Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes
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dimanche 5 juillet 2020

Benjamin Biolay - Grand Prix (2020)


  Le premier single, "Comment Est Ta Peine" donne le ton de ce Grand Prix. Biolay prend de l'ampleur depuis La Superbe, et la presse comme le grand public ont fini, à force de disques pop et personnels et de tournées bien remplies, par comprendre l'artiste et l'accepter comme la grande figure de notre paysage musical national qu'il est. Cette chanson, d'abord, est très accessible, accrocheuse voire tubesque. Populaire. Radiophonique. Ensuite, elle applique le credo "orchestre à la papa sur beat électro" qu'a théorisé ce fan de XTC, avec un mariage électro-rock pas si étrange pour un fan de la pop music anglaise en général et de sa scène pop-rock Madchester influencée par la house en particulier. Le tout sonne également "variété chic" à la Julien Doré ou Juliette Armanet, sorte de pop néo-80's de magazine, aux accents funky (on pense aussi à la French Touch et au Random Access Memories des Daft Punk).  

Benjamin Biolay - Comment Est Ta Peine (Clip, 2020)

  Et cette orientation est bien présente sur le reste du disque. Comme "Visage Pâle" et sa guitare insistante -un peu trop répétitive- assez typique de l'époque... Mais je chipote, le reste (texte, mélodie vocale, arrangements...) est brillant. Mention spéciale aux gimmicks (et au solo final) de synthés. Il y a quelques facilités inhérentes au style qui affadissent un peu les morceaux tels que "Comme une Voiture Volée", au refrain certes mémorable mais qui sonne un peu comme du BB Brunes période synthés (en étant un peu taquin). C'est quasi inintéressant sur "Grand Prix", très plate, et "Papillon Noir" peu inspiré, qui fait tourner en boucle une idée semi-intéressante façon Clara Luciani (j'ai rien contre elle c'est presque sympa, mais ses morceaux sont vraiment redondants, et trop scolaires : c'est vraiment ce que je reproche aussi à ce morceau de Biolay, il traine et boucle jusqu'à l’écœurement). Bon, et pour mentionner "Vendredi 12", il l'a déjà faite en mieux cette chanson façon Bashung aux cordes pincées, un peu jazzy, c'est pas nul mais pas mémorable du tout. 

Benjamin Biolay - Visage Pâle (2020)

  Le côté rock français (Saez, Noir Désir) d'"Idéogrammes" m'a fait un peu bondir à la première écoute, j'y entends un mélange de trucs discutables (le riff principal, bien gras) et de trucs géniaux (ce refrain qu'on voudrait reprendre en choeur dans une salle de concert ou un pub, ces cloches originales, ces cordes majestueuses, ce final rock orchestral ample et prenant). Au final, plutôt un bon morceau même s'il réveille chez moi quelques traumatismes musicaux (non désolé mais à mon humble avis, "un homme pressé" et "jeune et con" c'est naze, vous ne me ferez pas changer d'avis). C'est marrant, "Ma Route" me fait penser à du Renaud dans la diction en début de morceau, et au final le morceau se révèle très sympathique.

  Bon, là vous devez vous dire que je déteste l'album à ce stade de la chronique. Certes, j'ai évoqué 3-4 morceaux pas passionnants, mais l'ensemble de ce que j'ai cité jusqu'à présent s'écoute tout de même très bien et il y a quelques morceaux vraiment très bons ("Comment est ta peine ?", "Visage Pâle", "Ma Route") et d'autres qui ont fini par être très attachants ("Comme une Voiture Volée", "Idéogrammes"), les autres étant loin d'être affreux et contenant de belles idées. Mais vous auriez surtout tort de penser ça, car toute la fin de l'album est absolument parfaite.

Benjamin Biolay - Où est passée la tendresse ? (Live France Inter, 2020)

  Ca commence par un "Virtual Safety Car" quasi instrumental, aux influences French Touch et Julian Casablancas, ça enchaîne sur la funky "Où est Passée La Tendresse", la très chanson française "La roue tourne", sorte de suite lointaine à "Ton héritage", toutes très réussies : touchantes, dansantes, élégantes, mélodiques, ce sont de grandes chansons. Et puis il y a les deux dernières, deux de mes petits coups de cœur, "Souviens-toi l'été dernier", disco-funk sensuel à l'autotune séduisante (ça lui va très bien à Biolay), et "Interlagos (Saudade)" qui me prend à la gorge avec son riff bossa doux-amer, le chant féminin du refrain qui troue le coeur, et sa rythmique moderne hyper efficace. C'est mélancolique, sexy, ensoleillé, comme un "L'Anamour" moderne, comme un crooner produit par Polo & Pan ou Lewis Ofman. C'est magnifique. 

Benjamin Biolay - Souviens-toi l'été dernier (2020)

  Bref, à la manière de Volver, c'est un disque populaire, un peu inégal mais globalement moderne, accessible et pop, qui tire un peu dans plusieurs directions en même temps, qui offre quelques explorations bienvenues, quelques mélodies instantanément classiques, quelques textes bien sentis, et l'interprétation de Biolay, qui gagne en épaisseur et en charisme à chaque sortie. Un bel album, donc, dont les couleurs estivales font du bien en ce moment.

Benjamin Biolay - Interlagos (Saudade) (2020)

Mes morceaux préférés : Souviens-toi l'été dernier, Interlagos (Saudade), Où Est Passée La Tendresse, Visage Pâle, Comment Est Ta Peine, La roue tourne

Ecouter sur Spotify ou Deezer

Alex



vendredi 26 juin 2020

LA Priest - Gene (2020)


  Avec les Late Of The Pier, sous le nom Soft Hair en duo avec Connan Mockasin, ou en solo avec Inji, son album de 2015, Sam Dust alias LA Priest est un des rares artistes qui arrive à me toucher à chaque fois qu'il fait un truc depuis 10-15 ans, avec un petit truc en plus, un renouveau, tout en gardant sa patte électro-rock de weirdo magnifique. Ce dernier album, Gene, bricolé en grande partie sur des machines qu'il a lui même construites, continue sur cette lancée magnifique. 

LA Priest - Rubber Sky (Clip, 2020)

  Les guitares, noyées dans le chorus et quelques autres effets aquatiques, sont toujours en avant, appuyées par des basses bien rondes, des beats mécaniques, quelques synthés et bidouillages programmés bien sentis, et par cette voix qui est de plus en plus assurée et tente des choses avec ou sans effets pour l'habiller et la triturer. Le début de l'album est génial, avec "Beginning" comme mise en bouche pour installer l'ambiance et groover d'entrée de jeu, avant l'électro-rock funky et tubesque de "Rubber Sky", sorte de rêve humide de tout auditeur de Radio Nova (et de votre serviteur, par la même occasion), entre Prince, Metronomy, Sly Stone, dub et acid house revisitée façon dance-punk/nu-rave. Alors quand vient le single "What Moves", on est déjà cueillis, et sa pop-funk chaloupé et doucement psychédélique nous termine. 

LA Priest - What Moves (Clip, 2020)

  Il y a quelque chose de très intimiste, vivant, organique, isolé, presque champêtre ou bucolique dans cette musique. Les grésillements, la saturation, les choix de mixage, tout rend la prod pourtant en partie électronique plus vivante que la plupart de celles des groupes à guitare poussés par les grandes majors. C'est un disque de printemps/été, à la manière de quelques McCartney solo(RAM, McCartney III), ça s'entend très bien sur des titres comme le délicat interlude "Peace Lily", mais aussi sur la déchirante "Open My Eyes"

  Le style unique de LA Priest est une sorte de synthèse bluffante entre des centaines de styles musicaux différents. Comment classer un morceau comme "Sudden Thing", avec un peu de soul, de jazz, des notes de blues psychédélique, de l'électronique... C'est hors du temps, c'est grandiose. 

  Plus identifiables, "Kissing of the Weeds" fait usage des machines (et du chant) avec une gourmandise et un style qui rappelle Thom Yorke, tandis que "What Do You See" commence franchement reggae avant de partir en complainte rock futuriste et de retourner à la case départ avec un clavier cheap.

LA Priest - Live From The Shed (2020)

  Il n'y a pas d'album de LA Priest sans divagation électronique déconstruite, absurde, surréaliste et jouissive à la Mr Oizo sous acides, ici c'est "Monochrome" qui remplit à merveille ce rôle, suivie par le diptyque final "Black Smoke"/"Ain't No Love Affair".

  Bref, vous l'aurez compris j'en attendais beaucoup et je n'ai pas été déçu. En plus de ça, les versions live de ces morceaux sont vraiment folles, et mon admiration pour Sam Dust atteint des sommets en ce moment.

A écouter absolument, sur Spotify ou Deezer par exemple

Alex

vendredi 19 juin 2020

Ric Wilson & Terrace Martin - They Call Me Disco (2020)


  Ric Wilson est un rappeur de Chicago, qui a une affinité particulière pour les instrumentaux disco-funk. C'est donc assez logique qu'il se soit associé pour cet EP avec le génial Terrace Martin, multi-instrumentiste de talent qui a fait ses preuves en hip-hop, en jazz, en soul, en funk et même en musique classique. Vous l'avez probablement déjà entendu sans le savoir en collaboration avec Snoop Dogg, Kendrick Lamar, ou Herbie Hancock, entre autres.

  Et cet EP est bluffant. Entre débuts du hip-hop période Sugarhill Gang, Snoop Dogg période "Sensual Seduction" et productions actuelles de la galaxie The Internet / Thundercat / Mac Miller / Stones Throw, le disque fait mouche d'emblée ("Breakin Rules"). La voix acide de Ric Wilson, quelque part entre Boosie Badazz et Lil Wayne, son timbre nasal, les légères inflexions autotunées, donnent beaucoup de charme et de personnalité à l'ensemble. 

Ric Wilson & Terrace Martin - Move Like This (Clip, 2020)

  Les glorieux ancêtres funk, de Bootsy Collins à Chic, sont évidemment partout en filigrane, tout comme leurs réécritures récentes par des gens comme Pharrell Williams ou Dâm-Funk (les géniales "Don't Kill The Wave", "Move Like This").

  Le petit feat rnb avec BJ The Chicago Kid ("Chicago Bae") passe super bien, donnant un petit côté Don Toliver à la track, tandis que sur "Before you let go" avec Malaya et "Beyond Me" avec Kiela Adira évoquent les magnifiques collaborations de Tyler The Creator et Kali Uchis.

  Bref, l'EP passe trop vite et on en redemande tant ce funk-rap discoïde est d'une fraîcheur et d'une qualité indiscutables. 

Mes morceaux préférés : Breakin Rules, Don't Kill The Wave, Move Like This



Alex




lundi 18 mai 2020

Geraldine Hunt - Can't Fake The Feeling (Single, 1980)


  Aujourd'hui, je vous propose de réécouter un superbe single de disco-funk, qui a été numéro 1 des classements dance en 1980, mais trop peu reconnu et ressorti ces derniers temps, "Can't Fake The Feeling" de Geraldine Hunt. Si vous êtes amateurs de Chic ou des Crusaders, ça va vous plaire croyez moi. 

  Cette guitare à la Nile Rodgers (avec un très court solo final), cette basse bondissante soutenue par un beat pas trop écrasant (petite mention aux délicats handclaps), ces petits claviers jazzy et puis cet orchestre qui soutient le tout et lui donne une ampleur : tout ça forme un tapis magnifique pour la voix impériale de la diva et a joliment traversé les années.

Alex


mardi 28 avril 2020

Shabazz Palaces - The Don of Diamond Dreams (2020)


  Nous allons aujourd'hui parler du duo formé de Ishmael Butler (alka Palaceer Lazaro aka Butter Fly du groupe de rap Digable Planets, formé en 1987 et grosse référénce du genre) et du producteur et multi instrumentiste Tendai Maraire. Ces deux-là sont des iconoclastes, allant se faire signer sur Sub Pop puis Rough Trade, des labels très connotés rock, et tentant d'inventer leur propre musique, à l'écart des modes, des puristes et du mainstream tout en piochant le meilleur des deux et en prenant le partie de l'avant-garde accessible. J'ai commencé à écouter Shabazz Palaces avec leurs 2 incroyables albums de 2017, qui m'ont pas mal scotché. Du coup ce Don Of Diamond Dreams est le premier dont j'ai vraiment attendu la sortie, et il est vraiment à la hauteur, avec des influences venues du funk, de la trap, du jazz, du rap sudiste chopped & screwed, du rock psychédélique, de l'électronique, du rnb et même de l'emo-trap (le fils de Butler est connu dans le genre sous le pseudo Lil Tracy et a fait partie de l'influent collectif GothBoiClique, pionnier du style). 

Shabazz Palaces - Ad Ventures (2020)

  Le premier morceau, "Ad Ventures" démarre comme du Suicide avant de virer funk psychédélique et électronique, entre une ambiance vénéneuse devant autant à Sly Stone et George Clinton qu'à D'Angelo, A Tribe Called Quest et Miles Davis. Le tout lié par un flow rétro-futuriste, vocodé mais plutôt droit, à l'ancienne. Une guitare rock, des claviers à la Martin Rev et un beat hip-hop 80's fortement reverbéré constituent la prod de "Fast Learner", qui lui a droit à une autotune un peu T-Pain sur les refrains de Purple Tape Nate. Ces deux morceaux excellent dans une relecture moderne de genres musicaux avant-gardistes à leur époque, entre afrofuturisme et rétro-futurisme, et les re-contextualisent en 2020. "Wet" pousse un peu plus loin sa démarche en faisant dans l'hypermoderne : prod plus abstraite, cadences variées du flow, certaines post-trap, effets modernes, tout en gardant un lien avec le passé (cette basse jazz-rock divine).

Shabazz Palaces - Fast Learner (Clip, 2020)

  La suite continue dans la lancée, et on se rend compte en attaquant l'excellent single "Chocolate Souffle" que le disque pourrait être une parfaite introduction à Shabazz Palaces tant il est relativement accessible à des gens venus du rock, du jazz, du funk, du rap ou même de l'électronique ou de la pop. "Bad Bitch Walking" (avec Stas THEE Boss) est peut-être encore plus immédiate, son rnb funky pouvait autant ravir les nostalgiques de Quincy Jones et Parliament que ceux des Neptunes et de Timbaland, tout en contentant les fans du funk futuriste de Stones Throw et du rap le plus moderne. Du même tonneau, et rappelant également l'excellent projet 7 Days Of Funk du génie Dâm-Funk et de l'autre génie Snoop Dogg, "Money Yoga" (avec Darius) charme tout de suite avec ses synthés accrocheurs, ses samples vocaux et son flow laid-back, tout en n'oubliant pas de jouer avec l'autotune pour moderniser ses interventions rnb, tout en ajoutant des cuivres jazz.

Shabazz Palaces - Chocolate Souffle (Clip, 2020)

  Après cette série de morceaux plutôt lumineux et évidents, retour à du plus expérimental avec "Thanking The Girls", qui obsède en jouant habilement sur une impression de surplace tant dans la prod que dans le flow, amplifiant ainsi chaque variation et chaque petite montée en tension. Malin. L'album se conclut sur l'instrumental nostalgique, cinématographique, grandiose et magnifique "Reg Walks By The Looking Glass", entre jazz et rock psychédélique (avec Carlos Overall). 

  Ce disque est un grand disque de plus dans la discographie de Shabazz Palaces, et son mélange entre tradition (jazz, funk, rock, rap...) et modernité (électronique abstraite, trap, emo-rap...) fait une de fois encore mouche. La balance expérimentation/accessibilité et la concision de cet album jouent également pas mal en sa faveur et nous forcent à faire une seule chose : appuyer sur replay.


Alex


mercredi 22 avril 2020

TOPS - I Feel Alive (2020)


  Les TOPS nous avaient charmés avec leur précédent opus en 2017, et les singles de cet album étaient à l'avenant, c'est donc avec hâte qu'on s'est plongés dans ce I Feel Alive tout frais sorti. 

TOPS - I Feel Alive (Clip, 2020)

  Si l'album opte pour une production plus grosse, plus moderne aussi, un peu plus "gros son" tout en étant plus clean, on retrouve sa patte sans problème et les tubes sont toujours là. Comme "Direct Sunlight", et son groove néo-disco avec basse slappée, synthés qui éclaboussent et flûte, qui marqué d'entrée de jeu pas mal de points et se termine presque dans une ambiance jazz smooth. 

TOPS - Direct Sunlight (2020)

  Puis viennent les grands moments de pop indé : "Colder & Closer" (plus électro-pop), la géniale "Witching Hour""I Feel Alive" et sa guitare british 80's, ainsi que sa production grandiose pas si loin des sommets de Tennis"Pirouette" mêle habilement influences funky et pop-rock indé, avec un chant susurré, le tout rappelant Niki & The Dove -ce qui est un grand compliment pour ma part- tout comme "Looking to Remember", "Too Much" et "OK Fine Whatever".

TOPS - Colder & Closer (Clip, 2020)

  Autre morceau de pop indé néo-80's post-Smiths et post-DIIV, la sautillante, "Drowning In Paradise" possède quelques mots en français. Les morceaux moins immédiats se révèlent être des réussites totales, comme "Ballads & Sad Movies", très Kate Bush, ou "Take Down", son ambiance de velours, avec son je-ne-sais-quoi de Sade.

  C'est un petit bijou du genre : frais, immédiat et doté de cette évidence pop qui touche à la grâce.

Mes morceaux préférés : Direct Sunlight, I Feel Alive, Pirouette, Ballads & Sad Movies, Witching Hour, Colder & Closer


Alex


jeudi 16 avril 2020

Don Toliver - Heaven Or Hell (2020)


  Don Toliver est un jeune chanteur/rappeur de Houston, Texas, qui a commencé à se faire connaître sur internet et s'est fait un nom avec son premier projet/mixtape, le très bon Donny Womack (2018). Son timbre guttural et nasal à la fois, entre Cee-Lo Green, Akon et Gunna, le différence vraiment de la masse et le pousse à être plus mélodique que la moyenne. Ses goûts, un peu plus rnb voire soul, avec une prédilection pour les ambiances électro-funk nocturnes et introspectives, le poussent parfois vers un terrain où la trap se fait psychédélique. Ça n'a pas échappé à un autre texan, passé maître dans l'art du repérage et de l'association de talents, Travis Scott. Ce dernier a fait passer un échelon à Toliver en le mettant en valeur sur son morceau "CAN'T SAY", issu d'Astroworld (un des plus gros albums de 2018). Le morceau, très bien reçu, a fait gagner le Don en notoriété et a démarré la hype sur la suite de sa carrière.

  Scott l'a e également signé sur Cactus Jack pour Don Toliver puis sur son nouveau label JACKBOYS, lancé par une compilation maison sortie il y a quelques mois. La vraie star de ce court projet était peut-être Toliver justement, qui y brillait un peu plus fort que les autres, avec une envie d'en découdre qui transpirait de sa voix à chaque intervention et volait la vedette aux autres.

Don Toliver - After Party (Clip, 2020)

  Ce premier album, Heaven Or Hell, est donc son grand moment, et si ça sortie semble rapide depuis son ascension, comme pour surfer sur la vague, on peut relativiser en se rappelant que son dernier long format a presque 2 ans. On reconnaît en tous cas sur ce projet tout de suite ce qui a fait son charme ailleurs : sa voix nasale au timbre unique, et son goût pour les production électroniques nocturnes, un peu 80's, un peu funky et mélancoliques à la fois. En parlant des prods, malgré le formatage trap, elles ont toutes un petit quelque chose d'unique et son assez denses, généreuses, et loin d'être simplistes, et ont indiscutablement gagné en calibre depuis Donny Womack, on sent que le budget est là pour payer des producteurs de talent. 

  L'album commence fort, "Heaven Or Hell" ambiance tout en gardant une ambiance brumeuse comme chez Scott. "Cardigan" est instantanément marquante, et "After Party" est un tube aux sonorités très "scottiennes", avec ses samples dissonants et bordéliques et ses guitares western. Étrange, mais réussie, "Euphoria" met davantage en valeur les invités (Travis Scott et Kaash Paige) que Toliver, mais permet également de varier les voix, sur un morceau à l'instru plutôt épurée et pop (piano très en avant), ce qui permet à la voix de Toliver de faire son petit effet lorsqu'elle débarque au 2e tiers de la track. La plus rnb "Wasted" fait également bien le taff, portée par une instru primesautière et un refrain aussi mémorable que léger.

Don Toliver - Can't Feel My Legs (Clip, 2020)

  Le coeur du disque se révèle prenant, avec la géniale "Can't Feel My Legs" qui pousse l'aspect électrofunk à fond, pas si loin de The Weeknd sur ce terrain, et se révèle être ma préférée sur ce LP. Entre Scott, Kanye West et Kid Cudi, avec des inspirations rock, "Candy" est un petit monument de pop-rap où l'on sent l'apport du maestro Mike Dean. Après ces deux moments de bravoure, assez exceptionnels, la belle et vaporeuse "Company" remet les compteurs à zéro et fait redescendre la pression, magnifiée par des apports électroniques assez bien sentis et pas banals, et une outro magnifique (beat, guitare et piano au top). Tout ça pour débouler sur "Had Enough", autre tube, avec son intro beat + orgue soul et sa virée trap assistée par les 2/3 de Migos (Quavo et Offset) et quelques flûtes de pan synthétiques. Mine de rien, elle fait bien la jonction entre deux ères du rap (bien audibles ici grâce à la prod co-signée par TM88, El Michels et Mike Dean).

  La fin du disque est également réussie. "Spaceship" tente des trucs, avec une ambiance synthétique et répétitive, de science-fiction, quelque part entre Eternal Atake de Lil Uzi Vert et les prods de Pi'erre Bourne musicalement, avec un feat de Sheck Wes surprenant au premier abord mais qui sert vraiment bien le morceau au final. "No Photos" est un morceau de trap'n'b/pop assez standard dans la forme, très Travis Scott là encore, mais rehaussé par quelques bonnes idées (les voix démultipliées du premier couplet, les détails de prod et les arrangements soignés). De la même façon, "No Idea" est transcendée par le falsetto irréel de Toliver et est une belle conclusion à un album très solide. 

Don Toliver - No Idea (Clip, 2020)

  Globalement, ce disque est charmant, assez original -même si dans la lignée directe de Travis Scott- plein de personnalité, d'amour de l'artisanat musical, et d'enthousiasme.

Mes morceaux préférés : Heaven Or Hell, Cardigan, After Party, Can't Feel My Legs, Candy, Company Had Enough, No Idea



Alex


vendredi 28 février 2020

Steve Spacek - Houses (2020)


  Le producteur australien Steve Spacek s'est lancé un genre de défi artistique sur cet album : composer sa soul cosmique avec des applis pour tablettes et smartphone. Ça a l'air con dit comme ça, mais parfois une limitation technique pousse un artiste à se dépasser pour faire du nouveau, du frais, du bon, dans un cadre inhabituel, et c'est clairement le cas ici. 

Steve Spacek - Rawl Aredo (2020)

  Entre nu-soul chaude, jazz malicieux, P-Funk psychédélique, rnb, musique de jeux vidéos, house, techno... les influences se mêlent, dans un jeu avec les sonorités qui font cohabiter la froideur de l'électronique et l'âme de ces musiques, mettant à profit la rythmique mécanique de la machine pour mieux mettre en valeur le groove naturel de l'humain ("Rawl Aredo"). La voix apporte pas mal à l'ensemble, contribuant à la forte personnalité du disque, et le rapprochant de créatifs à cheval entre pop, soul/funk et hip-hop comme Steve LacyMatt Martians ou Thundercat ("Waiting 4 You").

Steve Spacek - Waiting 4 You (2020)

  Les détours psychédéliques, aussi fun que du George Clinton et explorateurs comme chez Flying Lotus ou le regretté Ras G (la bouillonnante "Where We Go", la déconstruite "Higher Place"), inscrivent le disque dans une certaine filiation, et les influences house et techno 80's raccrochent les wagons avec les précurseurs de Chicago et Detroit ("Tell Me"), voire même avec les expérimentations groovy de l'électrofunk post-disco ("Songlife"), tandis que "African Dream" va chercher dans les avant-gardes actuelles de l'électronique des Caraïbes, d'Afrique et d'Amérique du Nord (il y a un peu de footwork là dedans). On a même droit à un petit détour entre post-dubstep et futurefunk/nu-disco sur "Love 4 Nano". C'est souvent tellement riche de sons, d'influences et de rythme qu'on a bien de la peine à décrire le morceau, comme "Single Stream" entre calypso, Marvin Gaye, Timmy Thomas, Gonjasufi et dub.

Steve Spacek - African Dream (2020)

  L'album est très concis (9 titres, même si certains passent les 7 minutes) et il est agrémenté de 4 morceaux bonus également très bons, ("Bright Eyes Rev", "Child Insperation", "Who Cares", "Yu Used to Love Me"). C'est pour ma part une découverte totale et une sacrée claque. Au-delà de la performance technique, c'est un inspirant exemple de créativité et de maîtrise de ses influences musicales tout en exprimant une personnalité forte. Ce disque, qui ne ressemble à aucun autre, dégage une aura unique, et réinvente à son échelle l'électronique à sa sauce, et c'est un sacré exploit.

Mes morceaux préférés : Waiting 4 You, Rawl Aredo, Tell Me, Single Stream, African Dream


Alex


samedi 22 février 2020

Tame Impala - The Slow Rush (2020)


  Tame Impala, c'est sans doute le plus gros groupe pop-rock de la décennie qui vient de s'écouler. Repéré avec le cotonneux psychédélisme d'Innerspeaker (2010), le vraix/faux groupe de Kevin Parker explose avec le mix John Lennon/ Todd Rundgren / Dungen / Air de Lonerism (2012), véritable néo-classique rock qui traite son matériel de base avec une vision post-moderne, post-sample et post-revival. Il réussit ensuite un tour de force en enchaînant un autre chef-d'oeuvre avec Currents (2015), qui pioche dans la pop synthétique, l'électronique et le rnb des idées pour régénérer le son du groupe et injecte ces nouvelles influences dans des chansons mémorables. A ce stade, il est une superstar, qui passe à la télé, remplit les salles, figure en haut des affiches des festivals, influence des centaines de groupes, et peut collaborer avec pas mal d'artistes venus d'horizon divers, de la pop (Mark Ronson, Lady Gaga) et surtout du hip-hop (Kanye West, Theophilus London, Travis Scott). Ce qui a à la fois participé à sa renommée (il a été repris par Rihanna), et à sans doute ouvert Parker à d'autres manières de concevoir sa musique.

  Finalement, après tant d'albums réussis tout au long d'une décennie de succès publics et critiques, ce quatrième LP commençait à ressembler à un sacré défi. Comment se renouveler ? Que faire ? C'est sans doute le lot de tous les musiciens qui atteignent un succès qui les dépasse, et peut polluer leur appréciation de leur propre musique, en y calquant ce qu'ils pensent qu'on attend d'eux. Ça s'est senti dans la conception de The Slow Rush, dont la sortie a été repoussée d'un an, et dont quelques extraits partagés sur les réseaux et un single, l'excellent et bien nommé "Patience" ont été écartés.

Tame Impala - Patience (2019)

  Ce single, bien que finalement rejeté de la tracklist finale, laissait deviner une esthétique entre soft rock classieux, disco richement produite à la Studio 54, et accents prog-rock synthétiques, le tout passés à la moulinette psyché pop du groupe. Malheureusement, il a été reçu assez froidement sur le coup par internet, globalement, alors que c'est le genre de morceaux qui se révèle au fur et à mesure des écoutes. C'est quelque chose d'assez caractéristique de cet album sur tous les plans. 

  D'abord sur la direction artistique, on est clairement sur cette voix, entre pop psychédélique, prog-rock plus ou moins électronique, disco-funk, et yacht rock. Entre Hall & Oates, Genesis, Ashra, Daft Punk, Supertramp, 10cc, Steely Dan, Pink Floyd, Michael McDonald, Fleetwood Mac, Bee Gees, Earth Wind & Fire, Air et d'autres... Finalement, des influences assez rock FM 70-80 qui ont toujours traversé la musique de Parker, surtout depuis Currents, mais qui sont mises davantage en avant ici. Pas de grande réinvention stylistique, mais une direction artistique assez nette, mise en valeur par des artworks sublimes que n'auraient pas reniés nombre de groupes de l'époque.

  Ensuite, sur la réception et la qualité de cet album : presque tous les singles ont été reçus mollement, et finalement, à la sortie du disque, beaucoup sont cités comme les morceaux préférés de pas mal de gens. Cela démontre bien que, comme "Patience", The Slow Rush est un album qui s'apprécie sur la durée, à la réécoute, en laissant ces morceaux faire leur chemin dans votre cerveau. Et finalement, entre la continuité stylistique légèrement déviée vers des influences pas si vendeuses que ça (trop vieilles pour les jeunes, trop pop pour les puristes...), et ces morceaux pas forcément percutants à la première écoute mais qui prennent leur envol au fil du temps, Parker n'a pas choisi la facilité pour cet album, tant on sent qu'un album plus frontalement contemporain, tubesque et tourné vers la pop, l'électronique ou le hip-hop aurait été attendu par pas mal de gens.

Tame Impala - One More Year (2020)

  Pour parler plus en détail du contenu du disque, je vais commencer par dire que Tame Impala sait soigner ses intros, et ce sur chacune de ses sorties. Ici, "One More Year" pose d'emblée une ambiance unique, avec son vocodeur trafiqué dans tous les sens et sa prod qui sonne comme un remix par Jamie xx d'un vieux Hall & Oates. Cette dernière caractéristique est d'ailleurs une constante du groupe, amplifiée par ses collaborations électro et rap : Kevin Parker est un producteur qui sait composer un morceau à l'ancienne, dans n'importe quel style musical du passé, et qui ensuite va le sampler, le remixer à sa sauce, rajouter des lignes instrumentales jouées par dessus etc... jusqu'à brouiller les pistes entre sampling, programmation, et jeu. 

  Ce qui fait de ce groupe bien plus qu'un énième groupe de revival. Aucun des morceaux ici n'est un pastiche, parce que ce clavier qui vous apparaît prog peut virer à l'eurodance en un instant, ce beat qui vous paraît funk part sur de la house en deux secondes, etc. Tous ces éléments sont vraiment utilisés comme des briques, avec lesquelles on peut jouer dans tous les sens, et sont toujours détournées de façon créative, nouvelle, belle et fun, contribuant à brouiller vos repères stylistiques et à vous laisser dans un flou musical assez jouissif.

Tame Impala - Borderline (2020)

  Le morceau le plus proche de "Patience" est sûrement "Borderline", sorti juste après et remixé un peu depuis pour lui donner une tonalité plus électrofunk, et un impact finalement assez proche des tubes de Currents. Quelques morceaux disco-pop euphorisants comme "Instant Destiny", "Is It True" et "Breathe Deeper" poursuivent dans cette lignée. Et puis le très pop "Lost In Yesterday" qui part vers des horizons nu-disco avec sa ligne de basse massive et son instrumental funky. Plus frontalement house, "Glimmer" étonne presque et réussit le pari de recontextualiser une électro "à l'ancienne" dans un contexte pop-rock.

Tame Impala - Posthumous Forgiveness (2020)

  Dans un style plus rock, "Posthumous Forgiveness" est un morceau de bravoure, une longue épopée électro/prog-rock, passée à la moulinette du sampler pour lui donner des proportions épiques comme l'excellente "Let It Happen" dans l'album précédent. Il y a aussi "Tomorrow's Dust", entre Air et pop post-trip-hop des années 90-2000, portée par une délicate petite guitare, et "On Track", qui sonne autant Lennon que Lonerism, mais là encore avec une électronique davantage mise en avant.

Tame Impala - It Might Be Time (2020)

  Mais mon morceau préféré ici, c'est sans doute "It Might Be Time", sorte d'équilibre parfait entre tous les styles de Tame Impala au cours de leur discographie, avec un peu de Supertramp dedans. Un vrai bijou, un classique instantané. Dans la même lignée, la longue et épique "One More Hour" est assez terrassante, avec ses grosses guitares, ses multiples parties qui s'emboîtent, on se croirait chez Pond dans la première partie du morceau, avant une deuxième partie pop angélique devant laquelle on reste béat, cloués par ce bon vieil artifice de coller une guitare saturée en fin de morceau.

  The Slow Rush n'est probablement pas le plus percutant des albums de Tame Impala, probablement pas leur meilleur d'ailleurs. Mais c'est tout de même un album plus que solide, fourmillant de détails dans lesquels se perdre lors des réécoutes. C'est une intéressante suite directe à Currents, réussie sur une ligne légèrement différente, et c'est déjà beaucoup.


Mes morceaux préférés : One More Year, Borderline, Posthumous Forgiveness, It Might Be Time, One More Hour

Ecouter sur Spotify ou Deezer

Alex





mardi 11 février 2020

Pet Shop Boys - Hotspot (2020)



  Toujours se méfier des avis un peu hâtifs en pop. J'ai failli ranger un peu vite ce Pet Shop Boys avec leurs sorties précédentes, c'est à dire une série d'albums éminemment sympathiques mais assez inhomogènes, avec quelques tubes géniaux et un peu de remplissage, moins accrocheur ou plus daté niveau son. Mais celui-ci, même s'il n'est pas parfait, me semble plus complet, concis et réussi de bout en bout. 

Pet Shop Boys - Happy People (2020)

  L'intro n'a pas aidé, "Will-o-the-wisp" est en effet un gros banger EDM, pas très subtil, mais finalement à la réécoute ce gros son passe très bien et pose les bases emphatiques, bigger-than-life, d'un album qui réussit par instants à capturer à nouveau le panache maximaliste des grands titres des PSB. Qui fonctionne par exemple davantage que "Dreamland", titre plutôt mineur en collaboration avec le groupe électro-pop Years & Years, que je trouve assez surcotés et inintéressants.

  Dans le genre gros singles, "Happy People" est réussi, et j'ai tout de suite accroché à son ambiance hédoniste, sorte de mixe entre house à piano et vieille eurodance avec couplets parlés/rappés comme aux débuts du duo. La synthpop d'"I Don't Wanna" est également assez intemporelle, c'est un bon petit bonbon pop un peu dark sur les bords, à l'esthétique étrangement proche des regrettés Où Est Le Swimming Pool (c'est assez bluffant, mais ces derniers ont dû écouter pas mal de PSB à l'époque). Le disco revisité de "Monkey Business" est un autre grand moment de débauche, tandis que "Wedding In Berlin" pousse le pompier à des sommets dépassant de très loin les excès de "Go West", et son mauvais goût très anglais amuse beaucoup à défaut de convaincre musicalement.

Pet Shop Boys - Only The Dark (2020)

  Il y a également quelques ballades romantiques, comme l'autotune/piano à la prod clinique mais tendre de "You Are The One", très réussie dans son genre, et de la plus mièvre mais mignonne "Hoping For A Miracle". Ultra kitsch, "Only The Dark" pourrait faire fondre le coeur le plus endurci. Le mien coule en tous cas. "Burning the heather" surprend par son orientation pop-rock (beaucoup de guitares) et charme par ses petits détails (les cuivres gavés de reverb, le xylo...) et sa mélodie vocale angélique.

Pet Shop Boys - Burning The Heather (2020)

  C'est donc finalement un bon petit album du duo. Pas son meilleur, pas un indispensable, mais un petit exploit quand même après autant d'années et de morceaux ensemble, surtout dans un champ d'expression aussi compétitif et en évolution que la pop électronique. Globalement réussi, malgré quelques morceaux en dessous, le disque, concis, a quand même un sacré bon ratio et une belle poignée de pop songs irrésistibles. Une belle surprise.

Mes morceaux préférés : Happy People, You Are The One, Only The Dark, Burning the heather, Monkey Business

A écouter sur Spotify ou Deezer

Alex


lundi 10 février 2020

Cardo - Game Related (2020)


  Cardo est un producteur texan, capable de créer des tubes pour Drake ou Travis Scott comme de sortir des projets underground passionnés. Cet album en fait clairement partie. Accompagné MC talentueux, qui sont aussi en majorité des collaborateurs habituels (Payroll Giovanni, Kid HBK, Larry June), il a concocté un album fumeux, funky et laid-back avec ce Game Related.

Cardo - Intro (2020)

  Sorte de G-Funk modernisé par le rap actuel, avec un esprit underground et vaporeux, voire lo-fi, ce disque détourne le rap West Coast comme la vaporwave a pu déconstruire la pop mainstream 80's pour en faire un truc nouveau, planant, un peu cassé, et frais. Les morceaux parfaits dans ce genre s'enchaînent ("Intro", "Stacks On Deck"), avec parfois un clin d'oeil à DJ Mustard ("Stats", "Feel Good 2 Be a Hustla"), à l'électrofunk 80's ("Foreign Today", "Do Better", "Amg Snatchin'") ou au rnb 90's de Nate Dogg & co ("See U Hatin'"). 

  Les 3 MC ont une alchimie naturelle avec ces beats géniaux, saupoudrés de synthés joueurs ou psychédéliques et de basses profondes. Quelques morceaux un peu plus modernes dans la forme, mais nimbés dans la même esthétique rétro, parsèment la seconde partie du disque et lui redonnent un coup de mordant bienvenu ("Kayo with the Yayo flow", "Best Behavior").

Cardo - Foreign Today (2020)

  Pas grand chose à ajouter, c'est un album frais, fait avec amour et talent, qui tranche pas mal avec les sorties rap mainstream tout en étant pertinente avec une vague (de DaBaby à Sada Baby en passant par Detroit) qui redéfinit doucement les contours du genre.

Mes morceaux préférés : Intro, Stats, Stacks On Deck, Foreign Today


Alex


dimanche 30 juin 2019

Steve Lacy - Apollo XXI (2019)



  Si vous vous intéressez aux sorties musicales récentes, ou si vous lisez régulièrement ce blog, vous êtes sûrement tombés sur le nom de Steve Lacy. Et pour cause : en solo, il a sorti un des meilleurs EPs de 2017, avec son groupe The Internet une flopée d'excellents albums, dont le dernier Hive Mind (2018) a squatté la première moitié de mon top de l'année. Toujours en 2018, il a co-composé l'intégralité d'un des meilleurs EPs de l'année avec Ravyn Lenae, et il a participé à quelques-uns de nos albums préférés de ces 3-4 dernières années, parmi lesquels ceux de Kali Uchis, Blood Orange, Vampire Weekend, Kendrick Lamar et quelques autres... 

  Autant le dire tout de suite, ce très très jeune homme, multi-instrumentiste autodidacte, est un des musiciens/producteurs/artistes les plus demandés et les plus excitants du paysage pop (incluant pop, électronique, rock indé, soul, funk, rnb et hip-hop, sa musique étant un joyeux mélange de tout ça). Autant dire que j'attendais de pied ferme ce premier album solo, comme pas mal de monde d'ailleurs. 

Steve Lacy - Like Me (2019)

  Et je ne sais pas trop à quoi je m'attendais, mais les premières écoutes m'ont un peu déçu. Je trouvais l'ensemble sympathique sans plus, pas à la hauteur du génie de Lacy. Mais j'avais néanmoins envie d'y retourner régulièrement, et puis d'un coup, au cours d'une réécoute distraite, j'ai eu le déclic. Bon sang, qu'est-ce que j'ai été con. Ou aveugle. Ou pas dans l'ambiance. Mais ce disque est extrêmement bon. 

  Jouant de sa guitare comme d'un sitar sur un beat mécanique, "Only If" montre toute la créativité du jeune homme, qui en plus se révèle un excellent chanteur, dans un genre ici pile entre le rnb romantique des 80's et le hip-hop psychédélique et soul de Mac Miller. Sur "Like Me", un texte poignant de sincérité est appuyé par une pop funky post-Neptunes, lumineuse en surface mais laissant un goût amer et tragique en fin de bouche, appuyant le sens des paroles avec brio, avant que la morceau ne décolle vers un final entre rock indé et psychédélisme synthétique. Et lorsqu'on croit que c'est fini, on se rend compte que ce morceau à tiroir en contient en fait trois : l'acte 2 façon rnb électronique laisse place à un final soul psyché, et la boucle est bouclée, d'une très belle façon. L'album commence donc très, très fort avec ces deux morceaux. 

Steve Lacy - Playground (2019)

  Sur ce, Lacy ne nous laisse pas le temps de souffler puisqu'il balance le génial single funky "Playground", absolument irrésistible dans son immédiateté pop. On peut identifier quelques grosses influences déjà évoquées dans la suite, notamment sur des morceaux proches du travail de Thundercat et Mac Miller ("Basement Jack", "In Lust We Trust", "Outro Freestyle/4ever"), ou Pharrell ("Guide"), mais quelques morceaux assez uniques résistent à toute catégorisation facile, comme "Love 2Fast" et "Lay Me Down", qu'on aura du mal à décrire de façon satisfaisante même en citant Prince, le P-Funk  de George Clinton, Miguel, et Dâm-Funk

Steve Lacy - N Side (Clip, 2019)

  Et quelques autres morceaux prouvent l'ouverture musicale incroyable du jeune homme, comme "Hate CD", qui pourrait avoir été enregistré tel quel par un groupe de pop indé anglais dans les 80's, ou "Amandla's Interlude", délicieux instrumental de chamber pop tout en guitares délicates et cordes baroques. De même, l'autre grand single "N Side" est assez unique, et montre une autre facette vocale de Steve Lacy, que je n'attendais personnellement pas autant au chant, à tort puisqu'il est de toute évidence extrêmement doué là aussi. Lacy a su développer un style personnel, et je me prends à classer ce disque avec les réussites pop uniques de Connan Mockasin, Blood Orange, ou Frank Ocean...

Steve Lacy - Hate CD (2019)

  En quelques mots : ne vous fiez pas trop à vos premiers avis. Si vous avez le moindre doute, la moindre petite voix dans votre tête qui vous dit de retourner vers un disque, surtout lorsque vous savez son auteur surdoué, foncez. Une, deux, trois fois. Vous risquez, comme moi, de tomber sur un petit chef-d'oeuvre que votre aveuglement a failli vous faire rater.

Mes morceaux préférés : Only If, Like Me, N Side, Playground, Hate CD

Soyez plus malins que moi et écoutez ce disque sur Spotify ou Deezer ou Youtube

Alex

mercredi 8 mai 2019

Foxygen - Seeing Other People (2019)


  Pour ce qui a été annoncé comme le dernier album (à prendre avec des pincettes) d'un des groupes chouchous de ce blog, les Foxygen (Sam France au chant, Jonathan Rado à la prod) se sont inspirés de la période 80's, adulte et un peu paumée de leurs héros 60's (Stones, Dylan, Iggy Pop, Neil Young, etc...). 

  Dès "Work", il est question de se repoudrer le nez sur une musique proche du glam discoïde d'un des meilleurs Stones, Some Girls, avec moults interventions musicales inattendues (du scratch, une cloche façon "Psyché Rock"...) mais avec une mélodie et un groove immédiatement accrocheurs et une construction plus linéaire que nombre de morceaux du groupe. Le côté "rock stars décadentes qui font du disco" s'intensifie sur l'excellente "Mona", qui a un côté très moderne puisque pas mal de groupes plus récents (Strokes, Phoenix, Sports, Virgins, MGMT...) ont déjà balisé ce terrain, mais le résultat est bluffant, vocalement comme musicalement, là encore c'est d'une évidence jouissive et intemporelle. Le côté smooth, très structuré, très pop, avait été annoncé par le premier (et excellent) single, "Livin' A Lie", au texte malin décortiquant la dissonance entre l'image que renvoient les groupes de rock et leur "vraie" vie, sur une musique belle et richement arrangée.

Foxygen - Livin' A Lie (Clip, 2019)

  Un peu plus glam, avec des entournures prog-pop façon Supertramp, Genesis ou Electric Light Orchestra, "Seeing Other People" excelle également dans un genre pas mal décrié par la critique rock, cette pop de la fin des 70's et du début des 80's, sortie du prog, ayant joué des trucs pas loin du jazz mais fascinée par les grosses mélodies, la réverb de 15km sur la batterie et les synthés qui font pouet pouet. Alors qu'objectivement, c'est génial. "News" prolonge ce côté synthpop aux détours alternativement prog et funky, et c'est encore une grande chanson.

  Encore plus glam (niveau exubérance, on se rapproche de Queen et Elton John), "The Thing Is" enthousiasme immédiatement. Un morceau comme "Flag at Half-Mast" est un joli cadeau pour les fans, reliant tous les albums de Foxygen tant dans son style musical que dans son discours assez méta, et fait écho à ce que le groupe a déjà dit en interview : "Foxygen est davantage une performance artistique élaborée qu'un groupe de rock".

  Le clou de ce disque, c'est l'autre single, "Face The Facts", encore un disco-rock décadent, mais avec des idées pour remplir 5 autres chansons, entre un break de guitare saturée déglingué, une mélodie façon Rick Astley, un refrain ultra-chelou aux voix trafiquées et aux synthés dissonants comme chez PC Music. C'est du génie pur, à la limite de l'escroquerie, ce qui n'en rend le casse que plus beau. 

  C'est néanmoins à la bien-nommée "The Conclusion", qui doit pas mal au P-Funk, que revient l'honneur de clôturer ce magnifique album sur une touche assez émouvante, sorte d'orgie art-pop que seuls la fin des 60's et le début des 70's nous ont offert, et parfait épilogue (potentiel) à la discographie d'un groupe unique. J'avais adoré chacun de leurs albums, et je pense que celui-ci a le potentiel de devenir mon préféré, c'est dire s'il est bon.

Mes morceaux favoris : Work, Mona, Face The Facts, News, Livin' A Lie

Ecouter sur Deezer ou Spotify

Alex