Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes
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vendredi 26 juin 2020

LA Priest - Gene (2020)


  Avec les Late Of The Pier, sous le nom Soft Hair en duo avec Connan Mockasin, ou en solo avec Inji, son album de 2015, Sam Dust alias LA Priest est un des rares artistes qui arrive à me toucher à chaque fois qu'il fait un truc depuis 10-15 ans, avec un petit truc en plus, un renouveau, tout en gardant sa patte électro-rock de weirdo magnifique. Ce dernier album, Gene, bricolé en grande partie sur des machines qu'il a lui même construites, continue sur cette lancée magnifique. 

LA Priest - Rubber Sky (Clip, 2020)

  Les guitares, noyées dans le chorus et quelques autres effets aquatiques, sont toujours en avant, appuyées par des basses bien rondes, des beats mécaniques, quelques synthés et bidouillages programmés bien sentis, et par cette voix qui est de plus en plus assurée et tente des choses avec ou sans effets pour l'habiller et la triturer. Le début de l'album est génial, avec "Beginning" comme mise en bouche pour installer l'ambiance et groover d'entrée de jeu, avant l'électro-rock funky et tubesque de "Rubber Sky", sorte de rêve humide de tout auditeur de Radio Nova (et de votre serviteur, par la même occasion), entre Prince, Metronomy, Sly Stone, dub et acid house revisitée façon dance-punk/nu-rave. Alors quand vient le single "What Moves", on est déjà cueillis, et sa pop-funk chaloupé et doucement psychédélique nous termine. 

LA Priest - What Moves (Clip, 2020)

  Il y a quelque chose de très intimiste, vivant, organique, isolé, presque champêtre ou bucolique dans cette musique. Les grésillements, la saturation, les choix de mixage, tout rend la prod pourtant en partie électronique plus vivante que la plupart de celles des groupes à guitare poussés par les grandes majors. C'est un disque de printemps/été, à la manière de quelques McCartney solo(RAM, McCartney III), ça s'entend très bien sur des titres comme le délicat interlude "Peace Lily", mais aussi sur la déchirante "Open My Eyes"

  Le style unique de LA Priest est une sorte de synthèse bluffante entre des centaines de styles musicaux différents. Comment classer un morceau comme "Sudden Thing", avec un peu de soul, de jazz, des notes de blues psychédélique, de l'électronique... C'est hors du temps, c'est grandiose. 

  Plus identifiables, "Kissing of the Weeds" fait usage des machines (et du chant) avec une gourmandise et un style qui rappelle Thom Yorke, tandis que "What Do You See" commence franchement reggae avant de partir en complainte rock futuriste et de retourner à la case départ avec un clavier cheap.

LA Priest - Live From The Shed (2020)

  Il n'y a pas d'album de LA Priest sans divagation électronique déconstruite, absurde, surréaliste et jouissive à la Mr Oizo sous acides, ici c'est "Monochrome" qui remplit à merveille ce rôle, suivie par le diptyque final "Black Smoke"/"Ain't No Love Affair".

  Bref, vous l'aurez compris j'en attendais beaucoup et je n'ai pas été déçu. En plus de ça, les versions live de ces morceaux sont vraiment folles, et mon admiration pour Sam Dust atteint des sommets en ce moment.

A écouter absolument, sur Spotify ou Deezer par exemple

Alex

vendredi 19 juin 2020

Ric Wilson & Terrace Martin - They Call Me Disco (2020)


  Ric Wilson est un rappeur de Chicago, qui a une affinité particulière pour les instrumentaux disco-funk. C'est donc assez logique qu'il se soit associé pour cet EP avec le génial Terrace Martin, multi-instrumentiste de talent qui a fait ses preuves en hip-hop, en jazz, en soul, en funk et même en musique classique. Vous l'avez probablement déjà entendu sans le savoir en collaboration avec Snoop Dogg, Kendrick Lamar, ou Herbie Hancock, entre autres.

  Et cet EP est bluffant. Entre débuts du hip-hop période Sugarhill Gang, Snoop Dogg période "Sensual Seduction" et productions actuelles de la galaxie The Internet / Thundercat / Mac Miller / Stones Throw, le disque fait mouche d'emblée ("Breakin Rules"). La voix acide de Ric Wilson, quelque part entre Boosie Badazz et Lil Wayne, son timbre nasal, les légères inflexions autotunées, donnent beaucoup de charme et de personnalité à l'ensemble. 

Ric Wilson & Terrace Martin - Move Like This (Clip, 2020)

  Les glorieux ancêtres funk, de Bootsy Collins à Chic, sont évidemment partout en filigrane, tout comme leurs réécritures récentes par des gens comme Pharrell Williams ou Dâm-Funk (les géniales "Don't Kill The Wave", "Move Like This").

  Le petit feat rnb avec BJ The Chicago Kid ("Chicago Bae") passe super bien, donnant un petit côté Don Toliver à la track, tandis que sur "Before you let go" avec Malaya et "Beyond Me" avec Kiela Adira évoquent les magnifiques collaborations de Tyler The Creator et Kali Uchis.

  Bref, l'EP passe trop vite et on en redemande tant ce funk-rap discoïde est d'une fraîcheur et d'une qualité indiscutables. 

Mes morceaux préférés : Breakin Rules, Don't Kill The Wave, Move Like This



Alex




samedi 13 juin 2020

Yazmin Lacey - Morning Matters EP (2020)


  Yazmin Lacey est une chanteuse soul basée à Nottingham (Angleterre), et ce Morning Matters est son troisième EP en 3 ans. Il a été co-réalisé à l'aide de Moses Boyd (production, batterie), mais aussi des membres de l'Ezra Collective, Femi Koleoso (batterie) & Ife Ogunjobi (trompette), ainsi que Sarah Tandy (piano) et Jordan Hadfield (claviers, basse, guitare) entre autres. 

  C'est un magnifique EP, pile entre nu-soul ("Own Your Own") et jazz ("Morning Matters", merveilleuse). Les ambiances sont installées tranquillement, les grooves laid-back, les arrangements doux, cotonneux. On a également sur "Lately - Interlude" une production assez psychédélique/progressive, agrémentée de breakbeats funky très en avant. Ambiance délicatement psyché qui se poursuit sur "Morning Sunrise", pile entre soul classique et rnb moderne, et "Not Today Mate", avec un Dilla Beat qui sonne encore plus moderne car proche des héritiers musicaux de J Dilla qui font notre bonheur ces dernières années (The Internet, Thundercat...).

  C'est un EP assez parfait dans son genre, et je vous en recommande franchement l'écoute. D'un point de vue technique, c'est irréprochable, Lacey est une chanteuse ultra talentueuse et ses musiciens sont des incroyables. Les compositions sont mémorables, et l'ensemble est produit et arrangé avec beaucoup de goût. Foncez écouter ça !

Bandcamp / Spotify Deezer


Alex


lundi 18 mai 2020

Geraldine Hunt - Can't Fake The Feeling (Single, 1980)


  Aujourd'hui, je vous propose de réécouter un superbe single de disco-funk, qui a été numéro 1 des classements dance en 1980, mais trop peu reconnu et ressorti ces derniers temps, "Can't Fake The Feeling" de Geraldine Hunt. Si vous êtes amateurs de Chic ou des Crusaders, ça va vous plaire croyez moi. 

  Cette guitare à la Nile Rodgers (avec un très court solo final), cette basse bondissante soutenue par un beat pas trop écrasant (petite mention aux délicats handclaps), ces petits claviers jazzy et puis cet orchestre qui soutient le tout et lui donne une ampleur : tout ça forme un tapis magnifique pour la voix impériale de la diva et a joliment traversé les années.

Alex


lundi 11 mai 2020

Little Richard... & moi

Little Richard - Long Tall Sally 

  Little Richard est malheureusement le plus récent d'une liste bien trop longue à mon goût de musiciens géniaux qui nous quittent en ce moment... Trop peu cité, il a pourtant probablement plus apporté à la musique qu'Elvis Presley (que j'adore par ailleurs), et il est probablement au chant et au piano ce que Chuck Berry a été à la guitare : le daron du rock. Mais pas que, puisque de la soul au gospel, il a eu une seconde carrière assez riche (même si je ne la connais que plus fragmentairement, de même que sa vie assez romanesque : il a été pasteur ou un truc comme ça après ses excès 50s). 

Little Richard - Rip It Up

  Ses hurlements saturés flamboyants et sexuels, sa voix rauque passant du grave aux aigus irréels, son piano martelé, son énergie scénique urgente ont autant marqué les Beatles, les Stones, T.Rex... (et donc la pop et le rock), que les Sonics et Motörhead... (et donc le rock garage et le punk) et Otis Redding, James Brown ou Prince... (et donc la soul et le funk). C'était un géant, inégalé dans son genre. Le Prince des années 50 en somme, avec 10 ans d'avance sur tout le monde. On dit souvent que les Beatles ont apporté la couleur au rock en noir et blanc d'Elvis, mais pour moi elle était là bien avant, elle était dans les chansons d'un Little Richard exubérant, maquillé et charmeur.

Little Richard - She's Got It

  J'y suis venu à 14-15 ans, notant négligemment son nom sur une feuille de brouillon pour aller l'écouter plus tard comme j'en avais l'habitude, sur une liste aux côtés de Creedence Clearwater Revival, tous deux régulièrement cités par Stephen King dans ses bouquins (notamment dan Ça). Je me souviens précisément de m'y être mis, tard un soir, et d'avoir appuyé sur play sur le fameux best of à la pochette rose (ci-dessus) sur Deezer à l'époque. Et d'avoir été immédiatement scotché, soufflé, j'étais à la fois hébété et euphorique. Le lendemain, je pris mon vélo pour foncer au centre culturel du coin, à peu près 20 bornes aller-retour, et je trouvais comme par miracle ce même best of (bon ceci dit ça m'étonnerait pas que ce soit son plus vendu c'est pas totalement un hasard). Il ne m'a plus quitté depuis.

Little Richard - Lucille

  Envoyons nous quelques unes de ses chansons à plein volume pour honorer sa musique et la faire découvrir à tous ceux qui sont passés à côté. Un peu de rock bien sexuel, ça ne peut que faire du bien à l'humanité.

Little Richard - Jenny Jenny

Little Richard - Ooh My Soul

Little Richard - By The Light Of The Silvery Moon



alex


lundi 4 mai 2020

KeiyaA - Forever, Ya Girl (2020)


    KeiyaA est une chanteuse et productrice de Chicago, qui vient de sortir ce magnifique Forever, Ya Girl. Son rnb vaporeux, quelque part entre les déconstructions arty du dernier Solange, les glorieux derniers Blood Orange et Frank Ocean, et toute la tradition nu-soul et hip-hop allant d'Erykah Badu à D'Angelo en passant par J Dilla, A Tribe Called Quest et les premiers Kanye West. Mais l'histoire de ces musiques remonte plus loin, et sans aller jusqu'au blues on entend clairement Marvin Gaye, Curtis Mayfield, Sly Stone ou Isaac Hayes entre les lignes. 

KeiyaA - I Thot There Was A Wound In This House, There's Two (2020)

  KeiyaA est parfois aidée par le rappeur/producteur MIKE alias DJ Blackpower derrière les platines, et dans tous les cas le grain jazzy, old school, parfois un peu lo-fi, des instrumentaux est très reconnaissable. Ces prods, qui savent ne pas trop en faire et prendre leur temps pour instaurer une ambiance, respirent, et donnent une âme et une teinte mélancolique, nocturne à l'ensemble, dans une zone floue, brouillée, entre organique, synthétique et électronique ("I Thot There Was A Wound In This House, There's Two", "Way Eye", "Rectifiya", la reprise du "Do Yourself a Favor" de Prince, "Hvnli")

  Quelques instrumentaux se démarquent un peu. Sortant de cette zone jazzy pour aller vers le funk rétro-moderne, à la Stones Throw ou Tyler The Creator, "A Mile, A Way" est une réussite. "I Want My Things!" pousse d'un cran l'abstraction. "F.w.u" est également assez marquée, ultra syncopée et avec des influences à la Lauryn Hill (également présentes sur "Keep It Real") pour un texte parlant de joints. "Nu World Burdens" voit le brouillard se dissiper pour un morceau à la prod et au chant plus directs, et c'est très beau.

KeiyaA - F.w.u (2020)

  Le chant, doucement rnb, profondément soul, ouvert aux cadences rap, est une merveille, et les morceaux s'enchaînent extrêmement bien, en particulier les six premiers qui sonnent comme une suite ininterrompue et magnifiquement structurée. Le milieu de l'album, de "I Want My Things!" à "Forreal???" s'enchaîne également particulièrement bien et forme un tout bluffant.  Des bouts de texte, des mantras, des mélodies vocales, des thématiques reviennent régulièrement dans l'album, quelques morceaux ont même droit à une reprise de leur thème dans un autre... créant un ensemble ultra cohérent, s'enrichissant lui-même d'auto-références ainsi que de nombreuses références culturelles, notamment à la culture afro-américaine et à la Great Black Music au sens large. Les textes par ailleurs sont drôles, percutants, poétiques, intelligents.

  C'est une oeuvre totale, vraiment passionnante, puissante et délicate, et un des meilleurs disques de cette année, assurément.


Alex


vendredi 1 mai 2020

Tony Allen...

Tony Allen - Wolf Eats Wolf (Clip, 2017)

  Bon, c'est pas une année facile pour les mélomanes. Malheureusement, Tony Allen, sans conteste un des plus grands batteurs et musiciens tout court de tous les temps, nous a quittés. Il a exploré et défriché de nombreux espaces sonores nouveaux, depuis ses débuts de pionnier de l'Afrobeat aux côtés de Fela Kuti à son album jazz de cette année avec Hugh Masekela, en passant par ses albums solo essentiels et ses collaborations électro (Jeff Mills) ou pop décisives avec Damon Albarn ou Sébastien Tellier.

Tony Allen & Hugh Masekela - Robbers, Thugs & Muggers (2020)

Fela Kuti - Water No Get Enemy (1975)

Tony Allen & Jeff Mills - The Seed (2018)

Tony Allen & Damon Albarn - Go Back (2014)

The Good The Bad & The Queen - The Truce Of Twilight (2019)

Sébastien Tellier - La Ritournelle (2004)

Tony Allen - Eparapo (2002)


alex


dimanche 26 avril 2020

Enemy Radio - Loud Is Not Enough (2020)


 Enemy Radio est le projet parallèle et la suite directe de Public Enemy, avec Chuck D, DJ Lord et Jahi, dans une optique soundsystem : des MC, des DJ, à l'ancienne. Et cet album est une petite bombe de rap old school qui arrive malgré tout à sonner frais et plein de vie (et de rage).

Enemy Radio - 2020 (2020)

  Le groove de "2020" ouvre à merveille l'album, et les déflagrations rock de "STD (Slavery Transmitted Disease)" et de "Born Woke" et sa wahwah soul/funk frappent aussi fort qu'à l'époque. Les passe-passe sur orgue et beat rythm'n'blues de "Man Listen" font aussi bien, et on y entend bien l'influence de Public Enemy sur la musique populaire, et leur héritage porté aujourd'hui par des groupes comme Run The Jewels. En tous cas, le travail de sampling est exemplaire ("Lock Your Wheels").

Enemy Radio, Public Enemy - Food As A Machine Gun (2020)

  Public Enemy (avec Flavor Flav) est réuni sur la très jamaïcaine (et excellente) "Food As A Machine Gun". La basse de "Last Stand Caravan" serpente, tandis que le beat tabasse, dans une configuration qui n'est pas sans rappeler les prods façon Big Beat anglais, et l'électronique se fait plus insistante sur "Same God", qui sonnerait presque comme un Yeezus revisité façon old school, tandis que "The Kids Ain't Alright" a un côté grandiose, une ampleur qui ne ferait pas tâche sur les albums de l'âge d'or de Ghostface Killah ou Jay-Z

Enemy Radio - The Kids Ain't Alright (2020)

  C'est davantage qu'un retour en forme, c'est un disque assez parfait de hip-hop à l'ancienne, qui claque comme les classiques du genre et sonne impeccablement en 2020. Une vraie leçon de longévité.

Mes morceaux préférés : 2020, STD (Slavery Transmitted Disease), Born Woke, Food As A Machine Gun, Last Stand Caravan, The Kids Ain't Alright


Alex


vendredi 24 avril 2020

Jazz, Funk & Hip-Hop 2020 : Shabaka, Thundercat, Witch Prophet, Ali Shaheed Muhammad & Adrian Younge & RJD2


  Jazz, Funk et Hip-hop. Ces 3 là ont toujours fait bon ménage, et au fond partent des mêmes racines et empruntent parfois des routes sinueuses finissant par se croiser, et il est bon de rappeler que ce ne sont là que des étiquettes bien pratiques pour se repérer dans le temps et l'espace mais qui n'ont pas beaucoup d'intérêt en elles-même si ce n'est stimuler la curiosité de l'auditeur pour une oeuvre, ses influences et ses successeurs. 

  Depuis les influences funky de Miles Davis et Herbie Hancock jusqu'au jazz-rap de Kendrick Lamar soutenu par Kamasi Wahsington, Flying Lotus et Thundercat, en passant par la nu-soul d'Erykah Badu et du collectif Soulquarian (The Roots, D'Angelo, J Dilla) ou par les samples jazzy et groovy des rappeurs d'A Tribe Called Quest, les ponts n'ont jamais manqué, et je voulais louer avec ce papier la qualité de quelques albums ayant poussé entre ces eaux fertiles ces dernières semaines. 

Thundercat 
It Is What It Is

  Alternativement -ou plutôt, en même temps- émouvant, hilarant, virtuose, fun, dansant, cet album est le digne successeur du chef d'oeuvre Drunk (2017). Mélange hyper personnel de jazz, de soul-funk, de (soft) rock, de musique de jeux vidéos, d'influences hip-hop et rnb, et de psychédélisme, en en oubliant quelques-uns au passage, la musique du bassiste de génie est toujours aussi prenante.


Thundercat - Dragonball Durag (Clip, 2020)

  Les interventions extérieures sont géniales, notamment -mais pas seulement- Steve Lacy et Steve Arrington (de Slave) sur "Black Qualls" et le saxo décisif de Kamasi Washington.
  Si vous vous étiez toujours demandé ce qu'un amateur de Jaco Pastorius et Herbie Hancock biberonné aux manga et à Adult Swim pouvait donner musicalement, vous avez votre réponse : une série d'albums aussi uniques que réussis. 

Mes morceaux préférés : Innerstellar Love, I Love Louis Cole, Black Qualls, How Sway, Funny Thing, Dragonball Durag
Ecouter sur Spotify ou Deezer



Shabaka & The Ancestors 
We Are Sent Here By History

  Plus frontalement jazz, le dernier album du groupe de Shabaka Hutchings (que vous devez commencer à connaître si vous nous lisez souvent) n'en oublie pas pour autant une intensité psychédélique électrique, et un sens du groove qui n'a rien à envier au funk, tout en gardant cette intransigeance et cette énergie indomptée venue du free jazz. 


Shabaka & The Ancestors - They Who Must Die (2020)

  Un disque puissant, violent, sombre, abrasif, profond et nécessaire, une vraie leçon de jazz, et de musique.

Mes morceaux préférés : They Who Must Die, You've Been Called, The Coming Of The Strange Ones
Spotify / Deezer


Adrian Younge & Ali Shaheed Muhammad
Jazz Is Dead 001

  Le producteur hip-hop Adrian Younge, multi-instrumentiste surdoué également passé par la BO, et la soul/funk, et le rappeur-producteur rap-jazz Ali Shaheed Muhammad d'A Tribe Called Quest ont déjà quelques collaborations ensemble sous le bras, se sont lancés dans un nouveau projet au nom provocateur : Jazz Is Dead. En invitant quelques uns de leurs héros musicaux, des légendes du genres, à venir jammer avec eux, et en tirant de ces sessions des morceaux frais et vigoureux, comme pour conjurer le titre.


Adrian Younge, Ali Shaheed Muhammad, Roy Ayers
Hey Lover (2020)

  Sur ce premier volume, ce sont Roy Ayers, Marcos Valle et quelques autres qui viennent embellir notre bibliothèque Spotify de quelques perles soul-jazz. Une très belle sortie !

Mes morceaux préférés : Hey Lover, Conexão, Apocaliptico
Deezer / Spotify


RJD2
The Fun Ones

  Le producteur américain RJD2, venu du hip-hop, a ici réalisé cet album comme une mixtape narrative de funk, dont le but est de vous forcer à imaginer un film duquel elle serait la BO. Et comme le titre l'indique, il a trié dans ces longues sessions les morceaux les plus fun, et les a sélectionnés pour ce très bon projet. 


RJD2, Jordan Brown - All I'm After (2020)

  Funk à l'ancienne, avec un son rutilant, des grooves vintage et quelques hommages bien vus à Stax et aux BO de Curtis Mayfield en début d'album, à Marvin Gaye ("All I'm After" avec Jordan Brown). Mais également quelques détours psychédéliques et hip-hop avec Homeboy Sandman, ou rap old school avec Aceyalone, avec même un peu de scratching sur le final : tout est à prendre.
Un superbe projet, de bout en bout.

Mes morceaux préférés : les quatre premiers, All I'm After
Bandcamp, Deezer, Spotify



Witch Prophet
DNA Activation

  La canadienne d'origine éthiopienne Witch Prophet met en valeur son héritage linguistique venue d'Ethiopie et d'Erythrée (Amharic, Tigrinya, Anglais), familial (les noms des morceaux sont les prénoms de membres de sa famille) et culturel (jazz éthiopien, nu-soul trempée dans le jazz et le hip-hop à la Erykah Badu, ou Lauryn Hill avec quelques influences caribbéennes...). On pense également à Kadhja Bonet lorsque les orchestrations se font amples et psychédéliques et la voix surnaturelle, et à Amy Winehouse pour la puissance rétro-moderne de la synergie entre le grain de sa voix et le pouvoir évocateur des instrumentaux.


Witch Prophet - Elsabet (2020)

  Ces incroyables pépites, pile entre jazz, hip-hop et soul, sont cosignées par la productrice SUN SUN de Toronto. C'est en tous cas une des oeuvres les plus prenantes de ce premier trimetre de l'année et je vous encourage vivement à l'écouter.

Mes morceaux préférés : Musa, Roman, Elsabet, Makda, Darshan
Spotify / Deezer / Bandcamp



Alex



dimanche 5 avril 2020

Tony Allen & Hugh Masekela - Rejoice (2020)


  Lorsque le génial batteur Tony Allen, qui a contribué à inventer l'afrobeat, un des genres musicaux les plus fertiles et influents du siècle dernier, sort un album, c'est toujours un événement. Alors, lorsqu'il en concocte un avec le trompettiste Hugh Masekela, papa du jazz sud-africain, l'excitation était à son comble. Et les promesses sont au rendez-vous.

  Le jazz se fait funky, groovy ("Robbers, Thugs & Muggers (O'Galajani)", "Never (Lagos Never Gonna Be The Same)", "We've Landed"),  conquérant, à la fois fièrement africain et d'une richesse sans bornes dans ses influences, et la complémentarité des deux hommes est évidente et servie par un line-up à la hauteur ("Agbada Bougou", où la trompette perce le mix et se faufile entre les percussions implacables d'Allen).

Tony Allen & Hugh Masekela - We've Landed (Clip, 2020)

  Le tranchant bop, proto-free, est bien là, et l'on sent l'influence de Miles Davis en creux ("Coconut Jam", "Slow Bones"). Ces instants son agréablement contrebalancés par des morceaux plus funky ou plus cool ("Jabulani (Rejoice, Here Comes Tony)"), et on est agréablement surpris par les arrangements, qui se permettent des claviers voire des synthé basse bien sentis ("Obama Shuffle Strut Blues").

  Rejoice est donc bien le feu d'artifice afro-jazz promis. Malheureusement, entre temps, une sombre nouvelle a entaché notre joie. Masekela est décédé, cet album sera donc son dernier... 

Mes morceaux préférés : Robbers, Thugs & Muggers (O'Galajani), Agbada Bougou, Coconut Jam, Obama Shuffle Blues

Ecouter sur Deezer ou Spotify

Alex


vendredi 27 mars 2020

Wajatta - Don't Let Get You Down (2020)


  Rencontre improbable entre John Tejada, DJ autrichien, et Reggie Watts, musicien et comédien, Wajatta est un duo assez unique.

  Leur house fait des détours vers l'Afrique ("Renegades"), la techno -mais avec une voix entre Vincent Price et Leonard Cohen- ("Little Man"), ou les clubs anglais ("Marmite"), et c'est toujours un bonheur. D'autant plus que le groupe ne se prend pas au sérieux et distribue une bonne dose humour tout au long du LP. 

  Qu'elle se sifflote rêveusement ("Don't Let Get You Down"), hypnotise ("Another Sun", "Depth Has A Focus") ou se danse ("Tonight", "138", "All I Need Is You"), leur musique laisse en tous cas une place de choix au chant, ce qui est assez original ("Realize"et rappelle le Steve Spacek de cette année, dont on a parlé récemment.

  Don't Let Get You Down est une bouffée d'air frais, une petite pépite house rafraîchissante et mine de rien assez libre et expérimentale dans les formes qu'elle prend, notamment en traitant la voix comme en pop ou en soul, pour un résultat presque électrofunk sensuel ("January", avec des inflexions Marvin Gaye). Une magnifique surprise. 

Mes morceaux préférés : Renegades, Little Man, 138, Tonight, Realize, January


Alex



vendredi 28 février 2020

Steve Spacek - Houses (2020)


  Le producteur australien Steve Spacek s'est lancé un genre de défi artistique sur cet album : composer sa soul cosmique avec des applis pour tablettes et smartphone. Ça a l'air con dit comme ça, mais parfois une limitation technique pousse un artiste à se dépasser pour faire du nouveau, du frais, du bon, dans un cadre inhabituel, et c'est clairement le cas ici. 

Steve Spacek - Rawl Aredo (2020)

  Entre nu-soul chaude, jazz malicieux, P-Funk psychédélique, rnb, musique de jeux vidéos, house, techno... les influences se mêlent, dans un jeu avec les sonorités qui font cohabiter la froideur de l'électronique et l'âme de ces musiques, mettant à profit la rythmique mécanique de la machine pour mieux mettre en valeur le groove naturel de l'humain ("Rawl Aredo"). La voix apporte pas mal à l'ensemble, contribuant à la forte personnalité du disque, et le rapprochant de créatifs à cheval entre pop, soul/funk et hip-hop comme Steve LacyMatt Martians ou Thundercat ("Waiting 4 You").

Steve Spacek - Waiting 4 You (2020)

  Les détours psychédéliques, aussi fun que du George Clinton et explorateurs comme chez Flying Lotus ou le regretté Ras G (la bouillonnante "Where We Go", la déconstruite "Higher Place"), inscrivent le disque dans une certaine filiation, et les influences house et techno 80's raccrochent les wagons avec les précurseurs de Chicago et Detroit ("Tell Me"), voire même avec les expérimentations groovy de l'électrofunk post-disco ("Songlife"), tandis que "African Dream" va chercher dans les avant-gardes actuelles de l'électronique des Caraïbes, d'Afrique et d'Amérique du Nord (il y a un peu de footwork là dedans). On a même droit à un petit détour entre post-dubstep et futurefunk/nu-disco sur "Love 4 Nano". C'est souvent tellement riche de sons, d'influences et de rythme qu'on a bien de la peine à décrire le morceau, comme "Single Stream" entre calypso, Marvin Gaye, Timmy Thomas, Gonjasufi et dub.

Steve Spacek - African Dream (2020)

  L'album est très concis (9 titres, même si certains passent les 7 minutes) et il est agrémenté de 4 morceaux bonus également très bons, ("Bright Eyes Rev", "Child Insperation", "Who Cares", "Yu Used to Love Me"). C'est pour ma part une découverte totale et une sacrée claque. Au-delà de la performance technique, c'est un inspirant exemple de créativité et de maîtrise de ses influences musicales tout en exprimant une personnalité forte. Ce disque, qui ne ressemble à aucun autre, dégage une aura unique, et réinvente à son échelle l'électronique à sa sauce, et c'est un sacré exploit.

Mes morceaux préférés : Waiting 4 You, Rawl Aredo, Tell Me, Single Stream, African Dream


Alex


mercredi 26 février 2020

Kirby - Sis. (2020)


  Entre nu-soul ensoleillée, phrasé rnb et accroche pop, ce disque de Kirby fait mouche. "Leon", avec sa douce guitare acoustique, ses quelques notes de clavier jazzy parsemées, et son chant susurré et démultiplié, évoque le meilleur (D'Angelo, Frank Ocean, Erykah Badu, Nao...).

KIRBY - We Don't Funk (Clip, 2020)

  Plus franchement pop/rnb, "Kool Aid" est un single imparable, à la Izzy Bizu / Lianne La Havas / Ravyn Lenae. Son orgue délicat, son chant qui joue au chat et à la souris avec l'auditeur, son beat qui groove sec, ses petites guitares... Tout est merveilleux, et délicieusement capté par une production au poil. Des petits détails, comme les échos et le synthé ondulant de "Velvet", ajoutent à la beauté de la chanson, elle même pcaptivante comme du Amy Winehouse. De même, les petits accents dub et funk de "Penny" rendent le titre irrésistible. Presque P-Funk, "We Don't Funk" a un petit côté Bootsy Collins chez Kali Uchis, c'est un coup de maître.

KIRBY - Don't Leave Your Girl (Clip, 2020)

  Dans le genre single, "Apple" est encore plus évident, dans un style plus Alicia Keys / John Legend qui me parle un peu moins mais est plus qu maîtrisé ici et transcendé par un refrain bigger than life. Dans le même genre, "Don't Leave Your Girl" sonne comme un crossover entre Lauryn Hill (on entend pas mal de "Doo Wop (That Thing)"), Solange, le rnb à l'ancienne et la pop des années 2000.

  Bref, que ce soit dans des ballades soul plus rêveuses, presque psychédéliques, des morceaux pop accrocheurs, du funk musclé, elle brille en toutes circonstances. Un très bon album.

Mes morceaux préférés : Leon, Kool Aid, Velvet, Penny, We Don't Funk, Don't Leave Your Girl

A écouter sur Spotify ou Deezer

Alex

lundi 24 février 2020

Raveena - Moonstone EP (2020)


  Entre nu-soul rêveuse, funk doux, rnb lascif et pop contemplative, l'album Lucid de Raveena nous avait séduit par ses ambiances cotonneuses et ses ballades printanières l'an dernier. Cet EP, nommé Moonstone, est encore meilleur, car un peu plus percutant. Tout en gardant la délicatesse de son prédécesseur, il marque davantage les esprits par son sens mélodique, et les morceaux accrochent bien ("Headaches") et ce, même avec un tempo plus lent ("Close 2 U", "Heartbeat") voire carrément au long d'une ballade sans beat ("Starflower"). Un très bel EP, que je vous recommande chaudement.


Raveena - Headaches (Clip, 2020)


Alex

vendredi 31 janvier 2020

Mac Miller - Circles (2020)

  J'ai commencé à apprécier Mac Miller avec Swimming, son disque de 2018. Ne connaissant pas l'artiste, j'avais des a priori un peu nuls auparavant, m'étant arrêté sur sa tête de branleur et son phrasé un peu mou sur son feat avec Ariana Grande, que j'avais trouvé trop soporifique. Ce disque, pourtant, m'a fait comprendre que je me gourais complètement. Déjà, la musique était bonne, les singles accrocheurs et profonds, et surtout Mac était entouré d'une équipe de dingue autour de Thundercat, et leur funk liquide et psychédélique, teinté de nu-soul et de hip-hop, était stellaire. L'album est un quasi sans fautes. 

  Après ça, j'ai creusé un peu (c'est en cours, je suis loin d'avoir fini), et j'ai découvert que le gars était un sacré bon producteur ; je suis très fan de la tape de Vince Staples qu'il a composée sous le nom de Larry Fisherman. Et puis Mac Miller est mort. Overdose je crois bien. Une tragédie de plus, alors qu'il était en pleine ascension artistiquement et qu'il était sensé aller mieux ou en tous cas faire en sorte de le faire. Et là, début 2020, on annonce qu'un album est prêt, que c'est la suite de Swimming (le diptyque est nommé d'après l'expression "swimming in circles", nager en rond), et que ce Circles était déjà quasi fini avant l'OD de Mac, et que c'était l'excellent Jon Brion (compositeur de BO, ayant bossé avec Kanye West, of Montreal, Fiona Apple, Rufus Wainwright, Marianne Faithfull...), collaborateur principal de l'album, qui avait été en charge de le fignoler pendant quelques mois. Je suis peu friand d'albums posthumes, ça pue souvent le bricolage pour ramasser le max de sous et capitaliser sur un décès fatalement médiatisé, mais je dois avoué que ces quelques infos étaient plutôt rassurantes et que du coup, j'attendais pas mal ce disque, curieux de voir si c'était vraiment la nouvelle direction démarrée par le LP de 2018 qui allait se concrétiser, ou si on allait se retrouver avec des Faces B bricolées. Spoiler : c'est la première proposition qui était bonne, nous voici donc avec le digne successeur de Swimming, donc un très grand disque.

Mac Miller - Good News (Clip, 2020)

  Ce qui étonne d'abord, c'est la direction. S'éloignant de ses influences rap, c'est un album de singer/songwriter. C'est frappant dès l'intro, "Circles", chantée tranquillement d'une voix écorchée, sur une instru jazz/pop lounge et mélancolique. Le texte est brut, touchant, il parle d'un mec paumé, sans direction, ayant l'impression de tourner en rond, de faire du sur-place dans sa vie, et notamment sur certains aspects qu'il voudrait pouvoir améliorer mais sur lesquels il se sent incapable de progresser. Dans la même veine, "Good News" est un morceau de folk-pop portée par un ensemble guitares acoustiques / vibraphone / batterie jouée, et fait un superbe premier single pour l'album. "Everybody" est carrément une refonte du "Everybody's Gotta Live" d'Arthur Lee (du groupe Love), et il sonne comme les Beatles d'Abbey Road ou les meilleurs Harry Nilsson, tant la production et le son sont magnifiquement polis, tandis qu'on pense au dénuement émotionnel du John Lennon / Plastic Ono Band pour l'interprétation brute et déchirante.

Mac Miller - Everybody (2020)

  Quelques détours par l'électro-pop dynamisent pas mal l'album, notamment les excellentes "Complicated" (assez funky) et "Blue World" (produite par Guy Lawrence de Disclosure sur un sample doo-wop du "It's A Blue World" des Four Freshmen). 

Mac Miller - Blue World (2020)

  "I Can See" est plus nu-soul/rnb, on pense pas mal aux prods des Neptunes sur l'intro (notamment la rythmique), tandis que le refrain est plus soul (au passage, les choeurs sont d'Ariana Grande). Entre Pharrell , Dr Dre et Frank Ocean, "Hands" étonne et réussit sa prise de risque. Plus psychédélique, mais tout aussi rnb, la mélancolique "Woods" décrit une relation condamnée en réimaginant "Throw Some D's" par Rich Boy.

  Un poil moins indispensable, "Hands Me Down", avec son refrain chanté par Baro, tombe un peu dans le mielleux, mais la direction folk-pop sobre et la qualité supérieure de "That's On Me" nous la font vite oublier, et la fin d'album est globalement réussie, avec la belle et douce ballade folk "Surf", puis la délicate pop électronique de "Once A Day", dont les vocaux ont été enregistrés sur téléphone , donnant un côté intimiste et lo-fi à l'ensemble.

Mac Miller - Complicated (2020)

  Vous aurez compris à ce stade que j'ai peu de réserves sur ce disque, à la direction dépouillée assez inattendue et désarmante, et aux chansons magiques, aussi tristes que belles. C'est probablement un des meilleurs albums posthumes qui soient, le fait que tout était quasi fini avant le décès de Mac fait peu de doutes tant ces quelques morceaux sont propres, cohérents entre eux et forment un tout plus grand que la somme de ses parties. Jon Brion était le collaborateur parfait pour un projet de ce type, et il s'est surpassé ici, sublimant la vision de Miller. Pas de doute, le premier grand disque de la décennie est là.

Mes morceaux préférés : Blue World, Complicated, Everybody, Good News, I Can See...

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Alex