Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes

lundi 18 juin 2018

Kanye West - ye (2018)


  Kanye West s'est récemment lancé dans une course folle en produisant pas moins de 5 albums sortis chacun à une semaine d'intervalle (cf la chronique du 1er en date, DAYTONA de Pusha-T pour plus de contexte). Cette série d'albums est surnommée "The Wyoming Tapes", Kanye l'ayant enregistrée dans un petit studio de Jackson Hole, station de ski (pour riches) perdue au fin fond de l'état. La pochette de l'album y a été prise en photo, selon Mme West elle a même été prise par son mari en se rendant à la listening party, nuit durant laquelle il dévoilera son album à quelques invités fortement sélectionnés, autour d'un feu de camp, au milieu de ces montagnes dans lesquelles il est allé se réfugier. Griffonné sur son téléphone, apposé sur cette pochette en lettres vertes criardes, le texte grinçant et humoristique nous éclaire un peu plus sur les raisons de cet isolement volontaire et sur le comportement du rappeur-producteur. Diagnostiqué bipolaire à l'âge de 49 ans, celui dont les éclats médiatiques ont autant participé à la construction de sa célébrité que ses chef-d’œuvres musicaux, prend une nouvelle dimension à la suite de cette révélation qui explique un sacré paquets d'écarts, d'autant qu'il avoue avoir alterné entre périodes "off meds" et périodes d'addiction aux opiacées. Les conséquences de sa maladie sur sa vie, ses proches et son art sont le fil rouge de cet album et a fortiori de cette série de disques. 

  En effet, le texte du premier morceau, "I Thought About Killing You", coécrit par Skepta et Wiley, ne laisse pas de place au doute, entre pensées suicidaires et aveu d'envies d'homicide : "And I think about killing myself / And I love myself way more than I love you, so... / Today I thought about killing you. / Premeditated murder. / You'd only care enough to kill somebody you love / The most beautiful thoughts are always inside the darkest" ou "Sometimes I think really bad things / Really, really, really bad things". Sa bipolarité est explicite dans le texte ("See, if I was tryin' to relate it to more people / I'd probably say I'm struggling with loving myself / Because that seems like a common theme / But that's not the case here") mais aussi dans la musique : il utilise en effet un effet de pitch-shift sur sa voix, en changeant la tonalité en permanence, provoquant un effet de malaise et illustrant le dialogue interne dissonant de West avec brio. Il fait également un gros bilan de ses erreurs personnelles ("I called up my loved ones"), explique la philosophie qui le pousse à sortir des énormités ("People say "don't say this, don't say that" / Just say it out loud / Just to see how it feels") et se met ainsi à nu. Sur une prod elle même épurée de West lui-même, assisté de Francis & The Lights, qui officiera sur la majorité de l'album (tout comme Mike Dean, personnage clé de la musique de Kanye, ainsi que CyHi The Prynce, Consequence et Malik Yusef aux lyrics). Le morceau commence avec des voix trafiquées pour sonner comme des synthés, répétées en boucles comme un mantra gospel mais sonnant froid comme de l'ambient, procédé également utilisé pour de petites mélodies vocales de Kanye, sonnant comme du Stevie Wonder mais refroidi par un traitement autotune + saturation métallique. Ce décalage, ainsi que l'utilisation du pitch shift, illustre bien la plus grande force de Kanye : son travail sur la voix humaine comme instrument ultime (je vous conseille d'ailleurs le visionnage du court documentaire ci-dessous qui explique sa démarche bien mieux que moi).


Vox - Kanye, deconstructed : The Human Voice as the Ultimate Instrument (2016)

  Mais même avec un thème aussi lourd, Kanye reste accessible car ça ne le prive pas de son humour self-conscious, comme lorsqu'il se joue des attentes de l'auditeur concernant le texte ("I think this is the part where I'm supposed to say somethin' good to compensate it so it doesn't come off bad") ou la prod du morceau qui prend son temps avant de décoller ("Time to bring in the drums, that praa-pa-pa-pum"), il fait savoir qu'il a conscience de ces attentes mais il ne les suit pas, du moins pas immédiatement, et préfère malicieusement jouer la montre dans une partie de cache-cache où l'auditeur est le chat et West la souris. Mais quand le drop arrive, c'est sur un sample intense de l'excellent morceau d'ambiant "Fr3sh" de Kareem Lofty (présente sur l'excellente compilation mono no aware (2017) du label PAN et elle même samplant "J'suis PNL" (2015) du duo de rap français PNL). L'émotion déborde de partout, le sample est froid comme la glace, le beat métallique et implacable, et Kanye suinte la tension et la fragilité comme le Drake des meilleurs moments de If You're Reading This It's Too Late (2015), notamment le drop de "Know Yourself". Ce final incroyable suivant un début déjà captivant achève de faire de ce titre une grosse réussite de Kanye, le plaçant parmi ses morceaux les plus intrigants. 

  En plus, il se fond à merveille dans "Yikes", co-produit par Apex Martin et le génial Pi'erre Bourne, et co-écrit par Drake, entre autres. Sur une prod agressive contenant un sample de "Kothbiro" (1976) du groupe de funk psychédélique à la limite du dub Black Savage, Kanye continue sur le même thème ("Sometimes I scare myself"), au cours d'un refrain qui ressemble furieusement à "Wolves", présent sur son dernier album The Life Of Pablo (2016) et dont il était censé réaliser une nouvelle version ("fix Wolves" est quasiment un meme maintenant), peut-être que ces remodelages ont donné ce "Yikes" qui a vraiment un côté Pablo, avec ce sample de voix revenant façon "Famous" et un flow parfois emprunté à "Facts"



  D'ailleurs, le côté soul/gospel de The Life Of Pablo marque la suite de l'album, avec l'infectieux morceau de rnb minimaliste et sexuel "All Mine", embelli par de très bonnes interventions de Valee et Ty Dolla $ign et transcendée par un final ubuesque avec ces orchestral hits quasi industriels. Un excellent morceau qui amène parfaitement au très beau "Wouldn't Leave", durant lequel PARTYNEXTDOOR, Jeremih, et Ty Dolla $ign prêtent leurs voix angéliques à un morceau devant pas mal à Chance The Rapper (et un peu à Young Thug pour l'intro) dans les inspirations gospel/pop/rap. Le morceau a d'ailleurs été co-composé et écrit par le révérend W.A. Donaldson et est de façon assez amusante basé sur une jam de Justin Vernon (Bon Iver) bidouillant des samples gospel sur un synthé OP-1 et Phil Cook (DeYarmond Edison) jouant du piano Belarus et un synthé Jupiter, au cours d'une des nombreuses sessions ayant eu lieu au Wyoming. Un beau morceau en hommage à sa femme qui reste à ses côtés malgré ses nombreux défauts et coups d'éclats peu glorieux. 

  Qui s'enchaîne également parfaitement avec le très soul "No Mistakes", durant lequel la présence du fidèle Charlie Wilson (doublé par Kid Cudi sur les refrains) et les délicieux samples soul/rnb rappellent le chef-d'oeuvre passé "Bound2" (2013). Ces samples proviennent de "Hey Young World" (1988) de Slick Rick et surtout de "Children Get Together" (1971) de The Edwin Hawkins Singers. Autre contribution notable, celle de la gagnante du prix Pulitzer et collaboratrice de West Caroline Shaw, donnant de la voix et aidant à la production. Là encore, l'album est extrêmement biens séquencé, pusique le morceau ouvre parfaitement sur le début de "Ghost Town", démarrant par le sample soul  de "Someday" (2012) de Shirley Ann Lee, suivi du chant éraillé du toujours fidèle John Legend, posé sur l'orgue chaud de "Take Me For A Little While" (1965) des anglais The Royal Jesters. Ce sample servant de base au morceau, il l'emmène vers des rivages plus rock, avec l'irruption d'un solo dantesque de Mike Dean sur lequel Kid Cudi appose son chant mal assuré, ajoutant à la tension (Kanye est connu pour préférer les prises imparfaites, Cudi -et Aphex Twin- lui en ont déjà voulu par le passé pour ça, cf également le bout de couplet de John Legend non fini, ou "30 Hours" sur Pablo). Sur ce morceau, ça ajoute à l'urgence palpable installée par un orgue insistant, une guitare monstrueuse et des percus pressantes. Le climax est atteint avec la partie de la jeune 070 Shake, nouvellement signée sur le label G.O.O.D Music de West, délivrant avec beaucoup de conviction un gimmick emo ultra efficace mais dénué de sens. Le morceau, dans son ensemble, avec son côté patchwork de soul, de hip-hop et de prog rock épique à la limite du hard rock, est ce qui se rapproche le plus de My Beautiful Dark Twisted Fantasy (2010), que d'aucuns décrivent comme le magnum opus du producteur. Et c'est en effet une incroyable réussite. 



  Le ton redescend avant la fin, toujours au son du chant de 070 Shake, pour un "Violent Crimes" mélancolique et touchant, dans lequel Kanye parle de ses difficultés avec sa paternité et de son côté protecteur avec ses filles, sur une musique proche de son "Only One", c'est à dire entre nappes de synthé froids et suites d'accords à la Stevie Wonder. Ce morceau ayant été co-composé par Kevin Parker, aidé du batteur de Pond, on comprend davantage les nappes planantes et psychédéliques structurant le morceau, qui finit en apothéose soul/rnb/gospel avec un choeur angélique dans lequel on reconnait Ty, ouvrant sur un message vocal de Nicki Minaj, une des inspirations du morceau, suggérant une punchline à Kanye le temps d'un court aperçu sur le making of du disque.

   Cet album est un digne descendant de Pablo, avec un côté patchork cimenté autour d'un coeur gospel/rnb très présent, avec un dosage légèrement différent : moins de rap, plus de pop, davantage de sons froids, de nappes et d'ambiances minimalistes. C'est un disque très bien structuré, avec un focus assez clair et un thème unificateur intéressant sur la maladie mentale, avec une honnêteté déconcertante dans les textes. Musicalement, il est très riche, mais reste là encore concentré et ne s'éparpille pas, préférant le dénuement afin d'intensifier l'impact des explosions de maximalisme qui le ponctuent, créant un rythme naturel, vallonné, qui ajoute au plaisir de l'écoute. Il gagne en complexité et en intérêt à chaque réécoute, sa courte durée le rend donc d'autant plus facile et agréable à revisiter, et donc à appréhender. C'est donc une grosse réussite de plus pour Kanye, qui a pour l'instant réalisé une carrière musicalement sans fautes, même si on peut toujours discuter de ce qui est plus ou moins essentiel morceau par morceau. Les Wyoming Tapes sont pour le moment un réel succès artistique, rendez-vous bientôt pour la suite en duo avec Kid Cudi !

A écouter sur Spotify ou Deezer


Alex


samedi 16 juin 2018

Don Laka - Let's Move The Night (1984)


  Don Laka est un artiste sud-africain qui a connu un succès certain avec des titres de disco-pop bubblegum comme ce "Let's Move The Night", lui permettant d'avoir l'aisance financière pour financer un studio à Johannesburg dont l'apport sera crucial notamment pour le développement du kwaito, la house music locale. Mais c'est une autre histoire. Aujourd'hui, concentrons nous sur l'électrofunk tranquille et langoureuse de "Let's Move The Night", pas si loin des plus belles pop songs électro-pop d'un Michael Jackson période Off The Wall (1979) à Thriller (1982), avec ce mélange absolument dévastateur de douceur naïve, timidement amoureuse, presque enfantine, et de mélancolie pure. Des claviers à la voix, c'est un petit bijou, un classique pop à réécouter à volonté.

Bonne écoute !

Alex




jeudi 14 juin 2018

Supermax - Lovemachine (1977)


  "Lovemachine" est le tube du prolifique groupe Supermax, formé autour du producteur autrichien Kurt Hauenstein (claviers, voix), avec Ken Taylor à la basse, Hans Ochs à la guitare, Jürgen Zoller à la batterie, Peter Koch aux percus, Lothar Krell aux claviers également, et avec Cee Cee Cobb et Jean Graham aux choeurs. C'est surtout un sacré tube alternant entre couplets calmes à la tension rock teintée de psychédélisme noir, de soft rock et refrains exubérants dégoulinant d'une disco décomplexée jouissive. C'est surtout un très grand morceau, un peu oublié, à réhabiliter d'urgence, et que je vous recommande d'écouter ci-dessus !

Bonne écoute

Alex



lundi 11 juin 2018

Pusha-T - DAYTONA (2018)


  DAYTONA est le premier album d'une série de 5 sorties du label G.O.O.D Music espacées d'une semaine seulement l'une de l'autre, du 25 Mai au 22 Juin. Toutes mises en musique par le créateur du label, Kanye West, le concept rappelle quelque peu celui de ses "GOOD Fridays" d'avant la sortie de My Beautiful Dark Twisted Fantasy (2010), durant lesquels il sortait un nouveau morceau tous les vendredis avant de dévoiler son LP, certains d'entre eux en faisant partie et d'autres demeurant des bonus tracks de cette période. La première de ces oeuvres est l'album de Pusha-T, actuel patron du label, ex-membre de l'influent duo Clipse (avec son frère No Malice) et fidèle collaborateur de Kanye. Depuis sont sortis un album solo de West, un album de ce dernier en duo avec Kid Cudi sous le nom Kids See Ghosts, et on devrait pouvoir écouter un album de Nas à la fin de la semaine et un de Teyena Taylor dans deux semaines, cette série est donc encore un work in progress

  Tous ces albums ont, outre leur producteur, un point commun mû en partie par une volonté de concision chère à West (cf Yeezus, de 2013), en partie par une deadline impossible que ce dernier s'est lui-même imposée pour cette salve de sorties. Mais ce choix n'est pas innocent à l'époque où les derniers disques de Migos, Drake ou Rae Sremmurd se sont fait dézinguer à différents degrés par le public et la critique pour être ultra longs avec un nombre de morceaux démentiel. Cette tendance à la multiplication des pistes dans un morceau est directement liée à l'essor du streaming pour deux raisons ; la première étant que la dématérialisation permet d'expérimenter avec des durées plus longues qu'un format CD, et la deuxième, sans doute la plus importante, est qu'un artiste est payé au nombre de streams par chanson. C'est à dire qu'une écoute d'un album de 33 chansons rapportera 3 fois plus que celle d'un album de 11. Le calcul est donc vite fait, mais ce choix est dangereux comme on l'a vu pour Drake notamment, qui s'est bien fait dégommer par une opinion jugeant très déplacé pour une star multimillionnaire de ce calibre de diluer ses morceaux réussis dans un océan de chansons faiblardes afin de gratter quelques dollars.

Kanye West & Pusha-T

  C'est avec cette philosophie que Pusha-T a conçu cet album. Il a annoncé lui-même en interview vouloir sortir un disque compact (7 titres, 21 minutes), par respect envers son public qui lui accorde son temps libre pour l'écouter. C'est donc quelque part une démarche militante de respect de l'auditeur qui se joue dans cette série de LPs, même si évidemment on peut voir là un habile contrepied marketing. Il n'empêche que Pusha-T semble avoir pris à cœur le concept, changeant le nom de son album de King Push à Daytona (ce dernier étant une marque de montre de luxe). 

  Ce changement de nom est très signifiant, car outre la symbolique du temps il illustre parfaitement le credo du rappeur qui sait exactement ce que le public attend de lui : des raps incisifs sur son passé de dealer de cocaïne et sa vie dans les quartiers ghettoïsés d'une Amérique en état de semi-apartheid, et sur la vie de luxe qu'il vit depuis qu'il a percé dans la musique, symbole de réussite. Cette démarche est illustrée à merveille par la pochette, changée au dernier moment par Kanye West. C'est une photo de la salle de bain de Whitney Houston prise après la mort de celle-ci par overdose dans cette même pièce. On peut discuter du côté malvenu de choisir une photo aussi intrusive, mais il est difficile de trouver meilleure illustration de l'impact de la célébrité et de la drogue sur une personne que cette image à la beauté glauque et saisissante, le côté voyeur de la chose renforçant encore le sous-texte sur les affres de la vie sous le regard des caméras. Comme nous le verront, les questions de drogue et de santé mentale, de dépression sont au coeur de l'album solo de West et forment un peu le fil rouge de sa participation à cette série d'albums.

Pusha-T - If You Know You Know (2018)

  Je m'excuse de cette mise en contexte un peu longue, mais je pense qu'elle est réellement complémentaire à l'écoute de ce disque et qu'elle vous permettra d'en comprendre tous les tenants et les aboutissants. Mais maintenant parlons musique ! Le premier titre, "If You Know You Know" sample avec brio l'intro du morceau de hard rock progressif "Twelve O'Clock Satanial" (1972) du groupe Air (en écoute ici). Le morceau est brut, incisif, on sent vraiment le côté "juste un DJ et un MC" comme sur un vieux Eric B & Rakim. Kanye envoie du lourd derrière sa MPC avec un beat brutal, son arme secrète : les samples vocaux, et une utilisation judicieuse des pauses. Par dessus, Pusha balance son flow vicieux et implacable, alignant les rimes avec dextérité. Un excellent morceau qui donne bien le ton du projet : radical, brut et sans concessions.

Pusha-T - The Games We Play (2018)

  Dans le même ton, "The Games We Play" démarre sur une boucle soul bien bluesy issue de "Heart N' Soul" (1968) de Booker T Averheart mêlée à des influences de "Politics As Usual" (1996) de Jay-Z, cette dernière étant clairement une inspiration du style de production du jeune Kanye. Le morceau rappelle d'ailleurs vraiment les prod de West du début des années 2000, avec un côté deep soul proche de son travail pour Jay-Z ou de morceaux comme "Gold Digger" (2005), samplant Ray Charles. Sur ce morceau, la chaleur soul du beat et son côté traînant se marient à la perfection avec le rap millésimé du vétéran Pusha-T, toujours acéré. "The Games We Play" brille également par sa simplicité, étant l'exemple même de ce qui fonctionne bien sur cet album.

Pusha-T & Rick Ross - Hard Piano (2018)

  Le morceau suivant, "Hard Piano", suit déjà une route plus complexe, sur quelques notes de piano venant de "High As Apple Pie - Slice II" (1970), de Charles Wright & The Watts 103rd Street Rythm Band, avant que des nappes d'orgue jouées par Mike Dean ne nous mènent vers un refrain chanté un peu too much (seule faute de goût du disque ?), puis vers un couplet bien efficace de Rick Ross. Mais ce petit impair est vite oublié à l'écoute de la brillante "Come Back Baby" s'appuyant à merveille sur "The Truth Shall make You Free" (1972) de The Mighty Hannibal pour introduire un subtil mélange de couplet sans concessions posés sur une prod atonale et de refrains soul absolument merveilleux, provenant du superbe "I Can't Do Without You" (2011) de George Jackson.

Pusha-T & Rick Ross - Come Back Baby (2018)

Pusha-T & Rick Ross - Santeria (2018)

  L'excellence continue avec "Santeria", jouant là encore de l'alternance entre un refrain doux et lent (chantés en espagnol par une voix féminine) et des couplet radicaux et violent, sur une prod subtile samplant "Drugs" (1996) de Lil Kim, qui elle même samplait le Isaac Hayes de "Bumpy's Lament", issu de la BO de Shaft (et également base du célèbre "Xplosive" de Dr Dre, sorti en 1999). Là encore, le fidèle Mike Dean, élément crucial du disque puisqu'il est derrière la console sur tout le long de l'album, passe de l'autre côté du micro pour enregistrer quelques parties de clavier bienvenues.

Kanye West & Pusha-T - What Would Meek Do ? (2018)

  L'inévitable feat avec Kanye sera un banger rap brut, un peu à la façon du morceau de Pusha "Numbers On The Boards", produit par Kanye pour le premier album solo du rappeur en 2013 et méritant sa place au panthéon des plus grands morceaux de rap de tous les temps. En effet, "What Would Meek Do" utilise l'orgue de "Heart Of The Sunrise" (1971) de Yes pour installer une ambiance sombre et inquiétante, prétexte à une flopée de couplets assassins. D'autres éléments renforcent cette noirceur, notamment une citation du flow de Tupac / Makaveli sur "Hail Mary" (1996). On notera également des références à la blague musicale "Lift Yourself" sortie par Kanye plus tôt dans l'année.   

Pusha-T - Infrared (2018)

  L'album se termine (déjà) par "Infrared", magnifique exercice de sampling à la limite du dub utilisant "I Want To Make Up" (2009) de The 24 Carat Black ainsi que des éléments du flow de Jay-Z sur "The Prelude" (2006), dans un seul but : envoyer des petites piques à Drake, qui aura le malheur de répondre avec "Duppy's Freestyle" une diss track pas trop mal foutue se moquant parfois efficacement de Pusha sous-entendant qu'il exagère son passé dans la rue, et de Kanye au passage. Cette réponse causera un assassinat en règle de Drake sur la réponse de Pusha-T, "The Story Of Adidon" (rien que la pochette, une blackface de Drake, a fait du dégât), disséquant sur fond de la prod de "The Story of OJ" (Jay-Z, 2017) avec une précision vicieuse la vie de ce dernier, le renvoyant à ses fautes comme l'oubli de son ami Noah "40" Shebib (atteint de sclérose en plaques), et suggérant que les absences répétées de son père ont causé chez lui un comportement de père abusif, révélant au passage que Drake aurait caché un fils du nom d'Adonis, qu'il aurait récemment eu avec une ex-actrice porno devenue artiste peintre du nom de Sophie Brussaux, et qu'il allait révéler l'existence de son fils caché... dans le cadre d'une campagne promo pour sa ligne de vêtements Adidon en collaboration avec Adidas. Le plus dingue dans cette histoire c'est que tout a l'air vrai, l'entourage de Drake n'ayant rien démenti et des éléments ayant montré que ce dernier aurait fait un test de paternité et verserait de l'argent à la mère et son fils. Pusha-T a donc carrément dégommé un plan comm' monstrueux et mis à jour une potentiellement sinistre utilisation de sa paternité par Drake (qui peut bien révéler l'existence de son fils au monde pour vendre des pompes ?). Et a mis au passage un sacré coup à l'image publique de son "ennemi" sur disque depuis des années (cette rivalité a été héritée de celle entre son mentor Lil Wayne et Pusha mais c'est une autre histoire, pas si passionnante). Ce morceau était sensé être le premier d'une série amenée à démolir complètement Drake ("surgical summer"), mais en l'absence de réponse de Drake (apparemment dictée par son management) et avec un Kanye plutôt pacificateur, nous n'y aurons pas droit finalement. D'après ce qu'on sait, il y aurait eu de quoi amocher davantage les carrières de Drake et Kanye. Mais sans morceau derrière, ça reste du people et ça ne nous concerne plus vraiment.


  DAYTONA est un album passionnant, concis, presque parfait, brutal, violent et beau. Pusha-T et Kanye étant des rappeurs entre deux âges, ils jouent de leurs expériences respectives pour apporter une profondeur supplémentaire à leur musique ainsi qu'une vraie clarté dans la direction qu'ils veulent prendre, sans toutefois perdre l'impact et l'urgence de la jeunesse. Cet album est un réel classique instantané de hip-hop, impeccable pour les puristes et accessible aux néophytes. C'est donc un sans faute pour G.O.O.D Music pour le moment.

A écouter sur Spotify ou Deezer

Alex







  

vendredi 1 juin 2018

Le Bilan du Mois : Mai 2018


  C'est déjà la fin du mois de Mai ! Agrémentée de quelques réussites de fin avril, cette sélection est particulièrement riche et garnie en albums d'exception. En espérant que vous y trouviez votre bonheur. 

L'ALBUM DU MOIS


Ras G & the Afrikan Space Program - Stargate Music
USA
Abstract Hip-Hop, Electronique, Electrofunk, Soul, Psychédélisme, Gospel, Jazz, Musique Concrète, IDM, Noise, Dub
  Référence au film du même nom, à l'esthétique afro-futuriste proche de celle de Ras G, est une métaphore de l'utérus qu'il décrit comme "La porte des étoiles (Stargate) de l'humanité", ce disque a pour but de nous faire revivre le voyage mystique et corporel de notre propre naissance, rien que ça. Mais loin d'un concept fumeux, c'est à un album obsédant, prenant, magnifique et à la personnalité très forte auquel on droit. Ras G est un producteur sans pareils, son approche autodidacte et radicale en font une voix unique et précieuse dans le paysage musical moderne, comme le prouve cet album incroyable, que je vous recommande absolument.
Mes morceaux préférés : Water Broken (The Opening of the Stargate), Quest to find Anu Stargate, The Arrival, The Nector Of the Stargate (taste), Heaven is between her legs...(the return)
Ecouter sur Spotify ou Bandcamp




L'EP DU MOIS

Cuco - Chiquito EP
USA
Pop, Electro-Pop, Chillwave, Sunshine Pop, Rock Indé, Hip-Hop, Trap, Baroque Pop
Lien vers la chronique
  Cet EP est l'un des trucs les plus frais et les plus excitants que vous trouverez au rayon pop cette année. Cuco écrit des chansons comme les plus grands et les produit avec un son d'une modernité totale, piochant partout des idées et les combinant naturellement en un style fluide et immédiat. Une merveille !
Mes morceaux préférés : Sunnyside, CR-V
A écouter sur Spotify ou Deezer ou Youtube


LE MORCEAU DU MOIS



Travis Scott, Lil Uzi Vert, Kanye West - Watch
USA
Hip-Hop, Mumble Rap, Electro-Pop, Psychédélisme
  Je suis littéralement obsédé par la production de Pi'erre Bourne, aux manettes de ce titre. Hypnotisante, psychédélique, elle mêle des sons inédits dans un manège bringuebalant, parfait écrin pour un Lil Uzi Vert au sommet pour ce titre annonciateur du prochain Travis Scott
Et cette prod mon dieu....


BILAN ALBUMS 

***On a adoré :

Janelle Monaé - Dirty Computer
USA
Pop, Funk, Electro-Pop, Glam, Soul, Rnb, Hip-Hop
Lien vers la chronique
  C'est un très bon 3e album que publie Monaé, après 5 longues années de quasi-absence musicale, 5 années prises à faire ses débuts d'actrice à Hollywood. Les chansons sont au rendez-vous, une enfilade invraiscemblable de tubes pop/rnb/funk/soul/rap tous meilleurs les uns que les autres, accompagnés d'un visuel magnifique. D'ailleurs, l'album est accompagné d'un "emotion picture", sorte de compilation thématique de tous ses clips, absolument dantesque (Lien Youtube). Malgré cette recherche visuelle et musicale très poussée, elle a abandonné la narration de sa suite "Metropolis", et a opté pour un disque concis au son moins touffu, plus pop, et ça lui va bien, même si je reste encore sous le charme de ses deux précédents.  
Mes morceaux préférés : Make Me Feel, Dirty Computer, Crazy Classic Life, Pynk, I Like That
A écouter sur Spotify ou Deezer



Beach House - 7
USA
Pop, Rock, Dream-Pop, Electronique, Shoegaze, Psychédélisme
Lien vers la chronique
  Lorsqu'un des meilleurs groupes de la décennie voit grand et sort l'un des meilleurs (si ce n'est LE meilleur) album de sa discographie, ça donne forcément des étincelles, et c'est exactement ce qu'il s'est passé avec 7. Un monument de dream pop signé Victoria Legrand et Alex Scally, co-produit par Sonic Boom. Des chansons immortelles, une production éblouissante. Un paradis pop.
Mes morceaux préférés Dive, Black Car, Lemon Glow, Dark Spring, Drunk in LA, L'Inconnue, Pay No Mind, Girl Of The Year 
Ecouter sur Spotify ou Deezer ou Youtube



Iceage - Beyondless
Danemark
Post-Punk, Punk, Free Jazz, No Wave, Goth, Folk, Pop, Glam Rock, Blues, Soul, Psychédélisme
Lien vers la chronique 
  C'est un album volcanique, empli de fureur, de mélancolie, d'urgence et de beauté qu'on doit à Iceage, confirmant la belle lancée du groupe après la réussite du précédent en 2014, et asseyant et sa place parmi les groupes de rock les plus intéressants et les plus essentiels de la décennie. A écouter absolument.
Mes morceaux préférés : Hurrah, Pain Killer, Plead The Filth, Under The Sun
Ecouter sur Spotify ou Deezer



Idris Ackamoor & the Pyramids - An Angel Fell
USA
Jazz, Free Jazz, Afrobeat, Soul/Funk, Rock Psychédélique, Latin Jazz
Lien vers la chronique 
  Cet album est un véritable triomphe, un incroyable disque de jazz ouvert à tous les vents, au sens mélodique imparable et au charme unique. Les influences venues de l'afrobeat, de la musique cubaine, du rock psychédélique, de la soul ou de la dub colorent le jazz déjà riche du flamboyant multi-instrumentiste de génie et de son groupe de fous furieux. Une perle rare.
Mes morceaux préférés : An Angel Fell, Sunset, Message To My People, Warrior Dance
A écouter sur Spotify ou Deezer ou Bandcamp



Parquet Courts - Wide Awake!
USA
Rock, Pop, Punk, Post-Punk, Psychédélisme, Funk, Dub, Afrofunk, Disco-Punk
Lien vers la chronique
  Le combo rock Parquet Courts émerveille une fois de plus avec un album assez formidable. Urgence punk façon Ramones, intensité et curiosité des Clash, chaleur du son rappelant The Saints, folie des Talking Heads, diversité sonore venue de tous les horizons (psyché, afrofunk, dub...) tout ça est un condensé d'une somme d'influences jamais envahissantes mais toujours utilisées à bon escient. Avec ce disque riche, au son fouillé et aux morceaux captivants, les Parquet Courts charment lorsqu'ils s'aventurent sur des territoires plus pop ou funk, et passent un cap en montrant toute l'étendue de leur musique, gagnant en densité sans perdre en intégrité. Un excellent disque qu'on n'attendait pas aussi tôt dans leur carrière, prouvant ainsi tout leur talent.
Mes morceaux préférés : Wide Awake!, Total Football, Violence, Before The Water Gets Too High, Mardi Gras Beads, Back To Earth, Tenderness
Ecouter sur Spotify ou Deezer



Hinds - I Don't Run
Espagne
Rock, Pop, Garage, Punk
Lien vers la chronique
  Les Hinds ont frappé très fort avec cet album très pop et très rock, rempli de tubes insolents et mélodiques, à la production impeccable et à l'authenticité totale. Elles ont su développer un son unique à partir de leurs influences et à le canaliser dans des chansons inoubliables. Un grand disque plein de fun et de talent. 
Mes morceaux préférés : Linda, The Club, Soberland, Echoing My Name
Ecouter sur Bandcamp ou Spotify ou Deezer



Brazilian Girls - Let's Make Love
USA, Italie
Pop, Electro-Pop, Electro-Rock, Electro-Funk, Funk, Electronique, Bossa, Jazz
Lien vers la chronique
  Si on veut faire court, on dira que c'est un retour plus que gagnant, sans temps faible, avec de grandes chansons bien écrites et une façon de les mettre en son très personnelle, entre post-punk et pop électronique. Et puis toujours ce chant très incarné de Sabine Sciubba qui fait tout le sel des Brazilian Girls. 
Mes morceaux préférés : Pirates, Go Out More Often, Karaköy, The Critic, Wild Wild Web, Looking For Love      
Ecouter sur BandcampSpotify, ou Deezer



Altin Gün - On
Pays-Bas, Turquie
Funk, Rock, Pop, Electronique, Psychédélisme
Lien vers la chronique
  Avec une belle démarche (reprendre plutôt que pasticher), et une interprétation virtuose, à la fois impeccablement respectueuse et moderne, les Altin Gün arrivent non seulement à rendre un hommage vibrant et bluffant à ces classiques de funk-rock turc, mais ils arrivent en plus à en faire un album plein de vie, respirant la joie et l'amour de cette musique, qu'ils contribuent à faire connaître à un Occident musicalement trop américano/anglo-centré depuis des siècles. 
Mes morceaux préférés : Tatli dile Güler Yüze, Kirsehirin Gülleri, Cemalim, Caney
Ecouter l'album sur Spotify ou Deezer ou sur le bandcamp de leur label "Les Disques Bongo Joe"



Rae Sremmurd - SR3MM 
Swa Lee -SWAECATION & Slim Jxmmi - JXMTRO
USA
Trap, Pop, Hip-Hop, Rnb, Electro-Pop
Lien vers la chronique
  Pour faire court, les trois disques de ce triple album sont de vraies réussites dans leurs genres respectifs : JXMTRO pour la trap "classique"SWAECATION pour une pop électronique teintée de rnb, volontiers planante, et SR3MM combinant ces deux approches avec une ambiance sombre et dissonante. Un vrai tour de force de la part du producteur Mike WiLL Made-It et de ses deux protégée Swae Lee et Slim Jxmmi, qui arrivent à pondre un triple album intéressant de bout en bout, gavé de grandes chansons, avec trois approches différentes et complémentaires. 
Mes morceaux préférés : 
- Sur SR3MM : Up In My Cocina, Close, Buckets, Powerglide, 42
- Sur SWAECATION : Guatemala, Touchscreen Navigation, Hurt To Look, Heartbreak In Encino Hills, Heat Of The Moment, Offshore, Red Wine
- Sur JXMTRO : Brxnks Truck, Players Club, Keep God First, Juggling Biddies, Anti-Social Smokers Club, Changed Up
A écouter sur Spotify ou Deezer



Arctic Monkeys - Tranquility Base Hotel + Casino
Royaume-Uni
Pop, Rock, Baroque/Sunshine Pop, Glam, Soul, Psychédélisme
Lien vers la chronique
  Ce dernier Arctic Monkeys en date est un album globalement très réussi, loin de ce qu'on a pu lire dans les commentaires d'une presse américaine un peu à la masse. La direction easy listening est étonnante pour le groupe, mais logique lorsqu'on connaît les autres projets de Turner en solo, à la production du disque d'Alexandra Savior, ou avec Miles Kane et les Puppets, et même en omettant cela, le côté crooner était finalement bien annoncé par les ballades du précédent album. Les influences soul font mouche grâce à des vocalises aussi classes que la batterie et une basse imparable, la coloration pop avec ses nombreux claviers et ses cordes apportent une densité sonore bienvenue, et la noirceur glam du piano et de la guitare achèvent de rendre ce disque bien intéressant. Et dire ça, c'est oublier que le chant d'Alex Turner ainsi que ses textes valent encore le détour. Alors certes, ce n'est probablement pas le meilleur disque des Arctic Monkeys, mais c'est une grande réussite, un virage pris avec talent, loin de ce qu'on a pu lire ici ou là. Mais faites vous votre avis par vous même (et donnez le nous en commentaire tant qu'à faire !), grâce aux liens d'écoute ci-dessous :
Mes morceaux préférés : Star Treatment, Four Out Of Five, Batphone, One Point Perspective, American Sports, Tranquility Base Hotel & Casino  
Ecouter sur Spotify ou Deezer



Woody Murder Mystery - Lost In Beaucaire 
France
Pop, Rock, Psychédélisme, Folk-Rock, Sunshine Pop, Baroque Pop
Lien vers la chronique
  La pop anglophile de Baptiste Rougery, alias Woody Murder Mystery, enchante sur ce disque au sens mélodique aiguisé et à la mise en son parfaite, avec une production chaude et ronde mais pas passéiste. On pense tantôt aux Byrds, tantôt aux Beatles, un peu au premier album de Temples qui était dans la même démarche de réhabilitation d'une pop délicate, cotonneuse au songwriting exigeant avec lui-même. En plus des guitares cristallines, les divers claviers  aux textures classieuses ajoutent une touche sonore plus qu'appréciable. C'est un excellent album, belle sortie du très affuté label clermontois Freemount Records, que je vous recommande absolument.
Mes morceaux préférés : Interlude, Near The Dearest World, Jusqu'au Matin, Lost in Beaucaire
Ecouter sur Bandcamp ou Deezer



DRINKS - Hippo-Lite
Pays de Galles - USA / Pop, Art Rock, Psychédélisme, Post-punk, Folk, Electro-pop, Funk-Rock, Glam
Lien vers la chronique
  C'est donc un album réussi de la part du duo Cate Le Bon / Tim Presley, qui arrive à être bien plus que la somme de ses parts et trouve dans un art rock dérangé mais sachant rester minimaliste un terreau fertile à de joyeuses et appréciables expérimentations pop. 
Mes morceaux préférés : Blue From The Dark, Real Outside, In The Night Kitchen, Greasing Up, Corner Shops
A écouter sur Spotify ou Deezer 


**On a beaucoup aimé :

King Tuff - The Other
USA
Pop, Rock, Funk, Folk, Glam
Lien vers la chronique
Kyle Thomas alias King Tuff, aux nombreux projets, dont le plus récent était la participation aux Muggers de Ty Segall, vient de sortir chez Sub Pop ce disque beau et singulier. Ébranlé par le suicide d'un ami proche, il a appelé ses ex-collègues Ty Segall, Mikal Cronin et Charlie Moothart à la rescousse pour l'aider à enregistrer cet album cathartique, produit par Shawn Everett (The Voidz, The War On Drugs). The Other est un bon album, avec quelques très grandes réussites et sans trop de baisses de régime même si tout n'est pas aussi inspiré que "The Other". A écouter si vous êtes client de cette scène californienne constituée autour des Oh Sees et de Ty Segall, ou si vous aimez simplement le rock.
Mon morceau préféré : The Other
Ecouter sur Spotify ou Deezer


Gaz Coombes - World's Strongest Man
Royaume-Uni 
Pop, Rock, Electro-Pop, Psyché
  L'ex-leader de Supergrass réussit à fusionner ses aspirations rock, pop, psychédéliques et synthétiques dans un disque qui évoque sans équivoque Radiohead mais qui le fait bien. 



The Garden - Mirror Might Steal Your Charm
USA 
Post-Punk, Rock, Pop, Punk, Electro-Pop, Electro-Rock, Electronique, Goth, Hardcore, Noise, Hip-Hop, Trap, Jungle
  Après un EP électro-rock bien fun et très apprécié sur ce blog, sorti l'an dernier, ce disque très agressif est une surprise de taille. Bien plus post-punk, voire punk, voire indus, noise ou hardcore, il étonne par l'utilisation bienvenue de nombreuses influences venues d'un peu partout et par des morceaux à tiroirs jamais lassants. 
Mes morceaux préférés : Make A Wish, Good News, Stylish Spit, No Destination


Unknown Mortal Orchestra - Sex & Food
Nouvelle-Zélande 
Pop, Rock, Hard Rock, Psyché, Funk, Soul, Garage, Disco, Folk
  Renouant avec le hard rock psyché déjà exploré sur la deuxième face de II (2013) tout en gardant quelques touches du funk sexy de son précédent album, Ruban Nielson a composé un disque certes moins captivant que ses deux prédécesseurs, mais digne, personnel et bien construit.
Mes morceaux préférés : Ministry Of Alienation, Hunneybee, Major League Chemicals, Everyone Acts Crazy Nowadays, How Many Zeros, Not In Love We're Just High
Ecouter sur Spotify


Flatbush Zombies - Vacation In Hell
USA 
Rap, Hip-Hop, Electro-Pop, Rnb, Hip-Hop
  Quelques excellents morceau sont présents sur ce disque, et la personnalité du groupe est toujours là, même si elle est un peu diluée par rapport au précédent album qui était une vraie claque. On se prend à espérer un grand album en début d'album, au fur et à mesure de la succession de bangers mélancoliques et pleins de rage, sans concessions, du groupe. Et ce, jusqu'à ce que des incursions pop moins bien gérées que par le passé, ou moins inspirées, ne viennent nous en sortir, ou qu'on se rende compte que les instrus et les flows tournent davantage en boucle que sur 3001 : A Laced Odyssey où elles étaient denses et saisissantes de vie. Malgré tout, cet album un peu trop dilué et long regorge de très bons morceaux, et on se prend à imaginer une version un peu plus éditée, qui aurait sûrement été géniale.
Mes morceaux préférés : HELL-O, Chunky, M Bison, Headstone, Leather Symphony, The Best American
Ecouter sur Spotify

J Cole - KOD
USA
Hip-Hop, Rap, Electro-Pop, Soul
  J Cole n'a jamais été le rappeur le plus intéressant (un côté moralisateur un peu trop poussé, une musicalité pas si unique), mais quand il brillait comme sur 2014 Forest Hill Dive, c'était vraiment très bon. Cet album est un bon petit retour de forme, très agréable, et ça fait plaisir. 
Ecouter sur Spotify

Cardi B - Invasion Of Privacy
USA / Pop, Trap, Mumble Rap, Rnb, Hip-Hop, Electro-Pop, Reggaeton
  Un disque bien plus intéressant et varié que ce que l'efficace mais basique "Bodak Yellow" pouvait suggérer. Finalement assez proche d'une certaine tradition du rap new-yorkais, mâtinée bien sur de trap, de pop et d'influences latines. Du bon boulot. 
Mes morceaux préférés : Get Up 10, Be Careful

Ecouter sur Spotify


*On a apprécié :



SAINt JHN - Collection 1
USA, Guyane / Soundcloud Rap, Trap, Mumble Rap, Rnb, Hip-Hop, Electro-Pop, Cloud Rap
  Entre soundcloud rap sombre et saturé, rêveries rnb nocturnes, et trap-pop synthétique et rêveuse à la Post Malone ou émotive comme chez Kid CudiSAINt JHN se revêle une très intéressante jeune pousse de cette pop-rap en constante évolution. 
Mes morceaux préférés : 3 Below, Roses, Reflex, I Heard You Got Too Litt Last Night
Ecouter sur Spotify

Eleanor Friedberger - Rebound
USA / Pop, Electro-Pop, Synthpop, Soft Rock
  Eleanor perd un peu son âme, ou en tous cas de son mordant musical, depuis deux albums en comptant celui-ci. Sa pop synthétique guillerette mâtinée de soft rock est fort sympathique mais n'a rien à voir avec les sommets de Personal Record (2013). La faute au son, un peu certes, mais ce dernier était très propre également. C'est plutôt un songwriting un peu moins percutant qui est à blâmer, mais ce serait quand même pas juste sachant ce qu'elle a déjà produit, et puis ce dernier disque est plutôt bon. Il a juste le malheur de sortir dans l'ombre de son aîné. 
A écouter sur Spotify

Dafnis Prieto Big Band - Back To The Sunset
Cuba / Jazz, Latin Jazz
  Le batteur et compositeur s'entoure de grands du jazz pour offrir un jazz latin et festif, souvent assez fun, et nous on ne peut qu'adhérer. 
Ecouter sur Spotify

NAV - Reckless
Canada / Trap, Rnb, Mumble Rap, Electro-Pop, Hip-Hop
  Toujours pas essentiel, toujours plaisant, NAV continue son bout de chemin de second couteau du genre et s'en tire bien. 
Ecouter sur Spotify

Paul White - Rejuvenate
Royaume-Uni / Pop, Electronique, Hip-Hop, Rnb, Psychédélisme, Rock
  Un bon petit disque de producteur, c'est toujours agréable quand c'est aussi bien fait qu'ici. 
Ecouter sur Spotify

E Ruscha V - Who Are You
USA / Ambient, Minimalisme, Electronica, Psychédélisme
  Le musicien californien signe un bon album de minimalisme apaisé, doux, rêveur, sophistiqué et posé, dans la lignée lointaine de Teddy Riley revu à travers une démarche DIY moderne. 
Ma track préférée : Who Are You

E-40 & B-Legit - Connected & Respected
USA / G-Funk, Hip-Hop, Electrofunk
  Deux vétérans, de la même famille, sur un projet fidèle à leurs racines West Coast, avec de grosses basses bien funky post-DJ Mustard, c'est tout ce qu'il faut pour une bonne tape dans ce genre, mais malheureusement un peu longue. 
Mes morceaux préférés : Life Lessons, Carpal Tunnel, Up Against It, Bare

DJ Esco - Kolorblind
USA / Trap, Mumble Rap, Hip-Hop, Electro-Pop, Rnb
  Une tape de producteur de plus (c'est marrant les prods qu'ils gardent pour leurs projets persos sont rarement les meilleures), avec tellement de Future qu'on dirait un album de Future, et avec quelques bons petits bangers qui sortent du lot.
Mes morceaux préférés : Fuk Faces, Psychedelik Smoke




BILAN EPs

**On a beaucoup aimé :

Loidis - A Parade, In The Place I Sit, The Floating World (& All Its Pleasures)
USA
House, Electronique, Techno, Ambient
  Brian Leeds alias Huerco S sort sous le pseudonyme Loidis un des EPs électro les plus enthousiasmants de l'année. Entre précision techno et chaleur house, textures solaires et sons cliniques, il mêle le meilleur des deux monde et nous emporte dans sa transe. Un très beau travail. 
Mon morceau préféré : A Parade

Amber Mark - Conexão EP
USA
Pop, Soul, Rnb, House, Jazz, Bossa Nova, Electronique, Latin, Electrofunk
  Entre pop et rnb, avec de grosses influences soul, jazz et house, mais aussi des sons plus latins, Amber Mark réussit à créer une musique douce et élégante comme les classiques de Sade.  
Mes morceaux préférés : Conexão, Love Me Right

OMNI - Sunset Preacher / Confessional
USA
Rock, Post-punk, Pop
  Continuant dans leur impeccable lancée, les Omni ne déçoivent jamais et nous régalent une fois de plus avec deux chansons racée de pop hargneusement rock. 
A écouter sur Spotify

Met Gala - Red Carpet 7"
Canada, USA / Pop, Rnb, Electro-Pop
  Composé de deux chansons déjantées, "She's My Sweet" et "Fuck The Toronto Raptors", cet EP a été enregistré sur un coup de tête lors du Met Gala par un supergroupe homonyme composé de Mac Demarco (chant autotuné, programmation), Peter Sagar de Homeshake (rythmiques et voix), Alec Meen (claviers) & Colin Caulfield (chant). Ces chansons de rnb/pop autotunée sont étonnantes si on connait Demarco, moins si on est familier avec Sagar, mais elles fonctionnent plutôt bien dans leur genre j'en foutiste. 

Lucas - Fall In Love
USA / Electronique, Trap, Ambient, Electro-Pop, Hip-Hop, Synthpop, Electrofunk, House, Gabber
  Dans une démarche proche de Hot Sugar sur The Melody Of Dust (2017), le natif de Seattle nous invite dans un voyage entre électronique syncopée aux sons venant de la trap voire de dérivés du dubstep et une pop électronique cotonneuse empruntant volontiers  à l'ambient. Avec également de belles touches de hip-hop old school et de house. Une belle sortie, un poil gâchée par un "Corsica" final au parfum gabber un peu douteux.
Mes morceaux préférés : Baptist, Fall In Love
Ecouter sur Spotify
  


* On a apprécié :

DDG - Take Me Serious
USA / Trap, Mumble Rap, Hip-Hop, Electro-pop 
  Un bon EP dans un genre post-Migos certes éculé mais efficace. Mention spéciale à la prod absolument impeccable.
Mes morceaux préférés : New Money, Donkey Kong
Ecouter sur Spotify

Kash Doll - Brat Mail 
USA / Rap, Trap, Electro-Pop
  Une bonne mixtape d'une rappeuse au flow très charismatique qui a un sacré potentiel quand on voit ce qu'est devenue Cardi B dans un genre proche et avec une histoire similaire. Bon début dans le game. 
Mes morceaux préférés : Dancin, I Want
Ecouter sur Spotify




BILAN MORCEAUX

***On a adoré :


Christina Aguilera, Ty Dolla $ign, 2Chainz - Accelerate
USA
Pop, Electro-Pop, Hip-Hop, Rnb, Trap, Acid House
  Je n'avais jamais éprouvé le moindre intérêt pour la musique de la dame, mais sa voix chaude est parfaite sur cette prod saisissante de Kanye West, sublimée également par les ad-libs et le chant de crooner rnb du sous-estimé Ty Dolla Sign, et revitalisée par un changement de beat inattendu sur lequel débarque un 2Chainz au taquet. Très bon ! 

Tyler, The Creator - Rose Tinted Cheeks
USA
Hip-Hop, Rap, Soul/Funk, Rnb, Electrofunk, Pop
  Ce titre est une démo de 2016, produite à la suite de Cherry Bomb, et c'est aussi le point de départ de sa suite. Ayant donné le ton à Flower Boy (2017), cette chanson en est en effet la parfaite introduction a posteriori


Video Age - Lover Surreal
USA
Electro-Pop, Synthpop, Pop
  Venant de la Nouvelle-Orléans, le duo formé de Ross Farbe & Ray Micarelli donne dans la synthop baveuse la plus mélodique et kitsch qu'il soit, entre Pet Shop Boys et Modern Talking. Mais c'est tellement bien fait que ça en devient super bon.

Jonwayne - Last Last Fall
USA
Rap, Hip-Hop, Boom Bap
  Excellent morceau de rap old school sur la confiance en soi, et sur l'angoisse de l'écrivain. Une ambiance pluvieuse, désespérée, assez saisissante s'en dégage à l'écoute, marque d'une écriture acérée. 


Alex