Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes

mercredi 26 avril 2017

Radiohead - In Rainbows (2007)


  Cette semaine, les disques sortis il y a dix ans déjà, en 2007, sont à l'honneur sur La Pop d'Alexandre & Etienne, avec un album par jour présenté jusqu'à mardi dans le cadre de notre troisième édition de La Semaine De La Pop.

  Cet album de Radiohead, je l'ai très vite adoré. Je l'ai découvert quelques temps après sa sortie, vers 2009-2010 je pense. J'avais lu des critiques un peu mitigées dessus, mais les interviews de Yorke de l'époque étaient passionnantes, il y avait toute cette mythologie autour du prix libre de l'album que je trouvais chouette, et puis j'avais adoré OK Computer, Kid A et Amnesiac. En plus, la pochette était parfaite. Colorée, attrayante, et bien designée. En somme, elle évoque le parfait équilibre entre une pop généreuse, pleine de vie et attractive et une ambition artistique irréprochable, avec un vrai soin pour les détails. 

  J'ai pas mal de souvenirs, de ballades en bords de Loire après les cours en attendant le car pour rentrer du lycée, de devoirs maison de maths réalisés sur un banc, dans un petit parc face au fleuve, sous un rayon de soleil qui me réchauffait d'autant plus que la brise légère venant de l'eau me rafraîchissait à intervalle régulier. Avec ce disque dans les oreilles. Emprunté à la médiathèque pas très loin, car mon petit disquaire fétiche, qui a depuis arrêté, n'avait que Kid A & Amnesiac.... Je lui avais pris les deux, j'avais été dégoûté car beaucoup de ces petits bouts noirs qui tiennent la rondelle centrale étaient pétés dès l'achat, et qu'à l'époque les sous c'était pas ça et que les CDs c'est cher, même en occas (y'a des choses qui ne changent pas finalement). Maintenant je suis bien content d'avoir ce petit boîtier pété, je l'aime comme ça, pour tous ces petits souvenirs rattachés à l'usure.

  Bon, ça va être pas mal de souvenirs cette semaine, on parle de disques de jeunesse là, même si on est pas très vieux avec Etienne, ce sont des disques sortis entre nos classes de 4e et 3e, qui nous ont souvent accompagnés lors de notre éveil musical au lycée... Mais revenons à la musique.

  J'ai adoré In Rainbows immédiatement, grâce à "15 Step", un des meilleurs titres de Radiohead. Un rythme à la signature inhabituelle, quasi jungle, démarre le titre, Yorke chante magistralement (c'est quasi un chant jazz, écoutez bien), la guitare, divine, débarque, la batterie enfonce le clou de la boîte à rythme avec une classe jazzy, puis il y a ce break avec ce son de synthé incroyable, enveloppant, chaud et profond, la basse qui prend le relais.... Un feu d'artifice pop en Technicolor, la pochette n'avait pas menti. Voilà comment on fait de la pop moderne, puissante, vivante, rageuse, accessible, chaude, artistique sans pour autant sonner prétentieuse. C'est la synthèse du meilleur de l'électronique, du rock (comprenant le krautrock), du jazz, de la pop. C'est un mix enchanteur et complètement satisfaisant de sensorialité, d'émotion et d'intelligence. C'est brillant et inspiré.

  La tension monte d'un cran avec un "Bodysnatchers" qui commence très rock, mais pas dans le sens basique du terme, on entend une pulsation allemande, des gammes presque orientales, une fougue presque Blur période américaine (qui a dit "Song 2"?). Et la fin du morceau est du Radiohead classique, guitare acoustique doublée par une électrique colwave bourrée de reverb, soutenant le chant plaintif de Yorke, qui éclate toute la discographie d'Interpol et de Coldplay en même temps, malgré toute l'affection que je peux avoir pour les premières œuvres de ces groupes. Et puis ça finit presque punk, et l'auditeur est rincé par tant de talent. 

  Après tant de rage, place au cœur de l'album, plus calme et contemplatif. "Nude" émerveille et désarme tellement elle est belle, entre jazz et folk des grands espaces. Et "Weird Fishes/Arpeggi" nage dans les mêmes eaux, fait elle aussi partie de cette catégorie de chansons qui deviennent des classiques instantanés et marquent à vie de leur empreinte émotionnelle forte le cœur des auditeurs assez réceptifs à leur beauté infinie. Et puis elle est tellement riche... Il y a un truc presque africain sans l'être réellement dans cette chanson... On sent tout le poids de décennies, de siècles de musique étudiée, digérée, toute cette complexité, cette profondeur, ressortie de façon si légère, naturelle, fluide...

  L'ambiance reste cohérente avec un "All I Need" également éthéré (et aussi divin, sisi c'est possible), dont le coup de génie est ce basculement entre des notes de synthé basse pachydermiques, évoquant la marche lente d'un diplodocus et contrastant avec la légèreté du reste de l'instrumentation et le chant souple de Yorke. Le dépouillement de "Reckoner","House Of Cards", et les arpèges folk de "Faust Arp" émerveillent aussi avec peu... et en réécoutant cette chanson, ses cordes, sa mélodie, cette guitare, ce chant, je me dis que les gens qui ont encensé A Moon Shaped Pool ont raison (déjà) mais qu'ils avaient juste 9 ans de retard (et c'est pas grave) pour ceux d'entre eux qui avaient moyennement apprécié In Rainbows. Si c'est votre cas, réécoutez le, franchement. Vous n'allez pas en revenir.  

  Le rythme remonte légèrement avec "Jigsaw Falling Into Pieces", mais le dépouillement est toujours là. L'émerveillement aussi. Comme sur la conclusion, "Videotape", extrêmement mélo mais belle tout de même, que j'ai beaucoup associé a posteriori à "Foreground", également dernier titre tire-larmes et désarmant d'un album brillant, intense et dépouillé, Veckatimest de Grizzly Bear.


  Bref, ce disque est une merveille, un sommet inégalable dans son genre de pop qui sonne aussi bien intimiste que vaste, aussi bien dépouillée que complexe. 
  C'est un des meilleurs disques de Radiohead, probablement mon préféré avec Kid A, OK Computer ne traînant pas loin derrière. C'est un grand disque tout court. Sorti il y a 10 ans (si ça pouvait faire taire les grincheux, les déclinistes et les ultra-nostalgiques je prends).


Alex


mardi 25 avril 2017

La Semaine de La Pop n°3 (Avril 2017) : Dix ans déjà ! Back To 2007


  Comme vous le savez, une semaine par mois, nous mettons en valeur sept disques selon un thème soit décidé à l'avance par nous, soit par vous (vous pouvez suggérer le prochain en commentaires). La première édition qui s'est tenue il y a deux mois, et portait sur la Pop Française, quand à la dernière en date, elle portait sur les origines de la musique électronique.

  Cette fois ci, nous aborderons donc sept disques, de demain (mercredi) à mardi prochain, sur le thème "Dix ans déjà ! Back To 2007". Nous allons replonger dans une époque où personne ne connaissait Kendrick Lamar (ni Adèle), un merveilleux monde pré-Lady Gaga où Bowie, Lemmy et Prince se baladaient tranquille. 
  Ce recul de dix ans permet de faire un premier tri pour extraire ces chef-d'oeuvres pas si lointains. Et nous avons comme à notre habitude choisi parmi nos albums de chevets des disques reconnus par tous et des obsessions plus obscures et personnelles. 

  Etienne étant pas mal occupé, c'est sans doute moi qui vais assurer la plupart des articles. Bon courage à lui !

Alors à demain pour le premier, et bonne semaine à vous sur LPAE !





Alexandre

dimanche 23 avril 2017

Kendrick Lamar - DAMN. (2017)


  Après le monument jazz-funk-rap qu'était To Pimp A Butterfly (notre album préféré de 2015), et son complément untitled unmastered. sorti en 2016, ce DAMN. était plus qu'attendu, Kendrick Lamar étant devenu depuis Good Kid, M.A.A.D City (2012) le rappeur (voire même l'artiste tout court ?) le plus largement reconnu et honoré dans le monde. 

  Quand on sort d'une série aussi ambitieuse d'albums aussi réussis, soit on part dans la surenchère, soit on revient à quelque chose de plus direct, brut. C'est ce deuxième choix qu'a suivi Lamar (c'est visible dès la pochette à la Tyler, The Creator) ; sans se départir de la richesse musicale qui l'a fait connaître, il pose ses flows toujours plus affutés sur des beats plus bruts, plus roots, sur un album concis (14 titres, 55 min) qu'on aurait du mal à qualifier de minimaliste mais qui flirte avec l'idée. 

  On commence par l'introduction, "BLOOD.", qui pose le liant de ce disque dès le début : ce chant enchanteur, entre doo wop et pop 60s. Sur une instru qui sonne presque comme une ballade de prog (produite par Bekon aka Daniel Tannenbaum), Lamar pose sa voix, plus spoken word que rappée, racontant une histoire aussi mystérieuse que captivante, à la fin de laquelle Kendrick se fait tirer dessus. 
  Là on enchaîne avec un sample de ce "journaliste" de la FOX qui a dit "le hip-hop a fait plus de mal aux jeunes afro-américains que le racisme". Ouais, sans blague ? Nier la violence du racisme (même sans remonter à l'esclavage) en même temps que nier la culture que les jeunes blacks les plus défavorisés des quartiers les plus laissés à l'abandon ont réussi à créer à partir de presque rien (et malgré tous les obstacles, le hip-hop a réussi à conquérir le monde entier !), c'est un sacré combo de connard ignorant. 
  Pas étonnant que ça s'enchaîne sur le puissant "DNA.", avec des paroles comme "I Got Loyalty, Got Royalty Inside My DNA", où Lamar examine avec beaucoup de finesse ce qui fait l'identité des afro-américains, leur histoire arrachée, le contexte social difficile, et leur richesse culturelle. Le beat de Mike WiLL Made-It, très trap, est le plus lourd de l'album, le morceau cogne dur et ça fait du bien par où ça passe. Notamment sur la deuxième partie, avec ce sample de voix insistant qui dit un truc genre "Gimme Some Culture". Brillante entrée en matière.

  "YAH." est plus jazzy, plus cool et posée, produite par DJ Dahi, Bekon, Sounwave et Anthony "Top Dawg" Tiffith, où on retrouve la voix de canard et les ambiances posées de Good Kid M.A.A.D City (comme sur la très belle "Feel" avec Thundercat) pour notre plus grand bonheur. 
  Et un petit côté Drake aussi, qu'on retrouvera sur l'intro de l'excellente "ELEMENT." produite (entre autres) par James Blake. Dans cette tonalité plus introspective, posée, émouvante et réfléchie, on a l'étonnante "PRIDE." où la guitare du génial Steve Lacy (The Internet), les choeurs (et l'écriture) d'Anna Wise, et les pitchs incessants sur la voix de Lamar rappellent Connan Mockassin ou Mac DeMarco. Et c'est ultra réussi. 
  Il y a aussi "LUST.", qui est magnifiquement produite par DJ Dahi et Sounwave, avec l'aide des BADBADNOTGOOD et Kamasi Washington pour le côté jazzy (avec des voix de Kaytranada et Rat Boy), et la bluesy et profonde "FEAR.", produite par The Alchemist, qui déroule sur presque 8min le storytelling impeccable de Lamar.

  Et puis, outre ces moments introspectifs, il y a des moments de rage et d'énergie, et d'autres plus pop et accrocheurs. Ce versant pop est représenté par "LOYALTY." avec Rihanna, sur un sample de Bruno Mars utilisé comme pour un "California Love" part 2. De même, "LOVE." avec le divin chanteur rnb Zacari pourrait faire crossover tant ce rnb chanté-rappé à la Drake peut plaire au plus grand nombre tout en étant objectivement excellent. Tout comme "GOD." et son côté électro-rap de la fin des années 2000, quelque part entre le Kanye West de Graduation et le Drake de Take Care. Lamar sait aussi se faire plus accessible sans perdre de sa superbe.

  Quand à la rage, outre "DNA.", on l'entend sur l'ébouriffant single "HUMBLE." (au clip génial, dont on a parlé ici), produit par Mike WiLL Made-It, au piano bondissant et menaçant et au rythme trap permettant à Lamar de sortir un flow absolument virtuose et addictif. 

  On l'a aussi sur "XXX.", qui commence pourtant en douceur, avec ces choeurs dont on a déjà parlé, avant de virer très rythmique : boîte à rythme, scratches de James Brown, puis samples de piano détraqué et sirènes uniquement pour servir de tapis au flow de Lamar, hypnotique dans un premier temps puis urgent dans un second. Le morceau est très haché, sur la fin on a un passage plus jazzy, la voix de Bono, des mouettes.... c'est le bordel mais c'est génial. Mon morceau préféré de tout l'album. Ce côté roots, ce retour au plaisir de rapper, à l'aspect ludique et virtuose du flow au dessus de boucles simples mais addictives, ce retour à l'essence du hip-hop finalement, me touche beaucoup.

  Et on conclura avec "DUCKWORTH." (nom de famille de Kendrick), qui raconte l'incroyable histoire du moment où son actuel boss (Top Dawg, patron de Top Dawg Entertainment, le label de Lamar) aurait pu tuer son père, finissant en prison et privant Lamar d'un de ses parents et de son avenir en même temps. Utiliser ce qui aurait pu se passer pour donner le bon exemple, c'est brillant. D'autant plus que Kendrick Lamar ne rate pas une occasion de dire qu'il n'a jamais touché au deal ou à l'illégalité malgré les conditons sociales difficiles, et essaie de passer un message positif en ce sens. C'est excellent musicalement en tous cas, et le fait que le fond le soit aussi ne fait qu'améliorer le ressenti ultra positif. 
  La prod de ce titre, via 9th Wonder et Bekon, sample quatre excellents morceaux, "Be Ever Wonderful" (Ted Taylor, 1978), "Let the Drum Speak" (The Fatback Band, 1975), "Ostavi Trag" (September, 1976), "Atari" (Hiatus Kaiyote, 2015). A propos des samples, regardez cette vidéo pour en avoir un rapide aperçu.

  Bref, l'album n'est peut-être pas aussi définitif que GKMC ou TPAB, mais il n'en est pas loin, et l'approche plus directe choisie par Lamar est réussie à merveille. Un chef-d'oeuvre de rap de plus pour ce prodige, ça deviendrait presque une habitude !


ALEX.


vendredi 21 avril 2017

Méga-Parade - Angela (Single, 2016)



  Ca démarre, comme un avertissement, par un bouillonnement de synthés quelque part entre Soft Hair et Metronomy, avant de virer comptine pop inclassable, ni-sixties, ni-new wave, ni-synth-pop française eighties, ni-twee pop 2000's, mais un peu de tout ça à la fois, avec la patte du groupe : ces synthés-jouets qui donnent une vraie profondeur à ce titre acidulé, à la narration et aux changements d'accords entre ambiance Gainsbourg, parfum de La Femme (auquel le chant de Lucas fait penser), flegme et classe pop à la Daho, cool à la Sébastien Tellier, yacht-rock façon Metronomy, et second degré à la Housse de Racket.

  Avec une vraie science des synthés, de la construction, des arrangements (prêtez une oreille attentive aux chœurs  à tous les détails de synthés, à la guitare, aux variations rythmiques.... C'est d'une richesse inouïe). Et puis la production est impeccable. 

  Et puis le plus important est là : la mélodie est inoubliable. Non, franchement, rien à redire, c'est un petit chef-d'oeuvre de pop francophone, et on a hâte d'entendre l'EP du duo, qui va bientôt arriver.
Et on est particulièrement fiers que Méga-Parade fasse ses armes sur la scène nantaise. Bravo les gars, vous êtes géniaux.

PS : la pochette est magnifique.


Alex

mercredi 19 avril 2017

Quazar - The Nightshift EP (2017)


Cela faisait de longs mois que je n'avais pas partagé de house music en ces lignes et je dois bien avouer que cela m'a cruellement manqué. J'y remédie de la plus violente des manières avec ce titre très énervé en provenance d'Amsterdam. L'occasion de faire un petit crochet dans le monde de la techno en 2017.



     Gert Van Veen est initialement un journaliste musicale, avant de devenir en parallèle producteur, Dj, encore organisateur de soirées techno/house et enfin directeur d'un nightclub, le Studio 80 à Amsterdam. Le néerlandais est véritablement un pionnier du genre dans son pays, grâce à sa résidence au RoXY club à Amsterdam et ses productions, tel que le précurseur Pay the Piper qu'il sort avec deux autres artistes en 1989 sous le nom A Men. Il participe alors pleinement à l'explosion de la techno Berlinoise en  Allemagne et entre dans la légende avec son duo Quazar, qu'il formera avec Erik Van Putten, avant de continuer en solo, au gré de la disponibilité que lui donne ses différentes activités. Ce néerlandais est à l'image de cette scène techno et de ses activistes multi-fonction, ayant créé et faisant vivre indépendamment des circuits habituels des majors, un style musical et une plus encore, une culture alternative. 

Le RoXY club en 1988, un an après son ouverture, alors que la vague
 house s'apprête à déferler sur l'Allemagne et les Pays- Bas.

Le DJ Joost Van Bellen au Roxy Club.


     Après de nombreuses parutions dans le courant des années 90 et une grosse pause durant les années 2000, le projet Quazar renaît en 2010 avec le bien nommé Number One EP,  sorti chez Bla Bla records et appelant ainsi à un deuxième EP qui sortira deux ans plus tard sur le label We Dig Music sous le nom de Surkus Jam EP. Ceux-ci proposant une house beaucoup plus moderne que la techno berlinoise pour laquelle il oeuvrait durant les années 90.


     C'est au mois de mars 2017 que Gert Van Veen a sorti The Nighshift EP, son troisième EP, sur le très bon et tout récent label Néerlandais, MARY GO WILD. Autant vous dire que c'est de loin la meilleur de ses galettes depuis les 90's. Il y revient à ses origines musicales, la house berlinoise et nous fait exploser aux oreilles une véritable bombe techno 90's, violente et énervée. A l'apogé dès le premier des trois titres éponyme de l'EP, le rythme y est mécanique et infernal, industriel et froid, se confondant en de multiples couches de snares et kick aux timbres rappelant fortement la TR 707On pense alors à des productions comme Act's Of Sensation d'Intact sorti outre Rhin en 1990. Arrive soudainement ce sonar acide house semblant nous appeler vers les profondeurs, tel une sirène hypnotisante, cruelle et séduisante. Cette sirène, c'est peut être la voix du Dj de Détroit Anonym sortant d'une radio d'un autre âge. Atteignant son zénith, le titre se finit alors dans la paix d'une mélodie idyllique, rompant avec la brutalité des 7 minutes précédentes.

Gert Van Veen


     Sur le morceau suivant, sobrement nommé 
Fuck That Shit, c'est là encore la voix d'Anonym qui fait le lien avec cette techno froide et répétitive, aux rythmes ultra cadencés, plus classiques dans leur forme et dans les sonorités.


     L'EP se termine alors par Truce qui, comme son nom l'inique, pose le rythme effréné pour un production beaucoup plus ambient et organique, tranchant avec les 15 minutes qui ont précédé, nuançant alors l'ensemble des 3 titres. Un repos bien mérité !


A découvrir sur Soundcloud ou Spotify.

Bonne écoute à tous !



ETIENNE



Pour en savoir plus :

- La discographie complète de Quazar et de Gert Van Veen sur Discogs.
- Gert Van Veen parle du RoXY club pour Resident Advisor.
- Le livre Awakenings : 20 years of techno de MARY GO WILD retracant 25 ans de techno à Amsterdam.
- Le site internet du label néerlendais MARY GO WILD.
- Notre Playlist #9.2, parue en septembre 2016 sur ce blog et racontant en musique la fabuleuse histoire de la house.

dimanche 16 avril 2017

Damaged Bug - Bunker Funk (2017)


  Damaged Bug est le side project électro/psyché du leader de Thee Oh Sees, John Dwyer, déjà responsable d'un premier album (Hubba Bubba, 2014) absolument éblouissant, mêlant les influences de Syd Barrett, Eno et des Silver Apples au génie de son auteur le long de morceaux électro-pop déviants et inspirés, et d'un second, Cold Hot Plumbs (2015), très solide et également marquant (les deux ont figuré en bonne place dans mes tops de fin d'année). J'en attendais donc beaucoup de ce Bunker Funk, d'autant plus que Hubba Bubba est probablement mon album préféré de Dwyer tous groupes confondus et qu'avec les Oh Sees il est régulièrement excellent ces dernières années.

  Difficile de ne pas succomber au début de l'album : "Bog Dash" et "The Cryptologist" sont d'excellentes comptines psyché au groove entêtant, au chant malicieux et aux sonorités originales.
  Dans chaque album de Damaged Bug, la part belle est donnée aux jams électro-rock, et "Slay The Priest" démarre donc comme un rock mécanique avant de virer à la sucreries glam/pop davantage écrite, entre le premier Roxy Music et T.Rex. Encore une fois, sacré réussite. Le glam proto punk inquiétant de "Rick's Jummy" fait monter la tension d'un cran, et se révèle d'une totale perfection dans son genre.

  "Ugly Gamma" embrasse quand à elle totalement son statut de jam psychédélique à l'électronique aquatique, quelque part entre The Terror et Oczy Mlody des Flaming Lips. De même que "Gimme Tamanthum" et "Liquid Desert" aux atours prog-pop
  D'un autre côté, le jerk dansant de "No One Notices The Fly" donne autant envie de danser que d'écouter Pierre Henry, et ça c'est un exploit remarquable. Ce côté groovy, déjà pas mal présent le long de l'album, est également mis en avant sur "Bunker Funk", le morceau-titre dont le groove disco-glam contraste avec la sobriété de l'instrumentation. Excellent.

  La fin de l'album vaut également le détour, avec la ballade mélancolique "Mood Slime", la féérique et onirique "Heavy Cathedral" qui ferait presque penser à ce qu'Aphex Twin a fait de plus mélodique, le rock psychotique de "Unmanned Scanner", ou la conclusion "The Night Shopper", toute en douceur. 

  Tous les morceaux sont bons voire excellents, il n'y a pas une seule baisse de qualité ou d'inspiration, et le disque, très solide, creuse le sillon du groupe tout en multipliant les types d'écriture de morceau, et les sonorités des arrangements électroniques, acoustiques et électriques, et en étendant la palette d'expression du chant. 
Bref, un grand cru de plus pour Damaged Bug, et un vrai régal pour les amateurs de pop oblique.

Alex

  

vendredi 14 avril 2017

Thundercat - Drunk (2017)


  Stephen Bruner, alias Thundercat, est un incroyable bassiste de jazz doublé d'un très bon chanteur. Je l'ai découvert en solo avec le superbe single "Tenfold" sur l'album Apocalypse en 2013, et depuis, que ce soit en solo, avec Kendrick Lamar, Flying Lotus ou d'autres, il n'a cessé de m'impressionner et de m'émouvoir. Mais malgré toutes ses réussites, je crois qu'on tient là avec Drunk son magnum opus (pour le moment), un vrai chef d'oeuvre entre jazz, pop, soul/funk, hip-hop/rnb et électronique. 

  Même la pochette est un chef d'oeuvre ! Cette photo de Bruner, prise alors qu'il était en train d'asphyxier dans une eau gelée (ces yeux injectés de sang!), est tellement belle, originale et puissante qu'on la croirait tirée d'un vieux classique du cinéma. C'est tellement rare d'aussi bonnes pochettes que ça méritait d'être souligné.

  Mais pour revenir sur la musique, j'aurais bien du mal à décrire la féerie de ce disque. Dès "Rabbit Ho", la courte intro (reprise en conclusion avec un côté musique de Zelda sur "DUI") avec ses bruits d'étang, son clavier baroque soutenu par une basse charnue et ce chant angélique, qui se conclut sur un bruit d'orage, on entend un truc aussi pur que les Isley Brothers, les Beatles, les Zombies et les Temptations. C'est dire. "Captain Stupido" enchaîne en mode jazz, soul et pop, guidé par une basse agile au jeu très personnel et une boîte à rythme rappelant les goûts japonais de Thundercat (avec une folie pop digne de Yellow Magic Orchestra), et son second degré (ronflement et... oui un bruit de pet). On le retrouvera sur les miaulements de "A Fan's Mail (Tron Song Suite II)" très bonne avec ses claviers façon Daft Punk sur "Something About Us" / "Voyager" (elles aussi avec un côté manga et jazz, vous voyez la boucle se boucler ?). Cf deux morceaux japonisants : "Tokyo" et "Jameel's Space Ride".

  Ah oui au fait, tous les morceaux sont très courts, très addictifs. "Uh Uh" et son croisement entre cool jazz, Zappa, YMO et soul psychédélique en est un parfait exemple, ce morceau est un bonbon acidulé qui rend complètement accro. De même pour la pastille "Bus In These Streets", une grande chanson pop bien écrite, très Todd Rundgren.

  Et tout est merveilleux, que ce soit dans une ambiance plus soul/rnb ("Lava Lamp", "Jehtro" qui passerait presque pour du Miguel, "3AM", "Drunk"), électrofunk nocturne ("Day & Night", "Walk On By" avec Kendrick Lamar, "I Am Crazy"), rap ("Drink Dat" avec Wiz Khalifa) ou jazz ("Blackkk", "Where I'm Going", ou "Inferno" et son côté prog). Et enfin le funk liquide, psychédélique  et jazzy de "The Turn Down" avec Pharrell Williams.

  Avec un mention spéciale pour le classieux soft rock - R&B de "Them Changes" et "Show You The Way" avec Michael McDonald (Steely Dan, Doobie Brothers) et Kenny Loggins. Et puis le fabuleux électro-funk de "Friend Zone", aussi bon que les meilleurs titres de Plastic Beach (Gorillaz). 

  Bref, l'album est dense mais les chansons sont courtes et percutantes, et l'ambiance cohérente de bout en bout. On a donc un grand plaisir à s'y perdre avec délice, comme une Alice tombée dans le terrier du lapin blanc, contemplant cet univers hallucinogène et halluciné, féérique et étrange, psychédélique et divin. Un vrai grand album qui prouve qu'on peut toujours faire de la musique hyper personnelle, hyper accessible et hyper bonne tout simplement en même temps, et que les puristes (en jazz ou ailleurs) ont toujours tort, que c'est dans le mélange et la nuance que s'épanouit le mieux une sensibilité artistique. Et qui peut ramener plein de monde vers le jazz. 

  Tout simplement un grand album, qui brasse large mais reste concentré sur sa vision artistique immaculée et personnelle, avec un vrai style propre à Thundercat et une grande sensibilité qui émeut à tous les coups. J'adore.


Alex

  

  

mercredi 12 avril 2017

Kendrick Lamar - HUMBLE (Clip, 2017)



  Ca fait longtemps qu'on n'avait pas parlé d'un clip, mais celui-là vaut le détour. La musique déjà, sur un beat assez commun mais efficace de Mike WiLL Made-It, Kendrick surpasse toute la concurrence sur leur terrain avec un flow incroyable. Et puis ce clip, fourmillant d'idées mais concentré sur sa vision, avec un jeu de cadrage incroyable et assez inédit.
Bluffant.

Alex


lundi 10 avril 2017

Alfa Mist- Antiphon (2017)





     Voici une magnifique pépite, toute fraîche du mois de mars et en provenance de Londres. A mi chemin entre le jazz, le hip-hop et la soul, elle est un témoin actuel de ce jazz urbain tirant ses prodiges d'une scène hip-hop, redécouvrant sa généalogie, aux origines de la black music. A l'instar de l'artiste Amp Live dont je vous parlais il y a de ça quelques mois.


     Le génial beat-maker et pianiste de l'est londonien n'en est pas à son coup d'essai, puisque cet album fait suite à un EP, Nocturne, sorti en 2015, lui plus orienté électronique. Sur ce premier LP, la démarche y est beaucoup plus instrumental et proche du format jazz. Très claires sur 7th October, seul morceau rappé, les influences hip-hop d'Alfa Mist ressurgissent alors dans la rythmicité de son jeu, donnant tout son cachet à ses morceaux. Mais contrairement à des albums comme Low End Theory de A Tribal Called Quest, samplant du jazz pour en faire du hip hop, la substance fondamentale de cet album est bien le jazz. Préférant alors inverser la logique, Alfa Mist joue ainsi du jazz pour évoquer du hip-hop. Il s'est donc largement entouré, laissant s'exprimer saxophone alto, trompette et guitare électrique, remplaçant les boîtes à rythmes pour une batterie et donnant toute sa place au piano. La soul y est aussi une grande inspiration dans ses compositions, comme sur les titres PotentialErrors, ou Breath dont la mélodicité y est plus marquée. C'est d'ailleurs cette alternance d'harmonieuses mélodies soul, tranchant avec des mélodies jazz beaucoup plus destructurées, qui donne tout son rythme à l'ensemble du 8 titres qui fonctionnent à merveille, nous captivant de bout en bout.


     
     C'est donc un magnifique album dont je vous conseils chaudement l'écoute, nous permettant de découvrir un jazz moderne et urbain, toujours prêt à nous surprendre et susciter notre excitation.

A écouter sur Deezer, Spotify, Soundcloud ou son Bandcamp.


Merci pour votre passage et votre lecture !


ETIENNE



samedi 8 avril 2017

Calvin Harris serait-il en train de redevenir bon ? (Slide & Heatstroke, 2017)



  Calvin Harris, c'est un cas d'école. Le mec débarque en 2007 de nulle part (après quelques remixes quand même) et sort I Created Disco, brillant album d'électro-pop bricolée avec des moyens rudimentaires mais soignée, efficace et inventive, tout droit sortie de son PC. Un vrai classique. Il se vautre en 2009 avec l'album suivant, qui contenait encore quelques bonnes chansons, traces survivantes de son génie, mais noyées dans une gelée EDM mainstream assez fadasse. Et depuis, plus rien, encéphalogramme plat. Pas du côté des meilleures ventes, qu'il truste régulièrement, mais du côté de la créativité et de la vie dans ses chansons, devenues génériques, prêtes à consommer et oubliables. Quel gâchis quand on réécoute son premier coup de maître. 



  Et en 2017 (10 ans plus tard!), on ressent enfin un frémissement chez Harris. D'abord avec "Slide". Certes, le morceau use de certains poncifs des tubes de l'été que nous absorbons sans fin : piano émouvant en intro, voix pitchées, et éléments tropical house qu'on nous ressert à la nausée. Mais ici, tout est maîtrisé, et dosé avec parcimonie. Et surtout, le son est chaud, soigné, même sur le fameux sample de piano inaugural. Et puis tout au long du titre, cette disco-pop de studio, tellement bien produite qu'elle transpire la soul discoïfiée d'Off The Wall de Michael Jackson. Et puis il a eu la bonne idée d'offrir le morceau au génie Frank Ocean, qui apporte une nouvelle dimension au morceau grâce à son charme pop iconoclaste et sa soul profonde et expérimentale. Le hip-hop roots des Migos achève de rendre ce morceau authentique, et mélodique à la fois (et moderne aussi grâce à l'autotune). Et puis rendons à César ce qui est à César : la prod est simple et laisse l'espace au chant, mais cette basse ronde, ces guitares étouffées et triturées, ces claps en échos.... Tout celà est très bon. Une vraie grande chanson pop, pas dans le sens Beatles du terme, mais dans le sens Michael Jackson / disco-pop / soft rock.... En bref, un tube imparable et intemporel. C'est un peu ce que les Daft Punk auraient pu faire de Random Access Memories si ils n'avaient pas eu cette fixette vintage (ceci s'applique au prochain morceau également), et c'est absolument brillant.




  Ce coup-là, on aurait pu penser qu'il ne serait qu'isolé, dû au seul génie de Frank Ocean (et Migos dans une moindre mesure) qui transcenderait le morceau. Mais c'était sous estimer Calvin Harris, qui a eu le bon goût de suivre ce morceau d'un "Heatstroke" tout aussi bon. Au passage, les artworks des deux singles sont très beaux et classes. Sur un tapis de claviers soul jazzy qu'on imagine joués par Pharrell Williams (ce qui est confirmé par les crédits), et avec de discrètes et élégantes percussions, Young Thug déroule son flow iconoclaste, utilisé ici comme chez Kanye West, dans un mode gospel/soul qui lui sied à merveille, comme un crooner soul de l'an 3000 (quelque part entre Al Green et Bobby Womack). Puis la basse fait son entrée, suivie du beat et des guitares, et là chanson se déploie dans toute sa luxuriance rétro-moderniste, avec même quelques percus reggae, un refrain aux choeurs jazzy by Pharrell himself, et un pont par une Ariana Grande très classe en diva néo-soul. C'est très moderne, c'est électronique, c'est hip-hop, mais c'est en même temps ce sommet de soul-pop intemporel... Là encore, l'utilisation très juste d'artistes avec un pied dans le mainstream et un vrai talent (Grande, Williams) et d'outsiders assez avant-gardistes dans leur genre (Thugger ici, Ocean sur "Slide"), associés à une prod ambitieuse, accessible et chaude porte ses fruits. 



  Bref, j'aurais jamais cru dire ça mais je suis hype pour le prochain Calvin Harris. Si tout est aussi bien foutu que sur ces deux titres, le gars va dominer toute la saison chaude, et ce sera mérité. Et si il pouvait renvoyer aux oubliettes de l'histoire tous les idiots utiles du genre type Bruno Mars, ça serait rendre un immense service à l'humanité. On peut avoir peur que l'exploit ne soit pas renouvelé sur une plus longue durée, mais Harris a prouvé qu'il savait faire des (enfin, un) album excellent de bout en bout, et qu'il était plein de surprises en ce moment. 
  Bravo à Calvin Harris, on avait des raisons de douter quand même (faut pas exagérer), mais il a toujours la flamme, chapeau !

Alex


jeudi 6 avril 2017

Live Report : Concert des Lemon Twigs à Nantes (Stereolux, 01/04/17)

Brian D'Addario à la guitare et au chant

  On adore les Lemon Twigs tous les deux. Sur disque déjà (un de nos albums favoris de l'années dernière). Et puis on avait vérifié sur youtube que les gars avaient le même talent en live, ce qui est le cas, on était donc rassurés en prenant les billets. Et putain, ça valait le coup. Ils sont encore meilleurs que ce que je m'imaginais. 

  Mais commençons par le commencement. La première partie, Lo Moon, était sympa. Sans plus, mais c'est déjà pas mal. Quelque part entre post rock et pop-rock d'arène (Coldplay, mais aussi Arcade Fire / Springsteen pour les montées épiques), et teintées d'une touche électro pour faire moderne (à la Alt-J, Isaac Delusion ou Radiohead). C'était sympa, écoutez leur seul morceau sorti officiellement pour le moment : "Loveless", si la description vous branche. Je suis pas persuadé que j'y reviendrai pour ma part, mais c'était plutôt agréable comme première partie.

  Les choses sérieuses ont commencé quand les Lemon Twigs ont déboulé sur scène, pour nous jouer la totalité de Do Hollywood, leur superbe premier album. Le concert fut divisé en deux parties : d'abord Brian D'Addario, le plus jeune, à la guitare et au chant et son frère Michael à la batterie. Le plus pop sixties des deux, le plus constant dans la qualité et où l'on sent derrière l'aisance sur scène une vraie volonté de perfection pop. 

  Et la deuxième partie, où Michael a pris le lead. Lui qui faisait déjà bien le show façon Keith Moon derrière les fûts, cheveux longs, torse nu hormis un corset pailleté, visage maquillé, pattes d'éph et ongles vernis en noir. Un foulard rose et une veste grise un chouia pelle à tarte plus tard, le voilà sur le devant de la scène, un peu maquereau façon Lee Brilleaux de Dr Feelgood et surtout très glam-punk, entre Bowie et Beef de Phantom Of The Paradise. Pour une partie de scène plus seventies, plus punk, où planent les ombres d'Alex Chilton ("All Of The Time" sera reprise avec fougue et brio pour une interprétation assez déchirante et aussi destroy que belle et cool) et des gloires glam, punk et power pop. 

  Au rayon reprises, on a pu aussi entendre aussi la brillante "Love Stepped Out" de leur père Ronnie D'Addario, dans une veine Beach Boys / Zombies / The Move / garage rock). Et puis le concert s'est achevé sur un de leurs vieux morceaux, "Queen Of My School".

  On a aussi pu avoir un aperçu de leur EP à venir avec trois excellentes chansons, un poil plus power pop et seventies que le précédent LP, voire même pour une d'entre elles un parfum plus pop eighties (The Smiths, Real Estate...). 

  N'oublions pas de signaler le cool et le talent de Danny Ayala aux claviers et aux choeurs (et un peu à la guitare) et le flegme rock'n'roll de Megan Zeankowski à la basse (avec un petit côté fille de Hank Moody dans Californication). D'ailleurs, c'est assez incroyable qu'à 4 ils arrivent à produire un tel boucan aussi mélodique et à reproduire sans effort les architectures complexes des arrangements et les changements de rythmes sinueux d'un album sur lequel on entend quand même souvent tout un orchestre. 
  
  Bref, ces jeunes gens sont des génies et d'authentiques rock star qui savent écrire des putain de chansons sonnant déjà comme des classiques, et tant pis pour ceux qui ne savent pas passer outre le vernis vintage, ils ratent un des groupes les plus talentueux de l'époque. 


Brian D'Addario (à gauche, claviers) et son frère Michael (à droite)

Alex


mardi 4 avril 2017

Live Report : Concert de Julien Doré, 8 Mars 2017, Zénith de Nantes


  A l'origine, ce concert était plutôt un cadeau pour ma chérie, même si j'apprécie le personnage et sa musique. Mais son album "&" me touchant de plus en plus au fur et à mesure des réécoutes, j'avais hâte de voir enfin Julien Doré en concert (en ayant entendu en plus pas mal de louanges sur ses qualités de showman). Et je ne fus pas déçu. Alternant entre passages plus électriques ou électro et ambiances intimistes et acoustiques, le concert était très musical, dense (2 guitaristes, 1 bassiste, 2 claviers et un batteur, plus lui qui jouait régulièrement d'un instrument en plus).

  Oh j'allais oublier, juste un mot sur la première partie Omoh : c'était pas terrible. Les chansons sont peu inspirées, et le chanteur et leader est peu charismatique (son guitariste qui a repris le flambeau du chant pendant un morceau a réussi l'exploit d'être calamiteux), et la seule fille du était aussi la seule à pouvoir le sauver sur le seul bon morceau de leur set : "Day One", qui doit beaucoup aux albums de 2011 (un peu de retard les gars ?) de Baxter Dury & Metronomy. Mais revenons à Julien Doré.


  La scénographie était belle et bien vue : depuis les mouvements des cylindres qui portaient les deux claviers jusqu'au "&" se révélant être, outre une porte pour entrée façon superstar avec de la fumée partout, un écran permettant de diffuser de nombreuses (et jolies) vidéos tournées sur le même thème que ses clips et son visuel d'album (et donnant par là une cohérence visuelle bienvenue à l'ensemble). Ecran qui a permis aussi quelques facéties, comme un Julien dansant avec lui même.


  Et autant les moments intenses étaient réellement intenses (la majorité de "&" a été jouée, plus pas mal d'extraits des albums précédents), autant le bonhomme ne se prend pas au sérieux, alternant vannes, déclarations d'amour, auto-dérision et partage avec le public. Qu'il invite fréquemment à chanter ou danser avec lui entre deux bains de foule, ce qui passe un peu pour une animation karaoké / club de vacances pour l'esprit cynique de votre serviteur mais qui au fur et à mesure du concert vous fait vraiment entrer dans l'ambiance pop que Doré a voulu insuffler. D'ailleurs, lui-même ne s'économisait pas, et débordait d'une énergie communicative, et d'une vraie complicité avec ses musiciens (au passage, y'avait quand même Arman Méliès à la guitare).


  Le clou de l'autodérision (et de la mégalomanie aussi) était l'entrée en fin de concert sur scène de Doré, monté sur une mini-moto, coiffé de son célèbre casque à lunettes.


  Au final, le concert était généreux, le nombre de morceaux abordés important, et on sentait que chaque chanson avait été travaillée et mise en valeur avec beaucoup de soin et d'amour pour ce live, et j'ai redécouvert sous un nouveau jour des chansons qui m'avaient moins touché sur disque comme "Mes Sombres Archives", "Le Lac", "Beyrouth Plage" ou même d'autres auxquelles j'avais déja bien accroché comme "Sublime et Silence" ou "Porto-Vecchio". Et sur les 6 personnes (dont moi) que je connais et qui ont assisté au concert, on a 6 convaincus alors qu'aucun n'est un fan absolu du gars, preuve de la qualité du set.

  Bref, sur disque comme sur scène, Julien Doré reste pour moi un artiste assez incontournable de la scène française, à la position assez incongrue : c'est probablement le seul à avoir autant de succès avec une musique certes accessible mais d'une aussi bonne qualité, et cette rareté le rend précieux. 



Alex

dimanche 2 avril 2017

Caro Emerald - Perfect Day - Lou Reed Cover (2013)







     Je vous propose aujourd'hui une magnifique reprise du cultissime Perfect Day de Lou Reed. Véritable monument de la pop états-unienne sorti en 1972, le titre, produit par un grand admirateur de l'époque, David Bowie accompagné de son acolyte de sa période glam rock, Mick Ronson, permet à Lou Reed de connaître un succès phénoménal sur son deuxième album solo Transformer, après un Lou Reed passé inaperçu. Il marque ainsi le véritable départ d'une carrière solo faisant suite à son départ du Velvet Underground un an plus tôt.
     Sur ce titre, il est d'abord question de Bettye Kronstadt, sa première femme. "Oh, it's such a perfect day I'm glad I spent it with you" chante Lou Reed étonnement mélancolique. Mais en miroir se dessine une autre lecture, celle de son addiction à l'héroïne que l'on devine clairement "You just keep me hanging on", donnant toute sa noirceur à cette chanson.

Lou Reed et David Bowie au Dorchester Hotel  de Londres en 1972.

Lou Reed et sa première femme, Bettye Kronstadt.


     L'interprétation que je vous propose, est celle de Caro Emerald, chanteuse néerlandaise de jazz et de pop, ayant notamment fait succès en Allemagne avec son premier album Deleted Scenes from the Cutting Room Floor. Elle revisite ici la chanson  pour la radio néerlandaise 3FM, de sa voix féminine et soul, rappelant celle d'Amy Winehouse. Elle gomme ainsi la tristesse du titre original dans la chaleur de cuivres latins et laisse parler la sublime mélodie, évoquant de tant à autre les premiers album de Coldplay.


Bonne écoute et merci pour votre lecture !



ETIENNE



mercredi 29 mars 2017

The Dave Brubeck Quartet - Dave Digs Disney (1957)

     Quel parent n'a pas entonné un Disney à ses enfants ? Il faut avouer que Disney a toujours laissé beaucoup d'importance à ses BO, qui demeurent aujourd'hui tout aussi connues que leurs dessins animés eux-mêmes. On se souvient ainsi tous des musiques des Aristochats, du Livre de la Jungle, de la Petite Sirène ou encore du Roi Lion. Alors quand ton papa s'appelle Dave Brubeck, le résultat prend une autre dimension !









     L'histoire veut que ce serait en emmenant ses enfants à Disneyland, fraichement ouvert en 1955 en Californie, que Dave Brubeck, fort du succès international de son Take Five sorti deux ans plus tôt en 1955, eut l'idée de composer un album de reprises de BO de Disney. Perpétuant de façon désopilante la tradition des reprises dans la musique jazz. 

Disneyland Park à son ouverture le 17 juillet 1955

     C'est ainsi que Dave Brubeck et son quartet, composé du génial Paul Desmond au saxophone alto, de Joe Morello à la batterie et de Norman Bates à la contrebasse, enregistrent en 1957 8 titres (dont les 2 derniers ne sortiront que sur la réédition de 1994) de "cool-jazz" s'inspirant des mélodies des BO d'Alice au Pays des MerveillesCendrillon, Blanche Neige et les Sept Nains et Pinocchio.
     N'hésitant pas à s'écarter de la composition initiale, le travail de réécriture y est époustouflant, enrichissant à foison les mélodies, que Dave Brubeck imprime d'un rythme dynamique, quasi dansant, et soutenu par la batterie de Joe Morello ainsi que la contrebasse de Norman Bates. Le magnifique dialogue mélodique entre saxophoniste et pianiste fonctionne là encore à merveille sur la durée des 8 titres qui respirent littéralement de cette alternance mélodique. Le rendu en est beaucoup plus gais et plus intemporel que les originaux qui, il faut l'avouer, ont perdu de leur fraîcheur.

Dave Brubeck, sa femme, Lola Brubeck et trois de ses enfants dans leur appartement de Los Angeles durant les années 50. LIFE archives 

Pour vous aider, voici la tracklist et les originaux correspondant.

01. Alice In Wonderland tiré d'Alice au Pays des Merveilles
02. Give A Little Whistle tiré de Pinocchio
03. Heigh-ho tiré de Blanche Neige et les Sept Nains
04. When You Wish Upon A Star tiré de Pinocchio
05. Some Day My Prince Will Come tiré de Blanche Neige et les Sept Nains
06. One Song tiré de Blanche Neige et les Sept Nains
07. Very Good Advice tiré d'Alice au Pays des Merveilles
08. So This Is Love tiré de Cendrillon

The Dave Brubeck Quartet en 1956 par Marvin Koner - Paul Desmond, Joe Morello, Dave Brubeck et Norman Bates

Les liens utiles à son écoute : DeezerSpotify.


Merci pour votre lecture !



Etienne