Les aventures musicales de deux potes

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mercredi 9 août 2017

Les Chansons de l'été 2017 #1 : Cornelius - If You're Here (2017)

Cornelius - If You're Here (Clip, 2017)

  Dans "Les Chansons de l'été", nous évoquerons les morceaux, anciens ou récents, ayant marqué notre été 2017. Pour cette première, je vous propose de découvrir le titre introductif du dernier album, Mellow Waves, de l'artiste pop japonais Cornelius.

  "If You're Here" démarre sur une batterie minimaliste au jeu espacé, vite rejointe par un clavier doux presque soul-jazz, puis d'autres, plus bourdonnants, plus proches du synthé basse, qui servent de tapis au chant discret (en japonais) de Cornelius, dont l'utilisation de la voix et l'instrumentation façon easy listening le rapprochent de groupes comme Air

Air - Cherry Blossom Girl


  Cette voix, légèrement trafiquée, sonne très japonais tant elle rappelle toutes cette culture des voix modifiées que l'on retrouve dans la pop de l'archipel, jusque dans des jeux de Nintendo comme Animal Crossing

"K.K. Swing" issu de la BO du jeu Animal Crossing


  L'orchestration, mêlant acoustique, électrique (magnifique soli de guitare discrets et mélodiques), synthétique et électronique, sur des rythmes syncopés avec une orchestration dosée habilement entre minimalisme et luxuriance, rapproche son travail de celui de Radiohead sur les deux albums "apaisés" du groupe que sont In Rainbows (2007) et A Moon Shaped Pool (2016). 

Radiohead - House Of Cards (issu de In Rainbows, 2007)


  Cornelius propose finalement une pop moderne à la démarche proche de celle du krautrock le plus rêveur et le plus mélodique, celui d'Eno & Harmonia, qui n'hésitait pas à emprunter des idées à l'électronique, au rock, au funk ou au jazz pour les appliquer à une musique pop futuriste, sophistiquée, intriquée mais accessible, une musique de grands espaces et d'introspection, contemplative mais pas stérile. 


Harmonia & Eno - Welcome (1976)


  C'est sur tous ces équilibres délicats que se joue la grandeur du dernier album de Cornelius, dont nous reparlerons bientôt ici, et en particulier le sel et la beauté singulière de cette merveilleuse chanson qui aura marqué mon été.

Alex



mercredi 26 avril 2017

Radiohead - In Rainbows (2007)


  Cette semaine, les disques sortis il y a dix ans déjà, en 2007, sont à l'honneur sur La Pop d'Alexandre & Etienne, avec un album par jour présenté jusqu'à mardi dans le cadre de notre troisième édition de La Semaine De La Pop.

  Cet album de Radiohead, je l'ai très vite adoré. Je l'ai découvert quelques temps après sa sortie, vers 2009-2010 je pense. J'avais lu des critiques un peu mitigées dessus, mais les interviews de Yorke de l'époque étaient passionnantes, il y avait toute cette mythologie autour du prix libre de l'album que je trouvais chouette, et puis j'avais adoré OK Computer, Kid A et Amnesiac. En plus, la pochette était parfaite. Colorée, attrayante, et bien designée. En somme, elle évoque le parfait équilibre entre une pop généreuse, pleine de vie et attractive et une ambition artistique irréprochable, avec un vrai soin pour les détails. 

  J'ai pas mal de souvenirs, de ballades en bords de Loire après les cours en attendant le car pour rentrer du lycée, de devoirs maison de maths réalisés sur un banc, dans un petit parc face au fleuve, sous un rayon de soleil qui me réchauffait d'autant plus que la brise légère venant de l'eau me rafraîchissait à intervalle régulier. Avec ce disque dans les oreilles. Emprunté à la médiathèque pas très loin, car mon petit disquaire fétiche, qui a depuis arrêté, n'avait que Kid A & Amnesiac.... Je lui avais pris les deux, j'avais été dégoûté car beaucoup de ces petits bouts noirs qui tiennent la rondelle centrale étaient pétés dès l'achat, et qu'à l'époque les sous c'était pas ça et que les CDs c'est cher, même en occas (y'a des choses qui ne changent pas finalement). Maintenant je suis bien content d'avoir ce petit boîtier pété, je l'aime comme ça, pour tous ces petits souvenirs rattachés à l'usure.

  Bon, ça va être pas mal de souvenirs cette semaine, on parle de disques de jeunesse là, même si on est pas très vieux avec Etienne, ce sont des disques sortis entre nos classes de 4e et 3e, qui nous ont souvent accompagnés lors de notre éveil musical au lycée... Mais revenons à la musique.

  J'ai adoré In Rainbows immédiatement, grâce à "15 Step", un des meilleurs titres de Radiohead. Un rythme à la signature inhabituelle, quasi jungle, démarre le titre, Yorke chante magistralement (c'est quasi un chant jazz, écoutez bien), la guitare, divine, débarque, la batterie enfonce le clou de la boîte à rythme avec une classe jazzy, puis il y a ce break avec ce son de synthé incroyable, enveloppant, chaud et profond, la basse qui prend le relais.... Un feu d'artifice pop en Technicolor, la pochette n'avait pas menti. Voilà comment on fait de la pop moderne, puissante, vivante, rageuse, accessible, chaude, artistique sans pour autant sonner prétentieuse. C'est la synthèse du meilleur de l'électronique, du rock (comprenant le krautrock), du jazz, de la pop. C'est un mix enchanteur et complètement satisfaisant de sensorialité, d'émotion et d'intelligence. C'est brillant et inspiré.

  La tension monte d'un cran avec un "Bodysnatchers" qui commence très rock, mais pas dans le sens basique du terme, on entend une pulsation allemande, des gammes presque orientales, une fougue presque Blur période américaine (qui a dit "Song 2"?). Et la fin du morceau est du Radiohead classique, guitare acoustique doublée par une électrique colwave bourrée de reverb, soutenant le chant plaintif de Yorke, qui éclate toute la discographie d'Interpol et de Coldplay en même temps, malgré toute l'affection que je peux avoir pour les premières œuvres de ces groupes. Et puis ça finit presque punk, et l'auditeur est rincé par tant de talent. 

  Après tant de rage, place au cœur de l'album, plus calme et contemplatif. "Nude" émerveille et désarme tellement elle est belle, entre jazz et folk des grands espaces. Et "Weird Fishes/Arpeggi" nage dans les mêmes eaux, fait elle aussi partie de cette catégorie de chansons qui deviennent des classiques instantanés et marquent à vie de leur empreinte émotionnelle forte le cœur des auditeurs assez réceptifs à leur beauté infinie. Et puis elle est tellement riche... Il y a un truc presque africain sans l'être réellement dans cette chanson... On sent tout le poids de décennies, de siècles de musique étudiée, digérée, toute cette complexité, cette profondeur, ressortie de façon si légère, naturelle, fluide...

  L'ambiance reste cohérente avec un "All I Need" également éthéré (et aussi divin, sisi c'est possible), dont le coup de génie est ce basculement entre des notes de synthé basse pachydermiques, évoquant la marche lente d'un diplodocus et contrastant avec la légèreté du reste de l'instrumentation et le chant souple de Yorke. Le dépouillement de "Reckoner","House Of Cards", et les arpèges folk de "Faust Arp" émerveillent aussi avec peu... et en réécoutant cette chanson, ses cordes, sa mélodie, cette guitare, ce chant, je me dis que les gens qui ont encensé A Moon Shaped Pool ont raison (déjà) mais qu'ils avaient juste 9 ans de retard (et c'est pas grave) pour ceux d'entre eux qui avaient moyennement apprécié In Rainbows. Si c'est votre cas, réécoutez le, franchement. Vous n'allez pas en revenir.  

  Le rythme remonte légèrement avec "Jigsaw Falling Into Pieces", mais le dépouillement est toujours là. L'émerveillement aussi. Comme sur la conclusion, "Videotape", extrêmement mélo mais belle tout de même, que j'ai beaucoup associé a posteriori à "Foreground", également dernier titre tire-larmes et désarmant d'un album brillant, intense et dépouillé, Veckatimest de Grizzly Bear.


  Bref, ce disque est une merveille, un sommet inégalable dans son genre de pop qui sonne aussi bien intimiste que vaste, aussi bien dépouillée que complexe. 
  C'est un des meilleurs disques de Radiohead, probablement mon préféré avec Kid A, OK Computer ne traînant pas loin derrière. C'est un grand disque tout court. Sorti il y a 10 ans (si ça pouvait faire taire les grincheux, les déclinistes et les ultra-nostalgiques je prends).


Alex


lundi 19 décembre 2016

Radiohead - A Moon Shaped Pool (2016)


 


  Beaucoup a déjà été dit sur ce dernier Radiohead, mais nous tenions à vous donner nos avis sur ce disque. Allons droit au but : cet album me plaît beaucoup. C'est pas leur meilleur, mais il fait vraiment partie de mes favoris du groupe, juste à côté d'Ok Computer, Kid A, Amnesiac et In Rainbows. D'ailleurs, comme ce dernier, il s'agit ni plus ni moins que d'exploiter une vision très exploratrice de la pop, empruntant des chemins de traverses, de nouveaux sons, de nouveaux rythmes, de nouvelles ambiances, pour pousser un peu plus loin ces chansons pop et les rendre à la fois accessibles, brutes et sophistiquées.

  On a beaucoup remarqué l'apport des cordes de Greenwood sur cet album, et à juste titre, car elles en donnent le ton. Agressives et dissonantes, comme de la musique classique contemporaine, elles instaurent l'ambiance paranoïaque et politisée de "Burn The Witch", une superbe chanson au sous-texte assez brillant. Et cette chanson me permet d'insister sur une constante de l'album : Thom Yorke n'a jamais aussi bien chanté. Que ce soit de sa célèbre voix de tête, ou dans des registres plus graves, la subtilité et la maturité artistique de sa voix forcent le respect et l'admiration. 




  Après la pop anxiogène géniale de "Burn The Witch", on a droit à une ballade au piano magnifique, dans un esprit assez Amnesiac : "Daydreaming", qui devient vite obsédante au fil des réécoutes, grâce aux synthés et aux voix qui font monter la tension et la disloquent d'un coup, le temps d'une partie de synthé aérienne. Et le jeu des voix trafiquées apporte beaucoup au morceau. 

  Bref, ce duo de singles inaugural est un coup de maître... Aussitôt dépassé par la meilleure chanson de l'album, "Deck's Dark", riche et simple, mélancolique, labyrinthique, et joyeusement pop à la fois. La froide beauté de ce morceau met en valeur tour à tour la voix de Yorke, la section rythmique qui se fait d'une délicatesse quasiment jazzy (la basse est un pilier majeur de ce disque), des choeurs aussi angéliques que graves, la guitare typique de Radiohead.... Et une magnifique conclusion de morceau (avec des guitares post-punk!), chose loin d'être aisée à réaliser. Superbe, leur meilleure depuis un bail (depuis 2007 et In Rainbows en fait, soit presque une décennie).




  "Desert Island Disk" aborde une autre influence majeure de ce disque : le folk anglais. On croirait entendre le groupe jouer sur une colline du Gloucestershire, dans la campagne anglaise, par une journée plutôt clémente quoiqu'un peu froide, sous un ciel légèrement couvert. La batterie se fait caressante, les accords jazzy et les claviers tissent des tapisseries intrigantes en arrière plan tandis que la complainte de Yorke se réverbère au loin. Ce morceau apaisé introduit un "Ful Stop" quand à lui tout en tension, avec rythme kraut, basse vrombissante et sons anxiogènes, pour une réussite totale. On se laisse envelopper et porter par la transe qui va crescendo nous cueillir. Un autre sommet du disque, pour le moment un sans faute.

  "Glass Eyes" aurait pu être la ballade de trop, un peu trop convenue, mais elle est sauvée par les arrangements de cordes somptueux et le piano qui s'autorise quelques espiègleries. Le rythme de l'album est néanmoins clairement abaissé d'un cran, pour le meilleur (un beau moment d'apesanteur), mais aussi le moins bon (on a le temps de se remettre du choc des premiers morceaux, et donc de sortir un peu de l'album sous certaines conditions d'écoute, alors qu'on aurait pu être achevés par un coup de grâce).




  Le rythme (chaloupé) remonte avec "Identikit", qui permet à Yorke de faire des merveilles au chant (très jolies mélodies vocales), appuyé par la section rythmique impeccable, la guitare qui va bien et la science de la mise en son du groupe. Très très bonne chanson, avec un pont au synthé et des choeurs magnifiques. "The Numbers" est un superbe morceau de folk/rock apaisé, drivé par la basse encore une fois, pour un résultat assez direct et efficace tout en gardant cette maturité et cette subtilité rarement atteinte dans le rock indé (Veckatimest de Grizzly Bear me vient en tête rapidement pour les envolées presque jazzy, mais sinon....). Et là encore une superbe montée en tension (merci les cordes).




  "Present Tense", qui suit, est plus classique, encore dans un genre de pop / folk rythmé par les contretemps de la batterie, les arpèges délicats de la guitare et les voix qui se démultiplient. Les choeurs subliment là encore le morceau par de sublimes mélodies. "Tinker Tailor Soldier Sailor Rich Man Poor Man Beggar Man Thief" (ce titre!) quand à elle est une ballade qui rappelle encore Amnesiac par sa mise en son minimaliste : une boîte à rythmes et un clavier suffisent à faire la majorité de l'habillage sonore.... Du moins au début du morceau, avant que la section rythmique et les cordes ne l'emmènent beaucoup plus loin. Encore une belle réussite..




  Malheureusement, "True Love Waits", qui conclut l'album, est la plus faible du lot et cloture cet effort un peu en demi-teinte, même si elle reste une chanson très correcte. Mais cela ne suffira pas à diminuer l'estime que j'ai pour ce disque : c'est un chef-d'oeuvre, un très grand disque, un de leurs meilleurs, et un des meilleurs de cette année. Pas forcément évident à appréhender, son climat froid pourra rebuter les moins aventureux (et les plus jeunes et fougeux, mais n'hésitez pas j'ai moi-même à peine la majorité américaine et j'adore ce disque!), mais je vous jure que le jeu en vaut la chandelle. Si vous voulez tenter le coup, il s'écoute par là notamment.

PS : l'artwork est magnifique.




Alors bonne écoute, à bientôt, et merci pour votre lecture et vos commentaires ! 


Alexandre