Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes
Affichage des articles dont le libellé est Chanson Française. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Chanson Française. Afficher tous les articles

dimanche 5 juillet 2020

Benjamin Biolay - Grand Prix (2020)


  Le premier single, "Comment Est Ta Peine" donne le ton de ce Grand Prix. Biolay prend de l'ampleur depuis La Superbe, et la presse comme le grand public ont fini, à force de disques pop et personnels et de tournées bien remplies, par comprendre l'artiste et l'accepter comme la grande figure de notre paysage musical national qu'il est. Cette chanson, d'abord, est très accessible, accrocheuse voire tubesque. Populaire. Radiophonique. Ensuite, elle applique le credo "orchestre à la papa sur beat électro" qu'a théorisé ce fan de XTC, avec un mariage électro-rock pas si étrange pour un fan de la pop music anglaise en général et de sa scène pop-rock Madchester influencée par la house en particulier. Le tout sonne également "variété chic" à la Julien Doré ou Juliette Armanet, sorte de pop néo-80's de magazine, aux accents funky (on pense aussi à la French Touch et au Random Access Memories des Daft Punk).  

Benjamin Biolay - Comment Est Ta Peine (Clip, 2020)

  Et cette orientation est bien présente sur le reste du disque. Comme "Visage Pâle" et sa guitare insistante -un peu trop répétitive- assez typique de l'époque... Mais je chipote, le reste (texte, mélodie vocale, arrangements...) est brillant. Mention spéciale aux gimmicks (et au solo final) de synthés. Il y a quelques facilités inhérentes au style qui affadissent un peu les morceaux tels que "Comme une Voiture Volée", au refrain certes mémorable mais qui sonne un peu comme du BB Brunes période synthés (en étant un peu taquin). C'est quasi inintéressant sur "Grand Prix", très plate, et "Papillon Noir" peu inspiré, qui fait tourner en boucle une idée semi-intéressante façon Clara Luciani (j'ai rien contre elle c'est presque sympa, mais ses morceaux sont vraiment redondants, et trop scolaires : c'est vraiment ce que je reproche aussi à ce morceau de Biolay, il traine et boucle jusqu'à l’écœurement). Bon, et pour mentionner "Vendredi 12", il l'a déjà faite en mieux cette chanson façon Bashung aux cordes pincées, un peu jazzy, c'est pas nul mais pas mémorable du tout. 

Benjamin Biolay - Visage Pâle (2020)

  Le côté rock français (Saez, Noir Désir) d'"Idéogrammes" m'a fait un peu bondir à la première écoute, j'y entends un mélange de trucs discutables (le riff principal, bien gras) et de trucs géniaux (ce refrain qu'on voudrait reprendre en choeur dans une salle de concert ou un pub, ces cloches originales, ces cordes majestueuses, ce final rock orchestral ample et prenant). Au final, plutôt un bon morceau même s'il réveille chez moi quelques traumatismes musicaux (non désolé mais à mon humble avis, "un homme pressé" et "jeune et con" c'est naze, vous ne me ferez pas changer d'avis). C'est marrant, "Ma Route" me fait penser à du Renaud dans la diction en début de morceau, et au final le morceau se révèle très sympathique.

  Bon, là vous devez vous dire que je déteste l'album à ce stade de la chronique. Certes, j'ai évoqué 3-4 morceaux pas passionnants, mais l'ensemble de ce que j'ai cité jusqu'à présent s'écoute tout de même très bien et il y a quelques morceaux vraiment très bons ("Comment est ta peine ?", "Visage Pâle", "Ma Route") et d'autres qui ont fini par être très attachants ("Comme une Voiture Volée", "Idéogrammes"), les autres étant loin d'être affreux et contenant de belles idées. Mais vous auriez surtout tort de penser ça, car toute la fin de l'album est absolument parfaite.

Benjamin Biolay - Où est passée la tendresse ? (Live France Inter, 2020)

  Ca commence par un "Virtual Safety Car" quasi instrumental, aux influences French Touch et Julian Casablancas, ça enchaîne sur la funky "Où est Passée La Tendresse", la très chanson française "La roue tourne", sorte de suite lointaine à "Ton héritage", toutes très réussies : touchantes, dansantes, élégantes, mélodiques, ce sont de grandes chansons. Et puis il y a les deux dernières, deux de mes petits coups de cœur, "Souviens-toi l'été dernier", disco-funk sensuel à l'autotune séduisante (ça lui va très bien à Biolay), et "Interlagos (Saudade)" qui me prend à la gorge avec son riff bossa doux-amer, le chant féminin du refrain qui troue le coeur, et sa rythmique moderne hyper efficace. C'est mélancolique, sexy, ensoleillé, comme un "L'Anamour" moderne, comme un crooner produit par Polo & Pan ou Lewis Ofman. C'est magnifique. 

Benjamin Biolay - Souviens-toi l'été dernier (2020)

  Bref, à la manière de Volver, c'est un disque populaire, un peu inégal mais globalement moderne, accessible et pop, qui tire un peu dans plusieurs directions en même temps, qui offre quelques explorations bienvenues, quelques mélodies instantanément classiques, quelques textes bien sentis, et l'interprétation de Biolay, qui gagne en épaisseur et en charisme à chaque sortie. Un bel album, donc, dont les couleurs estivales font du bien en ce moment.

Benjamin Biolay - Interlagos (Saudade) (2020)

Mes morceaux préférés : Souviens-toi l'été dernier, Interlagos (Saudade), Où Est Passée La Tendresse, Visage Pâle, Comment Est Ta Peine, La roue tourne

Ecouter sur Spotify ou Deezer

Alex



vendredi 17 avril 2020

Christophe...


  Pas grand chose à dire, si ce n'est exprimer notre infinie tristesse devant le décès d'un artiste qui comptait parmi les plus grands de la musique, en France et ailleurs, et qui nous aura bercé : Daniel Christophe Bevilacqua. Personnellement, je le découvre ado, en même temps que Suicide, Bowie, Roxy Music, Gainsbourg et Lou Reed, et il m'apparaît dès le début du même calibre que ces glorieux contemporains. Il aura survécu plus longtemps que pas mal d'entre eux, lui permettant quelques mues supplémentaires, car le caméléon a fait fort artistiquement, se renouvelant sans cesse, de la variété orchestrale aux BO psychédéliques, à la chanson française teintée de blues et de pop sixties, aux envolées prog et synthétiques, à l'électronique et au piano-voix... Il aura tout fait, et si bien. Sa voix, unique, aura permis à son oeuvre déjà singulière de figurer au panthéon des intouchables, des uniques, des Grands. Reste à la (re)découvrir inlassablement, et je vous propose ci-dessous quelques-unes de mes préférées en lien si le coeur vous en dit.

Emporte-Moi

Les Paradis Perdus

Le Temps de Vivre

Le Dernier des Bevilacqua

Les Mots Bleus

Drôle de vie

Sunny Road To Salina

Pour Que Demain Ta Vie Soit Moins Moche

Mama - Live à l'Olympia

Daisy

Succès Fou

Un Peu Menteur

Le Beau Bizarre

L'Interview

Ces Petits Luxes

Mal Comme

Parle-Lui De Moi

Tangerine

Stella Botox

Définitivement

Petit Gars (version avec Etienne Daho)

La Dolce Vita (reprise magnifique de Sébastien Tellier)


alex


dimanche 8 mars 2020

Gérard Manset - 2870 (1978)

Aujourd'hui, nous vous présentons un monument du prog français : 2870 de Gérard Manset.

  Gérard Manset est l'un des artistes les plus éclectiques, secrets et passionnants de la musique francophone. Réservée à une poignée d'initiés. Ecouter du Manset, c'est ce plaisir jaloux d'écouter un artiste au style très personnel, dont on a l'impression qu'il a écrit la musique juste pour lui. Il réussit à coucher sur bande ce qu'il a dans la tête, il y a une maîtrise et une précision de chaque aspect (composition, arrangements, interprétation, son...) qui le rapproche des plus grands. Et paradoxalement, on a également l'impression que cette musique très personnelle a été composée rien que pour nous. En plus, sa voix est très particulière, elle rebute d'ailleurs la plupart des gens, mais ça l'a forcé à mettre au point une technique de chant ultra-personnelle (comme Daho, Gainsbourg...), donnant une intégrité et un côté unique à sa musique. Ajoutez à cela la difficulté d'accès à son oeuvre, et vous avez tous les ingrédients pour obtenir une oeuvre cultissime.

  Cet album en particulier, 2870, est sorti en 1978, et voit sa pochette signée par le collectif Hipgnosis, qui ont réalisé la plupart des pochettes du Floyd, dont leur mythique Dark Side Of Ther Moon (1973) et de nombreux groupes psyché ou prog. Cette décision artistique forte vu le contrôle total de son oeuvre (il est photographe et peintre, il aurait pu tout à fait la réaliser lui-même) reflète son ancrage dans un mouvement davantage international (en particulier anglo-saxon) que franco-français.


Photo de la pochette intérieure de 2870

  En effet, ses influences sont à la fois très américaines et blues, mais vues à travers un prisme très britannique, à la manière de Dire Straits ou Pink Floyd. On entend également du rock anglais, et plus particulièrement du glam, dans la manière de convoquer de somptueux arrangements orchestraux sur ses morceaux et de les faire cohabiter avec des guitares saturées. Mais l'ambition du projet rappelle également les grands groupes prog ou hard comme Led Zeppelin, et les ambitions littéraires apportent cette touche française bienvenue. Et c'est ce qui fait toute la richesse et la singularité de cet artiste dans le paysage musical de l'époque.

  Sur "Jésus", qui introduit les six titres de ce projet, on entend en effet toutes ces influences. La guitare blues mordante, mais qui sait également tracer des entrelacs caressants comme on en entendra chez le contemporain Mark Knofler dans un jeu très pické, le piano glam 70s très percussif et théâtral (impression soulignée par les cordes), et une ambiance grave, à la Pink Floyd de Whish You Were Here (1975). Le pont, riche en cordes, rappelle la chanson française la plus ambitieuse qui soit, celle de Gainsbourg orchestrée par Vannier, ce qui est également audible dans le texte irrévérencieux, dans lequel il apostrophe Jésus sur l'état du monde : "Tu m'as bien compris, Jésus, tu m'as bien compris de travers / Avec tes amis, vide ton verre", "Serais-tu devenu sourd ?". 

  Les trois chansons suivantes montrent un versant plus apaisé de la musique de Manset, presque proche de la variété radiophonique de l'époque. 



  "Le Pont" rappelle en effet Michel Berger ou Elton John, via un piano glam rythmé, et possède une ambiance consensuelle à la "Let It Be". Le chant doublé rapproche également l'artiste de Cabrel vocalement. Mais on a toujours ce blues apaisé, soutenu par les cordes, mais perverti de temps en temps par une guitare saturée et des hits orchestraux, et dont la gravité ira crescendo avec l'arrivée de la section rythmique lorsque le texte s'assombrira ("au dessous c'est le vide"). C'est une musique très émotionnelle, portée par la guitare et amplifiée par le son grandiose des cordes, tel un concerto pour guitare blues-rock ou un opéra rock. Qui devient presque FM avec les influences revendiquées du groupe Scorpions, dont il est un grand admirateur, sur le solo final aboutissant en une conclusion épique, puissante et exubérante. Mais malgré une musique superlative et très ancrée dans son époque, la personnalité forte de son art lui a permis de conserver son charme et de ne pas tomber dans la désuétude, contrairement au groupe allemand sus-nommé.

  "Un Homme Et Une Femme", poursuit sur la même veine, avec un côté très anglais dans le jeu des claviers, rappelant la pop prog de Supertramp ou la chanson française rythmée de Véronique Sanson (aspect renforcé par la rythmique du chant et les choeurs). Le texte, fort, aborde la violence domestique et détourne cette ambiance pop/chanson française de cabaret, aidé en cela par une guitare hard mordante et une basse vicieuse. Dans ce morceau, on a une portion introduisant à merveille le reste de l'album : un motif mélodique est joué en boucle, grâce à une guitare rythmique chargée en wahwah à la Pink Floyd et des arrangements impeccablement interprétés (comme sur Le Maudit de Sanson ou sur les disques jamaïcains de Gainsbourg, faisant appel à de nombreux requins de studio), afin de laisser s'exprimer un solo de guitare grandiloquent terminant le morceau en feu d'artifice.

  "Amis", clôt cette trilogie avec une ambiance plus acoustique et des ambiances psyché-folk champêtres, un chant moins torturé, davantage Cabrel. Mais le texte est dépressif, on parle du temps qui passe et la difficulté pour Manset de garder des relations humaines, à l'aide d'images fortes et macabres ("Comme un oiseau sans tête", répété comme un mantra ; "à quo sert de s'aimer / s'il faut le dire / s'il faut l'écrire / le répéter"). Le traitement de la voix est remarquable, entre reverb et échos, cette chanson est comme contée en pleine nature, cela est renforcé par le son naturel des guitares sur lesquelles Manset a laissé des "buzz" et des dissonances, ce qui enrichit leur son et rappelle les éléments de musique indienne ayant influencé le psychédélisme. 




  Mais tout ce début d'album, tout excellent qu'il soit, s'efface devant la grande oeuvre qu'est le morceau-titre, "2870". Ce morceau démarre comme une bande originale de film, à la François de Roubaix, avant de virer vers une orchestration funk-rock grandiose et hypnotique. On note des influences très importantes de Pink Floyd : la guitare façon Gilmour, les ambiances de Dark Side Of The Moon et Wish You Were Here, avec cette basse menaçante, une tension rythmique, l'utilisation de la wah wah. Ce qui aboutit au même résultat que les anglais, ce funk froid, blanc, vidé de sa chaleur et de sa substance et détourné, qu'affectionnent les musiciens de prog (à la "Money"), un funk pour planer plus que pour danser. Avec un côté très contemplatif, il tourne en boucle sur la deuxième partie de la chanson pour laisser la place à des entrelacs de guitare et à des soli façon "Maggot Brain" de Funkadelic, avec lequel il partage cette ambiance funk-rock groovy, froide et déchirante, utilisée de façon prog voire psyché et d'une expressivité blues dans l'intention. Les cordes sont également remarquables, utilisées au départ en nappes comme un simple arrangement, elles étouffent progressivement le morceau par vagues successives et impriment une structure oscillante et un crescendo de plus en plus oppressant au morceau. 

  C'est une musique sensationnelle et sensorielle (avec le jeu du stéréo, on le ressent de façon physique), qui joue avec l'auditeur et qui nous touche personnellement par sa puissance et son côté lancinant, tel un requiem. C'est un paysage complexe dans lequel on se perd volontiers, pour contempler ce fourmillement surdoué d'idées, de sons et de sensibilité, qui nous fait arrêter toute activité, oublier toute notion du temps, oublier le reste de l'album, oublier même le fait qu'on écoute de la musique et qui nous captive totalement. En cela, ce morceau est, avec le krautrock, précurseur de la tendance drone de la musique psychédélique, tout en restant très sincère dans son intention et son expression malgré cette grandeur. 
  Il est également intéressant de noter que le fou de studio qu'était Manset en est arriver à des résultats cousins de ceux des producteurs de dub jamaïcains, tout aussi géniaux et barrés, avec un accent sur la basse et la rythmique, un groove en boucle avec des contretemps marqué et des éléments musicaux apparaissant et disparaissant au gré d'effets sonores irréels (comme le piano ici).

  Enfin, malgré la prédominance de l'instrumentation, le texte enrichit cette ambiance en racontant une histoire dystopique se déroulant en 2870 : "Son sang se vide, dans une cage on le glisse / Les murs sont blancs, les murs sont lisses", "Une tour immense / Froid le silence / Les cris de haine et de vengeance". 

  Et même s'il est impossible de passer après un titan comme "2870", l'album se clôt d'une bien belle manière sur "Ton âme heureuse", entre pop-folk pure, production 80s et guitare FM. Ce morceau, dans sa production et son son, est précurseur des années 80, avec d'un côté la pop-folk psychédélique et synthétique de XTC, le hard-rock de Guns & Roses (ce son de guitare!), et la prog pop riche en synthés de Toto. Tout en étant très accessible : le refrain déclamé d'un ton détaché est assez catchy (pour du Manset).

  Cet album est un des meilleurs Manset, ce qui n'est pas peu dire vu le nombre hallucinant de classiques de l'artiste. Mais pour les néophytes ou ceux bloqués par son style, ce disque peut-être une bonne porte d'entrée, particulièrement pour les amateurs de prog ou de rock anglo-saxon des années 70. Sa discographie se continue par ailleurs avec l'excellent Royaume De Siam, sorti l'année d'après, que nous vous conseillons également si vous avez aimé celui-ci. 

  Pour l'écouter, le streaming n'est pas disponible, alors foncez à la médiathèque la plus proche de chez vous ou complétez votre collection de galette via Discogs.

Etienne & Alexandre





lundi 9 décembre 2019

Vald - Ce Monde Est Cruel (2019)



  J'ai pas capté Vald tout de suite, j'ai toujours suivi de loin sans vraiment connaître, en appréciant un son sans écouter un projet entier. Et puis Xeu est sorti, et cette fois je l'ai écouté, en entier, plusieurs fois. Là encore j'ai mis quelques écoutes à l'apprécier, à rentrer dedans, mais au fil des replays j'ai compris le délire, et une chose est devenue limpide : ce disque est très important pour moi, c'est un petit classique personnel, qui fait regarder le rap et les musiques populaires en général sous un autre angle, et qui m'a beaucoup influencé musicalement, à titre personnel.

  Tout ça pour dire que j'attendais pas mal ce nouvel album, d'autant plus que depuis le précédent et la grosse tournée qui a suivi, Vald a gagné en stature, en popularité. Ça se ressent ici, l'album est très, très gros. La prod, majoritairement signée Seezy comme d'habitude, est massive, colossale, et les vocaux implacables. 

  Côté textes, je ne vais pas rentrer dans le détail, pour ça il y a Genius. Cependant sachez que le disque est un quasi concept album dans le sens où Vald a décidé de partir du thème de la cruauté du monde pour écrire chacune des chansons qui compose le disque, c'est souvent assez sombre, mais parfois optimiste, toujours très, très bien écrit (j'ai des réserves sur deux morceaux qui m'ont dérangé dans le message, "Pensionman" et "Pourquoi" mais sur le fond du discours, pas sur la forme de l'écriture). N'hésitez pas à regarder la vidéo de l'excellente chaîne Le Règlement sur l'album pour une plongée dans les concepts abordés sur ce disque :

Le Règlement - Vald contre la Pyramide (Analyse Ce Monde Est Cruel, 2019)

  La précision de l'écriture et l'agilité des flows de Vald sont particulièrement mises en valeur sur "Poches Pleines", grand morceau qui ouvre le disque. Autre modèle d'écriture, "Journal Perso II" est plus classique sur la forme (hip-hop à l'ancienne avec une petite mélo de piano, comme le bon lo-fi de "No Friends"), mais se révèle indispensable aux réécoutes. Jouissif et cathartique, "NQNTMQMQMB" avec Suikon Blaz AD, déborde d'une énergie rap-rock rageuse et contagieuse qui donne envie de sauter partout dans la fosse de son prochain concert. 

Vald - Journal Perso II (Clip, 2019)

  Musicalement assez pop, ce disque accouche d'un tube trap-pop au sous-texte bien sombre, "Ce Monde et Cruel", et quelques autres pépites euphorisantes ("Keskivonfer", "J'pourrai", "Rappel" morceau très fun qui est un peu le "Deviens Génial" de ce disque). Ce style mainstream est parfois un peu moins maîtrisé et donne quelques morceaux peu marquants mais bien faits ("Ma Star", "Royal Bacon"). Heureusement, quelques gros bangers bien lourds viennent relever le niveau ("Ignorant", le diptyque "Halloween"/"Dernier Retrait" avec SCH, "ASB" avec Maes, qui remplit un peu le rôle de "Dragon", c'est à dire gros tube trap uuultra dark, obsédant et répétitif).

Vald - Ce Monde Est Cruel (Clip, 2019)

  C'est donc un très bon album, un peu moins homogène niveau qualité que Xeu, mais très bien produit et écrit, interprété avec assurance et style. Le difficile défi du disque post-succès mainstream énorme est relevé haut la main et j'attends avec impatience d'écouter la suite de ce que Vald, désormais incontournable et respecté à la juste valeur de ses qualités artistiques, va pouvoir nous offrir sur son label Echelon nouvellement créé. 

Vald - Ignorant (Clip, 2019)

Mes morceaux préférés : Poches Pleines, Journal Perso II, NQNTMQMQMB, Ce Monde Est Cruel, Rappel, Ignorant

Ecouter sur Spotify ou Deezer

Alex

dimanche 1 décembre 2019

Philippe Katerine - Confessions (2019)


  Ça fait plusieurs fois avec Katerine que j'ai peur de l'album de trop. Et comme d'habitude, à la réécoute, il balaie tous mes doutes avec un nouveau disque aussi unique et différent dans ses sons et ses thèmes que profond, fun et tendre. Celui-ci parle de pas mal de choses, il y a beaucoup de sous-texte politique, tout en y mêlant l'intime et notamment la sexualité. 

  Accompagné de Renaud Létang à la production (déjà présent sur Robots Après Tout), Katerine puise dans la pop électronique et le hip-hop de quoi régénérer son son, de façon assez différente du minimalisme percutant et dansant de Robots... ou de la French Touch discoïde de Magnum. Entre la reconnaissance de son talent d'acteur (le César du Grand Bain notamment) et sa récente stature de figure du rap français, suite à quelques collaborations aussi improbables que géniales, Katerine a gagné des publics nouveaux, et sa maison de disque a a priori lâché pas mal de sous, et ça s'entend. Les morceaux sont costauds, produits avec soin, les sonorités léchées et le mix dense et subtil. 

  Un autre facteur venu du hip-hop et donnant à cet album une force de frappe supplémentaire : le travail collaboratif. Le nombre de feats est important sur ce disque, et Katerine utilise les voix et/ou les mots de ses invités avec un soin tout particulier, comme certaines de ses influences rap (Kanye West, Tyler The Creator...). Certaines voix reviennent d'ailleurs plusieurs fois (Gérard Depardieu, Angèle, Léa Seydoux, Oxmo Puccino...).

Philippe Katerine - 88% / Blond / Bonhommes (Clip, 2019)

  Côté sous-texte politique, on a sur "BB Panda" des références au couple Macron (elle qui s'approprie un bébé panda, situation absurde bien mise en perspective par Katerine, et lui qui est samplé en flagrant délit de mépris de classe bien hautain comme il faut), le tout sur des guitares façon rumba congolaise. "Blond" est un banger antiraciste assez imparable et fun musicalement et malin dans le texte. "88%" est son équivalent anti-homophobie, en feat avec Lomepal, que je trouve par ailleurs irritant mais dont l'intervention ici est bien utilisée. On retrouve aussi une critique de la folie émanant de la politique actuelle, de son traitement par les chaînes d'info en continu et leur boucle infinie, et des absurdités de la société qui s'abrutit sur des paradis artificiels sur "Bof Génération" avec un Dominique A autotuné, entre une flûte fausse et une référence à Françoise Hardy.

Philippe Katerine - Aimez-Moi (2019)

Philippe Katerine - La converse avec vous (2019)

  Côté intime, l'enfance est sublimée par la synth-pop angélique de "La converse avec vous", et l'électro-pop mélancolique et euphorique de "Bonhommes". La paternité, la mort et le souvenir qu'on a des morts traversent la magnifique ballade trap-pop dépressive "Aimez-Moi". Dans ces morceaux, la voix de Katerine harmonise souvent avec elle-même, telle qu'elle ou plus ou moins légèrement modifiée/autotunée/etc..., procédé venu du hip-hop et beaucoup usité par Kanye West, grande idole musicale de Katerine, et c'est très beau. "Stone Avec Toi" est un beau morceau de trap-pop printanier et rêveur, parlant d'amour, de drogue et d'écologie, et c'est un parfait premier single qui s'avère addictif. Plus sombre, "Raphaël 1965-1989" parle d'art et de suicide sur un fond électro-rock presque punk.

Philippe Katerine - Stone avec Toi (Clip, 2019)

  Côté sexuel, il y a d'abord "KesKesséKçetruc ?", en 2 parties, avec Camille, fait partie (avec "BB Panda") des morceaux les plus inclassables du disque, puisque faits de collages, par définition assez peu linéaires et moins immédiats, mais du coup très intéressants. Dans ce morceau, Katerine commence à déconstruire les modèles trop rigides, hétéronormés et binaires qu'on nous impose, notamment en ce qui concerne la sexualité. Idées creusées par "Une Journée Sans" avec Clair, douce-amère et très riche d'influences musicales variées (jazz, rock, électronique, trap, funk, pop...), et "Malaise", proche de Robots Après Tout musicalement. 

  "Duo", également en 2 parties, avec Chilly Gonzales et Angèle, explore cette idée de façon plus métaphorique (l'image du duo est très intelligemment utilisée, c'est magnifique), le tout sur une synth-pop teintée de funk et de rock 80's pas si éloignée de Random Access Memories des Daft Punk. L'étonnant et percutant "Rêve Affreux" décrit un rêve façon porno hardcore sur un beat trap bien sale.

Philippe Katerine, Angèle, Chilly Gonzales - Duo (2019)

  Enfin, "Point Noir Sur Une Feuille Blanche" démarre comme un collage bordélique avant de finir en électro-jazz funky façon Flying Lotus ou Thundercat puis une intervention d'Oxmo Puccino sur fond d'orgue d'église, le tout se poursuivant sur la mémorable "La clef", électro-funk mélodique géniale, comme du George Benson remixé par SebastiAn, le tout avec un texte vantant les mérites d'une sexualité fluide, heureuse et détachée des hontes et préjugés des religions judéo-chrétiennes. "Madame De" finit l'album sur une touche tout aussi funky et liquide, traversée par un saxo sensuel et mystérieux.

Philippe Katerine, Oxmo Puccino - La clef (2019)

  En résumé, ce disque est une totale réussite, et malgré les digressions et le nombre de morceaux et de collaborations, il serait difficile de couper dedans tant la qualité est homogène. C'est en tous cas un disque qui se découvre et s'apprécie au fil des réécoutes, et montre un Katerine en grande forme, qui arrive désormais à associer un niveau de notoriété certain, une forme de pop assez accrocheuse et accessible, avec sa folie douce naturelle et ses obsessions personnelles, donnant à écouter une version de lui plus assurée, renouvelée voire rajeunie par sa période rap, sans pour autant s'être trahie au passage. Une belle réussite.

Mes morceaux préférés : Stone Avec Toi, Blond, La Converse avec Vous, Bonhommes, Aimez-Moi, La clef, Duo

A écouter sur Spotify ou Deezer

Alex


mardi 16 juillet 2019

Guizmo - GPG 2 (2019)


  J'ai jamais complètement accroché à Guizmo avant. Enfin, j'ai jamais trop pris le temps d'écouter un album en entier non plus, mais j'ai été impressionné par ses freestyles en radio, et quelques singles (même si certains autres m'ont moins touché, d'où mon côté semi-convaincu). Mais ce GPG 2 est devenu ma porte d'entrée vers la musique du rappeur.

  Les prods sont à l'ancienne, les prises de son lo-fi sonnent "fait maison", le tout sonne ultra spontané, on imagine bien en écoutant ces morceaux le rappeur kicker dans son micro de radio, le sourire au lèvre, le casque sur les oreilles, on sent presque l'odeur de la fumée et de la sueur dans le studio. 

Guizmo - Gentleman (Clip, 2019)

  Les textes sont parfois fun, parfois profonds, toujours ciselés. La musique, comme je vous le disait, est un bon boom-bap à l'ancienne ("Gentleman", "92", "Je n'ai plus d'temps à perdre", "Rien d'mieux à faire", "Smoke", ou "Le bruit et l'odeur" hallucinant de puissance), parfois grandiloquent ou dramatique, tirant sur le crunk ("Danser", "GPG5", "Etendard", "C'est moi contre moi-même", "Nuage", "Qui est-tu ?"), parfois funky ("Sur place", "Gangsta Paradise"), jazzy ("Mama, j'suis égaré"), électronique ("Dans l'espace", "Tout seul"), et parfois à la limite de la chanson française ("La Pluie") ou du reggae ("Rédemption"), avec quelques incursions vers la modernité trap ("Toujours vrai", "Ton pied, mon pied", "Ahou", "Je n'sais pas c'qu'ils veulent", "Oh no !", "Beaucoup Trop") et quelques expérimentations ("Tout crade").

Guizmo - Le bruit et l'odeur (Clip, 2019)

  Comme vous avez pu le constater, il y a dans ce projet beaucoup, beaucoup, mais alors beaucoup de morceaux (29 !). Ça rend l'écoute un peu complexe, et c'est un peu dommage car en triant bien ces morceaux, on aurait pu avoir une des meilleures sorties rap de l'année, et une solide compilations de faces B de qualité. En attendant, qu'on l'écoute en plusieurs fois ou qu'on pioche dedans, ce disque gargantuesque remplit ses promesses et contentera largement l'amateur de rap FR.

Mes morceaux préférés : Gentleman, Sur Place, Rédemption, Gangsta Paradise, Je n'ai plus d'temps à perdre, Smoke, Beaucoup Trop, Le bruit et l'odeur
Ecouter sur Deezer ou Spotify

Alex


vendredi 31 mai 2019

Alex de la Pampa - Préambule... (2019)


  Un court article un peu particulier, juste pour vous proposer d'écouter ce que je fais, synthé en main et micro branché, lorsque j'ai un peu de temps perso le soir (et que je ne rédige pas une chronique pour ce blog évidemment). Ces morceaux sont très amateurs, mais c'était très fun et enrichissant de les composer et interpréter, du brouillon aux finitions. 

  Comme vous pouvez le voir sur le blog où je centralise tout ça, j'ai deux projets électroniques, Mona Lizza EP et Le Clown - Une Bande Originale qui sont sortis il y a quelques temps, mais ce sont surtout mes projets les plus récents qui pourraient vous intéresser, l'EP instrumental d'indus Blood in the Washing Machine, et surtout mes deux sorties de cette année, qui sont plus pop et comportent pas mal de chant : Toute La Soirée et Préambule... (ce dernier étant sorti il y a pile une semaine). Mon ami Charlu avait eu la gentillesse d'écouter mes premiers projets et de donner son avis bienveillant sur cet article.

  C'est dur de résumer un album à un ou deux morceau, mais pour vous donner une idée de la façon dont sonne Toute La Soirée, c'est un mix entre synthpop, post-punk et électro-rock des années 2000. Voici deux morceaux pour vous en faire une idée :

Alex de la Pampa - Love On The Beach (2019)

Alex de la Pampa - Croisé Ton Regard (2019)

  Quant à Préambule..., c'est une oeuvre plus travaillée, avec des morceaux composés plus récemment, davantage de place laissée aux textes et au chant, des morceaux homogènes dans les sons et les thèmes abordés, c'est un peu un album-concept sur le passage de l'hiver au printemps en fait. Il a été nourri par une expérience ultra enrichissante : la coproduction du superbe album de Wren Dove Lark dont je vous ai déjà parlé ici, et qui m'a beaucoup appris musicalement, moi qui n'ait aucune formation musicale, et qui m'a surtout permis de me mettre en danger pour oser davantage de choses, notamment vocalement. Je vous laisse avec quelques extraits pour vous faire une idée, mais si vous êtes curieux je vous conseille d'écouter directement l'album dans son entier, puisque sa construction, sa progression, apportent un petit plus à l'ensemble au fil de l'écoute :

Alex de la Pampa - Un Tableau (2019)

Alex de la Pampa - Les Premiers Rayons du Soleil (2019)

Alex de la Pampa - Les Oiseaux (2019)



Ecoutez Préambule... sur Youtube, Bandcamp ou Soundcloud.


Et si vous voulez écouter mes précédents projets, avoir plus d'infos et vous tenir au courant des sorties :
Blog 

Bonne écoute !

Alex

lundi 29 avril 2019

Pépite - Virages (2019)


  Pépite est un duo français de pop, et je les ai découverts en première partie (et un peu pendant aussi) un concert de L'Impératrice, ce qui peut vous donner une idée de leur style. Avec une voix à la Christophe, une musique un peu néo-80's, dans la lignée des scènes nu-disco et électro-pop qui ont éclot à la suite de la French Touch, ils sont bien placés dans une scène qui perce pas mal en ce moment, que la presse aime qualifier de "variété chic", terme que je n'aime pas trop parce qu'il est assez péjoratif, et qu'il regroupe des artistes intéressants (Julien Doré, Juliette Armanet...) et des trucs plus proche du gimmick ou un peu ternes (Clara Luciani, Les Pirouettes, Voyou...).

Pépite - Tant de Peine (Clip)
  Pépite mérite sa place parmi les meilleurs représentants d'une pop française accessible mais exigeante, volontiers synthétique mais pas seulement, on entend dans leurs mélodies élégantes et leurs arrangements sophistiqués toute une histoire (de François de Roubaix et Christophe à Sébastien Tellier et Justice) qui accouche de merveilleuses chansons, assez intemporelles, telles les très belles "Feu Rouge" et "Tant de Peine". Comme Tellier ou Armanet, ils arrivent à composer des chansons qu'on a l'impression de toujours avoir connues (comme les belles "Les bateaux" et "Hiéroglyphes"), ils ont cette évidence pop qui marque un certain talent authentique et pur de songwriter. Ça n'est pas pour rien qu'ils sont signés sur le bon label microqlima.

Pépite - Feu Rouge (Clip)

 Le groupe, sur disque comme sur scène, bénéficie d'une très belle complémentarité entre les synthés accrocheurs du chanteur et la guitare, follement triturée dans tous les sens par un guitariste aux doigts magiques et à l'imagination sans limite pour faire sonner son instrument de façon irréelle et toujours variée. D'ailleurs, l'instrument les rapproche parfois de la pop à guitare sous haut niveau de chorus d'un Mac Demarco (comme sur "Champagne"), mais la voix unique du chanteur les tire vers un univers bien à eux. Dans le genre rock-indé, avec une légère influence des Smiths, on peut également évoquer la jolie "Silence Radio", qui a aussi un petit je-ne-sais-quoi de Laurent Voulzy. 

Pépite - Les Bateaux (Clip)

  Et même lorsqu'ils abordent un territoire plus électronique, c'est plutôt réussi, comme sur l'intro "Flèches" ou la tropicale "Revues". Dans un genre pas si éloigné, l'électro un poil reggae de "Zizanie", dansante et hédoniste, comblera les amateurs de nu-disco et de chillwave post-French Touch (on n'est pas si loin que ça de l'excellent dernier album de Neon Indian). A l'autre bout du spectre, les morceaux plus organiques ou downtempo comme la douce comptine "Allo ?", la ballade au piano "Rubis" et la valse "Monte-Carlo", là aussi assez Demarco dans l'esprit, sont de toute beauté.  

  L'album, vous l'aurez compris, est donc varié dans ses sonorités et ses approches de la pop, mais conserve une identité forte, liée par la voix, assez unique, et la guitare également remarquable. C'est un bel exemple de pop francophone moderne, fraîche et bien foutue. Qu'on recommande donc forcément.

Mes morceaux préférés : Feu Rouge, Tant de Peine, Les Bateaux, Zizanie

A écouter sur Deezer ou Spotify

Alex

jeudi 18 avril 2019

Jok'Air - Jok'Travolta (2019)


  Véritable OVNI musical, Jok'Air est un chanteur-rappeur, situé quelque part entre rnb et trap. Il a fait partie du groupe La MZ (et semble d'ailleurs en avoir été le membre le plus prometteur), et a déjà quelques LP à son actif, tous contenant quelques très bons morceaux. Pour le situer, pas trop d'équivalents en francophonie, si ce n'est Hamza pour son habileté à mêler chant rnb et cadences trap avec un fond assez porté sur le sexe mais allant quand même plus loin que ça. Ou le collectif Bon Gamin (le producteur Myth Syzer en tête) pour leur relecture d'une certaine esthétique 80's version hip-hop. C'est plutôt chez les américains qu'on peut essayer de le comparer, d'abord à mon chouchou Ty Dolla Sign pour les mêmes raisons qu'Hamza, puis selon les morceaux, à The Weeknd, DRAM, Rae Sremmurd, Young Thug, Travis Scott, Migos...

  Le premier morceau, "Pour mes supporters", est d'ailleurs une tuerie rnb qu'Abel Tesfaye n'aurait pas reniée musicalement, avec par ailleurs quelques vrais partis pris (le violon, très présent, apporte une dimension supplémentaire à l'instru), un texte bien écrit et interprété avec talent. Dans le même style, nocturne, synthétique et sombre, "Les yeux sont sur nous" est une excellente chanson. Au passage, que ce soit sur les aspects personnels ou sociétaux, la plume de Jok'Air est assez acérée et touche souvent juste à coup de phrases bien senties qui suggèrent beaucoup avec peu de mots. 

Jok'Air - Club des 27 (Clip, 2019)

  "Jok'Travolta" possède également beaucoup d'atouts : une mélancolie autotunée portant un refrain mémorable, et une guitare 80's épique. Mais Jok'Air arrive à faire encore plus tubesque avec le morceau d'après aux inspirations pop-rock, la très rythmée "Club des 27", sorte de succession ininterrompue de refrains inoubliables. On retrouve une guitare 80's sur "Bonbon à la menthe", très pop, presque variété 80's et un poil rnb aussi : une grande chanson. Toujours très rnb, "Comme tu es" et son texte espiègle et touchant est une autre réussite, et "Gangster & Gentleman" un feat réussi avec l'intéressant Laylow. 

  Il y a également des aspects plus rap sur ce disque, comme sur la très vénère "4-5", énorme banger au passage, ou la très violente "Scarla" et son côté punk venu tout droit du soundcloud rap. 

Jok'Air - Bonbon A La Menthe (2019)

  Quelques autres bons morceaux parsèment le reste du disque, comme la très ambitieuse "Nos Souvenirs", la minimaliste "Vincent Vega", ou la très correcte "Ola Ola", mais malheureusement, je trouve certains titres un peu plus moyens ("Jay'z & Beyoncé", "Papa") et certains carrément en dessous ("A la poursuite du bonheur", "du sang et des cendres", "Radio sexe", "Las Vegas"), et si la plupart sont pas si mal que ça pris indépendamment, le fait qu'ils s'enchaînent tous au sein de cet album déjà dense (18 titres au total quand même), juste après une salve de titres géniaux, ça perd l'auditeur assez vite. 

  Bref, un poil inégal (surtout trop long en fait), mais extrêmement impressionnant et prometteur, ce Jok'Travolta a plus que largement rempli son quota de tubes géniaux et annonce de très probables coups de génie à venir. 

Mes morceaux préférés : Pour mes supporters, Les yeux sont sur nous, Jok'Travolta, Club des 27, Bonbon à la menthe, Comme tu es, 4-5, Nos Souvenirs 

Ecouter sur Spotify ou Deezer

Alex


mercredi 5 décembre 2018

Projet Marina - Echos (2018)


  Projet Marina a tout pour plaire. D'abord ils sont Nantais, et c'est cool parce que finalement je ne connais pas tant que ça de groupes nantais qui me passionnent, et que j'aurais peut-être l'occasion de les voir en live. Mais surtout parce qu'ils ont tout pour eux : une musique puissante et radicale, dans un genre post punk / indus / gothique froid et menaçant, mais avec un côté vicieusement accrocheur dans les mélodies, les rythmiques et les sons, comme les meilleurs Suicide, Cure, Nine Inch Nails, Depeche Mode, et bénéficient d'une production relativement clean moins facile à gérer dans le genre qu'un brouillard lo-fi, mais qui est totalement à leur avantage ici.

Projet Marina - Rage (2018)

  Le premier morceau, "Rage", est mon préféré du projet : beat implacable passant par milles variations, tension qui monte sans se résoudre, prod lancinante et hypnotisante, texte intense et ambigu délivré avec une rage qu'on sent poindre derrière une diction contrôlée, aussi sexuel qu'inquiétant, délivré par un , aussi mal, et une conclusion virtuose. Un peu comme si Paradis s'était mis à faire de l'indus après un bad trip, mais en mieux. L'alliance de chanté-parlé en français et de rock n'a rien à envier à des chouchous de la critique comme les Limiñanas, Etienne Daho, Bertrand Belin ou La Femme, et arrive tellement bien à égaler (au moins) leur niveau qu'on a l'impression d'entendre un album financé par une grosse maison de disque plutôt qu'une sortie indé (c'est dit ici dans un sens positif). 

  Malgré ce coup d'éclat inaugural, le disque est loin d'être l'oeuvre d'une seule chanson. "Nu Disco" à elle seule ferait d'ailleurs mentir cette phrase, tant elle arrive dans un genre plus synthpop à atteindre à nouveau des sommets Pop sans la moindre concession (on est plus proche des hymnes déviants de Grauzone, Odonis Odonis en plus récent ou des débuts de New Order que d'une new wave tubesque). Et là encore, la construction méticuleuse du morceau (presque kraut) est parfaite. Finalement, je l'aime sans doute autant que "Rage", ça m'apprendra à écrire trop vite. 

Projet Marina - Nu-Disco (2018)

  Qu'on soit dans un drone anxiogène prenant ("Lou Andreas", toxique comme un Bashung sous coke ou un Daniel Darc période Seppuku, période Play Blessures, accompagné par un Velvet Undergound qui se serait mis aux synthés) une coldwave upbeat implacable ("La Louve", ayant le bonheur de me rappeller le premier EP de La Femme, le meilleur de mes chouchous Sealings et le plus sombre de The Drums et de son leader Jonny Pierce en solo), ou dans une divagation psychédélique synthétique belle comme du MGMT (3e album), du Suicide (2e album) ou du Flavien Berger en plus costaud, sur "La Brûlure", on atteint à chaque fois la perfection. 

  Le morceau de bravoure "Comme si", entre indus à la construction patiente (Odonis Odonis là encore, un soupçon de LCD Soundsystem, un peu d'Arnaud Rebotini), acid house dantesque, échos dub bienvenus, et prog synthétique et planant, est une pièce épique et introspective à la fois, comme on n'en rencontre plus tellement depuis la fin des années 70-80 (et c'est bien dommage quand on entend des merveilles comme cette track). On pense qu'"Echo" va suivre le même chemin, mais le groupe a le bon goût de surprendre en accompagnant son électronique contemplative et cinématographique aux basses lourdes par un rock psychotique, avant de finir en apothéose par une origie sonore au rythme qui tabasse sur "Guider ses Pas", à l'esprit presque aussi garage (et psyché) que Thee Oh Sees (on n'est pas si loin du génial projet parallèle Damaged Bug de John Dwyer).

Projet Marina - Guider Ses Pas (Clip, 2018)

  Cet album est un chef-d'oeuvre, il n'existe pas d'autres mots, et ce groupe est une découverte totale (merci à la radio Prun' pour ça, comme quoi il existe encore des radios passionnantes, n'en déplaise aux passéistes), qui s'avère être essentielle. J'ai beaucoup apprécié leurs précédents projets, à côté desquels j'étais évidemment passé, et ils sont également très bons, si vous avez aimé celui-ci je vous encourage à aller sur leur Bandcamp les écouter (lien ci-dessous). Mais ce LP est une véritable consécration artistique sur lequel les Projet Marina se sont dépassés, et qui mérite largement sa place parmi les meilleurs albums de l'année.

Mes morceaux préférés : Rage, Nu-Disco, Comme Si


Alex