Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes

dimanche 23 juillet 2017

Oliver Buckland - Pendent (2017)

Today, let's talk about classical music with a young and very talented english composer named Oliver Buckland, whom we discovered on soundcloud with this brillant track, "Pendent". Here, the composition is performed by the Coniston Trio, composed of Whyn Chan (piano), Kevin Saw (violin) and Eliza Carew (cello).



     "Pendent" comes from the idea of the pendulum movement, where fourth and fifth alternate in the piano, in an ostinato which is like uncompleted. This creates the sensation that the composition is being built bit by bit inside our ears. The piece is full of simplicity and delicacy, and the tone alternates only between this two chords like it's undecided on the melodic way to follow. But, in fact, it's a smart way to create and expand the listener's desire, to bring to the fineness of the crescendo, and to introduce the violin and the cello in complex polyrythm and dissonance. This scathing dissonance collides with the harmony of the beginning and contributes to build a very contrasting ambience, made by dephasing and resynchronisation. This is enhanced by the violence of the musicians interpretation
  Then, a variation of melody and rythm continues to create this contrast, drawing from many inspiration from classical music (Astor Piazzola), to the contemporary music of Philip Glass and mostly Steve Reich.


     It is hard to avoid thinking about the minimalist music of the pioneer Steve Reich, especially his Music For 18 Musicians, in this simple melodic ostinato which is gradually enriched, melodically and rythmically. This compositional mode can also be compared to the way house music is created and crafted. That's probably this parallel with a familiar music style that attracted me in the first place. In fact, the compositional process seems to be similiar to house tracks because this short ostinato is looping like a sample, and evolves like a piece of music cut and pasted and modified with electronic music tricks. A good example of that is found in some musical patterns that we can hear played straight and then reversed. We also ear the inspiration of Steve Reich in the use of polyrythm, reminding his "phasing music" concept.

     This link with electronic music and its processes becomes crystal clear when we dig in Oliver Buckland's soundcloud where he proposes classical compositions as much as electronic or pop tracks, which prove his unbounded talent. We were especially impressed by Pinkover, which evolves in a surreal ambience mixed between ragtime and video games. He also realesed two electronic albums, Ten and Twenty, and various other electronic and classical projects and EPs in his soundcloud.

     So, it's an ambitious but accessible work which grow on you, a track that we can appreciate again and again. The kind of sound which becomes an obsession that helps you pursue your long evening (night?) of work or study.

     To better understand and put into perspective this wonderful work, we have been fortunate enough to exchange with Oliver Buckland. Therefore we will shortly propose you, on this blog, an exciting interview about "Pendent" and Oliver's other works, that Alex will introduce to you very soon. 

All his music is available on his soundcloud account. Have a nice listen !

Etienne


Oliver Buckland - Pendent (2017)

Aujourd'hui laissons place à la musique classique avec un jeune et très talentueux compositeur anglais, Oliver Buckland, que nous avons découvert sur soundcloud par ce sublime titre, Pendent. La composition est ici interprétée par le Coniston Trio, composé de Wyn Chan au Piano, Kevin Saw au Violon et Eliza Carew au violoncelle.





     Pendent, c'est d'abord cette idée de mouvement pendulaire, où alterne la quinte et la quarte au piano, dans un ostinato comme inachevé, où la composition semble se construire à nos oreilles au fur et à mesure. C'est tout en fragilité et simplicité, qu'entre ces deux accords oscille la tonalité, comme indécise sur le schéma mélodique à suivre. Mais ce n'est que pour mieux se laisser désirer et amener dans la finesse d'un crescendo, le violon et violoncelle, qui s'entremêlent dans une complexe polyrythmie à la dissonance cinglante, tranchant avec l'harmonie du début. L'interprétation y est violente, comme si les musiciens brutalisaient leur instrument, avant de se resynchroniser pour mieux s'éclater à nouveau. S’enchaîne alors une variation mélodique et rythmique tout en contraste, où s'entre croisent de nombreuses inspirations classiques, notamment celle de Piazzola, et contemporaines tels Philippe Glass et surtout Steve Reich.



     Comment ne pas penser au pionnier de la musique minimaliste et notamment à son Music For 18 Musicians, à l'écoute de cet ostinato qui, dans sa simplicité mélodique, se décline et s'enrichit à la manière d'un morceau de house music. C'est d'ailleurs probablement ce parallèle avec un style que j'affectionne particulièrement et dont je suis plus familier qui m'a tout de suite attiré vers ce titre. La méthode de composition semble ainsi proche des celles de productions house, avec ce motif mélodique de deux accords rappelant la technique de sample et de looping ou encore des motifs mélodiques inversés. C'est aussi cette polyrythmie, avec le déphasage inventé par Steve Reich.

     Ce rapprochement avec la musique électronique et ces techniques s'explique en fait très bien en fouillant sur son soundcloud où Oliver Buckland propose tout aussi bien des compositions classiques que des morceaux électroniques ou pop, preuve de son talent sans frontières! Nous avons, avec Alexandre, été notamment impressionné par son Pinkover, dans un ambiance entre ragtime et musique de jeu vidéo. Il a d'ailleurs fait deux albums très électroniques, eux aussi disponibles sur soundcloud, Ten et Twenty

     C'est donc une oeuvre tout à la fois abordable et ambitieuse qui gagne à se réécouter encore et encore. Ce genre de morceaux qui vous obsèdent et qui vous accompagnent dans vos longues soirées de travail. A découvrir absolument ! 

Pour mieux comprendre et mettre en perspective ce magnifique travail de composition, nous avons eu la chance de pouvoir échanger avec Oliver Buckland. Nous vous proposons donc très prochainement en ces lignes le passionnant entretien que nous avons eu avec lui.

Retrouvez toute sa musique sur son soundcloud.

Etienne

samedi 22 juillet 2017

La Playlist #13.4 : Nous Disques

Les semaines passent et ne se ressemblent pas sur La Pop d'Alexandre et Etienne. Après une troisième playlist sur Dark Entries Records et ses sons l'electronica 80's, cette 4ème playlist vous emmène sur les vaporeux chemins de la techno minimale avec le label Nous Disque. Malgrès un nom à la consonnance francophone, ce label fondé en 2013 nous vient de Grèce et est basé à Berlin, capitale mondiale de la minimale. A l'instar de l'esthétique de sa musique, le label cultive l'anonyma et le mystère à son sujet, ne laissant filtrer que ses sorties sur son site internet épuré au maximum. Il en est de même de tout le travail visuel des très nombreux artistes signés, donnant à voir une iconographie abstraite, géométrique et où le noir et blanc est la règle. un esthétique froid et impersonnel qui colle parfaitement à cette techno berlinoise attirée vers l'ambient et ayant toujours et un pas d'avance sur la techno du futur. Ayant signé des artistes aux quatre coins du monde, ils sont un reflet précieux d'un mouvement global, au delà des scènes locales. Ils ont ainsi pu mettre en valeur tant des petits que des gros artistes, avec de gros succès à leur actif, comme le génial Stuck In Socks de Moodcut, enfant de Manchester. 




On commence avec le très minimal Velvet de Cofaxx, à sortir en août sur son Pico Vu EP. Le producteur New-Yorkais y propose une house chill sur base de trip planant et sensoriel, tirant vers la mouvance ambient. Les influences y sont très anglaises 90's, avec une construction très mélodique. L'amour du monsieur pour les synthétiseurs et autres joujoux musicaux y est assumé et communicatif. Tout l'album est du même niveau et vous promet un moment de détente auditive assuré!

Le deuxième titre nous vient d'un musicien égyptien, Ismael., avec son Low Contrast EP sorti au mois de juin dernier. La techno est là d'inspiration purement berlinoise, avec des sons industriels et crasseux, comme sortant d'un vieux poste radio SCR-536. La mélodie plus que minimaliste n'a en fait qu'un rôle rythmique, soulignant des beats graves à la réverbe et à la distorsion hypertrophiées.

Témoin de la richesse géographique des signatures du label, le dernier titre que je vous propose est l'oeuvre de la tokyoïte Sapphire Slows, sorti en mars dernier au sein de The Role of Purity EP. Dans un style purement post-electronica, vous ne trouverez ici aucun beat, seuls un, puis deux et enfin trois synthétiseurs s'y entremêlent entre echo et arpeggiator. Dans ce que l'on pourrait presque qualifier de l'anti-techno, la mélodie est reine. Ce n'est pas sans rappeler le très bon travail de nos compatriotes d'Egyptology sur The Skies (2012), dont je vous recommande chaudement la découverte.

Bonne écoute et merci pour votre passage,


Etienne

mardi 18 juillet 2017

Tyler, The Creator - Boredom (2017)

Breaking news pour le deuxième single annonçant le cinquième opus de Tyler Okonma. C'est bien une petite météorite inter-galactique qui nous parvient de la planète Tyler, The Creator, roi du hip-hop californien et leader du collectif Odd Future





     On y retrouve la face la plus chill de son précédent Cherry Bomb, étonnamment épuré de sa production déstructurée et expérimentale qui faisait sa marque. Comme à son habitude, il nous gratifie d'une ribambelle de guest vocaux avec Rex Orange County, Anna Of The North et Corinne Bailey Rae et de la participation de Austin Feinstein du très L.A. Slow Hollow à la guitare. 




     Après une petite introduction RnB posée et discrète, vient subtilement s'infiltrer un arpeggiator annonçant l'arrivée jouissive du beat qui déroule lui même le tapis rouge au flow toujours aussi grave de Tyler. Un moment de pur de plaisir! 
Ce hip-hop chill avec guitares funky et chant RnB n'est pas sans rappeler les productions du grand marabout Pharrell Williams. Un style très en vogue en ce moment, notamment après le très remarqué Funk Wav Bounces Vol.1 de Calvin Harris, mais qui est exécuté avec talent et personnalité. Il se paye même le luxe d'une fin beaucoup plus orchestrale, mais de bon goût!


Pochette de Scum Fuck Flower Boy


     On avait déjà pu entrevoir ce son très californien 80's sur le délicieux 911 / Mr. Lonely diffusé fin juin, titre sonnant étonnamment Connan Mockasin et son It's Choad My Dear. L'album Scum Fuck Flower Boy est annoncé pour le 21 juillet. En toute confidence, l'album ayant fuité la semaine dernière, il semblerait qu'on ai à faire à du très haut niveau. Rien à voir avec la pochette qui ne vend pas du rêve, il faut l'avouer.  

A suivre !


Etienne

dimanche 16 juillet 2017

La Playlist #13.3 : Dark Entries Records

Cette semaine je vous présente le magnifique label New-Yorkais Dark Entries Records, oeuvre de Josh Cheon, fou furieux collectionneur de pépites électro indé 80's et de ces sons de synthétiseurs modulaires. Il oeuvre avec passion sur ce label depuis 2009 à ressortir toute cette facette oubliée d'une disco plus dark et surtout plus synthétique. Il ne se fixe aucune frontières, ni musicales, avec un catalogue qui s'étend du post-punk jusqu'aux origines de la house music, ni géographiques, rééditant par exemple le très bon album solo du français Philippe Charry, Rive Gauche (1983), membre de Love International, connu pour son Dance on the groove and do the funk. Le label est notamment à l'origine de l'indispensable réédition de l'album School Daze de Patrick Cowley en 2013, présent sur une de nos précédentes playlist#1 : dans les oreilles d'Etienne.  Mais il ne se contente pas de redonner une nouvelle vie à tous ces chefs d'oeuvres discoïdes, puisqu'il signe aussi sur ce label de nombreux nouveaux artistes, accompagnant ainsi le revival 80's et la flopée d'albums qui s'en suivent.




      On commence d'ailleurs avec Crotch Rocket du duo Looky Looky et son italo-disco, dont le nom fait honneur à l'un des singles du premier album du père fondateur du style, Gorgio Moroder. Une italo-disco qui mord allégrement vers des sonorités aux influences house 80's, notamment celles de Détroit dont ils sont originaires. Le single fait parti du premier album de Looky LookyPart Flamingo, sorti en février 2017 et  dont nous vous recommandons activement l'écoute.





     Autre sorti récente du label, puisque de mars 2017, cette fois ci beaucoup plus 90's et house dans ses influences, le Dualism Ep du producteur anglais Solitary Dancer dont voici le magnifique Anything. On tape ici dans de techno berlinoise dans toute la magnificence du style, avec un beat froid et ravageur, ampli de réverbe et contrastant avec une production très feutrée.


     On termine par la réédition du génialissime Closer / Tam Tam du parisien Jean-Marie Salaun sous le nom de projet Codek. Sorti en 1981, ce 2 titres de proto-électro-funk atypique dans le paysage musical français est littéralement une petite bombe atomique. Le Closer qui ouvre l'Ep ne vous laissera d'ailleurs pas indifférent avec ce fantastique arpeggiator de synthétiseur modulaire (un Minimoog model D de 1978 probablement), constituant le dénominateur commun de l'esthétique visuel du label Dark Entries Records. Sur cette base mélodique vient alors se greffer chants africains, cuivres et cocottes funky à la Fela Kuti, dans un style afro-beat discoïde et électronique. Le disque est d'ailleurs initialement sorti sur le label ivoirien West African Music en 1981, avant de sortir sur le fameux Island Records l'année suivante, pour être distribué au Royaume-Uni et en Europe. Cette réédition est à sortir pour le 18 juillet 2017 et vaut vraiment le détour, à bon entendeur !


      Vous l'aurez compris, je ne tarirais pas d'éloge au sujet de Dark Entries Records qui est probablement l'un des labels de réédition et d'édition le plus excitant de ces dernières années, tant par la qualité des oeuvres dénichées, que par leur quantité et par le remarquable travail d'historien réalisé autour. Je vous encourage ainsi à vous perdre sur leur site ou leur Soundcloud qui regorge d'innombrables pépites à savourer sans modération. 


Bonne écoute et à la semaine prochaine pour une prochaine playlist house !



Etienne

mardi 11 juillet 2017

Polo & Pan - Caravelle (2017)




L'avis d'Etienne :

     Caravelle, c'est le nom du premier album de Polo & Pan, duo parisien formé de deux résidents du très chic Baron Club, Paul Armand-Delille alias Dj Polocorp et Alexandre Grynszpan Dj Peterpan. Dans ce projet ne reniant en rien les origines électroniques des deux amis, les influences musicales sont riches et nombreuses. Il nous embarquent pour une croisière tropicale et onirique, aux accents d'enfance et de voyage. On y retrouve les singles qui nous avaient fait craquer pour ce duo, comme Plage Isolée ou Dorothy, mais surtout une ribambelle de nouveaux titres que nous attendions avec impatience. Le tout est signé sur le label parisien Ekler'o'shock.


  Ce voyage commence par le très cosmique Abysse, alliant samples de voix rétro-futuristes et synthés electronica. A peine embarqués, que nous rejoignons Aqualand, où les voix prennent la forme de chants de sirène, nous appelant de leurs rythmes tropicaux, jusqu'à ce break électronique et jouissif. On comprend dès lors le terme "space jungle" dont les deux artistes usent pour qualifier leur musique. C'est aussi l'occasion de découvrir les deux autres membres de ce presque quator, Victoria Lafaurie et Marguerite Bartherotte. Deux artistes multi-casquettes qui viennent prêter leur voix et donner ce goût de pop à la musique de Polo & Pan. C'est d'ailleurs cette dernière qui a écrit les parole d'Aqualand.


Paul Armand-Delille à gauche et Alexandre Grynszpan à droite
  Puis la premier escale arrive avec Canopée, associant cette guitare tranquille et ces rythmes calypso, comme montant d'une luxuriante forêt. On y entend cette même manière d'allier une chanson française électronique à des inspirations très brésiliennes, comme Sébastien Tellier avait pu le faire avec grande maîtrise sur L'Aventura.

  Sur Coeur croisé, les voix s'entremêlent avec grande classe, sur des rythmes quasi reggae, se permettant même le luxe d'un solo de saxophone. Les voix des deux chanteuses s'y balladent avec une osmose stupéfiante, pouvant rappeler la manière dont le duo Brigitte use de leurs voix. La langue française y est ici utilisée avec délicatesse et poésie, apportant énormément à la construction cet univers rêveur et naïf.




  Une nouvelle escale s'en suit, Zoom Zoom, qui assume pleinement ses influences brésiliennes avec le très pertinent sample de Zum-Zum d'Edu Lobo. On notera l'humour du titre de la chanson. De la même manière dont ils s'approprient le titre, ils arrivent à conserver l'essence de la musicalité du sample tout en y apportant une nouvelle fraîcheur, nous faisant déhancher sur ces airs de boss nova avec les beat ultra cachy de leurs background électronique. Un titre remarquable.


  Ne nous laissant pas de répit, Nanã continue de nous faire danser sur ses airs de musique brésilienne 60's. Le mélange est là aussi réalisé avec grand goût, dans une qualité de production tout bonnement déroutante.

  Puis on change de continent, quittant l'Amérique du Sud pour Kirghiz et ses rythmes d'Asie centrale. Le titre vient alors trancher avec la naïve fraîcheur des titres précédent, pour une atmosphère beaucoup plus pesante, rappelant parfois celle de la techno berlinoise.

  Vient ensuite Dorothy que nous connaissions déjà, puisque sorti en 2014. Il continue dans cette ambiance plus inquiétante, usant de rythmes très house et de ces sons de verre inquiétants, un peu à la manière dont Jacques fait de la musique à partir de samples de bruits divers. Polo & Pan a d'ailleurs collaboré au début de l'année avec Jacques sur son magnifique Jacquadi. Les deux univers s'y entremêlent avec génie sur un clip de Vincent Castant qui avait déjà réalisé le très remarqué clip de Dans la Radio.


  Autre titre que nous avions déjà pu écouter et pas des moindres, leur excellent single Plage Isolée, sorti en 2015. Il cristallise à lui seul tout l'univers de Polo & Pan, entre rêve et réalité, comme voguant sur cette caravelle onirique, entre terre, mer et air, s'inspirant tout autant de mélodies africaines que de musique tropicale. La langue française, de toute sa poésie, vient alors donner une cohérence à ces influences multiples. On pense alors d'autres références française comme François & the Atlas Mountain.

  Avec Mexicali on traverse à nouveau l'Atlantique, pour accoster sur un Mexique délirant aux ambiances de fête foraine caribéennes, avec ce rythme étonnants. La voix féminine et la production ne sont d'ailleurs pas sans rappeler l'américano-trinidadienne Nicki Minaj. Bien qu'il ne soit pas le morceau le plus remarquable de l'album, il participe à la biodiversité esthétique de cet album foisonnant.

     Chasseur d'Ivoir, ode au voyage, nous emmène dans un trip électro-chill africain, utilisant une production électronique à la manière pop de Air, tandis que la place du chant et les sonorités vocales nous rappelle un autre duo français, Paradis.

     La caravelle termine alors son voyage fantastique dans Pays Imaginaires où les harmonies vocales, rappelant là encore le duo Brigitte, sont portées par des rythmiques tropicales et dansantes sur fond d'ambiance de B.O. Walt Disney.


     Ce premier LP de Polo & Pan est donc une franche réussite. Tout en y reprenant les précédents singles qui les avaient fait connaître, ils ont su nous concocter de nouveaux titres variés et singuliers, dans une ambiance elcetro-chill tropicale appelant au voyage et à la découverte.  



A écouter sur Deezer ou Spotify. Pour se le procurer le vinyle c'est par ici ou en digital sur iTunes.

Bonne écoute à tous !


Etienne



L'avis d'Alex :

  Un très agréable disque d'électro-pop française, qui arrive à rester sur le fil et éviter certains clichés de la pop électronique radiophonique tout en conservant une fraîcheur et une accessibilité intactes, grâce à une démarche volontiers maximaliste ne se privant pas de luxuriance dans les arrangements (cf l'intro "Abysse"). 

  Les chants féminins, très bons, les rapprochent de groupes comme L'Impératrice, La Femme, Les Pirouettes ou des travaux de Lewis OfMan ou Vendredi sur Mer. On a un grain 80s également dans le chant, avec la chanson française à synthés typique de l'époque, sur la bonne "Aqualand", le tube irrésistible "Canopée", et surtout le superbe single "Coeur Croisé", dont le refrain entre chanson et reggae m'intrigue : les choeurs chantent une mélodie vocale me rappelant un tube 80s français, mais lequel ? Si vous avez des indices, je suis preneur ! D'ailleurs, le côté années 80 est accentué par le rythme et le saxo sur cette chanson en particulier, qui est une des plus réussies de l'album. 

  Les tribulations musicales ("Zoom Zoom", la très belle "Nanã" au sample magnifique, presque beatlesque, "Kirghiz", "Dorothy", "Plage Isolée (Soleil Levant)") du duo s'en sortent bien, loin des horribles et insupportables mièvreries globe-trotteuses de Jain, ou du côté poussif et carnavalesque du dernier M se prenant pour Damon Albarn. Même si "Mexicali" est moins intéressante, que "Pays Imaginaire" est juste sympathique, et que "Chasseur d'Ivoire" est pas loin d'être horrible, l'album se tient quand même bien et vaut le détour.

Alex



vendredi 7 juillet 2017

La Playlist #13.2 : Northern Electronics

Suite à notre première playlist autours du label 17Steps, nous avons décidé de quelque peu affiner le concept de cet house summer pour vous proposer chaque semaine de découvrir un nouveau label, unité de mesure de ce genre musical au fonctionnement assez singulier. Cette semaine, embarquez pour Stockholm et son maintenant célèbre Northern Electronics.





     Label de deep techno fondé en 2013 en suède par Anthony Linell, alias Abdulla Rashim, Northern Electronics a su se construire un esthétique singulier, autours d'artistes héritiers d'une certaine techno berlinoise, aliant une house industrielle et ambient, dont voici quelques sorties récentes


     On commence par la techno minimaliste et cérébral du photographe et DJ suédois Andreas Lübeck, officiant sous le pseudonyme Ca2+-. Hair Bundle Motor est tiré de son Gait Cycle EP, sorti en mai dernier et impressionne par son rythme intense en demi-teinte d'une vibration électronique oppressante, pour s'en défaire dans un crescendo de 9 minutes de bonheur.

      Antony Linell, patron du label, va publier le 10 juillet Emerald Fluorescents LP, faisant suite à son Consolidate EP de mai dernier. Il a dévoilé le single Fractal Vision en avant premier et en dit long sur cet album à venir. La techno y est un prétexte à une musique ambient avant-gardiste, dans une ambiance sombre et froide, permettant l'expression d'une musique emplie d'émotions. Une sortie à ne pas louper !

     On finit avec la magnifique house electronica de Protokoll A, signée de Bandhagens Musikförening, autre suédois de la bande et son LP Protokoll A pour conclure en douceur cette playlist. La rythmique soutenue y tranche avec la douce mélodie jouée par un synthétiser comme sorti des nuées. Il emprunte la même construction que Hair Bundle Motor, laissant progressivement la partie rythmique prendre le dessus sur la section mélodique dans un magnifique cresendo.


Pour en savoir plus sur ce génial label suédois, visitez leur site web.

A la semaine prochaine pour un nouveau label !



Etienne

jeudi 6 juillet 2017

Steve Lacy - Steve Lacy's Demo (2017)


  Steve Lacy est membre du groupe The Internet, qu'on adore ici, et dont deux membres ont déjà sorti un album qu'on a apprécié ici : Syd et Matt Martians. C'est également une figure montante de la pop, on a pu entendre une de ses compositions sur le dernier Kendrick Lamar.

  Et son EP, composé de 6 courts titres, est à la hauteur de ceux de ses collègues. Guitariste de formation, son son et son jeu sont très personnels, quelque part entre soul/funk, jazz et rock indé façon post-punk dansant (Talking Heads, Blondie ou plus récemment Strokes...). Ça s'entend sur "Looks", avec sa section rythmique qui sent la sueur, pour un résultat quelque part entre Marvin Gaye, Tim Maia et le son de Gang Of FourOu sur "Ryd", à mi chemin entre Prince, Frank Ocean, Mac Demarco - Homeshake et Connan Mockassin. On peut s'amuser longtemps comme ça ("Dark Red" = Dan Auerbach + Miguel, "Thangs" = Frank Ocean + Matt Martians, "Some" = Michael Jackson + Bootsy Collins...), mais le plus important est là : ces chansons, au-delà des influences, ont une sacrée personnalité, sont foutrement bien composées et interprétées, avec une profondeur soul indéniable, et leur son est niquel.

   Cet EP est donc une vraie grosse réussite à écouter absolument (par ici par exemple, ou sur youtube).

Alex


mardi 4 juillet 2017

Benjamin Biolay - Volver (2017)


  Cet album, suite directe au très bon mais trop long Palermo Hollywood de l'an dernier, est un peu sa face B, son retour d'Argentine. Qui démarre fort, avec la magnifique chanson-titre, "Volver", où l'on reconnait le Biolay des grandes œuvres. L'orchestration est magnifique, la mélodie aussi, le chant est divin, le texte très beau dans le genre doux-amer. Du côté des réussites, le trip-hop jazzy de "Le Nuage" est également une perle, de la prod au texte en passant par la voix... Pour un rendu très Gainsbourg, période L'Homme à la tête de chou"La Mémoire" est navigue elle aussi entre jazz, musique latine et vieille chanson française (on ressent l'influence de sa période Trénet). "Hypertranquille" un exercice de mumble rap français délicieux et irrésistiblement bien foutu, dont je vous ai déjà parlé ici. Et "Hollywood Palermo" vaut le détour, elle est vraiment excellente, grâce à l'intervention d'Ambrosia notamment.

  Le disco de "Roma (amoR)" est très bonne, tout juste gâchée par un couplet de rap hispanophone trop radiophonique pour être honnête. "Arrivederchi" est un émouvant hommage à un ami disparu, qui arrive à toucher sans trop tomber dans le mélo pourtant difficile à éviter grâce à une science du détail presque naturaliste et à une honnêteté sans failles. "Pardonnez-moi", sur sa rythmique entre dub et cumbia, et avec ses arrangements électroniques très modernes et putassiers, surprend en bien par sa qualité et son accessibilité (qui se transforme vite en addictivité). La reprise d'"Avec Le Temps", de Ferré, est scolaire mais très bonne. 

  Presque au même niveau, "Happy Hour" est une belle chanson sur un thème difficile à traiter, au texte très honnête même si un poil naïf sublimé par les interventions vocales de Catherine Deneuve et les choeurs autotunés."Ca vole bas", avec Sofia Wilhelmi, est une bonne chanson de pop latine, très rythmée. "L"alcool, l'absence" est également bien foutue. 

  On a également quelques chansons moyennes mais agréables, comme le rock FM de "!Encore Encore!", en duo avec Chiara Mastroianni. C'est le genre de chansons que Biolay fait régulièrement et foire presque tout le temps, mais là pour une raison inconnue ça fonctionne à merveille malgré (grâce ?) le côté over-the-top. Très sympathique exercice de style. Ou encore "Mala Siempre" gavée de pop latine autotunée (feat Mala Rodriguez), et "Sur la Comète", une ballade sympathique à défaut d'être mémorable.

  Bref, un bon album de Biolay, complément attachant au plus ambitieux et plus indispensable Palermo Hollywood, mais qui arrive pourtant à avoir son propre charme, celui d'une compile de voyage qui ne se prend pas au sérieux et bénéficie de plus de liberté que la moyenne.

Alex


vendredi 30 juin 2017

La Playlist #13.1 : 17 Steps

Voici le premier trio de house hebdomadaire que La Pop d'Alexandre & Etienne vous propose tout l'été. En ce premier vendredi, nous traversons la Manche pour mettre en lumière la mythique house anglaise avec les dernières sorties du génial label londonien 17steps.



     Cette sélection commence par le single du dernier EP de Dusky, duo phare et fondateur de ce label aux 3 ans d'existence. Londoniens que l'on avait pu découvrir  sur leurs géniaux EP précédents, Lydia, Careless, Nobody Else ou encore Ordinary World, dans un style house très mélodique, inspiré de l'electronica et laissant la part belle aux samples vocaux. Sur leur dernier EP, Cold Heart, sorti en ce mois de juin, ces sons très 90's ne font pas défaut. La preuve en est avec ce magnifique titre éponyme.

      Puis vient la techno beaucoup plus sombre et mécanique de Christian Piers, avec une autre signature récente du label que ce Detachment EP, proposant une musique plus proche de la scène berlinoise.

     Pour clôturer cette première playlist en terres anglaise, voici le merveilleux single de Simon Baker alias B.K.R, produit avec son compatriote Jamie Jones, dans une fusion des meilleurs goûts entre la house anglaise et la techno de détroit. Je vous recommande chaudement son Fly EP sorti au début de l'année !

Pour en savoir plus sur ce très bon label, allez voir le site de 17steps recordings.


Bonne écoute et à la semaine prochaine !


Etienne

jeudi 29 juin 2017

La Playlist #13 : House Summer


Cet été La Pop d'Alexandre & Etienne vous propose de découvrir tous les vendredi 3 nouveautés de house music ou de ses différentes mouvances. De quoi remplir les playlist de vos prochaines soirées et apéros avec les dernières galettes de l'été!


A demain pour le première épisode de ce nouveau rendez-vous hebdomadaire !



Etienne

Illutration de Moebius


dimanche 25 juin 2017

Roy Orbison - You Got It (1989)


  Tout est là : le songwriting et la voix impeccable de Roy Orbison, légende 50's et crooner ténébreux, et la production étincelante du génie pop Jeff Lynne, compagnon au sein du supergroupe Traveling Wilburys. Je vous reparlerai du magnifique dernier album du grand monsieur, le classique Mystery Girl, mais pour le moment contentons nous d'enjoliver ce dimanche avec la voix de velours du Big O, sur cette merveille de chanson. 

Alex


jeudi 22 juin 2017

Vince Staples & Ty Dolla $ign - Rain Come Down (Chanson, 2017)




  La basse post-punk de Summertime '06, le dernier long format de Vince Staples, est toujours présente dès le début de ce "Rain Come Down". Mais elle a comme muté, elle sonne désormais synthétique, mécanique. Comme le beat qui démarre bientôt, entre house et techno, avec un gros accent sur les hi-hats et un côté concassé imposant. Puis le morceau évolue peu, son esthétique ascète et minimaliste se contentant de nappes inquiétantes toutes en tension, de prêches soul autotunés et reverbérés de Ty Dolla $ign (rappelant sa contribution à la house revisitée du "Fade" de Kanye West, sorti l'an dernier), et du rap désabusé mais assuré de Vince Staples. Avant une conclusion psychédélique, orientalisante et plus lumineuse.    

  Après avoir sorti l'excellent EP Prima Donna de l'an dernier, avoir participé à faire d'"Ascension" le meilleur morceau du dernier Gorillaz, et sorti trois singles impeccables (dont ce "Rain Come Down"), autant dire que Staples a mis la barre haut, et que j'attends avec impatience son album qui devrait sortir dans quelques heures.
D'ici là, je me remets les singles.

Alex

mercredi 21 juin 2017

Clio - Faces & Eyes (Chansons, 1985 et 1984)


  Un petit tube italo-disco, ça vous dit ? Celui-là en particulier vaut le détour, son groove électro-funk se marie à merveille avec la mélodie très légère, presque synthpop, et ce chant pop ultra accessible. Ce titre est un heureux descendant de Orchestral Manoeuvres in the Dark, Prince, Madonna et Moroder en somme. Outre ce "Faces", la chanteuse Clio a également sorti un autre single très recommandable, "Eyes", encore plus dansant, comme un cousin aux français de Niagara (effet accentué par des paroles en français) et toujours avec cette pulsion eighties que ne renieraient pas les Pet Shop Boys ou les Depeche Mode des débuts :



Alex


vendredi 16 juin 2017

Kodak Black - Tunnel Vision (Chanson & Clip, 2017)



  Après le "XO Tour Lif3" de Lil Uzi Vert, c'est ce "Tunnel Love" de Kodak Black qui me permet de mieux comprendre la hype entourant un jeune rappeur n'ayant généré que de l'indifférence chez moi et dont je n'avais jusqu'à présent pas vraiment décelé le potentiel jusque là. En effet, la chanson comme le clip sont excellents. 

  Le clip déjà, avec ce retournement de situation. Un afro-américain étrangle un blanc tendance redneck avec une casquette pro-Trump. On peut penser à une dénonciation violente du rappeur vis-à-vis de Trump (comme Snoop Dogg ou Roger Waters l'ont fait récemment), et rien que ça ça fait du bien même si la violence est toujours condamnable. Mais le plot du clip est bien plus intéressant que ça, puisque cette image est en fait celle de la fin du clip, et on comprend en revoyant tout le déroulé des événements que la réalité n'est pas celle qu'on croit, et on a au final une belle allégorie d'un phénomène trop répandu : la stigmatisation d'une certaine forme de résistance à l'oppression, en la taxant d'ultra-violence alors même que cette violence est inéluctablement forcée pour des raisons de survie, par les structures et institutions qui la dénoncent et qui sont elles-même mille fois plus violentes. Le clip en lui-même est beau, bien tourné, bien joué par les acteurs assez charismatiques. Les images roots et un peu glauques du sud des US, entre serpents crevés, travail de la terre, pick-ups, hangars en tôle et croix qui brûlent façon KKK devant laquelle Kodak et ses potes dansent dans les séquences de clip plus classiques qui entrecoupent le récit.

  Quant à la musique, génialement produite par le surdoué Metro Boomin, dont on reparlera, il s'agit d'un beat trap bondissant habillé d'arpèges de guitare roots et lancinants, ponctué d'interventions courtes de vents, pour un résultat poignant, souligné par le rap désabusé de Kodak sur les couplets et un chanté-rappé hypnotique sur le refrain aussi désespéré qu'accrocheur. 

  Bref, le clip vaut le détour autant pour l'image que pour la bande son, alors écoutez et regardez moi ça !

Alex



dimanche 11 juin 2017

Alka Balbir & Philippe Katerine - Mon Mec (Chanson & Clip, 2017)


  Pour résumer la chose, c'est un gros délire très bien foutu. On remet tout dans l'ordre : l'actrice et chanteuse Alka Balbir (ayant déjà sorti un bon album produit par Biolay La Première Fois, en 2013) a publié un morceau assez marrant, dans lequel elle chante les louanges de son mec dur à cuire à un type qui la harcèle dans la rue, pour lui faire peur. Sauf que son mec, dans la chanson comme dans le (très bien foutu et très drôle) clip, c'est Philippe Katerine, donc on repassera pour le gros dur. Mais cette idée marrante est appuyée par une électro-pop agréable sur les couplets, ainsi que la belle voix et la jolie diction de l'actrice, presque Bardot (quand elle dit "il a son permis bateau", c'est flagrant. Oui, elle dit ça dans une chanson). Qui part en chanson française dans le pré-refrain (cf le piano), mais la grande chanson française, celle avec de l'ambition, de l'ampleur, celle de Legrand, Vannier, Colombier ou Arnaud Fleurent-Didier. D'ailleurs les deux tendances, synthétique et pop grandiose et délicate, se rejoignent dans le refrain (chanté par Katerine, irrésistible en loser) pour atteindre une intensité presque polnareffienne.
Bref, une très bonne chanson.

Alex


vendredi 9 juin 2017

Daniel Caesar & Kali Uchis - Get You (Chanson & Clip, 2016)



  Quelque part entre Blood Orange, The xx, Isaac Hayes, Sly Stone, Prince, Miguel, Frank Ocean, Nao et Drake, le jeune canadien Daniel Caesar trouve la place d'écrire un slow soul moite comme du funk, profond comme la soul, mélancolique comme de la cold wave, moderne comme du rnb et accessible comme de la pop. 
  Un grand titre, et un artiste ultra prometteur, à suivre absolument. En effet, "Japanese Denim", soul mâtinée de soft-rock bluesy, est presque aussi bonne, de même que le gospel électro-hip-hop de "Violet" et le funk-rock revisité par le rnb de "Death & Taxes"). 
Et puis le clip est sublime.
Alors bonne écoute !

Alex


samedi 3 juin 2017

The Charmels & "As Long As I've Got You" : la soul du hip-hop

The Charmels

  "As Long As I've Got You", c'est un morceau soul-pop un peu funky aux entournures de The Charmels, un girls band soul de trois sœurs au chant lead divin et aux choeurs angéliques, sorti en 1966 par Volt, une filiale de Stax. Un sacré classique, une chanson tellement belle sous tous les aspects (composition, interprétation, écriture, arrangements, production) qu'elle est est absolument intemporelle, que vous pouvez apprécier ci-dessous :


  L'oreille des amateurs de hip-hop parmi vous aura fait tilt dès les premières notes de piano, puisqu'on reconnaît immédiatement le sample principal de la prod (par RZA) d'une des chansons les plus importantes de l'histoire du rap, "C.R.E.A.M." (1993), du Wu Tang Clan, elle aussi à (re)découvrir absolument :


  Si j'en reparle maintenant, c'est que le grand Snoop Dogg a sorti un album tout récemment (mai 2017 donc), Neva Left. Et, tout comme sa pochette montrant une photo d'un très jeune Snoop prise dans la Californie des 90's, le morceau titre (et premier de l'album), "Neva Left", fait dans le souvenir, la nostalgie, l'hommage au passé, en reprenant le même sample de bien belle façon. Le double hommage, aux ancêtres soul et funk que Snoop vénère par dessus tout, et aux pionniers d'un rap authentique, est bien vu. Le vétéran, via une prestation impeccable, fait ainsi le pont entre deux époques, entre deux océans, et nous donne une leçon de vie vintage, tel un vieux bluesman des temps modernes. En plus, la prod a été re-travaillée d'une bien belle façon, alors vous vous devez d'écouter celle-là aussi :

  De même que le Wu-Tang a immortalisé une merveilleuse chanson, qui ne serait probablement pas connue en dehors du cercles des connaisseurs soul, Snoop Dogg perpétue donc un certain héritage de la musique américaine, et, tel un Bob Dylan reprenant un vieux folk ou un vieux gospel obscur, participe à perpétuer le beau et à nous redonner espoir. Puisque cette chanson était tellement bonne à la base qu'elle était comme destinée à être immortelle, et à infiltrer les oreilles de millions de jeunes gens sur plusieurs générations. C'est une ode au mérite, au beau, et ça nous fait espérer que l'humanité est encore capable, le temps aidant, de faire le tri, de ne garder que le meilleur d'elle-même, et de ne pas laisser les choses qui comptent se perdre.

  Pour finir, quelques autres morceaux inspirés du titre des Charmels, et d'abord "Street Soul 101" de Gramatik, un beau hip-hop instrumental de 2009 qui ne part pas exactement du même sample, ce qui montre la richesse de l'original :


  Et comme tout classique, le morceau a forcément une version dub, ici par Ambassa et Nichola Richards (sortie en 2016), avec un chant certes un peu reggae mais aux couleurs presque rnb, quelque part entre Aaliyah et Beyoncé, qui donne une certaine vitalité à cette reprise :


  Enfin, pour boucler la boucle, je vais finir par un reprise de The Emotions, parue sur leur album Songs Of Innocence and Experience. Enregistré en 1972, ce qui aurait dû être leur troisième album n'est finalement paru qu'en 2004 sur Stax. Dans un style soul-funk plus sec et tendu, mais tout aussi beau (quelles voix !), cette reprise est également une merveille à (ré)écouter :

Alex





jeudi 1 juin 2017

Benjamin Biolay - Hypertranquille (Chanson & Clip, 2017)


  Le coup de génie. Gainsbourg étant six pieds sous terre, Biolay l'a fait. Reprendre les codes (instru chill, autotune, clip hyper léché et formaté, paroles simples et référencées, des mots de différentes langues...) de la variété rap française qui cartonne à la PNL, et les détourner pour en faire un truc perso. C'est un peu le "Sea Sex & Sun" de Biolay, en somme. Il a dit l'avoir faite pour sa fille, fan de Nekfeu, pour lui prouver qu'il était capable d'en faire autant. Elle a répondu "Non c'est pas ça. C'est pas trop mal ceci dit, ça fait un peu Damso", et même si c'est vraiment pas tout à fait le même délire, elle a un peu raison, il y a un peu de ça. Finalement, il a gardé cette chanson sur son album Volver, et il a bien fait. 

  L'instrumentation géniale claque bien, rappelle les codes dudit "rap chill", en y adjoignant des touches plus funky (guitares cocottes, clavinet...), rnb (chant féminin sur la fin), jazz, et chanson française (passage très Gainsbourg/Biolay vers la 1ere minute), le chanté-rappé autotuné est maîtrisé à merveille, et accroche l'oreille de façon ultra addictive, impossible pour ma part de décrocher de cette chanson depuis deux semaines, y'a un truc dans cette mélancolie moderne et ce détournement qui me parlent. C'était casse-gueule, c'est réussi. 
  
  Pas sûr que les fans de Biolay de plus de 30 ans comprennent le délire, pas sûr que les amateurs de rap soient davantage convaincus, mais pour les jeunes amateurs du chanteur non hermétiques à l'autotune, c'est un délice. 

A écouter là :


Alex


mardi 30 mai 2017

Lewis OfMan - Un Amour Au Super U (Chanson & Clip, 2017)


  Lewis OfMan est français (ça, vous vous en étiez douté à la lecture du titre du morceau), très jeune, et ce batteur de formation a démarré dans l'électronique en se peignant le corps en bleu. Il aime MacDemarco et Homeshake, ou en tous cas il a une proximité stylistique avec la synthpop moderne et la défunte chillwave, les inrocks l'aiment bien, et malgré tout ce que je viens de dire sa musique est très profonde, souvent d'une mélancolie déchirante, et il est bien loin des coquilles vides type Pirouettes ou Parcels qu'on nous survend tous les mois. 

  En s'adjoignant les services d'une voix féminine fragile et parfaite, racontant une amourette d'une façon simple mais belle, son électronique tend plus vers un format davantage (synth)pop donc, et frise le tubesque (cocottes funky, synthés basse, nappes et leads addictifs sont de sortie). On sent une attention aux détails de chaque instant (la reverb sur la boîte à rythme est parfaite, les refrains sont doublés par une voix masculine qu'on imagine de lui...). Et ça se ressent au final, on a juste envie d'appuyer sur repeat ad vitam eternam. Et puis le clip est à l'image du titre : très bon, absurde, mélancolique et touchant.

  Lewis OfMan est donc un type à suivre absolument, et vous vous devez d'invoquer l'été en écoutant cette petite tuerie :

 

Alex