Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes
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mardi 2 mai 2017

Sébastien Tellier, Mr Oizo, SebastiAn - Music From The Motion Picture Steak (2007)



   Cette semaine, les disques sortis il y a dix ans déjà, en 2007, sont à l'honneur sur La Pop d'Alexandre & Etienne, avec un album par jour présenté jusqu'à (aujourd'hui !) mardi dans le cadre de notre troisième édition de La Semaine De La Pop.

  On a abordé pas mal de "gros" albums, disons des classiques modernes, ou au moins des disques ayant reçu un accueil critique (et souvent populaire aussi) très favorable à leur sortie. Il est donc temps de dégainer LE disque sous-estimé de 2007 selon nous, notre petite obsession perso. Et ce disque, c'est la BO du film Steak, réalisé par Quentin Dupieux alias Mr Oizo. Déjà, le film en lui-même est un petit bijou, malheureusement 95% des gens sont passés à côté car ils s'attendaient à voir une comédie d'Eric & Ramzy, alors qu'on avait là un authentique film d'auteur au cynisme mordant et subtilement dénonciateur et à l'esthétique impeccable (qu'on retrouve ici sur la pochette). Et la BO, tout aussi géniale, est un peu passée à la trappe aussi. On va réparer cette injustice. 

  Pour quasiment tout petit mec ou petite meuf de notre âge, déjà voir réunis ces trois génies de la pop et de l'électronique française que sont Mr Oizo, Sébastien Tellier et SebastiAn cause immédiatement une montée de salive. D'autant plus que leurs esthétiques musicales sont complémentaires, avec toutes une part de premier degré poétique et naïf, presque exagérée, et de fantaisie absurde. De putasserie hyper accrocheuse et de profondeur cachée.

  Comme le film, dystopique et situé dans un futur proche, la musique se fera proche de la notre, mais avec cette touche inquiétante et légèrement futuristique, prenant pour base les années 2000 plutôt que de plonger dans un rétro-futurisme usé jusqu'à la corde (même si on l'entre-aperçoit parfois comme sur les beaux et naïfs "Letrablaise" et "Itea", ou sur le très théâtral "Victimo"). A l'image de l'intro "Arrival", qui est une version musclée de la musique de SebastiAn, Justice et des Daft Punk de Human After All, où l'on retrouve un électro-rock presque prog et très théâtral également, inquiétant dans ses dissonances, au son saturé et compressé, et surtout très synthétique (pour le côté futuriste). 
  Enchaîné direct avec le funk électronique tubesque de "Skatesteak", aux sonorités hachées (et donc modernes, dans un monde post-sampling), ça met direct dans l'ambiance. Ce titre est absolument génial, et dans le film on s'imagine bien un futur (assez désirable pour le coup) dans lequel cette musique syncopée et absurde inspirée de Wendy Carlos serait "La" pop music radiophonique (cf également "Exploités", ou le prenant "Bonhomme" pour la référence à Carlos). De même pour la nu-disco hyper catchy de "Chivers As A Female" qui sonnait vraiment futuriste à une époque où MGMT et Lady Gaga venaient à peine de sortir quelques morceaux. Tout est là, le côté à la fois implacable, groovy et mélancolique de la French Touch, souligné par la mélodie lancinante et le chant émouvant et drôle à la fois de Tellier. 

  On entre donc dans un monde où la techno se serait branchée sur les synthés à la tonalité cheloue de Mr Oizo et sur les basses slappées et les boîtes à rythme qui claquent de SebastiAn, comme sur "Ringardos". Où la synthpop doit plus à David Lynch, Cerrone et Moroder qu'à Guetta et Duran Duran ("Plug It"). Et où le soft rock presque bluesy de Tellier, accompagné de kazoo et de "ouh ouh ouh" remplace les ballades trop sucrées et hyperproduites à la radio, et où la country-folk idiote et faussement martiale de "Construction" est possible. 
  Un monde où le dernier tube à la mode est la merveilleuse et absurde électro-country de "Hashisvers", chantée par Tellier sur un tapis de banjos hyperactifs, de trompettes jouées au synthé, de congas de jeu vidéo et de boîtes à rythmes mastoc. Un mélange des synthés métalliques de Sessions de Tellier et d'une boîte à rythme Prince passée en accéléré, associé à un chant faux et faussement d'opérette de Tellier ? C'est possible, c'est "Toizelle", et le pire, c'est que ça fonctionne. 

  Et puis on a les petits coups de folie de Mr Oizo, qui plongent dans l'univers du film comme "Chuck", le flippant "Xschmidt", le funk futuriste très découpé de "Wetshirt" vu comme une extension de ce que l'oreille humaine sera capable d'écouter quand elle aura digéré les musiques d'Aphex Twin, Autechre et SebastiAn. 
  Dans le même genre, on a "Top50", qui imagine une humanité accro au funk délirant de Oizo mêlé à l'électro-pop déchirante du Sexuality de Tellier, pas encore sorti à l'époque. Et puis "C.H.I.V.E.R.S", qui est un banger absurde mais prenant, vu comme une version pop du "Stress" de Justice pour une génération habituée au zapping, à la vitesse et à la violence des stimulations auditives et visuelles, tant dans l'art que dans la pub qu'on lui fait gober au kilomètre, et qui régurgite cette absurdité en créant une musique qui embrasse ces codes consuméristes, les pousse jusqu'au bout de leur logique pour les boursoufler et les faire éclater de façon subversive et libératrice.

  Malgré toutes ces facéties, qui sont justifiées sur le fond et la forme (puisqu'elles sont toutes très réussies musicalement), le disque se tient notamment grâce aux interludes comme le sucré "Kinder", ou la lourde, triste et menaçante "Bleue", et il se dégage une vraie unité d'ensemble, avec une réelle osmose de la musique des trois artistes. Globalement, Mr Oizo apporte la folie et le côté inquiétant, SebastiAn le rythme groovy et violent, et Tellier arrondit les angles avec une pop plus instrumentale, mais dans le détail les rôles s'inversent, se mélangent, et tout n'est pas si simple que ça, on a souvent du mal à distinguer qui a fait quoi. En somme, c'est davantage le travail s'un groupe (un supergroupe même dans ce cas) que de trois individualités. 

  Bref, ce disque est vraiment particulier, mais pour ceux qui arrivent à comprendre la démarche et donc à l'apprécier à sa juste valeur, c'est une pépite musicale et conceptuelle absolument géniale, délicieuse et profonde (voire grave) à la fois. Une vraie oeuvre d'art et un authentique chef-d'oeuvre électro-pop.

PS : Merci de nous avoir suivis, lus et commentés tout au long de cette semaine, c'est toujours un plaisir immense pour nous de vous faire (re)découvrir des albums de chevet. 
  Et n'hésitez pas à nous soumettre un thème pour la semaine du mois prochain ici ou sur Facebook !
A très bientôt sur LPAE !

Alex


vendredi 14 mars 2014

GRAND JEU / PART 3




« Je lui dirais les mots bleus, les mots qu’on 
dit avec les yeux »  


Un disque qui se passe de mots, et très bien, merci ! 


  Le choix d'Etienne :


Gonzales - Solo Piano ( 2004 )



     Premier des deux albums du même nom ( le deuxième étant sorti en 2012 ), ce projet constitue un tournant dans la carrière solo du québécois, qui gravitait alors dans le milieu rap / hip-hop, même si des airs de classique s'en échappe. Et c'est sous une forme originale, une performance seul au piano, entièrement acoustique, qu'il revient donc à ses origines artistiques, le classique. Ceci peut paraître ambitieux, ou même prétentieux, mais c'est en faite en toute simplicité et intimité que nous entrons dans le chef d'oeuvre du pianiste. On ne serait classer le style entre le classique, le jazz ou la pop, il est assurément unique et peut être comparé à celui d'Erik Satie. Voilà donc un album que l'on dévisage de nos oreilles, et où les mots sont vains. 

Etienne

Le choix d'Alexandre :

Air - The Virgin Suicides (2000)



  Je vous préviens tout de suite, ce disque est un de mes préférés tous genres confondus. Sans doute dans mon top 10, et probablement mon disque favori des années 2000. L'album, et j'assume à 200% ce que je dis, est un authentique chef-d'œuvre. Certains pourront lui préférer l'excellent "10.000 Hz Legend" dans la discographie du groupe, et ils auront au moins autant raison que moi, même si j'ai plutôt un gros faible pour celui-ci.

  La musique est tellement belle qu'elle ne s'encombre le plus souvent pas de mots. Evidemment, les plus pointilleux me diront que le premier morceau "Playground Love" est une vraie chanson pop, avec chant et paroles, même si l'intrumental est prédominant, et qu'il y a deux "monologues" insérés dans des morceaux (à la fin de "The Word Hurricane", et sur le dernier morceau, "Suicide Underground", avec voix pitchée dans les graves). Certes.

  En revanche, ce que personne ne pourra m'enlever, c'est qu'il n'y a pas de mots pour décrire tant de beauté. En terme de BO, c'est compliqué de faire mieux, on rivalise sérieusement avec des niveaux morriconiens ici, et c'est un très grand admirateur du maestro qui le dit. L'instrumentation est très riche, on a énormément de matière musicale, beaucoup de textures (guitares, orchestres, batterie, basse, claviers, saxophone parfois...). Et pourtant, le arrangements sont le plus souvent sobres, accentuant l'intensité dramatique de l'ensemble.

  Je m'en passe des extraits quasiment tous les jours, dans le train ou le tram, entre la fac et chez moi, et j'écoute l'album très régulièrement, il a tendance à me manquer rapidement. Un vrai disque de chevet, qui je l'espère, vous bouleversera autant que moi. Comme vous avez pu le constater, je ne sais vraiment quoi en dire, et à part vous faire partager mon ressenti, je suis bien incapable de trouver mes mots pour décrire la musique. Tout ce que je peux faire, c'est vous recommander l'écoute. Je n'en extrait pas de morceaux, tout est prenant, d'une qualité époustouflante, d'une sensibilité impressionnante.

  Et il n'est pas nécessaire d'avoir vu le (bon) film de Coppola avant, moi-même je ne l'ai vu que des années après avoir découvert le disque. De plus, cette BO y est sous-utilisée, à mon humble avis. Une BO qui n'a pas besoin d'images pour être géniale, donc. Et un des rares albums qui me fait monter les larmes aux yeux et me file des frissons partout, systématiquement, et ce du début à la fin, alors que je le connais par cœur depuis des années.  Comme en ce moment, alors que je le réécoute... Vous l'aurez compris, je pense, il me tient beaucoup à cœur celui-ci.

  Un petit mot pour la fin, vous imaginez si Gainsbourg était encore parmi nous, les chef d'œuvres qu'il aurait pu nous sortir avec ces deux Versaillais ?

Un peu de beauté à écouter sur deezer, ou sur spotify.



Alexandre







mercredi 4 décembre 2013

Cascadeur (& Christophe) - Collector (Chanson)


 
 
  Aujourd'hui est sortie en preview cet extrait de la chanson "Collector", issue de la collaboration entre le grand Christophe et le jeune et talentueux Cascadeur. Cette chanson figurera sur le prochain album de ce dernier. Je ne suis pas un grand spécialiste de cet artiste, mais son premier disque m'avait laissé de très bons souvenirs, il faudra que je le réécoute.
 
  Pour ceux qui ne voient pas du tout de qui je parle, c'est un artiste français célèbre pour son port du casque (eh oui encore un), et surtout pour avoir sorti un excellent premier album de pop rêveuse, il y a peu (ou déjà longtemps, au choix. Le temps passe si vite !). 
 
  Pour en revenir à la chanson, je dois dire qu'elle me plaît beaucoup (enfin, le peu que l'on en entend, soit 1'30" environ). Musicalement c'est très proche de certaines plages de l'immense The Virgin Suicides de Air. C'est très calme, posé, aérien, planant (peut être trop pour certains, mais c'est typiquement le genre de chanson qui gagne en intérêt à chaque écoute). L'instrumentation peut au choix faire penser soit à du Gainsbourg période Birkin, soit à certaines musiques de Morricone (les grosses influences de Air quoi).
 
  Une bonne basse qui guide le morceau, une batterie gainsbourgienne, de la guitare, des arrangements de cordes, des claviers, des chœurs féminins, et la voix de Christophe. Tout ce qui suffit à mon bonheur.
 
 
 
ALEXANDRE