Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes
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dimanche 15 mars 2020

Aphrodite's Child - 666 (1972)


  L'album que nous vous présentons est un coup de folie et de génie des proggeux grecs d'Aphrodite's Child, j'ai nommé l'épique 666.

  Paru un an après leur séparation, 666 est un album de fin. Fin du groupe, et fin du monde aussi puisqu'il est l'adaptation musicale plutôt libre de l'Apocalypse de St Jean, d'où le titre évoquant le "nombre de la Bête", ce que le groupe nuance dans une très intéressante distanciation vis à vis du matériau biblique d'origine en écrivant cette phrase sujette à interprétation : "It is a man's number". Le côté grandiose et pompeux est à prendre avec des pincettes, dans un humour très Monty Python, le groupe écrit dans les notes de pochette "ce disque a été enregistré sous l'influence du sahlep"... qui malgré son nom mystérieux se révèle être une boisson traditionnelle même pas alcoolisée composée d'une farine de tubercules, de lait et de cannelle. Pour revenir sur la fin du groupe, même si les tensions durant l'enregistrement entre Vangelis Papathanassiou (orgue, piano, flûte, percussions, choeurs), Demis Roussos (basse, chant), Lucas Sideras (batterie, chant) et Silver Koulouris (guitares, percussions) ne faisaient qu'empirer, cela ne les empêcha pas de collaborer aux projets solo les uns des autres dans le futur, mais c'est une autre histoire. 

  Après une introduction efficace, "The System", l'album démarre sur les chapeaux de roue avec la géniale "Babylon" : une guitare bondissante à la Who, propulsée par une rythmique conquérante, notamment grâce à la basse monstrueuse de Demis Rousssos, et un chant très anglais également, pour ce simulacre de live plein d'énergie. La narration de "Loud, Loud, Loud" (les choeurs sonnent parfois plutôt comme un "love, love, love love" hippie), et son piano simple viennent apaiser la tension. Avant le magistral "The Four Horseman", démarrant par un tour de chant magistral et théâtral de Demis Roussos, presque Peter Gabriel période Genesis, introduisant à merveille un refrain ultra accrocheur et mémorable. C'est un vrai chef-d'oeuvre ce morceau.

  Puis Vangelis nous donne un aperçu des influences diverses de sa Grèce natale sur l'instrumental médiéval, rock, oriental et celtique (oui, oui) "The Lamb", qui manie la dissonance avec brio, ainsi que sur "The Seventh Seal" qui sonne comme une comptine british, une nursery rhyme revue façon hippie grec. Avec ses nappes aériennes et ses soli évocateurs, concis et tranchants, "Aegian Sea" évoque le rock teinté d'ambient que Fripp et Eno concevront, ensemble, en solo ou avec Bowie, dans la même décennie, et préfigure en un sens le post-rock, avec une teinte originale : plutôt que dans la kosmische musik allemande, c'est dans la musique classique, la musique orientale et chez Hendrix qu'il faudra chercher des influences. D'ailleurs, le morceau est suivi de deux morceaux de quasi ambient très expérimentaux mais bien dans l'esprit de l'époque : "Seven Bowls" et "The Wakening Beast", qui débouchent sur la tension du très calme en apparence mais angoissant "Lament", morceau orientalisant illustrant bien l'effroi décrit dans le texte et le sous-texte apocalyptique du disque.

  Et ce dernier morceau introduit bien le jazz progressif teinté de glam, de blues et de musique orientale de "The Marching Beast", de façon étonnante pas si effrayante que ça, tout comme le duo "The Battle Of The Locusts" - "Do It", humoristique et impeccable dans son rock métallique glam, groovy, hard et californien à mort dans son outrance. Les folies jazz-prog à la Zappa continuent ("Tribulations"), et on pensera à une autre facette du Frank avec "The Beast", très bon morceau de pop-rock bluesy rappelant les pastiches des Mothers Of Inventions. Oh, et Johnny Rotten a peut être chouré sa diction punk sur "Seven Trumpets" (réécoutez ce morceau puis le "Religion" de PiL, vous verrez), faisant d'un groupe prog l'ancêtre involontaire des Sex Pistols (même si on connaît la complexité du personnage qui goûte des groupes comme Van der Graaf Generator, mais là aussi c'est une autre histoire).

  Le jazz fou d'"Altamont", la transe orientale de "The Wedding Of The Lamb" et l'électro violente de "The Capture Of The Beast" sont remarquables. Mais c'est "Infinity" qui marque les esprits, avec la transe vocale orgasmique d'Irene Papas soulignée par des percussions martiales, et qui vaudra la censure au groupe dans de nombreux pays. Pour la fin, le boogie-glam de "Hic & Nunc" chanté par Demis Roussos est aussi accessible que le morceau de bravoure de plus de 19min "All The Seats Were Occupied" est exigeant avec son auditeur : entre ses déflagrations jazz, ses salves rythmiques, son goût pour le bruit et les orgues grandiloquents, difficile pour un non averti de s'y retrouver, même si cela ne pose pas de problèmes pour qui est habitué au prog et/ou au free jazz. Pour ceux qui auront tenu tout le long, ils auront le plaisir d'entendre le blues-rock glam de "The Break", chantée par Sideras d'une voix qui apaise l'ambiance générale. 

  Bref, le disque n'est pas facile même si il contient des morceaux vraiment accessibles voire tubesques. Il est long, et parfois ardu pour le novice, mais il vaut vraiment le détour, est un disque majeur du prog et du rock, débordant de créativité, grandiose et incontournable. 
A écouter ici


Alex


  

dimanche 8 mars 2020

Gérard Manset - 2870 (1978)

Aujourd'hui, nous vous présentons un monument du prog français : 2870 de Gérard Manset.

  Gérard Manset est l'un des artistes les plus éclectiques, secrets et passionnants de la musique francophone. Réservée à une poignée d'initiés. Ecouter du Manset, c'est ce plaisir jaloux d'écouter un artiste au style très personnel, dont on a l'impression qu'il a écrit la musique juste pour lui. Il réussit à coucher sur bande ce qu'il a dans la tête, il y a une maîtrise et une précision de chaque aspect (composition, arrangements, interprétation, son...) qui le rapproche des plus grands. Et paradoxalement, on a également l'impression que cette musique très personnelle a été composée rien que pour nous. En plus, sa voix est très particulière, elle rebute d'ailleurs la plupart des gens, mais ça l'a forcé à mettre au point une technique de chant ultra-personnelle (comme Daho, Gainsbourg...), donnant une intégrité et un côté unique à sa musique. Ajoutez à cela la difficulté d'accès à son oeuvre, et vous avez tous les ingrédients pour obtenir une oeuvre cultissime.

  Cet album en particulier, 2870, est sorti en 1978, et voit sa pochette signée par le collectif Hipgnosis, qui ont réalisé la plupart des pochettes du Floyd, dont leur mythique Dark Side Of Ther Moon (1973) et de nombreux groupes psyché ou prog. Cette décision artistique forte vu le contrôle total de son oeuvre (il est photographe et peintre, il aurait pu tout à fait la réaliser lui-même) reflète son ancrage dans un mouvement davantage international (en particulier anglo-saxon) que franco-français.


Photo de la pochette intérieure de 2870

  En effet, ses influences sont à la fois très américaines et blues, mais vues à travers un prisme très britannique, à la manière de Dire Straits ou Pink Floyd. On entend également du rock anglais, et plus particulièrement du glam, dans la manière de convoquer de somptueux arrangements orchestraux sur ses morceaux et de les faire cohabiter avec des guitares saturées. Mais l'ambition du projet rappelle également les grands groupes prog ou hard comme Led Zeppelin, et les ambitions littéraires apportent cette touche française bienvenue. Et c'est ce qui fait toute la richesse et la singularité de cet artiste dans le paysage musical de l'époque.

  Sur "Jésus", qui introduit les six titres de ce projet, on entend en effet toutes ces influences. La guitare blues mordante, mais qui sait également tracer des entrelacs caressants comme on en entendra chez le contemporain Mark Knofler dans un jeu très pické, le piano glam 70s très percussif et théâtral (impression soulignée par les cordes), et une ambiance grave, à la Pink Floyd de Whish You Were Here (1975). Le pont, riche en cordes, rappelle la chanson française la plus ambitieuse qui soit, celle de Gainsbourg orchestrée par Vannier, ce qui est également audible dans le texte irrévérencieux, dans lequel il apostrophe Jésus sur l'état du monde : "Tu m'as bien compris, Jésus, tu m'as bien compris de travers / Avec tes amis, vide ton verre", "Serais-tu devenu sourd ?". 

  Les trois chansons suivantes montrent un versant plus apaisé de la musique de Manset, presque proche de la variété radiophonique de l'époque. 



  "Le Pont" rappelle en effet Michel Berger ou Elton John, via un piano glam rythmé, et possède une ambiance consensuelle à la "Let It Be". Le chant doublé rapproche également l'artiste de Cabrel vocalement. Mais on a toujours ce blues apaisé, soutenu par les cordes, mais perverti de temps en temps par une guitare saturée et des hits orchestraux, et dont la gravité ira crescendo avec l'arrivée de la section rythmique lorsque le texte s'assombrira ("au dessous c'est le vide"). C'est une musique très émotionnelle, portée par la guitare et amplifiée par le son grandiose des cordes, tel un concerto pour guitare blues-rock ou un opéra rock. Qui devient presque FM avec les influences revendiquées du groupe Scorpions, dont il est un grand admirateur, sur le solo final aboutissant en une conclusion épique, puissante et exubérante. Mais malgré une musique superlative et très ancrée dans son époque, la personnalité forte de son art lui a permis de conserver son charme et de ne pas tomber dans la désuétude, contrairement au groupe allemand sus-nommé.

  "Un Homme Et Une Femme", poursuit sur la même veine, avec un côté très anglais dans le jeu des claviers, rappelant la pop prog de Supertramp ou la chanson française rythmée de Véronique Sanson (aspect renforcé par la rythmique du chant et les choeurs). Le texte, fort, aborde la violence domestique et détourne cette ambiance pop/chanson française de cabaret, aidé en cela par une guitare hard mordante et une basse vicieuse. Dans ce morceau, on a une portion introduisant à merveille le reste de l'album : un motif mélodique est joué en boucle, grâce à une guitare rythmique chargée en wahwah à la Pink Floyd et des arrangements impeccablement interprétés (comme sur Le Maudit de Sanson ou sur les disques jamaïcains de Gainsbourg, faisant appel à de nombreux requins de studio), afin de laisser s'exprimer un solo de guitare grandiloquent terminant le morceau en feu d'artifice.

  "Amis", clôt cette trilogie avec une ambiance plus acoustique et des ambiances psyché-folk champêtres, un chant moins torturé, davantage Cabrel. Mais le texte est dépressif, on parle du temps qui passe et la difficulté pour Manset de garder des relations humaines, à l'aide d'images fortes et macabres ("Comme un oiseau sans tête", répété comme un mantra ; "à quo sert de s'aimer / s'il faut le dire / s'il faut l'écrire / le répéter"). Le traitement de la voix est remarquable, entre reverb et échos, cette chanson est comme contée en pleine nature, cela est renforcé par le son naturel des guitares sur lesquelles Manset a laissé des "buzz" et des dissonances, ce qui enrichit leur son et rappelle les éléments de musique indienne ayant influencé le psychédélisme. 




  Mais tout ce début d'album, tout excellent qu'il soit, s'efface devant la grande oeuvre qu'est le morceau-titre, "2870". Ce morceau démarre comme une bande originale de film, à la François de Roubaix, avant de virer vers une orchestration funk-rock grandiose et hypnotique. On note des influences très importantes de Pink Floyd : la guitare façon Gilmour, les ambiances de Dark Side Of The Moon et Wish You Were Here, avec cette basse menaçante, une tension rythmique, l'utilisation de la wah wah. Ce qui aboutit au même résultat que les anglais, ce funk froid, blanc, vidé de sa chaleur et de sa substance et détourné, qu'affectionnent les musiciens de prog (à la "Money"), un funk pour planer plus que pour danser. Avec un côté très contemplatif, il tourne en boucle sur la deuxième partie de la chanson pour laisser la place à des entrelacs de guitare et à des soli façon "Maggot Brain" de Funkadelic, avec lequel il partage cette ambiance funk-rock groovy, froide et déchirante, utilisée de façon prog voire psyché et d'une expressivité blues dans l'intention. Les cordes sont également remarquables, utilisées au départ en nappes comme un simple arrangement, elles étouffent progressivement le morceau par vagues successives et impriment une structure oscillante et un crescendo de plus en plus oppressant au morceau. 

  C'est une musique sensationnelle et sensorielle (avec le jeu du stéréo, on le ressent de façon physique), qui joue avec l'auditeur et qui nous touche personnellement par sa puissance et son côté lancinant, tel un requiem. C'est un paysage complexe dans lequel on se perd volontiers, pour contempler ce fourmillement surdoué d'idées, de sons et de sensibilité, qui nous fait arrêter toute activité, oublier toute notion du temps, oublier le reste de l'album, oublier même le fait qu'on écoute de la musique et qui nous captive totalement. En cela, ce morceau est, avec le krautrock, précurseur de la tendance drone de la musique psychédélique, tout en restant très sincère dans son intention et son expression malgré cette grandeur. 
  Il est également intéressant de noter que le fou de studio qu'était Manset en est arriver à des résultats cousins de ceux des producteurs de dub jamaïcains, tout aussi géniaux et barrés, avec un accent sur la basse et la rythmique, un groove en boucle avec des contretemps marqué et des éléments musicaux apparaissant et disparaissant au gré d'effets sonores irréels (comme le piano ici).

  Enfin, malgré la prédominance de l'instrumentation, le texte enrichit cette ambiance en racontant une histoire dystopique se déroulant en 2870 : "Son sang se vide, dans une cage on le glisse / Les murs sont blancs, les murs sont lisses", "Une tour immense / Froid le silence / Les cris de haine et de vengeance". 

  Et même s'il est impossible de passer après un titan comme "2870", l'album se clôt d'une bien belle manière sur "Ton âme heureuse", entre pop-folk pure, production 80s et guitare FM. Ce morceau, dans sa production et son son, est précurseur des années 80, avec d'un côté la pop-folk psychédélique et synthétique de XTC, le hard-rock de Guns & Roses (ce son de guitare!), et la prog pop riche en synthés de Toto. Tout en étant très accessible : le refrain déclamé d'un ton détaché est assez catchy (pour du Manset).

  Cet album est un des meilleurs Manset, ce qui n'est pas peu dire vu le nombre hallucinant de classiques de l'artiste. Mais pour les néophytes ou ceux bloqués par son style, ce disque peut-être une bonne porte d'entrée, particulièrement pour les amateurs de prog ou de rock anglo-saxon des années 70. Sa discographie se continue par ailleurs avec l'excellent Royaume De Siam, sorti l'année d'après, que nous vous conseillons également si vous avez aimé celui-ci. 

  Pour l'écouter, le streaming n'est pas disponible, alors foncez à la médiathèque la plus proche de chez vous ou complétez votre collection de galette via Discogs.

Etienne & Alexandre





jeudi 30 janvier 2020

Camel - Mirage (1974)



  Camel était un groupe anglais de prog formé en 1971 autour d'Andrew Latimer, guitariste mais aussi chanteur, bassiste, flûtiste, et claviériste. Après l'échec commercial de leur premier album éponyme sorti en 73, ils sortent donc ce Mirage qui va récolter les louanges des critiques et leur faire accéder au statut de grands du prog, ce qui sera confirmé par les deux albums suivants - et leurs 10 (!) successeurs - l'ambitieux et orchestral The Snow Goose (1975) et le très beau et apaisé Moonmadness (1976), aussi bon que ce Mirage dans un style plus pop, cotonneux et froid, et que j'aurais également pu aborder ici.

  Après une intro synthétique façon grand spectacle, c'est une basse pulsatile, quasi post-punk avant l'heure, qui introduit des salves de guitares puis un jeu plus prog sur l'intro "Freefall", très jazz-(hard) rock dans l'esprit. Le chant est très accessibles, et les guitares mi tranchantes mi groovy ont le riche son du début des 70's, lorsque funk, folk, hard-rock, jazz et prog n'étaient pas tout à fait différenciés et séparés dans des petites cases hermétiques. J'en veux pour preuve ce clavier soul-funk qui part dans des divagations bluesy ou classiques. Mais même si les changements de rythme et les constructions mélodiques sont complexes, rien n'est sacrifié à l'accessibilité du morceau, et un fan de classic rock, de soul ou de pop pourra s'y retrouver sans problème, grâce aux petits moments de bravoure ultra pop comme le court solo de guitare à 4'30" tellement théâtral qu'il évoquerait presque Queen, mais qui est surtout magnifique (et ça vient de quelqu'un qui n'apprécie que modérément les soli en tous genre).

  "Supertwister" est quant à elle une merveille de prog-pop instrumentale, drivée par une superbe flûte traversière, des claviers divins et une section rythmique toujours aussi impeccable dans les instants les plus musculeux comme dans les plus subtils. 

  "The White Rider" commence comme une BO de SF et plante une ambiance troublante et belle, avant qu'une rythmique martiale assortie de cuivres et d'une flûte folklorique, et appuyée de la clameur de la foule ne viennent perturber l'ambiance et introduire un motif de guitare qui n'a rien à envier à David Gilmour de Pink FloydComme vous l'aurez peut-être deviné si vous êtes grand lecteur (ou si vous êtes allés au cinéma depuis l'an 2000), le texte de ce morceau tourne autour de l'oeuvre de Tolkien, le titre du morceau faisant explicitement référence à Gandalf, et son découpage en plusieurs parties : a) "Nimrodel" b) "The Procession" et c) "The White Rider" allant dans le même sens. Ce morceau est une merveille de guitare cotonneuse et mélodique, de synthés accrocheurs, de syncope prog-funk, de théâtralité hard-rock, et d'accalmies pop-folk. Un vrai festival de plus de 9' durant lequel on en prend plein les oreilles, mais sans cette sensation d'en entendre trop en même temps tant chaque élément est net, à sa juste place et précisément dosé. 

  "Earthrise" est sans doute mon morceau préféré ici même si j'aurais bien du mal à les départager. Son feeling mélodique pop, son tranchant rock, ses folies rythmiques jazz, et son goût pour les synthés m'évoquent le génial dernier Thundercat (notre chronique ici). Et l'ultime morceau, "Lady Fantasy" avec son intro toute en arpèges de synthé, batterie imposante et riffs hard-rock, va plutôt dans le sens des Who de Who's Next, et plus précisément de "Baba O'Riley", alors que le reste du morceau (découpé en 3 également : "Encounter", "Smiles For You", et "Lady Fantasy") alterne sur près de 13 min entre prog-folk là encore très accessible, hard-rock funky, soli prog mélodiques à l’extrême (et bouleversants), et l'album se clôt sur un bouquet final mêlant hard dramatisant, quasi glam, avec cette fameuse guitare tellement 70s appuyée par un orgue. 

  La version CD (et le streaming) du disque incluent une superbe version live de "Supertwister", impressionnante de qualité et de finesse, un mix alternatif de "Lady Fantasy" qui vaut l'écoute car il propose vraiment une autre version du morceau, ainsi que deux magnifiques live de morceaux non présents sur ce Mirage : "Arubaluba" et "Mystic Queen" au refrain déchirant.

  Bref, un très très bon disque de prog, de rock, de pop, de ce que vous voulez en fait étant donné la richesse que leur musique embrasse (eux s'en foutaient je pense), qui ne rebutera normalement pas les amateurs de pop-rock puisque tout y est immédiatement beau, et puisque tout est au service de la chanson, que rien n'est superflu ni complexifié à outrance. Une bonne façon de redécouvrir le prog avec ce disque qui en illustre tous les clichés tout en étant inattaquable musicalement sur ce que l'on peut reprocher (parfois à raison, souvent à tort) au genre.

Bonne écoute !

Alex



mardi 28 août 2018

Thee Oh Sees - Smote Reverser (2018)


  On ne compte plus les sorties ni les grands albums pour Thee Oh Sees, le groupe phare du génial et prolifique John Dwyer. Mais une chose est sûre, ce Smote Reverser fait partie de mes oeuvres préférées du groupe mythique. Sachant réinterpréter la mythologie rock à sa sauce, le groupe utilise une science du rythme et du son venue tout droit du krautrock de Can pour osciller entre mélodie mystérieuse et sensible et explosions rock, le tout sur un groove funky hypnotisant (la magnifique "Sentient Oona", un très grand morceau rock). On pense à un croisement entre Syd Barrett et T.Rex joué par King Gizzard sur la très accrocheuse "C", nourrie à une soul sudiste d'une chaleur marécageuse. Les pop songs nocturnes sont en effet un point fort de ce disque et du groupe en général, surtout lorsqu'elles sont assaisonnées de soli de guitare blues-rock comme sur la superbe "Moon Bog".

Thee Oh Sees - C (2018)

  Les carillons de la guitare psyché de "Last Piece" émulent la fin des 60's, entre Byrds, Velvet et Who, en ajoutant à ce son une gravité propre au rock des années 90 avant de partir en explosion néo-prog quelque part entre le Genesis des débuts et Yes. Le rock psychédélique et plombé de "Enrique El Cobrador" évoque aussi bien les Black Angels que le groove électro-rock de son autre projet sous le nom Damaged Bug pour les mélodies vocales froides et obsédantes (ainsi que pour les synthés, comme sur la très belle "Beat Quest" aux arrangements presque Gainsbourgiens avant de virer prog)

  L'album fait également très bon usage d'un son rock californien décadent, nourri de cavalcades rythmiques funk, d'orgue acide et de guitares scintillantes (cf l'impressionante démonstration "Overthrown" aux accélérations punk presque hardcore, et le plus subtil "Nail House Needle Boys" au groove bluesy), façon BO de la série Californication. Le côté hard rock est parfois esquissé, et entre deux cavalcades de guitare façon King Crimson, on se prend à penser au MC5 ou à Black Sabbath, ainsi qu'à des groupes plus récents comme les urgents Lords of Altamont ("Abysmal Urn"), et les envolées façon Hawkwind ou Camel de "Flies Bump Against the Glass" nous feraient presque classer ce disque au rayon rock progressif (ainsi que sa pochette, quoiqu'elle aurait fait bonne figure sur un disque métal).

Thee Oh Sees - Overthrown (2018)

  Le krautrock expérimental et funky de Can est également l'influence principale de la longue jam "Anthemic Aggressor", un poil démonstrative au long de ces 12'13" mais jamais à court d'idées. 

  C'est donc encore une éclatante réussite artistique pour Dwyer, un autre très, très bon album qui fait honneur à une discographie gargantuesque et qualitativement impressionnante. Les influences venues du garage, du hard et du psychédélisme se mêlent à merveille à une pop-folk nocturne volontiers accompagnée de touches électroniques et glam rock, assaisonnée de soul, de blues et de funk, dans un mélange rendu cohérent par une approche inclusive des différents genres musicaux venue du rock progressif et du krautrock, les deux genres qui forment la matrice de cet album. A écouter absolument.


Alex


dimanche 29 juillet 2018

Les Chansons de l'été : Black Sabbath - Snowblind (Live 1978)


  Cet été, on vous fait replonger dans un déluge de chansons estivales sur LPAE. C'est vraiment chouette, c'est une rubrique qu'on fait tous les ans depuis un an, et ça s'appelle tout simplement "Les chansons de l'été", et ça vous permettra de savoir quoi mettre lorsque ce sera à votre tour de lancer un stream pendant le barbecue sur la plage

  Ce morceau est un cas particulier. Loin d'avoir le côté infernal et métal des riffs des meilleurs Sabbath, il a pourtant une lourdeur écrasante, malgré un côté rock voire pop plus prononcé. Particulièrement sur cette version live, où le déluge de saturation, entre hard grandiose et garage punk vicieux, masque à peine des racines classic rock bluesy, donnant presque un côté pub rock voire punk, et une écriture pop impeccable. Les cordes vocales d'Ozzy sont mises à rude épreuve et il en sort de grandes choses, particulièrement sur la fin lorsque son timbre rocailleux part dans les graves, dans une voix de gorge faisant penser à McCartney quand il tentait de faire du blues. Une fois que vous aurez entendu l'étincelant solo final, il n'y aura plus de doute : "Snowblind" c'est le morceau qui met le mieux en son la sensation de subir l'écrasante brûlure du soleil chauffant le bitume. 

Alex



jeudi 26 avril 2018

Bohemian Supermarket - Greatest Hits EP (2018)


  Les Bohemian Supermarket sont un groupe de rock français (auvergnat pour être plus précis, et vichyssois pour faire du zèle), à tendances stoner et hard-blues. Actif depuis un peu moins d'une décennie, ils viennent de sortir cet EP, intitulé avec malice Greatest Hits. Le groupe est composé de Jessy Chancerel au chant, à la guitare et derrière les manettes (enregistrement, mixage), d'Alain Chamorro à la basse et aux choeurs et de Frédéric Garcia à la batterie et aux choeurs. 

  La force de ce groupe, ce sont ses riffs et ses refrains mémorables, que l'on retient vite et que l'on s'imagine très bien pouvoir beugler dans un pub, où leur son rock très chaud sans tomber dans le vintage d'épanouirait à merveille, dans une ambiance entre pub-rock, Motörhead et AC/DC. Par exemple, "More Than Beer" oscille agréablement entre le stoner (on pense presque à Black Sabbath dans l'ambiance plombée), le hard-blues et le hard rock tout court avec un superbe solo. Et ce qui donne tout son relief au morceau, c'est ce côté rock du désert, avec un son de guitare incroyable, intensifié par un clavier bien senti en fin de morceau. Cette syncope blues est présente également dans le plus 90's "Blind Twisted Man", entre Canned Heat grunge, et Rage Against The Machine, ainsi que la très Queens Of The Stone Age "My Girlfriend", agréablement plombée et propice aux headbangs. 

Bohemian Supermarket - More Than Beer (Clip, 2018)

  On pense également au groupe de Josh Homme sur l'impeccable "Too Short Too Late", avec ce côté classic rock brutal jouissif, façon The Lords Of Altamont, rendant un hommage indirect à des groupes comme Deep Purple, Steppenwolf, Iggy Pop ou les MC5. Sur "Baby", on a presque un rythme funky derrière l'épaisseur d'un riff mordant et d'une batterie surpuissante. Et encore une fois, un court mais mémorable solo de guitare. Deux excellents morceaux.

  Bref, un court mais intense EP, radicalement rock, et très personnel. C'est un peu le meilleur des deux mondes, le groupe étant en indé, ils sont authentiques, ont une identité assez forte et ne se compromettent pas, mais en même temps le projet est très bien joué et produit. A écouter d'urgence !


Alex


lundi 9 avril 2018

The Voidz - Virtue (2018)


  Le contexte, vous le connaissez sûrement, surtout si vous avez eu l'âge d'écouter les Strokes au collège-lycée comme moi, ou à la fac. Julian Casablancas est - ils sont officiellement toujours en activité - le chanteur et leader de ce groupe de rock devenu instantanément mythique en 2001. Mais avec le temps, et suite à un gros hiatus et plusieurs crises au sein du groupe, les sorties des Strokes se sont espacées dans le temps, et chacun des membres a pu développer sa discographie solo. Pour Casablancas, ce fut d'abord un excellent album d'électro-pop à tendance rock, Phrazes For The Young (2009), puis fonde un deuxième groupe : The Voidz, qui nous intéresse ici, et avec lequel il a déjà sorti le très bon Tyranny (2014), qui marque un renouveau dans la musique du bonhomme avec davantage d'expérimentations et de fun que dans les derniers Strokes (même si ces derniers ont été un peu injustement descendus, moi-même j'ai été longtemps sceptique à leur propos).

  On sent Julian à l'aise avec ce nouveau groupe formé de requins de studios venus de plein de genres différents, de l'électro au punk, et très portés sur le digging d'obscurs pans de la musique, à la recherche de sons nouveaux provenant de décennies et de continents oubliés. Après avoir pu expérimenter en studio et jouer en live avec eux, un déclic a eu lieu et on entend une certaine magie supplémentaire à l'écoute de ce disque (alors que, je le rappelle, le précédent était déjà formidable). Cet album, c'est un peu le meilleur de Casablancas, condensé et nourri de milles influences captivantes, avec en plus un fond politique (au sens large) intéressant et un sens du fun clairement à l'honneur : on entend que le disque a été fait avec beaucoup de plaisir.

The Voidz - Leave It In My Dreams (2018)

  Pour illustrer tout ça, le premier single issu de cet album, "Leave It In My Dreams", placé judicieusement en piste 1, rappelle le meilleur des débuts des Strokes par son écriture pop-rock impeccable, ainsi que le meilleur de leur deuxième partie de discographie, avec ce son impeccable et ce petit côté funk-rock post-Phoenix. Au passage, c'est amusant d'entendre comme ces deux groupes se sont entre-influencés au cours des années 2000, mais ça pourrait faire l'objet d'un autre article incluant également les Daft Punk dont la collaboration avec Julian sur "Instant Crush" a laissé des traces déshinibantes chez ce dernier. Mais en plus de ça, on entend des parties de guitare venant tout droit de l'afro-pop, d'autres venant du punk voire du post-punk déglingué, et des textures sonores riches proches d'un rock indé n'ayant pas peur du synthétique, comme chez Mac Demarco. D'ailleurs, l'irrésistible single "Wink" est assez proche de la démarche de ce dernier. 

The Voidz - QYURRYUS (Clip, 2018)

  Le meilleur exemple de cette richesse et de cette ouverture incroyables reste  le mélange barré de krautrock, de synthpop, de punk, de rock berbère autotuné et surtout de funk turc composant "QYURRYUS", dont on a déjà parlé ici (et qu'on a même nommé clip du mois de janvier). L'autre grosse réussite du genre est "ALieNNatioN", entre électronique, funk à la Sly Stone, (glam) rock (psyché), (synth)pop, hip-hop, rnb, envolées lyriques et couplets plombés, son lourd et étincelles de légèreté, une vraie leçon de pop, pleine d'amour pour la Pop la plus inventive et accessible à la fois. Une merveille. Autre grosse expérimentation, "My Friend The Walls" rappelle furieusement l'influence que les épopées sonores de Radiohead et Queen ont pu avoir sur Casablancas, et qu'on pouvait entendre notamment sur le dantesque "Human Sadness" sur le précédent album. On pourrait dire la même chose de la belle et triste ballade synthétique clôturant l'album, "Pointlessness"

The Voidz - ALieNNatioN (2018)

  Au rayon pop, "Permanent High School" rappelle le premier solo de Casablancas avec son croisement tubesque de synthpop et de rock, mélodique, en apparence facile mais prenant et très bien construit. Tandis que "All Wordz Are Made Up" mixe refrain de tube synth-rock FM 80's, vocoders à la Laurie Anderson, et prod bouncy proche du travail de The Neptunes (Chad Hugo & Pharrell Williams) qui a fait danser de façon intelligente les années 2000. "Pink Ocean" sonne comme un slow disco quasi rnb, mais version psyché et saturé, et est vraiment un excellentissime morceau. "Lazy Boy" mixe de façon habile et futée Daft Punk, DeMarco, art-rock et Strokes récents. 

The Voidz - All Wordz Are Made Up (Clip, 2018)

  Plus loin, c'est un hard rock sombre et déviant à la Black Sabbath qui est perverti par des influences rock (Queens Of The Stone Age, Queen, Ratatat), glam, punk, post-punk et électroniques (quasi dub au sens anglais du terme) sur "Pyramid Of Bones". On pense à The Fall sur le post-punk déglingos, saturé, distordu et partiellement atonal de "One Of The Ones", sympathique mais moins indispensable. Le rock indé lo-fi imbibé de folk de "Think Before You Drink" est un peu sauvé par sa montée finale intense, tandis que le punk hardcore de l'espace de "Black Hole" et celui plus psychotique de "We're Where We Were" sont sauvés par leur folie et leurs rythmiques folles. 

The Voidz - Pyramid Of Bones (Clip, 2018)

  C'est donc un superbe album que nous livrent les Voidz, avec très peu de points faibles malgré un nombre de morceaux conséquent et un son dense, un vrai petit chef-d'oeuvre qui arrive à innover en faisant de la pop et du rock sans se dénaturer ou perdre en efficacité (ce qui est un exploit en soi), avec un juste dosage entre tubes obliques et expérimentations obscures. On a la double impression un peu paradoxale que chacune des chansons provient d'un groupe différent (comme le suggèrent les visuels de chaque single), mais que l'album est cohérent, et rien que ça en dit beaucoup sur le talent du groupe. A coup sûr un des albums de l'année, et une superbe surprise qu'on attendait pas à ce niveau avant d'entendre les singles ravageurs. Au point que j'attendrais désormais chaque sortie de ce groupe avec ferveur.

A écouter sur Spotify ou Deezer ou Youtube


Si vous en voulez encore :

Alex




vendredi 26 janvier 2018

Ty Segall - Freedom's Goblin (2018)


  Vous le savez probablement pour les habitués, Ty Segall est un habitué de nos colonnes, ainsi que de nos tops de fin d'année. Il ne déçoit jamais et, du moins en solo, est sur une lancée de classiques absolument colossale depuis le début des années 2010, avec au moins un indispensable par an, souvent davantage, et tous différents. Pour le meilleur des plus récents, réécoutez Slaughterhouse (2012), Twins (2012), Sleeper (2013), Manipulator (2014), Emotional Mugger (2015) et Ty Segall (2017). Et vous pouvez y ajouter ce Freedom's Goblin, sorti en ce glorieux mois de Janvier 2018.

  Ce dernier, contrairement à nombre de ses prédécesseurs, ne se définit pas par un son ou un thème unificateur mais plutôt par la liberté totale que Segall et ses comparses du Freedom Band (Mikal Cronin à la basse, Charles Moothart à la batterie, Emmett Kelly à la guitare et Ben Boye au piano, échangeant souvent les instruments) s'accordent sur chaque titre, donnant un côté davantage centré sur les chansons que sur l'album dans son ensemble, l'unité de base, le cadre et le centre de l'attention étant donc la chanson en elle-même, à la manière de Gumboot Soup (2017) des King Gizzard & The Lizzard Wizzard. Cette liberté est aussi présente dans la longueur des titres (de 1'06 à 12'02) ainsi que dans celle de l'album (19 titres pour 1h15). Cependant, on peut y trouver certaines constantes : un son résolument 70's avec de grosses influences glam rock (le rapprochant de Manipulator), et un peu de jazz en plus de ce qui fait le style de Segall, ce mélange de grunge, punk, garage, hard, classic rock, pop, psyché et folk inimitable.

Ty Segall & The Freedom Band - "Fanny Dog", Live at KCRW 2018

  Le côté glam, on l'entend dès les cuivres décadents de l'excellente "Fanny Dog", très Bowie période Diamond Dogs, avec ces guitares saturées quasi grunge, mais également très shock rock, et une écriture marquée par la country-folk, qui, associée à ce déluge sonique, donne un côté Jack White à l'ensemble. Le Bowie funk, cette fois ci celui sous coke et influence berlinoise de Station To Station, est convoqué sur "Despoiler of Cadaver" au traitement du son quasi dub absolument génial, digne du Brian Eno 70's, et à la fantaisie proche des contemporains Ariel Pink ou Soft Hair (LA Priest & Connan Mockasin). 

  Cette dernière, ainsi que des morceaux comme "Meaning", à la première partie géniale avec notamment un groove kraut ultra réminiscent de Can et aux dissonances malicieuses, augurent d'une direction très intéressante pour Ty. En revanche, la dernière partie de la chanson, pseudo punk hardcore, me convainc moins, même si la transition WTF à la Frank Zappa va bien avec le style de l'album. Ce côté déglingué est d'ailleurs très bien réussi sur l'interlude "Prison", sur "Talkin 3" entre Sex Pistols, White Stripes et free jazz, ou sur "The Last Waltz", chanson de pub psychédélique, entre les Mothers Of Inventions, Traffic, Captain Beefheart et les Beatles psyché à leur plus j'en foutiste.

Ty Segall & The Freedom Band - "Despoiler Of Cadaver", Live at KCRW 2018

  Du côté de la pop classique, on entend un peu la grosse influence revendiquée de John Lennon dans toute sa douceur, sa fragilité mais aussi sa furie sur "Rain", titre à la fois délicat et rageusement glam sur le refrain dissonant façon Lou Reed et encore une fois Bowie. Ce songwriting mélodique quasi country est retrouvé sur l'également très bonne "My Lady's On Fire", réminiscente du meilleur de Harry Nilsson et contenant également des cuivres à tomber, et sur la très Beatles "Cry Cry Cry", absolument géniale. "I'm Free" continue ce côté folk, mais cette fois-ci entendu à travers les oreilles des Who circa Tommy (d'où son titre ?).

  Tout comme "You Say All The Nice Things", rapprochant de façons inimaginable pour moi Ty Segall et la période glam/folk/rock de Of Montreal (2013-2016), à la fois musicalement et surtout vocalement. D'ailleurs, l'influence également assumée de T Rex, commune à Kevin Barnes d'of Montreal et à Segall, contribue à les rapprocher et ça s'entend sur la génialissime "The Main Pretender", glam saturé au groove funk liquide et sexy et épicé d'un petit côté free jazz tranchant. Un des sommet de l'album.

  On entend davantage le rock des années 2000 (White Stripes, Black Keys, The Kills...), sur le début de "Shoot You Up" avant une deuxième moitié façon Beatles décadents (période White Album). Ce rock moderne, autant influencé par Prince que par le post-punk 70's, revient sur "Every 1's A Winner", qui sonne ample et clair comme les Black Keys de Brothers, mais avec ce côté funk et vicieux en plus, largement amené par des percussions incroyablement bonnes. La rythmique est également le point fort de la scie punk-grunge "When Mommy Kills You", un peu plus attendue et prolongeant le style de Segall sur son album Twins, tout comme "Alta" un peu plus loin, sur laquelle Ty a le mérite d'enrichir le morceau d'un pont très riche et absolument délicieux. Tout comme il enluminait son style de trouvailles fantastiques sur Ty Segall, sorti l'an dernier. On sent que niveau compo et arrangement, de manière générale, l'heure est au perfectionnement extrême.

Ty Segall & The Freedom Band - "Alta", Live at KCRW 2018

  Dans le registre hard, quasi métal 80's, on a "She", avec guitares shred, grosse guitare rythmique bien grasse, plutôt bon morceau dans un genre qui a pourtant en général du mal à m'emporter. Et puis "5 Ft Tall" est une très honorable tentative de retrouver la folie furieuse de Slaughterhouse, malheureusement malgré ses petits apports jazz dans les arrangements elle manque un peu de personnalité. 

  Et puis il y a le morceau de bravoure de plus de 12 minutes "And, Goodnight", entre prog rock saturé, Beatles, Jack White encore une fois, et soul-funk au début, qui part vite dans une suite de soli virtuoses et kiffante (les deux ne vont pas toujours de pair), avant de retomber sur ses pattes blues façon Albert King.

  Vous l'aurez compris, c'est un disque dense, parfois un peu trop avec quelques titres un peu plus faibles. Un disque très référencé également, mais même si les influences sont un peu plus audibles qu'avant (ce qui est sans doute dû aux compos assez spontanées les faisant ressortir), elle ne font à aucun moment sortir du disque, et contribuent à au côté bric-à-brac assez charmant et amusant de ce disque. Qui malgré la diversité des styles abordés et des instrumentations arrive à rester relativement cohérent, ce qui n'est pas rien, et à ne jamais lasser malgré la durée, ce qui est carrément un exploit.

  En résumé, ceci n'est pas le meilleur album de Ty Segall mais c'est un très, très bon album, bien produit, solide, généreux, riche, avec des sommets très hauts (parmi les meilleures chansons qu'il ait jamais écrites), et une intégrité totale. Et rien que pour ça c'est déjà un incontournable de 2018. 

Alors bonne écoute !

  D'ailleurs, l'album est disponible en streaming sur youtube par ici, ou alors là sur le site de NPR, et quelques morceaux sont en écoute sur son bandcamp

  J'ai truffé l'article de nombreuses références, et pour que ce soit plus pratique pour vous d'entendre où je veux en venir, j'ai glissé les liens vers des chansons (sur youtube) illustrant mes propos, n'hésitez pas à les utiliser !

Alexandre


lundi 20 février 2017

The Lords Of Altamont - Midnight To 666 (2011)



  L'écoute récente de l'excellent dernier Richmond Sluts (chroniqué ici), m'a donné envie de réécouter deux disques de rock bien sauvages ayant marqué mon adolescence. Je vous ai parlé récemment (il y a quelques jours, juste ici) de The Eighties Matchbox B-Line Disaster, groupe précieux qui arrive à me faire apprécier sans réserve une musique parfois proche du punk hardcore. Et bien, le combo garage/punk Lords Of Altamont (déjà évoqué ici) au nom évidemment inspiré par les Stones, est quasiment aussi essentiel qu'eux dans un genre tout aussi sauvage davantage marqué par le triptyque classic rock / garage-punk / psyché. 

  Et ici, on ne rigole pas, et on le sent dès le (très lourd) riff inaugural un chouia psychédélique et carrément punk (tout comme le chant entre Ramones et cris hardcore) de "F.F.T.S". Ce morceau, inutile de le dire, est une sacrée claque et un classique instantané. "Get In The Car" enfonce le clou avec un riff garage rock boosté aux anabolisants et un chant punk/pop rassembleur (ces "hé!" un peu Hives, on pourrait presque entendre tout un pub les reprendre en choeur, chope à la main). C'est une musique faite pour être subie à grand volume, et les grands espaces psychédéliques tressés par la guitare de "Gettin High - On My Mystery Plane" invitent à faire péter les potards de l'autoradio façon Steppenwolf. De même pour "You're Gonna Get There" et son rock pour motards durs à cuire tout de cuir clouté vêtus. Le paroxysme de ce hard-blues psychédélique étant atteint sur "I'm Alive", climax énorme, comme si AC/DC jammait avec les MC5 et les Black Angels.

  Mais, après "F.F.TS", l'autre grand moment du disque c'est ce "Save Me - From Myself" qui commence bien psyché avant de partir en riff bien dark post-Sabbath et hurlements de psychopathe, mais tout ça avec une assise implacable qui fait passer le tout à merveille, notamment cette basse diabolique et cet orgue puissant. Les satanisteries se poursuivent sur le plus accessible (oserais-je dire pop?) "Soul For Sale", encore très bon. Le punk de "Turn Me Down" a également une énergie rassembleuse, et "Bury Me Alive" un côté tubesque avec ces choeurs pop/punk.

  La fin de l'album vaut également le détour avec quelques uns des morceaux les plus forts de l'album : "Ain't It Fun" à la construction et aux arrangements plus ambitieux fait mouche, c'est vraiment un grand morceau d'un groupe au sommet de son art. Et "Synanon Kids", en plus psyché, voire un peu hard façon Deep Purple de In Rock (cette construction alambiquée, ces claviers....), est une de mes préférées du LP. Enfin, "Action Woman" prouve que même sans les potards à fond, le trip du groupe est toujours aussi prenant. 

  En résumé, c'est un très bon album de hard-rock psychédélique à tendance punk, un de mes classiques modernes du genre à découvrir au plus vite. 
  

samedi 22 octobre 2016

Thee Oh Sees - A Weird Exits (2016)


  Waow ! Pas grand chose à dire sur ce dernier Thee Oh Sees si ce n'est que Dwyer tient une forme olympique. Depuis 3 ans, il nous a gratifié de 5 chef-d'oeuvres dignes des meilleurs Oh Sees, Floating Coffin, les deux Damaged Bug, l'excellent Mutilator Defeated At Last de l'an dernier, et ce petit nouveau. 

  Pas grand chose à signaler, il creuse le sillon de ces derniers albums. Si ce n'est que la production a encore gagné en clarté et que le groupe sonne plus assuré que jamais, mais dans le bon sens. Dwyer ouvre le bal avec le rock hypnotique, psyché et kraut sur les bords, d'un "Dead Man's Gun" ultra efficace. "Ticklish Warrior" et son riff ultra heavy à la Slaughterhouse du Ty Segall Band contient pourtant des soli presque prog dans la technicité mais réalisés avec une concision pop. "Jammed Entrance" est un interlude synthétique mais rock à la Damaged Bug, qui ouvre sur un "Plastic Plant" démentiel, très californien, tellement rock, tellement jouissif et bien produit qu'il pue la décadence et la classe des rockeurs de la West Coast comme dans un épisode de Californication (y'a un truc en commun avec le générique de la série, dans le son). Un sommet.

  Le côté punk revient avec le nerveux "Gelatinous Cube" à la batterie malmenée. "Unwrap The Fiend Pt. 2" et "Crawl Out From The Fall Out" explorent à nouveau cet habile mélange de psychédélisme pop rehaussé de folk et d'électronique et de rock à la fois prog, punk et concis. Avant une conclusion parfaite : "The Axis", son orgue soul, et son chant entre Zappa période doo-wop parodique avec les Mothers Of Invention (la guitare va dans ce sens aussi), et Presley période gospel. Et puis un solo noisy parfait.

  Cet album est une tuerie, y'a pas grand chose de plus à dire, si ce n'est foncez l'écouter ici. Alors bonne écoute !

Merci pour votre lecture et vos retours en commentaire, et à bientôt !

Alex



mardi 31 mai 2016

Queen - Innuendo (1991)



  Tâche délicate que celle de parler de cet album inégal mais néanmoins plutôt sous-estimé de Queen. En effet, selon moi il s'agit de leur album le plus intéressant de la période synthétique post-The Game. Alors intéressant ne veut pas dire sans défauts, ni chef-d'oeuvre. En effet, c'est plutôt une réussite, malgré quelques défauts. Car cet album arrive, au milieu de choses plus banales et oubliables, à faire sur quelques morceaux du grand et surtout de l'unique. Et tout cela avec un mix de ce son synthétique improbable issu des eighties, de rock testostéroné boosté à l'opéra et de mille autres choses. Vraiment, ce n'est pas un album que l'on cite souvent mais il ouvre d'intéressantes pistes malheureusement inexploitées par la suite.




  On démarre avec du lourd, de l'excellent. Le morceau titre, "Innuendo", s'ouvre sur un rythme hispanisant rappellant le "Boléro" de Ravel (et donc un peu "White Rabbit" de Jefferson Airplane). Mais c'est plutôt l'esprit psyché sombre, rock et torturé version Jefferson qui est convoqué ici par les synthés théâtraux, la grosse guitare rock et le chant viril de Mercury. Le morceau est une merveille de synthèse entre un arena rock rassembleur et un rock plus vicieux et dark, plus exigeant aussi. Le tout est porté par ce mur de son électro-rock et surtout le chant extraterrestre et surpuissant du Freddie. On note la volonté de composition très ambitieuse en introduisant un break acoustique tire-larmes avant les 3 minutes (très opéra), puis un intermède instrumental flamenco, avant une autre partie opéra avec des choeurs à la Queen divins. Et le solo de guitare de May bien évidemment, qui débouche sur un autre break hard-FM pour head-banger, puis une reprise de la première partie du morceau, sombre et rock. Il s'en est passé des choses en un peu plus de 6 minutes hein ? Excellentissime, ce morceau pose des bases solides et augure le meilleur. C'est du niveau des mini-opéras pop de Mercury, à la "Bohemian Rhapsody" et "The Prophet's Song", rien de moins.

  La suite s'annonce géniale avec le synthé crépusculaire de "I'm Going Slightly Mad", qui porte bien son titre. Ce son de synthé est si vintage et inhabituel qu'il est à la fois évocateur (on dirait la musique d'un temple d'un bon vieux Zelda sur Nintendo 64, et c'est plutôt un compliment), un peu risible, et surtout tellement extraterrestre qu'il en émane une beauté malsaine, une attirance effrayante. Là encore c'est le charisme de Mercury qui porte tout le morceau. Il se bat contre ses démons parmi les nappes synthétiques, avec un chant de crooner évoquant autant un Sinatra avalé par une borne d'arcade qu'un Elvis période Vegas ou un Klaus Nomi théâtral. Ce chant presque jazzy est d'une subtilité incroyable, on entend toute la profondeur, la complexité, les doutes et la tristesse du bonhomme. Et c'est très beau et touchant. Et puis là encore le travail sur les voix est magnifique (ces petits choeurs et ad-libs sont géniaux).





  Bon, si tout l'album est comme ça on tient un chef-d'oeuvre. Mais vous l'aurez deviné (ou vous le savez), c'est pas le cas malheureusement. "Headlong" qui suit, est une sympathique scie heavy metal pour stades, plutôt efficace quand on ne la réécoute pas trop souvent, et qui ne fait pas décrocher de l'écoute de l'album, mais qui est loin d'égaler les sommets de créativité des premiers morceaux. Dommage. 

  "I Can't Live With You" rappelle Michael Jackson, est-ce que le grand fan de Freddie (Hot Space de Queen est cité par MJ comme un des modèles de Thriller) aurait influencé son idole sur le coup ? Avec ce refrain rnb, cette boîte à rythme typique, ces inflexions dans le chant, comment en douter ? On n'est pas loin d'un "Black Or White" sorti la même année, en effet. Bon, là encore, franchement c'est pas mauvais ça s'écoute bien, mais ce n'est pas non plus un sommet.

  On renoue avec les ambiances aliénées, dépressives et sombres du début d'album avec la ballade "Don't Try So Hard", qui rehausse un peu le niveau surtout pour le chant magnifique de Mercury. Qui a rarement mieux chanté que sur cet album, et c'est ce qui sublime même des morceaux moyens comme les deux que je viens de citer précédemment, et font qu'ils valent l'écoute.





  Ensuite, nous avons le droit à un "Ride The Wild Wind", quelque part entre un rockabilly propulsé dans les synthés eighties et un morceau de U2, là encore sympathique, pas génialissime mais très écoutable. "All God's People" qui suit est un étrange morceau, là encore mêlant une énergie presque gospel, des musiques de tellement de traditions folkloriques mondiales, des synthés bizarres et du rock de stades que le rendu final est vraiment très étrange. Pas forcément dans le bon sens pour le coup, celui-là on a envie de le passer.

  "These Are The Days" est une ballade entre rock eighties et funk glacé, presque un slow, très sympa. Même si elle est très cliché (ça pourrait être un générique de série de l'époque), je l'aime beaucoup cette petite guimauve romantique. "Delilah" quand à elle avec ses synthés baveux et son rythme presque zouk, est vraiment une étrange réussite inattendue vu ce qui est écrit au début de cette phrase. Bonne chanson pop à la mise en son à la fois ultra kitsch mais du coup assez unique et finalement très jouissive, elle vaut le détour justement pour ses excentricités. 

  "The Hitman" est un vieux Hard-FM assez inécoutable, deuxième chanson à zapper, et encore plus vite que la précédente. Mon dieu que c'est criard. Tout comme la guitare de May sur "Bijou", qui à force de triturer son manche en fout tellement partout qu'il dégueulasse toute la chanson. Et du coup nos oreilles brûlent comme nos yeux le feraient si mon image n'en était pas une et qu'on exposait la pièce à une lampe à UV  (terriblement pas classe comme métaphore mais terriblement réaliste, malheureusement). 





  Et on finit sur un morceau d'anthologie, ce "Show Must Go On" intense et qui vaut beaucoup plus que ce dont vous vous souvenez de votre dernière écoute. Franchement, avec un bon casque ou de bons amplis, vous redécouvrez toute la puissance et la densité de cette chanson, avec ses couches d'arrangements riches et bien dosés. A la réécoute elle monte énormément dans mon estime cette chanson, je la range avec les superbes réussites du début d'album.

  Bon, rien qu'en me lisant, vous aurez fait tous seuls le bilan : évidemment cet album n'est pas un chef-d'oeuvre, il est terriblement inégal. Mais ça veut aussi dire qu'il contient de grandes choses, et aussi de bonnes choses, en plus des petits déchets occasionnels. Si on trie le bon grain de l'ivraie, cet album s'en sort pas trop mal, et amputé de quelques titres très faibles il aurait pu avoir une toute autre tenue et être l'ultime classique du groupe. Il est cependant un bon album, et c'est déjà beaucoup. 

  Rien que pour les quelques morceaux d'anthologie (souvent signés par Freddie et très très branchés opéra) et leur ambiance si particulière, ainsi que pour le chant de Mercury, prenez le temps de réécouter ce disque. 

Et c'est justement par ici le lien Spotify pour (ré)écouter l'album.

Merci pour votre lecture et vos commentaires



Alexandre


  Pour écouter cet emblématique album de Queen, il est important de le remettre en perspective avec le contexte dans lequel il a été composé. Celui de Freddie Mercury et d'une maladie diagnostiquée depuis 1987, dont tout le monde parle sauf lui, alors qu'on le voit faiblir à chaque apparition publique. Fuyant la presse anglaise il se réfugie alors à Montreux pour enregistrer la majeure partie de cet album. Opus dont l'enregistrement s'étalera sur près d'un an, entre mars 1989 et novembre 1990.


     Cet album constitue ainsi le dernier enregistré par le groupe anglais avant le décès de leur charismatique leader et fut conçu comme un adieu au public. L'ambiance y est alors imprégnée d'une gravité et d'une nostalgie poignante, s’exprimant pleinement dans les paroles écrites par Freddie Mercury. C'est le cas sur These are The Days of Our Lives touchant par la sincérité de l'écriture de Freddie. C'est aussi pour lui l'occasion, sur I'm Going Slightly Mad, de parler, via la métaphore de la maladie mentale, de sa propre maladie. 
  C'est ainsi que le chanteur est mis, plus que sur n'importe quel autre album du groupe, en valeur. L'usage des chœurs y est plus que réduit pour laisser à l'incroyable voix de Freddie prendre une place très importante dans la structure des titres, lui laissant la possibilité de la déployer dans des envolées phénoménales. Les thèmes abordés sont aussi souvent très personnel au chanteur. On pense notamment à Delilah où il parle à sa chatte ( visible sur le portrait stylisé de Freddie Mercury ) comme on parlerait à un amant ou à Bijou. 




    Se créer ainsi tout au long des 12 titres que compte ce LP une intimité unique avec Freddie Mercury, s'épanouissant pleinement dans l’apothéose du fameux et fabuleux Show Must Go On qui clos à merveille, dans leur plus pur style rock, l'album et la fabuleuse aventure Queen ( on occultera les albums et prestations du groupe en l’absence de Freddie Mercury ).

     Par mes propos, on pourrait penser que c'est un album solo de Freddie Mercury avec Brian May et Roger Taylor, mais pas du tout. Les morceaux sont aussi profondément marqués par la composition du guitariste et de ses influences hard-rock. C'est ainsi que Headlong et I can't Live With You, furent initialement composés par Brian May pour un album solo, mais incorporés au travail de cet à l'album quant May entendit Freddie chanter sur ceux-ci. De même le guitariste prend une place cruciale sur The Hitman comme sur Bijou. Permettant à l'un de réchauffer l'ambiance le temps d'un morceau quasi emprunt à AC/DC, même dans les techniques vocales de Freddie, tantôt d’exacerber la sensibilité d'un court poème.


 Mais comme le disait très bien Alexandre, l'album ne brille malheureusement pas par son homogénéité en terme de qualité, lesté par un creux en milieu d'album avec notamment Ride the Wild Wind s'intégrant assez mal à l'ambiance de l'album et souffrant d'une production ayant mal vieillie, Delilah dont la mièvrerie et les "meow" de Taylor et May peuvent agacer malgré la qualité de la pop, These Are The Days Of Our Lives qui pèche par sa qualité musicale, malgré ses paroles touchantes, ainsi que The Hitman qui bien que rythmant l'album, montre un May bien trop démonstratif techniquement parlant, tout comme sur Bijou.

     Mais à côté de cela il y a avant tout des perles tels Innuendo ouvrant et donnant le nom à l'album, riche de son break flamenco joué par Steve Howe de Yes, I'm Going Slightly dont la voix affaiblie de Freddie Mercury prend au tripes, le tout élancé dans une production 80's ( pour une fois ) d'une rare qualité chez Queen, All God's People aux influences de gospels et africaines, ainsi que le fameux Show Must Go On.


  C'est ainsi qu'a l'image de la discographie de Queen, cet album est fort en contraste et met en valeur la qualité artistique hors-norme de Freddie Mercury, clef de voûte du groupe anglais qui a su perdurer près de 20 ans, là où de nombreux groupes implosent sous le poids des ego personnels.


ETIENNE