Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes

samedi 13 octobre 2018

Rosalía - Malamente & Pienso En Tu Mirá (chanson, 2018)


Je vous parlais récemment du flamenco revisité et épuré de Rosalía Vila Tobella, avec son premier album Los Ángeles, dont vous pouvez retrouver la chronique ici même. Cette année la jeune chanteuse catalane est entrain de tuer le game en s'associant avec le producteur El Guincho pour un album sortant prochainement et dont 2 morceaux suffisent déjà à prédir un incontournable de 2018.


Sur ces 2 singles, exit le minimalisme chant/guitare, place à une production très actuelle, aux influences hip-hop et trap dans un style beaucoup plus urbain et volontairement pop. Le cocktail est une petite bombe, qui exploite pleinement l'esprit flamenco et le vitamine avec une production beaucoup plus accrocheuse et assurément moins austère. La personnalité de la chanteuse catalane n'en est en rien altérée par cette cure de juvence. Au contraire, elle garde cette force et cette prestence quasi hypnotique, bien mis en valeur par l'illustration accompagnant Malamente.



Le premier single Malamente, sorti fin mai, est un petit chef d'oeuvre qui allie avec dextérité une production trap obscure avec des rythmes et mélodies lumineusement flamenco. Le résultat en est obsédant. Cette association hip-hop/mélodies hispanique rappelle le travail de la rapeuse Mala Rodríguez. On pense aussi à M.I.A, qui elle aussi boost avec génie ses influences indo-srilankaise, avec de la trap.



Pienso En Tu Mirá est lui sorti en juillet dernier et reprend les mêmes codes, dans un style plus pop et brillant toujours de sa trap bien sentie signée El Guincho. Il vous sera difficile d'aligner des pas de flamenco, mais le titre n'en donne pas moins furieusement envie de déhancher. On soulignera le travail impécable du célèbrissime collectif  barcelonais CANADA que vous avez déjà vu à l'oeuvre sur les meilleur de Tame Impala, Metronomy, Battles, M.I.A, Jackson and His Computer Band, Drake, Pharrell Williams et bien d'autres.

L'album est prévu pour le 2 novembre et vous risquez d'en entendre parler !

Bonne écoute,


Etienne




mercredi 10 octobre 2018

Blood Orange - Negro Swan (2018)


  Après avoir livré mon album préféré de l'année en 2016, Devonté Hynes revient sous l'alias de Blood Orange en livrer la suite, Negro Swan. Si le précédent, Freetown Sounds, rendait un hommage à sa ville d'adoption, New York, et aux origines de ses parents (originaires du Liberia dont la capitale est Freetown), celui-ci parle plutôt de la jeunesse de Hynes au Royaume-Uni. Qui ne fut pas si simple (le racisme évoqué par le thème du "black swan"). On peut d'ailleurs le comprendre dès l'introduction, "Orlando", dans laquelle il chante "First kiss was the floor" sur une soul funky, introspective et psychédélique sous forte influence (revendiquée) de Marvin Gaye. La musique magnifie le texte à merveille, offre un écrin parfait au chant délicat et émouvant de Devonté, et est presque douloureuse à écouter tant elle est belle.

Blood Orange - Saint (Clip, 2018)

  Ce disque va plus loin dans le chemin tracé par Freetown Sounds, incorporant davantage de field recording et de spoken word, il est même par moments narré de façon poignante par l'activiste Janet Mock. Il a un côté introspectif très marquant, et fonctionne quasiment comme un journal intime, raconté et traversé par ces petits fragments de vie captés -on l'imagine- par le téléphone/dictaphone de Hynes, et finalisé dans la solitude d'un home studio. Impression accentuée par les visuels léchés de la pochette et des clips attestant du perfectionnisme d'un artiste total.

  Le rnb assez pop mais mélancolique de "Saint" et celui plus contemplatif et expérimental de "Take Your Time", lorgnant sur la soul psychédélique des Temptations et le jazz, en sont de parfaits exemples de cette introspection poussée à l'extrême. Le chant dépouillé de Hynes sur cette dernière, associée à une guitare minimaliste et des claviers aériens, fait également penser à Frank Ocean, dont l'oeuvre a évolué en parallèle dans une direction étonnante mais assez proche de celle de Blood Orange. On a vraiment l'impression d'être dans la tête de Hynes, mais pour autant on ne suffoque pas à l'écoute de ces chansons très ouvertes, les bruits de la ville, les influences musicales multiples et les interventions d'autres musiciens illustrant un esprit certes introverti par moments, mais ouvert vers le monde et vers l'autre, ces deux aspects formant une belle complémentarité. 

Blood Orange - Jewelry (Clip, 2018)

   L'apogée de cete démarche, et du disque, est le triptyque "Jewelry" (très Ocean également) / l'interlude "Family" / "Charcoal Baby". Hynes envoie là un enchaînement immaculé de moments de grâce entre alt-rnb, pop, jazz, rock indé, électro-funk et tout ce que vous pouvez imaginer de plus beau dans la musique populaire des 60 et quelques dernières années, tout en évoquant des sujets lourds (racisme, sexualité...). Une perfection musicale assez indescriptible, que je vous laisse découvrir par vous mêmes.

Blood Orange - Charcoal Baby (Clip, 2018)

  Un des talents de Hynes, c'est également de faire briller ses invités sur disque, et notamment les femmes, comme sur le rnb de "Runnin'" avec Georgia Anne Muldrow, ou la belle ballade nu-soul aux accents classiques "Hope", où la chanteuse Tei Shi prend incontestablement la lumière, appuyée par quelques vers du vétéran Diddy. Il laisse également beaucoup de place au falsetto mi-Prince, mi-rnb de Ian Isiah sur "Holy Will", entouré de choeurs baroques et d'un instrumental pur et minimaliste. L'approche nu-soul arrive à son apogée sur "Nappy Wonder", incorporant des élements jazzy et un solo de guitare princier pour aboutir à un des meilleurs moments du disque. Sur "Out Of Your League", c'est un autre contemporain qui pousse la musique populaire dans la même direction et avec la même excellence que Hynes qui est invité : Steve Lacy.

  Il sait également rendre de beaux hommages, comme sur "Chewing Gum" où son rnb en apesanteur rencontre le rap sudiste façon chopped and screwed (quelques mots du vétéran du genre Project Pat y sont présents, ainsi qu'un court couplet en guise de coda). Rap texan dont l'influence est marquante après les carrières d'Asap Rocky (présent ici aussi) et Astroworld (2018) de Travis Scott, qui n'est rien d'autre qu'un immense (et bel) hommage à cette musique (cf "RIP Screw").

Blood Orange - Chewing Gum (Clip, 2018)

  Autre morceau marquant, "Dagenham Dream" est hanté par le spectre de sirènes de polices et mêle pop-rock indé à une électronique néo-80's presque vaporwave mettant bien en valeur une mélodie imparable. La simplicité de "Minetta Creek", entre néo-psychédélisme (on pense à MGMT période Congratulations) et mélodie imparable jouée sur des synthés faisant penser à la BO d'un vieux Zelda, me fait également complètement fondre. Et fait magnifiquement la jonction avec la conclusion folk de l'album, la bonne "Smoke", quelque part entre Prince et Mac DeMarco.

  Avec moins de tubes, mais davantage de moments d'apesanteur pop, ce Negro Swan n'a rien à envier aux chef-d'oeuvres Cupid Deluxe (2013) et Freetown Sounds (2016), poursuivant une des oeuvres les plus passionnantes de la décennie, et montrant sous son plus beau jour le génie unique, sensible, passionné et érudit de Devonté Hynes, tel un Brian Wilson des années 2010. 

A écouter sur Deezer ou Spotify

Alexandre


samedi 6 octobre 2018

Rosalía - Los Ángeles (2017)

Avant toute chose, je voudrais partager mon immense plaisir de revenir écrire sur ce blog après plus d'un an d'absence. Je voudrais aussi remercier Alexandre qui fait vivre avec passion, travail et talent ce blog, mais par dessous tout pour son amitié inestimable. Pour ce qui est de mon retour, je voulais vous partager et ce depuis longtemps, le talent d'une jeune artiste espagnole, qui cartonne dans le monde latin depuis ce premier album, multi-récompensé sorti, en 2017. Je vous propose donc une plongée introspective, épurée et quasi spatiale dans l'univers virtuose du flamenco. 




   A l'origine du flamenco, il est une guitare et une voix. C'est cette union intimiste et anfractueux de deux sensibilités que Los Ángeles cristallise et magnifie. Usant d'une approche absolue de la musique flamenoc, Rosalía va ici à l'essentiel. Là où le genre peu paraître désuet par ses fioritures, l'album s'attache à l'essence intemporel de cette musique. S'épurant du piano, des clappements de main et des chants polyphoniques ou encore des chordes, toute l'attention se focalise ici sur ce duo à la fois indomptable, farouche, brut, mais aussi désarmant, attendrissant et poignant. Rosalía peut ici y déployer toute l'étendue de sa personnalité artistique. Bien plus qu'un long monologue elle y use de toutes les variations vocales possibles, dans un éternel dialogue, une étreinte enflammée avec la guitare, où la féminité s'affirme comme brute, violente, vibrante tout autant que douceur et beauté. Pour la première facette on pense notamment à au déroutant De Plata, qui illumine tout l'ouverture de cet l'album, au saisissant Catalina, ou bien à Por Mi Puerta No Lo Pasen. Tandis que la douceur est portée par des titres comme Nos Quedamos SolitosLa Hija De Juan Simón ou Te Venero où le folklorique se fait folk, nous faisant évoquer la douceurs des Fleet Foxes et les ballades vocales de Joan Baez



   L'approche de Rosalía est donc ici tout sauf classiciste. Je ne m'aventurerais d'ailleurs pas à user de références flamenco que je n'ai pas. L'intérêt de cet album est en effet tout autre, il a ce dont de casser les genres et les préjuger, d'ouvrir nos horizons musicaux et de faire battre notre coeur au rythme de nouvelles saveurs.



Pour les liens ça se passe sur Deezer ou Spotify.

Bonne écoute à tous ! 

Etienne



mercredi 3 octobre 2018

Unknown Mortal Orchestra - Hunnybee (2018, Clip & Chanson)

Unknown Mortal Orchestra - Hunnybee (Clip, 2018)

  Unknown Mortal Orchestra est un des groupes les plus passionnants de ces dernières années. Et même lorsque les néo-zélandais sortent un album un peu en dessous, comme le dernier en date Sex & Food (2018), sur lequel je n'ai pas encore d'avis définitif, ils sont tout de même capables d'y incruster quelques pépites intemporelles, comme ce "Hunnybee" charmant et contagieux, déjà promu au rang de classique personnel. Le clip, magnifiquement animé, est également génial. Je profite de ce court article pour vous encourager à écouter le plus récent single du groupe, le mystérieux, jazzy et psychédélique "Hanoi 6", issu d'un intriguant album instrumental qui s'annonce très intéressant si l'on se fie à la qualité de ce premier extrait.

Unknown Mortal Orchestra - Hanoi 6 (2018)

Alex




dimanche 30 septembre 2018

Swamp Dogg - Love, Loss, and Auto-Tune (2018)


  Swamp Dogg, de son vrai nom Jerry Williams Jr, est un génie fou connu pour ses classiques déviants du funk 70's tels que Total Destruction Of Your Mind (1970) et Rat On (1971). Et si ces faits d'armes pourraient suffire à le considérer comme un vétéran de la musique populaire, comment le qualifier lorsqu'on découvre qu'il a enregistré sa première chanson à l'âge de 12 ans en 1954 ? Mais le plus étonnant, c'est que malgré toute cette expérience accumulée, il ait su garder son esprit joueur et son esprit à l'affût. C'est ainsi qu'il a décidé de bâtir son nouvel album autour de procédés de modification de la voix plus ou moins ubiquitaires, tels le sacro-saint diptyque Autotune/Melodyne, mais aussi des procédés plus récents au rayonnement pour le moment moins large, comme le Messina qui permet à un chanteur d'harmoniser en temps réel avec lui même. Pour appliquer ces idées, il s'est entouré à la production de Ryan Olson du groupe d'électro-rock Poliça, qui a par le passé utilisé ces procédés sur des morceaux comme "Darkstar" ou "Amongster" (2012), mais aussi de Justin Vernon (Bon Iver) dont le morceau "Woods" est un incontournable de l'histoire de la musique populaire et de l'utilisation de logiciels "autotune-like", et qui est également une des rares personnes a avoir utilisé de manière intensive le Messina sur 22, A Million (2016). Cf par exemple le morceau "715 - CREEKS", issu de cet album :

Bon Iver - 715 CREEKS (2016)

  Là encore, il ne s'agit pas chez Swamp Dogg de retoucher la voix pour corriger une fausse note (déjà ce serait un comble pour un chanteur soul/funk d'une telle qualité), mais plutôt de pousser le logiciel dans ses retranchements en diminuant tellement le délai de correction que la voix glisse de note en note de façon robotique et totalement artificielle, ce qui a pour effet paradoxal de rendre certaines inflexions de voix plus émouvantes, utilisation répandue depuis les classiques 2000's de Kanye West et Lil Wayne, entres autres. Mais Williams n'a pas pour autant délaissé la soul et le funk, ils les a juste pervertis à coup de voix trafiquées, de synthés déviants, de programmations alambiquées et de boîtes à rythme louches. L'album comporte notamment 2 reprises sur 9 titres, celles de "Answer Me, My Love", rendue célèbre par Nat King Cole, et de "Stardust" de Hoagy Carmichael. La première est déchirée par une série d'incidents volontaires de production, altérant en permanence l'intégrité du morceau, ne laissant jamais l'oreille de l'auditeur au repos en le faisant sans relâche entrer et sortir du mix, à la manière d'une certaine forme de musique classique contemporaine quelque part entre John Cage, la musique concrète, et la pop avant-gardiste de Scott Walker ou Jonny Greenwood. La seconde est quand à elle complètement transfigurée par des cordes dissonantes jouant là encore sur l'effet de surprise.

Hoagy Carmichael - Stardust (1927?)

Swamp Dogg - Stardust (2018)

  Cette musique inédite, sorte de soul numérisée à l'arrache, fascine. Pleine de bugs, de glitches, ses silences et ses respirations semblent emplis des fantômes des grands de la soul. Comme si les âmes de centaines de musicien.ne.s, chanteur.euse.s, producteur.trices, hantaient désormais l'ordinateur sur lequel ces chansons ont été produites.  L'absence est le fil conducteur de ce disque - la pochette est d'ailleurs flagrante à cet égard - et Swamp Dogg aborde tous les thèmes qui lui sont chers : l'amour, le sexe, le deuil sous toutes ses formes, le climat économique, politique, social et racial d'une Amérique malade. 

Swamp Dogg - Lonely (Clip, 2018)

  Concernant l'amour, deux des meilleurs morceaux du disque traitent le sujet de façons différentes : "Lonely" combine un texte pensif et un instrumental rythmé et accrocheur pour aboutir à une chanson très marquée par la soul 60's et en même temps hyper moderne à l'heure ou des gens comme le nigérian Wizkid, qui trafique son héritage afrobeat à grands coups d'influences jamaïcaines et d'autotune, ont un tel impact mondial. En tous cas c'est une réussite, mais la deuxième chanson dont je vais vous parler est vraiment le plat de résistance de cet album, j'ai nommé "I'll Pretend". Cette chanson est sublimée par la guitare d'un autre vétéran, Guitar Shorty, et la contribution de Bon Iver. Swamp Dogg y raconte l'histoire tragique d'un homme vieillissant qui se fait des illusions sur celle qu'il aime, s'auto-persuade qu'elle reviendra, et l'attend, tout en sachant au fond d'elle même que si elle est partie, a fortiori pour le tromper, il finira probablement seul. Cette histoire tragique est totalement incarnée par la production, qui met en son l'aliénation, la solitude et le désespoir de façon exacerbée et totalement bluffante. Un grand morceau de blues moderne, défiguré par des saillies de synthé kitsch remplaçant l'orgue soul, des drones menaçants masquant la lointaine guitare et lui retirant tout son pouvoir consolateur. Les deux clips sont des merveilles illustrant là encore parfaitement le propos.

Swamp Dogg - I'll Pretend (Clip, 2018)

  "I'm Coming With Lovin' On My Mind", un peu chillwave, un peu électrofunk, est également assez moderne dans un paysage pop marqué par les prods bondissantes de DJ Mustard et le kitsch magnifié de la vaporwave. Une très bonne pop-song, mémorable et accessible. "$$$ Huntin'" déconstruit un funk sec descendant direct de James Brown, en le trempant dans une production West Coast un peu Mustard, un peu Dre, un peu Zapp & Roger, et en y ajoutant un côté déclamé plus menaçant, à la façon d'Alan Vega de Suicide. "I Love Me More" hésite quant à elle de façon intriguante entre vieille dance, rnb radiophonique, funk et blues, tandis que "She's All Mind All Mind" passe un rnb daté mais sexy à la moulinette d'une électronique déjà cheesy il y a 25 ans, dressant un contraste saisissant. "Sex With Your Ex" pousse même la déconstruction un cran plus loin et montre toute l'ambition de ce disque.     

Swamp Dogg - I Love Me More (2018)

  Ce disque est une surprise totale, mais dans le genre, ç'en est une excellente. Le propos, profond, drôle et touchant, est parfaitement appuyé par des chansons mémorables, produites avec un esprit défricheur, et accompagnées de visuels marquants et cohérents. C'est une renaissance loin d'être inattendue sur le principe tant l'artiste a prouvé sa capacité à se renouveler, sa sensibilité et son intelligence au cours des décennies, mais c'est tout de même un exploit à saluer. Foncer dans une direction courageuse est une chose, en sortir un album aussi concis, touchant, dérangeant et beau que celui-là en est une toute autre.
A écouter absolument.


Alex



dimanche 16 septembre 2018

Le Bilan de l'été 2018


  Je vous livre en retard un bilan court, qui remplace les Tops du Mois pour cet été, en attendant je l'espère un Bilan de la rentrée plus conséquent !

BILAN ALBUMS :

On a adoré :


The Internet - Hive Mind
USA
Nu-Soul, Pop, Rnb, Hip-Hop, Soul, Funk, Psychédélisme, Jazz, Electrofunk
Lien vers la chronique
     Après de nombreuses aventures solo leur ayant permis d'étendre leur palette musicale tout en gardant une certaine cohésion (ce "Hive Mind"), The Internet s'est donc réuni pour donner une suite à leur discographie. Le groupe y sonne comme une entité unique et riche, à la fois ultra moderne (tous ses membres étant demandés par les plus grands) et intemporel, sachant mêler les styles, les influences et les instruments pour en faire leur sauce. Chaque morceau possède un univers sonore unique, un groove et une mélodie immédiatement identifiables. Et surtout, la somme des talents d'interprétation des instrumentistes et chanteurs.euses donnent vie à une myriade d'idées, de la composition à la production en passant par les arrangements, faisant de ce disque un grands album pop. 
Mes morceaux préférés : Come Together, La Di Da, Roll (Burbank Funk), Look What You Started, Stay the Night, Wanna Be


Future - BEASTMODE 2
USA
Rap, Hip-Hop/Rnb, Mumble Rap/Trap, Pop, Electro-Pop Jazz, Blues
Lien vers la chronique
  Ce qui s'annonçait comme une petite mixtape sans grandes ambitions se révèle être une oeuvre majeure de Future, à la hauteur de ses meilleurs disques, sans doute au-dessus du premier BEASTMODE (2015). Profitant d'un instinct pop intact et de la virtuosité de Zaythoven au piano, Future accouche d'un disque tirant le meilleur parti de sa concision (9 titres seulement, une bénédiction pour un disque de rap mainstream) et de la diversité des ambiances sonores abordées au sein d'un projet par ailleurs cohérent thématiquement, à l'instar d'EVOL (2016). Bref, c'est un magnifique disque.
Les meilleurs morceaux : WIFI LIT, RACKS BLUE, RED LIGHT, WHEN I THINK ABOUT IT
A écouter sur Spotify, Youtube et Deezer

Thee Oh Sees - Smote Reverser
USA
Rock Progressif, Psychédélisme, Krautrock, Garage, Hard Rock, Pop, Folk, Punk, Blues, Soul-Funk
Lien vers la chronique
  Cet album est (encore) une éclatante réussite artistique pour Dwyer, un autre très, très bon album qui fait honneur à une discographie gargantuesque et qualitativement impressionnante. Les influences venues du garage, du hard et du psychédélisme se mêlent à merveille à une pop-folk nocturne volontiers accompagnée de touches électroniques et glam rock, assaisonnée de soul, de blues et de funk, dans un mélange rendu cohérent par une approche inclusive des différents genres musicaux venue du rock progressif et du krautrock, les deux genres qui forment la matrice de cet album. A écouter absolument.
Mes morceaux préférés : Sentient Oona, C, Beast Quest, Moon Bog, Last Piece
Lien Spotify / Lien Deezer 


Travis Scott - Astroworld
USA
Hip-Hop/Rap, Trap, Pop, Mumble Rap, Psychédélisme, Rnb, Electronique, Rock, Soul
  Un album renversant par son ambition, son ampleur sonore et sa luxuriance (avec un nombre d'invités record), ce disque qui donne le tournis mise tout sur une production impeccable qui aboutit à un grand disque malheureusement un poil terni par un dernier tiers moins inspiré pas à la hauteur de l'uppercut du début de l'album. Néanmoins, on a là quelques-uns des plus bons morceaux de l'intriguant Travis Scott, qui poursuit sa voie assez unique dans la pop avec un magnétisme et une volonté d'expérimentation intacte.
Mes morceaux préférés : Stargazing, Carousel, Sicko Mode, R.I.P Screw, Stop Trying To Be God, Skeletons, 5%TINT, Astrothunder
Lien Spotify / Lien Deezer




The Carters - Everything Is Love
USA
Hip-Hop/Rap, Pop, Mumble Rap, Rnb, Soul/Funk/Gospel, Trap
  Cet album aux ambitions artistiques relativement modestes si on les compare à la comm entourant sa sortie s'en sort pourtant très bien, avec quelques instrumentaux magnifiques ("SUMMER"), une Beyoncé qui se lâche un peu plus que d'habitude et un Jay-Z au sommet de sa forme, capable de raps épiques comme à l'époque du Black Album (sur "BLACK EFFECT" par exemple). Finalement, une très bonne surprise, un album solide et fun. 
Mes morceaux préférés : SUMMER, APESHIT, BOSS, NICE, 713, HEARD ABOUT US, BLACK EFFECT
Lien Spotify / Lien Deezer


Mac Miller - Swimming
USA
Hip-Hop/Rap, Pop, Soul/Funk, Nu-Soul, Psychédélisme, Rnb
  Ce disque a pris une teinte plus sombre depuis le décès tragique de son auteur par overdose. Je commençais à apprécier Mac Miller, le rappeur/chanteur/producteur finalement plus intéressant que ce que je pensais en ayant entendu un single de son précédent album.  Sur cet album, entouré du génie Thundercat, il avait maîtrisé à merveille le funk liquide et psychédélique, descendant en ligne directe de la nu-soul, du P-Funk et de J Dilla, qui a fait le sel des dernières sorties de Flying Lotus, Thundercat, The Internet, mais aussi de MNDSGN ou de To Pimp A Butterfly de Kendrick Lamar. On entend le soin apporté pour donner une personnalité à chaque morceau, et c'est ce qui fait de ce disque une si belle réussite.
Mes morceaux préférés : Come Back To Earth, Hurt Feelings, What's The Use, Perfecto, Self Care, 2009, So It Goes
Liens vers Deezer / Spotify



On a bien aimé :


Freddie Gibbs - Freddie
USA
Hip-Hop/Rap, Trap, Pop, Rnb, Electrofunk
  Cet album oscille entre bounce G-Funk (hommages multiples sur "Death Row" empruntant son lead à Eazy-E et son nom au label de Dre) et trap implacable avec un petit côté Future voire un peu d'inspiration grime dans son flow ("Set Set"). Lorsque c'est réussi, comme sur les quelques morceaux listés ci-dessous, ça défonce, dommage que le reste soit un peu en pilotage automatique car on aurait eu un incroyable EP avec ces quelques tracs facassantes. 
Mes morceaux préférés : Weight, Death Row, Triple Threat, FBC
Lien Spotify / Lien Deezer

YG - Stay Dangerous
USA
Hip-Hop/Rap, Pop, Rnb, Electrofunk, Trap
  On tient là un rappeur capable du meilleur (les deux derniers albums de YG sont des chef-d'oeuvres du genre, parmi les meilleurs de la décennie), mais dans une position paradoxale : ici, pas d'ambition, juste des gros bangers produits par son comparse des débuts, DJ Mustard. Et en appliquant de vieilles recettes, on tombe un peu dans l'écueil de l'album "efficace mais peu inspiré, un peu en pilotage automatique". Ça n'est jamais mauvais, mais c'est rarement brillant. Pas très grave, mais un poil décevant. Restent une poignée de singles simples mais jouissifs, et quelques morceaux plus profonds, presque miraculeux, semblant échappés de Still Brazy, étrangement placés plutôt en fin d'album. Et c'est déjà bien pour cet album de transition, qui s'apprécie comme une bonne compile d'inédits destinée aux initiés.
Mes morceaux préférés : 10TIMES, HANDGUN, TOO COCKY, BIG BANK, POWER, TOO BRAZY, PUSSY MONEY FAME, DEEPER THAN RAP, BOMPTOWN FINEST
Lien Spotify / Lien Deezer


Drake - Scorpion
Canada
Hip-Hop/Rap, Pop, Rnb, Electropop, Trap
  Contenant quelques bons morceaux, cet album est cependant le pire du Drake post-Take Care. Etirant la durée d'écoute sans le construire en fonction de cette longueur, et préférant le saturer de morceaux moyens plutôt que de trancher, il joue avec la patience de l'auditeur et perd à tous les coups. Drake arrive même à juxtaposer des morceaux de façon moins cohérente que sur sa mixtape internationale de l'an dernier, More Life. Malgré tout ça, il est entouré de tant de talent, notamment dans la production, que ce disque reste attachant grâce à ses bon morceaux, certes un peu planqués dans la masse mais bien présents. Entre le mauvais goût présent sur certains bons morceaux (mettre un vocal inédit réanimé façon Simetierre de Michael Jackson par exemple), et bonnes idées de prod sur des morceaux plus faibles, on s'y retrouve quand même, plutôt en écoutant le disque comme une compilation, piochant un morceau de temps en temps. Pour ne pas gâcher le talent de ses producteurs, un peu de vision artistique ne serait pas de trop la prochaine fois, même si apparemment ça ne gêne pas le commerce.  
Mes morceaux préférés : Survival, Nonstop, Elevate, Emotionless, God's Plan, Summer Games, Peak, Nice For What, Don't Matter To Me
Lien Spotify / Lien Deezer

Nicki Minaj - Queen
USA
Hip-Hop/Rap, Pop, Rnb, Electropop, Mumble Rap/Trap
  La sortie de cet album s'est accompagnée de pas mal de drama, dont Nicki Minaj est en partie responsable (ces actions étant néanmoins poussées par le racisme et la misogynie du milieu quand même) ne rendant pas forcément justice à sa qualité. En effet, que ce soit dans un style plus pop ou plus rap (pas d'EDM dieu merci !), c'est probablement son LP le plus abouti à ce jour. Le chant est touchant, les raps incisifs, bien écrits, scandés avec un flow élastique dans lequel on entend un sens du fun assez old school, notamment lorsqu'elle détourne Notorious BIG sur "Barbie Dreams". Mais même dans un style plus moderne et incisif, à la limite de l'atonalité, influencé par la trap, elle impressionne par son rap sans pitié plus que jouissif, aboutissant à des morceaux blockbuster comme "Hard White" ou "Chun-Li". Les morceaux les moins réussis étant souvent les plus commerciaux, et particulièrement les collaborations avec de gros noms, on se prend à rêver d'un album concis, rempli de ces morceaux plus resserrés, débarrassés de l'excès, alignant raps acerbes et refrains pop à la fragilité émotionnelle évidente. Même si c'est encore un peu dilué, on s'en rapproche en tous cas.
Mes morceaux préférés : Ganja Burn, Barbie Dreams, Hard White, Chun Swae, Chun-Li, Miami, Coco Chanel
Lien Spotify / Lien Deezer


Alex






mardi 4 septembre 2018

Frankie Laine - Rawhide (Chanson, 1958)


  Après "Fool's Rush In" (1940), parlons d'un autre vieux classique et de ses reprises, mais ce coup-ci on en prend un légèrement moins connu. Générique d'une série western, "Rawhide" de Frankie Laine (1958) a le charme désuet du genre : des vocaux clairs, des tics de production marrants (cette percu façon fouet pleine de reverb, ces cris à la limite du "yee-ha", ces chœurs irréels...), et surtout une mélodie qui se sifflote aisément, le tout sur un rythme country-pop daté mais charmant. Et surtout, cette chanson fête ses 60 ans aujourd'hui, ce qui n'est pas rien. 

  Ci-dessous, le générique de la série, une reprise par Los Corayos (supergroupe formé de Manu Chao et son frère, Alain Wampas, Schultz, Hadji-Lazzaro...) et par les Blues Brothers :

Rawhide Opening Theme

La reprise de Los Corayos en live (1988)

La reprise des Blues Brothers (1980)

Alex