Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes
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vendredi 29 mai 2020

L'art de la reprise #1 - Jazz, Nirvana, ska, Lac des Cygnes et Bach



  Ceci est la première d'une petite série d'articles qui ont pour but  de partager quelques-unes des reprises et réinterprétations qui m'ont le plus marquées récemment, et ça vous permettra peut-être de vous la ramener en soirée avec des trucs moins évidents que la liste ci-dessus (même si elles sont très bien).

  Cette version du "Politely" d'Art Blakey par Tony Allen est une des reprises les plus bouleversantes et un des hommages les plus sincères que j'ai pu écouter depuis un bail. Les deux batteurs, forces créatrices uniques, précieuses et sensibles, sont ici chacun au sommet de leur art, et la version Allen redécouverte pour ma part après sa disparition, est déchirante.

Tony Allen - Politely (2018)

Art Blakey & The Jazz Messengers - Politely (1960)

  Au rayon "reprises du confinement", option livestream, le chanteur/rappeur Post Malone a partagé un petit set de reprises de Nirvana bien foutues, avec Travis Barker aux fûts, Brian Lee à la basse et Nick Mac à la guitare. Le tout pour un but caritatif. Et si on savait la popstar fan de rock et à l'aise guitare en main le temps d'une reprise ou deux (plus son morceau avec Ozzy Osbourne), voir tout un set vraiment rock prouve qu'il a en stock de quoi creuser cette direction. Je vous mets ici un extrait de ce mini concert plutôt réussi :

Post Malone - Heart-Shaped Box (Nirvana Cover, 2020)

Nirvana - Heart-Shaped Box (Originale, 1993)

   En se perdant sur youtube, on peut tomber sur des pépites, et ça a été mon cas avec cette version live du "Swan Lake" de Madness, détournée façon ska british à partir du célèbre Lac des Cygnes de Tchaïkovski. Déjà, en elle même la version est géniale, fun et hyper bien adaptée, le son chaud, l'ambiance euphorisante et mélancolique en même temps. Mais alors, les voir danser sur scène c'est -presque- aussi beau qu'un ballet et ils compensent la grâce par un humour tout en gestuelle, digne des films muets.

Madness - Swan Lake (Live in Paris)

  Et pour finir en douceur, une interprétation vigoureuse et fraîche de Bach par le joueur de clavecin Jean Rondeau et son ensemble :


Jean Rondeau - Bach: Harpsichord Concerto No.1 in D Minor BWV 1052


Alex


dimanche 26 avril 2020

Enemy Radio - Loud Is Not Enough (2020)


 Enemy Radio est le projet parallèle et la suite directe de Public Enemy, avec Chuck D, DJ Lord et Jahi, dans une optique soundsystem : des MC, des DJ, à l'ancienne. Et cet album est une petite bombe de rap old school qui arrive malgré tout à sonner frais et plein de vie (et de rage).

Enemy Radio - 2020 (2020)

  Le groove de "2020" ouvre à merveille l'album, et les déflagrations rock de "STD (Slavery Transmitted Disease)" et de "Born Woke" et sa wahwah soul/funk frappent aussi fort qu'à l'époque. Les passe-passe sur orgue et beat rythm'n'blues de "Man Listen" font aussi bien, et on y entend bien l'influence de Public Enemy sur la musique populaire, et leur héritage porté aujourd'hui par des groupes comme Run The Jewels. En tous cas, le travail de sampling est exemplaire ("Lock Your Wheels").

Enemy Radio, Public Enemy - Food As A Machine Gun (2020)

  Public Enemy (avec Flavor Flav) est réuni sur la très jamaïcaine (et excellente) "Food As A Machine Gun". La basse de "Last Stand Caravan" serpente, tandis que le beat tabasse, dans une configuration qui n'est pas sans rappeler les prods façon Big Beat anglais, et l'électronique se fait plus insistante sur "Same God", qui sonnerait presque comme un Yeezus revisité façon old school, tandis que "The Kids Ain't Alright" a un côté grandiose, une ampleur qui ne ferait pas tâche sur les albums de l'âge d'or de Ghostface Killah ou Jay-Z

Enemy Radio - The Kids Ain't Alright (2020)

  C'est davantage qu'un retour en forme, c'est un disque assez parfait de hip-hop à l'ancienne, qui claque comme les classiques du genre et sonne impeccablement en 2020. Une vraie leçon de longévité.

Mes morceaux préférés : 2020, STD (Slavery Transmitted Disease), Born Woke, Food As A Machine Gun, Last Stand Caravan, The Kids Ain't Alright


Alex


lundi 13 janvier 2020

Kedr Livanskiy - Your Need (2019)



  La chanteuse et musicienne moscovite Kedr Livanskiy avait envie de nouveaux horizons musicaux. Après un très bon Ariadna (2017) entre pop new age planante, krautrock ambient et new wave gothique, elle a trouvé une nouvelle direction après avoir fait ses preuves en tant que DJ, et s'est penchée sur un versant house des débuts, plus énergique mais pas que (guetto, breakbeat, UK garage, dub...). A quatre mains avec le producteur Zhenya, ils ont composé ce Your Need aux sonorités plus dance. Et c'est une réussite.

  L'album commence fort avec "Your Need", grand morceau d'électronique rythmée et planante, sonnant un peu comme un remix de house froide aux accents dub d'un morceau de Grimes, doté d'un gimmick de synthé obsédant. "Sky Kisses" possède le charme espiègle de l'électro des nineties et la douceur réconfortante de la deep house (retrouvée sur "Your Need (Deep Mix)"), tandis que "Why Love", un poil plus dark et gothique, ensorcelle dans une ambiance plus proche de l'album précédent.

Kedr Livanskiy - Your Need (2019)

  L'énergie de l'électronique old school est particulièrement bien rendue dans sa version ici modernisée ("Bounce 2"), et le mélange des genres entre chant éthéré en russe, claviers à la Kraftwerk et house 80's arrive à créer quelque chose de nouveau et unique sur "Kiska". Ces hommages à une époque où les barrières entre house, techno, électrofunk... étaient plus que floues viennent d'un respect et d'un amour profond pour la musique des pionniers de l'électronique, et ça s'entend car ils sonnent juste ("City Track").

  Quelques sorties de route diversifient le paysage sonore du disque, comme le dub digital de "Logovoy (November Dub)", la jungle mâtinée de dub de "Ivan Kupala (New Day)" ou l'électropop mélodique de "LED"

  C'est une réussite totale, Kedr Livanskiy a réussi à créer un album passionnant et prenant en se basant sur son amour des productions électro old school, en y piochant ce qui l'a fait vibrer et en y ajoutant sa touche personnelle, et c'est très beau.

Mes morceaux préférés : Your Need, Sky Kisses, Kiska, Ivan Kupala (New Day)

Ecouter sur Spotify, Deezer, Bandcamp

Alex


dimanche 1 septembre 2019

Burna Boy - African Giant (2019)


  Burna Boy est nigérian, c'est une star, et la tête de proue de ce qu'il appelle l'afro-fusion, genre pas si éloigné que ça de l'Afrobeats (avec un s), qui mêle  des éléments hip-hop et rnb, souvent assez modernes (trap, son "à la Toronto"...), avec des musiques dont le pays s'est fait le champion, notamment l'Afrobeat (au singulier, lui-même croisement de traditions musicales africaines, de jazz, de funk, de soul...) et avec divers éléments musicaux empruntés à la diaspora africaine dans le monde (notamment du reggae, du dancehall...), et plus encore (électronique, high life, musiques latines...). 

  Actif depuis 2010, c'est déjà son 4e album (hors mixtapes et EPs), et sa renommée commence à exploser dans le monde (j'ai même entendu l'album dans un bar), notamment aux USA grâce à quelques collaborations et placements bien vus (notamment sur la BO alternative du remake du Roi Lion, sur laquelle Beyoncé a invité beaucoup d'artistes africains). Et tout ça s'entend : l'album est impeccablement produit, réalisé avec beaucoup de maturité et une direction artistique unique et de caractère. 

Burna Boy - Anybody (Clip, 2019)

  Les morceaux sont tous très accessibles, et finement produits et interprétés. Entre funk et lounge, la douce mélopée "African Giant" caresse l'auditeur, et fait la transition avec la mélodique "Anybody", à l'irrésistible ambiance funky assaisonnée de smooth jazz 80's (superbe saxo). De manière générale, les élements électoniques, programmés ou synthétiques, sont parfaitement intégrés à d'autres plus acoustiques, comme la guitare de la douce "Wetin Man Go Do", le tout étant produit avec beaucoup de soin, et le contraste entre cette production froide, un peu clinique, et la chaleur de la musique est très intéressant ("Gbona"). 

  En tous cas, beaucoup de morceaux sont mémorables, du rnb délicat de "Dangote" et "Gum Body" (avec Jorja Smith) à la pop funky de "Collateral Damage" et "Pull Up", jusqu'à des morceaux plus sombres comme "Killin Dem". On notera en revanche quelques incursions radiophoniques un peu plus faciles et banales qui rallongent un peu inutilement l'album ("Omo", "Secret", "Different", "On the Low") même si certaines sont génériques mais sympathiques ("Destiny", "Show and Tell" avec Future). Le juste équilibre entre qualité et potentiel radio est d'ailleurs atteignable, en témoignent "Spiritual" et "This Side" avec YG.

Burna Boy - Dangote (Clip, 2019)

  Petite ombre au tableau : les meilleurs morceaux sont presque tous au début du disque, et l'ensemble souffre d'une maladie assez commune avec la streaming, une longueur interminable (19 titres quand même).

  Malgré tout, c'est un bon album, qui porte haut les couleurs de l'afro-fusion, et met en valeur l'effervescence musicale africaine que les médias occidentaux ont pas mal de mal à nous faire parvenir. Il contient quelques classiques immédiats, un son unique et personnel, a été travaillé avec beaucoup de soin, et c'est déjà beaucoup.

Mes morceaux préférés : African Giant, Anybody, Wetin Man Go Do, Dangote

Ecouter sur Deezer ou Spotify

Alex


mercredi 1 mai 2019

Mark Guiliana - Beat Music ! Beat Music ! Beat Music ! (2019)


  Mark Guiliana est un batteur de jazz américain, ayant entre autres bossé avec Avishai Cohen, Brad Mehldau, Meshell Ndegeocello mais aussi David Bowie (sur Blackstar), ce qui montre une certaine ouverture. C'est également un passionné de musiques électroniques, fasciné par l'IDM de Squarepusher, Aphex Twin ou Autechre et par le hip-hop de J Dilla, et il s'est donc logiquement mis à programmer en parallèle. Le dernier résultat de ses expérimentations à la croisée des chemins vient de sortir sous la forme d'un très bel album nommé Beat Music ! Beat Music ! Beat Music !, grand disque d'électronique avec la particularité plutôt rare d'avoir une batterie jouée en plus des boîtes à rythmes.

Mark Guiliana's Beat Music 
Live à Rough Trade, Brooklyn, Avril 2019 (NPR/Jazz Night In America)

  Entre musique de jeux vidéos ("BULLET"), synthpop ("ROAST"), électro-rock psychédélique à la lisière du krautrock et du rock progressif ("BONES"), IDM, house, jazz, hip-hop, dub (la fin de "STREAM"), électrofunk ("HUMAN") et passages plus noise rappelant presque Death Grips ("GIRL"), ce disque ne reste jamais en place mais arrive à synthétiser ces influences dans un tout fluide, lié par la musicalité du batteur. Cette richesse ce ressent dans chaque morceau, par exemple "BUD" rappelle autant Mammane Sani que Yellow Magic Orchestra, King Tubby et Gorillaz.

  Entre les mélodies pop, les sons accrocheurs, le côté fun du sound design façon jeu vidéo, les rythmes enlevés, l'ensemble est en plus tout à fait accessible à tout le monde, des des morceaux comme "HOME" ou "BLOOM" en attestent. L'expérimentation est donc plus que réussie, je vous recommande donc l'écoute de ce disque assez unique.

Mes morceaux préférés : GIRL, BUD, BONES

Ecouter sur Deezer ou Spotify ou Bandcamp

Alex


samedi 15 décembre 2018

Space Afrika – Somewhere Decent To Live (2018)



  Il est délicat de parler d’un disque comme celui-ci. Parce que l’électronique planante, proche de l’ambient, du duo anglais Space Afrika, se contemple et se vit, en immersion, plus qu’elle ne se décrit. Sur « Uwëm/Creation », de longues nappes de synthés soutenus par une pulsation presque cardiaque précèdent une house froide mais réconfortante, à la fois grandiose et intimiste, à la fois introspective et évoquant la grandiloquence de films de SF. L’impression de cocon sonore, de grands espaces en 3D, est à la fois facteur de réconfort et de déstabilisation, c’est cette ambivalence qui forme la puissance évocatrice du groupe, qu’il mette en place une deep house revisitée (« Curve ») ou une électronique organique très cinématographique (« Dred », entre BO d’Alien, psychédélisme DIY façon Ras G et irruption de facteurs aléatoires comme chez Autechre).

  On a sans cesse l’impression que cette musique va décoller, car elle reste en tension, en progression, mais ici pas de gros drops ; plutôt des évolutions fluides et élégantes de ces beats en suspension (« Sd/TI »). Le tout reste cependant accessible car tangible en plus d’être cérébral : les vagues sonores de « U+00b1 » semblent provenir des pites inversées d’un banger French Touch, le tout saupoudré de grésillements qu’on associe à l’IDM. Dans ces morceaux, il y a également un peu de la réinterprétation lente, mélancolique et planante de la musique années 80 qui, depuis la BO de Drive à celle de Stranger Things, en passant par la vaporwave, infuse la culture pop (ce qui est audible sur « Gwabh » également).

  On aurait également bien du mal à circonscrire les influences de ce disque, tant sur une seule piste (« Bly », « Oread ») tout y passe : post-punk, néo-dub, house 80’s, electronica 90’s-2000’s, ainsi que le mélange de tout ça popularisé par quelques champions du crossover électronique/pop (Factory Floor, Jamie xx, Four Tet, Etienne de Crécy, le label DFA…).

  C’est donc un album qui, s’il est difficile à décrire, est facile à estimer et à aimer. Relativement accessible car sensoriel, tangible, il est un petit monument d’ambient, hors du temps et des modes, bouleversant et intellectuellement satisfaisant.

A écouter sur Youtube, Spotify, Deezer ou Bandcamp

Alex

vendredi 10 août 2018

Les Chansons de l'été : Your Song Is Good - On (2017)


  Cet été, on vous fait replonger dans un déluge de chansons estivales sur LPAE. C'est vraiment chouette, c'est une rubrique qu'on fait tous les ans depuis un an, et ça s'appelle tout simplement "Les chansons de l'été", et ça vous permettra de savoir quoi mettre lorsque ce sera à votre tour de lancer un stream pendant le barbecue sur la plage

  Le groupe de ska japonais Your Song Is Good (ou YSIG) est actif depuis 1998 et continue de nous régaler avec des pépites comme ce "On" issu d'Extended (2017), entre disco-funk, jazz, reggae au parfums ska et dub, et pop-rock. Un vrai délice du genre, absolument génial que je vous recommande vivement ! 

Alex

mardi 26 juin 2018

Ras G, Moresounds - Ras G meets Moresounds (2018)


  Ce split fait partie d'une lancée d'EPs initiée par le label Dub-Stuy, réunissant à chaque fois deux artistes ayant des influences dub mais ne faisant classiquement pas du dub pur et dur, en utilisant à chaque fois un titre très évocateur du genre : "...meets...". Ici c'est le producteur expérimental californien Ras G de hip-hop/funk cosmique et psychédélique (auteur au passage d'un des meilleurs albums de l'année), et le producteur parisien d'électro-dub Moresounds.

Ras G - Gorilla Glue (2018)

  Ras G fait du dub organique, fait main sur la MPC façon J Dilla sur la géniale et fumeuse "Gorilla Blue", avec ses samples dans tous les sens et ses cris de singe, et mêle ainsi habilement son héritage hip-hop avec les canons de la dub tout en restant expérimental. Un autre exemple de cette démarche naturelle et réussie et l'utilisation d'une mélodie rappelant à la fois les claviers du G-Funk et le melodica classique du dub. "Global Shit-uation" est plus radicale encore, entre une approche jazz et une électronique exploratoire évoquant autant les débuts de l'électro de laboratoire des années 40 à 60 que la musique concrète ou l'IDM anglaise des années 90-2000. Un morceau hypnotisant qui s'impose petit à petit et qui fait honneur à l'esprit défricheur et bricoleur des pionniers de la dub.

Ras G - Global Shit-uation (2018)

  Moresounds fait plutôt un mélange entre dub et post-dubstep, et c'est pas mal (ça fait même penser à SBTRKT parfois sur "We A Tribe", c'est un compliment), voire entre IDM façon Aphex Twin et dancehall sur "Deep Base" et là encore c'est réussi dans le genre, même si pour être honnête sa moitié d'EP m'a moins marquée. Disons qu'en tant qu'exercice de style et de prod c'est de l'excellent boulot mais que dans l'absolu c'est un poil daté et pas essentiel. Mais bon ça passe avec plaisir quand même, ça reste de bons morceaux bien cool, ça fait surtout bizarre de les entendre après du Ras G, et pour être honnête la construction de cet EP est plutôt bizarre, le concept est sympa sur le papier mais peut-être pas si génial que ça dans l'absolu.

  Dans tous les cas, si vous êtes amateurs du genre, foncez m'écouter ça sur Spotify ou Deezer ou Bandcamp par exemple, ces 4 morceaux valent le détour

Alex


mercredi 23 mai 2018

Parquet Courts - Wide Awake! (2018)


  Le combo rock Parquet Courts émerveille une fois de plus avec un album assez formidable. Urgence punk façon Ramones, intensité et curiosité des Clash, chaleur du son rappelant The Saints, folie des Talking Heads, tout ça est un condensé d'une somme d'influences jamais envahissantes mais toujours utilisées à bon escient ("Total Football"). 

  Le chanteur Andrew Savage est particulièrement mis en avant sur ce disque, ayant passé un cap en termes de confiance en lui et de charisme. Ecoutez "Violence" pour vous en convaincre. Au passage, les influences afro-funk (Francis Bebey, William Onyeabor, Mammane Sani), l'utilisation de claviers intensive et le son rond à la chaleur vintage sur ce morceau et sur "Before The Water Gets Too High" sont probablement à créditer à Danger Mouse (Gnarls Barkley, Norah Jones, The Black Lips, The Black Keys...) qui produit le disque. Ces influences afrofunk, mêlées à un zeste de Talking Heads, de dub et un beat discoïde (un poil disco-punk façon DFA) sur "Wide Awake" donne un résultat étonnamment cousin du dernier Arcade Fire (Everything Now,  2017), l'urgence en plus. 

Parquet Courts - Wide Awake! (Clip, 2018)

  Mais le groupe n'est absolument pas en retrait, c'est même tout l'inverse. La basse est bien mise en avant dans le mix, habilement complétée par une batterie puissante, et les guitares sont aussi agiles que féroces. Ils explorent tous ensemble une pop 60's psychédélique et virtuose, proche des débuts des Pink Floyd est pas si éloignée d'Ariel Pink ("Mardi Gras Beads"), créent une pop hybride entre funk, dub et psychédélisme invoquant à la fois Franz Ferdinand, Gorillaz et Syd Barrett ("Back To Earth"), mixent les Beatles de Sgt Pepper, Weezer et les Clash ("Freebird II"). Les Parquet Courts et Danger Mouse jouent aux sorciers de la pop ("Death Will Bring Change"), un peu à la manière d'un Beck ou du groupe Blur, et c'est sur ce terrain qu'ils offrent leurs meilleurs morceaux. Cf pour vous en convaincre la pop post-Motown de "Tenderness" montrant le groupe dans un registre aussi inattendu que jouissif. 

Parquet Courts - Mardi Gras Beads (Clip, 2018)

  Mais ils n'en oublient pas le mix de punk ironique et de post-punk psychotique aux inclinaisons slacker qui a fait leur réputation ("Almost Had To Start a Fight / In And Out Of Patience", "Normalization" avec un côté presque Rage Against The Machine mâtiné de Gil Scott Heron et d'idées rythmiques venues de la jungle). Qu'ils mêlent ce style bien maîtrisé à un poil de rockabilly et de funk ("NYC Observation") ou à une pop-punk véloce réminiscente des Buzzcocks ("Extinction"), ces chansons ne sont probablement pas les meilleures de l'album mais elles restent efficaces. 

Parquet Courts - Almost Had To Start A Fight / In and Out of Patience (Clip, 2018)

  Avec ce disque riche, au son fouillé et aux morceaux captivants, les Parquet Courts charment lorsqu'ils s'aventurent sur des territoires plus pop ou funk, et passent un cap en montrant toute l'étendue de leur musique, gagnant en densité sans perdre en intégrité. Un excellent disque qu'on n'attendait pas aussi tôt dans leur carrière, prouvant ainsi tout leur talent. 

Ecouter sur Spotify ou Deezer

Alex


mercredi 18 avril 2018

Sons Of Kemet - Your Queen Is A Reptile (2018)


  Les Sons Of Kemet sont un quartet de jazz britannique formé autour du saxophoniste virtuose Shabaka Hutchings que nous suivons avec intérêt sur ce blog. Quartet peu commun dans sa formation puisque deux autres membres jouent de la batterie et le dernier du tuba. Les morceaux de cet album, leur troisième sous ce nom, commencent tous par "My Queen Is.." suivi d'un nom d'une des 9 femmes fortes, sortes de modèles du groupe auxquelles il a ainsi rendu hommage. Hommage qui donne le titre de cet album un brin provocateur, qui renvoie ces portraits à la face de l'auditeur en le questionnant sur ses propres modèles. Musicalement, on oscille entre un jazz plus posé, quelques digressions free, et la musique caribéenne (soca, calypso...), avec notamment une grande influence des fanfares de la Nouvelle-Orléans ou d'Haïti, influences dues à la jeunesse d'Hutchings à la Barbade. Le meilleur exemple de ça, c'est "My Queen Is Harriet Tubman", morceau absolument irrésistible de groove, qui invite à la danse avec sa mélodie insolente. Tout aussi facétieuse, et plus incisive, "My Queen Is Angela Davis" rend un hommage de circonstance à cette figure des droits civiques.

 Le résultat est toujours très rythmé, souvent mélodique, et donc plutôt accessible même si vous n'êtes pas un grand connaisseur de jazz. Pour les allergiques à l'instrumental pur, les voix sur "My Queen Is Ada Eastman" font d'ailleurs via ce côté caribéen quasi reggae/ska/dub un pont involontaire avec la gouaille jamaïcaine et british de The Specials. Ce côté dub est également apprécié sur "My Queen Is Mamie Phipps Clarks" ou "My Queen Is Nanny Of The Maroons". "My Queen Is Anna Julia Cooper" est entre deux eaux, plus apaisée mais en surface seulement tant on sent que la tension peut poindre à n'importe quel moment au long de ce morceau quasi synthpop/house dans sa construction qui illustre à merveille le renouveau du jazz de clubs british, tout comme le dernier EP de notre chouchoute Nubya GarciaEnfin, c'est une influence africaine qui nourrit "My Queen Is Albertina Sisilu", morceau qui possède une mélodie irrésistible qui pousse n'importe quel être humain normalement constitué à taper frénétiquement du pied. 

  Un petit côté 60's-70's et un soupçon de jazz-rock traversent "My Queen Is Yaa Asantewaa", avec de bonnes idées de production et d'interprétation (la batterie lo-fi un peu distante donnant un côté vintage au tout, le tuba joué comme une basse funk-rock). "My Queen Is Doreen Lawrence" insiste sur ce côté plus rock, plus agressif, avec une musique implacable et martelée qui clôt l'album avec panache, et un chant revendicatif. 

  L'album est une merveille de jazz, et c'est également un vrai miracle qui peut convaincre même un non amateur de jazz grâce à un sens mélodique aigu, une fièvre du groove sans limite et une oreille sûre pour les gimmicks accrocheurs. Tout en conservant une radicalité jazz et un minimalisme intègre. Je me répète : c'est un chef-d'oeuvre du genre et un des meilleurs disques de l'année.

Ecouter sur Spotify ou Deezer

Alex



samedi 24 février 2018

Franz Ferdinand - Always Ascending (2018)


  Lorsqu'un groupe perd un guitariste et co-compositeur, il arrive régulièrement ce qui est arrivé à Franz Ferdinand sur cet album : il ajoute des synthés. D'un autre côté, ceux-ci étaient au premier plan sur Tonight (2009), qui est probablement leur meilleur album, et étaient resté bien présents sur Right Thoughts Right Words Right Action (2013). Si vous ajoutez un peu de théâtralité glam rock davantage appuyée depuis leur collaboration avec les géniaux Sparks sur l'album commun FFS (2015), vous arriverez logiquement à la conclusion qu'Always Ascending sera leur album disco/synthpop, et vous n'aurez pas tout à fait tort. Rien que la pop song new wave post-Buggles (rappelant également l'influence de Blondie sur les FF) "Lois Lane", ou bien le piano disco-house de "Glimpse Of Love" vous donneraient raison. Et vous indiqueraient que le virage est réussi. Mais si vous écoutez attentivement, vous y entendrez bien plus qu'un simple virage électro-pop.

Franz Ferdinand - Always Ascending (Clip, 2017)

  Et c'est également vrai dès la chanson-titre, qui ouvre le bal. Montées de synthé, guitares cocottes funky, tout est réuni pour en faire un hybride entre Donna Summer et LCD Soundsystem, avec ceci dit un côté très anglais (cf également l'album homonyme de 2014 du groupe The Sunshine Underground si vous ne voyez pas ce que je veux dire). Cependant, une certaine noirceur point, notamment via le chant d'Alex Kapranos, volontairement plus fragile et moins assuré qu'à l'accoutumée (c'est vrai tout au long du disque), ce qui ajoute une tension supplémentaire et compense le côté dansant. On pense au dernier Nick Cave, lui aussi reposant sur beaucoup de premières prises imparfaites mais urgentes pour un résultat prenant, dans un contexte plus tragique.

Franz Ferdinand - Lazy Boy (2018)

  Sur "Lazy Boy", cette voix fatiguée, oscillant entre rage et lassitude, fait le sel d'un morceau sombre, entre dub de Tonight et post-punk insistant et noir du premier album. Meilleur morceau de l'album, de loin, c'est une réussite totale qui s'inscrit immédiatement parmi les meilleurs du groupe. "Finally" est un bon morceau là encore un peu marqué par le dub, avec un rythme syncopé et une prod inhabituellement lo-fi pour le groupe (audible sur quasi tout le disque, avec saturation, sifflements et mastering inhabituel), qui redonne avec le chant plus spontané de Kapranos une urgence nouvelle au groupe. Ce retour à la spontanéité s'avère salvateur pour Franz Ferdinand en termes d'énergie, et est une direction plutôt inhabituelle pour un groupe de cette carrure avec une telle carrière. Une preuve de plus de leur intelligence musicale. Encore avec un gros côté sombre et sexuel propre à l'album de 2009, "Feel The Love Go" égale presque "Lazy Boy" dans son excellence, dans une veine plus disco-punk, avec là encore une urgence renouvelée par un synthé abrasif et un chant punk quasi-faux sur le crescendo final. Génial.

Franz Ferdinand - Feel The Love Go (Clip, 2018)

  On retrouve le songwriting pop classique du groupe, désinhibé par l'expérience FFS, sur "Paper Cages", dont les arrangements à base de synthés pétaradants, de piano virevoletant et de guitares appuyées sont sompteux. "The Academy Award" est quasiment un morceau folk avec quelques montées glam, là encore à la prod pas dégrossie et au mixage délicieusement approximatif appuyant magnifiquement l'ironie et l'écriture mordante du titre. L'exploration du glam malicieux se poursuit sur "Huck And Jim", entre saturations, basse post-punk et pop d'opérette. Et "Slow Don't Kill Me Slow" termine l'album sur une note décadente façon Beatles sous drogue, entre choeurs divins, synthés déviants presque psyché et piano triste. 

  Là on on se serait attendus à un album propret de disco-rock synthétique, les Franz Ferdinand se sont en fait appliqués à faire ressortir leur rage adolescente audible dans une production plus lo-fi et un mix plus sauvage que sur n'importe lequel de leurs albums, mettant en valeur le chant urgent et fatigué de Kapranos et les montées musicales épiques du groupe. Un album bien plus sombre, intéressant et vital que ce qu'on pouvait espérer, et une nouvelle raison de confirmer tout le bien que je pense de ces écossais géniaux. Merci les gars de ne jamais décevoir.

Ecouter sur Spotify et sur Deezer

Alex

  

dimanche 5 novembre 2017

Rétro Pop & Soul 2017 : Dr Danny, Nick Hakim & Chicano Batman


Dr Danny - Lay It On Me Straight EP (2017)

  Vous connaissez peut-être Danny Ayala, alias Dr Danny, sans le savoir. En effet, celui-ci est le claviériste des illustres petits génies pop The Lemon Twigs et épaule les frères D'Addario en live. D'ailleurs on entend leur patte ici puisqu'ils ont joué de pas mal de choses ici et que l'écriture de Danny est pétrie des mêmes influences qu'eux. Et est toute aussi efficace, en témoigne le single "Nothing But Love", entre Beatles, Zombies et Beach Boys, classique pop instantané. On entend également les frérots sur "What If You Were With Me", une pop song rétro mais fraîche, faite avec goût et plaisir comme chez les MGMT de Congratulations.


Dr Danny - Nothing But Love (2017)

  La pop baroque et la sunshine pop font le sel de "Fly Me Back In Time", qui joue sur le second degré façon BO de film de lycée/fac à la Grease et use d'un synthé baveux bien comme il faut. Au passage, vous noterez que la pochette, le clip ci-dessus et son nom d'artiste indiquaient déjà un certain sens de la dérision. Mais les morceaux les plus foufous fonctionnent aussi à merveille, comme "Lay It On me Straight", qui groove comme du funk, est inspirée comme du Pink Floyd, change de direction comme du Foxygen, est malade comme du Eno reprenant Smiley Smile et truffée de synthés pouvant sortir d'une BO d'un jeu de PS1.

  Le projet dans son ensemble sonne donc comme une musique vivante, loin de la muséification ou de la redite. L'humour, les petites touches personnelles et l'envie l'emporte sur tous les a priori qui gangrènent parfois l'écoute des musiciens revivalistes. Un très bon EP pour Dr Danny, qui s'avère donc être un songwriter de qualité en plus d'un claviériste très doué. Un jeune homme à suivre absolument dans les années qui viennent.
Nick Hakim - Green Twins (2017)

  Avec plus de soul, mais toujours une ambiance psychédélique, Nick Hakim est lui aussi dans un créneau musical piochant allègrement dans l'oeuvre des grands anciens en la pervertissant à sa manière (comme MGMT ou Whitney). Par exemple, l'intro "Green Twins" sonne comme un vieux morceau de soul remixé façon trip-hop et rejoué par un groupe psyché porté sur la dub. Le morceau est plein de soul, richement arrangé et produit, interprété avec sensibilité... C'est un vrai bijou.

  "Bet She Looks Like You" revisite le blues et le répertoire de Stax comme Dan Auerbach le ferait s'il avait écouté plus de Lee Scratch Perry. Le côté "disque de mes idoles remixé avec plein d'écho, de delay et de réverb" est vraiment marqué sur "Miss Chew", qui pourrait être un remix d'un morceau des sessions de Smile des Beach Boys avec quand même la riche idée d'y adjoindre un aspect free jazz réjouissant. Le genre de partis pris qui donnent de la personnalité au disque, comme la rythmique tropicaliste de la barjot "Slowly" et ses divagations électroniques à la limite du tribal et de la musique concrète (entre Animal Collective et Pierre Henry, co-auteur du "Psyché Rock" auquel les petites cloches rendent un hommage discret mais bienvenu). D'ailleurs, la pochette va drôlement bien à ce son si particulier.


Nick Hakim - Roller Skates (2017)

  Ailleurs sur le disque, "Roller Skates", dans sa soul psychédélique, rappelle grandement les travaux d'Unknown Mortal Orchestra (surtout II, un peu Multi-Love) inspirés par Stevie Wonder, Sly Stone, Syd Barrett, les Beatles période Magical Mystery Tour et les techniques de production des années 70 à 90. On pourrait en dire de même pour "TYAF" en un peu plus rock. Du coup, ce mélange inédit des genres et des époques compense largement les influences assez audibles, de même que quelques morceaux plus volontiers modernes, comme "Needy Bees" et "Farmissplease" qui sonnent plus alt-rnb dans la voix, ou "Cuffed" dont la prod électro-pop pioche davantage dans les répertoires plus contemporains de Air ou Tame Impala


Nick Hakim - Cuffed (2017)

  Et puis parfois c'est inclassable, comme "Those Days" avec ses claviers merveilleux, ses voix cotonneuses, sa rythmique insaisissable et encore une fois cet apport jazz salvateur. Ou encore "The Want", entre Shuggie Otis, Smiley Smile, Scientist et Massive Attack. Ou même sur le post-punk industriel et psychédélique post-Animal Collective de la conclusion "JP".

  Pour résumer tout ça en une phrase : vous n'avez jamais entendu ce disque. Malgré des proximités artistiques évidentes, le mélange des idées et la vision personnelle de Hakim sont assez forts pour l'emporter sur tout ça, et aboutir à un disque solide, dont les qualités d'écriture récompenseront les auditeurs capables d'endurer une prod souvent touffue et exigeante.
Et vous pouvez écouter tout ça par là.

  Et pour une petite expérience live, vous pouvez réécouter son set au Picthfork Festival 2017 là.






Chicano Batman - Freedom Is Free (2017)

  Pour terminer, un authentique album de soul-rock des grands espaces, celui des californiens de Chicano Batman. Ils savent convier en même temps les guitar hero, les hippies et les funkateers comme sur la superbe "Passed You By", véritable nouveau Woodstock à elle toute seule. A partir de là, tout va s'enchaîner avec une fluidité totale, de la pop post-Sam Cooke de "Friendship (Is A Small Boat In The Storm)" à la pop psychédélique brianwilsonesque de "Area C" en passant par le néo-Who (période mod) croisé avec Curtis Mayfield de "Angel Child" ou la soul jazzy et funky quasi afrobeat de "Right Off The Back".


Chicano Batman - Friendship (Is A Boat In The Storm) (2017)

  Avec comme quasi tube "Freedom Is Free", qui devrait passer sur toutes les radios ayant un DJ compétent. Son énergie fun et communicative est présente également sur l'hispanophone "Flecha Al Sol". Et cette joie, cette célébration folle des musiques populaires (visible sur la pochette) est agréable de bout en bout car aérée par des moments de douceur purs comme le blues-pop de "Jealousy" ou l'interlude psyché-pop "La Jura (Preluda)" qui introduit la superbe "La Jura", une des meilleures chansons du disque, chantée en espagnole. Et souvent, c'est au coeur du même morceau qu'on passe d'une musique apaisée à un rythme funk appelant aux déhanchés, en passant par des passages soul-rock spirituels ("Run", "The Taker Story").


Chicano Batman - Freedom Is Free (2017)

  Un album très vivant, organique, festif et profond à la fois, à écouter absolument. Par ici par exemple.

Pour en savoir plus sur le groupe, un live dans la super émission Tiny Desk Concert et un autre sur la géniale radio KEXP :


Chicano Batman - Tiny Desk Concert 2017

Chicano Batman - Live KEXP 2017

Bonnes écoutes à tous !

Alex




samedi 3 juin 2017

The Charmels & "As Long As I've Got You" : la soul du hip-hop

The Charmels

  "As Long As I've Got You", c'est un morceau soul-pop un peu funky aux entournures de The Charmels, un girls band soul de trois sœurs au chant lead divin et aux choeurs angéliques, sorti en 1966 par Volt, une filiale de Stax. Un sacré classique, une chanson tellement belle sous tous les aspects (composition, interprétation, écriture, arrangements, production) qu'elle est est absolument intemporelle, que vous pouvez apprécier ci-dessous :


  L'oreille des amateurs de hip-hop parmi vous aura fait tilt dès les premières notes de piano, puisqu'on reconnaît immédiatement le sample principal de la prod (par RZA) d'une des chansons les plus importantes de l'histoire du rap, "C.R.E.A.M." (1993), du Wu Tang Clan, elle aussi à (re)découvrir absolument :


  Si j'en reparle maintenant, c'est que le grand Snoop Dogg a sorti un album tout récemment (mai 2017 donc), Neva Left. Et, tout comme sa pochette montrant une photo d'un très jeune Snoop prise dans la Californie des 90's, le morceau titre (et premier de l'album), "Neva Left", fait dans le souvenir, la nostalgie, l'hommage au passé, en reprenant le même sample de bien belle façon. Le double hommage, aux ancêtres soul et funk que Snoop vénère par dessus tout, et aux pionniers d'un rap authentique, est bien vu. Le vétéran, via une prestation impeccable, fait ainsi le pont entre deux époques, entre deux océans, et nous donne une leçon de vie vintage, tel un vieux bluesman des temps modernes. En plus, la prod a été re-travaillée d'une bien belle façon, alors vous vous devez d'écouter celle-là aussi :

  De même que le Wu-Tang a immortalisé une merveilleuse chanson, qui ne serait probablement pas connue en dehors du cercles des connaisseurs soul, Snoop Dogg perpétue donc un certain héritage de la musique américaine, et, tel un Bob Dylan reprenant un vieux folk ou un vieux gospel obscur, participe à perpétuer le beau et à nous redonner espoir. Puisque cette chanson était tellement bonne à la base qu'elle était comme destinée à être immortelle, et à infiltrer les oreilles de millions de jeunes gens sur plusieurs générations. C'est une ode au mérite, au beau, et ça nous fait espérer que l'humanité est encore capable, le temps aidant, de faire le tri, de ne garder que le meilleur d'elle-même, et de ne pas laisser les choses qui comptent se perdre.

  Pour finir, quelques autres morceaux inspirés du titre des Charmels, et d'abord "Street Soul 101" de Gramatik, un beau hip-hop instrumental de 2009 qui ne part pas exactement du même sample, ce qui montre la richesse de l'original :


  Et comme tout classique, le morceau a forcément une version dub, ici par Ambassa et Nichola Richards (sortie en 2016), avec un chant certes un peu reggae mais aux couleurs presque rnb, quelque part entre Aaliyah et Beyoncé, qui donne une certaine vitalité à cette reprise :


  Enfin, pour boucler la boucle, je vais finir par un reprise de The Emotions, parue sur leur album Songs Of Innocence and Experience. Enregistré en 1972, ce qui aurait dû être leur troisième album n'est finalement paru qu'en 2004 sur Stax. Dans un style soul-funk plus sec et tendu, mais tout aussi beau (quelles voix !), cette reprise est également une merveille à (ré)écouter :

Alex





mercredi 22 février 2017

Selena - Amor Prohibido (1994)



  Selena Quintanilla-Perez était une chanteuse américaine d'origine mexicaine, dont la musique a marqué les Etats-Unis des années 90. Sa fulgurante carrière a été stoppée net par une mort tragique en 1995 (assassinée par sa plus proche collaboratrice devenue obsessionnelle vis-à-vis de sa star d'amie) à un âge jeune (23 ans) et en pleine gloire, un peu comme Aaliyah. Apparemment son succès puis son décès ont marqué l'époque, mais je ne suis pas sûr que le retentissement ait été aussi important que ça en dehors des USA, voire même en dehors de la communauté latino, malgré des ventes énormes et une popularité incroyable. Ou alors ça s'est vite tassé. Pour preuve, on entend peu parler d'elle, notamment en France. Et c'est dommage car c'est une artiste qui vaut vraiment le détour. Je vais donc tenter d'aider à réparer cette injustice en vous parlant aujourd'hui de son quatrième et avant dernier album, sorti en 1994, et qui s'intitule Amor Prohibido.

  Vous allez comprendre pourquoi elle était si populaire dès le morceau-titre, "Amor Prohibido" qui ouvre ce disque. Alors certes, le son synthétique a un peu vieilli (quoiqu'il a son charme sur cette chanson en particulier), mais c'est un putain de tube porté par un chant expressif et puissant. Il ne faut pas avoir peur du sucre dans l'instrumentation (ça passe à merveille pour moi, mais je comprends que ça bloque certains), mais ce chant est absolument divin. Mélodique, doux et affirmé à la fois, et puis cet espagnol est merveilleux à l'oreille, ça change. 

  Le morceau suivant, "No Me Queda Mas", est plein de grâce. Derrière le son encore très eighties et les trompettes mariachi qui s'effacent assez vite, on a une pop orchestrale sur laquelle Selena croone en espagnol de manière mélodramatique et pleine de classe et de rage contenue, comme Sinatra. C'est absolument magnifique vocalement, en tous cas moi je fond totalement. Cette voix est magnifique, cette femme avait du caractère et un talent fou, à la Stevie Nicks (ou plus récemment Niki & The Dove).

  Vous aurez peut-être déjà remarqué cela, mais la musique tejano de la diva est assez variée stylistiquement, derrière le vernis latino. On a en effet la très bonne "Cobarde" une ballade disco-funk extrêmement cheesy (qui permet de comprendre les comparaisons avec la Madonna des débuts), sublimé là encore par un sens de la mélodie impeccable et une voix magnifique qui apporte une vraie intensité à ce morceau. Puis "Fotos Y Recuerdos" qui commence pop/folk et vire cumbia synthétique assez vite, et un morceau plus rythmé presque ska avec "El Chico Del Apartamento 512", toutes deux très agréables.

  Et puis cet autre tube énorme, "Bidi Bidi Bom Bom", magnifique mélange de reggae, de disco-funk et de cette pop latine chaloupée, et à la mélodie chewing-gum qui colle au fond de l'oreille pour longtemps. Imparable.

  Après, tout n'est pas mémorable, surtout dans la deuxième moitié du disque. "Techno Cumbia", ses "héééé hééé oooh oooh" et son côté Janet Jackson est plus dispensable même si pas nulle du tout. Et le chant plus agressif de Selena, façon Michael Jackson sur "They Don't Care About Us" est un bon point. Proche de ce morceau, on a une tentative de rnb / new jack swing avec un boys band sur "Donde Quiera Que Estes" qui passe bien mais sur lequel on ne reviendra pas forcément. Et puis deux titres que je déteste réellement : le hard FM de "Ya No" (l'éclectisme c'est bien, mais quand c'est maîtrisé seulement)  et une chanson un peu plus traditionnelle avec accordéon, rythme lancinant et chant moins intéressant : "Tus Desprecios". La pop mariachi de "Si Una Vez" est carrément au-dessus (musique & chant) mais même si elle sauve en partie cette face B, elle n'égale pas les grosses réussites du début d'album.

  Je comprends que certains (la plupart?) d'entre vous restent bloqués sur le son extrêmement daté, mais essayez si vous le pouvez d'aller un peu au-delà pour apprécier une artiste qui vaut franchement le détour selon moi, surtout sur cet excellent album de pop dont une grosse moitié mérite le terme de classique. 

Alex