègue de chez Record Makers) serait un tube universel. 
  Un morceau à la Hot Chip en plus torturé suit, le bien nommé "Midnight Cruising", emmené par un synthé basse eighties et des cordes qui sonnent comme une guitare accouplée à une harpe.

  Et là, c'est le méga-tube. "Winter In The Sun". Si vous arrivez à vous la sortir de la tête un jour, appelez moi. Ce morceau de pop funky a la grâce des classiques instantanés, quelque part entre eighties funky et glaciales à la fois (Bryan Ferry, Prince) et électronique moderne (French Touch, Hot Chip encore...). Une merveille.



  On a encore droit à un morceau de cabaret synthétique à la Pet Shop Boys / Soft Cell, en assez sombre, avec "Come To My Empire". Puis à la ballade synthpop moroderienne en diable "Beyond Paradise", qu'on imagine bien écouter au volant d'une voiture de nuit. Mais là encore, loin du pastiche, le groupe ajoute des éléments de synthpop française avec ce petit synthé si frenchie, un chant féminin inspiré et des influences classiques pour donner une autre envergure au morceau.

  La harpe revient, ainsi que les synthés basse, et des clins d'oeil à New Order et aux Pet Shop Boys encore, pour le morceau titre "Ghost Carnival", et son chant d'enfant dépressif, comme si New Order avait sorti sa première démo alors que les membres étaient au primaire et déprimaient après s'être fait piquer leurs billes. Ce qui casse le côté dépressif de la musique, et lui donne plus de nuances. Les deux derniers morceaux enfoncent le clou de cette pop synthétique sombre mais pas désespérante, entre cordes et synthés, avec des influences pop, rock, classique maîtrisées et digérées avec brio.



  Bref, un excellent album de pop et un des tous meilleurs et plus originaux albums de synth-pop de ces dernières années selon moi

  Ce groupe a un son, une originalité, et une capacité à pondre de superbes morceaux pop résolument modernes. Et accouche donc d'un album ultra-solide de bout en bout et plus que bon dans un genre résolument tourné vers les singles (même les Hot Chip ont du mal à sortir des albums homogènes). Chapeau les gars !

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Alexandre

vendredi 6 mai 2016

The Beatles - A Hard Day's Night (1964)


  Vous vous souvenez qu'à propos des deux premiers albums des Beatles, je disais qu'ils étaient bien au-dessus de la norme des albums pop, tant par leur qualité homogène que par leur personnalité forte (majorité de compositions, débuts d'expérimentations avec les arrangements) ? Et bien avec ce troisième, tout cela aboutit à un premier chef-d'oeuvre, tout simplement.

  Avec cet album, on est en plein coeur de la Beatlemania. Les States ont succombé après le deuxième album, le film qui illustre ce disque, aussi nommé A Hard Day's Night, fait un carton, les filles crient encore plus fort et plus longtemps à chaque apparition publique supplémentaire des Fab Four. 




  Concernant les morceaux, c'est John qui démarre fort les hostilités avec la chanson titre irrésistible et d'une énergie folle, le genre de power pop avant l'heure dans laquelle excellait Lennon à l'époque. Puis avec une réminiscence des premiers albums, "I Should Have Known Better", et son harmonica. Cependant, si elle rappelle les premiers albums, elle ne fait que renforcer l'idée que le groupe a fait un pas de géant avec cet opus... Cette guitare cristalline, le chant de Lennon, la synergie du groupe... Tout cela a gagné en intensité et en efficacité, le groupe a pris du coffre et ça s'entend. On continue avec la magnifique ballade "If I Fell", partagée avec McCartney pour des choeurs magnifiques. Là encore, que ce soit dans les voix, la structure du morceau ou la composition, cette ballade est au-dessus de celles des albums précédents, sans problèmes. Et elles étaient déjà magnifiques au possible, celles des albums précédents. 

  Un autre titre irrésistible, "I'm Happy Just To Dance With You", emportée avec classe par un Harrison en grande forme, avec des particularités très sympa : la reverb sur le chant, et surtout cette guitare obsédante... Mi-funky avant l'heure, mi-tranchante, elle anticipe les Smiths, le post-punk et Franz Ferdinand, qui ont dû prendre des notes à l'écoute de ce morceau, pour sur. Macca nous ressort la ballade "And I Love Her", avec des effluves moins anglaises et plus continentales. On imaginerait bien un clip à Venise, Paris ou Barcelone. Très bon.

  Ensuite, viennent deux autres morceaux de power pop incroyables pour clore cette extraordinaire face A, le "Tell Me Why" de Lennon, toute en énergie là encore (le glam et le punk s'en souviendront), et soutenue par un piano qui fait un job remarquable pour soutenir le morceau, et une guitare presque crade assez jouissive. Puis c'est au tour de Macca avec "Can't Buy Me Love", là encore un single imparable.




  Et la face B reprend avec "Any Time At All" et son énergie très Who avant l'heure (on entend presque Daltrey dans le chant de Lennon dans le refrain, un an avant la sortie du premier album des Who). Si la guitare cristalline du refrain eût été un peu plus grasse, on aurait sûrement eu le hard rock quelques années plus tôt... Là encore, John hurle à merveille, la synergie acoustique/électrique et section rythmique / mélodies fait mouche, et les idées d'arrangements géniales sont bien là, comme ce fantastique piano.

  John ressort le coup de la chanson américaine avec le "I'll Cry Instead", bonne chanson uptempo entre pop, country-folk et R&B. Pas la plus inoubliable de l'album, mais elle reste de bonne facture et est tellement courte (1'46") qu'elle n'a pas le temps de diminuer la qualité globale du disque. D'ailleurs à ce sujet, les chansons ici sont racées, compactes, courtes, designées. On reste en effet sur des morceaux d'1'45" à 2'35" grand max. C'est de la pop pure, de la pop en barre. 

  Macca revient pour son dernier tour de piste avec "Things We Said Today", là encore formidable morceau acoustique et électrique, et là encore saluons les guitares acoustiques et le piano, ainsi que la section rythmique implacable. Puis Lennon nous offre un "When I Get Home", là encore très sauvage, entre Rythm&Blues et proto-garage. On comprendra pourquoi les américains, en entendant les Beatles, feront du garage, tout est là : riff, grosses guitares, beat de batterie très lourd, chant crié. Ce morceau est excellent. Tout aussi énervé dans le chant, moins dans la musique (sauf avec l'irruption des merveilleuses guitares saturées en fin de morceau), vient ensuite le "You Can't Do That" de Lennon. Puis la ballade finale lennonienne, "I'll Be Back", fonctionne comme le "And I Love Her" de Macca, une belle ballade continentale au refrain tire-larme et aux guitares acoustiques magnifiques. 




  Pour résumer, on a un album uniquement composé de morceaux originaux,  tous meilleurs les uns que les autres, presque sans aucune faiblesse, avec une interprétation magnifique. Porté par Lennon, cet album est compact, efficace, énergique et sauvage. Il préfigure grâce au chant écorché de Lennon, aux guitares saturées et à la frappe massive de Ringo les sauvages des sixties (les Who, les Troggs, le garage rock). Mais aussi grâce aux guitares acoustiques et aux guitares électriques 6 et 12 cordes cristallines de Harrison, les merveilles futures des Byrds et du folk-rock. Les arrangements sont plus fouillés, les chansons ont une ossature plus solide, souvent renforcée par les pianos de George Martin ou McCartney. Bref, le premier grand chef-d'oeuvre absolu des Beatles, un condensé de tout ce que la pop du début des sixties peut offrir de plus généreux, énergique, créatif et beau. 


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Alexandre

mardi 3 mai 2016

Krikor & The Dead Hillbillies - Land of Truth (2009)

     Krikor Kauchian est un producteur de minimale ayant émergé au début des années 2000 dans le sillon de la nébuleuse French Touch. En 2009, après 10 ans de service dans le circuit électro parisien, l'ambitieux français d'origine arménienne décide de changer son fusil d'épaule en sortant son premier album qu'il veut rock ! 




     C'est une bien belle création que cet album, hybride d'un jeu rock, aux ambiances folk, produit d'une main assurément électro. Ce cocktail fonctionnant à merveille n'est pas sans rappeler ce son "French Touch", où des producteurs de house passionnés de rock façonnaient des hits de ce sobre mélange de styles. A défaut d'utiliser la langue française pour faire du rock, ils la remplacaient par le language électronique, riche de ses rythmiques et boucles taillées pour les clubs.



     Ici le son est riche et travaillé, rock dans son grain racé et électronique dans ses rythmiques stéréotypées. Le résultat est proche du post punk mais se classerait plutôt en électro-rock. Les références sont alors françaises, avec des groupes comme Jackson & His Computerband, Nasser ou Bot'ox. Variant les atmosphères et les sonorités, avec notamment des collaborations multiples pour le chant, Krikor arrive à nous appâter tout au long de ces 11 titres qui se découvrent subtilement au fil des écoutes.

     Depuis cet aparté discographique, le producteur continue son avancée dans le milieu house où il produit de nombreux maxis et remixes. Ci-joint son souncloud.

     Voilà donc un album qui n'est pas en soi un indispensable, mais qui reprend à son compte une frange très intéressante de la musique actuelle, qu'est l'électro-rock et dans lequel des français ont su se démarquer grâce à l'héritage French Touch. 


Pour écouter sur Deezer c'est ici et Spotify ici.




Etienne