Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes
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lundi 29 juin 2020

Teyana Taylor - The Album (2020)


  Après son album VII (2014), très réussi, Teyana Taylor n'a pourtant pas atteint la reconnaissance qui lui était due, et il aura fallu qu'elle se fasse repérer par l'équipe G.O.O.D. Music de Kanye West, et que ce dernier lui fasse sur mesure un album foudroyant (K.T.S.E., en 2018) pour qu'une hype bien méritée entoure désormais chacun de ses pas. C'est donc conquérante que l'artistes aux milles talents (chant, auteure/compositrice, chorégraphie/danse, mannequin, actrice/réalisatrice) revient avec le colossal The Album, fort de 23 titre pour plus de 80 minutes de musique.

  C'est sur la ligne entre le grandiose et l'intime que cet album excelle, comme lorsque l'"Intro", qui contient l'enregistrement de l'appel du médecin qui a guidé Taylor lors de l'accouchement à domicile de sa fille, se fond dans "Come Back To Me" où cette dernière, qui a depuis grandi de quelques années, chante entre sa maman, un couplet de Rick Ross impérial et une instru luxueuse et luxuriante. Ce morceau est impeccable, un vrai délice.

Teyana Taylor, Junie, Rick Ross - Come Back To Me (2020)

  Le début de l'album est d'ailleurs irréprochable, à commencer par la délicate "Wake Up Love" (avec  un couplet d'IMAN très proche du flow d'André 3000), puis la nu-soul funky, sensuelle et cosmique de "Lowkey" avec la déesse Erykah Badu. Il y a un petit quelque chose, une étincelle de génie, sur chaque titre. Sur "Let's Build", elle arrive à faire chanter Quavo de façon aussi surprenante qu'intéressante. L'instru "1800-One-Night", entre ses flashes de synthé percussifs et sa basse massive, fait sécréter une bonne dose de dopamine, "Morning" avec Kehlani est un gros banger rnb/pop, "69" un slow sexy addictif, et "Boomin" avec Future, Timbaland et Missy Elliott est un des meilleurs morceaux de l'ensemble. La suite est composée de très bons morceaux qui viennent diversifier le propos et montrer la versatilité de l'artiste, comme "Killa" en mode Afrobeats avec DaVido"Bad" en mode dub, "Wrong Bitch" en rnb old school. A chaque fois, les instrus sont divines et transcendées par le chant de Teyana Taylor, qui montre là autant son talent pour les lignes mélodiques mémorables que l'élégance de ses performances vocales, toutes en retenue et en nuances au fil de ces titres qui évoquent amour, couple, famille et sexe avec brio. Un sans faute.

Teyana Taylor, Erykah Badu - Lowkey (2020)

   Cependant, la deuxième l'album contient aussi quelques morceaux plutôt bons en eux-mêmes mais un peu en dessous du niveau général, tous enchaînés les uns aux autres, qui du coup ralentissent un peu le flow de ce long album. Je pense à l'enchaînement conséquent de ces morceaux : "Shoot It Up", "Bare It Up", "Lose Each Other", "Concrete", "Still", "Ever Ever", "Try Again", "Friends", "How You Want It". A l'inverse, les deux derniers morceaux avec Mike Dean et Kanye West à la prod ("Made It" et "We Got Love", ce dernier était sensé être sur la tracklist de Yandhi),et Lauryn Hill en feat, sont clairement à la hauteur. Et c'est quand même dommage quand dans ces 23 titres se cache un disque parfait de 14 morceaux et une solide mixtape de ses sessions de 9 titres, qui auraient par ailleurs gagnés à être écoutés à part. 

Teyana Taylor - 1800-One-Night (2020)

  Mis à part ce petit problème de longueur(s), ce disque est une petite bombe et j'ai vraiment été scotché par la personnalité des morceaux les plus réussis. Une vraie réussite, au final, et un impressionnant témoignage du talent de Taylor, qui a en plus su ici s'entourer des meilleurs pour achever sa vision d'un album grandiose. 

Mes morceaux préférés : Come Back To Me, Lowkey, Let's Build, 1800-One Night, Boomin, Bad, Morning



Alex


vendredi 19 juin 2020

Ric Wilson & Terrace Martin - They Call Me Disco (2020)


  Ric Wilson est un rappeur de Chicago, qui a une affinité particulière pour les instrumentaux disco-funk. C'est donc assez logique qu'il se soit associé pour cet EP avec le génial Terrace Martin, multi-instrumentiste de talent qui a fait ses preuves en hip-hop, en jazz, en soul, en funk et même en musique classique. Vous l'avez probablement déjà entendu sans le savoir en collaboration avec Snoop Dogg, Kendrick Lamar, ou Herbie Hancock, entre autres.

  Et cet EP est bluffant. Entre débuts du hip-hop période Sugarhill Gang, Snoop Dogg période "Sensual Seduction" et productions actuelles de la galaxie The Internet / Thundercat / Mac Miller / Stones Throw, le disque fait mouche d'emblée ("Breakin Rules"). La voix acide de Ric Wilson, quelque part entre Boosie Badazz et Lil Wayne, son timbre nasal, les légères inflexions autotunées, donnent beaucoup de charme et de personnalité à l'ensemble. 

Ric Wilson & Terrace Martin - Move Like This (Clip, 2020)

  Les glorieux ancêtres funk, de Bootsy Collins à Chic, sont évidemment partout en filigrane, tout comme leurs réécritures récentes par des gens comme Pharrell Williams ou Dâm-Funk (les géniales "Don't Kill The Wave", "Move Like This").

  Le petit feat rnb avec BJ The Chicago Kid ("Chicago Bae") passe super bien, donnant un petit côté Don Toliver à la track, tandis que sur "Before you let go" avec Malaya et "Beyond Me" avec Kiela Adira évoquent les magnifiques collaborations de Tyler The Creator et Kali Uchis.

  Bref, l'EP passe trop vite et on en redemande tant ce funk-rap discoïde est d'une fraîcheur et d'une qualité indiscutables. 

Mes morceaux préférés : Breakin Rules, Don't Kill The Wave, Move Like This



Alex




samedi 13 juin 2020

Yazmin Lacey - Morning Matters EP (2020)


  Yazmin Lacey est une chanteuse soul basée à Nottingham (Angleterre), et ce Morning Matters est son troisième EP en 3 ans. Il a été co-réalisé à l'aide de Moses Boyd (production, batterie), mais aussi des membres de l'Ezra Collective, Femi Koleoso (batterie) & Ife Ogunjobi (trompette), ainsi que Sarah Tandy (piano) et Jordan Hadfield (claviers, basse, guitare) entre autres. 

  C'est un magnifique EP, pile entre nu-soul ("Own Your Own") et jazz ("Morning Matters", merveilleuse). Les ambiances sont installées tranquillement, les grooves laid-back, les arrangements doux, cotonneux. On a également sur "Lately - Interlude" une production assez psychédélique/progressive, agrémentée de breakbeats funky très en avant. Ambiance délicatement psyché qui se poursuit sur "Morning Sunrise", pile entre soul classique et rnb moderne, et "Not Today Mate", avec un Dilla Beat qui sonne encore plus moderne car proche des héritiers musicaux de J Dilla qui font notre bonheur ces dernières années (The Internet, Thundercat...).

  C'est un EP assez parfait dans son genre, et je vous en recommande franchement l'écoute. D'un point de vue technique, c'est irréprochable, Lacey est une chanteuse ultra talentueuse et ses musiciens sont des incroyables. Les compositions sont mémorables, et l'ensemble est produit et arrangé avec beaucoup de goût. Foncez écouter ça !

Bandcamp / Spotify Deezer


Alex


lundi 8 juin 2020

L'art de la reprise #6 - Beyoncé & les frontières floues de la reprise


  Cette petite série d'articles a pour but  de partager quelques-unes des reprises et réinterprétations qui m'ont le plus marquées récemment, et ça vous permettra peut-être de vous la ramener en soirée avec des trucs moins évidents que la liste ci-dessus (même si elles sont très bien).

  Beyoncé a des oreilles qui traînent dans les coulisses des maisons de disques, et pas mal d'admirateurs songwriters plus ou moins célèbres qui lui envoient des démos pour qu'elle les réinterprète à se sauce, et en combinant les deux (petit côté vautour capable de "piquer" un morceau à quelqu'un, tout en le créditant et/ou en le payant) et chansons écrites par d'autres, on se retrouve souvent avec des morceaux ayant deux versions : l'originale, et la Beyoncé. Il y a pas mal d'exemples de ça, de "If I Were A Boy" (originale : BC Jean, créditée comme auteure, donc clean) à "Baby Boy", qui aurait été "volée" à Jennifer Armour, qui a envoyé une maquette de ce titre à l'interprète, en passant par une certaine générosité dans les crédits de certains morceaux (Animal Collective crédités comme co-auteurs de "6 Inch" parce qu'une phrase ressemble à une autre venue de "My Girls"). Mais ce ne sont pas de ces exemples dont on va parler aujourd'hui, parce que les deux premiers sont très loin de m'intéresser musicalement (tant les versions Bey que les originales) et que dans le dernier exemple, si les deux morceaux sont excellents, ils ne possèdent rien en commun à part un bout de tournure de phrase.

  Les deux morceaux dont on va parler aujourd'hui sont des cas très intéressants car ils rendent un peu flou le terme de "reprises" et redéfinissent ce qu'on pense être une cover. Pour "Apeshit", le morceau est produit par Pharrell Williams, écrit par Migos lors des sessions ayant également donné "Stir Fry", avant d'être complètement récupéré et réinterprété par The Carters, duo marital de Beyoncé et Jay-Z. Sans les mettre en avant et sans les cacher (leurs ad-libs ponctuent la version Carters) les Migos ont été rélégués au second plan, leurs flows et leur morceau récupérés, comme en témoigne la version originale, dispo sur internet.


Migos & Pharrell Williams - Apeshit (demo)

The Carters - Apeshit (Clip, 2018)

  Le deuxième exemple est encore plus flou. On parle de "Drunk in Love", sorti en 2013 sur l'album Beyoncé, en duo avec Jay-Z et produit par une équipe comprenant Timbaland et BOOTS. Ce morceau pique en effet pas mal d'idées et de productions, de flows et des bouts de texte à une chanson antérieure de Future jamais officiellement sortie et qui devait figurer sur Honest (2014), "Good Morning". L'histoire serait la suivante : Future enregistre le morceau, qui tourne un peu dans la maison de disque, Beyoncé la récupère et le label décide que la version de cette dernière est plus vendeuse et insiste pour que Future retire ce morceau de son album et pousse "Drunk In Love" à la place. Future a probablement récupéré une compensation financière (et encore, même pas sûr), mais il n'est même pas crédité dans les auteurs. 

  Tout cela passe en fait par le producteur de "Good Morning", Detail, qui voulait placer ce titre auprès de Beyoncé, et pour parvenir à ses fins et prouver le potentiel tubesque du beat auprès de l'interprète, a fait poser Future dessus. Ce dernier, enthousiasmé, finit sa propre version qui deviendra donc "Good Morning", tandis que Bey, impressionnée par la demo de Future et Detail, bossera donc sur sa version, qui donnera "Drunk In Love"

  Le truc, c'est que Detail a gardé les détails de son plan pour lui, et que Future n'était pas au courant de tout ça, qu'il était très content -à juste titre- de son morceau, et que lorsque l'album de Beyoncé sort, quelques mois avant le sien, il est surpris, et pris de court... Que faire de son super single qui ressemble tant au dernier tube d'une des plus grosses popstars de la planète ? Il a donc décidé à contrecœur de l'écarter de son album, mais le titre a fini par fuiter. Et s'il fallait bien une preuve de la confusion et de l'absence de crédit, au départ toute la presse spécialisée pensait que Future avait "remixé" le flow de Beyoncé, jusqu'à ce que toute cette histoire se clarifie. 

  Au final, on a deux morceaux finis, dont un réinterprète l'autre de manière très prononcée, à la limite entre l'inspiration et la reprise assez libre mais très reconnaissable, brouillant la frontière entre les deux et nous offrant au passage, outre un aperçu rocambolesque des coulisses de l'industrie de la musique et de ses pratiques douteuses, deux morceaux très cool, du spleen déchirant de Future à la superproduction pop millimétrée de la diva. Et dans ce cas-ci, même s'il est dommage que la version originale ne soit pas davantage reconnue, force est de constater que ce vol n'a pas mis l'interprète original sur la paille, et c'est déjà ça.

Beyoncé & Jay-Z - Drunk In Love (Clip, 2013)

Future - Good Morning 


Alex

lundi 4 mai 2020

KeiyaA - Forever, Ya Girl (2020)


    KeiyaA est une chanteuse et productrice de Chicago, qui vient de sortir ce magnifique Forever, Ya Girl. Son rnb vaporeux, quelque part entre les déconstructions arty du dernier Solange, les glorieux derniers Blood Orange et Frank Ocean, et toute la tradition nu-soul et hip-hop allant d'Erykah Badu à D'Angelo en passant par J Dilla, A Tribe Called Quest et les premiers Kanye West. Mais l'histoire de ces musiques remonte plus loin, et sans aller jusqu'au blues on entend clairement Marvin Gaye, Curtis Mayfield, Sly Stone ou Isaac Hayes entre les lignes. 

KeiyaA - I Thot There Was A Wound In This House, There's Two (2020)

  KeiyaA est parfois aidée par le rappeur/producteur MIKE alias DJ Blackpower derrière les platines, et dans tous les cas le grain jazzy, old school, parfois un peu lo-fi, des instrumentaux est très reconnaissable. Ces prods, qui savent ne pas trop en faire et prendre leur temps pour instaurer une ambiance, respirent, et donnent une âme et une teinte mélancolique, nocturne à l'ensemble, dans une zone floue, brouillée, entre organique, synthétique et électronique ("I Thot There Was A Wound In This House, There's Two", "Way Eye", "Rectifiya", la reprise du "Do Yourself a Favor" de Prince, "Hvnli")

  Quelques instrumentaux se démarquent un peu. Sortant de cette zone jazzy pour aller vers le funk rétro-moderne, à la Stones Throw ou Tyler The Creator, "A Mile, A Way" est une réussite. "I Want My Things!" pousse d'un cran l'abstraction. "F.w.u" est également assez marquée, ultra syncopée et avec des influences à la Lauryn Hill (également présentes sur "Keep It Real") pour un texte parlant de joints. "Nu World Burdens" voit le brouillard se dissiper pour un morceau à la prod et au chant plus directs, et c'est très beau.

KeiyaA - F.w.u (2020)

  Le chant, doucement rnb, profondément soul, ouvert aux cadences rap, est une merveille, et les morceaux s'enchaînent extrêmement bien, en particulier les six premiers qui sonnent comme une suite ininterrompue et magnifiquement structurée. Le milieu de l'album, de "I Want My Things!" à "Forreal???" s'enchaîne également particulièrement bien et forme un tout bluffant.  Des bouts de texte, des mantras, des mélodies vocales, des thématiques reviennent régulièrement dans l'album, quelques morceaux ont même droit à une reprise de leur thème dans un autre... créant un ensemble ultra cohérent, s'enrichissant lui-même d'auto-références ainsi que de nombreuses références culturelles, notamment à la culture afro-américaine et à la Great Black Music au sens large. Les textes par ailleurs sont drôles, percutants, poétiques, intelligents.

  C'est une oeuvre totale, vraiment passionnante, puissante et délicate, et un des meilleurs disques de cette année, assurément.


Alex


mardi 28 avril 2020

Shabazz Palaces - The Don of Diamond Dreams (2020)


  Nous allons aujourd'hui parler du duo formé de Ishmael Butler (alka Palaceer Lazaro aka Butter Fly du groupe de rap Digable Planets, formé en 1987 et grosse référénce du genre) et du producteur et multi instrumentiste Tendai Maraire. Ces deux-là sont des iconoclastes, allant se faire signer sur Sub Pop puis Rough Trade, des labels très connotés rock, et tentant d'inventer leur propre musique, à l'écart des modes, des puristes et du mainstream tout en piochant le meilleur des deux et en prenant le partie de l'avant-garde accessible. J'ai commencé à écouter Shabazz Palaces avec leurs 2 incroyables albums de 2017, qui m'ont pas mal scotché. Du coup ce Don Of Diamond Dreams est le premier dont j'ai vraiment attendu la sortie, et il est vraiment à la hauteur, avec des influences venues du funk, de la trap, du jazz, du rap sudiste chopped & screwed, du rock psychédélique, de l'électronique, du rnb et même de l'emo-trap (le fils de Butler est connu dans le genre sous le pseudo Lil Tracy et a fait partie de l'influent collectif GothBoiClique, pionnier du style). 

Shabazz Palaces - Ad Ventures (2020)

  Le premier morceau, "Ad Ventures" démarre comme du Suicide avant de virer funk psychédélique et électronique, entre une ambiance vénéneuse devant autant à Sly Stone et George Clinton qu'à D'Angelo, A Tribe Called Quest et Miles Davis. Le tout lié par un flow rétro-futuriste, vocodé mais plutôt droit, à l'ancienne. Une guitare rock, des claviers à la Martin Rev et un beat hip-hop 80's fortement reverbéré constituent la prod de "Fast Learner", qui lui a droit à une autotune un peu T-Pain sur les refrains de Purple Tape Nate. Ces deux morceaux excellent dans une relecture moderne de genres musicaux avant-gardistes à leur époque, entre afrofuturisme et rétro-futurisme, et les re-contextualisent en 2020. "Wet" pousse un peu plus loin sa démarche en faisant dans l'hypermoderne : prod plus abstraite, cadences variées du flow, certaines post-trap, effets modernes, tout en gardant un lien avec le passé (cette basse jazz-rock divine).

Shabazz Palaces - Fast Learner (Clip, 2020)

  La suite continue dans la lancée, et on se rend compte en attaquant l'excellent single "Chocolate Souffle" que le disque pourrait être une parfaite introduction à Shabazz Palaces tant il est relativement accessible à des gens venus du rock, du jazz, du funk, du rap ou même de l'électronique ou de la pop. "Bad Bitch Walking" (avec Stas THEE Boss) est peut-être encore plus immédiate, son rnb funky pouvait autant ravir les nostalgiques de Quincy Jones et Parliament que ceux des Neptunes et de Timbaland, tout en contentant les fans du funk futuriste de Stones Throw et du rap le plus moderne. Du même tonneau, et rappelant également l'excellent projet 7 Days Of Funk du génie Dâm-Funk et de l'autre génie Snoop Dogg, "Money Yoga" (avec Darius) charme tout de suite avec ses synthés accrocheurs, ses samples vocaux et son flow laid-back, tout en n'oubliant pas de jouer avec l'autotune pour moderniser ses interventions rnb, tout en ajoutant des cuivres jazz.

Shabazz Palaces - Chocolate Souffle (Clip, 2020)

  Après cette série de morceaux plutôt lumineux et évidents, retour à du plus expérimental avec "Thanking The Girls", qui obsède en jouant habilement sur une impression de surplace tant dans la prod que dans le flow, amplifiant ainsi chaque variation et chaque petite montée en tension. Malin. L'album se conclut sur l'instrumental nostalgique, cinématographique, grandiose et magnifique "Reg Walks By The Looking Glass", entre jazz et rock psychédélique (avec Carlos Overall). 

  Ce disque est un grand disque de plus dans la discographie de Shabazz Palaces, et son mélange entre tradition (jazz, funk, rock, rap...) et modernité (électronique abstraite, trap, emo-rap...) fait une de fois encore mouche. La balance expérimentation/accessibilité et la concision de cet album jouent également pas mal en sa faveur et nous forcent à faire une seule chose : appuyer sur replay.


Alex


dimanche 26 avril 2020

Enemy Radio - Loud Is Not Enough (2020)


 Enemy Radio est le projet parallèle et la suite directe de Public Enemy, avec Chuck D, DJ Lord et Jahi, dans une optique soundsystem : des MC, des DJ, à l'ancienne. Et cet album est une petite bombe de rap old school qui arrive malgré tout à sonner frais et plein de vie (et de rage).

Enemy Radio - 2020 (2020)

  Le groove de "2020" ouvre à merveille l'album, et les déflagrations rock de "STD (Slavery Transmitted Disease)" et de "Born Woke" et sa wahwah soul/funk frappent aussi fort qu'à l'époque. Les passe-passe sur orgue et beat rythm'n'blues de "Man Listen" font aussi bien, et on y entend bien l'influence de Public Enemy sur la musique populaire, et leur héritage porté aujourd'hui par des groupes comme Run The Jewels. En tous cas, le travail de sampling est exemplaire ("Lock Your Wheels").

Enemy Radio, Public Enemy - Food As A Machine Gun (2020)

  Public Enemy (avec Flavor Flav) est réuni sur la très jamaïcaine (et excellente) "Food As A Machine Gun". La basse de "Last Stand Caravan" serpente, tandis que le beat tabasse, dans une configuration qui n'est pas sans rappeler les prods façon Big Beat anglais, et l'électronique se fait plus insistante sur "Same God", qui sonnerait presque comme un Yeezus revisité façon old school, tandis que "The Kids Ain't Alright" a un côté grandiose, une ampleur qui ne ferait pas tâche sur les albums de l'âge d'or de Ghostface Killah ou Jay-Z

Enemy Radio - The Kids Ain't Alright (2020)

  C'est davantage qu'un retour en forme, c'est un disque assez parfait de hip-hop à l'ancienne, qui claque comme les classiques du genre et sonne impeccablement en 2020. Une vraie leçon de longévité.

Mes morceaux préférés : 2020, STD (Slavery Transmitted Disease), Born Woke, Food As A Machine Gun, Last Stand Caravan, The Kids Ain't Alright


Alex


jeudi 16 avril 2020

Don Toliver - Heaven Or Hell (2020)


  Don Toliver est un jeune chanteur/rappeur de Houston, Texas, qui a commencé à se faire connaître sur internet et s'est fait un nom avec son premier projet/mixtape, le très bon Donny Womack (2018). Son timbre guttural et nasal à la fois, entre Cee-Lo Green, Akon et Gunna, le différence vraiment de la masse et le pousse à être plus mélodique que la moyenne. Ses goûts, un peu plus rnb voire soul, avec une prédilection pour les ambiances électro-funk nocturnes et introspectives, le poussent parfois vers un terrain où la trap se fait psychédélique. Ça n'a pas échappé à un autre texan, passé maître dans l'art du repérage et de l'association de talents, Travis Scott. Ce dernier a fait passer un échelon à Toliver en le mettant en valeur sur son morceau "CAN'T SAY", issu d'Astroworld (un des plus gros albums de 2018). Le morceau, très bien reçu, a fait gagner le Don en notoriété et a démarré la hype sur la suite de sa carrière.

  Scott l'a e également signé sur Cactus Jack pour Don Toliver puis sur son nouveau label JACKBOYS, lancé par une compilation maison sortie il y a quelques mois. La vraie star de ce court projet était peut-être Toliver justement, qui y brillait un peu plus fort que les autres, avec une envie d'en découdre qui transpirait de sa voix à chaque intervention et volait la vedette aux autres.

Don Toliver - After Party (Clip, 2020)

  Ce premier album, Heaven Or Hell, est donc son grand moment, et si ça sortie semble rapide depuis son ascension, comme pour surfer sur la vague, on peut relativiser en se rappelant que son dernier long format a presque 2 ans. On reconnaît en tous cas sur ce projet tout de suite ce qui a fait son charme ailleurs : sa voix nasale au timbre unique, et son goût pour les production électroniques nocturnes, un peu 80's, un peu funky et mélancoliques à la fois. En parlant des prods, malgré le formatage trap, elles ont toutes un petit quelque chose d'unique et son assez denses, généreuses, et loin d'être simplistes, et ont indiscutablement gagné en calibre depuis Donny Womack, on sent que le budget est là pour payer des producteurs de talent. 

  L'album commence fort, "Heaven Or Hell" ambiance tout en gardant une ambiance brumeuse comme chez Scott. "Cardigan" est instantanément marquante, et "After Party" est un tube aux sonorités très "scottiennes", avec ses samples dissonants et bordéliques et ses guitares western. Étrange, mais réussie, "Euphoria" met davantage en valeur les invités (Travis Scott et Kaash Paige) que Toliver, mais permet également de varier les voix, sur un morceau à l'instru plutôt épurée et pop (piano très en avant), ce qui permet à la voix de Toliver de faire son petit effet lorsqu'elle débarque au 2e tiers de la track. La plus rnb "Wasted" fait également bien le taff, portée par une instru primesautière et un refrain aussi mémorable que léger.

Don Toliver - Can't Feel My Legs (Clip, 2020)

  Le coeur du disque se révèle prenant, avec la géniale "Can't Feel My Legs" qui pousse l'aspect électrofunk à fond, pas si loin de The Weeknd sur ce terrain, et se révèle être ma préférée sur ce LP. Entre Scott, Kanye West et Kid Cudi, avec des inspirations rock, "Candy" est un petit monument de pop-rap où l'on sent l'apport du maestro Mike Dean. Après ces deux moments de bravoure, assez exceptionnels, la belle et vaporeuse "Company" remet les compteurs à zéro et fait redescendre la pression, magnifiée par des apports électroniques assez bien sentis et pas banals, et une outro magnifique (beat, guitare et piano au top). Tout ça pour débouler sur "Had Enough", autre tube, avec son intro beat + orgue soul et sa virée trap assistée par les 2/3 de Migos (Quavo et Offset) et quelques flûtes de pan synthétiques. Mine de rien, elle fait bien la jonction entre deux ères du rap (bien audibles ici grâce à la prod co-signée par TM88, El Michels et Mike Dean).

  La fin du disque est également réussie. "Spaceship" tente des trucs, avec une ambiance synthétique et répétitive, de science-fiction, quelque part entre Eternal Atake de Lil Uzi Vert et les prods de Pi'erre Bourne musicalement, avec un feat de Sheck Wes surprenant au premier abord mais qui sert vraiment bien le morceau au final. "No Photos" est un morceau de trap'n'b/pop assez standard dans la forme, très Travis Scott là encore, mais rehaussé par quelques bonnes idées (les voix démultipliées du premier couplet, les détails de prod et les arrangements soignés). De la même façon, "No Idea" est transcendée par le falsetto irréel de Toliver et est une belle conclusion à un album très solide. 

Don Toliver - No Idea (Clip, 2020)

  Globalement, ce disque est charmant, assez original -même si dans la lignée directe de Travis Scott- plein de personnalité, d'amour de l'artisanat musical, et d'enthousiasme.

Mes morceaux préférés : Heaven Or Hell, Cardigan, After Party, Can't Feel My Legs, Candy, Company Had Enough, No Idea



Alex


lundi 6 avril 2020

Jok'Air - Jok'Chirac (2020)


  Jok'Air nous avait bluffés avec Jok'Rambo puis Jok'Travolta. Celui qui depuis ses débuts s'évertue à brouiller les frontières entre rap et chant, entre les genres musicaux, a atteint là un stade assez inédit de réussite artistique et commerciale et s'est fait un nom. Jok'Chirac, et sa pochette détournée de la célèbre photo de feu notre ex-président qui aimait les pommes mais pas l'approfondissement de notre modèle social, est donc le premier album sorti depuis cette grosse reconnaissance.


Jok'Air - Nuit et Jour (2020)

  L'album démarre par un "Crois en toi" motivant, posé sur une prod électrofunk tranquille, et enchaîne directement sur le captivant "Jok'Chirac", ultra lourd avec une prod incroyable. Ce dernier morceau est en effet une des rares tracks de rap fr dans laquelle vous aurez des punchlines à base de Balladur et de Dodo La Saumure, et possède un texte assez politique bien foutu, à base de "je serais français qu'en cas de victoire / si jperds ils diront que j'suis d'Côte d'Ivoire" et revenant notamment sur l'odieux "le bruit et l'odeur" de Chirac, qui était quand même -faut-il le rappeler?- une belle grosse ordure de droite. L'album enclenche ensuite le turbo avec un "Money Time" qui revient sur la réussite de Jok'Air à toute vitesse, sans faire de prisonniers, et redescend en pression avec le langoureux "Prends-moi cadeau".

Jok'Air - La guerre ça coûte cher (2020)


  Mais ça, c'est pour mieux nous cueillir avec la chanson la plus intense et captivante de ce morceau, la très rock -et sexuel, mais c'est un peu un pléonasme- "Nuit et jour", assez irrésistible. Classique instantané.

  Après ce premier tiers impeccable, malheureusement l'album ralentit un peu. On a de bons morceaux plus calmes ("Autour de moi", "Neuf"), de l'électro-pop néo-80's de club ("Cauchemar", "On ose"), et même un morceau musicalement assez estival avec "Ne pleure pas". Un cran plus spectaculaire, l'intense "Regarde au final" marque, tout comme l'électrofunk de "Loyal".


Jok'Air - Jok'Chirac (2020)

  Le derniers tiers est marquée par une trap minimaliste et brutale ("Jean", "Sa maire aux mères", et la plus marquante "La guerre ça coûte cher"), même si des excursions pop ("Quai de la gare") ou rnb à la Ty Dolla Sign ("Tu me soupçonnes" ou "Jour de paye", très bien foutues) l'adoucissent.

  Avec moins de tubes évidents que Jok'Travolta qui tirait dans toutes les directions, ce dernier album très intimiste et touchant est vraiment porté par la direction artistique très personnelle de Jok'Air, son côté touche-à-tout qui relie les horizons musicaux assez variés, et son charisme dans l'interprétations de textes assez beaux et bien écrits. C'est peut être pas une compilations d'énorme tubes, mais c'est pas si grave, car ce disque nocturne, intimiste, presque confessionnel, en tous cas très très personnel charrie son lot de bangers et de douceurs, sans raté, et est assez unique dans son genre, personne d'autre que Big Daddy Jok n'aurait pas sortir ce LP. Très réussi.

Jok'Air - Money Time (2020)

Mes morceaux préférés : Jok'Chirac, Money Time, Nuit et jour, Regarde Au Final, La guerre ça coûte cher, Jour de Paye

Spotify / Deezer


Alex

mercredi 1 avril 2020

The Weeknd - After Hours (2020)


  After Hours a la lourde tache de succéder à une salve dévastatrice d'albums ayant placé The Weeknd au sommet de la pop mondiale. Pourtant, c'est davantage dans la continuité de l'EP sombre, glacial, mature, pensif et désabusé My Dear Melancholy, de 2018, qu'il se situe.

The Weeknd - Alone Again (Clip, 2020)

  A la production, on retrouve une équipe aussi hétéroclite que talentueuse, comprenant l'électronicien expérimentateur Daniel Lopatin (Oneohtrix Point Never), le fidèle Illangelo, le produteur superstar de la pop mainstream Max Martin, le génie trap Metro Boomin, et la rockstar Kevin Parker (Tame Impala), donnant à cet album une riche palette sonore. La direction musicale surprend pourtant, écartelée entre 4 axes très divers : la synthpop 80's, l'électro british 90's façon UK garage, la trap US, et le style du Weeknd des débuts, sorte de rnb alternatif léthargique, froid et brumeux. 

The Weeknd - Scared To Live (Live, 2020)

  On se retrouve de premier abord avec une majorité de ballades tristes, toutes superbes, comme "Too Late", "Escape From LA" et "Snowchild" à l'orientation alt-rnb, la cathartique "Scared To Live", très premier degré façon Phil Collins, Lionel Richie ou Billy Ocean, ou la magnifique "Alone Again", dont la mélancolie digitale sous arpèges synthétique est transcendée par un glorieux beat trap, des basses épiques et des modulations vocales irréelles. L'électro à l'ancienne, un peu british, déjà explorée sur Starboy, se retrouve sur "Hardest To Love"

The Weeknd - Blinding Lights (Clip, 2020)

  En 2e partie d'album, les mélodies se font plus insistantes et le rythme s'accélère, les tubes (synth)pop ("Blinding Lights", "Save Your Tears", "In Your Eyes" néo-italo disco qui a droit à saxo et trompettes), trap ("Heartless"), ou les morceaux de bravoure inclassables ("Faith") pleuvent.

The Weeknd - Faith (Clip, 2020)

  Et puis à la toute fin, ça retombe, on part dans une série de morceaux contemplatifs ("Repeat After Me (Interlude)"), sombre et introspectifs ("After Hours", "Until I Bleed Out"), pour un final émouvant, et tout simplement beau. L'album est vraiment transcendé par une construction géniale en crescendo : de lancinantes ballades vers une musique plus dansante, pour redescendre au final ; le tout avec des transitions impeccables entre des morceaux qui se complètent et gagnent vraiment à être écoutés ensemble, enfin à la suite les uns des autres. C'est un vrai album, dans le sens classique -et noble du terme- une oeuvre qui vaut plus que la somme de ses parties.

The Weeknd - After Hours (Clip, 2020)

  Mine de rien, avec ce mélange étonnant, Abel Tesfaye est loin d'avoir choisi la facilité, alors qu'il aurait pu se contenter de tubes pop formatés et remporter la mise. L'intégrité et l'homogénéité de l'album malgré les influences disparates, ainsi que le soin apporté aux détails (la production est monstrueuse) ne trompent pas : on a là affaire à un artiste qui ne lâche rien et continue à pousser ses limites avec intransigeance. 

  C'est d'ailleurs assez inspirant de suivre la discographie de The Weeknd, qui est devenu mine de rien une des plus grosses popstars du monde (cf ses chiffres de ventes, le nombre de festivals avec son nom en tête d'affiche), tout en gardant une vraie intégrité et un développement musical inattendu, et sans tomber dans la marchandisation de sa vie privée. Et mine de rien, l'influence  de son rnb sombre sur la musique populaire, depuis ses premières mixtapes, a été un des marqueurs sonores de la décennie passée, dont il a contribué à enrichir et pervertir le son, tout en montant en puissance sans jamais rien lâcher à sa singularité. Preuve que lorsqu'on laisse le public juger et qu'on lui propose des œuvres intéressantes et uniques, il ne s'y trompe pas et que les maisons de disques pourraient se permettre quelques risques et nous épargner le robinet d'eau tiède standardisé qu'elles pensent devoir laisser couler en permanence pour faire du pognon. On y gagnerait tous. 

  En attendant, The Weeknd, à peine 30 ans cette année, risque de nous fasciner encore longtemps tant le champ d'exploration artistique semble infini devant lui, et le temps, les moyens financiers, l'adhésion du grand public et la créativité ne semblant pas lui faire défaut. Et c'est assez excitant à vivre en temps réel.  

Mes morceaux préférés : Scared To Live, Alone Again, Heartless, Faith, Blinding Lights, In Your Eyes, Save Your Tears, After Hours, Repeat After Me (Interlude)


Alex

lundi 30 mars 2020

Josman - SPLIT (2020)


  Inspiré par le film homonyme Split de M Night Shyalaman, dans lequel le personnage principal est possédé par 23 personnalités très différentes, cet album dantesque du rappeur français Josman, originaire de Vierzon (Cher), est composé de 23 titres très variés. Et je le dis d'entrée de jeu : c'est, dans la lignée des derniers Hamza, Damso, Kobo Jok'Air et Alpha Wann, avec lesquels on peut retrouver pas mal d'influences croisée, une immense réussite de rap francophone à la fois mainstream et exigeant. Josman est un artiste assez fascinant, qui masque derrière les personnages de ses morceaux une timidité envahissante. Il est également assez solitaire, voire clanique, dans ses choix de collaborateurs (il est connu pour faire peu de featurings). On entend par exemple sur la majorité des instrus le tag malicieux du fidèle Eazy Dew,  et quelques autres prods sont créditées Myster, qui n'est autre que le petit frère de Josman.

Josman - Bambi (Clip, 2020)

  Musicalement, c'est très varié et intéressant à décortiquer. L'amateur de rap à l'ancienne saluera la technique impressionnante du MC, et sa capacité à garder plume acérée et agilité sur des prods plus modernes façon trap, un peu comme Alpha Wann ("Larmes de Sel", "Bambi", "Bon.char", "STOP!(Outro)"). On ressent pas mal l'influence de Hamza, qui a su insuffler un souffle rnb, un esprit ouvert dans le choix des prods et une ambition à la hauteur de ses influences américaines ("J'allume", "Factice", "Seul", "Illégale", "BAG(skit)", "BabyGirl", "Je sais" un peu rumba, un peu afro-trap). 

Josman - Petite Bulle (2020)

  Une certaine noirceur à la SCH s'insinue parfois ("Si Tu Savais..."), et on peut penser au MC marseillais en entendant la qualité des textes aux rimes enchevêtrées et aux allitérations exquises. A l'inverse, on pense au style pop de Jok'Air sur la lumineuse, fun, tubesque et protéiforme "Lifestyle", et à ses lyrics sensuelles sur "Fleur d'Amour"Côté texte, c'est mélancolie, amour, sexe, drames personnels et substances illicites, mais amenés avec un angle différent sur chaque morceau, du plus mièvre au plus cru selon le type de personnalité abordée.

  Les amateurs de rap US apprécieront les prods psychédéliques et le sound design des voix impeccable n'ayant rien à envier à Travis Scott (la géniale "Petite Bulle", "Feu.Bi", "Mallette", "Illégale", "A Notre Âge"), ou des prods de trap psyché minimaliste à la Pi'erre Bourne et Playboi Carti ("Mauvaise Humeur" avec Leto, "Fleur d'Amour", "B!tch" avec Hamza).

Josman - J'allume (Clip, 2020)

  Petite erreur de casting à déplorer : Seth Gueko dont le texte, pas à la hauteur de la track "Argent, Drogue & Sexe", pourtant géniale dans son genre, entache un peu l'ensemble. En revanche, Zed de 13Block est impeccable sur la bonne trap, simple et sombre, de "Bruce Wayne", et le jeune Chily se révèle sur "Dégaine" comme un Don Toliver francophone. De manière générale, si l'album s’essouffle un peu dans son dernier tiers, Josman a quand même réussi l'exploit d'intéresser sur 23 titres consécutifs, sans jamais lasser. Et si certains morceaux frappent moins fort que d'autres, j'aurais bien du mal à en désigner un ou deux qui n'ont pas leur place ici, et ce tour de force est assez admirable. Avec SPLIT, Josman s'impose naturellement dans le paysage musical français, et ça fait du bien à nos oreilles.

Mes morceaux préférés : Larmes de Sel, Petite Bulle, J'allume, Si Tu Savais, Seul, Mauvaise Humeur, Bambi, Lifestyle, Fleur d'Amour


Alex


vendredi 27 mars 2020

Wajatta - Don't Let Get You Down (2020)


  Rencontre improbable entre John Tejada, DJ autrichien, et Reggie Watts, musicien et comédien, Wajatta est un duo assez unique.

  Leur house fait des détours vers l'Afrique ("Renegades"), la techno -mais avec une voix entre Vincent Price et Leonard Cohen- ("Little Man"), ou les clubs anglais ("Marmite"), et c'est toujours un bonheur. D'autant plus que le groupe ne se prend pas au sérieux et distribue une bonne dose humour tout au long du LP. 

  Qu'elle se sifflote rêveusement ("Don't Let Get You Down"), hypnotise ("Another Sun", "Depth Has A Focus") ou se danse ("Tonight", "138", "All I Need Is You"), leur musique laisse en tous cas une place de choix au chant, ce qui est assez original ("Realize"et rappelle le Steve Spacek de cette année, dont on a parlé récemment.

  Don't Let Get You Down est une bouffée d'air frais, une petite pépite house rafraîchissante et mine de rien assez libre et expérimentale dans les formes qu'elle prend, notamment en traitant la voix comme en pop ou en soul, pour un résultat presque électrofunk sensuel ("January", avec des inflexions Marvin Gaye). Une magnifique surprise. 

Mes morceaux préférés : Renegades, Little Man, 138, Tonight, Realize, January


Alex



vendredi 6 mars 2020

Draag Me - I Am Gambling With My Life (2020)


  Zack Schwartz est une figure de la scène indé de Philadelphie avec son groupe, les très créatifs Spirit Of The Beehive, et I Am Gambling With My Life est son premier album solo sous le nom Draag Me. Et c'est un putain d'OVNI. Sorte de collage post-moderne, très sensible, assez unique, le disque déroute d'abord, intrigue ensuite, impressionne enfin. Sorte de mix à l'esprit indus et psychédélique entre des idées venues de la pop, du rock, de la techno, de la house ("The Curve"), du rnb, du hip-hop, de la rétrowave ("Form"), de la vaporwave, et de l'ambient ("Passing Thru"), c'est un vrai voyage.  

Draag Me - Steady Turn The Cog (2020)

  "Steady Turn The Cog" sonne comme une rave organisée par Ras G avec un peu de chant post-trap mélancolique dedans. On n'est parfois pas si loin de Flying Lotus ("The Curve"), et parfois c'est presque du metal indus ("Burned My Tapes", "You're Giving It Away"), l'écoute du disque est donc une surprise de chaque instant ("Money", "I Want To Go First"), une vraie expérience, comme un Throbbing Gristle des années 2020. Des influences ultra-récentes, trap ("Running Instead", "Closer"...) ou post-vaporwave à la Electronic Gems ("Fools Every Day", qui a un petit côté dream pop à la Chromatics), inscrivent l'album dans une modernité excitante, voire lui confèrent un aspect futuriste.

Draag Me - I Am Gambling With My Life (2020)

  Les morceaux plus pop, dans une lignée Homeshake / ARTHUR / Connan Mockasin / Puzzle, charment et font beaucoup dans l'attrait du disque, comme les obsédantes "Why Do You Feel Nothing ?" et "I Am Gambling With My Life". Une amie m'a dit que cet album était un peu comme un négatif de 100 gecs, avec une approche comparable de la composition (superposition de styles musicaux disparates) mais piochant dans une palette sonore très différente, beaucoup plus dark, et je trouve ça très juste ("There Is A Party Where I'm Going", "Wrench"). Dans le même registre, "Running Instead" fait penser, par son mélange emo-trap planant, à un croisement entre JPEGMAFIA, Lil Peep et Luthorist.

Draag Me - Why Do You Feel Nothing ? (2020)

  Les voix invitées sur le disque (body meat, dot pony, sentient bbq, strange ranger, pedazo de carne con ojo, corey) apportent beaucoup à l'orientation pop de certains morceaux, et les modification assez lourdes apportées aux voix permet de les homogénéiser sur toute la longueur de l'album. Les origines pop-rock indé de Schwartz se ressentent également pas mal sur quelques morceaux, par exemple "Lie", "All Bad Scores Emulation", qui sonne comme si les Flaming Lips étaient allés un cran plus loin dans la déconstruction après Oczy Mlody, ou "Die On That Hill" qui sonne comme un remix live de XTC par Animal Collective.

  I Am Gambling With My Life est une oeuvre totale, renversante, bouleversante, prenante. Si on se laisse tomber dans le précipice, guider dans ses méandres, cette free pop nous enveloppe, nous transporte, nous fait voyager comme rarement. Un LP bluffant, déroutant, extraordinaire.

Mes morceaux préférés : Steady Turn The Cog, The Curve, Why Do You Feel Nothing?, I Am Gambling With My Life, There Is A Party Where I'm Going, All Bad Scores Emulation, Running Instead, Fools Every Day, Die On That Hill


Alex