Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes

samedi 19 août 2017

Les Entretiens de La Pop #2 - Lewis Ofman


  Pour notre deuxième interview (retrouvez la 1ère, du compositeur Oliver Buckland, ici), nous avons invité le musicien français Lewis Ofman pour nous parler de sa musique. Nous vous avons déjà présenté son magnifique dernier EP ici, et plus particulièrement le morceau "L'amour au Super U" sur cet article (cf clip ci-dessous). 

  Nous somme très heureux de pouvoir vous permettre de comprendre davantage sa musique grâce à cette interview que nous avons davantage pensée comme une conversation que comme une suite de questions-réponses. Bonne lecture ! 


Lewis Ofman - L'Amour Au Super U (2017)


Alexandre - Salut ! On tenait à te féliciter pour ton travail, ton EP, tes singles que l'on trouve vraiment cool. Pour commencer, comment te présenterais-tu et comment présenterais-tu ton parcours ?

Lewis Ofman - Ma première expérience avec la musique c'est Garage Band, où on mettait des petites boucles pré-faites sur lesquelles on chantait en yaourt dessus. C'était ma première « composition », on scotchait des boucles et chantait n'importe quoi. Après, au collège, j'ai écouté plus de musique et j'ai commencé la batterie, puis de fil en aiguille, je suis allé m'acheter un synthé, qui est le synthé que j'utilise toujours et qui est sur la couverture de l'EP. C'est grâce à ce clavier que j'ai appris à faire du piano tout seul. C'est peut être parce que j'ai appris tout seul que j'ai maintenant un son à moi et qu'on peut me repérer. Je faisais des accords un peu n'importe comment et quand j'en trouvais des un peu calé, j'essayais de les refaire et en découvrais de nouveaux. Ça s'est fait comme ça.

Etienne - Tu fais toute ta musique seul, j'imagine que c'est ça qui t'a mené à devenir multi-instrumentiste ?

L- Ouais, c'est une vision différente de l'instrument. Tu essayes de faire les choses logiquement, en essayant de comprendre le truc. Ça a fait comme ça avec la guitare, que j'ai acheté à un pote au lycée qui la vendait à pas cher, alors que je ne savais pas trop en jouer, mais ça m'intéressait et j'ai sauté sur l'occasion. Mais je préfère le piano, c'est plus cool je trouve !

A- C'est marrant car on avait une citation de Gaspard Augé de Justice, sur laquelle on voulait te faire rebondir et qui disait « la technique est l'ennemi du style ». N'est ce pas un peu ça ?

L- Il a raison, mais c'est vraiment à nuancer. C'est à dire que c'est toujours bien d'avoir une base de technique. Pour ma part je trouve plus cool de commencer sans avoir aucune technique, en cherchant ses marques pour avoir une base très personnelle et les renforcer ensuite avec des notions plus techniques.

E- Pour revenir sur ton parcours, dans quelle culture musicale as-tu grandi, qu'elle musique écoutais-tu enfant et ado ?

L- Moi, petit, j'aimais beaucoup les musiques qui me touchaient, comme les slows ou les chansons tristes. Je les préférais aux musiques qui sont plus dans le kiffe de l'instrument, comme dans le rock, contrairement à la pop qui est plus dans la mélodie et la voix. Sinon, en primaire, j'ai commencé par le rap où j'écoutais du Diam's (rires). Arrivé au collège, je me suis vraiment mis à écouter du rock avec des groupes comme les Arctic Monkeys, Pink Floyd ou Jimi Hendrix. Au lycée, en découvrant Soundcloud, j'ai fait un mix de tout ça et me suis mis à écouter un peu de techno, de l'électro et pas mal de choses. Mais dans tous ces styles, ce qui m'a toujours fait kiffer, ce sont les belles harmonies et mélodies. C'est ça qui m'a mené à ce que j'aime beaucoup écouter en ce moment, c'est à dire les musiques de films italiens assez jazzy. Actuellement j'écoute beaucoup de choses différentes et c'est juste le kiffe !

Pink Floyd - Wish You Were Here (1975)

E- N'est ce pas étonnant d'avoir commencé par la batterie alors que tu parles beaucoup de ton attrait pour les mélodies ? Était-ce par opportunité ?

L- En fait j'ai commencé par faire de la batterie car en 6ème, j'avais le père d'un pote qui avait un studio et il nous y avait tous emmené. Là, en voyant la batterie, je me suis mis dessus directement, j'ai commencé à jouer et j'ai trop kiffé. Tu vois, si j'avais du commencer par le piano, j'aurais peut être moins kiffé. Alors que là, en commençant par la batterie, direct c'était cool et peut être même plus facile. Ma position, quand je jouais de la musique n'était donc pas de faire de la mélodie, mais du groove et je me dis que c'est peut être pas mal d'avoir commencé par ça plutôt que par le clavier. Mais effectivement c'est drôle d'avoir commencer par ça pour ensuite ne parler que de mélodies et d'harmonie.

A- Est-ce que tu pourrais nous donner des coups de cœur musicaux ? Soit des vieux disques dont tu ne peux pas te séparer, soit des disques récents, qui viennent de sortir ?

L- Alors moi, le disque dont je ne peux pas me séparer et qui reste un peu toujours sur mon bureau, c'est le disque Jane Birkin - Serge Gainsbourg, avec "Je t'aime... Moi non" plus, "L'Anamour" ou "Jane B". Ils m'ont beaucoup inspiré pour "Un Amour Au Super U", particulièrement "69 année érotique" avec les violons et la voix de Jane Birkin, qui m'ont pas mal inspiré. Mon coup de cœur du moment : le morceau de Juliette Armanet "L'Amour en Solitaire" (cf notre chronique de l'album). Sinon j'ai découvert récemment un gars qui s'appelle Aldous RH et le morceau que je kiffe beaucoup c'est "My Cherie Amour". Damso aussi avec "Macarena".

Serge Gainsbourg & Jane Birkin - 69 Année Erotique (1969)

Aldous RH - My Chérie Amour (2016)

Damso - Macarena (2017)

A- On a avait vu sur les Inrocks une description de tes influences notifiant Mac Demarco et Connan Mockasin. C'était de toi ou est-ce eux qui l'avaient rempli?

L-  Je vois, c'était pour les Inrocks Lab. C'est mon manager qui avait rempli ça. Connan Mockasin, quand j'y pense, ce n'est pas trop une influence. Mac DeMarco, c'est un mec qui, quand il est arrivé, a bouleversé les sons qu'on entend aujourd'hui, notamment le chorus, que l'on entend beaucoup maintenant. C'est incroyable, il a vraiment changé la musique lui. Ses chansons que je préfère, c'est celles où il met des synthés et où il y a des mélodies super belles. C'est pour ça que j'ai énormément aimé son dernier album. Là où il m'inspire beaucoup, que se soit de manière consciente ou inconsciente, c'est vraiment dans ses sons de clavier et ses mélodies. Avec Mac DeMarco, personne n'a le choix. C'est forcement quelqu'un qui va influencer tout le monde, même dans le style vestimentaire et l'attitude.

A- C'est effectivement ce que l'on avait ressenti, une parenté notamment sur "Autoroute" avec des morceaux comme "On the Level" de Mac DeMarco ou même au dernier Homeshake (cf notre chronique de l'album).

Lewis Ofman - Autoroute (2016)

Mac Demarco - On The Level (2017)

Homeshake - Khmlwugh (2017)

L- Homeshake j'aime beaucoup aussi ! 

A- Tout ces sons de synthés vaporwave ou chillwave t'ont pas mal inspiré ?

L- Ouais, avec ce réflexe de « détuner » les synthés, les mélodies n'en sont que plus belles. C'est vrai que j'ai un peu été pris là dedans. Mais là j'essaye de m'en séparer ! (rires) Je suis dans la merde là.

E- Pour revenir sur ton évolution, tu as commencé avec pas mal de remixes, dans un style un peu plus électro. Tu le disais, tu es maintenant dans une approche beaucoup plus mélodique. Est-ce un progrès ? Te manquait-il de la technique pour arriver à ce que tu voulais faire ?

L- Ouais, c'est intéressant comme question. En faite au début, mes remixes et l'électro, correspondaient au moment où j'ai découvert Soundcloud et j'écoutais des mecs comme Darius et tout, qui sont vachement électro. Darius qui a été une grosse influence d'ailleurs. Mais surtout, une raison très conne, c'est que je n'avais pas de carte son ! (rires) Je ne jouais donc qu'avec des instruments MIDI et donc forcement il y avait un truc plus électro. C'est clairement plus difficile de faire de la pop sans guitare, ni synthé. Et puis c'était aussi le moment où j'ai découvert le logiciel Ableton et le kiffe de pouvoir faire du son. J'ai d'ailleurs oublié de vous le dire, j'ai d'abord commencé à composer sur GarageBand, sur mon iPad, où j'ai vraiment fait mes premières propres chansons. GarageBand sur iPad, c'est le feu, y a des sons de ouf ! J'avais même fait une sorte d'EP sorti sur Bandcamp, avec 4 sons, qui est toujours dispo' d'ailleurs. Composé sur GarageBand, puis compressé de ouf sur Audacity, du coup le son est dégueulasse ! Mais y a des trucs pas mal. Notamment la première, "Disconsolate", qui est une chanson que j'aime beaucoup et que je voudrais vraiment refaire clean. Y a aussi une chanson qui s'appelle "Passionate" dedans et que j'aimerais refaire un jour. Ça me fait d'ailleurs penser à une autre influence qui a été assez forte, c'est les Beach House.

Lewis Ofman - Disconsolate (2014)

Darius - Hot Hands (2014)

Beach House - Space Song (2015)

L- C'est une énorme influence. Eux, pour le coup, c'est les plus beaux accords. Tout y est magnifique. C'est un truc qui ne quittera jamais mon cœur ! (rires) Franchement, je sais que les Beach House, toute ma vie j'aimerai leur musique. Pour revenir à la question de l'évolution de ma musique, les remixes c'est vraiment un truc que j'aime vraiment beaucoup faire. J'ai juste à prendre la voix et je mets mes accords par dessus. Je vois un peu ça comme un puzzle, un jeu. C'est vraiment la magie quand tu fais d'autres accords et que ça marche. Je kiffe vraiment.

E- J'ai vu que tu avais fait un remix pour Hypnolove notamment. Choisis-tu ces musiques parce que tu les kiffes et que c'est un moyen de te les approprier ?

Hypnolove - La Piscine (Lewis Ofman Remix)

L- En fait, au début, j'ai remixé Lana Del Rey, car c'était le seul a capela cool que j'avais trouvé sur Youtube et que j'aime beaucoup sa voix. Ensuite c'est The Pirouettes car là aussi j'aimais beaucoup la voix de Vickie. Je n'écoutais pas trop encore The Pirouettes à ce moment là, mais je connaissais et j'avais vu des Stems sur leur Soundcloud. C'est comme ça que j'ai commencé les remixes. Ensuite ça a été des demandes qu'on me faisait et moi j'étais très content de les faire. Hypnolove, c'est eux qui m'ont demandé et c'était très cool de le faire, Poom et Housse de Racket aussi. Là y a deux nouveaux remixes qui vont sortir bientôt.

A- Tu as le droit de nous le dire lesquels ?

L- Là y en a un qui va sortir dans 4 jours, c'est pour Futuro Pelo. C'était vraiment à la cool. Sinon y en a un qui sort en septembre mais que je ne peux pas trop vous raconter.

Futuro Pelo - Swamp (Lewis Ofman remix) 2017

A- Ça marche ! Tu disais t'être mis au logiciels et claviers MIDI dans un premier temps. Le fait d'être un artiste solo t'est-t-il apparu comme une évidence au fur et à mesure de ta découverte de la musique ?

L- J'ai oublié de vous dire aussi que j'avais un groupe quand j'étais au collège, dont j'étais le batteur. Ce n'était donc pas moi qui composait, mais le guitariste. Mais j'ai jamais eu un complexe de me dire « je veux composer mes propres trucs ». Je me suis juste mis à faire mes trucs, à composer et bien sûr c'est luxe de faire tout seul et de tout contrôler, de ne pas avoir à imposer ses idées. Tu te dis juste « je vais essayer ça, non plutôt ça, etc ». C'est ça qui est super agréable quand tu fais de la musique tout seul.

E- Tu nous parlais de musique sentimentale, n'est ce pas plus simple d'avoir cette approche mélodique et mélancolique quand on est seul?

L- Ouais, tu as raison, c'est carrément ça. Quand on est seul, c'est beaucoup plus personnel et beaucoup plus touchant, car on sent que ça vient de nous. Alors qu'en groupe, c'est différent. En général un mec vient et dit « regardez, j'ai trouvé ça ». Mais se dire on va composer une musique belle, sentimentale, ça semble forcement moins touchant en groupe que tout seul chez soit, à composer.

A- Dans ton EP, tu as chanté sur une chanson, "Le métro et le bus". Tu disais en interview que tu t'étais dit assez naturellement qu'il nécessitait peut être une voix et que la tienne conviendrait bien.

Lewis Ofman - Le Métro Et Le Bus (2017)

L- Ouais, c'est vraiment ça. Ce qui s'est passé c'est que ma guitare était branchée, j'étais en train de m'installer pour répéter, je faisais un peu des notes que je trouvais stylé et j'ai commencé à dire des paroles. Voilà c'est vraiment un truc qui s'est fait d'un coup sans réflexion. C'est vraiment un truc logique qui m'est arrivé que de me dire que j’allais chanter. Je n'avais jamais fait ça et c'est super agréable. Mais j'ai fait d'autres chansons où je chante. Le chant donne vraiment une dimension différente au morceau, c'est alors un choix que de l'orienter plus vers une chanson ou un titre instrumental. Le problème, je trouve, quand il y a des voix, c'est que la musique derrière devient la prod' et c'est relou je trouve.

E- Je rebondis sur la place de la voix qui est souvent occupée dans tes morceaux par des sons de synthés qui ressemblent beaucoup à des voix. Était-ce un moyen pour toi d'apporter progressivement dans ta musique une partie vocale ?

L- C'est exactement ça. Quand j'étais au lycée je commençais à sortir des sons sur Soundcloud et y avait une fille qui m'avait dit « c'est cool mais il faudrait qu'il y ait des voix ». La seule solution que j'avais trouvé était de mettre des samples de voix sur un clavier et de jouer du « clavier-voix », pour remplacer la voix humaine, la voix chantée.

A- Je reviens à "Le métro et le bus". En y réfléchissant vite fait, on peut y entendre un petit côté La Femme. Mais moi j'y voyais plutôt un côté rock indé, notamment avec le troisième album du Velvet Underground, celui sur lequel ils sont dans un canapé sur fond noir. J'y voyais cette pureté et cette mélancolie qu'on retrouve dans ta diction qui est super intéressante sur ce morceau. Est-ce quelque chose que tu as beaucoup bossé ?

The Velvet Underground - I'm Set Free (1969)

L- En fait, au début, je voulais justement faire un truc à la Velvet où je chantais d'une façon très maniérée et c'était pas très cool en fait, un peu fake. J'ai donc pas mal taffé la voix de façons différentes. Finalement je me suis dit qu'il fallait que je chante le plus naturellement possible, en chantant près du micro, sans manières, vraiment au naturel. C'est comme ça que j'en suis arrivé à ce résultat. Mais c'est vrai qu'il y avait trois influences en composant ce morceau, un peu de Flavien Berger, du Velvet Underground et du King Krule dans le fait de chanter juste sur une guitare avec de la reverb comme ça. King Krule est une autre très grosse influence, surtout dans la façon de faire de la guitare.

King Krule - Easy Easy (2013)

A- Est-ce que c'est quelque chose vers lequel tu aurais envie de tendre que de faire quelque chose de plus chanson française, à la Paradis ou La Femme, au moins sur un projet ?

L- C'est un peu mon éternel problème en ce moment, je n'arrête pas d'osciller entre les deux. C'est à dire soit des morceaux comme "Flash", plus club, soit des chansons comme "Un Amour au Super U", vraiment pop, que je kiffe aussi de ouf. C'est un truc qui m'attire à cause de l'album de Serge Gainsbourg, où forcement je me dis que ce serait vraiment tellement calé de faire un truc comme ça. A chaque fois j'hésite, mais je pense que je ne me déciderai jamais. Finalement je n'ai pas envie de me donner une direction en me disant « il faut que je fasse que cette musique là ». En gros je part du principe que les gens en écoutant un artiste, ils écoutent l'artiste plutôt qu'un mouvement ou ce qu'il représente. C'est pour ça que dans mon EP il y a pas mal de directions avec des titres comme "Flash", "Kythira", "Un amour au Super U". je pense que ça vient du fait que j'écoute pas mal de musiques différentes. Ce qui fait que je n'ai envie de me bloquer dans un seul truc. Du coup je suis dans plein de directions.

E- C'est intéressant car ça permet de faire respirer l'EP avec toutes ces influences

L- Effectivement ça permet de faire respirer avec plusieurs rythmes, plusieurs ambiances, plusieurs atmosphères.

E- Pour prolonger la question sur le chant, on voulait te poser une question sur les textes. Est-ce toi qui écris les textes ?

L- Pour la chanson où je chante, effectivement c'est moi qui ai tout écrit. La première phrase vient directement d'un livre qui s'appelle Métro de Marc Augé, où la première phrase c'est « Dans la nuit du tunnel » et qui m'a un peu lancé dans l’ambiance que je voulais mettre.

E- Là encore, c'est une forme de remix !

L- Ouais, c'est un peu ça. Pour "Un Amour au Super U", la fille qui chante, c'est ma copine et du coup on a écrit les paroles ensemble.

E- Et vous vous êtes vraiment rencontré au Super U ?

L- Non malheureusement (rires)

A- Une question un peu liée, il y a deux titres un peu plus mystérieux, moins descriptifs, c'est "Yo Bene" et "Kythira". Que signifient ces titres pour toi ?

L- Kythira c'est le nom d'une île grecque où je vais quasiment chaque année depuis que je suis tout petit. C'est un endroit qui est un peu sauvage et rude et c'est le seul moment où je me dis « ça y est je suis en vacances! ». C'est un endroit où tout est calme et où le téléphone reste dans la valise. Pour "Yo Bene" c'est une expression qu'on a avec mon frère par laquelle on s'appelle depuis le lycée. En rapport à un rappeur qui s'appelle Bene et qu'on avait repéré sur un featuring avec Kery James. On kiffait ce rappeur, du coup on s’appelait comme ça. En gros bene c'est un peu l'équivalent de mec mais avec plus d'affection. On sait que même si on s'engueule, on dit bene et y a pas de problème quoi.

E- C'est marrant mais sur Kythira on y avait vu des influences italiennes et éventuellement japonaises. Étaient-ce en fait des influences grecques ?

L- C'est vraiment des influences italiennes. Y a pas trop d'influences grecques et aucune influence japonaise. C'est pas un truc qui m'attire beaucoup, mais j'admets que ma musique peut parfois y ressembler. Je trouvais ça intéressant de mettre du grec dedans, avec cet espèce voix au début, d'une annonce d’aéroport grecque. J'aime beaucoup mélanger les choses comme ça, je trouve ça cool.

A- Si on parlait de ce que tu voudrais faire plus tard. Faire une B.O. d'un film c'est un rêve pour toi ?

L- Ouais, ça c'est vraiment un projet que j'ai. Travailler avec un réalisateur avec qui on est sur la même longueur d'onde et qui fait totalement confiance. C'est un peu ce même genre de sensations que de chercher la magie, l'harmonie qui va bien accompagner le film et tout. Je pense que c'est vraiment bien à faire.

A- A l'inverse tu as des clips et une image qui sont assez travaillés. Tu bosses avec un collectif qui s'appelle le Cactus Club, c'est ça ?

L- Ouais on a bossé ensemble l'année dernière. On a fait deux vidéos. Mais là on ne travaille plus ensemble. J'essaye de tester avec le plus de gens possible. Là je fais des clips avec des gens que je connais. En ce moment je travaille sur un clip. C'est la première fois que je suis très très content du clip et de la personne qui va faire ce clip.

A- Tu as peut être eu plus de direction artistique en amont ?

L- Ouais, tous les clips que j'ai fait avant, ce sont des clips où j'ai écouté le réalisateur sans vraiment mettre moi ce que je pensais en avant. Maintenant je réfléchis vraiment beaucoup avant de faire un clip, afin que ce que fait la personne soit en accord avec ce que je kiffe.

A- On aussi était tombé sur une chaîne Youtube plus vieille que les autres clips, Milesselim, avec "Quand  le chaud naît du froid", "Disconsolate" qui sont plus électroniques. 

Lewis Ofman - Quand le chaud naît du froid (2016)

L- C'est la chaîne de ma copine qui fait de la vidéo aussi. C'est des montages de vidéos qu'elle tourne en vacances.

A- Y'avait un peu d'archives aussi.

L- Ouais, pour "Disconsolate" ce n'est que des archives et pour "Quand  le chaud naît du froid" c'est un montage d'images qu'elle a prise quand on est parti ensemble au Portugal. Y a aussi un titre qui s'appelle "Chanson", je ne sais pas si vous voyez, et là encore c'est un montage de vidéos sur la plage en hiver quand on est parti en Normandie.

A- On les trouve intéressants ces clips avec ce côté vintage et ce grain un peu cassette VHS dessus. Et puis la superposition d'images, surtout sur "Disconsolate" où c'est plus des archives justement, avec même un extrait de Mononoké.

L- C'était il y a deux ans et demi ou trois ans et c'était vraiment la première fois qu'elle réalisait un clip pour une musique.

A- Sinon, tu disais qu'à partir de maintenant, tu voulais des vidéos plus travaillées. Tu parlais aussi de changer musicalement. Hors tu as des thématiques relativement fortes, tant visuelles que sonores. Est-ce que tu es le genre d'artiste qui creuse le même sillon et te perfectionne, ou est-ce que tu comptes avoir un nouveau concept assez fort à chaque projet et fonctionner par phases?

L- Je suis vraiment dans la team de se renouveler et faire le plus de choses possible. C'est parfois dommage quand on attend le nouvel album d'un artiste et que c'est en fait toujours un peu la même chose. Je trouve ça vraiment plus intéressant d'avoir des nouveaux projets. Pour résumer, sortir du confort de l'artiste. C'est bien plus intéressant quand on sent la mise en danger de l'artiste, là où il n'est pas sûr de lui, où c'est moins calculé. On est bien plus touché et c'est bien plus authentique.

E- C'est aussi cette maîtrise dont on parlait tout à l'heure avec la citation « la technique est l'ennemi du style ». On préfère laisser le hasard agir et donner ce côté fragile.

L- C'est vraiment le hasard qui peut faire aboutir à de la magie et on ne peut pas l'expliquer. Pour la chanson "Flash", qui est, j'ai l'impression, celle qui plaît plus que les autres dans l'EP, je n'ai vraiment rien calculé. Je l'ai faite comme ça et il s'est un peu passé un truc. Je ne comprends pas trop pourquoi c'est celle qui plaît le plus. Il y a plus de chances pour qu'une chanson plaise au gens quand on ne la comprend pas trop nous même, plutôt que quand tu sais que c'est bien et que tu la montres aux gens et qu'ils te disent « ouais c'est bien ».

Lewis Ofman - Flash (2017)

A- Te verrais-tu faire des albums où tu chanterais sur certains morceaux, mais tu inviterais pas mal d'invités vocaux comme sur "Un amour au Super U" ?

L- Pour le coup, c'est une question que je me pose très souvent et qui est un  très gros doute. Si un jour il faut que fasse un album, je serais un peu emmerdé ! Un album où il y a un peu des chansons chantés, où il y a un peu des prod' et plein de guest et tout, ça peut faire le complexe du producteur à qui il faut des voix. Tu perds un peu en identité je trouves. Alors des fois je me dis pourquoi pas faire un album avec que des chansons en mode pop et ensuite un autre projet.

A- Il y a un peu deux écoles, soit le Calvin Harris qui ramène tout le monde sur son album, soit Breakbot ou La Femme qui ramènent une ou deux voix féminines en plus.

L- Voilà. Moi je trouve que c'est plus cool d'avoir un seul guest qui fait vraiment partie du projet.

A- Ça me fait rebondir sur la chanson "La Femme à la Peau Bleue" que tu as produit pour Vendredi sur Mer, qu'on trouve hyper réussie. Comment est-ce que ce projet s'est fait ?

Vendredi sur Mer & Lewis Ofman - La Femme à la Peau Bleue (2017)

L- Merci ! C'est quand j'ai rencontré mon manager pour la première fois, qui était à la base le producteur de Vendredi sur Mer et qui m'a demandé de faire un remix de cette chanson qui s’appelait "La Femme à la Peau Bleue" et qui n'avait rien à voir avec la chanson d'aujourd'hui. J'ai donc remixé la prod' originale. J'ai en gros juste pris la voix de Charline et j'ai fait ma prod' par dessus. Quand je leur ai montré ils ont été impressionné et m'ont dit que ce serait en fait la chanson original et non le remix. C'est comme ça que ça s'est fait. Du coup il m'ont demandé de réaliser son EP avec elle, EP qui va sortir bientôt.

A- C'est marrant, on pensait que tu avais peut être eu un mot en amont, rien que par rapport au titre de la chanson qui fait penser à ton visuel bleu Klein de tes débuts.

L- Ouais, c'est une bonne coïncidence ! C'était clairement cohérent qu'on se retrouve sur ce projet.

A- Tu as un peu répondu à mes questions par avance, mais un peu à la Gainsbourg, est-ce que tu te sentirais de produire pour quelqu'un d'autre ?

L- Ouais, c'est quelque chose que j'aime beaucoup faire. C'est assez agréable. Ça permet de faire des choses qu'on ne ferait pas forcement pour soi.

A- Ça te sort de ton confort là encore.

L- Ouais, mais d'une façon différente. Tu réfléchis un peu moins. Tu te prends moins la tête finalement.

A- Est-ce qu'il y aurait des collaborations qui te feraient rêver ?

L- Ouais, il n'y en a qu'une, Frank Ocean ! (rires)

Frank Ocean - Nikes (2016)

L- Pour le coup, c'est vraiment l'artiste qui représente tout. Ce n'est pas juste un chanteur. Il a vraiment une vraie démarche. Comme l'été dernier quand il a sorti un album visuel, ça a interrogé tout le monde. Moi j'étais avec un pote à regarder ça et on en comprenait pas quoi, c'était dingue! Et le lendemain il sort un titre et ensuite l'album. C'est incroyable de faire ça. L'album visuel et même l'album Blonde, il y a plein de sorties de zone de confort, c'est nouveau, avec plein de contrastes.

E- Dans cette dynamique de sortir de sa zone de confort, est ce que tu te verrais aller vers d'autres styles ? On écoutait notamment tes mixes assez variés sur Soundcloud. Est-ce que tu te verrais faire des choses plus jazzy par exemple ?

A- Ou même collaborer avec un rappeur.

L- Je fais un peu des choses avec un rappeur et on a pas mal de chansons qui sont prêtes là. Et pourquoi pas un jour faire un truc avec des musiciens qui jouent. Y a des choses à tester quoi !

A- Tu es un petit peu lié au label Profil de Face, notamment via Vendredi sur Mer, mais tu n'es pas vraiment signé ?

L- Ouais, via mon manager qui est le boss de Profil de Face. Mais je ne suis pas signé chez eux, ni même sur aucun label.

A- En indépendant total ! Mais préférais-tu signer sur un gros label si tu en avais l'occasion ou continuer en indépendant ?

L- Vu que j'ai pas mal de projets en ce moment, dans pas mal de directions, j'ai créé moi même ma boîte où je fais l'édition et je fais ensuite des co-éditions avec des labels.

A- Par rapport au label, on beaucoup aimé "La Montagne" de Février et ça nous faisait un peu penser à tes morceaux les plus funky comme "Yo Bene" ou "Flash". Est ce que tu as l'impression, avec ce label là et d'autres gens comme The Pirouettes, de faire parti d'un mouvement ou d'une scène ou est-ce juste des idées proches ?

Février - La Montage (2016)

L- Je pense que tu as raison, mais c'est super inconscient. Je ne me suis jamais dit « je kifferais faire partie de ça ». Ce sont des choses qui se font d'elles même. On a beau dire « moi je suis différent », on est toujours un peu dans un courant de gens.

A- Dans cette même idée, penses-tu que tu fais ce que tu fais car tu as des influences typiquement françaises, genre Gainsbourg, Housse de Racket, Hypnolove ou même Sébastien Tellier et Mr Oizo, pour le côté humour ?

L- Ouais, grave, Mr Oizo j'aime beaucoup aussi. Mais désolé, je n'ai pas bien compris ta question. Et quand tu arrives après des gens comme Gainsbourg ou Mr Oizo, inconsciemment, tu es un peu dirigé vers ça.

A- Parce qu'il y a quand même un petit côté à la fois dérision et second degré, mais aussi profond, sensible et accessible dans ta musique qu'on retrouve chez Mr Oizo.

L- Effectivement, Je vois ce que tu veux dire. Je peux trouver chez Mr Oizo des idées qui me font penser à moi, notamment dans les sons qu'il prend. Et ce qui est intéressant avec Mr Oizo, c'est que tu sens qu'il ne comprend pas trop ce qu'il fait et ça c'est trop cool ! (rires) Moi ça peut m'arriver aussi de faire des sons, un peu n'importe quoi et c'est là que c'est le plus kiffant. Y a des sons sur son album, tu sens qu'il se marrait en les faisant.

Mr Oizo & Charli XCX - Hand In The Fire (2016)

A- Je crois qu'il l'a dit, que ce qu'il essayait de faire à chaque fois, c'est une parodie de la musique pop et dance qui passe partout.

L- Ouais c'est ça ! Il est trop cool ce mec.

A- On t'a découvert via l'EP et via "..Super U", mais au final même si tu es un "jeune" artiste on trouve pas mal de chanson de toi. Tu es assez productif. Comment fais-tu pour choisir entre tout ces morceaux pour en faire l'EP, alors qu'il y a des titres assez forts comme "Sucrées" et "Autoroute", qu'on aime beaucoup et qui ne sont pas dessus ?

Lewis Ofman - Sucrées (2016)

L- C'est un enfer mec ! Pour l'EP en gros, je me suis dit « quels sont les morceaux qui me représentent le mieux parmi tous ceux que j'ai fait et que je valide », tu vois. "Sucrées" par contre c'est un morceau ancien, mais que j'aime bien et que je validerai toujours. Mais je trouvais qu'il n'avait pas trop sa place sur l'EP. Ceci dit, je suis un peu triste qu'il soit à la dérive sur Youtube. (rires)

A- Si ça peut te consoler, c'est le préféré de ma copine ! J'imagine que tu as aussi pas mal de prods sur ton disque dur, que tu n'as pas forcement sorties ?

L- Ouais, j'ai énormément de trucs. Souvent je me dit que je devrais faire un petit EP d'unreleased. Mais le problème c'est que ce n'est pas très sexy. Tu te dis que si c'est unreleased, c'est que le mec n'a pas voulu les sortir quoi. Mais c'est un peu con de ne pas les montrer aux gens.

A- On voulait aussi te poser des questions sur ton rapport à la scène. Comment ça se passe, tu en as fait beaucoup déjà ? Tu en as fait avec The Pirouettes c'est ça ?

The Pirouettes - L'escalier (Live à la Cigale, 2017)
Avec Lewis Ofman à la batterie !

L- Ouais, je suis le batteur live de The Pirouettes, ils ont une tournée très fat et je fais énormément de scène avec eux. En tant que Lewis Ofman, j'ai aussi eu l'occasion de faire pas mal de trucs. Par exemple j'ai été mis dans le bain avec mon premier concert qui était pour un défilé et c'était dur. Il n'y a pas une ambiance, c'est le silence. Tu ne peux pas te foirer.

E- En soi, ça a un petit côté B.O. d'habiller un défilé !

L- Au départ, j'ai fait ça pour un pote, Pierre Kaczmarek, qui a une marque qui s'appelle Afterhomework. Puis j'ai fait un autre défilé, où j'ai composé toute la B.O. qui fait 16 minutes. Ça c'est un truc que j'aime énormément faire. Je l'ai fait aussi pour un autre pote qui s'appelle Ruben et lui sa marque c'est Maison Sentinel, environs 15 minutes là encore. Tout ça c'est disponible sur Soundcloud. Et ça c'est quelque chose que j’aime vraiment faire, parce que quand tu as un défilé tu n'as pas de contraintes, pas de format radio ou quoi que ce soit. Tu peux vraiment aller au fond de tes idées et sortir des codes. Tu peux faire ce que tu veux.

E- Tu veux dire que dans des formats plus long, un peu comme dans la musique prog', tu arrives à construire plus de choses, couche par couche. Veux-tu tendre à des format plus long dans ta musique?

L- Je ne sais pas. C'est juste qu'on a pas forcement l'occasion de faire un morceau de 15 minutes en se disant « je vais le sortir et les gens vont écouter ». Aujourd'hui ça soûle les gens d'écouter un truc  de 15 minutes. Mais c'est pour ça que quand on te demande un truc de 15 minutes, qu'il le faut et que tu sais que les gens vont l'écouter pendant le défilé, c'est le feu. Tu peux te faire ton kiffe, vraiment et de manière légale ! (rires)

E- Par rapport à ta musique sur scène, quand tu fais tes premières parties, tu es tout seul sur scène. Dans le futur, voudrais-tu plus adapter ta musique à la scène ?

L- C'est vrai qu'on peut souvent avoir ce réflexe, quand on fait de la musique électronique, de se dire « je vais mettre des musiciens et on va faire ça en groupe ». Je pourrais faire ça, mais je me dis que c'est bien d'être moi, tout seul avec mes instruments. Là encore c'est beaucoup de doutes et de remises en question par rapport au live. Je me dis juste que tant que moi je kiffe faire mon live, ça va transmettre un truc. Finalement c'est ça le live, c'est une passation de kiffe. Quand je joue "Flash" en live, je kiffe de ouf et ça fait son effet. Voilà, je ne sais pas encore trop comment je vais faire pour le live par la suite, à savoir est-ce que j'inclus d'autres gens ? En sachant que sur "Un amour au Super U" ma copine me rejoins déjà sur scène pour chanter.

Lewis Ofman - "Flash", Live au Café de la Presse, 2016

E- La scène c'est aussi ce qui permet d'en vivre concrètement. Est-ce que tu veux en faire carrière et viser l’intermittence ?

L- Ouais, c'est toujours un plus qui fait plaisir de réussir à faire un nombre de concerts suffisant.

A- Sinon, as-tu des anecdotes de live marrantes ?

L- J'ai une sale anecdotes les gars ! (rires) Quand je faisais la batterie pour les Pirouettes à la Maroquinerie, concert sold-out. Juste avant de jouer leur single "L'escalier", sur le break de fin de la chanson précédente, je me mets un énorme coup de baguette dans le nez et je commence à pisser le sang. J'étais habillé tout en blanc, vraiment. Genre la chanson se termine et je sens que je commence à avoir plein de sang qui coule et tout et ils commencent leur single, ils n'avaient pas vu. Je joue du coup, plein de sang ! (rires) Pour le coup c'est un vaccin pour être à l'aise, le pire est déjà arrivé !

A- Tu dois commencer à être à l'aise, tu parles de la Maroquinerie, tu vas faire la Cigale avec les Pirouettes c'est ça ?

L- Alors c'est déjà fait la Cigale.

A- C'était bien ?

L- C'était super bien. Je me suis enfilé deux concerts. C'est à dire que j'ai fait ma première partie, pareil, devant une Cigale complète. Et ce qui était parfait c'est que j'ai joué 30 minutes et j'avais encore envie de monter sur scène dans l'euphorie du truc. J'ai donc pu jouer encore 1h30 avec les Pirouettes.

A- Tu parlais de mode tout à l'heure, je te voyais régulièrement avec la petite casquette rose en interview, c'est peut être quelque chose qui t'intéresse. Est ce que tu as un style particulier sur scène ?

L- En concert je préfère ne pas mettre de casquette, parce que je trouve que ça créer une distance. Mais en général je suis habillé tout en blanc. Pour les futes je demande à mon pote qui à sa marque Maison Sentinel et j'achète pas mal de T-Shirt en frip' avec des logos M6 ou des clubs, des trucs, tu vois. Ça me fait kiffer d'être habiller comme ça en concert, de mettre quelque chose super normal dans un endroit qui n'est pas normal.

A- En tant que spectateur, quelles sont les expériences de concert qui t'ont vraiment marqué ?

L- Il y a Chassol à la Gaieté lyrique. Je suis très pote avec Las Aves, surtout le bassiste et eux en concert ils donnent vraiment des vraies claques dans la tête. C'est très très fat en concert. J'ai souvent fait venir des potes à leur concert comme une leçon, « voilà le niveau de dynamisme qu'il faut avoir en live ».

Christophe Chassol - Nola Chérie Part2
Live à la Gaîté Lyrique, 2011

Las Aves - Die In Shangai
Live Rockomotives, 2016

E- C'est marrant que tu parles de Chassol, car avec Alexandre on en parlait juste avant de commencer l'interview, en rapprochant son utilisation de la voix-synthé et de la tienne, comme une utilisation d'un sample de voix en beaucoup plus mélodique.

L- C'est vrai que j'aime beaucoup Chassol et y a sûrement des trucs où je me retrouve un peu chez lui. Lui, en soi, il fait cet exercice du hasard où il met une voix et joue par dessus et y a un truc qui se créer.

E- Surtout dans l'utilisation des voix dans un style qui peut être assez sec, que la musique électronique, donnant un côté humain et chaleureux. C'est vraiment cool !

L- Je suis totalement d'accord.

A- Tu avais d'ailleurs utilisé des échantillons de voix comme tu disais sur "Kythira" ou du field recording sur certains morceaux.

L- Ouais, j'avais un morceau sur mon Soundcloud, que j'ai enlevé depuis. Il s'appelait "Love" et en gros j'étais dans le bus un jour et un mec est monté derrière et était au téléphone. Il parlait super fort. Il racontait une histoire avec une meuf et c'était assez touchant et j'ai enregistré ça sur mon téléphone. J'ai ensuite fait un morceau pardessus, où y a le mec qui raconte et moi qui fait la musique derrière (rires). Mais ouais j'aimerais la ressortir un jour cette chanson.

E- On retombe là encore dans cette idée de mettre quelque chose d'ordinaire dans quelque chose qui ne l'ai pas avec cet enregistrement dans le bus qui finit en chanson.

L- Ouais, carrément, en plus tu sentais que le mec n'était pas super sensible, mais que cette fois-ci il l'était.

A- Sinon tu as un second EP de prévu pour septembre ?

L- Alors non, pour septembre je vais sûrement sortir le nouveau clip et je pense que je vais sortir les nouvelles chansons à la fin de l'automne.

A- Et ce sera un style vraiment différent ou dans la continuité ? Comment le décrirais-tu ?

L- Je pense que c'est un peu la continuité mais avec plus de maîtrise. Je teste aussi des nouveaux trucs. Je ne serait pas trop te dire je t'avoue.

A- La continuité avec des petits twist.

E- On parlait de Mac Demarco tout à l'heure. Il disait au sujet de son dernier album qu'il était un peu à la fin d'un cycle, qu'il avait achevé le style qu'il voulait faire. Est-ce comme ça que tu envisage ta musique ?

L- C'est intéressant cette vision des choses qu'il avait. Mais la musique qu'il joue a plus de codes et est très complète. Il a ce pouvoir de changer les choses d'un coup. Alors que dans le style de musique que je fais, c'est beaucoup moins codifié.

A- De part le côté pop et électronique, le fait que tu ais plus d'instrumentaux, plein d'influences. C'est plus ouvert quoi.

L- Ouais c'est plus ouvert. Si je change de direction ça se verra moins que lui.

E- L'as-tu vu en concert ? On va le voir cet automne, on voulait savoir si ça valait le coup !

L- Ça vaut vraiment le coup. Je l'ai vu deux fois, c'est le feu !

A- Un artiste au quel tu me fait penser avec l’alternance chansons et instrumentaux et son l'attirance pour les B.O., c'est Sébastien Tellier. Je ne sais pas si c'est quelqu'un qui te touche ?

L- Ouais, j'aime bien Sébastien ! Il m'inspire un peu dans ses accords.

A- Je te vois bien faire une carrière à la Tellier (rires), c'est tout ce que je te souhaite en tous cas, où chaque album a une couleur différente, tout en gardant une patte personnelle à chaque fois.

E- D'autant qu'il a lui aussi eu des inspirations italiennes !

A- Ouais, sur la B.O. de Narco et tout ses morceaux du début.

E- Et hyper sentimental. Tu sens que le mec à un cœur.

L- Ce serait un kiff si je pouvais faire autant de choses que lui.

A- Un autre artiste auquel on peut pas mal penser dès qu'il y a des synthés et que ça chante en français, même si c'est un peu un cliché, c'est Jacno. Est-ce que tu écoutes ?

L- Jacno, je n'écoute pas trop, même pas du tout, j'aime bien sa chanson qui s'appelle "Rectangle", je crois. Je pense que lui aussi s'est fait un kiffe en faisant ses chansons avec ses petites mélodies. Ce n'est pas prise de tête tu vois. Mais tout l'album c'était un peu des petits "Rectangle" en soi. Mais je n'ai jamais trop accroché ni creusé, il faudrait que j'écoute plus en profondeur. Ça doit être pas mal.

Jacno - Rectangle (1979)

E- On voulait te proposer une dernière chose avant de finir cette interview, c'est de nous suggérer et à ceux qui vont le lire, un album ou une chanson d'un groupe que tu as découvert récemment ou un grand classique que tu voudrais partager. Qu'est ce que tu recommanderais aux gens qui vont lire cette interview.

L- Y a une musique que je recommande pratiquement tout le temps car je l'adore, c'est "Papaya" de Stelvio Cipriani.

Stelvio Cipriani - Papaya

A&E- Merci beaucoup pour cette interview et bonne continuation !

L- Merci à vous les gars !

Alexandre & Etienne







vendredi 18 août 2017

La Playlist #13.8 : 777 Recordings

  Je vole à Etienne sa rubrique "House Summer" pour vous présenter le label 777 Recordings, basé à Berlin et créé en 2013. Il abrite quantité d'artistes house de qualité avec une esthétique unique, de la house noisy à celle plus vaporeuse et mélodique, en passant par la techno brutale, l'acid, le hip-hop instrumental rétro et funky jusqu'à l'ambient. 

  C'est le cas notamment de Glyn et de sa lo-fi house onirique et vaporeuse, que l'on peut apprécier sur l'excellent "Identity Switch" de 2015 :


  Mais au-delà de la perfection de Glyn, on peut également écouter des morceaux plus corrosifs, comme la grinçante et douce-amère "No Sugar", portant bien son nom, qu'on doit à FTP Up (2015):


  On peut également admirer l'artisanat intriguant, lo-fi, post-vaporwave et psychédélique de l'excellentissime Seixlack dont je vous présente un superbe exemple ci-dessous avec l'obsédante "Metados" (2016):


On finit avec le brutal "August", de XAN, sorti cette année :



Pour en savoir plus :

Alex




mardi 15 août 2017

Les Chansons de l'été 2017 #3 : Joe Dassin - Le Dernier Slow (1979)

Joe Dassin - Le Dernier Slow

  Je crois que beaucoup de monde a un "disque de vacances". Celui que les parents mettaient dans la voiture invariablement, tous les étés en prenant la voiture pour 8-10h de trajet sur la route des vacances. Ou que la petite soeur réclamait. Souvent un disque de variété française. Certains l'adorent toujours, d'autres ne peuvent plus l'écouter sans vomir, d'autres encore y attachent une nostalgie particulière. Le mien, c'était un best of de Joe Dassin, et j'aime encore tendrement ce disque. Dassin était un chanteur éminemment populaire, de variété pure, mais il le faisait avec un soin de détails, une ouverture et un amour pour son artisanat qui le font passer au-dessus de la variétoche télévisuelle de l'époque. Il avait une voix unique, une diction très intéressante, que je ne peux qu'adorer, et un certain sens populaire de la poésie et un penchant vers la contemplation, la célébration des petites choses qui font que ses chansons sont parfois transcendées par des fulgurances textuelles, vocales ou musicales. 

  Sur le dernier slow, outre sa belle voix, on entend une basse bien rebondie comme on en faisait peu en France, des synthés cajoleurs et des choeurs kitsch. Mais entre le solo de synthé-saxo over-the-top sur la fin de la chanson et celui de la guitare, on est gâtés musicalement pour les amateurs de son late 70s - early 80s. La mélancolie joyeuse de cette chanson est communicative, et évoque beaucoup de bons souvenirs doux-amer : ceux du retour, lorsqu'on se remémore la magnifique semaine de vacances qui vient de s'écouler, lorsque l'immobilité du statut de passager et la longueur du voyage invitent à l'introspection et succèdent à la frénésie d'une semaine bien chargée, et que l'on repense aux amis/cousins/... laissés dans le Sud, et que l'on ne reverra probablement pas avant l'année prochaine.

  L'été, pour moi, plus que les épouvantables et inévitables Lambada ou Macarena, ça a été, c'est et ce sera toujours le charme suranné et la nostalgie heureuse de Joe Dassin.

Alex