Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes
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vendredi 9 mars 2018

EPs 2018 : Lomboy & Crayon



Lomboy - Warped Caress (2018)


  L'autrichienne, après nous avoir régalé l'an dernier d'un superbe EP, South Pacific (présent dans mon Top EPs 2017), revient encore plus fort avec celui-ci, sorti chez Cracki Records. 

  C'est tube après tube sur cet EP. La musique s'approche d'une nu-disco langoureuse, plutôt calme mais très portée sur l'expérimentation et les arrangements, comme la pop post-trip-hop des années 90-2000 (Air, Stereolab...). C'est particulièrement audible sur "Alien Lady", délicate pop song aux arrangements classieux (flûtes, piano, guitare, synthés, basse) arrangés en collage grâce à la magie du sampling et posés sur une boîte à rythme électro/hip-hop so 90's. L'ensemble, déjà bien accrocheur en l'état, passe au statut de petite bombe lorsqu'on y ajoute le chant trafiqué de Tanja Frinta. 

Lomboy - Alien Lady (2018)

  C'est également un chant modifié (notamment pitché dans les graves) qui met en mouvement la ballade "Worth To You", aux arrangements orchestraux (là aussi parfois perturbés par le sampling), qui sont si délicats qu'ils évoquent la magie des BO de films d'animation japonaise du studio Ghibli. Pour le coup, sur "Love Ain't Got The Groove", ces deux éléments (modification de la voix, sampling haché) sont poussé à leur extrême. Et ça fonctionne pas mal du tout, dans un genre de pop un peu too much à la Grimes, même si le morceau est un peu moins fort. "Director's Paralysis" est un peu plus minimaliste, porté par une basse très funky sur laquelle se posent d'étranges accords, un poil dissonants, de clavier au son tropical. Le morceau est déstabilisant de par ce choix d'accords, mais il est justement intéressant pour cette raison.

  Et puis il y a "Loverboy", le single venu en éclaireur de cet EP, sorti dès l'an dernier. Une petite merveille de pop post-trip-hop également, au chant mystérieux comme du Portishead, en plus sexy, et dont le feeling funky est au service d'une écriture intemporelle, qui sonne comme un croisement entre Isaac Hayes et Lee Hazlewood. Tout cela donne un côté hors du temps, classique, et un peu cinématographique, à ce morceau qu'on imaginerait bien dans un Tarantino.

Lomboy - Loverboy (Clip, 2018)

  Vous vous en êtes rendu compte, cet EP de pop décadente est groovy, synthétique, sexy, artificiel, intelligent, expérimental, et sophistiqué à la fois. Et vous vous rendrez un grand service en allant vérifier ça par vous même grâce aux liens ci-dessous.

A écouter sur Deezer ou Spotify







Crayon - Post Blue (2018)


  Le producteur français Crayon, figure de proue du label Roche Musique, fait dans l'électro-pop chill, minimaliste, un poil groovy. Il fait surtout dans la dentelle, comme nous le prouve cet EP délicat, magnifique de bout en bout. 

  Des nappes de synthé enrobantes et des percussions discrètes sont le seul habillage des magnifiques choeurs de "Pink", avec une grosse performance vocale de Lossapardo. Qu'on retrouve, tout aussi impérial, sur la ballade rnb sensuelle et un poil nostalgique "After The Tone", superbe morceau également, avec un gros travail de production rappelant le perfectionnisme et le sens du détail de Jamie xx.

Crayon, Lossapardo - After The Tone (Clip, 2018)

  Sur le plus hip-hop/rnb "Faith", c'est avec les collaborations de Stanislas Blu et Gracy Hopkins que Crayon tresse un morceau pas très loin du Blonde de Frank Ocean, à base de rythmique réconfortante, de nappes caressantes et de guitares funky, toujours en veillant à ne pas en mettre plus que le strict nécessaire. Plus loin, "Fake" et "Home" (avec Malia Lyn) sont carrément des morceau d'électrofunk languides et sexuels façon Connan Mockasin ou LA Priest. Et "Post Blue" enfonce le clou avec sa basse énorme, avant une reprise façon remix funk-rock aquatique du "Je suis venu te dire que je m'en vais" de Serge Gainsbourg sur "I Came By To Let You Know That I'm Leaving". 

Crayon, Stanislas Blue, Gracy Hopkins - Faith (Clip, 2018)

 Cet EP est un magnifique exercice de funambulisme, au long duquel Crayon s'amuse à étirer le temps ainsi que la toile fragile de ses chansons minimalistes aux textures volatiles. Le choix, merveilleux, des invités vocaux y est pour beaucoup dans la qualité de cette oeuvre dans lequel chaque son est crucial. Et puis la petite réf à Gainsbourg sur la fin de l'EP ne me laisse pas de marbre. A écouter d'urgence !

Ecouter sur Spotify ou Deezer


Alexandre

dimanche 5 février 2017

Laurent Voulzy - Le Coeur Grenadine (1979)


  Cette semaine, la pop française est à l'honneur avec un classique du genre par jour jusqu'à dimanche. Des disques qui nous tiennent particulièrement à cœur et que nous considérons comme des classiques indépassables dans leurs genres respectifs.

  Bon, là on attaque du sérieux : le premier LP de Laurent Voulzy, sorti en 1979. Et si ce disque est assez peu cité, c'est une honte, car c'est à mon humble avis rien de moins qu'un des meilleurs disques de pop francophone (et j'irais même plus loin en disant de pop tout court) de tous les temps. Rien que ça, ouais. 

  Comment ne pas succomber à la mélancolie délicate du single "Le coeur grenadine", sa rythmique riche augmentée par une basse impeccable, sa guitare tire-larmes, ses cordes subtiles et ses synthés discrets. Et puis ce chant aussi naïf que touchant, à l'image du texte. De l'intro à la conclusion, Voulzy prend le temps de déployer ce titre, lui laisse l'espace nécessaire pour le faire s'épanouir, avec une musicalité inattaquable. Et le résultat, c'est que des premières secondes aux dernières, cette chanson a un souffle, un petit truc en plus, la marque des classiques instantanés. 

  La suite est aussi riche et variée qu'excellente. On a la pop-rock de "Hé! P'tite Blonde" compense son texte daté par un travail d'équilibre assez rare entre pop synthétique colorée et guitare nerveuse à ranger du côté du psychobilly plutôt que de la guimauve. Oh, et la romance aux choeurs sublimes et au cool jazzy de "Karin Redinger", avec pour le coup un texte très sympa et un chant merveilleux. Encore un classique. Comme "Grimaud", funky et émouvante à la fois, et dotée d'un rythme chaloupé d'une classe jamais égalée en métropole, et "Lucienne est américaine", pop-rock au son unique et au riff d'une violence inédite (mais relative) chez Voulzy.

  Comme aussi "En tini", où les origines guadeloupéennes de Voulzy et les musiques qu'écoutait sa mère ressortent de façon plus voyante (salsa, calypso, merengue, conga, reggae), pour un résultat absolument mémorable. On a une rythmique disco-pop là aussi complexifiée par des percussions antillaises sur la reprise du "Qui Est In Qui est Out" de Gainsbourg, habilement habillée de guitares et de synthés assez Blondie. On ne le dira jamais assez : le talent de mélodiste hors norme de Voulzy n'a d'égale que sa science des arrangements divins. Ça accouche d'un son très personnel, et vous n'entendrez jamais rien qui sonne comme ce Coeur Grenadine.  

  La classe inégalable du "Coeur Grenadine" est finalement égalée sur "Cocktail Chez Mademoiselle", où Voulzy se fait séducteur et joue sur l'interprétation dans le chant de façon assez incroyable, sur une musique aussi sexy que délicate et avec un texte mémorable. Un exemple de perfection pop assez indiscutable.

  Bref, on a sans aucun doute (en tous cas pour moi) un des meilleurs albums francophones (et tout court) de tous les temps, probablement le meilleur de Voulzy (ce qui est un sacré compliment), et donc un indispensable inégalé dans son genre, que vous vous devez, sinon de le posséder, au moins de l'avoir écouté dans de bonnes conditions (par exemple par ici). Dites m'en des nouvelles !

Alex

  

jeudi 23 juin 2016

La Playlist #8 - Dans les Oreilles d'Alexandre n°3



  C'est reparti pour un tour ! Revoilà une petite sélection de morceaux incontournables qui tournent en boucle dans mes écouteurs et sur mes enceintes en ce moment, en espérant vous faire découvrir de jolies choses. Les liens sont dans les titres des chansons si une petite écoute youtube vous tente.



  Ma chanson de Brel préférée, une des plus intenses (chez Brel ça veut dire quelque chose !), et un sacré monument de la chanson. Il y a tout : amour, émotions, poésie, humour noir, colère et critique de la bassesse humaine avec une plume acérée. 





  On reste dans les monuments de la chanson française, mais avec une ambiance plus légère. En effet, le Gainsbourg de 69 était funky et d'humeur estivale, et ce tube avec "Sous le soleil exactement" et "69 année érotique" invente une pop française gorgée de claviers soul, dopée à la basse, avec ce groove tranquille évoquant les aprèms à dorer au bord d'une piscine sur la French Riviera. D'ailleurs, de Phoenix à Arnaud Fleurent-Didier, les frenchies (mais aussi les anglo-saxons de Metronomy et ce cher Baxter Dury) sauront s'en souvenir quelques décennies plus tard. 



  On reste dans un esprit très estival mais avec un texte au fond plus sombre, parlant avec justesse des injustices quotidiennes subies par les femmes via un texte acide et des détournements de clichés bien sentis (cf le clip et l'image ci-dessus, pas représentatifs car à prendre au 3e degré jutement). Des claviers subtils comme chez James Blake, un chant clair entre pop à la Lorde (version mature) et acrobaties vocales presque jazzy, des ruptures, une gestion des silences et des breaks magistrale, de l'humour utilisé pour une juste cause et un talent de composition inné, que demander de plus ?



  Toujours dans l'été, le groove tranquille et les claviers cool, ce morceau avait tout pour finir comme un mauvais pastiche 80's (ces sons de synthé !), et pourtant arrive avec maestria a s'imposer comme une parfaite pop song. Et toujours ce chant légèrement écorché absolument irrésistible...



  Avec toujours ces claviers estivaux et cette ambiance languide de canicule, mais un rendu plus indie pop encore, les Still Parade arrivent à pondre un cousin à un de mes tubes de l'été personnels : "Aller Vers Le Soleil" de Sébastien Tellier. Ce synthé à la fois hédoniste, mélodique et mélancolique qui assène des accords consonants et ce chant affecté mais humble me bouleversent.




  Avec un traitement de la voix assez proche mais un background musical plus folk, voire country, les Whitney puisent dans cet héritage de la musique américaine, tels des The Band du 21e siècle, pour régénérer leur indie pop, et ça fonctionne à merveille. Si vous aimez, foncez sur le Woods de cette année, dans le même genre.




  Une des chansons les plus immédiates et ensoleillées de son dernier album, et pourtant ce n'est pas celle que j'ai retenue tout de suite, lui préférant la plus sombre "Not Enough Violence" aux relents house / électropop à la New Order. Pourtant ce refrain inoubliable qui ne me quitte désormais plus est un bijou, aussi kitsch que magnifique, et illustre bien ce que je disais pour Still Parade : ce qui me touche le plus en musique c'est bien ce mélange joie béate / mélancolie désespérée si bien exprimée par la pop de qualité.



  L'été, c'est la saison des synthés, mais aussi des duos mixtes. Et ça tombe bien, là on a les deux. Comme si Hazlewood et Nancy avaient enregistré au bord de la piscine. Irrésistible !



  On va finir avec du rock, parce que le concert de Ty Segall du 13 juin est le truc le plus génialement rock que j'aie jamais vu, et que son dernier album est une bombe. Après l'exercice de style vintage glam seventies de Manipulator, réalisé d'une main de maître et prouvant toute l'envergure que Segall pouvait prendre, cet Emotionnal Mugger prouve qu'il peut aussi innover et ouvrir de nouvelles portes au rock avec ce post-punk / garage mutant qui doit autant aux rythmes raides de Wire qu'à la démarche radicale et fun des Residents, qu'aux sons des scènes indus et noise, et au sexy inquiétant du glam. Et tout ça avec un line-up de tueurs. Bref, sur scène comme sur disque, Ty Segall est pour moi le patron incontesté du rock au sens sauvage du terme cette année.

Bonne écoute !

N'hésitez pas à donner vos avis sur ces morceaux en commentaire, voire à proposer une petite sélection de vos obsessions musicales du moment. 

Merci pour votre lecture et vos commentaire, et à bientôt ! 

Alex