Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes

dimanche 18 février 2018

MGMT - Little Dark Age (2018)


   Fun et sophistiqué, c'est la description qui colle le mieux à cet album. Fun, dès le premier morceau, synthpop entre Buggles, Yellow Magic Orchestra et psyché fun et électronique façon Flaming Lips période Yoshimi sur "She Works Out too Much". La voix de Cellars embellit ce morceau à la ligne de synthé-basse bondissante et japonisante dans son alliance de complexité jazz et de vitesse mécanique irréaliste façon jeux vidéo. Sophistiqué, sur le même morceau, car les nombreuses couches de clavier, les effets, le beat se percutent avec une grâce certaine et un sens du groove indéniable. Le mille-feuille rappelant presque le jazz fun, basé sur la basse, volontiers électronique et japonisant de Thundercat, surtout en fin de morceau lorsqu'un saxo mi-free mi-kitsch 80's s'invite sur la piste. 

MGMT - Little Dark Age (2017)

  On connaissait déjà les excellents singles "Little Dark Age", tube de synthpop gothique triste et euphorisant à la fois au lignes de syntéh inoubliables et au refrain libérateur, l'également très bon trip pop-folk psychédélique de "When You Die", réalisé avec l'aide d'Ariel Pink dont l'influence plane sur ce disque avec ce subtil alliage de second et de premier degré dans le traitement de musiques accessibles (pop 80's) et plus confidentielles (psychédélisme 60's). Et puis "Hand It Over", dont on vous a parlé dans le bilan de nos morceaux préférés de janvier, très jolie capsule temporelle nous renvoyant tout droit à l'époque de Congratulations (2010) et petit classique instantané très émouvant.  

MGMT - When You Die (2017)

  Et puis on a découvert le très bon "Me And Michael" juste avant la sortie du disque, réminiscence des sous-estimés rois de la pop 80's la plus flamboyante et dark à la fois, j'ai nommé les Pet Shop Boys. Mais ce single arrive à transcender sans problème son statut de pastiche en se payant le luxe d'être complètement hors du temps grâce à une mélodie inoubliable et un juste dosage des arrangements. 

MGMT - Me And Michael (2018)

  Il nous restait donc à découvrir la seconde partie du disque, qui se permet d'être plus expérimentale après ce déluge de singles. Et c'est "TSLAMP" pour "time spent looking at my phone" qui oscille entre Daft Punk, reggae/dub et musique synthétique post-80's inspirée par l'Afrique (Sébastien Tellier période Politics, Toto période "Africa", Paul Simon, etc...). Un bon petit morceau bien funky. Le côté dub est également bien exploité sur "Days That Got Away", avec là encore un traitement des filtres riche faisant sonner les synthés comme sur le Discovery des Daft, avec une touche psyché en plus et un petit côté africain (on ne serait pas étonné d'apprendre que le groupe a beaucoup écouté le génial Mammane Sani, king du synthé du Niger), et des voix proche de ce qu'on pourrait attendre de Bee Gees période disco sous champis. En parlant de ça, sur la grandiose "When You're Small" c'est le côté psyché qui prend le dessus, avec un retour aux influences premières du groupe : Flaming Lips, Syd Barrett, Dan Treacy, Beatles, Sagittarius, The United States Of America

  En revanche, on revient à la synthpop sous influence Ariel Pink avec "James", dont le traitement du chant rappelle Pink mais aussi les suiveurs d'Empire Of The Sun et dont la prod agréablement chill aux accents jazzy et psyché ravit. Equivalent slow de "Me And Michael", c'est une vraie réussite. 
  Sur "One Thing Left To Try", le déluge de synthés est également de retour, mais de façon plus théâtrale et baroque, quasi glam, entre Sébastien Tellier, Electric Light Orchestra, Empire Of The Sun, Niki & The Dove et Currents de Tame Impala.

  En bref, cet album est une sacré réussite, un gros kiff pour le fan absolu du groupe que je suis, mais qui pourrait également plaire à un grand nombre tant ces morceaux sont beaux et accessibles pour la plupart. 
A écouter absolument (sur Spotify ou Deezer).

Alex


vendredi 16 février 2018

Sidney Gish - No Dogs Allowed (2018)


  De la pop aussi funky, maline et ouverte qu'un David Byrne, aussi rock et malicieuse qu'une Courtney Barnett et avec un feeling jazz, ça avait tout pour me plaire. Et c'est ce qu'on entend dès les premières mesures de "Bird Tutorial", avec même un sample d'un tuto pour "apprendre à son perroquet à parler". Et ce n'est que l'intro du très très bon album de Sidney Gish, musicienne américaine venant de la guitare jazz, qui a eu la riche idée de se mettre à la pop. Ces influences jazz se ressentent dans les accords riches et l'élégance de l'écriture, du jeu et du chant de "Sin Triangle", et lorsque comme ici c'est mixé avec le côté authentique et bricoleur d'une pop-rock indé lo-fi, c'est vraiment désarmant de charme. Et puis il y a toujours ce côté presque second degré via ces samples de voix type "radio des années 50", mais également du gros fun au premier degré intégrées dans la composition, notamment avec ces petites pauses suivies d'une reprise exagérément puissante. Ces petites accentuations d'intensité ponctuent à merveille la musique et offrent respirations et rythme à la chanson, achevant d'en faire un petit classique instantané obsédant. 

Sidney Gish - Sin Triangle (Live, 2018)

  La mise en son varie également pas mal, entre folk-rock tranquille sur "Good Magicians" aux acrobaties de guitare virtuoses et mélodiques rappelant aussi bien le meilleur des années 60-70 (Beatles, Byrds) que les rockeurs déglingués des 90's (Beck, Pavement). Plus loin, c'est une synthpop au beat funky couplée à un jazz d'ambiance un poil tropical qui épicent "Sophisticated Spaces", autre excellent titre. Le côté funky et détaché est également le point fort de "Not but For You, Bunny" et "I Eat Salads", absolument irrésistible avec son beat électro et ses chœurs glam quasi Queen lorsque Freddie Mercury était d'humeur joueuse.

  Et puis sur certaines chansons comme "I'm Filled With Steak, and Cannot Dance", on est obligés d'abandonner toute idée de genre musicale tant les éléments qui la composent (synthés, guitares glam, percus disco, basse minimaliste...) n'ont en théorie rien à voir ensemble alors qu'ici ils se complètent plus qu'à merveille. 

Sidney Gish - I'm Filled With Steak, And Cannot Dance (2018)

  Même les morceaux moins marquants, comme la pop post-90's minimaliste de "Mouth Log", le rock indé de "Impostor Syndrome" à la suite d'accords très intéressante ou "Where The Sidewalk Ends" avec un petit côté twee pop façon Frankie Cosmos (qu'elle a d'ailleurs reprise) ou I'm From Barcelona, sont suffisamment attachants pour qu'on y revienne. Et parfois, c'est avec la simplicité pour meilleure alliée que Gish touche le plus, comme sur "Rat of the City", fragile petit miracle pop, ou sur "Persephone" rappelant le Bon Iver du 2e album. On a d'ailleurs l'impression qu'elle nous joue son album en direct sur Skype, rien que pour nous, à l'écoute de la désarmante pop pleine de blues de "New Recording 180 (New Year's Eve)" qui pourrait humidifier les yeux du plus insensible d'entre nous.

Sidney Gish - Persephone (Live, 2018)

  En bref, c'est un disque fun, intelligent, personnel, authentique et maîtrisé à la fois, qui arrive à marier le charmant, le drôle et l'anguleux, et c'est tellement rare que ce soit aussi réussi qu'ici que je ne peux ajouter qu'une seule chose : foncez l'écouter !

Ecouter sur Bandcamp ou sur Spotify ou sur Deezer ou sur youtube

  Et si vous avez apprécié, allez faire un tour sur sa chaîne Youtube ou elle reprend (très bien) des tas de chansons cool, comme par exemple "Salad Days" de Mac DeMarco.

  Et pour convaincre Etienne, elle a même repris tes chouchous Vulfpeck poto, alors tu dois l'écouter.

Alex

mercredi 14 février 2018

Wildflower - Wildflower (2017)


  Wildflower est un trio de jazz anglais formé par Idris Rahman (saxophone, flûtes), Leon Brichard (basse, contrebasse), et Tom Skinner (batterie). Sur cet album, Wildflower, sorti en 2017, le groupe délivre free jazz organique, aéré et spirituel, inspiré selon leurs propres dires par Pharoah Sanders, Alice Coltrane, Yusef Lateef et Sun Ra ainsi que par le jazz modal et diverses musiques traditionnelles asiatiques et africaines (Gnawa, Bengali folk).

  Ma petite préférée, "Flute Song" ouvre le bal. Un morceau aéré, délié, au beat espacé allant crescendo en intensité, à la basse insistante mais souple, et à la flûte obsédante, jouant avec les gammes de l'Asie et de l'Afrique de la plus belle des manières. Une belle illustration du côté cosmique et spirituel qui guide leur musique. Rahman retrouve  son saxophone sur "Where The Earth Meets The Sky", avec une structure équivalente : tandis qu'il égrène ses mélodies célestes et leurs variations free, la batterie marque le beat en s'autorisant quelques fantaisies tandis que la basse garde le cap. 


  De façon intéressante, "Long Way Home" est plus agressive, plus sauvage, plus rythmée, presque jazz-rock, teintée de blues et de psychédélisme sombre. Et au final, très intense. Encore un excellent morceau. Le rythme redescend un peu, mais pas la tension, sur l’intrigante, menaçante et mystérieuse "Other Worlds", dont les explorations sonores divaguent entre jazz New-Yorkais, John Coltrane période Sun Ship et musiques du Moyen-Orient. C'est donc avec étonnement que l'on accueille le morceau suivant, "Hogol", au beat africain et à la mélodie quelque part entre Fela Kuti, Duke Elligton et l'afro-pop des 70's-80's (William Onyeabor, Francis Bebey) qui a inspiré tout un pan de l'art-rock américain et européen contemporains (Talking Heads, Tom Tom Club...). Avec bien sûr, de pertinentes sorties de routes free magnifiquement appuyées par un groove syncopé. L'alchimie et la virtuosité du saxo et de la batterie sont vraiment le gros, gros point fort de ce merveilleux morceau, qui reste accessible malgré sa complexité grâce à l'oreille affûtée des musiciens.

  Une belle reprise de l'intro sur la très pure "Flute Song (Outro)", et nous voilà déjà sortis de ce voyage prenant mais bien trop court. Vous aurez compris que je tiens ce disque en très haute estime, et si je suis déçu de ne pas être tombé dessus à sa sortie l'an dernier, je suis heureux d'avoir fini par l'écouter et je ne peux que vous encourager à faire de même, car c'est vraiment un grand disque de jazz et un grand disque tout court.

lundi 12 février 2018

Swing - Marabout (2018)



  Marabout, album du rappeur belge Swing, sorti en Janvier 2018, commence comme du Krisy sur "Richesse", avec ce flow doux et délié influencé par MC Solaar et Doc Gynéco, mais en bien plus moderne, et une prod cotonneuse avec des accents quasiment Air période Moon Safari (très audible dans les effets sonores). Y'a un petit côté 1995 dans le texte et le flow également, cette relecture moderne d'un âge d'or du rap des années 90, et cette faim de reconnaissance couplée à une intégrité totale marquant son côté indépendant, "hors du système" comme il le dit lui-même. Sur "Corbeaux", on est presque dans la chanson française, on entend la magnifique voix profonde et assurée de Swing sur ce morceau davantage chanté basé sur un alliage beat-piano-synthés de haute volée. Ce diptyque inaugural de chansons est le truc le plus intriguant entendu dans le rap francophone depuis Ipséité de Damso. "Rivage", avec Le Motel, tape également quasiment dans la chanson française, avec une tonalité chill vraiment très agréable.

Swing - Corbeaux (2018)

 Et ça continue comme ça pendant tout l'album, avec des productions impériales, hyper musicales, des paroles ultra bien écrites et des flows élastiques. Ça bouge bien sur "Cours de Danse" et sur le très bon "Canopée" avec une instru vraiment très riche et originale, ça s'approche d'un mix folk/soul/rnb sur "Mama" en duo avec Blu Samu, ainsi que sur le très doux "Interlude" et ses petites touches jazzy. Le rnb jazzy presque nu-soul est également le point fort de l'"Outro"Swing ose même le morceau néo-90's avec l'excellentissime "Planer" absolument parfait dans son genre. Et réussit le même exploit, en un peu plus modernisé encore sur "Cercle", également vraiment bonne.

Swing - Cercle (2018)

  Bref, superbe album rempli de flows habiles, de productions impeccables entre classiques et sons contemporains, et de textes ciselés. La plus grande claque de rap francophone depuis Damso et Krisy, et une preuve de plus de l'immense vivier de talents que comporte la scène belge.

samedi 10 février 2018

Shopping - The Official Body (2018)


  The Official Body est le 3e album du groupe anglo-écossais Shopping, sorti en janvier 2018 sur le label Fat Cat Records. Et c'est vraiment un putain de bon album. Il faut aimer le post-punk par contre. Les grooves discoïdes à la Talking Heads, la folie des voix des B-52's, la grosse basse de Gang Of Four et les guitares tranchantes de Television. Car vous avez tout ça rien que sur "The Hype". Du punk qui groove et qui bondit, accompagné de quelques synthés et de lignes vocales accrocheuses, c'est également ce qui vous attend sur "Wild Child"

Shopping - Wild Child (2018)

  Chaque son, chaque note, chaque mot est pile là où il faut, rien ne dépasse, on attend des sommets de concision qui m'évoquent la géniale Sneaks. Tout ici est placé pour être efficace, rien ne dépasse, et pourtant c'est bien une énergie folle qui dirige des titres comme "Asking For A Friend", avec ce mélange de sérieux nihiliste et de second degré fun quasiment hédoniste caractéristique du post-punk. Comme une dernière fête débridée avant la fin du monde. Sur cette dernière chanson, tout comme sur "Suddenly Gone", ce sont les guitares qui portent le morceau. Véloces, acérées, à la fois virtuoses et acides, elles ont ce son mi-obsessionnel mi-débile, allégorie de l'aliénation par excellence, elles rappelleraient presque en ce sens l'utilisation des guitares pour le même effet dans le générique de South Park. Et c'est encore plus vrai sur l'encore plus maniaque "Control Yourself". C'est pareil pour "Shave Your Head", avec un petit côté décadent, californien, en plus, rappelant côté séries l'ambiance de Californication, et côté musique le punk mixte génial des X.

Shopping - The Hype (2018)

  Pour illustrer ce côté décadent, ainsi que l'aspect "hédonisme nihiliste", "Discover" est l'exemple qu'il vous faut : un synthé basse baveux et saturé, des guitares punk-funk tranchantes, un beat imposant et des chants de weirdos magnifiques. Un peu Brazilian Girls (groupe bien trop sous-estimé) dans l'esprit. Vous prenez tout ça, vous l'exagérez avec des échos dub et un synthé acid house, et vous avez "New Values", autre géniale pop song.

  Le ton s'allège, se retrouve plus proche du punk sur "My Dads A Cancer", avec là encore une guitare rapide, mais plus douce qu'à l'habitude, avec ce côté punk des années 80, un peu Stray Cats, un peu Cure des débuts, un peu B-52's. De même, la conclusion, "Overtime", est un poil plus légère même si toujours aussi délicieusement moqueuse, et joue avec les influences afropop de William Onyeabor venant des Talking Heads, avec un synthé malicieux et une basse groovy.

  En bref, c'est vraiment un superbe album, celui qui de loin m'aura le plus marqué en janvier avec le Profligate, et que je réécoute frénétiquement avec un plaisir renouvelé. Je vous en recommande donc plus que chaudement l'écoute !


Alex


  

jeudi 8 février 2018

Ghostface Killah - 12 Reasons To Die (2013, avec Adrian Younge) & The Brown Tape (2013, avec Apollo Brown)

Ghostface Killah & Adrian Younge - 12 Reasons To Die (2013)

  12 Reasons To Die (2013) est un album concept de Ghostface Killah, racontant une histoire, d'ailleurs des comics accompagnaient la sortie de l'album. Dont tous les beats ont été produits par le génial Adrian Younge, avec comme producteur exécutif le collègue du Wu-Tang Clan, RZA. Il est à juste titre considéré comme un classique du hip-hop, réunissant des prestations impeccables de Ghostface et quelques unes des plus belles prod du hip-hop grâce à Younge. 

  Celles-ci empruntent à la pop, à la soul et au rock des années 60 et 70 des samples chauds et cinématographiques, comme sur la merveilleuse "Beware Of The Stare", entre basse ronde, chœurs tragiques, piano impérial. Et que dire des cordes, de la guitare fuzz psychédélique (faisant également le sel d'"Enemies All Around", façon Ennio Morricone) et du clavecin acide débarquant en fin de morceau ? Pour tout mélomane, c'est un vrai régal. Cette musicalité débouche sur ces mélodies qu'on n'oublie pas, comme ce  dialogue guitare - piano entêtant sur "Rise Of The Black Suits", habilement soutenus par l'orgue 70's. Il y a un amour du matériau d'origine, des morceaux samplés, qui transpire autant sur "Murder Spree" que sur le classique du sampling Endtroducing de DJ Shadow.

  Le prog, la pop psyché et la soul orchestrale forment également le coeur de "I Declare War", tandis que c'est un beat à la James Brown qui structure l'édifice de "Blood On The Cobblestones". Outre la richesses des instrumentations, certains choix artistiques distinguent largement ces prods, comme le beat lent et discret de "The Center Of Attraction", servant avec beaucoup de justesse son ton dramatique et grave. D'ailleurs, ce morceau me permet de souligner la belle alchimie entre Ghostface et ses invités vocaux, ici Cappadonna, plus loin Masta Killa, Killa Sin, U-God, Inspectah Deck (énorme ping-pong vocal sur "An Unexpected Call (The Set up)"), William Hart ou mark luv. Et puis, un morceau comme "Rise Of The Ghostface Killah" sonne davantage comme un titre rock de la fin des années 60, et "Revenge Is Sweet" comme un morceau de soul psychédélique, que comme des titres de rap classiques, ajoutant à l'originalité du projet. Les prods de Younge sont tellement importantes pour l'album qu'il a droit à un quasi-instrumental, l'excellent "générique" du concept : "12 Reasons To Die", et à la présence de tous ses instrus en bonus de l'album.

  Et puis, encore une fois, Ghostface porte le projet avec une maestria rare, vocalement il est vraiment impressionnant, vous n'avez qu'à réécouter son tour de force sur "The Sure Shot" pour vous en convaincre. Bref, ce disque est un classique de la musique populaire moderne. 

  Et j'ai une bonne nouvelle pour vous, il a été sujet à une réécriture rééditée cette année, dont nous allons parler à présent.




Ghostface Killah & Apollo Brown - The Brown Tape (2013)

  En effet, c'est Apollo Brown, un de mes producteurs préférés, qui réinvente 12 Reasons To Die, en refaisant toutes les prods du chef-d'oeuvre sous le nom The Brown Tape. Ses beats célestes, ultra cinématographiques, font mouche dès le duo introductif "Beware Of The Stare"/"Rise Of The Black Suits", entre cordes irréelles, choeurs divins, craquements de vinyle, samples de films et gimmicks obsédants de guitare et de claviers. Le côté visuel de sa musique se retrouve bien sur la délicate et très classe "The Center Of Attraction".

  L'aspect vieilli, dégradé des samples et ces fameux craquements de vinyle va bien avec le côté classique intemporel de l'album, comme sur "I Declare War" où les cuivres autrefois grandiloquents et puissants semblent aujourd'hui fatigués mais gardent une trace de leur éclat d'antan. Très belle utilisation du sampling, et bel exemple de l'intelligence de Brown. C'est d'ailleurs amusant de se dire que "Rise Of The Ghostface Killah" ressemble ici presque à une version vieillie de "Still DRE" de Dr Dre

  Et même si la basse est moins présente que chez Younge (excepté sur "Enemies All Around Me"), on a presque envie de danser sur "Blood On The Cobblestones", grâce à un piano syncopé appuyé par un breakbeat efficace. La moins grande présence de basses, le plus grand recours aux samples vocaux ("Revenge Is Sweet", "Murder Spree") et à un sampling plus audible, imitant moins les orchestrations pop-rock classiques, et puisant davantage dans la musique de films ("The Sure Shot"), marquent aussi une différence significative avec l'original. Et pour revenir à l'aspect entraînant de la musique, "An Unexpected Call" est également bien funky comme il faut, on ne peut qu'osciller de la tête (au minimum) en écoutant cette tuerie. 

  En résumé, cette relecture est une réussite totale, un Everest quasiment inatteignable et qui pourtant l'a été. Un petit miracle, en somme. Impossible de dire quelle version des deux est la meilleure tant elles sont, chacune dans leur genre, absolument parfaites. Il aurait fallu également rentrer dans le détail des samples utilisés, hélas ça mériterait un article à part entière tant le sujet est vaste. Peut être une autre fois. En tous les cas, foncez écouter ces deux versions de cette oeuvre imposante et géniale.
Bonne (double) écoute !


Alex


mardi 6 février 2018

Dragon Rapide - See The Big Picture (2018)


  Le trio Dragon Rapide est un des groupes de rock indé français les plus intéressants avec -au hasard- les rennais de Kaviar Special. Signés sur le label Freemount Records, ils jouent un rock référencé mais aux influences plutôt large, chanté en anglais, et tirant régulièrement sur la pop.

  Des références, on va largement en parler ici. On entend la pop-punk des Buzzcocks ou le côté joueur du rock de Weezer ("I don't want to", "Soon A Son"). Ailleurs, c'est l'influence de la scène pop-rock indé des années 80-90  qui marque, avec des noms comme Sonic Youth ou Pixies qui viennent en tête, pour leur son et plus largement pour la construction des morceaux oscillant entre calme et électricité typique de ces groupes proto-grunge ("I don't want to", "Sucker Punch"). Et c'est la pop indé créative de Beck ou Eels avec laquelle "Astoria" ou "Spinning Top" ont un certaine parenté.

  On entendra aussi le lien entre le Bowie période glam et la britpop de Blur, via l'influence décisive du groupe Suede sur des titres glam comme "Out Of Time" et sa guitare lead marquante, la très bonne et très mélodique "Never Be The Same" ou "Soul Doctors". Le post-punk des Talking Heads, PiL ou de Television est aussi invoqué sur "Something New" et "Ugly Face", les aînés du Velvet Underground et leur héritage punk marquant quant à eux le boogie glam destroy de "Nostalgia" au pont psyché cosmique très réussi ou "Ugly Face"

Dragon Rapide - Something New (Clip, 2018)

  Plus récemment, la scène pop rock des années 2000 a aussi marqué le groupe, on entend le disco-punk de The Rapture et The Sunshine Underground (lui-même réminiscent des Gang Of Four) sur "Odyssey" et sa rythmique syncopée à la cowbell, ou le côté funky de certains Strokes et des Virgins sur "Bummed". Et pour le côté français, la puissance de "Sucker Punch" rappelle Stuck In The Sound tandis que ce sont mes chouchous les Bewitched Hands qui sont convoqués via de célestes chœurs pop ultra mélodieux sur "Astoria" ou "Never Be The Same".

Dragon Rapide - Bummed (2018)

  Mais même si ce jeu de décorticage des influences est amusant, il est loin de résumé un album finement réalisé. D'ailleurs vous aurez remarqué que certains morceaux ont été cités plusieurs fois ci-dessus, preuve d'une vraie maîtrise du groupe utilisant ces référents souvent ensemble, pour en faire autre chose, loin du pastiche. Et ils osent même des juxtapositions étonnantes, comme sur "Something New" dans laquelle ils collent un banjo donnant une coloration country-folk sur un groove funk-rock génial me rappelant les Talking Heads en début de morceau avant de virer en britpop façon Oasis

  Les morceaux sont bons, concis, le disque passe très vite sans qu'on ait le temps de rentrer dans une routine malgré son homogénéité et son intégrité, grâce à toutes ces petites variations. Le son et la production sont impeccables, ce qui ajoute au plaisir d'écoute, et les voix et les choeurs très pop contrastent agréablement avec une musique souvent assez rock, ce qui est une très bonne surprise et distingue vraiment le groupe. Et puis, le nerf de la guerre, c'est à dire les chansons, sont là, on sent un vrai savoir-faire dans le songwriting avec une successions de bonnes idées toutes bien exécutées. Et une interprétation du groupe compacte et efficace, donnant vraiment envie de les voir en live, si possible dans un pub tant qu'à faire, tant on sent ces morceaux bâtis pour la scène.


  Bref, on a vraiment affaire avec cet album à une très bonne sortie de rock français, un projet qu'on sent vraiment mûri (même l'artwork est très cool), et qui fait du bien à entendre tant le genre et la provenance géographique rendent l'entreprise délicate à aboutir et donc rare et précieuse lorsqu'elle est comme ici aussi aboutie.
Bonne écoute !


Alex