Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes

mercredi 7 décembre 2016

Indie Rock 2016 : DIIV - Is The Is Are, Creeping Pink - Mirror Woods & Glass Castle, & Sneaks - Gymnastics



DIIV - Is The Is Are (2016)

  Ca commence par le plus grand des bonheurs post punk avec "Out Of Mind", aussi brumeux que lumineux sous sa vaporeuse couche dream-pop. La pop se fait plus étincelante avec un "Under The Sun" plus Sonic Youth, période Rather Ripped, un "Bent (Roi's Song)" tout aussi mémorable avec ses ambiances à la Cure, et surtout le tubesque "Dopamine", merveilleux single qui synthétise le meilleur de la pop des années 80 à 2000. Ensuite, tout découle à merveille. Sky Ferrera vient faire sa Kim Gordon, on croise les spectres de tout le monde, des Smiths aux Jesus & Mary Chain en passant par les Stone Roses, The Horrors et Joy Division. Mais toutes ces influences sont digérées, et le style est personnel, les émotions bien présentes. L'album est dense, mais tant mieux, on peut s'y perdre, s'y oublier quelques instants précieux, y (re)découvrir à chaque fois un passage, un morceau qui révèle sa timide beauté mélancolique et pleine de rage. 
  
  DIIV a sorti un bel album, essayez le (ici), je vous garantis que ça vaut le détour. C'est un sacré tour de force de sortir un disque pop-rock à guitares aussi fort en 2016, sans paraître redondant à outrance, et le pari est largement gagné ici pour moi.





Creeping Pink - Mirror Woods (2016)

  La pop rock lo-fi et bricolée de Creeping Pink (signé sur Castle Face), vaut vraiment, vraiment le détour. Elle se situe quelque part entre électronique bidouillée, ambient rêveuse, pop brillamment allumée digne d'Eno et de Barrett (écoutez les brillantes "Sour Fuit" et "Bacavan Blues", à la croisée entre les deux), et collègues du label (le psyché vaporeux des Oh Sees en période folk et l'électro-psyché de Damaged Bug, cf "Mirror Woods"). Dwyer, des Oh Sees et patron du label, cite aussi Silver Apples,  United States Of America et Arthur Russell, mixés avec une ambition très pop. Et c'est vrai qu'il y a un peu de tout ça en même temps dans des chansons aussi marquantes que "Come Into My World"

  Parfois, on dirait carrément que Creeping Pink veut écrire la suite du Before And After Science d'Eno, comme sur "By This River Again" (non, ce titre, ce chant et cette musique ne sont pas une coïncidence, cf le "By This River" de Brian). L'influence du flamboyant ex-Roxy se ressent également sur "Peaches". La fin de l'album, plus expérimentale, électro et ambient, plane très haut, et c'est très beau. 

  Bref, ce disque (sorti en janvier), est un petit bijou dont on n'a pas assez parlé cette année, alors pour réparer cette immense injustice, je vous propose un petit lien vers leur bandcamp pour écouter et pourquoi pas acheter cet album fou.





Creeping Pink - Glass Castle (2016)
  
  Mais ce Mirror Woods n'est pas la seule merveille publiée par Creeping Pink cette année, puisque Glass Castle, sorti en octobre, est tout aussi bon. Avec toujours le patronage de Eno ("Games", "Cold Grass"), mais un mélange encore plus abouti entre leur pop psyché mélancolique et l'électronique. On penserait presque à Panda Bear tellement le mélange est réussi et sonne organique ("Fire On The River", "Welcome To The Dream"...). Ou à Ariel Pink quand le tempo motorik s'acoquine avec la synthpop sur "Strange Today". En parlant d'allemands, Can et les premiers Kraftwerk ne sont jamais loin... Et, de l'autre côté du spectre, la pop se fait de plus en plus lumineuse, le chant est plus assuré, et c'est logique : il est désemparant de beauté, d'une évidence pop aussi pure qu'universelle ("The Country Has Not Changed")

  Vous l'aurez compris, ce disque est au moins aussi bon que son prédécesseur  La surprise en moins, mais une maîtrise encore plus affirmée à la fois de l'électronique et de la pop. Je vous remets un petit lien bandcamp et je vous souhaite une écoute qui de toutes façons sera forcément bonne.







Sneaks - Gymnastics (2016)

  Pour du post-punk qui tabasse sec et sans fioritures, faites confiance à Sneaks. Une basse bondissante, une boîte à rythme métronomique et un chant féminin froide et déterminé (voire une guitare, mais c'est presque superflu), pour une à deux minutes par chanson grand max, il n'en faut pas plus pour faire un très bon disque. 
  Accessible en plus, des titres comme "Tough Luck", "New Taste", "True Killer", "This Is" et "Figure 8" rentrent vite en tête. Avec 13 minutes pour 10 titres, le format est un peu OVNI mais se prête bien à la démarche radicalement minimaliste de la jeune femme. On pense certes à Joy Division / New Order, aux Talking Heads, à Gang Of Four et aux Slits à l'écoute de ce court disque, mais il est tellement personnel et affirmé que ce n'est absolument pas préjudiciable quand à son originalité. 
  Bref, du très bon à écouter ici absolument !

Alex


lundi 5 décembre 2016

Agnes Obel - Citizen Of Glass (2016)



  Remotivé par l'article de Last Stop? This Blog! et un fervent admirateur de la mystérieuse scandinave dans mon entourage, j'ai dû me pencher à nouveau sur ce disque. Et c'était une bonne chose.

"Stretch Your Eyes" commence avec une rythmique pop indé, mais un peu chaloupée. Les influences orientales et les halètements viennent confirmer l'exotisme de la chanson. Le chant rappelle Lana Del Rey, en moins joué. Les cordes aussi. Les claviers obsèdent assez rapidement. Le rythme s'accélère... C'est très cinématographique. Ça me rappelle un peu la B.O. de Her par Arcade Fire.

"Familiar" est plus classique, avec là encore des percussions très 7e art. Les morceaux sont longs (5' et 4' pour le moment), mais ils passent à vitesse grand V. La voix modifiée de la fin, je l'ai pas vue venir, c'est futé. On dirait vraiment un chant masculin. Les cordes plus énergiques sur la fin, bien vu aussi. 

"Red Virgin Soil" creuse un peu plus les rythmiques inhabituelles et les cordes d'on ne sait trop où. Il y a comme une ambiance de cale de bateau. Un truc avec des pirates. Ou des Vikings. Pas besoin de chant, l'ambiance est installée.

"It's Happening Again" est ma favorite. De loin. Ce piano, encore Her, encore Arcade Fire. Ce chant, Lana en mieux. C'est enchanteur. Ca fait depuis Veckatimest de Grizzly Bear que je ne m'étais pas perdu dans ces eaux troubles, dans ces forêts mystérieuses, dans cette musique qui m'évoque le vieux jazz mâtiné de classique du chef-d'oeuvre inaugural Blanche Neige de Walt Disney. Cette voix, appuyée par l'instrumentation, prend des proportions mystiques, mythiques, mythologiques. C'est le chant d'une Déesse, de la Nature elle-même. C'est beau, tout simplement.

"Stone" a la bonne idée de continuer sur la même lancée vocale, mais avec une musique plus terre-à-terre. Comment succéder au divin ? En faisant profil bas, et en faisant bien ce qu'on sait faire. Le pari est rempli, l'album repart.

Il repart vers les cuivres introductifs de "Trojan Horses" (titre mythologique également), son piano de ciné et ses cordes qui le sont tout autant. On est davantage chez Tim Burton là, le bon Burton, pré-Alice. La tension monte. Bon dieu, que quelqu'un l'embauche pour la BO d'un film ! Agnes elle-même ne semble demander que cela.

"Citizen Of Glass" se fait plus minimaliste, plus fragile aussi. C'est beau. Comme un chant elfique (Tolkien maintenant...). Avant les chœurs de nymphes (sirènes?) malicieuses et enchanteresses de "Golden Green" et leur glocken/xylo/clavier qui rend follement accro.

"Grasshopper" nous cueille avec sa mélodie simple et naturaliste, sans voix. Avant que "Mary", d'une conception tout aussi simple, mais avec le délicat chant d'Obel, ne close avec grâce, légèreté et un mystère aussi épais que le brouillard londonien cet album très réussi.

  Je suis conquis, ça y est. L'album d'Obel est un superbe album. Ecoutez-le ici. Ca vous fera du bien.

Alex

samedi 3 décembre 2016

2016, Disco-Funk meets Electro Pop : Bibio - A Mineral Love, Breakbot - Still Waters & Justice - Woman

  Aujourd'hui je vais vous présenter trois disques qu'on pourrait qualifier d'électro-pop, composés avec amour par des artistes curieux et ouverts, dont les influences variées (du disco-funk, au folk jusqu'aux musiques médiévales) emmènent leur musique vers de riches continents sonores mettant en valeur des mélodies fortes, et qui ont le mérite de nous dépayser et de faire voyager au moins temporairement nos esprits loin de la grisaille hivernale. Et de celle de l'actualité de cette années 2016 aussi pourrie pour l'actualité internationale (et les décès d'icônes de la musique) que grandiose musicalement parlant  (merci aux jeunes et aux survivants).



Bibio - A Mineral Love (2016)

  Chez Bibio, ça commence tout doux. Arpèges psyché-folk, choeurs angéliques à la Sufjan Stevens, électronique discrète. Ca fleure bon le home studio, on entend le grain des instruments. Pareil pour "A Mineral Love", funk langoureux avec basse et boîte à rythme lascifs hérités de Sly Stone et claviers French Touch (on pense à la deuxième moitié plus mélancolique et nocturne de Discovery des Daft Punk). C'est mélodique, ça chante comme un croisement entre Ariel Pink et les Bee Gees, c'est parfait. On pensera à nouveau à Sly sur le superbe single "Feeling" tellement funky et surtout tellement bon que c'en est presque douloureux.

  On retrouvera la folk psyché sur l'immaculée "The Way You Talk" (avec les vocaux purs de Gotye), "Wren Tails" et "C'est La Vie", puis agrémentée de claviers et d'une basse soul sur "Raxeira". Ce mélange soul-folk fera des merveilles sur le single "Town & Country", autre chanson mémorable. La rythmique électro de "With The Thought Of Us" propulsant ce drôle de mix avec grâce et aplomb rappelle pourquoi le tripatouilleur pop Bibio est signé chez Warp. Il sera carrément question d'électrofunk avec "Why So Serious" qui rappelle le meilleur des années 80, décennie fertile, mais avec un twist rnb 90s. Dans le même genre, "Gasoline & Mirrors" et "Light Up The Sky" sont moins inspirées, dommage, ce diptyque est le seul point faible d'un album autrement ultra impressionnant. Et la fin de l'album est sauvée par la superbe incartade guitaristique "St Thomas"

  Ce disque, vous l'aurez compris, est d'une beauté éclatante, je vous le recommande fortement (d'ailleurs je vous mets un lien là pour l'écouter), et je ne me lasse pas de me le passer en boucles depuis quelques mois. 





Breakbot - Still Waters (2016)

  Vous connaissez sûrement Breakbot. C'est le petit génie du versant disco/funk de la deuxième vague de la French Touch. Il a pris son temps pour nous concocter cet album, et le moins qu'on puisse dire c'est que ça valait le coup. Sa musique, déjà irrésistible, fort bien composée et avec un son vraiment personnel, a pris une ampleur inattendue. Il serait pas loin de rivaliser avec les tubes les plus accessibles de Metronomy avec des titres comme "Back For More" qui prend le temps nécessaire pour s'envoler, "The Sweetest Romance", "My Toy" et "Turning Around". Mais tous les autres titres sont de potentiels petits tubes, pour peu que vous goûtiez le funk électronique. Seul bémol, pour aller encore plus loin, il devra peut-être se séparer (douloureusement) du chant d'Irfane, qui fait partie de l'identité Breakbot et qui est charmant ici, mais qui commence à montrer un peu ses limites techniques tout au long du LP. D'ailleurs, l'utilisation d'un chant féminin sert vraiment bien les morceaux, et ce sont souvent ces chansons là que je préfère. 

  En définitive, ce disque est donc une petite bombe du genre, à écouter absolument (là par exemple) si vous n'avez pas peur d'un peu de sucre dans votre funk (ou votre pop). 





Justice - Woman (2016)

  Justice nous avait régalé avec un premier album gavé d'une électro-punk rentre dedans, gonflée à la disco et au hard, et assez inédite, suivie d'une épopée électro-rock épique et novatrice. Les deux compères, graphistes à la base, ont depuis gagné en assurance et ça se ressent sur le disque. Tout est très maîtrisé, et la production s'en ressent, c'est vraiment niquel. Mais, ils le savent et Gaspard l'a même dit il y a quelques années, "la technique est l'ennemie du style". Cette maîtrise supplémentaire, cette confiance nouvellement acquise, et les années passant (les gars se sont posés, sont désormais bien trentenaires), ils ne vont évidemment pas faire la même musique qu'à leurs débuts. Tout ça pour dire que cet album est plus chaud, avec un son plus riche, qu'il est plus maîtrisé, mais qu'il manque sans doute de la rage, de l'étincelle, de l'énergie créatrice des deux premiers. 
  Justice reste en terrain balisé et creuse son sillon, c'est une démarche artistique tout à fait respectable, qui a comme toute autre les défauts de ses qualités (et inversement). Elle peut paraître risquée pour un groupe peu technique qui misait beaucoup sur la surprise et la nouveauté, mais elle est assumée et maîtrisée ici.

  L'album est donc un habile patchwork de ce que Justice sait faire de mieux, du disco-funk moite et épique sur "Safe And Sound" et "Alakazam!", de la pop grandiosement gothique sur "Pleasure" et l'épopée "Chorus", de l'électro-pop de blockbuster sur "Stop", "Close Call" et "Love S.O.S", de l'électro-rock sur "Heavy Metal" (entre des arpèges classique et "The Brainwasher" de Daft Punk) et un mix de tout ça en mode tubesque sur "Fire" et l'irrésistible "Randy"
  Le résultat final (à écouter ici) est d'une homogénéité totale, sans moments faibles, et même s'il a perdu l'impact de la surprise et l'énergie punk de la jeunesse, il a gagné en maturité et a su se renouveler par petites touches et approfondir certains aspects de la musique de Justice (on pense à la musique très "film janopais à la Ghibli" et ce petit cliquetis rythmique à la Kraftwerk sur le dernier morceau). L'album est bon, certains morceaux grandioses se vivent comme des films maximalistes, et c'est déjà beaucoup de bonheur à chaque écoute.


Alex


  

jeudi 1 décembre 2016

2016 RétroPop : The Last Shadow Puppets - Everything You've Come To Expect, Andy Shauf - The Party, Those Pretty Wrongs - Those Pretty Wrongs & The Goon Sax - Up To Anything


The Last Shadow Puppets - Everything You've Come To Expect (2016)

  C'est dommage. Ce disque était un peu une arlésienne du rock moderne, un de ces albums que tout le monde attend avec finalement peu d'espoir de le voir réellement débarquer dans les casques et les enceintes. Et puis, une fois qu'il sort... Une ou deux écoutes distraites, et un "c'était mieux avant" plus tard, l'album est passé à la trappe. Triste syndrome.

  Car bon sang, il est bon ce disque. Presque autant que le premier, qui a eu l'avantage d'être à nos côtés pendant des années. Celui là, en quelques mois déjà, a pris de la bouteille, a gagné en saveur. C'est bon signe. 

  Les amateurs du premier disque seront en terrain connu avec le superbe "Aviation". Il y a toujours autant de pop 60s, de Scott Walker, de Love et de Hazlewood, mais les années passées, l'expérience engrangée et les influences se diversifiant, on peut aussi bien y déceler du Gainsbourg que de la soul. La composition est impeccable, les arrangements luxuriants et fins (merci Owen Pallett, cf "Pattern"), le chant parfait. L'expérience, c'est ce qui s'entend sur beaucoup de ces titres, moins énergiques mais plus finis, plus subtils, comme "Dracula Teeth" aux cordes mystérieuses et aux guitares twang, et "Miracle Aligner" (écoutez toutes ces couches de voix, l'écho suave sur la guitare, la rondeur de la basse, les subtilités des cordes, la douceur du chant....). C'est particulièrement audible sur "Everything You've Come To Expect", pop-soul filtrée de haute volée, sous patronage bienveillant des Beach Boys, de 10cc et d'Isaac Hayes.

  Mais le rythme sait accélérer, l'ambiance se faire plus moite, et les riffs plus mordants, comme sur l'irrésistible "Bad Habits". Au détour d'un beat hip-hop, le trip rétro rattrape 2016 ("The Element Of Surprise", la belle). Et puis, même si le chant de Turner convoque autant Iggy Pop qu'Elvis sur "Sweet Dreams, TN", on pense quand même beaucoup aux derniers Arctic Monkeys. C'est encore plus frappant sur la merveille de ballade lennonienne "The Dream Synopsis", où Turner fait des merveilles. Miles Kane et lui s'aventurent aussi dans des ambiances plus psychédéliques, comme sur le schizophrénique "She Does The Woods" et "Used To Be My Girl", qui est un peu moins intéressante que le reste du disque (comme "The Bourne Identity").

  Bref, le disque vaut vraiment le coup, et si vous faites partie de ceux qui sont passés à côté, redonnez-lui sa chance (en l'écoutant ici).





Andy Shauf - The Party (2016)

  Si vous aimez les grandes chansons pop, l'épure et les songwriters de génies à la Lennon, McCartney, Harry Nilsson, Elliott Smith (et plus récemment Christopher Owens, Tobias Jesso Jr), ne cherchez plus, vous avez votre disque. Vous serez d'ailleurs convaincu dès les premières mesures de "The Magician", morceau à la fois lumineux, plein d'espoir et plein de tension, d'un désespoir sans fond aux abîmes terrifiantes. Comme le classique pop instantané qu'il est.

  Et tout le disque est à l'avenant. Bien écrit, tellement bien construit qu'on se demande quel cerveau démoniaquement brillant a bien pu placer des arrangements aussi précisément où il le faut, quand il le faut, tout le long de l'album (cf "Early To The Party"). Quelques morceaux ressortent encore plus que les autres, comme "Quite Like You", "Begin Again" et "To You", mais j'aurais bien du mal à trouver des défauts ou des points faibles à ce disque, d'une cohérence sans faille et dont l'homogénéité en termes de qualité occulte totalement la mise en son sobre et le rythme lent de l'ensemble.

  Vous l'aurez compris, je vous recommande fortement de cliquer ici pour l'écouter, et profiter d'une grosse demie-heure de grâce.





Those Pretty Wrongs - Those Pretty Wrongs 

  Groupe formé par Luther Russell des Freewheelers, et Jody Stephens, connu pour avoir été le batteur des grands Big Star. Ce disque rappelle d'ailleurs énormément le groupe. Il est sorti sur Ardent, et a été enregistré avec du matos de Big Star (dont des guitares de feu Chris Bell, ce qui est un chouia glauque). D'ailleurs, c'est fou comme on entend le groupe dans cette musique, tant dans le son (guitares aériennes, mellotron, basse généreuse et choeurs troublants sur le magnifique "Ordinary"). C'est à la fois hyper jouissif, on croirait que Big Star ressort un truc et.... troublant encore une fois. 

  Mais ce sentiment est moins fort sur d'autres bons titres comme "I'm For Love", où l'influence est partagée avec les Byrds, et sur la suite de l'album, qui est un bel écrin entre psyché-folk et pop tranquille. Avec parfois un regain d'énergie rock sur "Thrown Away" au son très Mamas & The Papas.

  Ce qui est dommage, c'est que "Ordinary", le seul morceau vraiment 100% calqué sur les vieux Big Star, malgré son existence étrange et sa redondance, est le meilleur morceau de loin de ce disque qui souffre légèrement de mollesse malgré de grosses qualités mélodiques. Mais l'ensemble se tient très bien, et je vous encourage à l'écouter ici.





The Goon Sax - Up To Anything

  La pop post-punk des jeunes Goon Sax est très classe. D'ailleurs, "Up To Anything", le morceau titre, serait le genre de singles parfaits qu'un Baxter Dury sortirait s'il avait 20 ans. L'ensemble du disque est cohérent et se tient à merveille, et les singles "Boyfriend", "Susan" et "Icecream (On My Own)" sont immédiatement gravée au fond de notre boîte crânienne. Cependant, leur son très référencé et peu variable d'un morceau à l'autre (comme le tempo) peut lasser sur la longueur de l'album, mais c'est du chipotage. Dans l'ensemble c'est assez brillant, et ça s'écoute ici.



Alex

mardi 29 novembre 2016

Rock Post-Punk 2016 : Iggy Pop - Post Pop Depression, Parquet Courts - Human Performance, OMNI - Deluxe & Tyvek - Origin Of What


Iggy Pop - Post Pop Depression (2016)

  C'était pas évident, mais il l'a fait. Assisté d'une équipe de piliers du rock indé, menée par Josh Homme, Iggy vient quasiment d'égaler ses meilleurs LP solo. "Break Into Your Heart", avec son chant de crooner du désert, ces guitares vicieuses, sa rythmique et son synthé post-punk, puis son piano et ses choeurs (qu'on jurerait de Bowie, mais non c'est bien Homme) d'une grande théâtralité, forme un petit monde obsédant dont on ne voudrait pas sortir. Comme les meilleures chansons. La très pop et Johnny Marr "Gardenia" arrive à suivre sans l'égaler ce premier uppercut. Mais le deuxième coup est pour bientôt, puisqu'"American Valhalla" est une tuerie, inventive et vicieuse à la fois. La même inventivité pop dans un cadre rock et rauque est retrouvée plus loin sur "Chocolate Drops". Ces deux titres pourraient concourir avec "Under My Thumb" des Stones dans la catégorie "meilleure utilisation de claviers ou xylophones légers dans un enregistrement rock". Et si on parle créativité, la pop mêlée de garage-blues cubiste de "Paraguay" est sans égale. 

  "In The Lobby", plus frontalement rock et plus frontalement Bowie, pue le stupre et la décadence californienne. On aurait pu la caser dans un épisode de Californication celle là. Un dans lequel Hank Moody et Charlie Runkle finissent particulièrement défoncés et croisent la route d'un nombre invraiscemblable de somptueuses créatures siliconées en chaleur. C'est plutôt le désert des Doors ou des westerns de Leone qui servirait de décor au sablonneux "Vulture"

  Ce disque est autant un baroud d'honneur pour le vétéran Pop qu'un hommage à son ami Bowie, dont le fantôme hante "Sunday" et "German Days". Et c'est un bien bel effort que nous livre là le vieil Iguane. Beaucoup d'artistes de tous âges tueraient pour pondre un truc aussi vital que cet album. Merci au gros boulot de Josh Homme, dont la production burnée, à la fois sauvagement rock et sachant se faire pop et inventive tutoie les sommets. Et merci à ses gars dont le jeu radical et sans concession donne corps à ce disque impressionnant. Peu importe à quel point 2016 aura été cruelle, Iggy l'immortel nous a tous vengés avec ce gros doigt d'honneur dressé face à cette année pourrie. 




Parquet Courts - Human Performance (2016)

  Les Parquet Courts viennent définitivement de prouver avec ce disque qu'ils sont un des grands groupes rock de l'époque. Grâce à leurs projets plus obtus, ils ont su agrandir leur palette vers davantage d'influences et assurer leur son et leur identité avec force. Certes, on entend Pavement, David Byrne et Sonic Youth sur "Already Dead", mais cette boîte à rythme qui double la guitare, ce son de guitare, ce pont... C'est brillant. 
  Comme le post-punk raide de "Dust" et "Captive Of The Sun" au son chaud très 70's et psychédélique, ou celui tout aussi raide mais plus froid de "I Was Just Here" (très Fear Of Music). La gouaille du chanteur est pour beaucoup dans la qualité de ces morceaux, ça s'entend surtout sur "Outside", "Two Dead Cops", "Pathos Prairie" et "Human Performance". Là, on pense aux Jam, aux Clash et à Blur

  Mais malgré toutes ces influences supposées et ces cousinages sonores, à chaque instant la musique est du Parquet Courts à 100%. Et si vous voulez savoir ce que ça veut dire, écoutez "Paraphrased". Ces changements de rythme, ces ruptures, ce fond pop et punk à la fois, ces inclinaisons noise et lo-fi discrètes.... C'est tout ça. Cette diversité de styles aussi, de la slacker pop de "Steady On My Mind" et "Keep It Even", au psychédélisme de "One Man No City" en passant par la britpop croisée au surf rock de "Berlin Got Blurry" et la ballade psyché "It's Gonna Happen"

  Bref, un superbe disque de rock qui prouve que le genre peut être tout aussi vital en 2016 que jamais, même si beaucoup a déjà été fait. Il ne s'agit pas de faire table rase du passé, mais de l'embrasser, de le déconstruire, d'en prendre ce qu'on veut et avec cette base, de foncer tête la première, avec énergie et conviction. 




OMNI - Deluxe (2016)

  Comme autre grand disque (pop)rock et post-punk de cette année, avec option lo-fi saturée et folie à la Ought, ce Deluxe du groupe OMNI se pose là. Ecoutez donc les riffs hyperactifs, la rythmique tordue et le chant dérangé de "Afterlife", "Plane" ou "Wednesday Wedding", et vous verrez ce que j'entends par là. Mais le groupe sait se faire funky comme sur "Wire" ou mélodique et pop comme sur "Earrings", "Cold Vermouth", "Eyes On The Floor" et "Jungle Jenny". Voire même à la fois noisy et mélancolique comme sur "Siam". Et puis on pense à tous les grands, de Television aux Strokes (sur "78") en passant par les Talking Heads et les grands mélodistes anglais. 
  Mais là encore, OMNI impose son propre son, son identité, tout au long d'un album d'une cohérence et d'une homogénéité qualitative à toute épreuve.





Tyvek - Origin Of What (2016)

  En plus punk et crado, on a le combo Tyvek, qui se complaît dans des riffs sauvages (et jouissifs) à haute énergie, des vocaux braillés répétitifs sur moins de 2'30" et beaucoup de bruit. On entend comme un peu de Clash des début sur le brillant diptyque inaugural "Tip To Tail" et "Can't Exist". Mais les gars savent varier les ambiances avec des passages noisy presque psychédéliques (on pense presque à la folie de Barrett sur "Girl On A Bicycle") et de la post-punk sur "Gridlock". Tout le reste de l'album est de la même volée, entre punk, pop, psyché, post-punk et noise, pour un résultat toujours aussi enthousiasmant. 


Alex

dimanche 27 novembre 2016

M83 - Junk (2016)



  Peut-être est-ce dû au fait que je sois né en 1994, que pendant mon enfance mon chanteur préféré était Michel Berger (avec Balavoine pas loin). Peut-être que c'est ça qui fait que je place cet album de M83 bien plus haut que la majorité de la critique qui y voit au mieux une kitscherie sympathique, au pire une bouse. Personnellement, je suis conquis dès les premières mesures de ce piano boogie qui rythme "Do It, Try It", très Michel Berger justement. Ces synthés too much, ces voix qui le sont tout autant, cette basse jouée au synthé pour enfants, ça doit rappeler des génériques de dessins animés de l'époque. Ou alors c'est juste l'oeuvre d'un musicien pop surdoué, et il faut juste avoir la même affinité que lui pour certains sons certes sucrés et peu organiques mais avec une personnalité affirmée. Ces deux hypothèses ne sont pas mutuellement exclusives. Et quand on entend le niveau de détail de l'arrangement de ce morceau (vous entendez le banjo ?), et qu'on observe la structure du morceau se dérouler comme par magie, avec une richesse et une complexité inouïe et ce sentiment d'une facilité et d'une évidence qui est à la fois le but ultime et ce qui est le plus dur à atteindre en pop, le doute n'est plus permis. Il y a du génie là-dedans. 

  Comme dans le merveilleux "Go!", qui fait voyager avec ses synthés baveux, son saxo, et le chant aérien de Mai Lan. La montée en puissance funky (ces guitares!!!) et ce drop de synthé qui aurait à merveille servi pour le générique d'un Magnum boosté aux hormones fout des frissons. D'autant plus que cette puissance contraste avec la douceur des couplets. Et puis bon sang, le groove de cette basse, le solo de guitare tellement cheesy de Steve Vai qui ramène en enfance immédiatement, ce saxo qui se perd dans l'écho... Tous ces éléments sont tellement bien foutus et impriment tout de suite le fond de votre cervelle qu'on y reconnaît bien plus qu'un pastiche amusant. Les montagnes russes sonores sont aussi des montagnes russes émotionnelles dans lesquelles on peut projeter tout son être, tous les sentiments imaginables. 

  On a ensuite les cathédrales de prog-pop symphoniques "Walkway Blues" et "Solitude" qui évoquent tour à tour Pink Floyd, Supertramp et Electric Light Orchestra dans leur poignante démesure, leur sens de la mélodie qui tue et touche le coeur, et leur science des arrangements, avec ce jeu entre organique, synthétique et électronique. Dans le même style, "Moon Crystal" pourrait être un générique de sitcom, qui creuse dans la même veine disco-funk orchestrale à la Bee Gees, qu'un Breakbot ou que les récents Justice ou Daft Punk, avec ce côté variété qui peut évoquer également certaines gloires françaises. Et là encore, le sens mélodique, la construction et la mise en son admirable sauvent le tout du kitsch sans fond (si vous n'êtes pas convaincus, penchez vous sur la basse gainsbourgienne ou les cordes façon Barry White). 

  Les tubes 80s revus façon électro-pop ludique ne sont pas en reste, avec ce chanté-parlé sexy à la Adjani de Mai Lan sur "Bibi The Dog". Mai Lan qui fait aussi des étincelles sur "Laser Gun". Et puis il y a ce générique de sitcom là encore, mais façon débuts d'Indochine sur le prenant "The Wizard". Et puis il y a Beck, qui revêt ses habits funk le temps d'un "Time Wind" très French Touch.

  Et ce funky "Road Blaster", drivé par des cuivres over the top, avec en filigrane des onomatopées féminines très Bardot (cf "Comic Strip"). C'est ce qui est passionnant avec ce disque. Ceux qui l'écouteront rapidement entendront de la pop 80s générique, et ceux qui s'y plongeront entendront tout un pan de la chanson française, remise au goût du jour (un plan de piano à la Sanson par ci, par là...). C'est sûrement pour ça que les américains sont passés à côté de ce disque en majorité. Cet aspect chanson française revisitée par un type hyper talentueux et sûr de ses racines, mais qui a vu du pays. On est proche de Daho dans la démarche. 

  Et puis cette schizophrénie due au déracinement, ce blues du pays et ce rêve américain mélangés, ce drôle de sentiment donne une profondeur supplémentaire à l'album. Cette couche s'entend sur "Tension" et "Ludivine" pour qui veut bien l'y entendre. De chanson française il sera question plus frontalement sur "Atlantique Sud", ce duo magnifique avec Mai Lan, collaboratrice de premier choix sur l'album vous l'aurez compris. Le côté comédie musical (y'a de la théâtralité, comme un soupçon de Polnareff) et ultra premier degré fera fuir les puristes, tant pis pour eux. Nous on se régalera, on frissonnera, on pleurera.

  Alors bien sûr, des fois c'est un peu trop. "For The Kids" est très sympa et a un bon côté Michael Jackson à son plus tendre, mais le monologue enfantin est plus à ranger à côté du générique de Sauvez Willy que de "Heal The World". Et la conclusion, "Sunday Night 1987", malgré son bon solo d'harmonica au son uuuultra Stevie Wonder, ronronne un peu. Mais bon je chipote. 

  Vous l'aurez compris, je n'aurais pas écrit une tartine aussi grosse sur un album que je ne trouve pas absolument passionnant. Je vais sans doute en laisser beaucoup sur le bas-côté sur le coup, car beaucoup ne l'ont pas compris. Mais si j'ai pu donner envie à certains de l'écouter, ou d'y revenir avec une oreille plus attentive, j'en suis ravi. Cet album le mérite. 


Alex

vendredi 25 novembre 2016

Aristocratie Indie Pop 2016 : Lionlimb (Shoo), Wild Nothing (Life Of Pause), & The Shacks (EP)


Lionlimb - Shoo (2016)

  Cet album est une bombe. Dès l'intro "God Knows" entre soul et pop de haute volée, on pense aux meilleurs : Lennon, Nilsson, Elliott Smith, Christopher Owens, Tobias Jesso Jr, Whitney. Avec ce son particulier, si chaud et volontairement ultra-vintage mais qui paradoxalement sonne ultra moderne... Un peu comme des Foxygen, avec le côté bordélique en moins. C'est criant sur les excellentes "Domino", "Tinman", et "Just Because" (à la pop-rock encore gorgée de soul, comme sur un Radio City moderne), la plus psychédélique "Ride", ou des morceaux avec une petite touche glam bienvenue comme "Lemonade" ou "Turnstile". Et toujours ce piano puissant aux accords bouleversants, comme sur le slow "Hang" ou le boogie "Blame Time". Qui peut même faire chialer comme sur le plus jazzy "Wide Bed". Et l'album se conclut comme il a commencé, par un sommet indie pop : "Crossroad". 
Ecoutez ce superbe disque ici, et dites m'en des nouvelles !





Wild Nothing - Life Of Pause (2016)

  Encore un superbe disque pop. Qui commence fort par un "Reichpop" fort mélodique aux sonorités et à la rythmique que n'auraient pas reniés les Talking Heads, ni Dev Hynes de Blood Orange plus près de nous. Et qui se poursuit par une série de tubes aux accroches synthétiques irrésistibles comme les géniales "Lady Blue", "TV Queen" et ma chouchoute "Life Of Pause", dans laquelle on entend du Foxygen (et du Todd Rundgren en filigrane). Les Foxygen sont aussi évoqués sur la très bonne "A Woman's Wisdom". Le post-punk de "Japanese Alice", "Alien", "Love Underneath My Thumb" et "To Know You" rappelle avec plaisir à la fois Low et Scary Monsters de Bowie, mais aussi Interpol et The Horrors. Tandis que les choeurs enchanteurs de "Adore" et sa délicate mélodie nous transportent avec un psychédélisme aussi ensoleillé que champêtre. Qui transparaît aussi sur la encore très rundgrenienne "Whenever I"
  Ce disque est de très grande classe, les mélodies sont intemporelles, le son est parfait, le chant est émouvant, c'est un grand album, point.




The Shacks - The Shacks EP (2016)

  De la bonne pop 60s à guitare avec une voix féminine mystérieuse et des arrangements à la Hazlewood, que demander de plus ? Tous les titres sont parfaits dans leur genre et explorent des contrées sonores variées, tout en conservant une vraie identité et un fil rouge sonique intact au long de l'écoute. 
  Bref, vous allez l'écouter (ici) et l'adorer ce généreux petit EP (9 morceaux pour 30 minutes, d'autres auraient nommé ça un album).



Alexandre