Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes
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mardi 22 décembre 2020

Container - The Wants (2020)


C'est une petite pépite que je vous propose aujourd'hui avec ce trio New-Yorkais qui signe un premier album anthologique. The Wants est une œuvre brute à la moiteur 80's. La musique vibre d'une urgence en harmonie avec la période actuelle, comme vibrait le post punk à la fin des années 70's/début des 80's après 2 chocs pétroliers. 

Non sans rappeler la pochette du quatrième album de Can, Ege Bamyasi, la pochette de The Wants résume parfaitement le disque. Se condense en 30 minutes et sous un enveloppe indus', un concentré vitaminé de post-punk des plus jouissif. On y retrouve la noirceur de Joy Division, la production electronica de New Order, mais aussi des parties plus pop ou dansante à la Talking Head ou Depeche Mode. L'équilibre est alors parfait entre des titres plus rythmés et mélodiques comme sur Ape Trap et des titres plus ambiants tel Aluminium.


A consommer sans modération !

Container - The Wants sur Spotify


Etienne


mercredi 13 mai 2020

The Stranglers - Feline (1983)


  En des circonstances tragiques, puisque Dave Greenfield nous a quittés cette semaine, je me suis repassé Feline (1983), l'album des Stranglers qui tourne le plus chez moi (je m'étais mis à pas mal le réécouter ces derniers mois). Les choeurs et surtout les claviers de Greenfield hantent ce disque particulier, leur 6e album, leur plus accessible alors puisque les anciens punks avaient déjà bien entamé leur mue pop. C'est un disque continental, européen, sophistiqué, naviguant entre guitares acoustiques chaudes et sensuelles, évoquant souvent l'Espagne, la France ou l'Italie (on a également des formes anciennes ou en tous cas non-rock de musiques, comme la valse, la chanson folk de ces pays ou le tango, qui sont évoqués) et synthés & beats au son froid, plus proche du rock synthétique allemand et de la coldwave anglaise.

The Stranglers - Midnight Summer Dream

  Ce mélange fait des étincelles dès les premiers titres : "Midnight Summer Dream" éblouit d'entrée avec ses accords intemporels, sa guitare sans âge, son synthé de papier glacé et son chanté parlé classe, on se croirait presque chez Roxy Music. Porté par une section rythmique post-punk et magnifié par une guitare et des claviers hispaniques, "It's A Small World" est un autre parfait exemple de la direction artistique du disque, avec là encore une diction très classe du chant et des chœurs délicats. Plus ouvertement rock, power pop et new wave, "Ships That Pass In The Night" se permet tout de même quelques détours vers le Brésil et le Mexique, tout comme la merveilleuse "Let's Tango In Paris" qui, vous l'imaginez bien, fait pas mal voyager. "Blue Sister" fait la même chose avec brio, oscillant entre pop aux influences très hispanique et post-punk à la New Order des débuts.

The Stranglers - European Female

  Le morceau le plus évident ici, c'est probablement "The European Female (In Celebration Of)", parfaite rencontre entre la pop synthétique des nouveaux romantiques anglais, le délicat détachement à l'allemande, et une certaine idée de la chanson d'amour façon Europe du Sud, chaude et sensuelle. Avec son rythme mécanique, sa basse doucement funky, ses synthés simples et ses choeurs féminins, on pourrait presque croire que "Paradise" est un morceau du dernier Baxter Dury ou Metronomy, mais ce morceau décidemment en avance sur son temps est bien du Stranglers. A noter, le chant masculin évoque tour à tour David Byrne période Fear Of Music des Talking Heads, et les Pet Shop Boys pour la partie plus chantée parlée, avec un effet "vieille radio" à la Gorillaz : tout ça pour dire que ça ne manque pas d'idée puisqu'une partie de ce que je viens de citer n'était pas encore sorti. 

The Stranglers - Paradise

  On a des textures proches du jeu vidéo (ou de Yellow Magic Orchestra au choix) dans l'également excellente "All Roads Lead To Rome". Enfin, l'album se finit sur la très riche "Never Say Goodbye", au parfum tour à tour jazz caribéen et folk version psychédélisme anglais. 

  L'album en tant que tel est un pur chef-d'oeuvre, chaque morceau est mémorable, unique, et la direction artistique du groupe sur Feline est vraiment quelque chose d'assez inclassable et difficile à réduire, assez peu explorée en vérité (à part Roxy Music, je ne vois pas de comparaison directe à faire). La réédition CD et les versions streaming proposent pas mal de très bons bonus, quelques morceaux qui auraient pu être dans la tracklist tellement ils sont chouettes, comme la douce "Savage Breast", la proto-John Maus "Pawsher"

The Stranglers - It's A Small World

  On a également quelques curiosités comme "Permission", qui traite le tango comme la dub traite le reggae, "(The Strange Circumstances Which Lead To) Vladimir And Olga" quelque part entre musique baroque, Wendy Carlos et Jean-Jaques Perrey,avec quelques influences russes. Et puis il y a également l'abstraite "Aural Sculpture Manifesto" avec sa déclamation poétique sur un tapis de bruitages électro qui finit en synthé bien pompeux/baveux. Et enfin, des versions live ("Midnight Summer Dream / European Female"). Plutôt intéressants pour des bonus tracks. 

  Vous l'aurez compris à ce stade, Feline est un classique personnel, une oeuvre vraiment unique dans son mélange de sonorités et sa sensibilité, magnifique, délicate, et inégalable dans son genre, composée uniquement de morceaux parfaits et marquants, et je vous recommande chaudement de la (re)découvrir.



Alex


jeudi 30 avril 2020

Black Dresses - Peaceful As Hell (2020)


  Après deux albums percutants sortis l'an dernier (dont mon ptit préféré Thank You qui a fini dans mon top 10 de l'année), les deux Black Dresses reviennent déjà avec ce Peaceful As Hell

  Qui commence hyper fort avec un morceau parmi leurs plus intenses, "Left Arm of Life" où une voix rongée par la distorsion chante son blues sur un tapis de beats qui s'abattent comme des obus sur l'auditeur dévasté, tandis que les synthés détunés montent en intensité. Un morceau de bravoure, d'entrée de jeu.

Black Dresses - Left Arm Of Life (2020)

  Les influences venues du rock des années 2000, avec un peu d'indus et de post-punk ("MiRRORGiRL", "Express Yourself") un peu de nu-metal (voire du franchement metal, cf l'intro de "Beautiful Friendship"), du rock indé et de l'électro-pop infusent ce disque, souvent sur le même morceau, comme "Damage Suppressor" qui peut passer d'un début rock à une partie au piano presque Of Montreal pour enchaîner avec un mélange explosif d'electroclash, d'indus et de nu-metal. Mais malgré le côté déflagration et la surstimulation auditive induite par les changements brusques et fréquents de tempos, de sonorités, le tout reste ultra cohérent et très accrocheur, et on retrouve un peu -dans un style totalement différent, avec une écriture plus pop-rock et en moins décousu- le génie des 100gecs à passer d'une idée à l'autre à toute vitesse sans perdre le fil et en faisant monter l'adrénaline tout le long ("Angel Hair", "Bliss And Stupidity").

Black Dresses - Damage Suppressor (2020)

  Ce disque est une vraie expérience, et le déluge de stimuli et la magie de la noise ("Impossible Dream") forcent vraiment l'attention de l'auditeur, lui faisant perdre toute notion du temps et le faisant entrer dans un genre d'univers parallèle fait de rock bruitiste et de synthés baveux ("Sharp Halo"). Comment ne pas ouvrir son esprit et remettre en cause sa réalité lorsqu'on tombe sur un "I'm A Freak Cuz I'm Always Freaked Out" après 4 morceaux qui nous y ont formidablement bien préparé en faisant tomber une à une nos barrières mentales. 

Black Dresses - Please be Nice (2020)

  Et puis il y a "Maybe This World Is Another Planet's Hell", synthpop mélancolique et émotionnellement dévastatrice, aussi cool, intense et épique que son titre le laisse suggérer. Sur laquelle s'appuie le début de "Scared 2 Death" qui poursuit le délire en y ajoutant une guitare presque prog, une sub puissante, puis part carrément en délire nu-metal. Autre moment marquant : la conclusion "666", tournant sur des patterns de synthé obsédants et grésillant. Il y a aussi 2 tubes : "Please Be Nice", aussi puissant et violent qu'accrocheur et mémorable, et "Creep U", plus frontalement rock 90's et dépouillé et plus accessible pour le néophyte.

Black Dresses - Creep U (Clip 2020)

  Bref, c'est un autre tour de force de la part de Devi McCallion et Ada Rook, d'une ampleur au moins égale au fantastique Thank You, qui déroute et surprend à chaque instant pour le meilleur.

Mes morceaux préférés : Left Arm of Life, Damage Suppressor, Beautiful Friendship, Please Be Nice, I'm A Freak Cause I'm Always Freaked Out, Maybe This World Is Another Planet's Hell, Creep U, 666


Alex



vendredi 17 avril 2020

Deeper - Auto-Pain (2020)


  Deeper est un groupe de rock de Chicago. Leur musique sonne comme un mélange d'influences post-punk, dont une proximité notable avec des groupes  modernes comme OMNI, Parquet Courts ou Ought, et quelques influences piquées aussi bien chez les Cure, New Order, Joy Division ou Talking Heads (le groupe revendique également Devo, Wire, Television et Gang Of Four, ce qui est très juste) que chez Interpol, Franz Ferdinand, the Rapture, the Sunshine Underground et The Killers, auquel le chant en particulier -mais pas que- fait souvent penser. Un mélange donc de post-punk originel et de ses descendants des années 2000, avec des influences assez britanniques globalement mais également américaines, pour un rendu final assez riche.

Deeper - Lake Song (2020)

  Les morceaux sont addictifs, on a envie d'y retourner encore et encore, et l'album dans son ensemble est très bon et biens séquencé. Quasiment tous les morceaux sont iconiques (j'ai presque noté tout l'album dans mes morceaux favoris ci-dessous) et l'album ne souffre pas de temps mort, se permettant des ambiances, des rythmes et des sonorités différentes (quelques incursions synthético-électroniques discrètes) mais formant un tout ultra cohérent. 

Deeper - Run (Clip, 2020)

  Cet album parle de thèmes assez lourds, et le groupe semble très engagé : la pochette provient d'un hôpital psychiatrique détruit, une partie des bénéfices est donnée à une association aidant les gens souffrant de problèmes de santé mentale, et le batteur, moitié Pakistanais (le titre sur la pochette est en Urdu) moitié natif inclut des motifs rythmiques issus de pow-wows traditionnels en hommage à son héritage culturel, en partie ravagé par l'Oncle Sam.

Deeper - This Heat (Clip, 2020)

  Pour faire court, c'est un grand disque de rock, une vraie réussite qui se révèle vraiment au fil des réécoutes, et que je vous recommande vivement.

Mes morceaux préférés : Esoteric, Run, This Heat, Willing, Lake Song, Spray Paint, 4U, Helena's Flowers


Alex


mardi 14 avril 2020

The Strokes - The New Abnormal (2020)


  Les Strokes ont été LE groupe générationnel du rock des années 2000. Revisitant avec intelligence l'héritage punk et post-punk de leur New York natal, ils ont également su composer des hymnes pour la jeunesse d'alors, et leur premier album a été un classique instantané. Ce statut de légende a en revanche eu des conséquences sur la réception de leurs albums : le deuxième était trop proche du premier, le troisième s'en éloignait trop en tentant des choses dans tous les sens, Angles le disque du retour a été mal aimé pour ses sonorités synthétiques venues des aventures solo de Julian Casablancas et son écriture s'inspirant du rock indé, et Comeback Machine a été décrié comme "le disque où l'on entend que le groupe manque d'envie de jouer ensemble". Or, on s'est trompés -ici y compris, où ce dernier avait été reçu en demi-teinte- et à la réécoute, passée l'hystérie de la sortie, sans attentes démesurées, ces disques se sont révélés comme des classiques, chacun à leur façon, montrant autant de facettes d'un groupe solide et aventureux. Et même si j'attends désormais davantage les sorties des Voidz de Casablancas, allant un cran plus loin dans toutes les directions, j'étais assez confiant sur cet album des Strokes. 

The Strokes - The Adults Are Talking (2020)

  Ce disque sonne comme un mélange heureux entre les différentes époques du groupe, ni retour au source ni renouveau complet, c'est un disque d'équilibre, comme leur EP Future Present Past de 2016, dans la continuité de Comeback Machine en moins sombre, intense et claustrophobique. Ici, tout est ouvert, tout sonne grand, en grande partie grâce à la production de Rick Rubin, qui sépare tous les instruments dans le mix de façon assez radicale. Chacun d'entre eux se distingue avec une netteté irréelle, rien ne dépasse, il y a un espace incroyable dans le mix de tous ces morceaux. Cette production clinique n'efface pourtant pas l'effet groupe du disque, la force des Strokes ayant toujours été dans l’interconnexion entre les musiciens, leur synergie s'entend ici. On a l’impression qu'ils jouent ensemble, en groupe, mais dans des pièces séparées à des milliers de kilomètres de distance. C'est très surprenant au départ, mais ça donne finalement à cet album une identité, et va bien avec le côté mature, apaisé, dad rock et grosse production avec un gros son de l'ensemble.

The Strokes - Brooklyn Bridge To Chorus (2020)

  Quant aux morceaux, ils sont là. "The Adults Are Talking" continue dans la lancée des intros d'albums parfaites et s'impose d'entrée comme un classique stroksien. "Selfless" est une jolie chanson, plus pop, qui fait la part belle au falsetto de Julian et à la guitare solo un peu mélo mais touchante. "Brooklyn Bridge To Chorus" est une pépite de synthpop, immédiate et tubesque. "Bad Decisions", un bon morceau de new wave à guitare, au son noyé dans un chorus solaire. "Eternal Summer", avec son chant suraigu, aurait pu figurer sur Angles, et si on aurait pu lui craindre un côté anecdotique, le groupe réussit un coup de génie en lui faisant prendre un virage brusque à mi-parcours, un peu Clash ou Gorillaz dans l'esprit. C'est probablement "Why Are Sunday's So Depressing" qui finit par être le seul morceau vraiment dispensable du disque (ce qui ne l'empêche pas d'être sympathique, avec quelques bonnes idées). Autre morceau un peu déjà entendu, "Not The Same Anymore" et son rock indé 90's arrive tout de même à captiver par son intensité non feinte.

The Strokes - At The Door (Clip, 2020)

  "At The Door" est une ballade gothique hantée et magnifique, portée par un synthé obsédant, à la production dépouillée et gavée de bonnes idées (les choeurs synthétiques, les claviers grandioses, les vocalises autotunées de la fin...). A ce propos, le groupe intègre intelligemment et discrètement quelques idées de production électroniques, comme à son habitude, mais de façon peut-être encore plus assumée et maîtrisée. Mais mon morceau préféré ici, c'est probablement "Ode To The Mets". Elle se met en place lentement, et après une intro bordélique, elle utilise également le coup du motif de clavier hypnotique, pour construire dessus un morceau de bravoure à combustion lente, portée par cette ambiance tragique, inéluctable venue de la mélodie principale, et par l'intensité du chant de Casablancas, dont la voix de crooner rock écorché sonne comme un Iggy Pop moderne. Un très grand morceau, et là encore un nouveau classique immédiat pour les Strokes.

The Strokes - Ode To The Mets (2020)

  En bref, c'est un vrai bon album. Assez solide, concis, avec une vraie direction, des choix de production assumés, des chansons qui tiennent la route, et c'est tout ce qu'on pouvait attendre d'un tel groupe. Certes, pas leur meilleur, pas révolutionnaire, mais bon dans ce qu'il fait, fun et mature à la fois, et offrant quelques morceaux de choix aux amateurs.

Mes morceaux préférés : The Adults Are Talking, Brooklyn Bridge To Chorus, Eternal Summer, At The Door, Ode To The Mets


Alex



vendredi 3 avril 2020

Spectres - Nostalgia (2020)


  C'est dans un registre familier qu'opère le groupe Spectres, de Vancouver : quelque part entre Joy Division, The Cure, The Chameleons, The Smiths et plus récemment Interpol ou The Horrors. C'est donc en terrain conquis -pour ma part- qu'ils peuvent déployer des titres comme "The Head and the Heart" ou la géniale "Dreams" et remporter la mise. 

Spectres - Dreams (2020)

  Si quelques envolées épiques un peu too much gâchent un peu le plaisir, comme chez le U2 des stadiums (sur "Years Of Lead" notamment), il y a assez de savoir-faire pour compenser, notamment dans la relance des morceaux, jamais linéaires, toujours intéressants dans leurs détails, leurs arrangements, leur structure, ou leur intensité, comme sur les urgentes "Along the Waterfront""The Call""When Possessed Pray" et surtout "Pictures From Occupied Europe".

  Des petits détours chez New Order ("Fate") titillent les centres du plaisir sans tomber dans le pastiche stérile, tandis que des titres comme le rythmé "Insurgence" diversifient le propos musical.

Spectres - Pictures From Occupied Europe (2020)

  En bref, un bon petit album de genre, dont l'exercice de style est transcendé par une interprétation convaincue et exigeante.

Mes morceaux préférés : The Head and the Heart, Dreams, Pictures from Occupied Europe, Fate


Alex

mardi 18 février 2020

Shopping - All Or Nothing (2020)


  Les britanniques Shopping avaient sortis avec leur précédent long format un de nos albums préférés de l'année 2018, autant dire qu'on attendait celui-là de pied ferme.

  Et il n'y a pas de quoi être déçu. D'entrée de jeu aussi accrocheur (les mémorables "All Or Nothing", "Trust In Us"), avec une orientation plus pop et synthétique ("For Your Pleasure", "Lies"), tout en gardant le tranchant post-punk qui les caractérise ("No Apologies") et leur sens du groove déviant ("Follow Me", "Body Clock") faisant penser aux géniaux Gang Of Four dont on a reparlé récemment ("Initiative", "About You"), ou aux B-52s dans le jeu de questions-réponses du chant ("Expert Advice") cet album convainc dès la première écoute et séduit aux suivantes.

Shopping - Initiative (Clip, 2020)

  C'est un album assez parfait dans son genre, immédiatement accrocheur tout en restant incisif, élargissant la palette du groupe tout en restant fidèle à son identité sonore... Un superbe disque.

Mes morceaux préférés : All Or Nothing, Initiative, For Your Pleasure, About You

Ecouter sur Spotify, Deezer ou Bandcamp 

Alex


dimanche 16 février 2020

Gang Of Four - Entertainment! (1979)


  Malheureusement, les morts de grands artistes sont trop fréquentes pour qu'on arrive à rendre hommage à tous les musiciens qui nous ont marqués. Cependant, le malheureux décès d'Andy Gill, membre fondateur des Gang Of Four, m'a poussé à accélérer un peu l'écriture de cette chronique qui était en suspens depuis quelques temps. Parce qu'étant amateur de punk, et plus encore de ce qui en a découlé dans la musique populaire, j'ai forcément été happé par ce groupe inclassable, riche de milles influences, tranchant et dansant, radical dans son discours (de gauche, évidemment, vous avez vu la pochette ?), et en particulier par ce disque, qui est probablement un des albums qui revient le plus sur ma platine et dans mon casque ces dernières années.

Gang Of Four - Ether (1979)

  Si ce long format en particulier est celui qui marque, c'est d'abord parce qu'il a la force de frappe musicale des premiers jets. Premier album, plein de rage, d'énergie, d'envie, c'est une suite d'uppercuts rock, de rythmes et de riffs qui claquent, avec presque rien autour, si ce n'est le chant, souvent scandé, régulièrement en question-réponse, et la basse, primordiale, monumentale. Et c'est ensuite, parce que beaucoup était déjà là. Vous n'avez qu'à écouter quelques secondes du premier morceau, le classique incendiaire "Ether", et tout est là. Du rock des années 2000 du Sunshine Underground, Interpol, Strokes, Franz Ferdinand, Arctic Monkeys, The Rapture et cie, en passant par le post-punk des 2010s (Shopping, OMNI, Ought...), les néo-punks minimalistes anglais de Sleaford Mods (voire Baxter Dury), et par des trucs qu'on aime un peu moins par ici mais qui ont à leur tour été très influents (Red Hot Chili Peppers), tout le monde doit un peu à cette formule gagnante riff/basse/beat/chant version Gang Of Four, et tout le monde leur a piqué une idée. Cette manière que la basse a de partir vers des détours jazz ne vous rappelle pas les très actuels Guerilla Toss ? Ce mélange des genres ne vous fait pas penser à Gorillaz lorsqu'il se rapproche du reggae/dub ou LCD Soundsystem lorsqu'il fait danser le punk ? On pourrait continuer longtemps comme ça.

Gang Of Four - Not Great Men (1979)

  Parce que comme le disait le NME, le groupe "semblait avoir compris que le disco s'était produit", et qu'il apportait de la vie dans son punk en y embarquant du funk, des éléments reggae, dub, noise, disco donc, mais aussi presque jazz, il était déjà post-punk dans l'esprit, et ne se contentant pas de détruire l'ordre établi, il tentait de reconstruire derrière. Faire danser sur du punk, sur un texte clairement à gauche, et rendre ça fun, c'est un exploit mais c'est possible ("Natural's Not In It"). Cet esprit punk, presque insurrectionnel ("Guns Before Butter") associé à l'irrésistible attrait de la syncope funk fait des étincelles à chaque morceau, et les classiques s’amoncellent, tous meilleurs que le précédent ("Not Great Men", pas si loin de Devo ou Talking Heads, en plus tranchant). Sur ce dernier comme sur "Damaged Goods", il y a dans la musique un vice, un truc naturellement sexuel, qui vient du fond des âges, du début du rock'n'roll, et d'encore avant, un truc décadent, éternellement jeune, rebelle, transpirant, physique, irrésistible. 

  D'ailleurs, on sent les racines pub-rock du punk sur "I Found That Essence Rare", comme une relecture énergique du rockabilly 50's dans sa composition, ce qui rapproche les GoF d'un autre grand groupe qui a su faire danser et pogoter sur une musique punkoïde à la fois groovy et acérée, les immenses Dr Feelgood. Il y a également un côté très anglais dans "5.45", qu'on peut raccrocher à la glorieuse épopée du rock anglais. 

Gang Of Four - Damaged Goods (1979)

  Le groupe s'aventure lors de courtes incursions (permettant de garder l'accessibilité pop-rock de leur musique tout en en élargissant le champ) sur des terrains limite noisy, atonaux et polyrythmiques ("Glass", "Contract", "Love Like Anthrax"...) et lorgnent parfois vers le dub lors de choix de production bien sentis, par petites touches salutaires (la géniale "At Home He's A Tourist", qui y ajoute une basse et un pied discoïdes pas si loin de Blondie). D'ailleurs, la production, minimaliste comme je l'évoquais, laisse bien la place à chaque instrument, qui se distingue nettement, et est d'ailleurs très claire et propre, ce qui est un choix relativement osé pour du punk, et qui contribue à la fois à l'impact de ces morceaux et leur donne un côté intemporel ("Return the Gift" aurait pu figurer sur les premiers Rapture sans problème). 

  Ce disque est un grand classique, un joyau, un album assez parfait dans son genre, unique, créatif, fondateur. Un chef-d'oeuvre.


Alex


dimanche 2 février 2020

Field Music - Making A New World (2020)


  Vous vous souvenez peut-être que j'avais parlé de Field Music il y a deux ans, en effet, leur album de 2018 avait fini dans mon top de l'année, et il était en assez génial dans son genre. Du coup, j'attendais pas mal ce nouvel album, et je n'ai pas été déçu par ce Making a New World, album concept sur les conséquences de Première Guerre Mondiale, rien que ça, faisant de ce disque un Au-Revoir Là-Haut musical.

Field Music - Coffee Or Wine (2020)

  L'intro, "Sound Ranging"/"Silence", déstabilise, parce que ça démarre par une guitare, mais très vite des éléments free jazz et cold wave débarquent, et on ne sait pas si on va se retrouver sur une ambiance à la Bowie période Aladdin Sane, Berlin ou Blackstar, ou sur un disque du début des Cure. Une ambiance étrange s'installe, on ne sait pas ce qui va nous tomber dessus, on ne peut qu'être surpris par la suite, et c'est génial. Parce que du coup, "Coffee Or Wine" fait mouche, avec son piano martelé façon "Bennie & The Jets", sa composition entre pop, soul, rock et prog, ses arrangements glam et jazzy, entre Steely Dan et XTC

  Le disque est d'ailleurs parsemé d'interludes, souvent assez jazz et avec un feeling de cinéma des années 60 ("I Thought You Were Something Else"), parfois plus synthétique et planante voire kraut ("A Common Language", "If The Wind Blows Towards The Hospital", "An Independent State") parfois plus pop et déchirante ("From A Dream, Into My Arms") qui font à chaque fois mouche, en elle-mêmes déjà, et surtout en permettant d'installer une ambiance faisant le liant entre ces morceaux, ce qui permet à des joyaux comme "Between Nations", avec ses envolées épiques et son orgue insistant, de prendre une dimension épique méritée.

Field Music - Between Nations (2020)

  Le disque est également assez varié musicalement. Le post-punk / math-rock anguleux mais sautillant de "Best Kept Garden" façon Feelies a beaucoup de charme, de même que la glam jazzy façon Sparks de "A Shot To The Arm", ou la pop-folk de "A Change Of Heir", qui parle d'un pionnier de la chirurgie qui a fait grandement avancer les greffes de peaux en soignant les Gueules Cassées. Mais c'est bien la pop néo-80's qui caractérise le groupe (façon XTC, Kate Bush, Talking Heads, Neu!, Smiths...) qui reprend assez rapidement ses droits et forme le cœur du disque ("Do You Read Me?", "Beyond That of Courtesy", "Nikon"). 

Field Music - Only In a Man's World (2020)

  En fin de disque, le groupe exploite les facettes les plus funky et accessibles de ses influences (Peter Gabriel, Prince...) ; ainsi "Only In a Man's World" et "Money Is A Memory" sont de parfaits singles et clôturent ce disque avec panache, nous donnant envie d'y revenir. 

Field Music - Money Is A Memory (2020)

  C'est un album brillant, touchant, varié et dense mais accrocheur, je vous en recommande donc fortement l'écoute !

Mes morceaux préférés : Only In a Man's World, Money Is A Memory, Coffee Or Wine, Between Nations

A écouter sur Deezer ou Spotify ou Bandcamp

Alex


samedi 11 janvier 2020

Boy Harsher - Country Girl Uncut (2019) & Careful (2019)


  On continue avec quelques excellents albums de 2019 qui n'ont pas encore été abordés sur le blog faute de temps ou parfois de recul, parce qu'une oeuvre d'art ça se dévoile parfois avec une certaine maturité et donc plusieurs réécoutes dans notre cas.

BOY HARSHER - COUNTRY GIRL UNCUT (2019)

  Des deux albums de Boy Harsher sortis cette année, j'ai une préférence nette pour Country Girl Uncut, suite et prolongement de leur EP de 2017. Minimaliste, industriel, il est hypnotisant, obsédant. A la fois planant, rythmé, brutal, aérien, ses variations autour d'une pop électronique à la fois référencée et aventureuse font mouche. Pas si loin des Junior Boys et de Jessy Lanza (que j'adore), et avec un petit côté dance-punk à la DFA (on pense à Juan MacLean), "Motion" ouvre le disque sur une note de perfection, alternant brillamment entre un des nappes de synthé deep house lumineuses et des parties rythmiques implacables. "Electric" est plus sombre, comme Depeche Mode au sommet de leur décadence, dévoilant une techno-pop sexuelle de club souterrain, et re-démontrant au passage l'influence énorme de Kraftwerk sur la culture populaire.

Boy Harsher - Country Girl (Clip, 2019)

  Autre monument, "Country Girl" est peut-être mon morceau préféré du disque. Il joue du clair-obscur évoqué plus haut avec une intensité déchirante. On pense à nouveau aux Junior Boys, mais quelques échos d'Alan Vega dans la voix, et d'autres éléments comme une guitare lointaine viennent diversifier le panorama sonore, jusqu'à l'apothéose du disque : le changement de beat un peu avant 2'30" qui fait penser aux débuts de New Order (on est dangereusement proche de la perfection absolue de "Blue Monday"). Ces quelques secondes aux proportions épiques, qui se déclinent jusqu'à la fin du morceau, font partie des meilleurs instants musicaux que l'année a pu nous offrir.

  Après un tel chef-d'oeuvre, un seul moyen de rebondir : une ambiance planante, presque ambient, mais menaçante, et c'est précisément ce que "February" arrive à instiller, permettant à l'indus d'"Underwater" puis à la synthpop dark de "Send Me a Vision" de prendre toute leur place. Cette dernière, tout comme "Westerners", m'évoquent un peu les Pet Shop Boys en plus industriel, et sont d'excellents morceaux. "Swing", ballade toxique et mystérieuse, sans percussions vient clôturer cet incroyable album sur une touche plus vénéneuse, intrigante. Vous l'avez compris à ce stade, je suis totalement sous le charme de ce disque concis et percutant, qui m'impressionne d'autant plus qu'il est sorti la même année que Careful, autre très bon LP que l'on va aborder maintenant.

Mes morceaux préférés :  Motion, Electric, Country Girl

Ecouter sur Spotify ou Deezer ou Bandcamp ou Youtube



BOY HARSHER - CAREFUL (2019)

  Le disque commence cette fois-ci par "Kick Driving", sur un drone insistant, montant en pression crescendo, avec une voix sensuelle et menaçante à la fois, comme une collaboration entre le Velvet Underground (période Nico) et Suicide. On déboule ensuite sur la synthpop rétro de "Face The Fire", puis la coldwave de "Fate", à la force de frappe monstrueuse avec son kick massif et son gimmick de synthé obsédant. Un grand morceau.

Boy Harsher - Fate (Clip, 2019)

  Retour des hits orchestraux et des basses électrofunk à la Pet Shop Boys sur la très bonne "LA", puis un beat à la Moroder (ou plus probablement Patrick Cowley, sombre et sexuel) sur "Come Closer", de la new wave des débuts ("The Look You Gave (Jerry)"), avant de bifurquer sur un autre tube synthpop potentiel avec "Tears".

  L'ambient de "Crush" relance la tension avant la très Depeche Mode "Lost", qui comporte quelques accords plaqués néo-80's que certains artistes French Touch n'auraient pas reniés, et une intensité digne de Bronski Beat. Le disque s'achève sur le cinématographique et ultra-flippant "Careful".

  Bref, on n'est pas loin du tout de la perfection de Country Girl Uncut, et ce Careful est un excellent disque, qui fait tout autant partie des meilleures sorties de l'année. A noter que le groupe a publié une compilation de remixes de l'album que je vous encourage à tester si vous avez aimé le disque (lien ici).

Mes morceaux préférés : Kick Driving, Fate, LA, Tears, Lost

Ecouter sur Spotify ou Deezer ou Bandcamp ou Youtube



mercredi 1 janvier 2020

Black Marble - Bigger Than Life (2019)


  Si vous aimez Depeche Mode et John Maus, vous avez bon goût -déjà-, et vous allez également apprécier la musique de Black Marble, parce que c'est tout aussi bon dans le même genre. 

  Le début de l'album est incroyable, c'est miracle sur miracle de synthpop ("Never Tell", "One Eye Open", "Daily Driver", "Feels") jusqu'à l'interlude "The Usual" qui permet de se poser un peu avant d'enchaîner sur une partie un poil plus post-punk (on pense aux Drums, à Joy Division et The Cure) de "Grey Eyeliner" à "Bigger Than Life". Le spleen doux-amer du groupe de Jonny Pierce vient à l'esprit de façon assez évidente à l'écoute de ces morceaux bouleversants.

Black Marble - Feels (Clip, 2019)

  Les synthés reviennent au premier plan pour l'électro-pop extatique de "Private Show", qui se conclut sur une coda absolument bouleversante. Puis on a envie de sauter partout sur l'euphorisante "Shoulder", l'interlude "Hit Me" nous réconforte tendrement, et "Call" conclut l'album avec une mélancolie douce, comme du Ariel Pink premier degré. C'est très beau.

  Ce disque est un petit miracle, découvert pour ma part assez tard dans l'année. Je n'ai pas fini d'en faire le tour, mais je sais que je rangerai ce disque avec quelques-unes des plus belles réussites du genre et que je le réécouterai longtemps.

Liens : Spotify / Deezer / Bandcamp / Youtube

Alex


vendredi 6 décembre 2019

Iggy Pop - Free (2019)


   Après un superbe retour orchestré par Josh Homme avec Post Pop Depression (2016), très marqué par Bowie musicalement, Iggy Pop écrit avec ce Free un très beau nouveau chapitre de sa discographie passionnante. Marqué musicalement par le free jazz et l'ambient électronique, recourant parfois à des passages parlés voire narrés ("Free", "Sonali", "Page", "We Are The People", "Do Not Gentle Into That Good Night", "The Dawn"), il contient également une chanson pop-rock parfaite, "Loves Missing", au son tranchant venu du post-punk, et transcendée par l'interprétation caverneuse et désespérée de l'Iguane. Ce côté sombre, coldwave quasi gothique, est également bien mis en valeur sur "Glow In The Dark".

Iggy Pop - Loves Missing (Clip, 2019)

  Le disque n'est cependant pas dénué d'humour et de fun, en témoigne le rock bondissant à l'humour british façon Baxter Dury de "James Bond". Et il est très vivant dans son interprétation, tant musicalement où la forme est très libre, dénuée de toute notion de genre musical, que dans l'interprétation vibrante d'Iggy ("Dirty Sanchez"). 

Iggy Pop - Sonali (Clip, 2019)

  C'est un album intense, noir, souvent contemplatif, obsédé par la mort. Mais c'est aussi l'oeuvre d'un musicien qui a encore beaucoup à dire, à faire, qui a l'oreille acérée, la voix pleine de rage et l'esprit plein de malice. C'est un superbe disque.

Mes morceaux préférés : Love's Missing, Sonali, Glow In The Dark, The Dawn

Ecouter sur Spotify ou Deezer

Alex


mercredi 4 décembre 2019

Chromatics - Closer To Grey (2019)


  Le truc étrange avec Chromatics, lorsqu'on connaît le groupe, c'est que tout le monde attend leur supposé prochain album Dear Tommy depuis presque 10 ans (en exagérant un peu). Du coup, chaque année il est sur la liste des disques les plus attendus, chaque année il ne sort toujours pas. En attendant, quelques reprises, quelques morceaux, quelques BO aussi. Mais toujours pas d'album. Jusqu'à cet été et ce fameux Closer To Grey, sensé nous faire patienter et contenant lui-même des morceaux publiés il y a déjà quelques années. Vous comprenez donc l'ironie délicieuse de démarre l'album par une reprise de The Sound Of Silence de Simon & Garfunkel. Magnifique, au passage. Une reprise hantée, incarnée, douloureuse, belle. Tout comme cet album, qui se révèle être un vrai petit miracle.

Chromatics - Closer To Grey (2019, Full Album)
(Italians Do It Better)

  Parce qu'après cette jolie reprise initiale, on a direct une perfection synth-pop : "You're No Good", entre pop song classique, italo-disco et rock synthétique 80's (Blondie, Kate Bush...). Une merveille de composition, de mise en son, d'ambiances, d'interprétation. Un truc assez absolu, parfait dans son genre. Et là, on enchaîne directement sur le mix de new wave électronique et de post-punk/shoegaze gothique de "Closer To Grey", presque aussi belle, et sur l'envoûtante électropop acide et presque house ou dance de "Twist The Knife", qui est elle aussi tout à fait parfaite dans son genre. Autre sommet, "Touch Red" est délicate, telle un tapis de velours feutré tout d'un coup déchiré par un solo tranchant qui vous prend aux tripes. 

Chromatics - You're No Good (Clip, 2019)

  Les morceaux moins spectaculaires dans leur exécution sont également très réussis. Vaporeuse, marquée par le trip-hop et à l'ambiance cinématographique, "Light As A Feather" est une petite merveille, tandis que "Move A Mountain" est une fragile ballade dont les claviers et les cordes sembles aussi s'être échappées d'une pellicule (en parlant de cinéma, l'idée est encore davantage assumée par "Love Theme From Closer To Grey", ne serait-ce que dans son titre). La pulsation indus de "Whispers In The Hall" et sa mélodie en arpèges aigus, insistants et menaçants, évoque à la fois une musique de trailer hollywoodien, une déflagration post-punk, ou un banger trap. "Throught The Looking Glass" est un bel instrumental prog/kraut/ambient /coldwave planant, et sur "On The Wall" des choix radicaux de production viennent admirablement mettre en valeur la composition velvetienne. Il y a un petit quelque chose de français, de Tellier ou de Gainsbourg/Birkin, voire de Charlotte Gainsbourg, dans "Wishing Well", très élégant morceau.

  Peu importe quand sortira le prochain projet du groupe, car si c'est aussi réussi que ce Closer To Grey, l'attente vaudra la chandelle. Rien à rajouter là-dessus, sinon que vous devriez y jeter une oreille rapidement si ça n'est pas déjà fait.

Mes morceaux préférés : You're No Good, Closer To Grey, Twist the Knife, Touch Red

A écouter sur Deezer ou Spotify ou Youtube

Alex


lundi 13 mai 2019

Orville Peck - Pony (2019)


  Sur une suggestion Twitter, je file écouter ce disque, Pony, de Orville Peck (un inconnu pour moi) au pif, ne connaissant pas l'artiste. Et je tombe sur le premier morceau, "Dead of Night", qui démarre un peu Johnny Cash, un peu Chris Isaak, un peu Depeche Mode façon blues-rock, avec une production impeccable, très Phil Spector, et un côté fantasmagorique venu de chez Roy Orbison, cette ambiance à la Twin Peaks que n'aurait pas reniée Lana Del Rey. Et là le refrain déboule, avec cette voix 80's à la Talk Talk, et je suis conquis. Putain, quel morceau. Ah et, ayant vu le clip après coup, apparemment il cultive le look masqué et joue sur ce côté mystérieux, mais ça je ne l'ai vu qu'après écoute.

Orville Peck - Dead Of Night (Clip, 2019)

  On continue sur cette très bonne lancée avec "Winds Change", plus Cash/Orbison, avec toujours ce chant expressif, puissant. Quelques échos post-punk viennent nourrir la plus pop "Turn To Hate", également impeccable, tandis que c'est plutôt aux Cure des débuts, aux Jesus & Mary Chain et surtout à Sonic Youth qu'on pensera en écoutant la très bonne "Buffalo Run".

  Je suis un peu moins emballé par la suite, je trouve les morceaux "Queen of the Rodeo", "Roses Are Falling" (très Elvis période pop), et "Hope To Die" (aussi gothique que son titre) un peu moins percutants même si très aimables, et "Kansas (Remembers Me Now)" un peu vite expédiée alors qu'il y avait beaucoup de promesses dans ces chœurs intriguants. Une petit interlude expérimental à la Scott Walker"Old River" est planqué au milieu de ces titres. Un cran au-dessus, "Big Sky" a beaucoup de style, tandis que la très Johnny Cash "Take You Back (The Iron Hoof Cattle Call)" sonne comme un générique de western, et c'est plutôt cool. L'album finit sur une touche très élégante avec "Nothing Fades Like the Light", qui prouve toute la puissance et la subtilité de l'interprétation du chant d'Orville Peck puisqu'on croirait entendre un des morceaux les plus tendres de Presley.

Orville Peck - Turn To Hate (Clip, 2019)

  Finalement, le seul défaut de ce disque c'est d'avoir commencé tellement fort qu'il était difficile de tenir les promesses d'un tel enchaînement de morceaux géniaux. En dehors de ça, c'est une superbe surprise, et certains de ces morceaux risquent de passer en boucle chez moi, grand amateur de crooners country/rock à la Presley, Cash, Orbison & co. Je recommande donc chaudement, et merci internet pour la découverte.

Mes morceaux préférés : Dead Of Night, Winds Change, Turn To Hate

A écouter sur Spotify ou Deezer

Alex


mardi 16 avril 2019

The Drums - Brutalism (2019)


  The Drums, maintenant c'est Jonny Pierce tout seul. Mais pas tout à fait, il s'est par exemple entouré de musiciens pour enregistrer ce tout nouvel album, contrairement à son précédent où il jouait de tout. Et il a voulu également retrouver un côté brut, se replongeant dans l'état d'esprit qu'il avait avant de signer en maison de disque afin de produire le disque pop qu'on lui a refusé à l'époque, préférant le rock indé qui fera son succès (et le bonheur de nos oreilles). 

The Drums - Body Chemistry (2019)

  Il y a toujours eu une bonne dose de synthpop chez les Drums, et parfois les synthés (et la voix de Pierce) sont maîtres, comme sur la très bonne pop song minimaliste "Pretty Cloud". Mais ils partagent tout de même souvent la première place avec le duo basse/guitare ("Body Chemistry", "Brutalism", "Loner", "Kiss It Away"). 

  Ce qu'on remarque assez vite, c'est la beauté de ces chansons, aux mélodies soignées et immédiatement plaisantes, et aux choeurs délicats. Ce côté pop, volontiers rythmé ("Blip Of Joy") et n'ayant pas peur de plaire, accouche de belles réussites comme le classique instantané "626 Bedford Avenue". Pierce, connu pour ses morceaux assez sombres, s'aventure même du côté de la ballade rock ("I Wanna Go Back", qui a un côté 90's, un peu La's) ou folk ("Nervous").

Jonny Pierce - 626 Bedford Avenue (2019)

  C'est un album réussi de plus pour les Drums, sur lequel Pierce arrive de plus à ouvrir de nouvelles voies à sa musique en privilégiant une approche pop moins marquée par le post-punk british, upbeat mais sombre, qui a fait sa marque de fabrique. C'est l'oeuvre d'un authentique artiste autant que d'un artisan qui se cherche à travers son art, et c'est surtout très beau.

Mes morceaux préférés : Pretty Cloud, Body Chemistry, 626 Bedford Avenue, Brutalism

A écouter sur Spotify ou Deezer

Alex