Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes

vendredi 19 mai 2017

La Playlist #12 : Pop-Rap 2017


  Ca ne vous a pas échappé, comme on dirait au pays de Donald, rap is the new pop. C'est entre autres grâce à l'autotune, qu'on a vu émerger un nouveau genre de hip-hop qui n'a plus grand chose à voir avec le rap des débuts (un peu comme si on comparait Elvis et les Pixies en rock, ou Louis Armstrong et Pharoah Sanders en jazz), qui s’accommode d'électronique et de pop sans problème. Qui est musicalement plus proche de la pop synthétique des années 80 que des samples soul, jazz et funk classiquement associés au genre (merci Kanye et 808s & Heartbreaks). Et qui porte les stigmates de genres éphémères mais marquants (cloud rap, trap). Ce rap ultramoderne, dont le nom ne fait pas consensus (je propose pop rap, post-trap, autotune rap, post-cloud rap...), a complètement retourné le mainstream et apporté un vent de fraîcheur et de créativité inespéré à l'époque où des horreurs insipides comme les Chainsmokers pullulent. Petit tour d'horizon de quelques réussites du genre.


  Jusqu'à présent, je ne comprenais pas le buzz autour de ce type. Le gars arrive quand même à placer un mauvais couplet sur la chanson rap de l'année, "Bad & Boujee" de Migos. Mais je l'ai pardonné, et compris, en entendant celle-là. Un petit bijou de mélancolie nocturne, bien illustrée par son clip minimaliste. 


  Ne vous attardez pas sur "Black Beatles", ce morceau qui tourne en rond et lasse vite. Le vrai tube du disque c'est ce "Swang", aux cuivres synthétiques et à l'inspiration eighties, propulsé au sommet par le chant impossiblement aigu du refrain. Une merveille de pop song presque autant qu'un morceau rap, bref un crossover parfait. 


  Post Malone est un artiste assez mineur, mais outre son feat réussi sur le dernier Kanye West, il a un talent certain pour pondre des singles imparables comme ce "Congratulations" avec Quavo des omnipotents Migos. On parle quand même du type qui a écrit "White Iverson", le type a quand même un instinct mélodique certain. 


  Sur un clavier rappelant les orgues 60s, propulsé par le bounce irrésistible de la rythmique, le jeune KYLE signe un tube ensoleillé absolument irrésistible, dynamisé par le flegme adolescent et le sens de la mélodie du frais Lil Yachty


  Dans un genre encore plus pop, mais plus éthéré et mélancolique (plus cloud rap), le spleen de Joji émeut. 


  Le rappeur belge signe un album très pop, à l'image de ce single très frais aussi addictif qu'un Drake, hyper mélodieux et à la production immaculée. 


  Calvin Harris poursuit sa chevauchée fantastique avec un sans fautes (3 morceaux parfaits gavés de guests géniaux /3) pour le moment, et mêle électro-pop, soul/funk et hip-hop/rnb à merveille sur ce single mélancolique et entraînant à la fois (le genre de mélanges par lequel je me fais avoir à chaque fois). Excellent, je croise les doigts pour l'album.


  La ballade mélancolique de Young Thug explose les codes comme Lil Wayne à l'époque de "Lollipop" et "How To Love" avec une musique ni rap, ni pop, très libre dans sa forme, et délivre avec sa virtuosité habituelle des flows variés et chargés en émotion. Cette forme musicale non identifiée, fluide et amorphe, semble sans filtre sortir directement du coeur de son auteur. C'est très puissant. Je suis hype pour l'album.


Alex



mercredi 17 mai 2017

Juliette Armanet - Petite Amie (2017)




  Découverte pour ma part sur le génial Cavalier Seule (et sur le dernier Julien Doré aussi), Juliette Armanet s'est rapidement révélée être un vrai coup de coeur. J'avais adoré sa première sortie, son duo avec Doré, le premier single "L'Amour En Solitaire", puis le second, "L'Indien". Sa reprise du tube parfait de Daft Punk et The Weeknd, "I Feel It Coming", en français ("Je Te Sens Venir", donc), m'avait ému et fait rire à la fois, un cocktail rare et parfait. 

  Elle représente le meilleur de cette scène francophone intelligente, arty et accessible, instruite et espiègle, qui pioche dans le passé pour le refaire en mieux (comme Julien Doré justement, d'ailleurs "La Carte Postale" a un peu de son style). Mais si les références sont aussi impeccables (on pense notamment beaucoup à Sanson, et un peu à Michel Berger), et que c'est aussi réussi, comment lui en vouloir ? Je l'ai déjà dit, la ballade "L'Amour En Solitaire" est une merveille (que "Sous La Pluie" prolonge habilement, avec encore plus de spleen, mon petit coeur se serre en entendant ça), et la chanson française maquillée de disco de "L'Indien" est un vrai bonbon pop. Le beat est plus marqué aussi sur le doux-amer "A La Folie", à la mélancolie très française et très contagieuse, sur le très 80s "A la Guerre Comme à L'Amour" et sur la new wave à la Chamfort de "Cavalier Seule" issue de l'EP dont je parlais. Et c'est plutôt la théâtralité musclée et sensible de Balavoine qu'on évoquera sur "Un Samedi Soir Dans l'Histoire", et la délicatesse pop d'un Voulzy sur "Star Triste"

  Et puis que dire de ce "Alexandre", dont la légende raconte que je suis l'inspirateur ? (bien entendu c'est faux... mais je précise). Je suis ptet pas très objectif sur ce coup-là, mais les paroles sont magnifiques et le morceau est bouleversant dans le genre déclaration d'amour. Plus loin, "Manque d'Amour" est un petit bijou de pop 80s un peu lounge et cheesy façon Polnareff. Qu'on entend un peu, avec toujours ce côté Sanson et Berger en plus, sur l'évident et beau "L'Accident", ramenant à l'intro de "Lettre à France"

  Vous l'aurez compris, je suis sous le charme. Foncez écouter ce disque à tout pris, c'est un des meilleurs albums francophones qui sortira cette année, et Armanet est amenée à devenir une grande si elle continue avec une musique de cette qualité et cette ambition. Ecouter des artistes comme ça, c'est un privilège rare. 


Alex


lundi 15 mai 2017

The Jesus & Mary Chain - Damage & Joy (2017)



  The Jesus & Mary Chain, pour moi, c'est d'abord la découverte avec Darklands (merci la médiathèque), et le choc de Psychocandy acheté peu après. Un de ces albums phares, immensément importants. Comme Elvis, les Beatles, Kraftwerk, James Brown, Isaac Hayes ou Joy Division, Les J&MC ont inventé un truc énorme, un style, une nouvelle façon de faire de la Pop music au sens large. Une musique mélodique et addictive comme de la pop, violente et dangereuse comme du rock, noisy comme de l'indus, vaporeuse comme de la dream pop et surtout d'une classe et d'une intransigeante authenticité remarquables. 

  Autant dire que des décennies (et quelques très bons albums) après, il est difficile de faire la part des choses concernant un de leurs albums (et ce n'est pas le seul groupe dans ce cas). On risque de le surestimer par complaisance inconsciente avec nos idoles, ou de le descendre de façon irraisonnée à cause de nos préjugés sur ce que cet album devrait être ou de la comparaison avec les hauteurs inatteignables des chef-d'oeuvres passés. Mais l'avantage des Jesus & Mary Chain, c'est que même si le son a joué un rôle important dans leur réussite artistique et dans leur esthétique, leurs succès se sont surtout leurs chansons. Ce qui a l'avantage de mieux supporter les modes et le temps qui passe, et ce qui est plus facile à juger en faisant abstraction du passif et du présent. 

  Et pour le coup, on est servis dès "Amputation", diablement efficace avec ses ronronnements de guitare et sa mélodie catchy. La production moderne et le chant désinvolte évoquent les héritiers Crocodiles, et les discret ajouts électro-rock psyché et acide de la prod, plus les "houhou" de stade évoquent les cousins de Primal Scream. Impeccable. Concis, percutant, vicieux et mélodieux, c'est parfait. Le folk-rock cotonneux de "War And Peace", qui partage avec la précédente une certaine gouaille british narquoise très rock, est de la même trempe, et la dernière partie à mi chemin entre punk et motorik (très Neu! donc) est très bien vue, ingénieuse, inattendue et redynamise à merveille le morceau. 

  Ces deux excellents morceaux inauguraux passés, l'album redescend d'un cran. Après tout, les frères Reid se font vieux, et cela se ressent lors de morceaux plus convenus, mais néanmoins très agréables et réussis dans leur genre. Ainsi, "All Things Must Pass", "Facing Up To The Facts" et "Get On Home" plus ouvertement rock indé et plus grosses dans la production, fonctionnent bien aussi même si elles manquent de subtilité (c'est pas grave, le bon gros rock leur va bien aussi). Les petits ajouts électro de "Simian Split" ne suffisent pas pour émettre un avis différent. Et on pourrait en dire autant de la britpop un poil psyché de "Song For A Secret" et du mix entre rock de biker à la Easy Rider et rock indé 80s /post-punk de "The Two Of Us", toutes deux avec avec Isobel Campbell au chant. Et toutes deux réellement réussies, sans non plus être exceptionnelles. Comme "Black And Blues", elle non plus pas transcendée par Sky Ferreira, mais réussie, et comme le rock psyché post-Johnny Marr (et très Primal Scream) de "Can't Stop The Rock". Au final, ce côté très british et ce rock un poil trop produit tirant sur le psychédélisme me rappelle le dernier Oasis, Dig Out Your Soul. Ce qui n'est pas une insulte de ma part, je ne suis pas dingue du groupe mais cet album, avec leurs deux premiers, est vraiment plutôt réussi. C'est juste un peu trop prévisible et trop produit, mais ça reste du bon artisanat rock. 

  De même, "Los Feliz (Blues & Greens)" est un poil pompeuse et pour être honnête je l'aime un peu moins, mais c'est personnel (c'est dommage l'intro de la chanson est superbe). Par contre, il y en a une avec laquelle j'ai beaucoup de mal, c'est le rock un peu trop teenager 90s de "Presidici (Et Chapaquiditch)", qui appellerait presque à un parallèle avec les derniers Pixies, qui sont à la fois remplis de pépites mais qui souffrent de remplissage (comme par exemple ce titre) et n'arrivent pas à se débarrasser d'une prod boursouflée et dépassée. 

  Mais les vraies réussites du disque (outre les deux morceaux inauguraux), c'est d'abord "Always Sad", pop song d'une perfection absolue, grâce notamment aux choeurs de Bernadette Denning. Des titres comme ça, j'en redemande avec joie, cette chanson devrait être en boucle sur toutes les radios. Et d'un autre côté, on a l'excellente "Mood Rider", qui arrive à retrouver l'intensité de Psychocandy en y ajoutant une touche presque hard/grunge assez sombre.

  Au final, l'album est très correct. 4 superbes chansons sur 14, seulement 2 pas terribles, et le reste plutôt bon et se révélant sûrement un peu plus à la réécoute. Certes, le disque n'est pas à la hauteur du groupe, mais qui pourrait en espérer autant, c'est ridicule, il y a peu de chances que ça arrive à nouveau. Les frères Reid continuent à faire des chansons comme ils savent si bien le faire, se font plaisir au passage et arrivent à nous livrer quelques pépites. Ce serait malhonnête de demander beaucoup plus après tout ce qu'ils ont déjà donné. Et qui sait ? Peut-être que d'avoir remis le pied à l'étrier sur cet album va les relancer dans un rythme plus régulier. 


Alex


samedi 13 mai 2017

Arca - Arca (2017)



    Alejandro Ghersi, alias Arca, est un producteur électronique de génie. Avec ses albums Xen (2014), Mutant (2015) et Entrañas (2016), il a poussé un peu plus loin l'électronique mouvante, organique et déconstruite d'Autechre, sans les excès cliniques des dernières oeuvres du duo. Son électronique est étrange, aussi belle que repoussante, aux sons irréels et organiques, la bande son parfaite d'un film de Cronenberg comme ExistenZ, où les difformités et excroissances organiques se mêlent au mécanique pour causer une attraction-répulsion assez unique. Mais suite à son travail sur le dernier album de Björk, sa musique a pris un tournant. Celle-ci l'a convaincu de mettre sa voix en avant dans la musique, et l'introduction de son chant en espagnol (il est d'origine vénézuélienne) a considérablement modifié sa musique. 

  La musique se fait moins oblique, plus directe, comme une pop déviante et immensément belle. Le chant d'Arca se rapproche de la théâtralité d'ANOHNI, avec ce côté presque chanteur d'opéra. Proche, au final, des dernières œuvres avant-gardistes de Scott Walker, avec ce chant de crooner héritier d'une tradition théâtrale européenne pris dans une musique issue de l'opéra mais regardant vers le futur, inspirée par le classique contemporain, John Cage et l'électronique abstraite d'Autechre justement. Davantage au service du chant, mais toujours poignante, intrigante et vivante, avançant à son propre rythme, fluide, grave et légère, loin des structures trop figées du cadre pop. Si vous voulez un exemple de cela, les deux premiers morceaux du disque vous éclaireront. "Piel" et "Anoche" sont pour moi deux réels chef-d’œuvres, parmi les chansons qui m'ont le plus touché cette année. Rien à dire de plus, écoutez les et vous serez très probablement bouleversés aussi. On n'en est pas très loin sur le dépouillé "Sin Rumbo", qu'on pourrait presque qualifier de "glitch crooner" ou "glitch opera". On retrouve cette inspiration classique sur le fragile et très pur "Coraje", et sur la pièce "Miel", qui évoque la narration visuelle merveilleuse des contes mis en musique de Prokoviev.

  Ceci dit, la musique reprend souvent ses droits et accouche de cet opéra de l'an 3000 qu'on entend sur le superbe "Saunter", sur l'apaisé "Fugaces", le très classe "Child" et le plus sauvage "Castration". Parfois même, le bruit et la fureur reprennent le dessus, comme sur "Whip", au discours assez profond qui évoque nombre d'images malsaines et effrayantes, et débouche sur un "Desafio" plus ouvertement électro-pop et accessible. On pourrait presque espérer un crossover pop avec des titres comme "Desafio", et "Reverie", plus accessibles au grand public, partageant les codes du rock indé des quinze dernières années. C'est tout le bien qu'on souhaite à ce grand artiste. 

  Bref, ce disque est un grand disque, qui montre la vitalité de la musique latino-américaine après les superbes Céu, Luisa Maita, Modular et Helado Negro de l'an dernier. 


Alex


jeudi 11 mai 2017

Sneaks - It's A Myth (2017)



  J'avais adoré le précédent Sneaks, de l'an dernier. Ce mélange de post-punk et de pop, joué avec trois bouts de ficelle (souvent une basse et une boîte à rythme, plus le chant de la géniale Eva Moolchan qui fait tout toute seule). Pour celui-là, on a davantage de synthés, mais les morceaux sont toujours aussi minimalistes, intenses et concis. Entre The Cure, Joy Division/New Order (cf "PBNJ" et "Act Out"), The xx, The Slits, The Kills et les Talking Heads, entre autres. On a même un hommage sur "Devo" au groupe du même nom.

  Et là encore, le disque est court (10 titres pour moins de 20 minutes), mais chaque seconde est indispensable à l'ensemble et parfaite en elle-même (démarche très louable). C'est que la dame sait écrire à merveille des tubes pop avec trois fois rien. Et l'ajout de synthés diversifie le propos sur ce disque. "Inside Edition" sonne comme un hommage aux débuts de la house, lorsque disco, new wave, hip-hop, dub et techno n'étaient pas encore complètement séparés. "Look Like That" évolue entre dance-punk et post-punk, "Not My Combination" repose sur une boîte à rythme inquiétante, un synthé basse obsédant et une voix presque susurrée. "Hair Slick Back" est un petit tube reposant sur le trio basse-chant-boîte à rythmes, comme sur le dernier album, hyper efficace, pop et en même temps radical dans son minimaliste, hyper addictif et authentique. On peut en dire autant du post-punk déconstruit et remixé de "Future", bluffant et brillant. 

  "Daffodils", courte introduction purement électronique, ouvre sur la drôle de musique tropicale de jeu vidéo façon Playstation One de "With A Cherry On Top", c'est assez inattendu de Sneaks et absolument génial, cette fille est vraiment extrêmement douée.

  En un mot : encore une réussite totale. Foncez l'écouter (ici par exemple), ce disque est court mais parfait.

Alex


mardi 9 mai 2017

Soulwax - From Deewee (2017)



  Je ne suis pas un grand connaisseur de Soulwax. J'ai dû entendre certains de leur remix des années 2000, et leur bande annonce de l'an dernier du film Belgica m'avait bien plu : ils ont joué chaque morceau comme s'il s'agissait d'un titre original d'un groupe fictif. Bien entendu, les "groupes" évoluaient dans des genres musicaux totalement différents, sinon c'est pas drôle. Le groupe sait donc se débrouiller avec de nombreuses sonorités et modes de composition. Et cette richesse originelle, lorsqu'elle est utilisée et canalisée comme sur cet album au style très homogène, accouche d'un petit chef-d'oeuvre électro-pop.

  Les arpèges électro-rock de l'intro "Present Tense" mettent le décor en place pour le génial premier single "Masterplanned" au synthé basse entêtant, au rythme très Kraftwerk et aux choeurs nu-rave psychédéliques et addictifs. Ce morceau est absolument génial, et rappelle pas mal les meilleures heures du rock électronique des années 2000, quelque part entre LCD Soundsystem, MGMT et les Klaxons. Si vous pensiez avoir tout entendu, attendez le gimmick de synthé génial de "Missing Wires" et son chant très James Murphy. Tout cela est intense, authentique, et assez tubesque. "Do You Want To Get Into Trouble", plus rock (presque The Sunshine Underground), est un peu moins originale mais s'écoute quand même avec plaisir. "Tresspassers", basée autour d'un piano house simple mais inquiétant, fait davantage penser à un mélange entre du post-punk froid et les Junior Boys, avec une conclusion électro-rock épique à la Justice. Enfin, "Here Come The Men In Suits" prolonge le chapitre dance-punk des années 2000 avec brio. Et puis "Goodnight Transmission" sonne comme LCD, Eno, Arcade Fire et les Talking Heads, alors j'aurais bien du mal à être très objectif là-dessus. D'ailleurs, l’influence de la période Station To Station / Low de Bowie est assez prépondérante sur le disque, ce qui est un gage de qualité assez sûr. 

  Les expérimentations valent également le détour, comme la synthpop pervertie par l'indus de "Conditions Of A Shared Belief" aux tonalités intrigantes et aux rythmiques imaginatives. En parlant de rythmiques géniales, "The Singer Has Become A Deejay" en est gavé, pour un hommage aux débuts de la house assez brillant. Dans un style psychédélique et absurde, les dissonances de "Is It Always Binary" évoquent pour notre plus grand plaisir un titre de Jagwar Ma remixé par Mr Oizo. L'inquiétante "My Tired Eyes" joue sur la théâtralité de hits de cordes synthétiques, tandis que "Transient Program For Drums And Machinery" mixe LCD Soundsystem avec l'électro orientalisante déjà rencontrée au cours de l'album. Et à chaque fois, c'est polutôt réussi, et les différents styles abordés sont complètement englobés dans le style du groupe, donnant une vraie cohérence à l'ensemble. 

  Pour finir sur ce disque, il est vraiment très réussi, c'est assez rare d'entendre de l'électro-rock aussi réussi et personnel. Vraiment une belle oeuvre, et une belle découverte de Soulwax pour ma part.
Foncez, ça vaut vraiment le détour !
A écouter par ici. 


Alex


dimanche 7 mai 2017

Gorillaz - Humanz (2017)



  Bon, ne tournons pas autour du pot : cet album a beaucoup beaucoup déçu. Et c'est justifié. D'abord parce qu'il sort 7 ans (!) après un très bon Plastic Beach, que j'ai pour ma part adoré malgré quelques longueurs (je compte pas The Fall qui était plus un placement de produit qu'un vrai album malgré une voire deux trois bonnes chansons). Et ensuite, parce que malgré le casting, et l'attente, l'album sonne très creux, faible et putassier. Même en enlevant les 6 bonus tracks, on a quand même 20 morceaux en comptant les interludes, et parmi ceux-ci seule une poignée surnage. 

  Les réussites de ce disque, c'est d'abord "Ascension" qui doit beaucoup au flow addictif du très talentueux Vince Staples qu'on adore ici. Mais même s'il est simple, le beat électro-pop et funky est très bien foutu et porte bien la patte Gorillaz, accentuée par le chant plein de spleen d'Albarn sur un superbe pont. Le texte est bon, le morceau est concis et intense, bref, c'est génial. Le deuxième grand moment du disque, c'est "Andromeda", une pop song mélancolique gavée électro-funk comme Albarn sait si bien en faire (elle sonne très Plastic Beach pour le coup), avec là encore un invité qui transcende le morceau en la personne de DRAM, qui apporte sa soul, même si le beat, plus mélodique, se suffit davantage à lui-même que pour "Ascension"Après ces deux réussites majeures, on se doit d'évoquer un "Let Me Out" quasiment aussi bon, avec un beat synthétique très mélodique, là encore enrichi du spleen d'Albarn, de la soul de Mavis Staples et du flow incisif du génial Pusha-T

  Dans les réussites un poil moins éclatantes mais incontestables, on a ensuite "Hallelujah Money", avec Benjamin Clementine, la mélancolique "Busted And Blue", un peu plate mais belle quand même, et "Saturnz Barz", au beat plus proche du hip-hop dark et gavé de dub des débuts de Gorillaz. Une fois qu'on a réussi à assimiler l'autotune de Popcaan, le titre est vraiment bon, très réussi et fidèle à l'esprit du groupe. 

  Le reste, c'est à l'appréciation de chacun, mais dans l'ensemble c'est assez mauvais. Je sauverais bien "Momentz" avec De La Soul, car il y a deux trois bonnes idées dans ce titre autrement très grossier et inélégant.... Et encore. On peut dire ça de presque tous les titres. La participation de nombreux artistes de qualité est complètement inutile et tient plus du marketing que de l'artistique : Danny Brown, Kelela, Grace Jones, De La Soul, Gallagher, Jenny Beth.... Tandis que d'autres sont là sans qu'on ne sache trop pourquoi : je ne connais pas Peven Everett mais dieu que sa façon de chanter est ennuyante, et que fait cette horreur d'imposture soul/rock radiophonique qu'est Rag'n'bone Man sur un Gorillaz ?

  Bref, on aurait pu avoir un EP 6 titres du tonnerre, mais Albarn est visiblement parti dans la mauvaise direction en nous proposant cet album qui tient plus de la compile de Faces B abandonnées que d'autre chose, qui tourne souvent en rond, à vide, sans vision ni volonté. 
  Et puis à part pour être bien classé dans les charts streaming, quel intérêt de sortir 26 titres dont les 3/4 sont quasi inécoutables ? Qui va se farcir ça en entier plusieurs fois (à part les critiques et les fans désespérés d'entendre des fragments de bonnes idées ici ou là comme moi) ? Même en le considérant comme une "playlist", ou une compile de ratés, ce truc ne tient pas debout.... 

  Mais bon, merci quand même à Albarn et aux autres pour les 6 bons morceaux que j'ai cité plus haut, qui sont vraiment très réussis et qui valent le détour (en espérant qu'ils ne passent pas trop à la trappe à cause des critiques assez négatives et unanimes. 

(je vous conseille de l'écouter une ou deux fois, de faire votre tri, de rajouter les quelques bons morceaux à votre playlist gorillaz ou 2017 et de ne plus jamais y revenir, même dans 40 ans ce truc sera toujours aussi faible)

Alex

mardi 2 mai 2017

Sébastien Tellier, Mr Oizo, SebastiAn - Music From The Motion Picture Steak (2007)



   Cette semaine, les disques sortis il y a dix ans déjà, en 2007, sont à l'honneur sur La Pop d'Alexandre & Etienne, avec un album par jour présenté jusqu'à (aujourd'hui !) mardi dans le cadre de notre troisième édition de La Semaine De La Pop.

  On a abordé pas mal de "gros" albums, disons des classiques modernes, ou au moins des disques ayant reçu un accueil critique (et souvent populaire aussi) très favorable à leur sortie. Il est donc temps de dégainer LE disque sous-estimé de 2007 selon nous, notre petite obsession perso. Et ce disque, c'est la BO du film Steak, réalisé par Quentin Dupieux alias Mr Oizo. Déjà, le film en lui-même est un petit bijou, malheureusement 95% des gens sont passés à côté car ils s'attendaient à voir une comédie d'Eric & Ramzy, alors qu'on avait là un authentique film d'auteur au cynisme mordant et subtilement dénonciateur et à l'esthétique impeccable (qu'on retrouve ici sur la pochette). Et la BO, tout aussi géniale, est un peu passée à la trappe aussi. On va réparer cette injustice. 

  Pour quasiment tout petit mec ou petite meuf de notre âge, déjà voir réunis ces trois génies de la pop et de l'électronique française que sont Mr Oizo, Sébastien Tellier et SebastiAn cause immédiatement une montée de salive. D'autant plus que leurs esthétiques musicales sont complémentaires, avec toutes une part de premier degré poétique et naïf, presque exagérée, et de fantaisie absurde. De putasserie hyper accrocheuse et de profondeur cachée.

  Comme le film, dystopique et situé dans un futur proche, la musique se fera proche de la notre, mais avec cette touche inquiétante et légèrement futuristique, prenant pour base les années 2000 plutôt que de plonger dans un rétro-futurisme usé jusqu'à la corde (même si on l'entre-aperçoit parfois comme sur les beaux et naïfs "Letrablaise" et "Itea", ou sur le très théâtral "Victimo"). A l'image de l'intro "Arrival", qui est une version musclée de la musique de SebastiAn, Justice et des Daft Punk de Human After All, où l'on retrouve un électro-rock presque prog et très théâtral également, inquiétant dans ses dissonances, au son saturé et compressé, et surtout très synthétique (pour le côté futuriste). 
  Enchaîné direct avec le funk électronique tubesque de "Skatesteak", aux sonorités hachées (et donc modernes, dans un monde post-sampling), ça met direct dans l'ambiance. Ce titre est absolument génial, et dans le film on s'imagine bien un futur (assez désirable pour le coup) dans lequel cette musique syncopée et absurde inspirée de Wendy Carlos serait "La" pop music radiophonique (cf également "Exploités", ou le prenant "Bonhomme" pour la référence à Carlos). De même pour la nu-disco hyper catchy de "Chivers As A Female" qui sonnait vraiment futuriste à une époque où MGMT et Lady Gaga venaient à peine de sortir quelques morceaux. Tout est là, le côté à la fois implacable, groovy et mélancolique de la French Touch, souligné par la mélodie lancinante et le chant émouvant et drôle à la fois de Tellier

  On entre donc dans un monde où la techno se serait branchée sur les synthés à la tonalité cheloue de Mr Oizo et sur les basses slappées et les boîtes à rythme qui claquent de SebastiAn, comme sur "Ringardos". Où la synthpop doit plus à David Lynch, Cerrone et Moroder qu'à Guetta et Duran Duran ("Plug It"). Et où le soft rock presque bluesy de Tellier, accompagné de kazoo et de "ouh ouh ouh" remplace les ballades trop sucrées et hyperproduites à la radio, et où la country-folk idiote et faussement martiale de "Construction" est possible. 
  Un monde où le dernier tube à la mode est la merveilleuse et absurde électro-country de "Hashisvers", chantée par Tellier sur un tapis de banjos hyperactifs, de trompettes jouées au synthé, de congas de jeu vidéo et de boîtes à rythmes mastoc. Un mélange des synthés métalliques de Sessions de Tellier et d'une boîte à rythme Prince passée en accéléré, associé à un chant faux et faussement d'opérette de Tellier ? C'est possible, c'est "Toizelle", et le pire, c'est que ça fonctionne. 

  Et puis on a les petits coups de folie de Mr Oizo, qui plongent dans l'univers du film comme "Chuck", le flippant "Xschmidt", le funk futuriste très découpé de "Wetshirt" vu comme une extension de ce que l'oreille humaine sera capable d'écouter quand elle aura digéré les musiques d'Aphex Twin, Autechre et SebastiAn
  Dans le même genre, on a "Top50", qui imagine une humanité accro au funk délirant de Oizo mêlé à l'électro-pop déchirante du Sexuality de Tellier, pas encore sorti à l'époque. Et puis "C.H.I.V.E.R.S", qui est un banger absurde mais prenant, vu comme une version pop du "Stress" de Justice pour une génération habituée au zapping, à la vitesse et à la violence des stimulations auditives et visuelles, tant dans l'art que dans la pub qu'on lui fait gober au kilomètre, et qui régurgite cette absurdité en créant une musique qui embrasse ces codes consuméristes, les pousse jusqu'au bout de leur logique pour les boursoufler et les faire éclater de façon subversive et libératrice.

  Malgré toutes ces facéties, qui sont justifiées sur le fond et la forme (puisqu'elles sont toutes très réussies musicalement), le disque se tient notamment grâce aux interludes comme le sucré "Kinder", ou la lourde, triste et menaçante "Bleue", et il se dégage une vraie unité d'ensemble, avec une réelle osmose de la musique des trois artistes. Globalement, Mr Oizo apporte la folie et le côté inquiétant, SebastiAn le rythme groovy et violent, et Tellier arrondit les angles avec une pop plus instrumentale, mais dans le détail les rôles s'inversent, se mélangent, et tout n'est pas si simple que ça, on a souvent du mal à distinguer qui a fait quoi. En somme, c'est davantage le travail s'un groupe (un supergroupe même dans ce cas) que de trois individualités. 

  Bref, ce disque est vraiment particulier, mais pour ceux qui arrivent à comprendre la démarche et donc à l'apprécier à sa juste valeur, c'est une pépite musicale et conceptuelle absolument géniale, délicieuse et profonde (voire grave) à la fois. Une vraie oeuvre d'art et un authentique chef-d'oeuvre électro-pop.

PS : Merci de nous avoir suivis, lus et commentés tout au long de cette semaine, c'est toujours un plaisir immense pour nous de vous faire (re)découvrir des albums de chevet. 
  Et n'hésitez pas à nous soumettre un thème pour la semaine du mois prochain ici ou sur Facebook !
A très bientôt sur LPAE !

Alex


lundi 1 mai 2017

Of Montreal - Hissing Fauna, Are You The Destroyer ? (2007)



   Cette semaine, les disques sortis il y a dix ans déjà, en 2007, sont à l'honneur sur La Pop d'Alexandre & Etienne, avec un album par jour présenté jusqu'à mardi dans le cadre de notre troisième édition de La Semaine De La Pop.

  On présente souvent Kevin Barnes, leader d'Of Montreal, comme le successeur le plus évident de Bowie. Il est vrai que le mélange de glam pop, de plastic funk et d'électro-rock oblique qu'il pratique, ainsi que son exubérance vestimentaire et musicale invitent à la comparaison. Et puis le type sait écrire de formidables chansons, les tremper dans différents univers sans jamais les dénaturer, et à chaque fois révéler une nouvelle facette de sa sensibilité artistique. Et cela avec un charme, un feeling, un groove et un côté sexuel qui en font au moins autant l'héritier de Marc Bolan, de Todd Rundgren, des Magnetic Fields ou de Prince. Bref, un mec un peu insaisissable et génial. 

  Et cet album est un de ses meilleurs. Beaucoup se sont d'ailleurs arrêtés à celui-là, oubliant toutes les merveilles entre twee pop, folk et glam déjà sorties depuis la fin des années 1990 et les chef-d'oeuvres de la période 2008-2012 et le petit dernier de 2016. Mais à leur décharge, il faut dire que celui là en particulier est direct et accrocheur. On rentre d'ailleurs tout de suite dans le vif de l'album avec un "Suffer For Fashion" bondissant, glam-rock et électro-pop à outrance, entre le rock indé déjà déclinant mais encore dominant et l'électro-pop qui à l'époque montait de façon spectaculaire (MGMT, Passion Pit...). Les digressions psychés à la "Sink The Seine", façon The United States Of America ou Beach Boys période Smiley Smile, sont tout de même mélodieuses et courtes, et accrochent tout autant. 

  Le son de ce disque est assez unique. On peut l'entendre sur "Cato As A Pun", une rythmique hachée et des claviers percutants à la Prince, des guitares glam rock métalliques tressant des solos épiques et un chant pop-funk presque psychédélique. Et tout cela sonne hyper naturel, riche, très mélodique et percutant rythmiquement. Et même quand l'ensemble se fait plus simple et addictif, comme sur "Heimdalsgate Like A Promethean Curse", bâtie autour d'une ligne de piano sucrée et garnie de synthés baveux et d'un chant ultra pop, la musique sonne trop personnelle et déviante pour qu'on crie à l'excès. De même, "Gronlandic Edit" repose sur une ligne de basse funk-rock obsédante partageant une esthétique commune avec un groupe comme Metronomy, et diversifie son propos avec des chœurs originaux et très travaillés. 
  On entend aussi la science de la mélodie implacable sur le doux "A Sentence Of Sorts In Kongsvinger", et celle de la rythmique électro-funk parfaite sur "Labyrinthian Pomp".

  Mais les morceaux qui marquent le plus sur ce disque sans fautes sont l'intense et rageux "The Past Is A Grotesque Animal" et ses arpèges obsédants, la pop-soul de "Bunny Ain't No Kind Of Rider", le disco-funk de "Faberge Falls For Shuggie", et les choeurs psyché de la conclusion "We Were Born The Mutants Again With Leafling". Ces morceaux indescriptibles défrichent tout un nouveau monde de pop intelligente, ludique, charnelle, profonde, intelligente, émouvante et sexy. 

  Et c'est ce qui fait de cet album un vrai chef-d'oeuvre des temps modernes, un des meilleurs de 2007 et d'Of Montreal un des plus grands groupes de ces dernières années (en 2017, ça fera déjà 20 ans depuis leur premier album). Cet album à la fois très sombre à l'intérieur et lumineux en surface les a définitivement fait passer dans cette catégorie, en attendant la confirmation par les suivants. 
Et en plus, ils sont géniaux en live, on peut vous l'assurer avec Etienne.

Bref, vous n'avez aucune raison de ne pas cliquer ici pour filer écouter l'album.

Alex


dimanche 30 avril 2017

Animal Collective - Strawberry Jam (2007)



  Cette semaine, les disques sortis il y a dix ans déjà, en 2007, sont à l'honneur sur La Pop d'Alexandre & Etienne, avec un album par jour présenté jusqu'à mardi dans le cadre de notre troisième édition de La Semaine De La Pop.

   Un gargouillis électronique ouvre l'album. Dans ce chaos synthétique, un ordre se fait, une pulsation, puis la voix d'Avey Tare entre en scène, entre des samples de cris d'animaux. Ce morceau, c'est "Peacebone". C'est le morceau qu'aurait écrit Brian Wilson (ou Todd Rundgren) s'il avait eu 20 ans et prenait des acides en 2007. C'est un petit chef-d'oeuvre de pop, ayant l'intelligence de piocher des idées d'écriture et de production dans tout ce que la pop a fait de meilleur depuis les sixties, depuis la sunshine pop et les Beach Boys en passant par XTC, Brian Eno, les Pixies (ces hurlements façon "Tame"...) et Pavement. Et le vrai génie, c'est bien d'en avoir fait quelque chose de moderne, d'inédit, de jeune et plein de rage et d'urgence.

  On l'oublie souvent, mais c'est la guitare l'instrument le plus important sur cet album. Source de la majorité des samples, elle est détournée de toutes les façons possible, comme chez My Bloody Valentine, mais avec un esprit plus proche des inventeurs de l'électro psychédélique des années 50-60. Ça s'entend sur "Unsolved Mysteries", où la flamboyance du chant Avey Tare s'exprime sur une pop-folk psychédélique aquatique et pleine d'une vie inattendue, débordant de toutes les machines et samples. Ces gars-là jouent de l'électronique comme Brian Wilson, Joe Meek, Phil Spector, Barry White ou George Martin jouaient du studio. Pas d'une façon cliché en tous cas, d'ailleurs l'album a été enregistré à Tucson (Arizona), et le groupe le qualifie de "disque de désert" très influencé par son environnement. J'ai dit désert, et pas de dessert, même si la pochette aussi dégueu qu'attirante (photographiée par Avey Tare sur une idée de Panda Bear) a été une base pour définir le son du disque, autant que l'environnement désertique. Pour ce dernier point, s'entend pas à la première écoute, mais quand on le sait c'est génial, parce que ça marche et qu'ils n'ont pas du tout fait dans les poncifs, car comme le dit Brian Weitz (alias Geologist) : "when you think of the desert you think of twangy guitars and morricone soundtracks and jim morrison walking with the ghost of an indian, but we don't really see it that way".

  Et puis ce côté néo-hippie fonctionne à merveille sur "Chores" où l'on entend encore toute la pulsation du folk presque tribal de certains albums précédents du groupe. Cet aspect brut, joué live, avec des bruits inattendus, comme joués au coin du feu dans une grande plaine, contraste avec la grande modernité du son et lui donne toute sa profondeur. Et puis quant on chante d'une façon aussi enoesque (cf la fin de morceau), ça ne peut que me plaire.

  En plus de ça, aucun morceau n'est en dessous de "vraiment très très bon", et hors "Peacebone", on a plusieurs chef-d’œuvres absolus. "For Reverend Green" et sa guitare façon Johnny Marr des Smiths ("How Soon Is Now"), ces percus rock indé, ces chœurs mélancoliques, et ce chant entre Sinatra, Frank Black, Brian Wilson et Andy Partridge, à la mélodie inoubliable et à la rage salutaire. Et on enchaîne sur une merveille encore meilleure, "Fireworks" et son beat ferroviaire (probablement aussi réalisé à partir d'un son de guitare, mais qui rappelle "Etude aux chemins de fer" de Paul Schaeffer, de 1948) qui propulse tout le morceau, cette mélodie intemporelle qui encore une fois prouve tout le talent d'écriture des mecs, et cette alternance théâtrale dans le chant entre douceur pop et rage punk. L'utilisation du rythme et des samples mêlés à une instrumentation plus classique du rock indé, dans une chanson pop de cette ampleur est aussi remarquable. Et que dire de la mélancolie déchirante de cette chanson, à part que c'est absolument bouleversant ?

  Les arpèges oniriques à la Steve Reich de "#1" envoient l'auditeur encore un peu plus haut, tutoyer la douceur cotonneuse des nuages, avant que la mélancolie et la gravité ne resurgissent grâce aux chœurs de Panda Bear, et à ce chant qu'on dirait venu d'une autre fréquence et anormalement capté par la radio par dessus la chanson. Il y a un vrai côté irréel, presque alien dans ce morceau obsédant et hyper personnel (le groupe ne sacrifie sa musique à aucune convention, mais pourtant elle touche facilement grâce à son authenticité).

  L'album se termine par l'hyperactivité rythmique de "Winter Wonderland", puis par la douceur de "Cuckoo Cuckoo" qui possède une ligne de piano samplée absolument géniale, la pop enfantine de "Derek" (entre Beach Boys et comptines acides des débuts de Pink Floyd, période Syd Barrett). 

  Et enfin, sur la version deluxe du disque uniquement, vient "Safer"avec des influences assez marrantes allant du doo wop au jazz vocal, en passant par du rockabilly et du hip-hop notamment. "Street Flash", que le groupe jouait en live avec la quasi intégralité de Strawberry Jam avant de partir en studio, a été enregistré en même temps mais ne sera présente que sur l'EP Water Curses sorti l'année d'après, ces titres assez longs en eux-mêmes allongeant trop la durée de l'album selon le groupe.

  Bref, vous l'aurez compris, pour moi ce disque est un chef-d'oeuvre absolu, le genre de disque qui ouvre tout un monde musical entièrement nouveau quand on croyait que tout avait déjà été fait. Et surtout, qui le fait avec un vrai sens de la composition, de la chanson et de la mélodie, en respectant et dépassant en même temps ce cadre. Le groupe est authentique, a une vraie vision artistique qu'il partage sans filtre, et c'est peut-être le plus important. 

  Alors écoutez absolument ces mecs, ce sont d'authentiques génies pop qui méritent une place au Panthéon du genre

Alex


samedi 29 avril 2017

Justice - † (2007)





  Cette semaine, les disques sortis il y a dix ans déjà, en 2007, sont à l'honneur sur La Pop d'Alexandre & Etienne, avec un album par jour présenté jusqu'à mardi dans le cadre de notre troisième édition de La Semaine De La Pop.

     La génération 90 a eu les Daft Punk pour fer de lance et bien la mienne aura Justice! Moi qui n'avais guère l'âge de vivre pleinement la french touch, il m'était donné d'en vivre une nouvelle vague de plus excitantes, tel un second summer of love. Pour la première fois, j'allais vivre l'excitation d'un mouvement musical en marche. Je me pris alors en pleine adolescence cette nouvelle French Touch, enfant des Dafts portée par leur manager, le fameux Pedro Winter et son maintenant mythique label Ed Banger. Ce fin communicant arrive alors à créer un véritable engouement autours d'artistes tel Dj Mehdi, Sebastian, Mr Flash, le graphiste So Me, mais surtout Justice. En cette période où je ne faisais que découvrire l'océan musical qui s'offrait à moi, je fus confronté à cette musique d'extra-terrestre, avec ses sons ultra compressés, sa distorsion à tout va et ses centaines de mirco-samples assemblés en un titanesque patchwork, comme autant d'influences sonores et stylistiques différentes. En quelques tubes ultra denses, Justice me faisait découvrir la disco, la house, l'EDM, le funk, le hard-rock, les sons 70's, 80's et 90's. Un pur concentré multivitaminé, taillé pour la danse, ampli de la violence de sa production électronique et de l'hédonisme de ces titres dénués de tout message. A l'instar de cet album sans nom, que la presse appellera .


Xavier de Rosnay à gauche et Gaspard Augé à gauche, constituant le duo Justice.

     Au delà de la musique je succombais à ce visuel, à ces deux hommes habillés en rock star, jeans et vestes de cuir, capillarite hors norme et attitude outrageuse. Il faut dire que ces graphistes de formation attachent au moins autant d'importance à leur visuel qu'à leur musique, aimant à utiliser des symboles aussi forts que cette fameuse croix et ce nom chargé de sens. Et que dire de leurs live, alliant ampli Marshall et mur d'électronique? Ils y sont des bêtes de scène à la manière des icônes du hard rock ou du heavy metal. Une vie de super star débridée et paradoxalement assez triste, mise en scène dans le très immersif documentaire dédié à leur tournée américaine, humblement titré Across The Universe et réalisé par Romain Gavras.

Justice en live.

    Par toutes ces caractéristiques, Pedro Winter décrit d'ailleurs très pertinemment la musique de ses poulins comme de la heavy disco. Ils se définiront eux même comme à mi-chemin entre Chic et Slayer. On comprend ainsi mieux le nom du label Ed Banger qui fait allusion à la fameuse gimmik propre au milieu métal, le headbang. Montrant cette volonté de décloisonner les genres, comme Dj Mehdi a pu le faire dans le hip-hop.

De Gauche à droite :
Gaspard Augé, Pedro Winter et Xavier De Rosnay

     C'est en 2003 que le groupe signe chez le tout récent label parisien, grâce à leur remarqué remix de Never Be Alone de Simian. Se dessine alors déjà le son compressé et empreint d'une fièvre discoïde qui allait faire la marque de fabrique du groupe. S'en suit une flopée de remix et de collaborations, notamment avec les Daft Punk. Je vous passe les folles rumeurs qui ont couru sur la possibilité que ces deux groupes puissent être l'oeuvre d'un seul et même duo. Viendra ensuite des morceaux solos dont le fameux Wathers Of Nazareth en 2005, persistant dans cette lignée de disco hardcore. C'est entre 2006 et 2007 que le duo, qui a déjà une solide expérience live et une grosse réputation, entre en studio pour compiler et étoffer de d'autres titres ce travail. Ainsi, dans l'urgence d'une vie en tournée permanente, au sein d'un studio confiné au sous-sol non ventilé et exigu d'un batiment parisien, le groupe s'exécute et réalise ce qu'il ambitionne d'être un "opéra disco". Pour arriver à leurs fins, contraints par ce qu'ils déclarent être un manque de technique, ils coupent et recoupent des micro-samples de centaines de tubes disco, rock, funky, pour créer une créature hybride et donnant à cette production ce son si singulier, cette marque de fabrique Justice.

     Et le moins qu'on puisse dire, c'est que ce contexte si oppressant à la création musicale, resurgit, transpire, suinte de ces 12 titres. Le ton grave et violent y est donné dès le premier titre, Genesis, où cuivres et tambours body buildés semblent ouvrir les portes à une fournaise infernale et démoniaque, taillée pour les clubs. Introduisant un autre grand tube de l'album, Let There Be Light, un titre plus mélodieux et surtout plus funky, rappelant les géniaux samples 70's des Dafts sur Discovery
Puis vient ce qui restera comme le gros succès international de Justice, le mythique D.A.N.C.E.. Hommage déclaré à Michael Jackson, il met en avant un choeur d'enfant qui n'est pas sans rappeler les Jackson Five et est en faite une reprise de la mélodie de Me Against The Music de Britney Spears en duo avec Madona. Les paroles du titre sont d'ailleurs toutes reprises de chansons de king de la pop M.J. et sont visibles sur le fameux clip qui l'accompagne. Illustration du principe de composition en patchwork, les violons présents sur la chanson sont eux repris de l'orchestration de Sunny de Boney M. Le tout propulsé par un beat, la magie opère!
     Le morceau suivant Newjack, propose un électro-funk toujours aussi entraînant, avec ces sons ultra compressés et suffocants, rappelant la techno acide de l'Allemand Boys Noize.

     S'en suit le dytique Phantom et Phantom Pt. II qui de leur voix démoniaques vocodisées et de leur beat tranchant, opèrent la métamorphose de cette créature dans un style beaucoup plus violent et oppressant, déjà entrevu sur le titre d'ouverture. Phantom Pt. II resta d'ailleurs et reste encore, mon titre préféré de l'album, apogée de ce mixe house et disco. 

     Valentine ralentit le jeu dans des mélodies plus enfantines et plus 80's, avant de repartir sur TTHHEE PPAARRTTYY qui de sa voix féminine est imprimé d'un riff de basse ultra catchy.

     Vient ensuite DVNO, en collaboration avec le chanteur et producteur français du même nom, lui aussi signé chez Ed Banger. Il est souvent considéré comme le titre le plus faible de l'album, même si, à mon sens, il permet d'explorer une facette plus vocale de ce travail de reconstruction de la musique disco. 


Extrait du clip de stress réalisé en 2008 Par Romain Gavras

    Stress prend le relais. Il est sans contexte le titre le plus controversé de l'album. De sa mélodie digne des pires films d'horreur, il fait monter la tension à son paroxisme dans une violence musicale inouïe. C'est d'ailleurs cette violence qui a été mise en images par le très bon réalisateur franco-grec Romains Gavras (Signatune de Dj Mehdi, Born Free et Bad Girls de M.I.A ou No church In The WIld de Kanye West & Jay-Z), montrant une jeune bande de cité sans foi, ni loi, rassemblée sous la bannière de la croix symbolisant le groupe. Une violence telle que le clip sera interdit de télévision en France et paraîtra plutôt sur le site internet de Kanye West outre Atlantique. Les fans de DEVO reconnaîtront très vite dans ce morceau un sample tiré de Jocko Homo. L'autre sample notable est tiré d'un morceau de David Shire, Night On Disco Mountain


Le réalisateur Romain Gavras.

     Puis Water Of Nazareth rebondit sur cette violence, pour reprendre le chemin du dance floor toujours plus énervé, dans un son compressé à l'extrême. ici l'art de Justice exulte tout comme son public! Le duo ose même introduire une touche baroque en cet orgue reprenant la mélodie de Thriller de Michael Jackson. On y voit une façon très rock de faire de l'électro, un peu à la manière du duo italien Bloody Beetroots alors très en vogue.

     Cette inspiration rock est reprise avec les riffs très hard-rock de One Minute To Midnight clôturant magnifiquement l'album et présageant déjà le style de leur futur album Audio, Video, Disco, qui sortira en 2011. S'en suivra plus récemment Woman, paru en 2016. Mais aucun des deux ne saura égaler en qualité le premier opus, ni même reproduire l'engouement autour du groupe dont la musique s'est quelque peu assagi depuis, laissant découvrir d'autres facettes de leur musique. Un groupe qui reste encore aujourd'hui une référence dans le milieu de la musique électronique, en témoigne leur récente participation au festival Cochella 2017, où on a pu découvrir leur nouveau décort live, au moins aussi bien réussi que le précédent. Une expérience live que je vous recommande chaudement, comme j'ai d'ailleurs eu la chance de bénéficier à l'occasion de la tournée de leur deuxième album.

A écouter sur Deezer et Spotify.


Bonne écoute à tous !



ETIENNE