Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes

dimanche 16 septembre 2018

Le Bilan de l'été 2018


  Je vous livre en retard un bilan court, qui remplace les Tops du Mois pour cet été, en attendant je l'espère un Bilan de la rentrée plus conséquent !

BILAN ALBUMS :

On a adoré :


The Internet - Hive Mind
USA
Nu-Soul, Pop, Rnb, Hip-Hop, Soul, Funk, Psychédélisme, Jazz, Electrofunk
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     Après de nombreuses aventures solo leur ayant permis d'étendre leur palette musicale tout en gardant une certaine cohésion (ce "Hive Mind"), The Internet s'est donc réuni pour donner une suite à leur discographie. Le groupe y sonne comme une entité unique et riche, à la fois ultra moderne (tous ses membres étant demandés par les plus grands) et intemporel, sachant mêler les styles, les influences et les instruments pour en faire leur sauce. Chaque morceau possède un univers sonore unique, un groove et une mélodie immédiatement identifiables. Et surtout, la somme des talents d'interprétation des instrumentistes et chanteurs.euses donnent vie à une myriade d'idées, de la composition à la production en passant par les arrangements, faisant de ce disque un grands album pop. 
Mes morceaux préférés : Come Together, La Di Da, Roll (Burbank Funk), Look What You Started, Stay the Night, Wanna Be


Future - BEASTMODE 2
USA
Rap, Hip-Hop/Rnb, Mumble Rap/Trap, Pop, Electro-Pop Jazz, Blues
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  Ce qui s'annonçait comme une petite mixtape sans grandes ambitions se révèle être une oeuvre majeure de Future, à la hauteur de ses meilleurs disques, sans doute au-dessus du premier BEASTMODE (2015). Profitant d'un instinct pop intact et de la virtuosité de Zaythoven au piano, Future accouche d'un disque tirant le meilleur parti de sa concision (9 titres seulement, une bénédiction pour un disque de rap mainstream) et de la diversité des ambiances sonores abordées au sein d'un projet par ailleurs cohérent thématiquement, à l'instar d'EVOL (2016). Bref, c'est un magnifique disque.
Les meilleurs morceaux : WIFI LIT, RACKS BLUE, RED LIGHT, WHEN I THINK ABOUT IT
A écouter sur Spotify, Youtube et Deezer

Thee Oh Sees - Smote Reverser
USA
Rock Progressif, Psychédélisme, Krautrock, Garage, Hard Rock, Pop, Folk, Punk, Blues, Soul-Funk
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  Cet album est (encore) une éclatante réussite artistique pour Dwyer, un autre très, très bon album qui fait honneur à une discographie gargantuesque et qualitativement impressionnante. Les influences venues du garage, du hard et du psychédélisme se mêlent à merveille à une pop-folk nocturne volontiers accompagnée de touches électroniques et glam rock, assaisonnée de soul, de blues et de funk, dans un mélange rendu cohérent par une approche inclusive des différents genres musicaux venue du rock progressif et du krautrock, les deux genres qui forment la matrice de cet album. A écouter absolument.
Mes morceaux préférés : Sentient Oona, C, Beast Quest, Moon Bog, Last Piece
Lien Spotify / Lien Deezer 


Travis Scott - Astroworld
USA
Hip-Hop/Rap, Trap, Pop, Mumble Rap, Psychédélisme, Rnb, Electronique, Rock, Soul
  Un album renversant par son ambition, son ampleur sonore et sa luxuriance (avec un nombre d'invités record), ce disque qui donne le tournis mise tout sur une production impeccable qui aboutit à un grand disque malheureusement un poil terni par un dernier tiers moins inspiré pas à la hauteur de l'uppercut du début de l'album. Néanmoins, on a là quelques-uns des plus bons morceaux de l'intriguant Travis Scott, qui poursuit sa voie assez unique dans la pop avec un magnétisme et une volonté d'expérimentation intacte.
Mes morceaux préférés : Stargazing, Carousel, Sicko Mode, R.I.P Screw, Stop Trying To Be God, Skeletons, 5%TINT, Astrothunder
Lien Spotify / Lien Deezer




The Carters - Everything Is Love
USA
Hip-Hop/Rap, Pop, Mumble Rap, Rnb, Soul/Funk/Gospel, Trap
  Cet album aux ambitions artistiques relativement modestes si on les compare à la comm entourant sa sortie s'en sort pourtant très bien, avec quelques instrumentaux magnifiques ("SUMMER"), une Beyoncé qui se lâche un peu plus que d'habitude et un Jay-Z au sommet de sa forme, capable de raps épiques comme à l'époque du Black Album (sur "BLACK EFFECT" par exemple). Finalement, une très bonne surprise, un album solide et fun. 
Mes morceaux préférés : SUMMER, APESHIT, BOSS, NICE, 713, HEARD ABOUT US, BLACK EFFECT
Lien Spotify / Lien Deezer


Mac Miller - Swimming
USA
Hip-Hop/Rap, Pop, Soul/Funk, Nu-Soul, Psychédélisme, Rnb
  Ce disque a pris une teinte plus sombre depuis le décès tragique de son auteur par overdose. Je commençais à apprécier Mac Miller, le rappeur/chanteur/producteur finalement plus intéressant que ce que je pensais en ayant entendu un single de son précédent album.  Sur cet album, entouré du génie Thundercat, il avait maîtrisé à merveille le funk liquide et psychédélique, descendant en ligne directe de la nu-soul, du P-Funk et de J Dilla, qui a fait le sel des dernières sorties de Flying Lotus, Thundercat, The Internet, mais aussi de MNDSGN ou de To Pimp A Butterfly de Kendrick Lamar. On entend le soin apporté pour donner une personnalité à chaque morceau, et c'est ce qui fait de ce disque une si belle réussite.
Mes morceaux préférés : Come Back To Earth, Hurt Feelings, What's The Use, Perfecto, Self Care, 2009, So It Goes
Liens vers Deezer / Spotify



On a bien aimé :


Freddie Gibbs - Freddie
USA
Hip-Hop/Rap, Trap, Pop, Rnb, Electrofunk
  Cet album oscille entre bounce G-Funk (hommages multiples sur "Death Row" empruntant son lead à Eazy-E et son nom au label de Dre) et trap implacable avec un petit côté Future voire un peu d'inspiration grime dans son flow ("Set Set"). Lorsque c'est réussi, comme sur les quelques morceaux listés ci-dessous, ça défonce, dommage que le reste soit un peu en pilotage automatique car on aurait eu un incroyable EP avec ces quelques tracs facassantes. 
Mes morceaux préférés : Weight, Death Row, Triple Threat, FBC
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YG - Stay Dangerous
USA
Hip-Hop/Rap, Pop, Rnb, Electrofunk, Trap
  On tient là un rappeur capable du meilleur (les deux derniers albums de YG sont des chef-d'oeuvres du genre, parmi les meilleurs de la décennie), mais dans une position paradoxale : ici, pas d'ambition, juste des gros bangers produits par son comparse des débuts, DJ Mustard. Et en appliquant de vieilles recettes, on tombe un peu dans l'écueil de l'album "efficace mais peu inspiré, un peu en pilotage automatique". Ça n'est jamais mauvais, mais c'est rarement brillant. Pas très grave, mais un poil décevant. Restent une poignée de singles simples mais jouissifs, et quelques morceaux plus profonds, presque miraculeux, semblant échappés de Still Brazy, étrangement placés plutôt en fin d'album. Et c'est déjà bien pour cet album de transition, qui s'apprécie comme une bonne compile d'inédits destinée aux initiés.
Mes morceaux préférés : 10TIMES, HANDGUN, TOO COCKY, BIG BANK, POWER, TOO BRAZY, PUSSY MONEY FAME, DEEPER THAN RAP, BOMPTOWN FINEST
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Drake - Scorpion
Canada
Hip-Hop/Rap, Pop, Rnb, Electropop, Trap
  Contenant quelques bons morceaux, cet album est cependant le pire du Drake post-Take Care. Etirant la durée d'écoute sans le construire en fonction de cette longueur, et préférant le saturer de morceaux moyens plutôt que de trancher, il joue avec la patience de l'auditeur et perd à tous les coups. Drake arrive même à juxtaposer des morceaux de façon moins cohérente que sur sa mixtape internationale de l'an dernier, More Life. Malgré tout ça, il est entouré de tant de talent, notamment dans la production, que ce disque reste attachant grâce à ses bon morceaux, certes un peu planqués dans la masse mais bien présents. Entre le mauvais goût présent sur certains bons morceaux (mettre un vocal inédit réanimé façon Simetierre de Michael Jackson par exemple), et bonnes idées de prod sur des morceaux plus faibles, on s'y retrouve quand même, plutôt en écoutant le disque comme une compilation, piochant un morceau de temps en temps. Pour ne pas gâcher le talent de ses producteurs, un peu de vision artistique ne serait pas de trop la prochaine fois, même si apparemment ça ne gêne pas le commerce.  
Mes morceaux préférés : Survival, Nonstop, Elevate, Emotionless, God's Plan, Summer Games, Peak, Nice For What, Don't Matter To Me
Lien Spotify / Lien Deezer

Nicki Minaj - Queen
USA
Hip-Hop/Rap, Pop, Rnb, Electropop, Mumble Rap/Trap
  La sortie de cet album s'est accompagnée de pas mal de drama, dont Nicki Minaj est en partie responsable (ces actions étant néanmoins poussées par le racisme et la misogynie du milieu quand même) ne rendant pas forcément justice à sa qualité. En effet, que ce soit dans un style plus pop ou plus rap (pas d'EDM dieu merci !), c'est probablement son LP le plus abouti à ce jour. Le chant est touchant, les raps incisifs, bien écrits, scandés avec un flow élastique dans lequel on entend un sens du fun assez old school, notamment lorsqu'elle détourne Notorious BIG sur "Barbie Dreams". Mais même dans un style plus moderne et incisif, à la limite de l'atonalité, influencé par la trap, elle impressionne par son rap sans pitié plus que jouissif, aboutissant à des morceaux blockbuster comme "Hard White" ou "Chun-Li". Les morceaux les moins réussis étant souvent les plus commerciaux, et particulièrement les collaborations avec de gros noms, on se prend à rêver d'un album concis, rempli de ces morceaux plus resserrés, débarrassés de l'excès, alignant raps acerbes et refrains pop à la fragilité émotionnelle évidente. Même si c'est encore un peu dilué, on s'en rapproche en tous cas.
Mes morceaux préférés : Ganja Burn, Barbie Dreams, Hard White, Chun Swae, Chun-Li, Miami, Coco Chanel
Lien Spotify / Lien Deezer


Alex






mardi 4 septembre 2018

Frankie Laine - Rawhide (Chanson, 1958)


  Après "Fool's Rush In" (1940), parlons d'un autre vieux classique et de ses reprises, mais ce coup-ci on en prend un légèrement moins connu. Générique d'une série western, "Rawhide" de Frankie Laine (1958) a le charme désuet du genre : des vocaux clairs, des tics de production marrants (cette percu façon fouet pleine de reverb, ces cris à la limite du "yee-ha", ces chœurs irréels...), et surtout une mélodie qui se sifflote aisément, le tout sur un rythme country-pop daté mais charmant. Et surtout, cette chanson fête ses 60 ans aujourd'hui, ce qui n'est pas rien. 

  Ci-dessous, le générique de la série, une reprise par Los Corayos (supergroupe formé de Manu Chao et son frère, Alain Wampas, Schultz, Hadji-Lazzaro...) et par les Blues Brothers :

Rawhide Opening Theme

La reprise de Los Corayos en live (1988)

La reprise des Blues Brothers (1980)

Alex



vendredi 31 août 2018

"Fool's Rush In" : de Sinatra à Disclosure

Tommy Dorsey, Frank Sinatra - Fools Rush In (1940)

  "Fools Rush In" est un morceau écrit par Johnny Mercer et composé par Rube Bloom en 1940. Son interprétation l'année même par l'orchestre du tromboniste Tommy Dorsey, chantée par un tout jeune Frank Sinatra, ainsi  que la version de Billy Eckstine feront connaître cette chanson mélancolique, à la mélodie mémorable et aux paroles marquantes avançant un angle original à l'éternel motif de l'amour fou ("fools rush in where angels fear to tread" - les fous se précipitent là où les anges n'osent pas s'aventurer). 

Billy Eckstine - Fools Rush in (1940)

  Le morceau prend petit à petit sa place parmi les classiques de la pop américaine, étant régulièrement repris au fil des années, par des jazzmen comme Glenn MillerStan Getz en 1952 ou Zoot Sims en 1956, ou par des chanteuses de variété/pop comme Jo Stafford (1953) ou Peggy Lee.


La versio de Stan Getz

Zoot Sims - Fools Rush in (1956)

  A partir des années 60, c'est l'explosion. Julie London en donne deux versions sensuelles et chic en 56 puis 64, Etta James dynamise le morceau et lui donne une nouvelle ampleur soul, Brenda Lee en fait un morceau country/pop, Dean Martin croone langoureusement le long de ses notes délicates, et Ricky Martin en fait un hit (1963).

La version de Julie London

La version d'Etta James (1962)

La version de Ricky Nelson (1963)

  Le morceau est vite devenu un classique incontournable, repris aussi bien par Elvis Presley, Johnny HartmanUB-40, She&Him, il est même présent dans la BO de Marie-Antoinette de Sofia Coppola. Cette chanson intemporelle a donc fini par devenir immortelle, ressortant régulièrement avec un nouvel habillage, sa douce mélodie et son thème inusable s'adaptant à tous les styles et toutes les modes, de la soul/pop orchestrale du très jeune Frankie Lymon jusqu'au funk 80's (cf la version de Bow Wow Wow).

La version d'Elvis, quand même

La version de Frankie Lymon


La version de Bow Wow Wow (1982)

  Mais si je vous parle de cette chanson, c'est en partie grâce à la version de 1961 du groupe de doowop/jazz vocal The Four Freshmen, sans aucun doute une des plus belle. J'ai un petit à la mélodie entêtante, d'ailleurs on n'a pas de mal à entendre dans ce morceau ce que les Beach Boys piqueront à ce style musical en termes de perfection vocale. 

La très belle version des Four Freshmen (1961)

  Mais si j'en suis venu à écouter cette version, c'est grâce à une série de singles que le duo d'électronique anglais Disclosure vient de sortir afin de rendre hommage à leurs influences musicales. Un des morceaux, nommé "Where Angels Fear To Tread", se base sur un sample de la version des Four Freshmen de "Fool's Rush In", et c'est une petite pépite du genre. Laissant les harmonies vocales angéliques du groupe porter l'émotion, les british se contentent d'en souligner la beauté avec un beat simple, catchy mais discret, une basse subtile qui élève agréablement l'ensemble et quelques synthés et effets sublimant le tout sans en faire des caisses. Un monument de bon goût, qui a tourné en boucle dans mes écouteurs depuis sa sortie et que je vous invite fortement à découvrir ci-dessous :

Disclosure - Where Angels Fear To Tread (2018)

  Cet article illustre en tous cas bien la beauté de la découverte musicale. Sur un coup de cœur, en remontant le long des samples, reprises ou influences, on tombe sur des merveilles absolues, et c'est ce que je voulais partager avec vous aujourd'hui.

Bonnes écoutes !

Alex



mardi 28 août 2018

Thee Oh Sees - Smote Reverser (2018)


  On ne compte plus les sorties ni les grands albums pour Thee Oh Sees, le groupe phare du génial et prolifique John Dwyer. Mais une chose est sûre, ce Smote Reverser fait partie de mes oeuvres préférées du groupe mythique. Sachant réinterpréter la mythologie rock à sa sauce, le groupe utilise une science du rythme et du son venue tout droit du krautrock de Can pour osciller entre mélodie mystérieuse et sensible et explosions rock, le tout sur un groove funky hypnotisant (la magnifique "Sentient Oona", un très grand morceau rock). On pense à un croisement entre Syd Barrett et T.Rex joué par King Gizzard sur la très accrocheuse "C", nourrie à une soul sudiste d'une chaleur marécageuse. Les pop songs nocturnes sont en effet un point fort de ce disque et du groupe en général, surtout lorsqu'elles sont assaisonnées de soli de guitare blues-rock comme sur la superbe "Moon Bog".

Thee Oh Sees - C (2018)

  Les carillons de la guitare psyché de "Last Piece" émulent la fin des 60's, entre Byrds, Velvet et Who, en ajoutant à ce son une gravité propre au rock des années 90 avant de partir en explosion néo-prog quelque part entre le Genesis des débuts et Yes. Le rock psychédélique et plombé de "Enrique El Cobrador" évoque aussi bien les Black Angels que le groove électro-rock de son autre projet sous le nom Damaged Bug pour les mélodies vocales froides et obsédantes (ainsi que pour les synthés, comme sur la très belle "Beat Quest" aux arrangements presque Gainsbourgiens avant de virer prog)

  L'album fait également très bon usage d'un son rock californien décadent, nourri de cavalcades rythmiques funk, d'orgue acide et de guitares scintillantes (cf l'impressionante démonstration "Overthrown" aux accélérations punk presque hardcore, et le plus subtil "Nail House Needle Boys" au groove bluesy), façon BO de la série Californication. Le côté hard rock est parfois esquissé, et entre deux cavalcades de guitare façon King Crimson, on se prend à penser au MC5 ou à Black Sabbath, ainsi qu'à des groupes plus récents comme les urgents Lords of Altamont ("Abysmal Urn"), et les envolées façon Hawkwind ou Camel de "Flies Bump Against the Glass" nous feraient presque classer ce disque au rayon rock progressif (ainsi que sa pochette, quoiqu'elle aurait fait bonne figure sur un disque métal).

Thee Oh Sees - Overthrown (2018)

  Le krautrock expérimental et funky de Can est également l'influence principale de la longue jam "Anthemic Aggressor", un poil démonstrative au long de ces 12'13" mais jamais à court d'idées. 

  C'est donc encore une éclatante réussite artistique pour Dwyer, un autre très, très bon album qui fait honneur à une discographie gargantuesque et qualitativement impressionnante. Les influences venues du garage, du hard et du psychédélisme se mêlent à merveille à une pop-folk nocturne volontiers accompagnée de touches électroniques et glam rock, assaisonnée de soul, de blues et de funk, dans un mélange rendu cohérent par une approche inclusive des différents genres musicaux venue du rock progressif et du krautrock, les deux genres qui forment la matrice de cet album. A écouter absolument.


Alex


dimanche 26 août 2018

Future - BEASTMODE 2 (2018)


  Le king du mumble rap revient avec cette suite à sa tape de 2015 BEASTMODE (produite par Zaythoven), son projet le plus sérieux depuis le diptyque FUTURE/HNDRXX (2017). L'hyperactif s'était entre temps fendu d'un album collaboratif avec Young Thug et de la BO du remake de Superfly, ces deux projets étant sympathiques mais pas indispensables non plus. La première tape du nom, celle de 2015, avait une certaine sensibilité pop (cf des morceaux comme "No Basic", "Where I Came From", "Just Like Bruddas" ou "Peacoat"), utilisant la virtuosité au piano de Zaythoven et les textures synthétiques quasi électro-pop et parfois à la limite de la pop japonaise, avec un petit côté BO jeux vidéos ("Lay Up", "Forever Eva") comme écrin à un rap mélodique et expressif. Sa suite, elle aussi signée par Zay et teasée depuis 2016, continue donc dans cette même lancée, et "WIFI LIT" démarre les hostilités en terrain connu, c'est à dire une charmante électro-pop vaguement orientalisante ponctuée de sons synthétiques et d'un piano printanier, portée par le flow entêtant d'un Future aux instincts mélodiques intacts. La seule différence, c'est la maturité musicale acquise en trois ans, qui s'entend surtout grâce à un mix plus aéré, mettant davantage en avant ses éléments et gagnant ainsi en relief. 

La mixtape complète, sur youtube

  Le côté mélancolique, chill de morceaux comme la quasi comptine "CUDDLE MY WRIST", traversées de parties de piano entre jazz soft et blues, ajoute à ce côté mature, un poil nostalgique, pensif et posé. Des fulgurances mélodiques au piano et dans le flow de Future, toujours assisté par son autotune magique, transcendent des morceaux comme le magnifique "RACKS BLUE", un morceau très expressif et touchant. On approche presque le somme "Codeine Crazy" sur ce dernier, ainsi que sur "RED LIGHT", où le duo a eu la bonne idée de mettre le piano et quelques cordes en avant, donnant un aperçu de ce qu'aurait pu donner un album de rap moderne produit par Chilly Gonzales (en espérant qu'un rappeur réponde à ses appels du pied). On n'est pas si loin d'un style adult contemporary influencé par le jazz des cocktails et des piano bars, méritant l'appellation de post-Katrina blues apposée à la musique chantée-rappée depuis Lil Wayne.

  Dans un style tout aussi touchant, mais plus proche de l'électro-pop de groupes comme Passion Pit musicalement, Future est déchirant sur "WHEN I THINK ABOUT IT". Zaythoven s'y surpasse également au piano, aboutissant à un grand morceau. "HATE THE REAL ME" utilise des synthés qui sonnaient déjà too much dans les 80's comme sur Pluto, qui avait fait décoller Future en 2012, ou sur des morceaux plus récents comme la géniale "Lie To Me", présente sur le très cool EVOL (2016). Et elle les utilise là encore à des fins plus adultes et matures que jamais, avec un côté auto-référentiel très intéressant, tant pour souligner le temps passé depuis ces marqueurs de sa carrière (et donc de sa vie), y invitant une distance critique, une complicité malicieuse et bienveillante avec l'auditeur l'ayant suivi depuis, et un certain sens de la continuité. 

Zaythoven (à gauche) et Future (à droite)

  Même des morceaux plus classiquement trap profitent de cette ambiance pop et de ce feeling émouvant, comme "31 DAYS", sur laquelle le flow de Nayvadius se fait aussi agile et instinctif que celui de Young Thug. L'influence de ce dernier est également présente sur la très pop "SOME MORE", à l'aspect comptine dopée aux basses trap faisant également penser à Lil Yachty. Pour autant, le fun et le rythme n'ont pas disparu, comme sur "DOH DOH", qui utilise avec malice un pattern proche du thème de James Bond pour déballer des onomatopées régressives et le flow sudiste de Young Scooter (qui fait furieusement penser à un croisement entre T.I. et YG ici). 

  Ce qui s'annonçait comme une petite mixtape sans grandes ambitions se révèle être une oeuvre majeure de Future, à la hauteur de ses meilleurs disques, sans doute au-dessus du premier BEASTMODE (2015). Profitant d'un instinct pop intact et de la virtuosité de Zaythoven au piano, Future accouche d'un disque tirant le meilleur parti de sa concision (9 titres seulement, une bénédiction pour un disque de rap mainstream) et de la diversité des ambiances sonores abordées au sein d'un projet par ailleurs cohérent thématiquement, à l'instar d'EVOL (2016). Bref, c'est un magnifique disque.

A écouter sur Spotify et Deezer



Alex


vendredi 24 août 2018

The Internet - Hive Mind (2018)


  Depuis le très bon Ego Death en 2015, The Internet a perdu son claviériste Jameel Bruner, mais chaque membre restant en a profité pour sortir au moins un album solo en 2017 tout en restant fidèle à son groupe. La chanteuse Syd a sorti l'excellent Fin, le génial claviériste Matt Martians l'excellent The Drum Chord Theory, tout comme le batteur Christopher Smith qui a sorti le très cool Loud  sous le nom C&T, et le bassiste Patrick Paige II a sorti plus récemment Letters Of Irrelevance (2018). Mais si la chanteuse Syd est devenue une star grâce à son album et à quelques collaborations bien senties, c'est Steve Lacy, le guitariste et multi-instrumentiste (batterie, claviers, basse) qui a pris une place énorme dans le paysage Pop, avec son EP solo Steve Lacy's Demo d'abord, puis en collaborant avec tout ce que la scène musicale à l'intersection de la pop/rock, du rap/rnb, et de la soul/funk a fait de plus intéressant (Ravyn Lenae, Tyler The Creator, Kali Uchis, Kendrick Lamar, Goldlink...). Il s'impose comme un des producteurs/musiciens les plus talentueux et les plus demandés de son époque. 

  Après toutes ces aventures leur ayant permis d'étendre leur palette musicale tout en gardant une certaine cohésion (ils ont tous joué sur les disques de leurs collègues), le groupe s'est donc réuni pour donner une suite à leur discographie, avec en tête une organisation un peu moins fixe, chacun étant libre d'apporter des idées à la composition et à la production, le chant étant également davantage assumé à tour de rôle. Le groupe sonne comme une entité unique et riche, sonnant à la fois ultra moderne (tous ses membres étant demandés par les plus grands) et intemporel, sachant mêler les styles, les influences et les instruments pour en faire leur sauce. 

The Internet - Roll (Burbank Funk) (Clip, 2018)

  L'introductive "Come Together" démontre tout leur talent, entre funk humide, rnb mélodique et sensuel, et néo-jazz au psychédélisme tranquille, assez proche d'artistes comme Thundercat, dans la droite ligne de génies nu-soul comme D'Angelo et Erykah Badu. Les tempos et les ambiances se succèdent sans se ressembler, et les morceaux se font funky et rythmés comme sur "Look What You Started" ou le génial single "Roll (Burbank Funk)" au léger parfum house 90's. Parfois, ils prennent une teinte plus sensuelle voire érotique comme la très douce ballade "Stay The Night" et sa guitare mélancolique, ou "Come Over" dominée vocalement par Syd et sublimée par des petites piques de guitare portant la signature de Steve Lacy. D'autres morceaux, comme "Mood", It Gets Better (With Time)" ou "La Di Da", sont un peu la synthèse heureuse de tout ce que je viens d'évoquer, ce qui illustre la cohérence stylistique parfaite de cet album. N'oublions par de mentionner les lignes de basse, souvent monstrueusement réussies, qui aident grandement à structurer le disque aux côtés de la science du beat du batteur et des programmateurs. 

The Internet - Come Over (Clip, 2018)

  Chaque morceau possède un univers sonore unique, un groove et une mélodie immédiatement identifiables. La caisse claire surdimensionnée de "Bravo", le beatbox post-Timbaland de "Next Time / Humble Pie" qui a la bonne idée de changer de beat en plein milieu pour virer soul futuriste façon Janelle Monaé. Le classicisme côtoie l'audace, comme lorsque le beat entre Motown et J Dilla de "Wanna Be", par ailleurs écrin magnifique pour les orfèvreries guitaristiques de Lacy et le chant divin de Syd, donne suite au groove post-Stevie Wonder de "Beat Goes On" qui finit quelque part entre du jazz et de la jungle rythmiquement. De même, les éléments qui composent "Hold On", pris séparément, sont somme tout assez classiques, mais leur agencement, haché mais fluide, jouant avec la stéréo avec malice, charme autant qu'il désarçonne et donne un côté alien, futuriste au morceau. Dans chacune de ces chansons, il y a le talent d'interprétation des instrumentistes et chanteurs.euses mais il y a surtout une myriade d'idées, de la composition à la production en passant par les arrangements. Le genre de bonnes idées qui font la différence, et qui sont la marque des grands albums pop.

The Internet - La Di Da (Clip, 2018)

  Je recommande donc plus que chaudement l'écoute de ce petit chef-d'oeuvre estival. Chacun des musiciens se démarque nettement, apporte sa pierre à l'ensemble de façon audible mais toujours au service du collectif, donnant un résultat cohérent et fluide (ce "Hive Mind" donnant son nom au disque). Sachant se mettre en retrait, ils donnent également un côté aéré à ces morceaux qui gardent une subtilité et une grâce rare. A écouter absolument !


Alex


mercredi 22 août 2018

Les Chansons de l'été : Let's Eat Grandma - Donnie Darko (2018)



  Cet été, on vous fait replonger dans un déluge de chansons estivales sur LPAE. C'est vraiment chouette, c'est une rubrique qu'on fait tous les ans depuis un an, et ça s'appelle tout simplement "Les chansons de l'été", et ça vous permettra de savoir quoi mettre lorsque ce sera à votre tour de lancer un stream pendant le barbecue sur la plage

  On va clore notre rubrique "Les Chansons de l'été", et revenir à nos activités habituelles, avec ce titre. Ne soyez pas tristes, même si la chanson en question fout un peu le bourdon et navigue entre mélancolie exacerbée, hédonisme et une rage quasi adolescente. Ce morceau, c'est "Donnie Darko", pièce de résistance de l'album du duo britannique Let's Eat Grandma. Construit autour d'un pattern de synthés obsédant, le morceau prend en ampleur au fur et à mesure que les guitares rock indé, les synthés et les voix ne s'y superposent, avant de filer vers un climax de pop synthétique et psychédélique fortement marquée par la house qui se déploie ensuite jusqu'à la fin du morceau dans toute sa subtilité et ses nuances, du néo-psychédélisme au rock indé épique post-Arcade Fire en passant par la pop-punk. 

  On y entend à la fois le talent immense et la sensibilité folle des deux filles qui arrivent à passionner sur plus de 11 minutes qui passent très vite, ainsi que leur côté bricoleur, quasi amateur, en tous cas authentique. Elles ont appris à faire de la pop seules, de leur côté, en autarcie, sans personne pour les orienter vers une direction préconçue, et elles ont trouvé avec ce titre leur formule magique et leur style furieusement personnel et radicalement unique. Il en résulte un petit miracle du genre, qui clôt avec brio notre série des titres ayant marqué notre été, et qui prouve que l'amateurisme en pop est une vertu lorsqu'il permet de se construire une identité singulière. 

Alex