Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes

jeudi 5 septembre 2019

Le Bilan du Mois : Août 2019 (& rattrapages)


BILAN ALBUMS :


Bon Iver - i,i
USA
Pop, Folk, Rock, Electronique, Gospel
  Pour cet album, Vernon a décidé de s'entourer de collaborateurs, et de réaliser un énorme bilan musical, une belle synthèse, de toute sa discographie. J'avais un peu peur que ce soit le disque de l'autosuffisance, le disque qui commencerait à tourner en rond. Mais la fluidité et l'évidence avec laquelle Vernon et ses collaborateurs mélangent les différents styles et sons au service de ses chansons. On a affaire à une oeuvre qui est davantage que la somme de ses parties, un vrai album. 
  Il y a mille choses à entendre : du folk, de la pop, du rock indé, du soft-rock, de l'électronique expérimentale, de l'autotune, du jazz, des voix triturées, découpées, hachurées, du classique contemporain parfois très abstrait, du gospel... Et même s'il manque probablement un peu de la tension qui animait les précédents pour en faire un de mes Bon Iver préférés, il est très bon. 
Mes morceaux préférés : Holyfields,, Hey Ma, U (Man Like), Naeem, Jelmore, Sh'Diah
Ecouter sur DeezerSpotify ou Youtube



Kitty - Rose Gold
Pop, Electro-Pop, Electro-Rock, Psyché
Lien vers la chronique
  Entre électronique façon club ou IDM, pop accrocheuse, rnb sensuel, pop-rock indé et psychédélisme aquatique, cet album est un fantastique condensé de bonheur pur. Ca sonne cliché, mais ce disque est un voyage. Installez-vous bien, écoutez-le sans rien faire d'autre, dans le noir, avec un bon son, et vous me remercierez. Cet album est riche, fourmille de détails, et se révèle au fur et à mesure des écoutes. Et à mon humble avis, c'est une des meilleures choses qui soient arrivées à la pop cette année, voire cette décennie.Ecouter sur DeezerSpotify, ou Bandcamp

Purple Mountains - Purple Mountains
USA
Pop, Rock Indé, Folk, Americana, Country
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  Je ne suis pas un grand connaisseur de David Berman, poète et musicien américain, unique membre permanent des mythiques Silver Jews, groupe culte de rock indé, que j'apprécie beaucoup mais dont je suis loin de maîtriser toute la discographie. Toujours est il que ce talentueux écrivain, grand sensible, apparemment charmant dans la vie, rongé par une dépression tenace depuis des décennies, s'est donné la mort cette année, ce qui est tragique. Juste avant cela, il avait livré cet album avec un nouveau groupe monté autour de lui, les Purple Mountains. Et ce disque, putain quel beau disque. La musique est un sublime mélange de rock indé et americana, impeccablement produite, dynamique, mélodique, elle sublime les superbes textes désabusés, plein d'humour, d'esprit, de sensibilité et de mélancolie de Berman. Ce disque est une beauté. Triste, pleine d'injustice, il a le goût amer d'un énorme gâchis. Mais aussi de magnifique chef-d'oeuvre final.
Mes morceaux préférés : All My Happiness Is Gone, Margaritas At The Mall, Darkness and Cold
A écouter sur Deezer ou Spotify

Young Thug - So Much Fun

USA
Trap, Pop, Hip-Hop, Rnb, Electro-Pop
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 Malgré quelques coups de folie à la marge, So Much Fun, est l'album de l’atterrissage, du retour sur terre, du bilan, de la maîtrise de son art acquise avec le temps et l'expérience. Rien ne dépasse ou n'a le tranchant de ses expérimentations les plus folles, mais l'ensemble se tient plus que bien et convainc rapidement. Est-ce que cela est dû au rôle de producteur exécutif du bon mais tout sauf excentrique J Cole ? Les morceaux réussis ne manquent  pourtant pas, tant en solo qu'au cours des nombreuses collaborations qui parsèment le disque. Et si les sorties de route et coups de génies habituels manquent un peu, et que So Much Fun sonne presque comme un disque de trap "normal", on ne peut en revanche nier sa qualité, et son homogénéité. D'autant que beaucoup de ces morceaux sont davantage appréciés après plusieurs réécoutes, donnant à l'album une longévité potentielle très intéressante. En tous cas, j'ai hâte d'entendre Punk, 2e album de Young Thug prévu pour cette année, qui s'annonce -vu son titre- plus sauvage, et qui saura -on l'espère- peut-être conjuguer le savoir-faire pop-trap du Thugger cuvée 2019 avec une énergie plus débridée.
Mes morceaux préférés : The London, Light It Up, Jumped Out the Window, Cartier Gucci Scarf, Ecstasy, Just How It Is, Boy Back, Hot, What's the Move, I Bought Her, Circle Of Bosses
Ecouter sur Deezer ou Spotify

The Flaming Lips - King's Mouth
USA
Pop, Psychédélisme, Electro-Pop, Electro-Rock
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  King's Mouth est un concept album narratif, narré par Mick Jones des Clash. Sur cet album, le groupe a plutôt tendance à piocher dans la période Soft Bulletin / Yoshimi / At War With the Mystics du groupe, une électro-pop entre guitares acoustiques et bulles de synthé, même si quelques audaces proches des expérimentations d'albums plus récents pimentent le tout. Les meilleurs morceaux font ainsi le trait d'union entre nostalgie pop et incursions électroniques aventureuses, entre mélodies et textures, entre émotion et ambition musicale. Ce disque n'est pas le meilleur des Lips, mais c'est un putain de bon album, gavé de titres mémorables et d'idées géniales. Et même si la surprise n'est pas au rendez vous, la qualité habituelle des Lips est là. Les grandes chansons aussi. Et c'est tout ce qui compte.
Mes morceaux préférés : Giant Baby, How Many Times, The Sparrow, Mother Universe, Electric Fire, Feedaloodum Beetle Dot
A écouter sur Deezer ou Spotify

Burna Boy - African Giant
Nigéria
Afro-Fusion, Afrobeats, Pop, Rnb, Hip-Hop, Funk, Dancehall
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  Burna Boy est nigérian, c'est une star, et la tête de proue de ce qu'il appelle l'afro-fusion, genre à la croisée de presque tous les genres de musiques africaines et issues de la diaspora africaine, et moderne de par l'utilisation de techniques, de sons et d'idées venus des musiques électroniques, du hip-hop et du rnbAfrican Giant est impeccablement produit, réalisé avec beaucoup de maturité et une direction artistique unique et de caractère. Funky, sensuelle, mélodique, sa musique est très accessible, et même si quelques morceaux sont un peu en dessous et que le disque est long, c'est un bon album, contenant quelques classiques immédiats, un son unique et personnel, très travaillé, et c'est déjà beaucoup.
Mes morceaux préférés : African Giant, Anybody, Wetin Man Go Do, Dangote
Ecouter sur Deezer ou Spotify




Alex





lundi 2 septembre 2019

Purple Mountains - Purple Mountains (2019)


  Je ne suis pas un grand connaisseur de David Berman, poète et musicien américain, unique membre permanent des mythiques Silver Jews, groupe culte de rock indé, que j'apprécie beaucoup mais dont je suis loin de maîtriser toute la discographie. Toujours est il que ce talentueux écrivain, grand sensible, apparemment charmant dans la vie, rongé par une dépression tenace depuis des décennies, s'est donné la mort cette année, ce qui est tragique. Juste avant cela, il avait livré cet album avec un nouveau groupe monté autour de lui, les Purple Mountains, et avait même prévu une tournée qui l'enthousiasmait, lui qui était pourtant de son propre aveu terrifié par la scène, s'y sentant illégitime. 

Purple Mountains - All My Happiness Is Gone (Clip, 2019)

  Et ce disque, putain quel beau disque. Entre rock indé et americana (mélange de folk, rock, country, et autres traditions musicales ricaines, cf "That's Just The Way I Feel" ou "She's Making Friends, I'm Turning Stranger"), impeccablement produit, dynamique, mélodique, la musique sublime les superbes textes désabusés, plein d'humour, d'esprit, de sensibilité et de mélancolie de Berman, et leur offre un écrin réconfortant assez contradictoire, les mettant en valeur de façon étrange et obsédante ("All My Happiness Is Gone", "Maybe I'm The Only One For Me"). Ce mélange des genres, ni totalement pop-rock indé, ni totalement folk, country, blues ou mariachi, est parfaitement en place sur "Margaritas at the Mall".

  On pense parfois à Woods ou Kevin Morby tant l'ensemble est riche et inspiré musicalement, arrangé avec profondeur et minutie ("Darkness and Cold"), tandis que les morceaux les plus lents évoquent davantage Bob Dylan et Leonard Cohen ("Snow Is Falling in Manhattan"), ou Johnny Cash et Richard Hawley ("Nights That Won't Happen"). Au détour d'un solo de guitare, un morceau prend toute son ampleur ("I Loved Being My Mother's Son"). Plus loin, c'est une tournure de phrase, ou une ambiance un peu plus 90's, un peu indé, qui rappelle avec nostalgie ses débuts avec Pavement, d'autant plus que Malkmus a lui aussi pris le chemin des grands espace américains avec ses Jicks ("Storyline Fever").

Purple Mountains - Darkness and Cold (Clip, 2019)

  Dans tous les cas, ce disque est une beauté. Triste, pleine d'injustice, d'un goût amer d'énorme gâchis. Mais une belle fin pour un grand artiste, qui aura pu toucher un peu plus de gens que d'habitude avec ce chef-d'oeuvre final.

Mes morceaux préférés : All My Happiness Is Gone, Margaritas At The Mall, Darkness and Cold

A écouter sur Deezer ou Spotify

Alex


dimanche 1 septembre 2019

Burna Boy - African Giant (2019)


  Burna Boy est nigérian, c'est une star, et la tête de proue de ce qu'il appelle l'afro-fusion, genre pas si éloigné que ça de l'Afrobeats (avec un s), qui mêle  des éléments hip-hop et rnb, souvent assez modernes (trap, son "à la Toronto"...), avec des musiques dont le pays s'est fait le champion, notamment l'Afrobeat (au singulier, lui-même croisement de traditions musicales africaines, de jazz, de funk, de soul...) et avec divers éléments musicaux empruntés à la diaspora africaine dans le monde (notamment du reggae, du dancehall...), et plus encore (électronique, high life, musiques latines...). 

  Actif depuis 2010, c'est déjà son 4e album (hors mixtapes et EPs), et sa renommée commence à exploser dans le monde (j'ai même entendu l'album dans un bar), notamment aux USA grâce à quelques collaborations et placements bien vus (notamment sur la BO alternative du remake du Roi Lion, sur laquelle Beyoncé a invité beaucoup d'artistes africains). Et tout ça s'entend : l'album est impeccablement produit, réalisé avec beaucoup de maturité et une direction artistique unique et de caractère. 

Burna Boy - Anybody (Clip, 2019)

  Les morceaux sont tous très accessibles, et finement produits et interprétés. Entre funk et lounge, la douce mélopée "African Giant" caresse l'auditeur, et fait la transition avec la mélodique "Anybody", à l'irrésistible ambiance funky assaisonnée de smooth jazz 80's (superbe saxo). De manière générale, les élements électoniques, programmés ou synthétiques, sont parfaitement intégrés à d'autres plus acoustiques, comme la guitare de la douce "Wetin Man Go Do", le tout étant produit avec beaucoup de soin, et le contraste entre cette production froide, un peu clinique, et la chaleur de la musique est très intéressant ("Gbona"). 

  En tous cas, beaucoup de morceaux sont mémorables, du rnb délicat de "Dangote" et "Gum Body" (avec Jorja Smith) à la pop funky de "Collateral Damage" et "Pull Up", jusqu'à des morceaux plus sombres comme "Killin Dem". On notera en revanche quelques incursions radiophoniques un peu plus faciles et banales qui rallongent un peu inutilement l'album ("Omo", "Secret", "Different", "On the Low") même si certaines sont génériques mais sympathiques ("Destiny", "Show and Tell" avec Future). Le juste équilibre entre qualité et potentiel radio est d'ailleurs atteignable, en témoignent "Spiritual" et "This Side" avec YG.

Burna Boy - Dangote (Clip, 2019)

  Petite ombre au tableau : les meilleurs morceaux sont presque tous au début du disque, et l'ensemble souffre d'une maladie assez commune avec la streaming, une longueur interminable (19 titres quand même).

  Malgré tout, c'est un bon album, qui porte haut les couleurs de l'afro-fusion, et met en valeur l'effervescence musicale africaine que les médias occidentaux ont pas mal de mal à nous faire parvenir. Il contient quelques classiques immédiats, un son unique et personnel, a été travaillé avec beaucoup de soin, et c'est déjà beaucoup.

Mes morceaux préférés : African Giant, Anybody, Wetin Man Go Do, Dangote

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Alex


vendredi 30 août 2019

The Flaming Lips - King's Mouth (2019)


  Pour une raison qui m'est inconnue, Oczy Mlody, le dernier Flaming Lips en date, n'a -à mon humble avis- pas été reçu à sa juste valeur par la presse, alors que je le considère comme un des meilleurs Lips, faisant la synthèse des obsessions psyché et électroniques du groupe et les transcendant en y ajoutant des éléments modernes, venus notamment du hip-hop et de la trap. 

  A l'inverse, ce King's Mouth, venu après quelques rééditions et compilations ayant permis au groupe de se replonger dans ses débuts, a plutôt tendance à piocher dans la période Soft Bulletin / Yoshimi / At War With the Mystics du groupe (avec toujours Dave Fridmann aux manettes), électro-pop entre guitares acoustiques et bulles de synthé. Et il a engendré deux types de réactions : ceux qui trouvent que c'est un peu trop une redite, et les nostalgiques, qui trouvent l'album magnifique. Les deux ont un peu raison. Même si je ne parlerais pas de retour en forme, puisque je trouve comme je l'ai dit leur précédent assez parfait dans son genre, celui-ci se tient également, dans un style plus prévisible pour le groupe, moins riche en surprise. Dans le genre, "Giant Baby", "All For The Life Of The City" ou "How Many Times" auraient pu sortir il y a 15-20 ans, mais peu importe l'année, elles sont si belles qu'on a de la chance de pouvoir les écouter. D'ailleurs le disque est un concept album narratif, narré par Mick Jones des Clash.

the Flaming Lips - How Many Times (Clip, 2019)

  Les meilleurs morceaux arrivent à conjuguer émotion et ambition musicale, comme "The Sparrow", qui garde quelques traces des expérimentations d'Oczy Mlody, tout comme les divagations divines de "Mother Universe" ou "Electric Fire", dotées de textures riches rappelant le side project Electric Wurms. On pense également à d'autres époques du groupe, notamment au rock psyché électronique de Embryonic et The Terror sur "Feedaloodum Beetle Dot". Et même si le disque tend à devenir pompeux sur ses derniers titres, l'ensemble n'en est pas moins remarquable.

the Flaming Lips - the Sparrow (2019)

  Comme quoi, il aura fallu qu'on sorte deux guitares acoustiques pour que la presse paresseuse prenne le temps de réécouter un disque des Lips, alors que de The Terror à Oczy Mlody, ils ont passé la décennie à réinventer leur son avec maestria et créativité à coup de chef-d'oeuvre. Celui-là n'en est pas un (presque) mais c'est un putain de bon album, gavé de titres mémorables et d'idées géniales. Même si la surprise n'est pas au rendez vous, la qualité habituelle des Lips est là. Les grandes chansons aussi. Et c'est tout ce qui compte.


Mes morceaux préférés : Giant Baby, How Many Times, The Sparrow, Mother Universe, Electric Fire, Feedaloodum Beetle Dot

A écouter sur Deezer ou Spotify

Alex



mercredi 28 août 2019

Young Thug - So Much Fun (2019)


  Young Thug a remodelé le hip-hop à son image. En partant de solides bases plantées par un autre alien sudiste, Lil Wayne, le génie d'Atlanta a imposé ses flows agiles, ses expérimentations vocales et mélodiques, ses ad-libs fou, ses choix pour les instrus trap les plus bizarres et son autotune musicale. Avec des sorties comme Barter 6, la série des Slime Seasons, I'm Up, mais aussi JEFFERY et Beautiful Thugger Girls, il a également su bâtir une discographie imposante aussi folle et prolifique qu'à ses débuts. Mais depuis 2017, la machine a quelque peu ralenti, et les projets collaboratifs, souvent courts, ont occupé son temps, tandis qu'il se mettait légèrement en retrait.

  Que faire quand on a l'impression que tout a été fait, du plus expérimental au plus pop, du plus street au plus universel ? Thugger a choisi de faire la même chose, plus ou moins, avec quelques coups de folie à la marge et une maîtrise de son art acquise avec le temps et l'expérience. So Much Fun, c'est l'album de l’atterrissage, du retour sur terre, du bilan. 

Young Thug - Light It Up (2019)

  Rien ne dépasse ou n'a le tranchant de ses expérimentations les plus folles, mais l'ensemble se tient plus que bien et convainc rapidement. Est-ce que cela est dû au rôle de producteur exécutif du bon mais tout sauf excentrique J Cole ? Les morceaux réussis ne manquent pas, on remarque notamment quelques collaborations trap-pop très chouettes avec "Hot" et "Surf" en feat avec Gunna, ou "Bad Bad Bad" avec Lil Baby, "What's The Move" avec Lil Uzi Vert, "Big Tipper" avec Lil Keed, "Circle Of Bosses" avec Quavo, "Mannequin Challenge" avec Juice WRLD"Boy Back" avec NAV, ou "I Bought Her" avec Lil Duke

Young Thug, Lil Uzi Vert - What's The Move (2019)

  Dans un style trap plus dur, il reste inclassable ("Jumped Out the Window", "Pussy"), et dans une ambiance plus abstraite, aérée, il brille également ("I'm Scared" avec 21 Savage et Doe Boy). Les petits jeux habituels avec les ad-libs ne sont pas en reste, cf la malicieuse "Sup Mate" avec Future, même si on a connu Thugger plus créatif sur ce terrain (même récemment, chez Playboi Carti par exemple). 

  Quelques petites nouveautés cependant, comme l'emo-trap acoustique ("Just How It Is"), les effets de "Lil Baby", donnant un rendu proche de la voix de Future, ou "Ecstasy", morceau assez unique et indescriptible. "Cartier Gucci Scarf" est l'occasion de l'entendre partir à nouveau dans les graves (ça arrive pas si souvent, et c'est jouissif). Et même s'il suit quelques tendances récentes de la trap (guitares acoustiques, flûtes), il a le mérite de s'entourer de bons beatmakers (dont Pi'erre Bourne), le fournissant en beats iconoclastes qui donnent une vraie saveur à l'ensemble du projet, et sur lesquels il peut briller, comme sur "Light It Up"


Young Thug, J Cole, Travis Scott - The London (Clip, 2019)

  Et puis il y a "The London", qui se démarque par son aura de tube immédiat, sur lequel J Cole et Travis Scott apportent de cruciales intervention. 

  En résumé, si les sorties de route et coups de génies habituels manquent un peu, et que So Much Fun sonne presque comme un disque de trap "normal", on ne peut en revanche nier sa qualité. Même si le projet est long, il est homogène, et il serait difficile de couper dedans tant tout se tient, et on en tire finalement pas mal de titres plus que bons et éminemment attachants. Pour un disque de sythèse, c'est vraiment pas mal du tout. D'autant qu'à la réécoute, presque tous ces morceaux montent dans mon estime, je risque donc de le réévaluer à la hausse dans un futur proche. En tous cas, j'ai hâte d'entendre Punk, 2e album de Young Thug prévu pour cette année, qui s'annonce vu son titre plus sauvage.

Mes morceaux préférés : The London, Light It Up, Jumped Out the Window, Cartier Gucci Scarf, Ecstasy, Just How It Is, Boy Back, Hot, What's the Move, I Bought Her, Circle Of Bosses

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Alex



  

lundi 26 août 2019

Kitty - Rose Gold (2019)


  Si vous suivez un peu ce blog, vous connaissez mon goût pour la pop qui joue avec l'électronique, ou l'électronique qui essaie de se la jouer pop, en tous cas pour ces moments rares et beaux où les deux genres se rencontrent, se frictionnent et donnent des étincelles, utilisant les infinies possibilités des machines pour agrémenter de textures riches, et ainsi rendre uniques et inimitables, de grandes pop songs. Rose Gold, de l'artiste américaine Kitty, est un de ces rares moments.

  On atteint en effet une forme d'apesanteur irréelle dès l'intro, "Counting All the Starfish", une douce rêverie psychédélique et expérimentale, hors du temps et de l'espace, qui pourrait durer une éternité. Le beat profond et les synthés épars de "Disconnect" partent de cette vibe aquatique et psyché pour aller vers une électro-pop dansante, portée par une ligne vocale mémorable. On pense à beaucoup de belles choses plus ou moins récentes (Grimes, Jessy Lanza, Junior Boys, Crystal Castles...), mais ce projet a une identité propre, aussi forte que difficile à définir. Et ce morceau est un tube, ou devrait en être un. Autre morceau que tout le monde aurait dû passer en boucle tout l'été, le très club et parfait "Mami", house un peu French Touch, un peu Grimes. 

Kitty - Disconnect (Clip, 2019)

  Dans le même genre, "Sweat" et "Look Demure" font également mouche, jouant le clair obscur, entre électro accrocheuse presque EDM à la prod épurée, pop chatoyante, rnb sensuel, et IDM mélancolique. Les influences plus hip-hop et rnb qui traversent l'album sont particulièrement mises en avant dans "Strange Magic", entre Madonna, Nelly Furtado, et MIA, citant les Spice Girls avec l'aplomb des Pussycat Dolls. Ainsi que sur la funky "Florida" en collaboration avec son compagnon Sam Ray.

  Un pas de plus vers la pop, "B.O.M.B. (Peter)" n'est pas si loin de groupes que j'adore comme Niki & The Dove, Radiation City ou Asteroids Galaxy Tour. La synthèse parfaite de ces démarches se trouvant sans doute sur "Medicine", glorieuse synthpop néo-80's avec Ricky Eat Acid

Kitty - Mami (Clip, 2019)

  Quelques instants contemplatifs parcourent l'album, comme "Kitty's Farm", délicieux interlude instrumental qui rappelle que Kitty a composé quelques BO de jeux vidéos, ou "Don't Panic Interlude", qui porte bien son nom, et rappelle avec beauté l'intro tout en y injectant une dose de pop indé et de trip-hop 90-2000. "The Window", avec son groupe American Pleasure Club, est une ballade mélancolique de pop-rock indé majoritairement acoustique, et c'est une beauté totale.

  Bref, ça sonne cliché, mais ce disque est un voyage. Installez-vous bien, écoutez-le sans rien faire d'autre, dans le noir, avec un bon son, et vous me remercierez. Cet album est riche, fourmille de détails, et se révèle au fur et à mesure des écoutes. Et à mon humble avis, c'est une des meilleures choses qui soient arrivées à la pop cette année, voire cette décennie.

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Alex



mardi 13 août 2019

Bon Iver - i,i (2019)


  J'ai adoré For Emma, Forever Ago (2008), le premier album entre folk et pop indé d'un Justin Vernon au cœur brisé sous le nom de Bon Iver (il a sorti pas mal de choses avant, que je n'ai pas pris le temps d'écouter). J'ai ensuite trouvé dans l'EP Blood Bank (2009) à la fois un digne prolongement de ce chef-d'oeuvre inaugural, et à la fois une porte ouverte vers une infinité d'expérimentations excitantes avec le gospel autotuné de "Woods", qui ouvrira à elle seule les portes du hip-hop et de la pop électronique à Vernon, collaborant par la suite avec tout le monde de Kanye West à James Blake en passant par Swamp Dogg. Outre ces collabs, il a entre temps produit des albums pour de nombreux artistes et groupes, et sorti certains projets parallèles sous les noms Gayngs, Volcano Choir ou Big Red Machines

Bon Iver - Jelmore (Clip, 2019)

  Entre folk, pop indé, et soft-rock, le très printanier et lumineux Bon Iver, Bon Iver (2011) donnait une ampleur convenant autant aux grands espaces américains qu'au stades à la musique de Bon Iver, tout en poursuivant les expérimentations pop ("Beth/Rest"). Une éternité plus tard, 22, A Million (2016) appuyait sur avance rapide pour synthétiser toutes ces tentatives électroniques et pop, mûries par les innombrables collaborations et projets parallèles évoqués, et proposait une reconstruction complète de sa musique, dans une démarche proche de celle du Kid A de Radiohead, sonnant comme personne d'autre (à part peut-être les Flaming Lips), et avec le même succès. 

  Autant dire que cet album, sorti 3 semaines avant la date annoncée, était attendu avec beaucoup de questions. Que faire après avoir fait la révolution ? Reconstruire ? Mais que faire si rien n'avait été détruit, que tout n'était qu'une évolution logique ? Si peu de temps après la dernière réinvention ? Vernon a décidé de s'entourer de collaborateurs, et de continuer dans la même direction. L'album, cryptiquement nommé i,i, sonne donc comme un énorme bilan, une belle synthèse, de toute la discographie de Bon Iver. Et c'est très beau.

Bon Iver - Hey Ma (Clip, 2019)

  J'avais un peu peur que ce soit le disque de l'autosuffisance, le disque qui commencerait à tourner en rond. Mais la fluidité et l'évidence avec laquelle Vernon et ses collaborateurs mélangent les différents styles et sons au service de ses chansons, tels des remixes de remixes de chanson folk, sont une preuve de maturité artistique indéniable et donnent des résultats bluffants sur la longueur d'un album. Car si peu de chansons se détachent, c'est parce qu'on a bien affaire à une oeuvre qui est davantage que la somme de ses parties. Ici, chaque morceau gagne en profondeur encadré par ses voisins de tracklist.

  Il y a mille choses à entendre : du folk, de la pop, du rock indé, du soft-rock, de l'électronique expérimentale, de l'autotune, du jazz, des voix triturées, découpées, hachurées, du classique contemporain parfois très abstrait, du gospel... Difficile de décrire précisément une chanson en particulier tant elles prennent des détours, se nourrissent d'influences contradictoires et pourtant harmonieuses au final. 

Bon Iver - Naeem (Clip, 2019)

  Tout ce que je peux faire c'est vous inviter à écouter l'album pour vous faire votre propre avis. Alors certes, je pense que c'est l'album de Bon Iver que j'aimerais le moins personnellement, en tous cas pour le moment, parce qu'il manque probablement un peu de la tension qui animait les précédents, c'est le lot de cet album apaisé et ensoleillé. Mais s'il est en dernière place de mon classement personnel, c'est uniquement parce que ses autres LP sont absolument parfaits, mais en lui-même, il est très bon. Et si je me fie à internet je suis en minorité à avoir cet avis. Donc foncez l'écouter quand même, il vaut le coup.

Mes morceaux préférés : Holyfields,, Hey Ma, U (Man Like), Naeem, Jelmore, Sh'Diah

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Alex