Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes
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jeudi 12 octobre 2017

Laurent Voulzy - Timides et Jelly Bean (Chansons, 2017 et 2008)

  Extraite de Belem, le dernier album du musicien, "Timides" est une merveille. Ecrite alors qu'il n'avait que 17 ans, elle a ce petit truc, comme "Jelly Bean" sur Recollection (2008), qui la place bien au-dessus du reste du disque. Et qui la place directement dans mon panthéon personnel de l'artiste et plus largement de la chanson française, de la pop et de la musique tout court. Une guitare bossa calme, jouée comme ça, sans pression, un chant sensible, un texte naïf bien écrit. Il ne m'en faut pas plus. La chanson est dispo ici. 

Elle ne parle jamais 

Sauf quand elle murmure 
Elle ne sourit jamais 
Qu'en baissant les yeux 
Si seulement elle était un peu moins timide 
J'oserai lui parler devant elle 
Je serai moins stupide 
Dès que je la regarde 
Ses joues deviennent roses 
Quand je m'approche d'elle 
Ses mains semblent effrayées 

J'aimerai qu'elle se couche ce soir 
Avec un peu de fièvre 
Pour oser déposer un baiser 
Sur le coin de ses lèvres 

Elle ne parle jamais 
Mais moi je ne dis plus rien quand elle est là 
C'est ainsi que tout finira 


Par des la la li, des la la la 

J'aimerai lui chanter ma chanson à l'oreille 
Et passer doucement ma main dans ses cheveux 
Et ce soir l'emmener pour lui dire si j'en ai le courage 
Tous les mots que j'ai gardé pour elle 
Comme on ouvre une cage 
Elle ne parle 
Elle ne parle jamais 
Mais moi je ne dis plus rien quand elle est là 
C'est ainsi que ça finira 
Dans une chanson qu'elle n'entendra pas 

J'aimerai qu'elle se couche ce soir 
Avec un peu de fièvre 
Pour oser déposer un baiser 
Sur le coin de ses lèvres


  Quant à "Jelly Bean", elle a accompagné mes solitudes au lycée et au début de la fac, avec son texte auquel je pouvais m'identifier : ce petit gars fou de pop et de rock, un peu décalé, timide, plein de rêves, c'était moi ("Les filles aiment les mecs / Qui font les cakes en boîte / Moi, elle ne me trouvaient pas adéquat / Les voitures, le foot / J'en avais rien à foutre"). C'était un petit miracle pop, entre mélodie implacable, instrumentation pop 60's, ligne de chant fragile et belle, et texte (de Souchon) qui semblait écrit pour moi. Et c'est toujours un plaisir inouï de l'entendre cette chanson qui fait partie de ce qu'on peut faire de mieux en pop en France. Et ce n'est que justice pour moi de rendre ainsi hommage à un des plus grands musiciens de ce pays, injustement sous-estimé.

Laurent Voulzy - Jelly Bean (2008)

Ainsi va la vie
Mystérieuse, dérisoire
Ainsi va la vie, baby
Voici mon histoire
Oh yeah, yéyé
You know what I mean
Jelly Bean

Au début, rue Saint-Georges
Paris neuvième
J'avais cinq ans
Des ballons
Des choux à la crème
On était seuls avec ma mère
Tous les deux célibataires
You know what I mean
Jelly Bean

Et puis un jour
On est partis banlieue Est

Maman rêvait toujours de films
De danse, de gestes
Merengué, biguine
Dans la cuisine
You know what I mean
Jelly Bean

Le dimanche à la messe
Je m'habillais beau garçon
Pantalon qui pique
Une veste en carton
Une voisine divine : Evelyne
You know what I mean
Jelly Bean

Dans les établissements scolaires
O ou wo
Blue-jean, banane
O ou wo
Bebop, bebop
Chic
Ça devenait pop
You know what I mean
Jelly Bean

Je rêvais d'avoir un style
You know what I mean
Jelly Bean

Les filles aiment les mecs
Qui font les cakes en boîte
Moi, elles ne me trouvaient pas adéquat
Les voitures, le foot
J'en avais rien à foutre
You know what I mean
Jelly Bean

Moi, c'était pas non plus l'argent
Qui cloue l' bec
Qui rend le coeur sec
J'entendais à l'intérieur
Un air qui m'emportait ailleurs
You know what I mean
Jelly Bean

J'étais bien
Dans la salle de bain
Quand j' faisais mon cirque
Avec ma guitare en plastique
J'aimais me voir
Dans le miroir
You know what I mean
Jelly Bean

Dans une chanson, un jour, 
Je raconterai mon histoire
Ainsi va la vie
Mystérieuse, dérisoire

Je savais tôt ou tard
Qu'il fallait m'absenter
En tambours, en guitares
Que j'allais m'envoler
Je sentais comme des ailes
Pousser dans mon dos, la si do ré
Devenir immortel
Être dans les radios, adoré


Alex

dimanche 3 septembre 2017

Futuro Pelo - Swamp & son remix par Lewis Ofman (2017)

Futuro Pelo - Swamp (2017)

  "Swamp" est un excellent morceau de Futuro Pelo sorti cette année. Son chant principal à la Kevin Morby / Adam Green est soutenu par des choeurs à la "McCartney chantant du blues-rock", une orchestration pop-rock rythmée et jouissive, pleine de soul et tellement triturée par l'électronique qu'elle est comme remixée en direct. On pense beaucoup aux expérimentations de McCartney II, qu'on adore ici. On a même une voix féminine à la fin qui déclame quelques mots en français. Car oui, l'artiste est français, et vous le connaissez. Après avoir côtoyé la scène rock indé française (Mano Negra, Wampas), Benjamin Sportès de son vrai patronyme avait pondu en 2008 sous le pseudo Sporto Kantès, un tube électro-pop-rock nommé "Whistle", que vous avez forcément entendu quelque part ces 9 dernières années :

Sporto Kantès - Whistle (2008)

  Cet héritage "rock indé français" se retrouve davantage dans le morceau "Bluff", avec Agnès Aokky, qui vaut le détour, et qui est proche dans la démarche du travail du très recommandable Alister. 

Futuro Pelo & Agnès Aokky - Bluff (2017)

  Et "Swamp", que j'aime beaucoup, vous l'aurez compris, a connu cette année même un remix à la hauteur du titre original, signé par Lewis Ofman que l'on ne présente plus ici (si vous ne le connaissez pas, cherchez son nom dans la rubrique "Par Artiste" sur la droite de cette page, et vous pourrez découvrir nos chroniques de ses morceaux et EP ainsi que l'entretien que nous avons eu avec lui).

Swamp - Lewis Ofman Remix (2017)

  Le remix opte pour un angle très intéressant, plus aérien, moins fun et plus émouvant que l'original. Les accords cotonneux de Lewis Ofman insistent sur le côté chillwave et psychédélique de l'original (les choeurs rappellent MGMT), et l'intensité va crescendo dans une deuxième partie digne du meilleur de l'easy listening italien des années 60-70. Bref : du très bon.

  Le label Pain Surprise a donc fait un merveilleux travail en remettant sur le devant de la scène Benjamin Sportès, dont l'EP Bluff sorti il y a peu sous le nom de Futuro Pelo vaut vraiment l'écoute (je vous le recommande), et Lewis Ofman a offert un mix alternatif merveilleux de la meilleure chanson du lot. Bref, tout va bien dans le meilleur des mondes.

Alex






jeudi 15 décembre 2016

Perfect Week (Jeu Interblogs) - Jeudi Effort


  Cette semaine, nous participons au jeu interblogs PERFECT WEEK, lancé par El Norton sur Last Stop ? This Blog !. Les règles du jeu ? Pendant une semaine, un thème par jour est attribué, à charge aux blogueurs de proposer un morceau correspondant à ce thème (règlement complet ici).

Jeudi 15/12 - Effort : La chanson parfaite que l’on écoute le jeudi soir, au moment où l’on effectue ce footing hebdomadaire qui nous donne bonne conscience.


A : The Weeknd & Daft Punk - I Feel It Coming (2016)
En courant, j'aime autant les titres contemplatifs et mélancoliques que le gros son et les morceaux rythmés. Les deux permettent une certaine introspection et une relation particulière au paysage et à l'environnement du jogging, les rapports de force entre le "moi" et le dehors n'étant juste pas les mêmes. Le dernier album de The Weeknd, et plus particulièrement "I Feel It Coming", est fait de l'acier qui forge les tubes pop façon rouleau compresseur. On a donc cette impression de domination, de puissance. Mais, dans le chant d'Abel Tesfaye et dans la grosse mécanique de la production bien huilée, on entend encore les fêlures humaines qui émeuvent et permettent l'introspection. Le sex appeal du mainstream et l'intensité issue d'un glorieux passé indé. Le meilleur des deux mondes, en somme.

E : Late Of The Pier - Broken (2008)
Une riff de dératé avec quelques pauses quand même, faut pas abuser, le tout trempé à la sueur glam : c'est bon je suis prêt pour un marathon. L'énergie contagieuse de Late Of The Pier est un diament brut.

Alexandre & Etienne


dimanche 16 mars 2014

GRAND JEU / PART 4

   « There’s no future, no future, no future for you ! » 


Le disque que vous écoutez quand tout semble sans issue, 

histoire de se rouler dans le désespoir . 


Le choix d'Alexandre :




Richard Hawley - Truelove's Gutter (2009)



  Je vais encore vous parler d'un très, très grand album. C'est que j'ai la déprime élégante, quand j'ai besoin de me retrouver seul, souvent, la musique que je me passe est un magnifique album de crooner mélancolique. D'ailleurs, j'aurais très bien pu vous écrire ce billet avec un choix comme "In The Wee Small Hours" de Frank Sinatra.

  Mais aujourd'hui, nous parlons de l'immense Richard Hawley, le crooner de Sheffield, le plus américain des chanteurs anglais. Et de cet album parfait, qui fait partie des meilleurs de ces dernières années. Et qui est donc mon compagnon de solitude depuis pas mal de temps. 

  Sa musique s'approche du firmament, alternant entre passages plus intimistes avec sa guitare, dont il joue comme un dieu (c'est à dire, avec une sensibilité inouïe), et soutenu par un orchestre dans les moments les plus lyriques. Et que personne (je t'aurais prévenu Etienne), ne vienne me dire que c'est parfois trop arrangé. Tout est parfaitement dosé, les compositions sont hallucinantes de qualité et d'intensité, et sont sublimée par la voix magique de Hawley.

  J'ai lu un commentaire en anglais, je ne sais plus trop où, qui disait quelque chose comme "Un monde qui ne fait pas de cet homme une superstar est un monde qui marche sur la tête". J'approuve. Hawley est notre Presley, notre Sinatra, notre Scott Walker... Nous avons une chance incroyable de vivre en même temps que ce type., ne l'oublions pas 

  A ce sujet, merci à ceux qui comme j'essaie de le faire, font rayonner son œuvre, je pense notamment à la toujours délicieuse Es Chris aux goûts très sûrs, qui m'a convaincu d'acheter "Cole's Corner", que j'ai pris lundi dernier. Merci à toi !


  Si vous aimez ce qui est beau, c'est par ici : deezer, spotify.



Alexandre


  Le choix d'Etienne :

El Hadj N'Diaye - Géej ( 2008 )

     C'est un artiste que j'ai découvert il y a peu, tard la nuit d'un vendredi, l'ambiance était post festive, et là une amie eu la génial intuition de mettre ce superbe titre, Bonjour comment ça va et comment va la santé d'El Hadj N'Diaye, qui a bercé son enfance. Ce morceau rempli d'une douce simplicité mélodique et mélancolique eu alors l'effet d'une étoile filante dans un ciel vierge. Tout notre âme fut alors figé sur ce moment par cette voix intérieur, ce moment rare, précieux, fragile et céleste. Il me fallait alors me procurer au plus vite un album de cet artiste sénégalais, ce qui fut fait le lendemain dans ma médiathèque préférée, où quelqu'un de bon gout avait eu l'excellente idée de faire commander le troisième et dernier album de l’artiste, Géej, sorti en 2008.





     Après Thiaroye en 1998, Xel en 2001, voici un 12 titres nommé Géej ( "la mer" en wolof ) de 2008. "Chanteur à textes, conteur à chant", l'artiste sénégalais El Hadj N'Diaye ( à force de le répéter j'arriverai peut être à vous le faire retenir ! ) nous propose une balade engagée, sans peur de faire des vagues et d'aller à contre courant, pour parler de ces portés disparus de nos préoccupations, les naufragés d'un continent qui a le mal de mer, l'Afrique. Ce sont ces miliers de jeunes gens prêt à partir en pirogues pour un horizon meilleur en occidents, mais que le rêve happe d'une fatale vague ( représenté sur la pochette ). Ou bien les 2000 morts du Jolaa ( nom du 8ème titre ), navire reliant le sud du nord du pays et ayant sombré au large des côtes gambiennes en 2002. Mais c'est aussi du naufrage des politiques africains, la persévérance du néo colonialisme, et l’illusoire alternance voté en 2000 au Sénégal,  dont parle l'artiste sans détours, comme sur Dégueulasse, ou il critique et nomme la corruption généralisée des dirigeants.  
     Sur ce fond tragique et intimiste tinté de la mélancolie d'une sobre et profonde voix, se dégage un arrière goût de révolte contre cette fatalité du quotidien. Et c'est ça qui donne toute la force à cette composition grave et fragile, pleine d'arpèges. Il mélange alors les langues, le français, l'anglais, le wolof ( sa langue natale ) et même le japonais, pour rendre cette lutte universelle et mieux parler de cette vie de tous les jours.

     Malheureusement je n'ai trouvé aucun lien pour écouter l'album, je vous propose donc le seul titre de celui-ci disponible sur youtube : El Hadj N'Diaye - Boor Yi, en espérant qu'il vous donne envie de le trouver dans une médiathèque, ou de l'acheter écouter la suite.


Etienne