Je suis très sensible à la musique de Flying Lotus. Entre hip-hop, électronique, jazz, psychédélisme, il brouille les codes et arrive à chaque sortie à magnifier ses mélanges et à les rendre plus audacieux musicalement, produits avec maestria, tout en gardant un feeling rythmique et un sens du riff qui rendent le tout relativement accessible. J'avais par exemple adoré son dernier LP en date,You're Dead !, avec une orientation entre électro et free jazz, avec quelques touches rap.
Et bien on continue sur la même excellente lancée avec Flamagra, qui démarre fort par une épopée électro-jazz au tempo impossible à suivre, la géniale "Heroes", avant d'enchaîner sur la magnifique "Post Requisite", véritable merveille récapitulant ce qui s'est fait de mieux de Miles Davis au footwork en passant par J Dilla, Dr Dre, la house de Chicagoet Bootsy Collins. Un chef-d'oeuvre. On reconnaît également la patte du fidèle bassiste et chanteur Thundercat sur nombre de morceaux, dont "Heroes In a Half Shell", qui a un côté musique de jeux vidéos aussi farceur que pertinent musicalement, et "The Climb" sur lequel son chant est mis en avant.
Flying Lotus, Anderson .Paak - More (Clip, 2019)
Globalement, les instrumentaux sont merveilleux , dans un genre hip-hop du 3e millénaire ("Capillaries", "FF4"), jazz mystique ("Andromeda", magnifique, "Pygmy" ou "Thank You Malcolm", probable hommage au regretté Mac Miller) funk psychédélique ("Inside Your Home", "Remind You", "Debbie Is Depressed", "Find Your Own Way Home", "Hot Oct.") ou dans un style plus visuel, entre cinéma ("Say Something") et retro-gaming parfois inspiré par le jazz japonais ("Takashi", "Pilgrim Side Eye", "All Spies").
Flying Lotus - Post Requisite (Clip, 2019)
Les invités sont bien choisis, comme Anderson .Paak qui porte, entouré de choeurs gospels dramatiques puis d'un groove jazz-funk irrésistible, la très bonne "More". Ou le vétéran George Clinton qui vient apporter son charme alien inimitable sur "Burning Down The House", tandis que Solange impressionne sur la grandiose "Land Of Honey", qui pourrait illustrer une version moderne de Dune. Ou même les inattendus mais très beaux feat de personnalités plutôt connues pour leur électro-pop sautillante, comme Little Dragon sur "Spontaneous" et Toro Y Moi sur "9 Carrots". A noter également, la très prisée Thierra Whack sur "Yellow Belly", les géniaux Shabazz Palaces sur "Actually Virtual", Denzel Curry sur "Black Balloons Reprise", et David Lynch sur "Fire Is Coming".
Flying Lotus - Takashi (2019)
Cet album est pas évident a appréhender, c'est en partie pour cela que je vous en parle relativement tard par rapport à sa sortie. Il est dense, riche (27 titres, 1h06), et nécessite du temps et de multiples écoutes pour déceler des prises qui permettent de tenir toute la durée de l'ascension de cette oeuvre assez titanesque. En revanche, vos efforts seront récompensés plus que largement, tant cet album a à vous offrir.
Mes morceaux préférés : Heroes, Post Requisite, Capillaries, Andromeda, Debbie Is Depressed, More, Takashi, Burning Down The House, Land Of Honey
Ca y est, deux ans après Flower Boy (2017), mon album de l'année, et sérieux prétendant au trône des meilleurs disques de la décennie, le génial Tyler, The Creator revient avec un nouveau disque, IGOR. Le sale gosse provocateur balançant des gros bangers de rap atonal aura bien changé, lui qui compose désormais des symphonies soul/pop délicates aux arrangements baroques et chante autant qu'il ne rappe. Il aura enfin pu passer outre la mauvaise compréhension de son art, puisque suite à des premiers albums aux paroles violentes écrites dans un cadre narratif, du point de vue d'un personnage fictif, il aura subi la folie des institutions (il a été banni du Royaume-Uni à une période) et l'ineptie d'une frange de la critique musicale qui ne prend pas le temps de l'écoute et de la compréhension (on l'a accusé d'être misogyne et homophobe sur la base de textes écrits du point de vue d'un personnage fictif qui l'était, alors que dans la vraie vie c'est un des rares musiciens homme ne ratant pas une occasion de se répandre en éloge sur le travail des collaboratrices féminines avec lesquelles il a eu la chance de travailler, et qu'il est bisexuel ou gay... D'ailleurs pas mal de membres de son ancien collectif Odd Future étaient femmes, homosexuel.le.s, bisexuel.le.s... La poutre dans l’œil ces critiques, je vous le dis).
Tyler, The Creator - IGOR'S THEME (2019)
Avec Flower Boy puis IGOR, il a su conquérir les amateurs de belles mélodies, d'arrangements soignés, d'inventivité sonore tout en gardant les puristes rap qui ont bien compris que sur ce terrain là aussi il est impeccable. C'est d'autant plus impressionnant que sur ce dernier disque, il produit et arrange tout. Etant lui même doué avec les machines et bon claviériste, il s'est pourtant entouré de pas mal de monde pour ajouter de la densité à ce disque impressionnant : une voix, un choeur par ci, une guitare par là, etc... En cela, il est à la fois le digne descendant de l'homme-studio capable de recréer un style musical entier avec trois bouts de sample façon Neptunes, et du rôle de chef-d'orchestre visionnaire d'un Kanye West depuis My Beautiful Dark Twisted Fantasy.
Pochette alternative d'IGOR
Maintenant que tout cela est posé, passons à la musique. "IGOR'S THEME" sonne comme un mix entre les Neptunes, Kanye West et l'électro-pop décomplexée de la fin des années 2000 (Klaxons, MIA...), et tabasse sur un rythme groovy encadré de synthés bien crado et embelli d'arrangements magnifiques (pianos, synthés, samples vocaux, et "vraies" voix). Le morceau enchaîne sur le délicat "EARFQUAKE", plus proche de Flower Boy musicalement, mais portant également des traces lointaines de G-Funk, et proche des plus récents travaux de Frank Ocean et Blood Orange dans son approche psychédélique, intellectuelle et sensible du rnb. Là encore, la chanteuse Jessy Wilson, le collaborateur ultime Charlie Wilson, ainsi que le rappeur Playboi Carti viennent donner de la voix, tous les deux avec un impact émotionnel plus que percutant, qui comblent l'espace d'un disque pour le moment très instrumental.
Tyler, The Creator - EARFQUAKE (Clip, 2019)
C'est sur "I THINK" que la voix non modifiée de Tyler réapparaît réellement, chantée autant que rappée, sur un beat très disco agrémenté de synthés saturés comme sur Yeezus. La track utilise d'ailleurs des idées issues de "SexyBack" de Justin Timberlake / Timbaland, ainsi que du "Stronger" de Kanye (sur Yeezus comme "Stronger", on entend des échos house, et une collaboration de Daft Punk). Il y a donc un gros côté années 2000, lorsque les revival disco se percutaient avec l'électro-pop et le rap devenant lui aussi davantage pop et électronique (pensez à Graduation du même Kanye, aux prods de Timbaland pour Nelly Furtado, ou au tube "American Boy" de Kanye et Estelle par exemple, avec qui Tyler a collaboré sur Flower Boy). Cette track décidément sous influences est aussi enrichie d'une collaboration avec Solange (il a beaucoup contribué au dernier album de celle-ci) et d'un sampling du break introductif du génial "Get Down" (1982), bombe électro-funk du camerounais Nkono Teles. Ces interpolations d'oeuvres précédentes servent un but précis : donner à ce morceau un côté immédiatement familier à l'auditeur, qui aura l'impression de connaître ce morceau sans savoir d'où, et pourra ressentir une certaine forme de nostalgie en entendant des échos de la musique d'il y a déjà 10 ans. C'est malin.
Tyler, The Creator - I THINK (2019)
Côté texte, ce qu'on avait subodoré à l'écoute de la précédente ne laisse plus de doutes : ce disque est un album-concept autour d'une relation amoureuse, qu'on devine tragique car si Tyler n'a pas de doute sur le fait qu'il tombe amoureux, il semble que l'objet de son désir n'ait pas forcément des sentiments réciproques. D'ailleurs, sur la très tendue "Running Out Of Time", chanson durant laquelle la relation est décrite, on comprend vite que les ferments de la rupture sont déjà là. Cette tension, cette urgence, sont présents dans la musique, notamment au travers du sample de "Hit & Run" de RUN-DMC. Tyler modifie sa voix sur ce morceau comme sur le suivant, "New Magic Wand", pour accentuer le côté solitaire, aliéné de l'amant délaissé. Ce dernier est d'ailleurs un morceau plus sombre musicalement, avec le retour de claviers sursaturés sur une rythmique très Neptunes insistante et ponctuée de breaks menaçants, sur laquelleSantigold vient donner de la voix. Comme sur ses premiers disques, Tyler se met dans la tête de ce personnage, devenant fou, incohérent et violent, oscillant entre supplications ("please don't leave me now", répété comme un mantra) et menaces (allant jusqu'à la menace de mort), pour accentuer le drame d'une rupture douloureuse qu'on devine réelle.
Tyler, The Creator - New Magic Wand (2019)
Avec "A Boy Is A Gun", on retrouve un hip-hop plus classique, tant dans le rap que dans l'instru samplant la soul du "Bound" de Ponderosa Twins Plus One (déjà utilisé sur "Bound 2"de Kanye). Néanmoins, les arrangements restent denses, psychédéliques, mélancoliques et beaux, et on est régulièrement émerveillé devant ces irruptions de samples, pianos, choeurs, claviers, ou cette guitare électrique donnant au tout un aspect un peu prog. Un très beau morceau, triste, puissant et poignant. Sa suite, "Puppet", est dans le même registre. Samplant la pop-rock indé délicate, entre lo-fi et baroque, de Part Time ("It's Alright With Me"), le morceau utilise aussi des idées issues du "Hello"de Erykah Badu, et des intervention vocales de Kanye West en personne, accentuant le côté transmission, héritage, passage de bâton entre ce dernier et Tyler. Et là encore, le texte est déchirant ("i'm your puppet").
Tyler, The Creator - A Boy Is A Gun (2019)
Retour à du plus sale, à du plus dark, sur "WHAT'S GOOD", avec un beat insistant, martelé, des synthés menaçants (entre trap et Yeezus) et des voix saturées, entrecoupés de moments de beauté prog et soul. On notera la collaboration du rappeur british slowthai sur ce gros banger plus que satisfaisant. Le morceau a un gros côté rock avec ces sons saturés, organisés en riffs, et ça rappelle la puissance de titres du Kanye prog de 2010, lorsqu'il samplait avec intelligence Black Sabbathet King Crimson. Un morceau intense et génial.
Tyler, The Creator - WHAT'S GOOD (2019)
Sur "GONE, GONE / THANK YOU", Tyler s'adjoint l'aide de génies du rock indé, Mild High Club (auteur de l'album préféré de 2017 de Tyler, déjà présent sur Flower Boy) et King Krule (qui a déjà produit pas mal de hip-hop sous différents noms), ainsi que des voix de Cee-Lo Green. La track sample également "Fragile" de Tatsuro Yamashita, et semble plus apaisée, entre soul, et rock psychédélique, et Tyler retrouve sa voix naturelle en même temps que son apaisement, puisqu'il a enfin pu se débarrasser de ses sentiments amoureux à sens unique (jolie idée que ces modifications vocales suivant l'évolution du personnage). D'ailleurs, il abandonne complètement son obsession amoureuse et regarde le futur avec optimisme sur "I DON'T LOVE YOU ANYMORE", morceaux doux-amer et apaisé, sur lequel on retrouve Solange et Ryan Beatty (ce dernier, ainsi que Santigold apparue un peu plus haut, on déjà bossé avec lui sur son dernier EP).
Tyler, The Creator - GONE, GONE / THANK YOU (2019)
Le disque se termine par l'apothéose soul-rock, pas si loin d'un Funkadelic période "Maggot Brain", de "ARE WE STILL FRIENDS", sur laquelle on entend également les voix du légendaire Al Green et de l'icone devenue ami Pharrell Williams.
Pour reprendre tout ça brièvement, ce disque à la croisée des influences (électro-pop des années 2000, hip-hop, pop post-Neptunes, soul psychédélique, rap saturé à la Yeezus...) est une réussite totale. Avec un nombre d'invités assez conséquent, à la voix comme à la prod, Tyler garde néanmoins la main sur un projet ultra-personnel et se montre en véritable chef-d'orchestre, capable d'utiliser les interventions de ces collaborateurs souvent proches et récurrents pour transcender les morceaux d'un disque qu'il a entièrement composé, arrangé et produit par ailleurs. La cohésion musicale est assortie d'une cohésion thématique totale, des textes à l'interprétation et au traitement des voix qui servent le propos narratif de cet album concept sur une relation amoureuse vouée à l'échec. C'est une oeuvre brillante, dense mais consise, qui ne perd pas une seconde mais laisse tout de même l'auditeur respirer à travers de magnifiques plages instrumentales souvent délicates, pour mieux le cueillir au banger suivant. Un très, très grand album.
Ce mois-ci je n'ai vraiment pas eu le temps de chroniquer grand chose, vous allez donc découvrir mon avis sur pas mal de disques sur ce post. Il est long, beaucoup d'albums ont retenu mon attention, mais seuls quelques rares élus m'ont vraiment transporté. Cependant, avec un peu de chance vous comprendrez et ressentirez mieux que moi certains de ces excellents disques qui méritent de ne pas passer à la trappe. Cette liste est un peu décalée, il y a pas mal de rattrapages de Février, et je ne parlerais de certaines sorties de Mars qu'en Avril, faute de temps pour les avoir assez écoutées ce mois-ci. Mais on s'en fout non ?
Hamza ayant lui-même produit par le passé, il a l'oreille pour choisir les meilleures prods. Sa sensibilité unique au chant, entre rnb et rap autotuné, d'une habileté rare dans les flows sans cesse changeants, le fait sortir du lot et sublimer ces prods incroyables. Le disque est par ailleurs séquencé avec une minutie d'horloger, et est par ailleurs très homogène et équilibré, ses prods aux influences variées (rnb, trap, dancehall, afrobeats, électro-pop...) partageant des marqueurs communs, et la balance entre bangers et morceaux plus posés étant admirablement gérée. Hamza a une oreille musicale hors du commun et a réussi sur ce projet à atteindre ses ambitions démesurées avec quelques unes des prods les plus impeccables que vous entendrez cette année (et quand je dis ça je pense à l'international), qu'il a su transcender par son chanté-rappé unique et virtuose.
Mes morceaux préférés :Henny Me Noie, Audemars Sheet, Validé, HS, Paradise, Le Même Sort
Découverte (pour ma part) sur des collaborations avec notamment Patrick Paige II de The Internet, Kari Faux s'illustre ici en prenant le devant de la scène, et excelle particulièrement dans un mélange de hip-hop espiègle et de nu-soul sensuelle.
Incroyable morceau à la jonction entre free jazz et électro-pop dansante, ce titre euphorisant n'est que la partie émergée d'un iceberg dont je vous reparlerai bientôt, puisque si le génial disque dont il fait partie est déjà sorti (et aurait pu être album du mois à égalité), je préfère attendre un peu de le maîtriser davantage avant de vous en parler, pour le mettre en valeur correctement. Je vous laisse, je dois aller sauter partout en écoutant cette folie.
BILAN ALBUMS ***On a adoré :
Le SuperHomard - Meadow Lane Park COUP DE COEUR France Pop, Rock, Psyché, Electro-pop/Synthpop, Baroque Pop Lien vers la chronique
Le SuperHomard est avant tout le projet solo du musicien avignonnais Christophe Vaillant (Pony Taylor, The Strawberry Smell), qui joue de la plus grosse partie des instruments sur disque, avec néanmoins l'aide de son frère à la batterie et à la basse et de l'artiste anglaise Pandora Burgess au chant. Vous avez d'ailleurs déjà pu croiser ce nom sur notre blog, puisqu'on avait beaucoup aimé leur précédent EP. Leur pop psychédélique, assortie d'influences cinématographiques et assaisonnée de synthpop, fait mouche, autant sur des pop songs directes que sur des instrumentaux rêveurs et baroques. Et peu importe par quel aspect on aborde ce disque, il est inévitable de dire que c'est un bonheur sonore absolu, divinement produit et d'une richesse et d'une subtilité rares dans les arrangements. Chaque minute regorge de petits détails sonores à découvrir à chaque écoute, et le tout sert des mélodies d'une évidence pop magnifique. Indiscutablement une grande réussite pop.
Mes morceaux préférés :Paper Girl, Meadow Lane Park, SDVB, Snowflakes, In the Park, Springtime, Door After Door
Le rockeur le plus cool de France revient avec un nouvel album, après le délicieux The Hood de l'an dernier, avec un mélange de néo-60's plus assumé (surf, psychédélisme), de pop à guitare 80's, et de garage brutal qui doit un peu au grunge, façon Ty Segall. Tout au long du disque, il y a en tous cas toujours un truc qui accroche l'oreille, sans passer par la facilité : des mélodies et riffs imparables, qui vont rester collés au fond de votre cerveau pendant un moment. Ces chansons mémorables, interprétées avec une coolitude sans limite, font de ce disque un incontournable de l'année.
Largement composé à partir de jams improvisées, entrecoupé d'interludes, minimaliste dans son son et souple dans ses structures, c'est un album de croquis, d'ébauches, au trait précis mais sans fioriture - choix artistique spartiate et courageux assumé et maîtrisé, la perfectionniste ayant passé des heures à éditer ces jams, retoucher les sons, prenant son rôle de productrice très à cœur, et ça s'entend : le disque est poli, impeccable, immaculé, tout en laissant échapper un peu de naturel de temps en temps : un rire, une respiration, une irrégularité de voix... Musicalement, on oscille entre jazz, nu-soul, et hip-hop, avec une présence notable de claviers funky et de boîtes à rythme sèches, presque trap, et un côté psychédélique. C'est un album ouvert aux contributions, mais laliste impressionnante de collaborateurs accouche pourtant d'un disque ultra personnel, d'une homogénéité remarquable. Un excellent album, pas forcément évident à aborder pour un non-initié, mais un régal pour les amateurs de musique moderne qui en attendent créativité, diversité, audace, naturel et perfectionnisme. Un petit bijou.
Mes morceaux préférés : Things I Imagined, Binz, Down With the Clique, My Skin My Logo, Way to the Show, Sound Of Rain, Almeda
Un projet absolument inclassable mais génial, un peu comme si Erykah Badu avait l'âge de Jorja Smith et décidait de sortir sa propre version d'une mixtape de trap-jazz cosmique. Un peu le versant bad girl de l'album de Solange finalement. C'est en tous cas tout à fait passionnant et perfusé d'une énergie insolente absolument irrésistible. Ecouter sur Spotify
Les deux anglais reviennent avec un putain d'album qui claque. Dès le début, "Into The Payzone" et "Kebab Spider" sont deux putain de bangers. Musicalement, c'est la même recette, encore et encore : un poil de punk une basse post-punk menaçante, un soupçon de dance-punk dans les rythmiques et les programmations, mais il en faut un sacré talent pour ne pas lasser quand on fait dans le minimalisme, surtout avec un chant aussi marqué que chez lesSleaford Mods. D'ailleurs, c'est probablement une bonne introduction au groupe, l'ensemble étant assez diversifié et accessible.
Mes morceaux préférés :Into The Payzone, Kebab Spider, Policy Cream, Negative Script, When You Come Up To Me, Flipside
Une très belle collection de morceaux tour à tour pop, rock et folk, empreints d'une rage et d'une urgence n'enlevant rien à leur délicatesse. Un très très beau disque dans le genre.
Une belle oeuvre, nocturne, méditative, mature mais pas totalement apaisée pour autant, contenant quelques unes des plus belles chansons récentes d'Avey Tare comme "Saturdays (Again)" par exemple, mais aussi quelques expérimentations réussies comme l'enchaînement des deux premiers titres. Lorsqu'il rappelle les sommets de Down There comme sur ces deux titres, ou de Strawberry Jam sur "Nostalgia In Lemonade", ou qu'il offre de nouveaux sommets d'intensité dramatique ("Chilly Blue", "Remember Mayan") ou d'apaisantes comptines psyché ("Our Little Chapter", "HORS_") on se prend à espérer au grand disque, mais on n'y est pas tout à fait. Les écoutes répétées me donneront peut-être tort, mais j'entends ici un peu trop de l'inertie amorphe qu'on sentait poindre sur les titres les moins inspirés de Painting With et m'avait beaucoup ennuyée sur Tangerine Reef. A la manière de son précédent effort solo, Eucayptus, sur lequel je ne suis finalement pas beaucoup revenu malgré ses qualités, je pense que ce disque ne va pas me marquer, mais il reste néanmoins une aimable réussite artistique, à défaut d'avoir fait chavirer mon coeur.
Puzzleest un projet solo d'un des deux frères deThe Garden, et tout comme son autre groupe, c'est un bordel génial. Comment voulez vous qualifier cette musique ? Il y a des synthés qui ont presque un son de musique de jeux vidéos, des rythmiques punk hardcore, et un chant scandé presque rappé. On peut en revanche affirmer sans se tromper que c'est de l'excellente pop music. Alors oui, sans doute que dans l'ensemble, le côté amorphe de la musique ainsi que certains éléments (le chanté-rappé) peuvent lasser, mais avouez que c'est quand même une proposition artistique assez unique, qui mérite d'être découverte, et qui n'est pas loin d'accoucher de quelque chose de très grand. Il manque juste un peu de sélection dans toutes ces idées géniales (les deux frères sont ultra productifs ensemble et en solo), et on aura un chef-d'oeuvre de The Garden, Puzzle ou Enjoy dans pas longtemps.
Mes morceaux préférés :Loose Cannon, Junk, Disappear, Over1234think, Pointless Content, Sitting in the back of my car
A l'écoute de ces deux projets d'Aleksi Perälä, on peut sans trop de doutes affirmer qu'il fait partie des disciples d'Aphex Twin, mêlant dans son électroniques des ambiances planantes, des rythmiques parfois dansantes parfois déstabilisantes, des mélodies mémorables et des bizarreries IDM jouissives. Deux projets solides et chaudement recommandés.
Black Taffy - Elder Mantis Abstract Hip-Hop, Electronique, Ambient Un très très bel album d'abstract hip-hop, d'une élégance rare et d'une délicatesse infinie. A écouter sur Spotify
Stella Donnelly - Beware Of The Dogs Pop, Rock, Folk Un très beau disque de chansons puissantes et délicates à la fois, aux textes forts mis en musique avec beaucoup de talent, et chantés par une voix accessible et maîtrisée. Mes morceaux préférés :Allergies, Old Man Ecouter sur Spotify
Stephen Malkmus - Groove Denied USA Electro-pop, Rock, Psychédélisme, Krautrock, Post-punk L'ex-leader de Pavement nous offre là sa première véritable oeuvre solo, et il en a profité pour faire un truc dont le grand fan de Can qui est en lui rêvait depuis longtemps : un album d'électro-rock. La grande qualité de ce disque c'est son côté joueur, cette découverte et cette excitation qu'on sent à chaque instant. Les digressions électroniques sont ainsi très fun et musicalement assez folles, mais finalement elles donnent à ce projet un petit côté anecdotique lorsqu'on entend les morceaux suivant davantage le format chanson comme "Viktor Borgia". Le côté synthpop façon Human League (voire Roxy Music) est tellement mémorable qu'on en redemande. A l'inverse, il y a beaucoup de guitares et peu d'électronique en fin de disque (les 3 derniers morceaux), et ça sort un peu de l'ambiance si bien installée. Mais je chipote là, ce disque est très bien en l'état, et la version fantasmée que je m'en fais n'aurait pas forcément été meilleure. Mes morceaux préférés :Viktor Borgia,Love The Door, Grown Nothing Ecouter sur Spotify
Pond - Sixteen Days Australie Rock, Synthpop/Electro-Pop, Psyché, Prog, Glam C'est avec une impeccable suites de morceaux synthpop que Pond revient. Etant très fan de leur album de 2013, un peu moins mais presque autant de celui de 2015, j'avais perdu petit à petit mon intérêt pour ce groupe et les projets solo d'Allbrook. Ce disque n'a pas tout à fait restauré mon niveau d'excitation, mais il faut reconnaître qu'il est bien foutu, et contient quelques unes des meilleures chansons du groupe. Son côté glam, ensoleille, synthétique aussi, quelque part entre les MGMT fascinés par les Stones du 1er album et les derniers Tame Impala, accroche directement l'auditeur. Mes morceaux préférés : Daisy, Tasmania Ecouter sur Spotify
Delicate Steve - Till I Burn Up Rock, Electro-Rock, Electro-Pop/Pop Un album super cool d'électro-rock post-Ratatat, très accrocheur et malin, plein de fun et de talent. Ecouter sur Spotify
Undermathic - Living Holograms Electronique, French Touch, Electro-Rock, Electro-Pop, House, Electro-funk La suite logique des aventures électro-rock du premier LP de Jackson & His Computer Band, de celui de Justice et de Human After All des Daft Punk, avec un peu de l'ambition de groupes de l'écurie DFA comme The Juan MacLean. Cette reprise de flambeau ne manque pas de panache et ne se contente pas de pasticher mais écrit de nouvelles pages de cette histoire électro-rock. Un disque impressionnant. Ecouter sur Spotify
Fatamorgana - Terra Alta Electro-Pop/Synthpop, New Wave, Post-punk Une électro-pop minimale en espagnole de haute volée. Fortement recommandé ! Ecouter sur Spotify
Kehlani - While We Wait Pop, Rnb Ce court mais impeccable album fortifie la place de Kehlani au sommet de la partie accessible mais bien foutue du rnb mondial, et la rapproche d'artistes comme Ty Dolla Sign, dont l'influence (et la présence vocale) apportent au disque chaleur, sensualité et modernité. Lien Spotify
Little Simz - GREY AREA Hip-Hop Little Simz élargit considérablement sa palette déjà variée avec ce disque éclectique et organique qui met en valeur son flow impeccable. Ecouter sur Spotify
Powder - Powder In Space
Compilation - Electronique Cette compilation stellaire du label Powder regorge de merveilles électroniques aussi novatrices que fascinantes. Une vraie expérience.
Cochemea - All My Relations Jazz Une douce rêverie jazz. Ecouter sur Spotify
Hubert Lenoir - Darlène Chanson Un dique complètement barré, entre comédie musicale, cabaret, jazz, chanson française, glam... Déconcertant et enthousiasmant, il me faudra un peu plus de temps encore pour en faire le tour, mais c'est assurément une oeuvre remarquable. Ecouter sur Spotify
*On a apprécié : U-Bahn - U-Bahn Post-Punk Un efficace album de post-punk aux contours assez pop. Recommandé !
Ecouter sur Spotify Crocodiles - Love Is Here Rock, Pop Petite déception pour ce dernier album de mes chouchous qui continuent d'album en album à aller vers une musique que je trouve moins intéressante et vitale que celle qui les a fait connaître. Mais il reste quelques traces de leur brillante écriture glam rock dans ce LP par ailleurs plutôt dispensable. Ecouter sur Spotify Giggs - BIG BAD... (Royaume-Uni - Grime) Lien Spotify Benny Sings - City Pop (Pop) Lien Spotify Czarface Meets Ghostface (Hip-Hop) Ecouter sur Spotify Half Japanese - Invincible (Rock Indé ) Lien Spotify Offset - Father Of Four (USA - Trap)Lien Spotify The Claypool Lennon Delirium - South Of Reality (Prog-Rock, Pop, Psyché) Ecouter sur Spotify Snapped Ankles - Stunning Luxury (Post-Punk) Lien Spotify Papooz - Night Sketches (Pop, Electro, Disco) Lien Spotify loveni - Une nuit avec Bon Gamin (Rap fr) Lien Spotify
BILAN EP Charlotte Adigéry - Zandoli House, Funk, Pop Funky, impertinent, fun et bien foutu, c'est un EP plus que solide. Ecouter sur Spotify Mr Oizo - Rythme Plat France French Touch, Electronique Cet EP hommage à "Flat Beat", 20 ans après, est un petit 2/4 pour moi, avec un génial feat avec le rappeur italien Phra (suite à leur addictive collaboration "No Tony") et un bon hommage avec le bien nommé "Rythme Plat". Le reste ne me parle pas trop, mais c'est déjà ça. Ecouter sur Spotify
Après un EP génial produit par Blood Orange, Solange avait émerveillé avec un premier album renversant en 2016, A Seat At The Table, qu'on avait adoré. Trois ans plus tard, c'est avec un album déstabilisant qu'elle poursuit son impeccable discographie. Si le visuel suggère une continuité, la musique suggère quant à elle une déconstruction du style de l'artiste. Largement composé à partir de jams improvisées, entrecoupé d'interludes, minimaliste dans son son et souple dans ses structures, c'est un album de croquis, d'ébauches, au trait précis mais sans fioriture - choix artistique spartiate et courageux qui a le mérite de laisser de la place à l'imagination de l'auditeur, le rendant acteur de son écoute, au risque de le perdre. Mais c'est cependant un choix conscient, assumé et maîtrisé, la perfectionniste ayant passé des heures à éditer ces jams, retoucher les sons, prenant son rôle de productrice très à coeur, et ça s'entend : le disque est poli, impeccable, immaculé. Tout en laissant échapper un peu de naturel de temps en temps : un rire, une respiration, une irrégularité de voix...
Solange - Stay Flo (Clip, 2019)
Musicalement, on oscille entre jazz, nu-soul, et hip-hop, avec une présence notable de claviers funky et de boîtes à rythme sèches, presque trap, et un côté psychédélique qui rappelle le travail de Tyler, The Creator, présent ici sur plusieurs morceaux au clavier, à la batterie ou dans des vocaux discrets. C'est un album ouvert aux contributions, puisque Solange a co-produit la majorité de ces titres avec John Key et John Carroll Kirby et collaboré avec (entre autres) Chassol, Devonté Hynes, Panda Bear, Cassie, Tyler The Creator, Gucci Mane, Metro Boomin, Raphael Saadiq, Playboi Carti, Pharrell Williams, The-Dream, Steve Lacy, Abra, Scarface... pour ne citer que les plus connus.
Solange - Binz (Clip, 2019)
Cette liste impressionnante de collaborateurs accouche pourtant d'un disque ultra personnel, d'une homogénéité remarquable. Et toujours au top, qu'elle fasse dans le mantra nu-soul façon Erykah Badu ("Things I Imagined", "Binz", "I'm A Witness"), le nu-jazz ("Down With the Clique", "Time (is)", "My Skin My Logo", "Beltway"), la pop mâtinée de rnb ("Stay Flo", "Dreams", "Jerrod"), ou dans l'électro-funk ("Way to the Show", "Sound Of Rain"). Parfois, elle pervertit un genre ultra quadrillé depuis des décennies (jazz, soul...) par des rythmiques sèches façon dirty south ou un flow trap. Et lorsque tous ces éléments se mêlent, ça donne de petites perles ("Almeda").
Solange - Almeda (Clip, 2019)
Un excellent album, pas forcément évident à aborder pour un non-initié (si vous ne connaissez pas l'artiste, essayez d'abord A Seat At The Table), mais un régal pour les amateurs de musique moderne qui n'ont pas envie de coller des étiquettes trop précises sur la musique et qui en attendent créativité, audace, naturel et perfectionnisme. Un petit bijou.
Mes morceaux préférés : Things I Imagined, Binz, Down With the Clique, My Skin My Logo, Way to the Show, Sound Of Rain, Almeda