Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes

samedi 15 décembre 2018

Space Afrika – Somewhere Decent To Live (2018)



  Il est délicat de parler d’un disque comme celui-ci. Parce que l’électronique planante, proche de l’ambient, du duo anglais Space Afrika, se contemple et se vit, en immersion, plus qu’elle ne se décrit. Sur « Uwëm/Creation », de longues nappes de synthés soutenus par une pulsation presque cardiaque précèdent une house froide mais réconfortante, à la fois grandiose et intimiste, à la fois introspective et évoquant la grandiloquence de films de SF. L’impression de cocon sonore, de grands espaces en 3D, est à la fois facteur de réconfort et de déstabilisation, c’est cette ambivalence qui forme la puissance évocatrice du groupe, qu’il mette en place une deep house revisitée (« Curve ») ou une électronique organique très cinématographique (« Dred », entre BO d’Alien, psychédélisme DIY façon Ras G et irruption de facteurs aléatoires comme chez Autechre).

  On a sans cesse l’impression que cette musique va décoller, car elle reste en tension, en progression, mais ici pas de gros drops ; plutôt des évolutions fluides et élégantes de ces beats en suspension (« Sd/TI »). Le tout reste cependant accessible car tangible en plus d’être cérébral : les vagues sonores de « U+00b1 » semblent provenir des pites inversées d’un banger French Touch, le tout saupoudré de grésillements qu’on associe à l’IDM. Dans ces morceaux, il y a également un peu de la réinterprétation lente, mélancolique et planante de la musique années 80 qui, depuis la BO de Drive à celle de Stranger Things, en passant par la vaporwave, infuse la culture pop (ce qui est audible sur « Gwabh » également).

  On aurait également bien du mal à circonscrire les influences de ce disque, tant sur une seule piste (« Bly », « Oread ») tout y passe : post-punk, néo-dub, house 80’s, electronica 90’s-2000’s, ainsi que le mélange de tout ça popularisé par quelques champions du crossover électronique/pop (Factory Floor, Jamie xx, Four Tet, Etienne de Crécy, le label DFA…).

  C’est donc un album qui, s’il est difficile à décrire, est facile à estimer et à aimer. Relativement accessible car sensoriel, tangible, il est un petit monument d’ambient, hors du temps et des modes, bouleversant et intellectuellement satisfaisant.

A écouter sur Youtube, Spotify, Deezer ou Bandcamp

Alex

dimanche 9 décembre 2018

Patrick Paige II - Letters of Irrelevance (2018)


  Bassiste de The Internet, qui ont sorti un superbe album cette année également, Patrick Paige II évolue dans un univers musical proche de la nu-soul modernisée de son groupe, mais aussi du rnb cérébral de Blood Orange, du hip-hop délicatement teinté de soul, de pop et de psychédélisme de Tyler, The Creator ou du jazz-funk de Thundercat. On pense d'ailleurs très fortement à ce dernier sur "On My Mind / Charge it to the Game", en collaboration avec Syd (chanteuse de The Internet) et Kari Faux.

Patrick Paige II - On My Mind / Charge It to the Game (Clip, 2018)

  Ce disque théorise un mélange entre boom bap chill et smooth jazz, parfaitement assaisonné de vocaux rnb à la D'Angelo ("Voodo", d'ailleurs nommée comme le chef-d'oeuvre de ce dernier). On pense également à l'exubérance symphonique mêlée d'électronique de Tyler The Creator et à la folie rock de Jannelle Monaé sur "Heart and Soul (Interlude)", de même que l'interlude "Voicemail" et ses 808s vintages rappellent autant Tyler que Pharell Williams

Patrick Paige II - Voodo (2018)

  La force de Paige, c'est son habileté à mêler son rnb composite à des instincts jazz, donnant une ampleur et une profondeur immédiate à ces chansons aux ambiances nocturnes et mélancoliques, donnant naissance au passage à des beautés comme "Red Knife" (avec Daisy). Mais même s'il est plutôt contemplatif, ce disque sait également faire monter les bpm et hocher la tête, en témoigne "The Party Song (Do My Dance)" avec ForteBowie, morceau au groove californien irrésistible, ou "Get It With My Niggas" avec Sareal et G Perico. Sur ces morceaux comme sur "The Last Letter" et "Ode To Inebriation", on ressent également un certain classicisme hip-hop très élégant. 

Patrick Paige II - Red Knife (2018)

  Letters of Irrelevance est donc un autre petit bijou issu de la formidable discographie de The Internet, ses membres ayant tous brillé en solo ces deux dernières années. Un très bon alliage de funk, de jazz, de rnb, de hip-hop, de pop et parfois de rock, imposant immédiatement son ambiance nocturne, pensive et nostalgique, dans laquelle on s'engouffre à la première écoute. 

Mes morceaux préférés : The Last Letter, Voodoo, Heart & Soul (interlude), Voicemail, Red Knife

A écouter sur Deezer ou Spotify

Alex



  

samedi 8 décembre 2018

Boosie Badazz - Boosie Blues Café (2018)


  Très bon rappeur, avec un style unique et une oreille musicale affûtée qui lui vaut l'admiration de ses pairs (dont Young Thug), Boosie Badazz a cherché sur ce disque à sortir de sa zone de confort. En effet, le natif de Bâton Rouge, Louisiane, a sorti un album de blues-rap avec ce Boosie Blues Café.

Boosie Badazz - Boosie Blues Café (2018, en entier)

  Si le projet peut surprendre au départ, en entendant les instrumentaux blues minimalistes et organiques, la voix acide de Boosie (on pense à Sky Saxon du groupe de garage 60's The Seeds) et son chanté-rappé très adapté au projet, on se rend rapidement compte de la cohérence de l'album. Qu'il soit dans un blues minimaliste ("Too Good For You", "Where I'm From"), dans un boogie blues-rock ("I'm On My Way"), Boosie fait des étincelles et interagit avec naturel et classe avec le groupe. Et surtout, il utilise sa science des hooks rap pour faire rentrer des gimmicks dans irrésistibles dans nos crânes ("Miss Money"), et apporte une vraie fraîcheur musicale en gardant l'esprit d'épure des prods rap sur des morceaux blues ("Trouble").

Boosie Badazz - Trouble (2018)

  Traversant les époques, et mélangeant les styles, il arrive à un résultat assez unique musicalement avec des titres comme "Devil in My Bedroom" (avec le soulman Big Pokey Bear), entre  blues, rap, garage rock de train fantôme, glam rock théâtral, nu-soul influencée par Parliament/Funkadelic et ambiance voodoo. Il rend également hommage à ses racines (Louisiane) avec des instrus blues certes, mais aussi zydeco sur "I Know How To Have a Good Time"

Boosie Badazz - Devil In My Bedroom (2018)

  Avec quelques détours, folk ("That's Mama"), soul de crooner ("Confused", "Worth It"), rnb à la Marvin Gaye période Midnight Love (1982) sur "Love Yo Family" (et "Rap Star Heaven"), ou une version minimaliste et modernisée de ce son popularisée par Pharrell Williams ("Soul Snatcher"), Boosie rend hommage à la Great Black Music dans son ensemble, et varie admirablement le ton. Les claviers et programmations parfois vraiment datés et kitsch ("Clean Up Man") apportent un petit charme du "fait maison" si on n'a pas de mal avec les pouet pouets, et sur des prods plus électro-funk, comme "Let's Talk About It", ils font des merveille. 

Boosie Badazz - Let's Talk About It (2018)

   En ne se contentant pas de rapper du de vieux blues, mais en fusionnant également les styles, il invente au passage des formes musicales fascinantes, comme sur "Problem" qu'on aurait bien du mal à catégoriser, entre son chant garage rock acide, ses programmations rnb 80's, et son rap sudiste. Encore plus inclassable, "Boosie Blues Café" part d'une electronica 90's-2000's, style easy listening, pour aller dans une direction musicale assez inédite, agréable et intéressante.

  Loin du simple exercice de style, ce disque est une expérimentation ultra-réussie, qui dépasse toutes les attentes qu'on pourrait en avoir, et donne à écouter un artiste à la créativité débridée livrer un disque à la fois profond, émouvant, fun et réellement original, ce qui fait plus que plaisir. La culture musicale de Boosie lui permet de fondre les styles les uns dans les autres avec un naturel désarmant, et donne un résultat accessible pouvant donner envie aux fans de rap et de blues d'approfondir l'autre style musical. Une belle porte ouverte, et une invitation à oser exemplaire. 

Mes morceaux préférés : Too Good For You, Where I'm From, I'm On My Way, Miss Money, Trouble, I Know How To Have A Good Time

Ecouter sur Spotify ou Deezer ou Youtube

Alex


  


vendredi 7 décembre 2018

The Good The Bad & The Queen - Merrie Land (2018)


  Pour rappel, The Good The Bad & The Queen c'est Damon Albarn (Blur, Gorillaz...), Paul Simonon (bassiste des Clash), Simon Tong (de The Verve), et le batteur Tony Allen (légende de l'Afrobeat ayant joué avec Fela Kuti, mais aussi Sébastien Tellier et beaucoup d'autres). Et ce disque, Merrie Land, c'est la réponse de ce groupe très british, et en particulier d'Albarn, au Brexit. C'est donc selon son auteur la suite grise et désabusée du coloré et exubérant Parklife (1994) de Blur

The Good the Bad & the Queen - Merrie Land (Clip, 2018)

  Du british, il y en a. On se croirait presque chez Baxter Dury sur le single "Merrie Land" avec ce chanté-parlé traînant, ces touches électro-pop ponctuées de cordes élégantes, cette petite mélodie presque enfantine, et ce groove nonchalant. Mais on est bien sur une des compositions les plus délicates et prenantes du sieur Albarn, somptueuse nursery rhymes (comptines anglaises) d'une authenticité bouleversante, qui annonce la merveille qu'est l'album. Dans le même genre, la  malicieuse comptine post-Syd Barret "Gun To The Head" évoque "The Fool On The Hill" ou "I'm The Walrus" des Beatles, autres grands anglais. Plus loin, "Lady Boston" répondra à ce morceau avec un son tout aussi populaire et facétieux. 

The Good the Bad & the Queen - Gun To The Head (Clip, 2018)

  Le son rétro ("Drifters & Trawlers" est très 60's), très classieux et impeccablement produit du disque ("Nineteen Seventeen") sert à merveille des morceaux qui ont tout pour plaire : des arrangements somptueux comme dans une BO de James Bond (ou dans le dernier Arctic Monkeys : surtout sur cette dernière et sur "The Poison Tree"), un groove impeccable presque soul/funk voire jazz assuré par le dieu vivant Allen et par la basse ronde de Simonon (excellence rythmique plutôt rare en pop anglaise davantage portée sur la mélodie), et les meilleures compositions d'Albarn depuis un bail, au moins depuis le très beau Everyday Robots (2014), auquel la délicate "Ribbons" jouée à la guitare non électrifiée, fait penser. Un ska de ville fantôme sur "The Great Fire" rappelle les influences variées qui ont bercées la plupart des musiciens, et montre bien que le meilleur du "glorieux" passé anglais doit pas mal à la richesse culturelle venue d'ailleurs.

The Good the Bad & the Queen - Nineteen Seconds (Clip, 2018)

  A la première écoute, on a l'impression que le groupe joue la même chanson à chaque piste. Mais ce n'est pas péjoratif, et ce pour plusieurs raisons. D'abord parce que cette chanson est bonne. Ensuite parce ce que ce n'est absolument pas le cas après une écoute approfondie. Et enfin parce que cette cohérence dans l'instrumentation, les tempos et même dans le phrasé monotone d'Albarn ajoute à la cohérence thématique et esthétique du disque. 

  Albarn ne peut cependant pas s'empêcher de faire du Albarn et de partir un poil dans tous les sens de temps en temps, avec le vaudeville british sans queue ni tête "The Last Man To Leave" et surtout la géniale "The Truce of Twilight" qui a le cul entre deux chaises : cet album et Plastic Beach (2010) de Gorillaz. Ce titre, comme "Ribbons" ou "The Poison Tree", donnent l'impression d'avoir déjà été entendus dans d'autres oeuvres de l'anglais, leur familiarité immédiate avec le style du songwriter et leur évidence pop leur donnant un côté réconfortant et intemporel.

The Good the Bad & the Queen - Ribbons (Clip, 2018)

  On peut donc parler de réussite totale, pour un disque éminemment british, condensé du meilleur de ce dont Damon Albarn est capable, entouré d'une équipe de tueurs. La perfection pop, en somme. Après autant d'années et de disques aussi différents, c'est un exploit. 

Mes morceaux préférés : Ribbons, The Truce of Twilight, The Great Fire, Drifter & Trawlers, Nineteen Seventeen, Merrie Land, Gun To The Head, the Poison Tree

A écouter par exemple sur Spotify ou Deezer

Alex


jeudi 6 décembre 2018

JID - DiCaprio 2 (2018)


  A ne pas confondre avec la majorité du rap sorti de Soundcloud ces dernières années, le jeune JID a certes la rage de ses pairs, mais musicalement est plus proche des ambitions d'un Kendrick Lamar, son timbre de voix se situant pile entre celui de ce dernier et celui d'Anderson.Paak. Capable de sonner comme un hybride entre ces deux légendes de la West Coast et Lil Wayne sur une prod cinématographique évoquant des images de rue déserte et d'Egypte en carton-pâte ("Slick Talk").

  Ses flows surdoués, agiles et presques aussi rapides que ceux d'un Eminem savent également s'adapter avec fluidité au style de ses invités, que ce soit avec un A$AP Ferg en forme sur "Westbrook", ou un J Cole qui essaie de rattraper son jeune protégé (et y arrive presque, respect) sur le banger hyperactif "Off Deez". Il sait varier son intention en fonction du beat et de l'émotion à véhiculer, et ça donne des résultats prenants ("Just Da Other Day"), même si on pense quand même très très souvent à Lamar ("Despacito Too", "Hasta Luego").

JID - Off Deez (2018)

  Le choix des instrus ne fait pas dans la facilité, avec quelques passages bruitistes/bordéliques mais une prime à la simplicité, avec peu d'éléments en même temps ("151 Rum"), aboutissant cependant parfois à un sentiment de déconstruction qui perd un poil l'auditeur (les interludes parlés fatiguent, et les flow hyper-rapide peut lasser à force). Malgré cette simplicité, les instrus sont variées ("Workin Out" et son jazz de club, "Tiiied" et ses cordes, "Skrawberries" et son beat old school, "Mounted Up" et son minimalisme électronique). En parlant old school, JID mettra tout le monde d'accord avec l'impeccable "Hot Box" en unissant ses talents avec ceux de Method Man et Joey Bada$$ sur une prod intemporelle. 

  Tout le disque n'est pas parfait, mais on a un bon petit paquet de bangers là dedans, et une évidence qui s'impose assez vite : JID est un diamant brut qui est amené à faire de très, très grandes choses. A suivre absolument. En attendant, on se remet cette petite tuerie. 

Mes morceaux préférés : Off Deez, Slick Talk, Westbrook, Just Da Other Day, Hot Box

A écouter sur Spotify ou Deezer

Alex


mercredi 5 décembre 2018

Projet Marina - Echos (2018)


  Projet Marina a tout pour plaire. D'abord ils sont Nantais, et c'est cool parce que finalement je ne connais pas tant que ça de groupes nantais qui me passionnent, et que j'aurais peut-être l'occasion de les voir en live. Mais surtout parce qu'ils ont tout pour eux : une musique puissante et radicale, dans un genre post punk / indus / gothique froid et menaçant, mais avec un côté vicieusement accrocheur dans les mélodies, les rythmiques et les sons, comme les meilleurs Suicide, Cure, Nine Inch Nails, Depeche Mode, et bénéficient d'une production relativement clean moins facile à gérer dans le genre qu'un brouillard lo-fi, mais qui est totalement à leur avantage ici.

Projet Marina - Rage (2018)

  Le premier morceau, "Rage", est mon préféré du projet : beat implacable passant par milles variations, tension qui monte sans se résoudre, prod lancinante et hypnotisante, texte intense et ambigu délivré avec une rage qu'on sent poindre derrière une diction contrôlée, aussi sexuel qu'inquiétant, délivré par un , aussi mal, et une conclusion virtuose. Un peu comme si Paradis s'était mis à faire de l'indus après un bad trip, mais en mieux. L'alliance de chanté-parlé en français et de rock n'a rien à envier à des chouchous de la critique comme les Limiñanas, Etienne DahoBertrand Belin ou La Femme, et arrive tellement bien à égaler (au moins) leur niveau qu'on a l'impression d'entendre un album financé par une grosse maison de disque plutôt qu'une sortie indé (c'est dit ici dans un sens positif). 

  Malgré ce coup d'éclat inaugural, le disque est loin d'être l'oeuvre d'une seule chanson. "Nu Disco" à elle seule ferait d'ailleurs mentir cette phrase, tant elle arrive dans un genre plus synthpop à atteindre à nouveau des sommets Pop sans la moindre concession (on est plus proche des hymnes déviants de Grauzone, Odonis Odonis en plus récent ou des débuts de New Order que d'une new wave tubesque). Et là encore, la construction méticuleuse du morceau (presque kraut) est parfaite. Finalement, je l'aime sans doute autant que "Rage", ça m'apprendra à écrire trop vite. 

Projet Marina - Nu-Disco (2018)

  Qu'on soit dans un drone anxiogène prenant ("Lou Andreas", toxique comme un Bashung sous coke ou un Daniel Darc période Seppuku, période Play Blessures, accompagné par un Velvet Undergound qui se serait mis aux synthés) une coldwave upbeat implacable ("La Louve", ayant le bonheur de me rappeller le premier EP de La Femme, le meilleur de mes chouchous Sealings et le plus sombre de The Drums et de son leader Jonny Pierce en solo), ou dans une divagation psychédélique synthétique belle comme du MGMT (3e album), du Suicide (2e album) ou du Flavien Berger en plus costaud, sur "La Brûlure", on atteint à chaque fois la perfection. 

  Le morceau de bravoure "Comme si", entre indus à la construction patiente (Odonis Odonis là encore, un soupçon de LCD Soundsystem, un peu d'Arnaud Rebotini), acid house dantesque, échos dub bienvenus, et prog synthétique et planant, est une pièce épique et introspective à la fois, comme on n'en rencontre plus tellement depuis la fin des années 70-80 (et c'est bien dommage quand on entend des merveilles comme cette track). On pense qu'"Echo" va suivre le même chemin, mais le groupe a le bon goût de surprendre en accompagnant son électronique contemplative et cinématographique aux basses lourdes par un rock psychotique, avant de finir en apothéose par une origie sonore au rythme qui tabasse sur "Guider ses Pas", à l'esprit presque aussi garage (et psyché) que Thee Oh Sees (on n'est pas si loin du génial projet parallèle Damaged Bug de John Dwyer).

Projet Marina - Guider Ses Pas (Clip, 2018)

  Cet album est un chef-d'oeuvre, il n'existe pas d'autres mots, et ce groupe est une découverte totale (merci à la radio Prun' pour ça, comme quoi il existe encore des radios passionnantes, n'en déplaise aux passéistes), qui s'avère être essentielle. J'ai beaucoup apprécié leurs précédents projets, à côté desquels j'étais évidemment passé, et ils sont également très bons, si vous avez aimé celui-ci je vous encourage à aller sur leur Bandcamp les écouter (lien ci-dessous). Mais ce LP est une véritable consécration artistique sur lequel les Projet Marina se sont dépassés, et qui mérite largement sa place parmi les meilleurs albums de l'année.

Mes morceaux préférés : Rage, Nu-Disco, Comme Si


Alex




samedi 1 décembre 2018

Le Bilan du mois : Novembre 2018


  La fin d'année approche, les jours raccourcissent, la température descend, l'humidité augmente, et les sorties se multiplient. A tel point qu'on va faire le bilan de novembre sans prendre en compte quelques disques sortis ce mois-ci, soit parce qu'ils paraîtront trop tard, soit parce qu'on n'a pas encore eu le temps de les digérer. Et également parce qu'à l'instar d'un sandwich à la tartiflette, ce Bilan du Mois bien chargé vous demandera un petit temps de digestion tant les sorties géniales s'y sont multipliées.
Bonne écoute à vous !

L'ALBUM DU MOIS



ARTHUR - Woof Woof
UK/USA
Pop, Psychédélisme, Synthpop, Baroque/Sunshine Pop, Rock Indé 
  Le malicieux ARTHUR, après nous avoir abreuvé d'EPs formidables et de singles géniaux, droppe enfin son album (sorti chez PLZ Make It Ruins). L'oeuvre est surprenante, un joyeux collage de bubblegum pop néo-60's ultra mélodique et jouissive, de néo-psychédélisme aussi libre qu'immédiatement mémorable, d'électronique barrée, et de folk lo-fi, entre autres. Cet OVNI total est une bénédiction pour la pop, à rapprocher des excellents disques de MGMT, Connan Mockasin et Jack Stauber de cette année pour leurs brillantes relectures du genre. La forte personnalité d'ARTHUR transcende des morceaux au songwriting impeccable et à la production audacieuse et fun. Un petit bijou.
Mes morceaux préférés : Woof Woof, Ivy League, Julie vs. Robot Julie, I'm Too Good, Evil Me, God
A écouter sur Spotify ou Deezer ou Bandcamp


L'EP DU MOIS

Aphex Twin - Collapse EP
Royaume-Uni
Electronique, IDM, House, Electrofunk
  Avec cet EP apaisé, Aphex Twin se montre sous un jour plus que favorable : assagi par les années, il se place dans l'histoire des musiques électroniques en évoquant la house 80's à peine sortie de l'électrofunk, toute en mélodie et en groove, l'acid ou la deep house, et en y injectant des breaks IDM fous et technoïdes et de magnifiques harmonies rappelant le plus beau de sa période ambient. Un gros boulot qui se découvre plus qu'il ne se décrit.
Mes morceaux préférés : T69 Collapse, phtex
Ecouter sur Spotify ou Deezer


LE MORCEAU DU MOIS

Earl Sweatshirt - Nowhere2go
USA
Hip-Hop, Electronique, Soul/Funk
  Le beat, complètement déglingué mais immersif, est un grand moment d'expérimentation hip-hop, tandis que le flow désabusé et misanthrope d'Earl fait plus que sa part pour propulser le morceau parmi ses classiques, qui comportent déjà un paquet de coups de génie. On reparlera de l'album le mois prochain si tout est de cette tenue !





BILAN ALBUMS

***On a adoré :

Still Parade - Soon Enough
Allemagne
Pop, Sunshine/Baroque Pop, Synthpop, Psychédélisme, Folk
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  Ce disque est une suite à la hauteur d'un Concrete Vision (2016), que je considère comme un classique personnel et un des plus beaux disques de ces dernières années, ce qui est en soi un petit prodige. Un magnifique album de pop aérée, mélodique et rêveuse, aux arrangements ciselés et à la beauté évidente.
Mes morceaux préférés : Soon Enough, Circle Song, As Long As, Vitamin, Stranger, Canyon
A écouter sur Spotify ou Deezer


Alpha Wann - Une Main Lave L'Autre
France
Rap, Hip-Hop, Pop, Trap
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  Le disque dans son ensemble est un gros coup de pied dans la fourmilière du rap francophone, une vraie déclaration artistiques au mérite certain, entre fond profond et bosse, flows agiles à l'humour décapant, et prods à tomber. Ses forces : une oreille musicale affûtée qui lui permet de choisir des prods fraîches, lui permettant de poser avec swag son flow à la fois old school dans son envie de perfectionnisme et de technique et moderne dans son agilité et son énergie. Un classique instantané qui hisse Alpha Wann parmis les plus grands noms du rap de chez nous.
Mes morceaux préférés : Starsky & Hutch, Stupéfiant et Noir, Le Piège, Ca va ensemble, Cascade - remix, La Lumière dans le noir...
A écouter sur Spotify ou Deezer


Vaudou Game - Otodi 
Togo, France
Funk, Afrobeat, Rock, Pop, Disco
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   Peter Solo, leader de Vaudou Game, a cherché à rendre hommage à ses idoles musicales sur ce disque, sur lequel on entend un savant mélange de décharges rythmiques façon James Brown et de groove façon Fela Kuti, via une autre légende, son oncle Roger Damawuzan, "le James Brown de Lomé", vétéran du funk togolais ayant par le passé chanté avec Les As Du Bénin (et avec Vaudou Game également), et présent ici sur deux titres (la fantastique "Not Guilty", la géniale "Something Is Wrong"). Otodi est une formidable détonation musicale, probablement le meilleur disque funk de l'année, et tout depuis les compositions jusqu'à l'interprétation nerveuse en passant par le son impeccable transpire l'amour de la musique et donne à cet album des allures de classique intemporel.
Mes morceaux préférés : Tata Fatiguée, Not Guilty, Something Is Wrong, Anniversaire, Pas La Peine
A écouter sur Spotify ou Deezer


SCH - JVLIVS
France
Rap Français, Hip-Hop, Rnb, Pop, Musique de films
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  Ce disque est dense, un poil exigeant (il demande quelques écoutes avant de bien rentrer dedans), mais il récompense vite l'auditeur persévérant. Son délire cinématographique servant de prétexte à une musique recherchée et surtout à des textes incisifs et profonds, reflets de la maturité nouvelle de SCH et centrés autour de l'héritage et de la relation père - fils. Un très grand disque de rap français, dont le succès public et critique est mérité. Ça va être dur de faire aussi bien pour les deux suites annoncées. A suivre...
Mes morceaux préférés : VNTM, Pharmacie, Le Code, Tokarev, Otto, Skydweller, les interludes
A écouter sur Spotify ou Deezer


EYEDRESS - Sensitive G
Philippines
Pop, Post-Punk, Rock Indé, Psyché, Goth, Shoegaze, Synthpop, Folk
Lien vers la chronique
  EYEDRESS utilise les référents du post-punk et de la pop indé comme tremplins pour exprimer sa créativité unique, et maîtrise ces genres (et bien plus encore) à la perfection, les assaisonnant de goth, de shoegaze, de synthpop, de folk, de psychédélisme, et j'en passe, pour en ressortir des morceaux concis, immédiats et beaux, sans toutefois faire de concessions sur son son, brut et minimaliste, presque tranchant. Un grand disque. 
Mes morceaux préférés : Ancient Love, Alone Time, Toxic Masculinity, No Fun, Xenophobic, No Love in the City
Ecouter sur Spotify ou Deezer ou Bandcamp


Sealings - Scum / The Sound Of Music 
Royaume-Uni
Post-Punk, Goth, Indus, Rock Indé, Psyché, Psychobilly, Synthpop
  Après I'm A Bastard (2015), que j'avais adoré (et même classé parmi mes albums préférés de l'année), les anglais Sealings reviennent avec la même intensité sur cet album qui se révèle largement à la hauteur de son pourtant parfait prédécesseur. Guitares bruitistes, basse grondante, boîtes à rythme, bruit blanc, chant d'outre tombe, post-punk, rock gothique, soupçons de glam dévoyés, indus sans concessions : ce cocktail sombre est magnifié par un génie de la dramaturgie certain et par un sens des gimmicks obsédants incontestable. Dans sa construction, ses sonorités noires, intransigeantes et fidèles à l'esprit post punk/gothique/indus du groupe, ou son exécution vigoureuse, la musique de Sealings est toujours excellente.
Mes morceaux préférés : Sports, Having A Dream




**On a beaucoup aimé :

Paint - Paint
Canada
Rock, Pop, Lo-Fi, Psyché
  Un bon petit disque de pop-rock déviante à l'ancienne, quelque part entre les Rolling Stones période Brian Jones, Beatles, le Velvet UndergroundAriel Pink et Syd Barrett. Très élégant dans sa compo et son exécution, c'est un album qui s'incruste progressivement entre vos oreilles pour ne plus s'en décoller. 
Mon morceau préféré : Plastic Dreams 
Ecouter sur Spotify


J Fernandez - Occasional Din
Pop, Rock indé
  Un bon petit disque d'art pop, quelque part entre rêveries sixties, rock barré façon John Cale et folie post-punk à la XTC, soit un beau pedigree qui donne un résultat convaincant. Un poil sage et scolaire, mais au-delà de ça, c'est une impeccable collection de bonbons pop qui rappelle quelques autres belles réussites récentes (Temples...).
Mes morceaux préférés : Volcanic Winter, Don't Need Anything

Marco McKinnis - Underground
Rnb, Pop indé, Soul, Gospel, Folk, Electro-Pop, Easy Listening, Adult Contemporary
  Si vous aimez Miguel et Frank Ocean, jetez une oreille sur ce disque de pop crépusculaire, indé, nimbée de rnb, de folk et d'une ambiance gothique prenante. 
Mes morceaux préférés : Silence, CPR

Ecouter sur Spotify


Gilberto Gil - OK OK OK
Brésil - Bossa Nova, Pop, Jazz, Funk, Soul, Rock, Blues, Folk
  Un bel album, de la part d'un aîné comme Gil, c'est toujours une très bonne chose. Ca n'est très probablement pas son meilleurs, mais il est très, très bon du début à la fin, groove bien, est varié et accrocheur tout en étant fidèle à la subtilité de sa musique, c'est vraiment du bel artisanat. 
Mes morceaux préférés : Na Real, Sereno, Yamandu

Anderson .Paak - Oxnard
USA - Funk, Hip-Hop, Soul, Rnb, Pop
  Ce n'est pas tout à fait l'excellence de ses deux derniers projets, Venice (2014) et Malibu (2016), mais le chanteur nous offre cependant un disque costaud, au casting incroyable et tout à fait agréable à l'écoute. Il ne manque que deux choses pour sur cet album: une petite étincelle d'imagination et une envie folle, celle qui remplissant de fun et de joie ses précédents projets. Pas très grave, je préfère un disque blockbuster en hommage à l'histoire du funk californien un peu plat mais très personnel qu'une grosse bouse radiophonique. Donnons du temps à Anderson .Paak pour digérer sa gloire nouvelle et les moyens immenses qui sont mis à sa disposition, lui qui est parti de rien et a galéré des année, et en attendant apprécions Oxnard pour ce qu'il est : un solide disque de transition. 
Mes morceaux préférés : The Chase, Tints, Saviers Road, Smile/Petty, Mansa Mura



*On a apprécié :

Audiobooks - Now! (In A Minute)
Synthpop, Pop Indé, Rock Indé, Rnb, Electroclash
  Ce duo est complètement barré. Hésitant entre pop autotunée, rock indé, synthpop, electroclash et art-rock, il finit par tout faire en même temps, et c'est très chouette.
Mes morceaux préférés : It Get Be So Swansea, Hot Salt

Dipset - Diplomatic Ties
USA - Rap, Hip-Hop
  Grosse claque pour ce retour de The Diplomats, avec notamment un "Dipset Forever" reprenant Queen d'anthologie. 
Mes morceaux préférés : Dipset Forever, On God

Lil Peep - Come Over When You're Sober Pt2
USA/Suède - Emo, Trap, Pop, Rock Indé, Hip-Hop
  Je connaissais mal Lil Peep avant son décès, appréciant l'idée de ce qu'il essayait de faire (injecter un esprit grunge DIY dans la trap) plus que les morceaux en eux-mêmes (j'ai jamais trop aimé l'emo), et je reste globalement de cet avis. Mais cependant, je dois reconnaître que sur ce disque au moins (et là encore je répète que je ne connais pas encore ses premières mixtapes qui sont sensées être bien), même les trucs que j'aime moins sont intéressants et catchy, et qu'il y a là quelques chansons que j'aime même sans réserve (celles listées ci-dessous, plutôt les singles). Plutôt une bonne surprise sachant que je n'en attendais rien et que ce disque est posthume.
Mes morceaux préférés : Cry Alone, Life Is Beautiful, Sunlight On Your Skin

Ed Banger - Ed Banger 15
France - Classique, Electronique, French Touch, House, Electro-Pop
  C'est une idée un peu barrée, mais réussie : faire jouer à un orchestre symphonique quelques-uns des tubes les plus marquants du label Ed Banger, connu pour sa French Touch éclectique mais rassembleuse. ll y a de belles réussites parmi ces réinterprétations, et si vous êtres amateurs de Justice, Breakbot, Mr Oizo, Cassius ou SebastiAn, c'est un régal. 
Mes morceaux préférés : Baby I'm Yours, Intra/Tricyle Express, Hand In The Fire, le medley Justice
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BILAN EPs :

***On a adoré :

Vince Staples - FM!
USA
Rap, Hip-Hop, Rnb, Soul/Gospel, Pop
  C'est une mixtape d'une qualité inespérée pour une mise en bouche avant le prochain long format de Vince Staples, un mini-album conceptuel très réussi tant sur le fond (les textes acérés) que la forme (le format radio), qui se sert habilement du contraste entre l'image ensoleillée de la Californie et la misère qui hante certains coins comme Long Beach pour disséquer habilement et subtilement la vie de ses habitants. Ce qui est illustré à merveille par un rap sec posé sur les prods de Kenny Beats mettant l'accent sur la rythmique, contrebalancé par quelques incursions rnb ou plus radiophoniques (Ty Dolla Sign, Kehlani, Tyga...) Encore un sans faute pour un rappeur à la discographie parfaite, qui n'augure que du bon pour la suite. 
Mes morceaux préférés : Feels Like Summer, FUN!, Relay, Tweakin, Run The Bands, Outside!
A écouter sur Spotify ou Deezer

ALLBLACK/Kenny Beats - 2 Minutes Drills
USA
Rap, Hip-Hop, Electrofunk
  Un collection de beats qui claquent fort, de flows au feeling bien West Coast façon YG, cette association entre le génial producteur Kenny Beats et le MC ALLBLACK est gagnante.  
Mes morceaux préférés : John Madden 2, Blitz, 76 Buccaneers
Ecouter sur Spotify ou Deezer




** On a beaucoup aimé :

Spiral Deluxe - Voodoo Magic
Jazz, House, Funk
  Géniale rencontre entre jazz, électronique et funk, ce disque évoque quelques vieux souvenirs (le Miles Davis post-Tutu, la faste période du jazz fusion, au croisement du jazz-funk et du prog), mais sonne frais et fun. 
Mes morceaux préférés : E=MC2, Voodoo Magic











Alexandre