Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes

vendredi 17 janvier 2020

Automatic - Signal (2019)



  On se trompe rarement en lançant un album sorti chez Stones Throw. On est en revanche étonné de tomber sur Automatic, qu'on aurait bien vu chez Castle Face, leur musique étant plus proche du combo électro-rock psychédélique/garage/kraut/punk de Pow!, des Oh Sees ou de Ty Segall que du funk liquide et cosmique du premier. 

Automatic - Too Much Money (Clip, 2019)

 C'est donc quelque part à l'ombre, entre les influences croisées des Seeds et des Slits, entre autres, que les Automatic ont tissé leur toile ; c'est depuis là qu'elles nous envoient des missiles post-punk ("Signal", "Electrocution", "Damage") ou garage/kraut ("Too Much Money", "Champagne"), du punk/funk croisé coldwave, entre Bowie période Eno et Joy Division ("Calling It", "I Love You, Fine", "Humanoid", "Strange Conversations") ou de l'électro-rock post-Suicide ("Suicide In Texas"). On balance un peu de Moroder dans le mix et on atterrit pas si loin de la dance-punk obsédée par la new wave, l'indus et les Daft Punk de LCD Soundsystem ("Highway").

Automatic - Calling It (Clip, 2019)

  Si je balance toutes ces références à des artistes que j'admire, c'est parce que ce disque m'a réellement beaucoup impressionné et touché, et que j'essaie de vous convaincre de tenter l'écoute sans savoir comment le décrire mieux. C'est tout simplement un grand disque, rempli de morceaux qui claquent tous plus les uns que les autres, avec un son impeccable et une interprétation mordante à chaque fois, le tout avec un impeccable sens de l'esthétisme rock. Un des grands disques de l'année dernière.


Alex

lundi 13 janvier 2020

Kedr Livanskiy - Your Need (2019)



  La chanteuse et musicienne moscovite Kedr Livanskiy avait envie de nouveaux horizons musicaux. Après un très bon Ariadna (2017) entre pop new age planante, krautrock ambient et new wave gothique, elle a trouvé une nouvelle direction après avoir fait ses preuves en tant que DJ, et s'est penchée sur un versant house des débuts, plus énergique mais pas que (guetto, breakbeat, UK garage, dub...). A quatre mains avec le producteur Zhenya, ils ont composé ce Your Need aux sonorités plus dance. Et c'est une réussite.

  L'album commence fort avec "Your Need", grand morceau d'électronique rythmée et planante, sonnant un peu comme un remix de house froide aux accents dub d'un morceau de Grimes, doté d'un gimmick de synthé obsédant. "Sky Kisses" possède le charme espiègle de l'électro des nineties et la douceur réconfortante de la deep house (retrouvée sur "Your Need (Deep Mix)"), tandis que "Why Love", un poil plus dark et gothique, ensorcelle dans une ambiance plus proche de l'album précédent.

Kedr Livanskiy - Your Need (2019)

  L'énergie de l'électronique old school est particulièrement bien rendue dans sa version ici modernisée ("Bounce 2"), et le mélange des genres entre chant éthéré en russe, claviers à la Kraftwerk et house 80's arrive à créer quelque chose de nouveau et unique sur "Kiska". Ces hommages à une époque où les barrières entre house, techno, électrofunk... étaient plus que floues viennent d'un respect et d'un amour profond pour la musique des pionniers de l'électronique, et ça s'entend car ils sonnent juste ("City Track").

  Quelques sorties de route diversifient le paysage sonore du disque, comme le dub digital de "Logovoy (November Dub)", la jungle mâtinée de dub de "Ivan Kupala (New Day)" ou l'électropop mélodique de "LED"

  C'est une réussite totale, Kedr Livanskiy a réussi à créer un album passionnant et prenant en se basant sur son amour des productions électro old school, en y piochant ce qui l'a fait vibrer et en y ajoutant sa touche personnelle, et c'est très beau.

Mes morceaux préférés : Your Need, Sky Kisses, Kiska, Ivan Kupala (New Day)

Ecouter sur Spotify, Deezer, Bandcamp

Alex


samedi 11 janvier 2020

Boy Harsher - Country Girl Uncut (2019) & Careful (2019)


  On continue avec quelques excellents albums de 2019 qui n'ont pas encore été abordés sur le blog faute de temps ou parfois de recul, parce qu'une oeuvre d'art ça se dévoile parfois avec une certaine maturité et donc plusieurs réécoutes dans notre cas.

BOY HARSHER - COUNTRY GIRL UNCUT (2019)

  Des deux albums de Boy Harsher sortis cette année, j'ai une préférence nette pour Country Girl Uncut, suite et prolongement de leur EP de 2017. Minimaliste, industriel, il est hypnotisant, obsédant. A la fois planant, rythmé, brutal, aérien, ses variations autour d'une pop électronique à la fois référencée et aventureuse font mouche. Pas si loin des Junior Boys et de Jessy Lanza (que j'adore), et avec un petit côté dance-punk à la DFA (on pense à Juan MacLean), "Motion" ouvre le disque sur une note de perfection, alternant brillamment entre un des nappes de synthé deep house lumineuses et des parties rythmiques implacables. "Electric" est plus sombre, comme Depeche Mode au sommet de leur décadence, dévoilant une techno-pop sexuelle de club souterrain, et re-démontrant au passage l'influence énorme de Kraftwerk sur la culture populaire.

Boy Harsher - Country Girl (Clip, 2019)

  Autre monument, "Country Girl" est peut-être mon morceau préféré du disque. Il joue du clair-obscur évoqué plus haut avec une intensité déchirante. On pense à nouveau aux Junior Boys, mais quelques échos d'Alan Vega dans la voix, et d'autres éléments comme une guitare lointaine viennent diversifier le panorama sonore, jusqu'à l'apothéose du disque : le changement de beat un peu avant 2'30" qui fait penser aux débuts de New Order (on est dangereusement proche de la perfection absolue de "Blue Monday"). Ces quelques secondes aux proportions épiques, qui se déclinent jusqu'à la fin du morceau, font partie des meilleurs instants musicaux que l'année a pu nous offrir.

  Après un tel chef-d'oeuvre, un seul moyen de rebondir : une ambiance planante, presque ambient, mais menaçante, et c'est précisément ce que "February" arrive à instiller, permettant à l'indus d'"Underwater" puis à la synthpop dark de "Send Me a Vision" de prendre toute leur place. Cette dernière, tout comme "Westerners", m'évoquent un peu les Pet Shop Boys en plus industriel, et sont d'excellents morceaux. "Swing", ballade toxique et mystérieuse, sans percussions vient clôturer cet incroyable album sur une touche plus vénéneuse, intrigante. Vous l'avez compris à ce stade, je suis totalement sous le charme de ce disque concis et percutant, qui m'impressionne d'autant plus qu'il est sorti la même année que Careful, autre très bon LP que l'on va aborder maintenant.

Mes morceaux préférés :  Motion, Electric, Country Girl

Ecouter sur Spotify ou Deezer ou Bandcamp ou Youtube



BOY HARSHER - CAREFUL (2019)

  Le disque commence cette fois-ci par "Kick Driving", sur un drone insistant, montant en pression crescendo, avec une voix sensuelle et menaçante à la fois, comme une collaboration entre le Velvet Underground (période Nico) et Suicide. On déboule ensuite sur la synthpop rétro de "Face The Fire", puis la coldwave de "Fate", à la force de frappe monstrueuse avec son kick massif et son gimmick de synthé obsédant. Un grand morceau.

Boy Harsher - Fate (Clip, 2019)

  Retour des hits orchestraux et des basses électrofunk à la Pet Shop Boys sur la très bonne "LA", puis un beat à la Moroder (ou plus probablement Patrick Cowley, sombre et sexuel) sur "Come Closer", de la new wave des débuts ("The Look You Gave (Jerry)"), avant de bifurquer sur un autre tube synthpop potentiel avec "Tears".

  L'ambient de "Crush" relance la tension avant la très Depeche Mode "Lost", qui comporte quelques accords plaqués néo-80's que certains artistes French Touch n'auraient pas reniés, et une intensité digne de Bronski Beat. Le disque s'achève sur le cinématographique et ultra-flippant "Careful".

  Bref, on n'est pas loin du tout de la perfection de Country Girl Uncut, et ce Careful est un excellent disque, qui fait tout autant partie des meilleures sorties de l'année. A noter que le groupe a publié une compilation de remixes de l'album que je vous encourage à tester si vous avez aimé le disque (lien ici).

Mes morceaux préférés : Kick Driving, Fate, LA, Tears, Lost

Ecouter sur Spotify ou Deezer ou Bandcamp ou Youtube



jeudi 9 janvier 2020

Sorry Girls - Deborah (2019)


  Les Sorry Girls pratiquent une pop synthétique à la croisée de Cyndi Lauper et Bruce Springsteen à son plus radiophonique, avec un petit parfum funky façon Prince comme chez Nicki & The Dove. Ça accouche de petits tubes radiophoniques rétromaniaques de la musique des US sous Reagan ("Waking Up", "Give You Love"), d'électro-pop ample post-Madonna ("One That You Want"), et c'est toujours magnifique. C'est incroyable comme la merveille de pop song qu'est "Dreams" de Fleetwood Mac, disco-pop à combustion lente sur la forme et americana folk dans la compo, a presque créé un genre musical à elle seule.

Sorry Girls - One That You Want (Clip, 2019)

  Parfois plus moderne, pas si loin de Grimes ou de la rétrowave post BO de Drive versant classieux comme chez Chromatics ("Dirty Laundry"), parfois plus espiègle et presque dansante (le tube irrésistible "Under Cover"), les Sorry Girls font tout le temps mouche. Le beat presque kraut et contemplatif de "Easier" introduit une dimension intéressante, plus libre, dans le disque, et "H.O.N.E.S.T.Y" une énergie dance salutaire, relançant la dynamique du disque et lui apportant une diversité rafraîchissante dans les sons, le compos et les rythmes. En outre, les quelques morceaux moins accrocheurs aux premières écoutes se révèlent très sympathique à la réécoute, je pense notamment aux ballades FM "Something's Gotta Give", "Warm Heart" et "Deborah".

Sorry Girls - Under Cover (Clip, 2019)

  Le groupe montre ici toute sa maîtrise élégante d'une pop très codifiée et référencée mais qu'ils arrivent à détourner à leur façon pour lui faire prendre des chemins qui, s'ils ne sont pas nouveaux, sont très personnels et engageants. C'est une masterclass de synthpop émouvante, glamour, fun, bien écrite, composée, arrangée et produite avec soin, talent et amour. C'est donc fortement recommandé par ce blog.

Mes morceaux préférés : Waking Up, Under Cover, One That You Want

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Alex


lundi 6 janvier 2020

Yakir Arbib - My Name Is Yakir (2019)


  Je ne connais pas beaucoup d'albums de solo piano. Pourtant, Solo Monk de Thelonious Monk est un de mes albums préférés de tous les temps, et j'ai pas mal écouté de Chilly Gonzales au fil des années. Bref, on s'en fout mais ça me permet de vous dire que j'ai trouvé un nouveau membre de ce club ultra select : My Name Is Yakir de Yakir Arbib. Comme chez les deux musiciens susnommés, il y a une certaine espièglerie qui ajoute à la virtuosité un peu de malice, d'humour, d'esprit, et qui sait mettre en relief les émotions évoquées par sa musique à travers toute leur gamme, du rire à la tristesse ("I Got Rythm" repris de Gershwin). Ce disque est également très vivant, on entend quelques respirations, un peu de voix, un brin de rire étouffé qui s'est échappé en plein jeu. Autre morceau notable, le très juste "A dusty letter" qui évoque une palette émotionnelle diverse et nuancée, fait mouche. 

Yakir Arbib - I Got Rythm (2019)

  Avec un charme désuet et mélancolique, "I'm confessin (that I love you)" le replace dans une tradition jazz plus classique, même si il se permet quelques sorties de route en milieu de morceau. "Going to and returning from there" creuse encore davantage cette route assez sombre, tandis que "Rendez-vous à Paris" creuse un sillon plus romantique. Il prend plus de liberté avec "Caravan" et ses détours orientaux qui mettent en valeur un subtil jeu de contraste entre les octaves, tandis qu'on part en free assumé sur "Scrapple from the apple" et les "Giants Steps" de John Coltrane revisités. L'espièglerie du jeu revient fort sur "Cherokee" et "Confirmation" tandis que le sobre "Sun on flowers" clôt le disque sur une note plus dramatique voire tragique.

Yakir Arbib - A Dusty Letter (2019)

  C'est un très bel album de piano solo, relativement accessible malgré quelques écarts vers le free jazz, et je vous recommande vivement de le partir à sa découverte.

Mes morceaux préférés : I Got Rythm, A Dusty Letter, I'm confessin (that I love you), Caravan

Ecouter sur Spotify ou Deezer

Alex



  

samedi 4 janvier 2020

Anna Wise - As If It Were Forever (2019)


  L'EP The Feminine : Act 1 (2016) d'Anna Wise m'a pas mal marqué, et je suis depuis son parcours avec plaisir.

Anna Wise - Worm's Playground (2019)

  J'ai été immédiatement charmé par "Worm's Playground", magnifique premier titre de ce nouvel album, ballade jazz-pop entre jazz vocal, smooth funk à la Sade ou Marvin Gaye, rnb alternatif et nu-soul apaisée mais expérimentale voire psychédélique (Erykah Badu). Cette chanson est d'une perfection totale. Le titre s'enchaîne avec fluidité avec le rnb cosmique et cotonneux de "Blue Rose". Autre grand morceau, "Count My Blessings" avec Denzel Curry est davantage dans la veine de l'EP dont je vous parlais, ainsi que de ses collaborations hip-hop (Kendrick Lamar...) et pas si éloignée du rap posé et groovy du génial Dear Annie de Rejjie Snow, qui a très bien vieilli, ou du groupe The Internet. On notera l'apport de Pink Siifu à "One of Those Changes Is You" qui prouve le talent de chef d'orchestre de Wise.

  Les autres titres sont à l'avenant, du rnb de "What's Up With You?" et "Abracadabra" (magnifié par un superbe couplet de la talentueuse Little Simz), à la pop nourrie à l'électrofunk de "Nerve" en passant par le minimalisme expérimental de la ballade soul "Vivre d'Amour et d'Eau Fraîche" avec Jon Bap. Cette chanson, tout comme "Coming Home", se rapproche de ce que James Blake a pu produire cette dernière décennie, si ça peut vous donner un point de repère. La dernière piste, "Juice", est un étonnant exercice d'art-pop, versant dans le jazz, le rock, le funk, la pop, l'électronique en réussissant à en sortir un morceau excitant et neuf.

Anna Wise & Denzel Curry - Count My Blessings (2019)

  Bref, vous l'aurez compris j'ai été tout à fait séduit par ce disque et je vous encourage vivement à l'écouter pour vous faire un avis, et à retourner sur les précédentes oeuvres d'Anna Wise si vous avez été conquis.

Mes morceaux préférés : Worm's Playground, Blue Rose, Count My Blessings

Liens : Spotify, Deezer

Alex

mercredi 1 janvier 2020

Black Marble - Bigger Than Life (2019)


  Si vous aimez Depeche Mode et John Maus, vous avez bon goût -déjà-, et vous allez également apprécier la musique de Black Marble, parce que c'est tout aussi bon dans le même genre. 

  Le début de l'album est incroyable, c'est miracle sur miracle de synthpop ("Never Tell", "One Eye Open", "Daily Driver", "Feels") jusqu'à l'interlude "The Usual" qui permet de se poser un peu avant d'enchaîner sur une partie un poil plus post-punk (on pense aux Drums, à Joy Division et The Cure) de "Grey Eyeliner" à "Bigger Than Life". Le spleen doux-amer du groupe de Jonny Pierce vient à l'esprit de façon assez évidente à l'écoute de ces morceaux bouleversants.

Black Marble - Feels (Clip, 2019)

  Les synthés reviennent au premier plan pour l'électro-pop extatique de "Private Show", qui se conclut sur une coda absolument bouleversante. Puis on a envie de sauter partout sur l'euphorisante "Shoulder", l'interlude "Hit Me" nous réconforte tendrement, et "Call" conclut l'album avec une mélancolie douce, comme du Ariel Pink premier degré. C'est très beau.

  Ce disque est un petit miracle, découvert pour ma part assez tard dans l'année. Je n'ai pas fini d'en faire le tour, mais je sais que je rangerai ce disque avec quelques-unes des plus belles réussites du genre et que je le réécouterai longtemps.

Liens : Spotify / Deezer / Bandcamp / Youtube

Alex