Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes

jeudi 18 juillet 2019

Lil Nas x - 7 EP (2019)


  Enorme tube à l'histoire incroyable (Lil Nas x, un rappeur gay, black, qui chante façon country des histoires de tracteurs et de chevaux sur un beat trap et un sample de Nine Inch Nails), "Old Town Road" est difficile à éviter et à détester tant le charme simple de ce morceau fun et léger est contagieux.

Lil Nas x & Billy Ray Cyrus - Old Town Road (Clip, 2019)

  Mais le garçon en a davantage sous la pédale, comme le prouvent des morceaux comme "Panini" (entre emo-trap et Travis Scott, avec un petit emprunt mélodique à Nirvana) ou encore "Rodeo", entre Western, rock indé et trap, avec un bon feat de Cardi B

Lil Nas x - Rodeo (2019)

  Il sait également se marrer en explorant des genres comme la pop-trap ("Kick It") le rock de radio post-Strokes ("F9mily (You & Me)"), donnant à entendre des morceaux certes pas inoubliables mais là encore plutôt funs et légers sur le coup.

  Toujours dans le même élan rock, mais un cran au dessus qualitativement, "Bring U Down" vaut le détour, et l'électro-pop de "C7osure (You Like)" est très charmante. 

Lil Nas x & Cardi B - Rodeo (2019)

  L'avidité de Lil Nas x à essayer de toucher à tous les genres, sans aucune retenue, et la joie évidente que cela lui procure sont totalement contagieuses, et l'EP dans son ensemble est vraiment plutôt solide, et s'il est dispersé, il atteint plusieurs des cibles qu'il vise à la fois. A suivre...

Mes morceaux préférés : Panini, Old Town Road, Rodeo, C7osure (You Like), Bring U Down

Ecouter sur Deezer ou Spotify

Alex


mardi 16 juillet 2019

Guizmo - GPG 2 (2019)


  J'ai jamais complètement accroché à Guizmo avant. Enfin, j'ai jamais trop pris le temps d'écouter un album en entier non plus, mais j'ai été impressionné par ses freestyles en radio, et quelques singles (même si certains autres m'ont moins touché, d'où mon côté semi-convaincu). Mais ce GPG 2 est devenu ma porte d'entrée vers la musique du rappeur.

  Les prods sont à l'ancienne, les prises de son lo-fi sonnent "fait maison", le tout sonne ultra spontané, on imagine bien en écoutant ces morceaux le rappeur kicker dans son micro de radio, le sourire au lèvre, le casque sur les oreilles, on sent presque l'odeur de la fumée et de la sueur dans le studio. 

Guizmo - Gentleman (Clip, 2019)

  Les textes sont parfois fun, parfois profonds, toujours ciselés. La musique, comme je vous le disait, est un bon boom-bap à l'ancienne ("Gentleman", "92", "Je n'ai plus d'temps à perdre", "Rien d'mieux à faire", "Smoke", ou "Le bruit et l'odeur" hallucinant de puissance), parfois grandiloquent ou dramatique, tirant sur le crunk ("Danser", "GPG5", "Etendard", "C'est moi contre moi-même", "Nuage", "Qui est-tu ?"), parfois funky ("Sur place", "Gangsta Paradise"), jazzy ("Mama, j'suis égaré"), électronique ("Dans l'espace", "Tout seul"), et parfois à la limite de la chanson française ("La Pluie") ou du reggae ("Rédemption"), avec quelques incursions vers la modernité trap ("Toujours vrai", "Ton pied, mon pied", "Ahou", "Je n'sais pas c'qu'ils veulent", "Oh no !", "Beaucoup Trop") et quelques expérimentations ("Tout crade").

Guizmo - Le bruit et l'odeur (Clip, 2019)

  Comme vous avez pu le constater, il y a dans ce projet beaucoup, beaucoup, mais alors beaucoup de morceaux (29 !). Ça rend l'écoute un peu complexe, et c'est un peu dommage car en triant bien ces morceaux, on aurait pu avoir une des meilleures sorties rap de l'année, et une solide compilations de faces B de qualité. En attendant, qu'on l'écoute en plusieurs fois ou qu'on pioche dedans, ce disque gargantuesque remplit ses promesses et contentera largement l'amateur de rap FR.

Mes morceaux préférés : Gentleman, Sur Place, Rédemption, Gangsta Paradise, Je n'ai plus d'temps à perdre, Smoke, Beaucoup Trop, Le bruit et l'odeur
Ecouter sur Deezer ou Spotify

Alex


dimanche 14 juillet 2019

Le Bilan du Mois : Juin 2019


  Juin, c'était un mois plutôt radin en sorties de disques, enfin plus probablement un mois avec moins de temps pour fouiller de mon côté. En plus j'ai pris du retard sur quelques belles sorties de fin de mois sur lesquelles je reviendrai en Juillet ou Août, le temps de les appréhender un peu mieux. Mais Juin c'était quand même un mois qui a offert son lot de très, très bon disques, et à défaut de quantité, on a eu de la qualité, et je sais pas vous mais moi ça me convient très bien. En revanche, je me suis permis (chose rare) de parler de quelques disques sur lesquels j'ai un avis plus mitigé, n'hésitez pas à partager le votre, surtout si ce n'est pas le même.

Alors bonne écoute !


L'ALBUM DU MOIS :


Steve Lacy - Apollo XXI 
USA
Pop, Soul/Funk, Electro-Pop, Rnb, Hip-Hop, Psychédélisme, Rock Indé
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  Si vous vous intéressez aux sorties musicales récentes, ou si vous lisez régulièrement ce blog, vous êtes sûrement tombés sur le nom de Steve Lacy. Et pour cause : en solo, il a sorti un des meilleurs EPs de 2017, avec son groupe The Internet une flopée d'excellents albums, dont le dernier Hive Mind (2018) a squatté la première moitié de mon top de l'année. Toujours en 2018, il a co-composé l'intégralité d'un des meilleurs EPs de l'année avec Ravyn Lenae, et il a participé à quelques-uns de nos albums préférés de ces 3-4 dernières années, parmi lesquels ceux de Kali UchisBlood OrangeVampire WeekendKendrick Lamar et quelques autres... Autant le dire tout de suite, ce très très jeune homme, multi-instrumentiste autodidacte, est un des musiciens/producteurs/artistes les plus demandés et les plus excitants du paysage pop (incluant pop, électronique, rock indé, soul, funk, rnb et hip-hop, sa musique étant un joyeux mélange de tout ça). Autant dire que j'attendais de pied ferme ce premier album solo, comme pas mal de monde d'ailleurs. Et c'est une réussite. Une vision artistique totale et unique, des tubes, des expérimentations réussies...  Lacy a su développer un style personnel, et je me prends à classer ce disque avec les réussites pop uniques de Connan Mockasin, Blood Orange, ou Frank Ocean... Foncez écouter l'album de ce surdoué de la Pop.
Mes morceaux préférés : Only If, Like Me, N Side, Playground, Hate CD
Ecoutez ce disque sur Spotify ou Deezer ou Youtube



L'EP DU MOIS :


Future - Save Me 
USA
Trap, Rap, Hip-Hop, Rnb, Emo-trap, Electro-pop
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    Cet EP est ultra concis (7 titres dont 4 sous la barre des 3min), il renoue avec l'expérimentation, et il est plutôt très, très sombre et sonne presque comme un appel à l'aide désespéré. Mais que Future rappe ou chante sur de la trap classique, des prods entre rnb ou l'emo-trap à guitares de ses suiveurs, force est de constater que le bluesman des années 2010 n'a rien perdu de sa rage et continue à inventer de nouvelles formes musicales en se réinventant à chaque son.  Vous l'aurez compris, cet EP est une tuerie absolue, et fait déjà partie de mes sorties solo préférées du rappeur.
A écouter sur Deezer ou Spotify


LE MORCEAU DU MOIS :


The Voidz - The Eternal Tao
USA
Pop, Rock, Electro-Pop/Synthpop, New Wave
  Que Julian Casablancas et ses compères poursuivent dans la pop déviante de leur dernier excellent album, ça me va tout à fait, pour ma part ils peuvent même encore aller un peu plus loin, et ce très fun single en forme de suite au génial "QYURRUYS" prouve que j'ai raison.



LE CLIP DU MOIS :



The Garden & Mac Demarco - Thy Mission
Pop, Rock, Electro-Pop
  J'attends toujours l'album parfait qui sortira un jour de chez The Garden ou d'un projet solo d'un des frères. Mais en attendant, on est gavés de singles absolument jouissifs comme cette petite folie sur laquelle ils se sont apparemment bien trouvés avec Mac Demarco, toujours présent lorsqu'il s'agit de signer une chanson ou un clip bizarre, débile et génial.


BILAN ALBUMS

*** On a adoré :

100 gecs - 1000 gecs
USA
Pop, Electronique, Trap, Ska, Rock indé, 
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  100 gecs est un mystérieux duo américain composé de Laura Les et Dylan Bradi. Et leur musique est un mélange assez difficile à décrire d'électronique ultra-expérimentale, de trap accrocheuse et de pop-rock, ils sont quelque part dans la lignée de Charli XCX lorsqu'elle bossait avec PC Music ou Sophie, mais en beaucoup, beaucoup, beaucoup plus extrême. Voix ultra-autotunées et modifiées, pitchées à l'outrance, beats trap ou gabber sans cesse changeants, riffs de guitare, ska, drops EDM, rock emo ou dubstep, flows venus du rap, synthpop, métal... On croise tous ces éléments au long de ce disque, souvent tous dans la même chanson. Les deux seules façons d'apprécier le disque sont soit de poser son cerveau et de l'apprécier tel quel pour ce qu'il est : une décharge ininterrompue de plaisirs musicaux immédiats plus ou moins coupables, ou alors au contraire en l'écoutant attentivement pour déceler la façon avec laquelle le duo a su entremêler des styles musicaux aussi variés et les faire rentrer dans leur esthétique unique. J'aurais tendance à croire que c'est quand même de la musique pour nerds obsessionnels ayant comme moi bouffé des heures de musique de toutes les époques, du plus confidentiel au plus mainstream, dans tous les styles... Pas sûr que ça plaise à tout le monde à la première écoute. Cependant, le concept sans limites du "toujours plus" qui guide ce disque est un coup de pied bienvenue dans la fourmilière pop, et sa réception plutôt positive et plutôt large pour un disque aussi expérimental et tranché est un bon indicateur de la curiosité et de la culture d'un nombre pas si faible que ça de gens, et ça fait plutôt plaisir. Personnellement, lorsque je me pose la question du "génie ou escroc", ça finit souvent dans la première catégorie, et c'est le cas avec 1000 gecs.
Mes morceaux préférés : money machine, stupid horse, ringtone, 745 sticky
A écouter sur Deezer


Thom Yorke - ANIMA
USA
Electronique, Pop, Electro-Pop, IDM, Ambient, Indus, Psyché/Krautrock
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  Thom Yorke, pour ceux qui ne remettent pas, c'est la voix de Radiohead. Et il a déjà fait des merveilles en solo (The Eraser) et avec d'autres gens (Atoms For Peace), autant dire que les amateurs sont exigeants avec lui à chaque fois. Et malgré toutes ces attentes, ce disque est une totale réussite. Une musique de club froide, très anglaise, oscillant entre drones dystopiques, industriels et planants, majestueux, morceaux d'électro-pop de clubs déviants, ballades pop désabusées, et morceaux tout aussi cérébraux mais plus funky. Rien à rajouter, foncez l'écouter !
Sur Deezer ou Spotify

Kobo - Période d'essai
Belgique
Rap, Hip-hop, Pop, Rnb, Electronique, Trap, Ambient, Dancehall
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 Belge comme Damso et HamzaKobo partage avec ces deux-là une musicalité rare et une voix unique. Avec ce premier album soigné et fignolé, le rappeur masqué pose ses flows sur des instrus variées et impeccable, accouchant au passage de quelques très grandes chansons et de gros bangers trap d'un seul élan. C'est une excellente sortie, à cheval entre rap pur et dur et musiques populaires, à découvrir absolument.
Mes morceaux préférés : Manque de Sommeil, Blessings, Baltimore, Koboy, Charbon
A écouter sur Deezer ou Spotify


Kim Petras - Clarity
Allemagne
Pop, Electro-Pop, Trap, Rnb, Electronique Synthpop
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  Kim Petras devrait être une immense popstar. Tous ses morceaux sont au moins aussi accrocheurs que tous les trucs qui trustent le haut des classements, et ils sont composés et exécutés avec mille fois plus de bon goût que 99% de la concurrence. Clarity est son premier album, et c'est une succession sans fin de bangers. Trap, grosse pop mainstream, synthpop, French Touch voire EDM, rnb, emo... Petras mêle tout au long d'un album ultra-efficace qui file à toute allure et ne perd pas une seconde en chemin. Bref, si tous les gros vendeurs qui font à peu près la même musique faisaient de l'aussi bonne Pop que Petras, on aurait moins besoin de changer de station radio. 
Mes morceaux préférés : Clarity, Broken, All I Do Is Cry, Icy, Sweet Spot
A écouter sur Deezer ou Spotify

Beast Coast - Escape From New York
USA
Hip-Hop, Rap, Rnb, Psychédélisme, Electro-Pop, Trap
Lien vers la chronique
  Beast Coast est un supergroupe, un collectif hip-hop new-yorkais regroupant des artistes de Pro Era (Joey Badass) ainsi le duo The Underachievers et le trio génial des Flatbush Zombies. Et ce disque est une tuerie. A la façon des classiques du Wu-Tang, cet album voit les MC se surpasser les uns après les autres au sein d'un posse cut sans fin. Leurs tours de passe-passe ininterrompus posés sur des beats minimalistes mais créatifs et impeccables, sont un délice permanent. Tous ces morceaux sont tour à tour plein de tension, intenses, hypnotisants, nostalgiques, tapageurs, virtuoses techniquement et accrocheurs musicalement. Mais le disque est loin d'être monolithique, et on se surprend à penser à un esprit West Coast, rnb, trap, ou pop sur quelques tracks... En clair, ce disque est une petite bombe. Ca kicke sale sur des instrus sobres mais subtiles, riches, aussi urgentes que mélancoliques. Que demander de plus ?
Mes morceaux préférés : Rubberband, Bones, Left Hand, Far Away, Distance
Ecouter sur Spotify ou Deezer


*On a apprécié :


Richard Hawley - Further
Royaume-Uni
Rock, Pop, Folk
Lien vers la chronique
  Hawley est un génie absolu. Ce vétéran de ce qui se fait de mieux en pop-rock ombrageuse et élégance a décidé avec ce disque de ne pas laisser prise au temps et coupe l'élan de maturation gracieuse entamée avec son précédent pour plonger dans un mélange un peu fourre-tout de dad rock, de folk et de pop orchestrale sauce british. C'est probablement son disque le moins inspiré de Hawley, celui avec le moins d'enjeux et d'ambition, sillonnant des pistes maintes fois explorées par lui-même et par d'autres avec davantage de vie et d'urgence, portés ici par une interprétation vocale un peu en retrait. Ceci dit, tous ces morceaux sont bien écrits, bien captés, bien enrobés, et l'écoute de ce disque est un réel plaisir, surtout lorsqu'on apprécie l'oeuvre de ce grand artiste. Et il n'y a rien de mal à sortir un disque un peu moins "important" de temps en temps, ça fait partie du processus créatif. J'y reviendrai moins que les autres, mais j'y reviendrai avec plaisir, et je vous encourage à découvrir ce disque, et à travers lui la discographie du monsieur si son nom ne vous dit rien, car il est capable de très, très grandes choses.
Mes morceaux préférés : Further, Emilina Says, Alone
Ecouter sur Deezer

Sofia Bolt - Waves 
Pop, Rock Indé
  Une très belle et incisive collection de chansons pop-rock, interprétées avec beaucoup de style. Entre rock indé, post-punk, post-grunge façon slacker, pop délicate et guitares californiennes très cool, ces morceaux minimalistes vont droit au but et au coeur. Très classe.
Mes morceaux préférés : Get Out Of My Head, Waves (Van Dyke Parks Edit)
Ecouter sur Deezer




~On est mitigés :

The Black Keys - "Let's Rock"
USA
Rock, Pop, Blues-Rock
  Bon, tout a été dit je pense. Retour aux riffs, un tout petit peu moins de fioritures de prod depuis le départ de Danger Mouse. Tout ça c'est pas vraiment un problème, c'est plutôt qu'on a l'impression d'avoir affaire à une compilation d'inédits et de faces B de la période d'El Camino, tant tout sonne comme si on l'avait déjà entendu (avec plus d'envie qu'ici) dans un autre album du groupe. J'aurais tendance à défendre le groupe même quand la critique le lâche, comme sur Turn Blue, plus pop et magnifique de bout en bout. Mais alors celui-là je n'entends rien qui m'accroche. Y'a pas de déchet, c'est bien foutu, mais ça sonne comme une grosse redite moins savoureuse que les originaux. On entend une direction intéressante en filigrane à partir de la piste 4 jusqu'à la fin, un genre de pop-soul groovy et légèrement bluesy, transpercée d'envolées épiques hard/prog, mais c'est gaché par quelques titres de rock pompier, des mélodies et riffs pas toujours mémorables, et par une interprétation ultra molle. Dommage de se contenter d'un disque seulement sympathique mais très oubliable.
Mon morceau préféré : Every Little Thing
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YG - 4REAL 4REAL
USA
Rap, Hip-Hop
  Après avoir sorti deux classiques, YG se complait un peu dans les sorties moins ambitieuses, entre projets trop longs façon mixtape (comme celui-ci) et morceaux géniaux coincés entre deux plus anecdotiques, c'est dommage.
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Hot Chip - A Bath Full Of Ecstasy
Electro-Pop, Synthpop
  Avec un morceau d'intro incroyable, Hot Chip démarre ce disque avec panache, et si tout avait été à la hauteur des meilleurs moments de ce disque, ils auraient pu sortir un disque de pop à la Elton John version 2019. Mais le reste du disque est un peu en-dessous, et la production claire et spacieuse du regretté Zdar ne suffit pas à sortir ces morceaux du ventre mou pop où ils végètent. C'est très bien foutu, très agréable, mais il me manque une petite étincelle.
Mon morceau préféré : Melody Of Love
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Alex




samedi 13 juillet 2019

Richard Hawley - Further (2019)


  Richard Hawley est un génie absolu. Ce vétéran de ce qui se fait de mieux en pop-rock ombrageuse et élégance a décidé avec ce disque de ne pas laisser prise au temps et coupe l'élan de maturation gracieuse entamée avec son précédent pour plonger dans un rock plus juvénile et fougueux ("Off My Mind", sorte de croisement entre Miles Kane et le "Know Your Product" de The Saints). Plus loin, sur "Is There a Pill", orchestre et guitares saturées mêlent glam et rock indé 90's, "Time Is" convie le blues-rock façon Canned Heat et le charisme de Johnny Cash, tandis que "Galley Girl" est un exemple plutôt réussi de dad rock. Ces morceaux ne réinventent rien mais ils sont proprement composés et exécutés, et s'ils ne feront probablement pas gagner beaucoup de nouveaux fans à Hawley, ils auront le mérite de contenter les amateurs en attente de leur dose.


Richard Hawley - Further (2019)

  Un peu plus proche de sa sensibilité de crooner et de la délicatesse qu'on connaît de ses arrangements, "Alone" sonne comme un mix des Clash, The Jam et du meilleur de la britpop orchestrale (Blur, Pulp...), et donne à entendre l'influence considérable qu'Hawley a pu avoir depuis quelques années sur la Pop (pensez aux Last Shadow Puppets). "My Little Treasures" tient également ses promesses en étant aussi british que somptueusement arrangée.

  Sur "Further", on entend un magnifique mélange entre la profondeur et la densité de Truelove's Gutter et le dépouillement folk mature d'Hollow Meadows. Le délicat songwriting folk de "Not Lonely", et surtout d'"Emilina Says" est également un délice total. Mais il y a quelques petits trucs un peu datés, un peu passés, et surtout un poil moins intense, moins urgent, dans ces morceaux qui parfois ont un côté légèrement viellot sur certains aspects et peuvent même être anecdotiques ("Midnight Train") ou déjà entendus ("Doors").


Richard Hawley - Emilina Says (2019)

  C'est probablement le disque le moins inspiré de Hawley, celui avec le moins d'enjeux et d'ambition. Là où Hollow Meadows avait une direction artistique claire prenant le parti de tirer le meilleur de l'expérience de Hawley, ce disque part un peu dans tous les sens et se lance sur des pistes maintes fois explorées par lui-même et par d'autres avec davantage de vie et d'urgence, sans bénéficier de la grâce de l'âge, ceci étant dû également à une interprétation notamment vocale un peu en retrait et à quelques grosses ficelles dans les arrangements, qui même s'ils sont bien au-dessus de la moyenne, sonnent moins fins que dans ses autres disques à lui.

  Ceci dit, tous ces morceaux sont bien écrits, bien captés, bien enrobés, et l'écoute de ce disque est un réel plaisir, surtout lorsqu'on apprécie l'oeuvre de ce grand artiste. Et il n'y a rien de mal à sortir un disque un peu moins "important" de temps en temps, ça fait partie du processus créatif. J'y reviendrai moins que les autres, mais j'y reviendrai avec plaisir, et je vous encourage à découvrir ce disque, et à travers lui la discographie du monsieur si son nom ne vous dit rien, car il est capable de très, très grandes choses.

Mes morceaux préférés : Further, Emilina Says, Alone

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Alex



mercredi 10 juillet 2019

Beast Coast - Escape From New York (2019)


  Beast Coast est un supergroupe, un collectif hip-hop new-yorkais regroupant des artistes de Pro Era (le crew de Joey Badass) ainsi que deux groupes de "Flatbush" (Brooklyn) : le très bon duo The Underachievers et le trio génial des Flatbush Zombies (Meechy Darko, Zombie Juice et Erick "The Architect" Elliott), auteurs d'un classique du rap contemporain il y a quelques années avec 3001 : A Laced Odyssey.

  Et ce disque est une tuerie. A la façon des classiques du Wu-Tang, cet album voit les MC se surpasser les uns après les autres au sein d'un posse cut sans fin, leurs tours de passe-passe ininterrompus, posés sur des beats minimalistes mais créatifs et impeccables, sont un délice permanent. Etant particulièrement familier avec les timbres des Flatbush Zombies et les prods de The Architect, ainsi qu'en regardant les crédits, j'ai l'impression qu'ils ont un rôle particulièrement important dans la réussite de ce projet, qu'ils en sont le liant, mais en vérité il n'y a pas une intervention qui soit en-dessous.

Beast Coast - Left Hand (Clip, 2019)

  Il est dur de parler des morceaux individuellement, "It Ain't Easy, It Ain't Easy" ouvre bien le disque en tabassant bien comme il faut, juste avant que "Left Hand" ne monte la pression d'un coup, avec son beat mélancolique et tendu à la fois, support à une succession d'interventions virtuoses techniquement et accrocheuses musicalement, qui mérite à elle seule l'inscription de l'album dans les annales du rap. Le truc le plus dingue dans tout ça, c'est que l'intense et vigoureuse "Rubberband" et l'hypnotisante "Bones" sont aussi bonnes que ce putain de banger.

  Le style de prod des FZ associé à cette effervescence des flows fait également des merveilles sur la nostalgique "Problemz", la rugueuse "Desperado", ou les créatives "Coast/Clear" et "Snow In The Stadium" qui confrontent l'esprit côte Est du groupe et la pop post-trap et post-Drake qui domine les charts depuis quelques années.

Beast Coast - Rubberband (2019)

  Mais le disque est loin d'être monolithique, et on se surprend à penser à un esprit West Coast (qui a dit Ice Cube ?) et à J Cole sur l'ensoleillée et douce-amère "Far Away" au refrain quasi rnb. D'ailleurs, des morceaux comme "Distance", "Last Choir" ou "One More Round" font penser à ce que Joey Badass a fait de plus réussi sur son dernier album solo (pop-rap ensoleillée, gorgée de rnb, aux accents de blockbuster estival), mais en encore mieux. Toujours dans une démarche un peu différente, "Puke" est un OVNI, pas si loin de la pop expérimentale emplie d'électronique et de noirceur que pratiquaient quelques groupes de rock indé des années 90.

  En clair, ce disque est une petite bombe. Ca kicke sale sur des instrus minimalistes mais subtiles, riches, aussi urgentes que mélancoliques. Que demander de plus ?

Mes morceaux préférés : Rubberband, Bones, Left Hand, Far Away, Distance

Ecouter sur Spotify ou Deezer

Alex


lundi 8 juillet 2019

Kim Petras - Clarity (2019)


  Kim Petras devrait être une immense popstar. Tous ses morceaux sont au moins aussi accrocheurs que tous les trucs qui trustent le haut des classements, et ils sont composés et exécutés avec mille fois plus de bon goût que 99% de la concurrence. Clarity est son premier album, et c'est une succession sans fin de bangers.

  On démarre très fort avec la trap-pop post-EDM de "Clarity", morceau ultra-efficace qui file à toute allure et ne perd pas une seconde en chemin. Dans le genre, "Broken" et "All I Do Is Cry" sont également de petites perfections pop. On entend pas mal de choses là dedans, entre Post Malone, emo-trap façon Lil Peep, grosse pop mainstream... 

  "Icy" pique intelligemment quelques bonnes idées de production à la BO de Black Panther et les mélodies vocales sont tellement bien écrites qu'on imagine facilement The Weeknd la chanter. Autre inspiration géniale, "Music Sounds Better With You", le tube French Touch récemment réédité de Stardust, est pompé et détourné pour composer la tuerie absolue "Sweet Spot", tube lubrique qui donnerait envie de danser à à peu près n'importe qui. Autre gros morceau entre synthpop eighties et Eurodance voire EDM, "Do Me" a ce parfum d'hymne de club d'il y a 15 ans.

  On a également de la grosse électro-pop gorgée de rnb ("Got My Number", "Another One" seul morceau un peu en-dessous avec le trop putassier "Shinin'"), une version un peu plus industrielle et glam qui tabasse bien et sonne pas mal comme son EP de French Touch sorti à Halloween dernier ("Personal Hell"), et même une trap pop ludique ("Blow It All"), parfois timbrée et un peu psyché, comme si Pi'erre Bourne composait pour des popstars ("Meet The Parents").

  Bref, si tous les gros vendeurs qui font à peu près la même musique faisaient de l'aussi bonne Pop que Petras, on aurait moins besoin de changer de station radio. 

Mes morceaux préférés : Clarity, Broken, All I Do Is Cry, Icy, Sweet Spot

A écouter sur Deezer ou Spotify

Alex


vendredi 5 juillet 2019

Thom Yorke - ANIMA (2019)


  Bon, cette chronique va être rapide. Parce que l'album est excellent et qu'il n'y a pas grand chose à en dire. Thom Yorke, pour ceux qui ne remettent pas, c'est la voix de Radiohead. Et il a déjà fait des merveilles en solo (The Eraser) et avec d'autres gens (Atoms For Peace), autant dire que les amateurs sont exigeants avec lui à chaque fois. Et malgré toutes ces attentes, ce disque est une totale réussite.

  Une musique de club froide, très anglaise, façon SBTRKT en plus polaire, ou James Blake sans le côté soul, ouvre le bal sur la géniale "Traffic", qui procure presque les mêmes frissons que "15 Steps" en ouverture du génial In Rainbow, qui date déjà (12 ans!). L'album enchaîne ensuite avec maestria les drones dystopiques, industriels et planants, majestueux comme la BO de Blade Runner ("Last I Heard (...He Was Circling The Drain)", "The Axe"), les morceaux d'électro-pop de clubs déviants ("Twist", "Not The News"), les ballades pop désabusées ("Dawn Chorus") et les morceaux tout aussi cérébraux mais plus funky ("I Am A Very Rude Person", "Impossible Knots", "Runwayaway").

Rien à rajouter, foncez l'écouter !

Sur Deezer ou Spotify

Alex