Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes

jeudi 22 juin 2017

Vince Staples & Ty Dolla $ign - Rain Come Down (Chanson, 2017)




  La basse post-punk de Summertime '06, le dernier long format de Vince Staples, est toujours présente dès le début de ce "Rain Come Down". Mais elle a comme muté, elle sonne désormais synthétique, mécanique. Comme le beat qui démarre bientôt, entre house et techno, avec un gros accent sur les hi-hats et un côté concassé imposant. Puis le morceau évolue peu, son esthétique ascète et minimaliste se contentant de nappes inquiétantes toutes en tension, de prêches soul autotunés et reverbérés de Ty Dolla $ign (rappelant sa contribution à la house revisitée du "Fade" de Kanye West, sorti l'an dernier), et du rap désabusé mais assuré de Vince Staples. Avant une conclusion psychédélique, orientalisante et plus lumineuse.    

  Après avoir sorti l'excellent EP Prima Donna de l'an dernier, avoir participé à faire d'"Ascension" le meilleur morceau du dernier Gorillaz, et sorti trois singles impeccables (dont ce "Rain Come Down"), autant dire que Staples a mis la barre haut, et que j'attends avec impatience son album qui devrait sortir dans quelques heures.
D'ici là, je me remets les singles.

Alex

mercredi 21 juin 2017

Clio - Faces & Eyes (Chansons, 1985 et 1984)


  Un petit tube italo-disco, ça vous dit ? Celui-là en particulier vaut le détour, son groove électro-funk se marie à merveille avec la mélodie très légère, presque synthpop, et ce chant pop ultra accessible. Ce titre est un heureux descendant de Orchestral Manoeuvres in the Dark, Prince, Madonna et Moroder en somme. Outre ce "Faces", la chanteuse Clio a également sorti un autre single très recommandable, "Eyes", encore plus dansant, comme un cousin aux français de Niagara (effet accentué par des paroles en français) et toujours avec cette pulsion eighties que ne renieraient pas les Pet Shop Boys ou les Depeche Mode des débuts :



Alex


vendredi 16 juin 2017

Kodak Black - Tunnel Vision (Chanson & Clip, 2017)



  Après le "XO Tour Lif3" de Lil Uzi Vert, c'est ce "Tunnel Love" de Kodak Black qui me permet de mieux comprendre la hype entourant un jeune rappeur n'ayant généré que de l'indifférence chez moi et dont je n'avais jusqu'à présent pas vraiment décelé le potentiel jusque là. En effet, la chanson comme le clip sont excellents. 

  Le clip déjà, avec ce retournement de situation. Un afro-américain étrangle un blanc tendance redneck avec une casquette pro-Trump. On peut penser à une dénonciation violente du rappeur vis-à-vis de Trump (comme Snoop Dogg ou Roger Waters l'ont fait récemment), et rien que ça ça fait du bien même si la violence est toujours condamnable. Mais le plot du clip est bien plus intéressant que ça, puisque cette image est en fait celle de la fin du clip, et on comprend en revoyant tout le déroulé des événements que la réalité n'est pas celle qu'on croit, et on a au final une belle allégorie d'un phénomène trop répandu : la stigmatisation d'une certaine forme de résistance à l'oppression, en la taxant d'ultra-violence alors même que cette violence est inéluctablement forcée pour des raisons de survie, par les structures et institutions qui la dénoncent et qui sont elles-même mille fois plus violentes. Le clip en lui-même est beau, bien tourné, bien joué par les acteurs assez charismatiques. Les images roots et un peu glauques du sud des US, entre serpents crevés, travail de la terre, pick-ups, hangars en tôle et croix qui brûlent façon KKK devant laquelle Kodak et ses potes dansent dans les séquences de clip plus classiques qui entrecoupent le récit.

  Quant à la musique, génialement produite par le surdoué Metro Boomin, dont on reparlera, il s'agit d'un beat trap bondissant habillé d'arpèges de guitare roots et lancinants, ponctué d'interventions courtes de vents, pour un résultat poignant, souligné par le rap désabusé de Kodak sur les couplets et un chanté-rappé hypnotique sur le refrain aussi désespéré qu'accrocheur. 

  Bref, le clip vaut le détour autant pour l'image que pour la bande son, alors écoutez et regardez moi ça !

Alex



dimanche 11 juin 2017

Alka Balbir & Philippe Katerine - Mon Mec (Chanson & Clip, 2017)


  Pour résumer la chose, c'est un gros délire très bien foutu. On remet tout dans l'ordre : l'actrice et chanteuse Alka Balbir (ayant déjà sorti un bon album produit par Biolay La Première Fois, en 2013) a publié un morceau assez marrant, dans lequel elle chante les louanges de son mec dur à cuire à un type qui la harcèle dans la rue, pour lui faire peur. Sauf que son mec, dans la chanson comme dans le (très bien foutu et très drôle) clip, c'est Philippe Katerine, donc on repassera pour le gros dur. Mais cette idée marrante est appuyée par une électro-pop agréable sur les couplets, ainsi que la belle voix et la jolie diction de l'actrice, presque Bardot (quand elle dit "il a son permis bateau", c'est flagrant. Oui, elle dit ça dans une chanson). Qui part en chanson française dans le pré-refrain (cf le piano), mais la grande chanson française, celle avec de l'ambition, de l'ampleur, celle de Legrand, Vannier, Colombier ou Arnaud Fleurent-Didier. D'ailleurs les deux tendances, synthétique et pop grandiose et délicate, se rejoignent dans le refrain (chanté par Katerine, irrésistible en loser) pour atteindre une intensité presque polnareffienne.
Bref, une très bonne chanson.

Alex


vendredi 9 juin 2017

Daniel Caesar & Kali Uchis - Get You (Chanson & Clip, 2016)



  Quelque part entre Blood Orange, The xx, Isaac Hayes, Sly Stone, Prince, Miguel, Frank Ocean, Nao et Drake, le jeune canadien Daniel Caesar trouve la place d'écrire un slow soul moite comme du funk, profond comme la soul, mélancolique comme de la cold wave, moderne comme du rnb et accessible comme de la pop. 
  Un grand titre, et un artiste ultra prometteur, à suivre absolument. En effet, "Japanese Denim", soul mâtinée de soft-rock bluesy, est presque aussi bonne, de même que le gospel électro-hip-hop de "Violet" et le funk-rock revisité par le rnb de "Death & Taxes"). 
Et puis le clip est sublime.
Alors bonne écoute !

Alex


samedi 3 juin 2017

The Charmels & "As Long As I've Got You" : la soul du hip-hop

The Charmels

  "As Long As I've Got You", c'est un morceau soul-pop un peu funky aux entournures de The Charmels, un girls band soul de trois sœurs au chant lead divin et aux choeurs angéliques, sorti en 1966 par Volt, une filiale de Stax. Un sacré classique, une chanson tellement belle sous tous les aspects (composition, interprétation, écriture, arrangements, production) qu'elle est est absolument intemporelle, que vous pouvez apprécier ci-dessous :


  L'oreille des amateurs de hip-hop parmi vous aura fait tilt dès les premières notes de piano, puisqu'on reconnaît immédiatement le sample principal de la prod (par RZA) d'une des chansons les plus importantes de l'histoire du rap, "C.R.E.A.M." (1993), du Wu Tang Clan, elle aussi à (re)découvrir absolument :


  Si j'en reparle maintenant, c'est que le grand Snoop Dogg a sorti un album tout récemment (mai 2017 donc), Neva Left. Et, tout comme sa pochette montrant une photo d'un très jeune Snoop prise dans la Californie des 90's, le morceau titre (et premier de l'album), "Neva Left", fait dans le souvenir, la nostalgie, l'hommage au passé, en reprenant le même sample de bien belle façon. Le double hommage, aux ancêtres soul et funk que Snoop vénère par dessus tout, et aux pionniers d'un rap authentique, est bien vu. Le vétéran, via une prestation impeccable, fait ainsi le pont entre deux époques, entre deux océans, et nous donne une leçon de vie vintage, tel un vieux bluesman des temps modernes. En plus, la prod a été re-travaillée d'une bien belle façon, alors vous vous devez d'écouter celle-là aussi :

  De même que le Wu-Tang a immortalisé une merveilleuse chanson, qui ne serait probablement pas connue en dehors du cercles des connaisseurs soul, Snoop Dogg perpétue donc un certain héritage de la musique américaine, et, tel un Bob Dylan reprenant un vieux folk ou un vieux gospel obscur, participe à perpétuer le beau et à nous redonner espoir. Puisque cette chanson était tellement bonne à la base qu'elle était comme destinée à être immortelle, et à infiltrer les oreilles de millions de jeunes gens sur plusieurs générations. C'est une ode au mérite, au beau, et ça nous fait espérer que l'humanité est encore capable, le temps aidant, de faire le tri, de ne garder que le meilleur d'elle-même, et de ne pas laisser les choses qui comptent se perdre.

  Pour finir, quelques autres morceaux inspirés du titre des Charmels, et d'abord "Street Soul 101" de Gramatik, un beau hip-hop instrumental de 2009 qui ne part pas exactement du même sample, ce qui montre la richesse de l'original :


  Et comme tout classique, le morceau a forcément une version dub, ici par Ambassa et Nichola Richards (sortie en 2016), avec un chant certes un peu reggae mais aux couleurs presque rnb, quelque part entre Aaliyah et Beyoncé, qui donne une certaine vitalité à cette reprise :


  Enfin, pour boucler la boucle, je vais finir par un reprise de The Emotions, parue sur leur album Songs Of Innocence and Experience. Enregistré en 1972, ce qui aurait dû être leur troisième album n'est finalement paru qu'en 2004 sur Stax. Dans un style soul-funk plus sec et tendu, mais tout aussi beau (quelles voix !), cette reprise est également une merveille à (ré)écouter :

Alex





jeudi 1 juin 2017

Benjamin Biolay - Hypertranquille (Chanson & Clip, 2017)


  Le coup de génie. Gainsbourg étant six pieds sous terre, Biolay l'a fait. Reprendre les codes (instru chill, autotune, clip hyper léché et formaté, paroles simples et référencées, des mots de différentes langues...) de la variété rap française qui cartonne à la PNL, et les détourner pour en faire un truc perso. C'est un peu le "Sea Sex & Sun" de Biolay, en somme. Il a dit l'avoir faite pour sa fille, fan de Nekfeu, pour lui prouver qu'il était capable d'en faire autant. Elle a répondu "Non c'est pas ça. C'est pas trop mal ceci dit, ça fait un peu Damso", et même si c'est vraiment pas tout à fait le même délire, elle a un peu raison, il y a un peu de ça. Finalement, il a gardé cette chanson sur son album Volver, et il a bien fait. 

  L'instrumentation géniale claque bien, rappelle les codes dudit "rap chill", en y adjoignant des touches plus funky (guitares cocottes, clavinet...), rnb (chant féminin sur la fin), jazz, et chanson française (passage très Gainsbourg/Biolay vers la 1ere minute), le chanté-rappé autotuné est maîtrisé à merveille, et accroche l'oreille de façon ultra addictive, impossible pour ma part de décrocher de cette chanson depuis deux semaines, y'a un truc dans cette mélancolie moderne et ce détournement qui me parlent. C'était casse-gueule, c'est réussi. 
  
  Pas sûr que les fans de Biolay de plus de 30 ans comprennent le délire, pas sûr que les amateurs de rap soient davantage convaincus, mais pour les jeunes amateurs du chanteur non hermétiques à l'autotune, c'est un délice. 

A écouter là :


Alex