Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes
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dimanche 8 juillet 2018

Le Bilan du Mois : Juin 2018


L'ALBUM DU MOIS :



Video Age - Pop Therapy
USA
Pop, Synthpop, Electro-funk, Electro-Pop, Rock, New Wave, Post-Punk, Glam, Psyché
Lien vers la chronique
  Video Age est un duo de synthpop de la Nouvelle-Orléans formé de Ross Farbe et Ray Micarelli, et ensemble ils sont absolument irrésistibles. Cet album est en effet brillant ; c'est une suite sans accrocs de pop songs parfaites, ayant toutes l'impact d'un potentiel single et se jouant délicieusement des sons les plus kitsch des années 80. A peine sortie, cette petite merveille s'impose évidemment comme un des meilleurs albums de synthpop de la décennie, voire comme un classique instantané. 
Mes morceaux préférés : Lover Surreal, Hold On (I Was Wrong), Pop Therapy, Days To Remember, Paris To The Moon, No Tomorrow, Scenic Highway, Is It Her ?
A écouter sur Spotify ou Deezer ou Bandcamp


L'EP DU MOIS :


Yuno - Moodie
Royaume-Uni/USA
Pop, Hip-Hop, Pop Indé, Rock, Sunshine Pop, Electro-Pop, Psychédélisme, Trap
  Cet EP sous influences (Animal Collective, Lil Uzi Vert, Frank Ocean, skate rock...) est une bonne nouvelle, et un vrai petit rayon de soleil musical. Yuno est définitivement un artiste à suivre, on sent un potentiel énorme chez ce surdoué de la mélodie. 
Mes morceaux préférés : No Going Back, Fall In Love
Ecouter sur Bandcamp ou Deezer ou Spotify


LE MORCEAU DU MOIS :



Damso - Festival de Rêves
Belgique
Hip-Hop, Pop, Chanson Française, Trap, Electro-Pop
  J'aurais presque pu mettre n'importe quel morceau du dernier album du belge, Lithopédion, mais aujourd'hui c'est celui-là que j'ai en tête. Ne cherchez pas l'album dans la liste ci-dessous, il n'y est pas encore mais je me rattraperai bientôt avec une chronique à la hauteur de sa grandeur. En attendant kiffez bien celui-là.


L'EXPLOIT DU MOIS :


Kanye West - The Wyoming Tapes


  Avec 5 albums en 5 semaines, Kanye West vient de pulvériser les records de productivité. Bon certes, ces albums sont courts, mais ils sont de qualité, avec une personnalité propre pour chacun d'entre eux, et c'est ça le vrai exploit. Cette fournée de disques majeurs restera dans les annales de la musique et prouve une fois de plus le génie musical de West. Cf mes avis sur DAYTONA, ye, Kids See Ghosts, Nasir et K.T.S.E. ci-dessous.


BILAN ALBUMS :



Pusha-T - Daytona
USA
Hip-Hop, Rap, Soul/funk
  Conçu par Pusha-T (raps) et Kanye West (beats), DAYTONA est un album passionnant, concis, brut. Il est presque parfait, brutal, violent et beau. Les expériences respectives des deux hommes s'accumulent pour apporter une profondeur supplémentaire à leur musique ainsi qu'une vraie clarté dans la direction qu'ils veulent prendre, sans toutefois perdre l'impact et l'urgence de la jeunesse. Cet album est un réel classique instantané de hip-hop, impeccable pour les puristes et accessible aux néophytes. 
Mes morceaux préférés : If You Know You Know, The Games We Play, Come Back Baby
A écouter sur Spotify ou Deezer




Kanye - ye
USA
Pop, Rap, Hip-Hop, Rnb, Soul, Rock, Psychédélisme, Ambient
   Cet album est un digne descendant de The Life Of Pablo, avec un côté patchork cimenté autour d'un coeur gospel/rnb très présent, avec un dosage légèrement différent : moins de rap, plus de pop, davantage de sons froids, de nappes et d'ambiances minimalistes. C'est un disque très bien structuré, avec un focus assez clair et un thème unificateur intéressant sur la maladie mentale, avec une honnêteté déconcertante dans les textes. Musicalement, il est très riche, mais reste là encore concentré et ne s'éparpille pas, préférant le dénuement afin d'intensifier l'impact des explosions de maximalisme qui le ponctuent, créant un rythme naturel, vallonné, qui ajoute au plaisir de l'écoute. Il gagne en complexité et en intérêt à chaque réécoute, sa courte durée le rend donc d'autant plus facile et agréable à revisiter, et donc à appréhender. C'est donc une grosse réussite de plus pour Kanye, qui a pour l'instant réalisé une carrière musicalement sans fautes.
Mes morceaux préférés : I Thought About Killing You, Ghost Town, All Mine, No Mistakes
A écouter sur Spotify ou Deezer



Kids See Ghosts - Kids See Ghosts
USA
Pop, Hip-Hop, Rock, Rap, Psychédélisme, Soul/Gospel/Rnb, Hard Rock
  Le disque est une vraie réussite. Le duo possède une vraie alchimie, et ça se sent. Ensemble, ils suivent leurs instincts les plus pop et ça paie : tout est beau, tout est accrocheur, tout émerveille. Cette oeuvre renvoie vers les merveilles de l'enfance, ses mystères aussi, mais même si la façon dont elle sonne nous fait dire que les deux artistes auraient pu la sortir en 2009, il y a une maturité, une patine liée à l'âge présente ici qui nous ferait mentir. Ce disque est un bel album de pop curieuse, joueuse, qui brille habilement les frontières entre les genres et relie rap et rock avec une élégance rare tant cet exercice de fusion est délicat et peu réussi. Superbe !
Mes morceaux préférés : Feel The Love, Fire, Freeee (Ghost Town Pt.2), Kids See Ghosts
A écouter sur Spotify ou Deezer


Nas - Nasir
USA
Rap, Hip-Hop, Soul/Funk, Rnb, Pop, Rock psychédélique
  Cet album pour Nas est un pari réussi. C'est une oeuvre totalement différente des 3 précédentes de la série Wyoming Tapes, mais qui semble s'inscrire, comme DAYTONA, dans une démarche hip-hop plus classique. Ses samples incroyables et le rap impeccable de Nas semblent d'ailleurs propulser l'album vers un statut de classique instantané, qui serait mérité. Du bon boulot.
Mes morceaux préférés : Tous, honnêtement. 
A écouter sur Spotify ou Deezer


Teyana Taylor - K.T.S.E.
USA
Rnb, Nu-Soul, Soul, Pop, Funk, Hip-Hop, Jazz Vocal
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  Cet album, pourtant pas le plus attendu de la série des Wyoming Tapes, est incroyable. Teyena Taylor brille de mille feux vocalement, et la prod de Kanye West est immaculée, c'est d'ailleurs sans doute sa plus élégante toutes périodes confondues. C'est une pluie de perles soul/rnb, infusée au gospel et assaisonnée de sons et de techniques plus modernes et gavées de samples génialement trouvés et parfaitement utilisés. Un petit bonbon pour les amateurs du genre (et les autres), qui clôt parfaitement ces Wyoming Tapes
Mes morceaux préférés : No Manners, Gonna Love Me, Hurry, Rose In Harlem, WTP
A écouter sur Spotify ou Deezer



John Maus - Addendum
USA
Pop, Synthpop, Post-Punk, Goth, Electro-Pop, Musique Classique
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  C'est donc un superbe album qui tient largement la comparaison avec Screen Memories, qui a la bonne idée d'être concis et de ne comporter que des chansons mémorables, avec une accroche pop évidente permise par le chant assez présent, les synthés aux mélodies accrocheuses et surtout un génie constant dans les lignes de basse. Un très très bon album !
Mes morceaux préférés : Dumpster Baby, Episode, I Want To Live
A écouter sur Spotify ou Deezer



Gorillaz - The Now Now
Royaume-Uni 
Pop, Synthpop, Electrofunk, Disco, Folk, Electro-Rock
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  C'est un retour concis et réussi, qui fait oublier les excès du précédent. L'album est solide, et la direction introspective voire mélancolique mariée à un électrofunk discoïde est tout à fait adaptée à ces morceaux plus humbles permettant à Albarn de renouer avec la magie pop de Demon Days ou Plastic Beach sans prétendre atteindre leur niveau d'excellence et d'ambition. Une réussite totale !
Mes morceaux préférés : Humility, Lake Zurich, Tranz, Kansas



Melody's Echo Chamber
France (Suède, Australie)
Pop, Psychédélisme, Prog Rock, Funk, Electro-Pop, Jazz, Chanson Française
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  Melody Prochet nous offre un album incroyable, bien plus alambiqué que son précédent, mais dont tous les détours ont la bonne idée de surprendre l'auditeur tout en faisant complètement sens. C'est une oeuvre riche, dense, mais concise (7 titres seulement), permettant à son auteure de multiplier les idées sur une chanson sans lasser au long de l'album entier. Ce disque intime et luxuriant, détournant le néo-psychédélisme pop qui l'a fait connaitre à grands coups de rock progressif, d'électronique, de funk, de jazz et de touches orchestrales est une réussite totale qui fait bien mieux que succéder à son classique instantané de 2012 : il lui offre une nouvelle route, belle, dégagée et excitante.
Mes morceaux préférés : Cross My Heart, Desert Horse, Quand les larmes d'un ange font danser la neige, Visions Of Someone Special, On A Wall Of Reflections
A écouter sur Spotify ou Deezer



Halo Maud - Je suis une île
France
Pop, Dream-Pop, Psyché, Chanson Française, Rock, Electro-Pop
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  Malgré quelques imperfections mineures, cet album est vraiment réussi. C'est un beau disque de dream pop néo-psychédélique, intime, émouvant et personnel, que je recommande fortement.    
Mes morceaux préférés : Baptism, Du Pouvoir/Power, Wherever, Chanceuse, Tu Sais Comme Je suis, Dans la Nuit
A écouter sur Spotify ou Deezer


BILAN EPs :


Ras G meets Moresounds
USA / France
Dub, Electronique, Hip-Hop, Cosmic Funk, Jazz, Dubstep, Psyché
  Valant surtout pour les deux morceaux de Ras G, ce split EP est un excellent exercice de relecture moderne de la dub des pionniers, aussi fun que cérébral, n'ayant pas peur de mettre les mains dans le cambouis pour bricoler à la main et avec amour et humour des vignettes sonores cosmiques et irréelles.
Mes morceaux préférés : Gorilla Glue, Global Shit-uation 
A écouter sur Spotify ou Deezer ou Bandcamp par exemple


Alex



lundi 11 juin 2018

Pusha-T - DAYTONA (2018)


  DAYTONA est le premier album d'une série de 5 sorties du label G.O.O.D Music espacées d'une semaine seulement l'une de l'autre, du 25 Mai au 22 Juin. Toutes mises en musique par le créateur du label, Kanye West, le concept rappelle quelque peu celui de ses "GOOD Fridays" d'avant la sortie de My Beautiful Dark Twisted Fantasy (2010), durant lesquels il sortait un nouveau morceau tous les vendredis avant de dévoiler son LP, certains d'entre eux en faisant partie et d'autres demeurant des bonus tracks de cette période. La première de ces oeuvres est l'album de Pusha-T, actuel patron du label, ex-membre de l'influent duo Clipse (avec son frère No Malice) et fidèle collaborateur de Kanye. Depuis sont sortis un album solo de West, un album de ce dernier en duo avec Kid Cudi sous le nom Kids See Ghosts, et on devrait pouvoir écouter un album de Nas à la fin de la semaine et un de Teyena Taylor dans deux semaines, cette série est donc encore un work in progress

  Tous ces albums ont, outre leur producteur, un point commun mû en partie par une volonté de concision chère à West (cf Yeezus, de 2013), en partie par une deadline impossible que ce dernier s'est lui-même imposée pour cette salve de sorties. Mais ce choix n'est pas innocent à l'époque où les derniers disques de Migos, Drake ou Rae Sremmurd se sont fait dézinguer à différents degrés par le public et la critique pour être ultra longs avec un nombre de morceaux démentiel. Cette tendance à la multiplication des pistes dans un morceau est directement liée à l'essor du streaming pour deux raisons ; la première étant que la dématérialisation permet d'expérimenter avec des durées plus longues qu'un format CD, et la deuxième, sans doute la plus importante, est qu'un artiste est payé au nombre de streams par chanson. C'est à dire qu'une écoute d'un album de 33 chansons rapportera 3 fois plus que celle d'un album de 11. Le calcul est donc vite fait, mais ce choix est dangereux comme on l'a vu pour Drake notamment, qui s'est bien fait dégommer par une opinion jugeant très déplacé pour une star multimillionnaire de ce calibre de diluer ses morceaux réussis dans un océan de chansons faiblardes afin de gratter quelques dollars.

Kanye West & Pusha-T

  C'est avec cette philosophie que Pusha-T a conçu cet album. Il a annoncé lui-même en interview vouloir sortir un disque compact (7 titres, 21 minutes), par respect envers son public qui lui accorde son temps libre pour l'écouter. C'est donc quelque part une démarche militante de respect de l'auditeur qui se joue dans cette série de LPs, même si évidemment on peut voir là un habile contrepied marketing. Il n'empêche que Pusha-T semble avoir pris à cœur le concept, changeant le nom de son album de King Push à Daytona (ce dernier étant une marque de montre de luxe). 

  Ce changement de nom est très signifiant, car outre la symbolique du temps il illustre parfaitement le credo du rappeur qui sait exactement ce que le public attend de lui : des raps incisifs sur son passé de dealer de cocaïne et sa vie dans les quartiers ghettoïsés d'une Amérique en état de semi-apartheid, et sur la vie de luxe qu'il vit depuis qu'il a percé dans la musique, symbole de réussite. Cette démarche est illustrée à merveille par la pochette, changée au dernier moment par Kanye West. C'est une photo de la salle de bain de Whitney Houston prise après la mort de celle-ci par overdose dans cette même pièce. On peut discuter du côté malvenu de choisir une photo aussi intrusive, mais il est difficile de trouver meilleure illustration de l'impact de la célébrité et de la drogue sur une personne que cette image à la beauté glauque et saisissante, le côté voyeur de la chose renforçant encore le sous-texte sur les affres de la vie sous le regard des caméras. Comme nous le verront, les questions de drogue et de santé mentale, de dépression sont au coeur de l'album solo de West et forment un peu le fil rouge de sa participation à cette série d'albums.

Pusha-T - If You Know You Know (2018)

  Je m'excuse de cette mise en contexte un peu longue, mais je pense qu'elle est réellement complémentaire à l'écoute de ce disque et qu'elle vous permettra d'en comprendre tous les tenants et les aboutissants. Mais maintenant parlons musique ! Le premier titre, "If You Know You Know" sample avec brio l'intro du morceau de hard rock progressif "Twelve O'Clock Satanial" (1972) du groupe Air (en écoute ici). Le morceau est brut, incisif, on sent vraiment le côté "juste un DJ et un MC" comme sur un vieux Eric B & Rakim. Kanye envoie du lourd derrière sa MPC avec un beat brutal, son arme secrète : les samples vocaux, et une utilisation judicieuse des pauses. Par dessus, Pusha balance son flow vicieux et implacable, alignant les rimes avec dextérité. Un excellent morceau qui donne bien le ton du projet : radical, brut et sans concessions.

Pusha-T - The Games We Play (2018)

  Dans le même ton, "The Games We Play" démarre sur une boucle soul bien bluesy issue de "Heart N' Soul" (1968) de Booker T Averheart mêlée à des influences de "Politics As Usual" (1996) de Jay-Z, cette dernière étant clairement une inspiration du style de production du jeune Kanye. Le morceau rappelle d'ailleurs vraiment les prod de West du début des années 2000, avec un côté deep soul proche de son travail pour Jay-Z ou de morceaux comme "Gold Digger" (2005), samplant Ray Charles. Sur ce morceau, la chaleur soul du beat et son côté traînant se marient à la perfection avec le rap millésimé du vétéran Pusha-T, toujours acéré. "The Games We Play" brille également par sa simplicité, étant l'exemple même de ce qui fonctionne bien sur cet album.

Pusha-T & Rick Ross - Hard Piano (2018)

  Le morceau suivant, "Hard Piano", suit déjà une route plus complexe, sur quelques notes de piano venant de "High As Apple Pie - Slice II" (1970), de Charles Wright & The Watts 103rd Street Rythm Band, avant que des nappes d'orgue jouées par Mike Dean ne nous mènent vers un refrain chanté un peu too much (seule faute de goût du disque ?), puis vers un couplet bien efficace de Rick Ross. Mais ce petit impair est vite oublié à l'écoute de la brillante "Come Back Baby" s'appuyant à merveille sur "The Truth Shall make You Free" (1972) de The Mighty Hannibal pour introduire un subtil mélange de couplet sans concessions posés sur une prod atonale et de refrains soul absolument merveilleux, provenant du superbe "I Can't Do Without You" (2011) de George Jackson.

Pusha-T & Rick Ross - Come Back Baby (2018)

Pusha-T & Rick Ross - Santeria (2018)

  L'excellence continue avec "Santeria", jouant là encore de l'alternance entre un refrain doux et lent (chantés en espagnol par une voix féminine) et des couplet radicaux et violent, sur une prod subtile samplant "Drugs" (1996) de Lil Kim, qui elle même samplait le Isaac Hayes de "Bumpy's Lament", issu de la BO de Shaft (et également base du célèbre "Xplosive" de Dr Dre, sorti en 1999). Là encore, le fidèle Mike Dean, élément crucial du disque puisqu'il est derrière la console sur tout le long de l'album, passe de l'autre côté du micro pour enregistrer quelques parties de clavier bienvenues.

Kanye West & Pusha-T - What Would Meek Do ? (2018)

  L'inévitable feat avec Kanye sera un banger rap brut, un peu à la façon du morceau de Pusha "Numbers On The Boards", produit par Kanye pour le premier album solo du rappeur en 2013 et méritant sa place au panthéon des plus grands morceaux de rap de tous les temps. En effet, "What Would Meek Do" utilise l'orgue de "Heart Of The Sunrise" (1971) de Yes pour installer une ambiance sombre et inquiétante, prétexte à une flopée de couplets assassins. D'autres éléments renforcent cette noirceur, notamment une citation du flow de Tupac / Makaveli sur "Hail Mary" (1996). On notera également des références à la blague musicale "Lift Yourself" sortie par Kanye plus tôt dans l'année.   

Pusha-T - Infrared (2018)

  L'album se termine (déjà) par "Infrared", magnifique exercice de sampling à la limite du dub utilisant "I Want To Make Up" (2009) de The 24 Carat Black ainsi que des éléments du flow de Jay-Z sur "The Prelude" (2006), dans un seul but : envoyer des petites piques à Drake, qui aura le malheur de répondre avec "Duppy's Freestyle" une diss track pas trop mal foutue se moquant parfois efficacement de Pusha sous-entendant qu'il exagère son passé dans la rue, et de Kanye au passage. Cette réponse causera un assassinat en règle de Drake sur la réponse de Pusha-T, "The Story Of Adidon" (rien que la pochette, une blackface de Drake, a fait du dégât), disséquant sur fond de la prod de "The Story of OJ" (Jay-Z, 2017) avec une précision vicieuse la vie de ce dernier, le renvoyant à ses fautes comme l'oubli de son ami Noah "40" Shebib (atteint de sclérose en plaques), et suggérant que les absences répétées de son père ont causé chez lui un comportement de père abusif, révélant au passage que Drake aurait caché un fils du nom d'Adonis, qu'il aurait récemment eu avec une ex-actrice porno devenue artiste peintre du nom de Sophie Brussaux, et qu'il allait révéler l'existence de son fils caché... dans le cadre d'une campagne promo pour sa ligne de vêtements Adidon en collaboration avec Adidas. Le plus dingue dans cette histoire c'est que tout a l'air vrai, l'entourage de Drake n'ayant rien démenti et des éléments ayant montré que ce dernier aurait fait un test de paternité et verserait de l'argent à la mère et son fils. Pusha-T a donc carrément dégommé un plan comm' monstrueux et mis à jour une potentiellement sinistre utilisation de sa paternité par Drake (qui peut bien révéler l'existence de son fils au monde pour vendre des pompes ?). Et a mis au passage un sacré coup à l'image publique de son "ennemi" sur disque depuis des années (cette rivalité a été héritée de celle entre son mentor Lil Wayne et Pusha mais c'est une autre histoire, pas si passionnante). Ce morceau était sensé être le premier d'une série amenée à démolir complètement Drake ("surgical summer"), mais en l'absence de réponse de Drake (apparemment dictée par son management) et avec un Kanye plutôt pacificateur, nous n'y aurons pas droit finalement. D'après ce qu'on sait, il y aurait eu de quoi amocher davantage les carrières de Drake et Kanye. Mais sans morceau derrière, ça reste du people et ça ne nous concerne plus vraiment.


  DAYTONA est un album passionnant, concis, presque parfait, brutal, violent et beau. Pusha-T et Kanye étant des rappeurs entre deux âges, ils jouent de leurs expériences respectives pour apporter une profondeur supplémentaire à leur musique ainsi qu'une vraie clarté dans la direction qu'ils veulent prendre, sans toutefois perdre l'impact et l'urgence de la jeunesse. Cet album est un réel classique instantané de hip-hop, impeccable pour les puristes et accessible aux néophytes. C'est donc un sans faute pour G.O.O.D Music pour le moment.

A écouter sur Spotify ou Deezer

Alex







  

dimanche 7 mai 2017

Gorillaz - Humanz (2017)



  Bon, ne tournons pas autour du pot : cet album a beaucoup beaucoup déçu. Et c'est justifié. D'abord parce qu'il sort 7 ans (!) après un très bon Plastic Beach, que j'ai pour ma part adoré malgré quelques longueurs (je compte pas The Fall qui était plus un placement de produit qu'un vrai album malgré une voire deux trois bonnes chansons). Et ensuite, parce que malgré le casting, et l'attente, l'album sonne très creux, faible et putassier. Même en enlevant les 6 bonus tracks, on a quand même 20 morceaux en comptant les interludes, et parmi ceux-ci seule une poignée surnage. 

  Les réussites de ce disque, c'est d'abord "Ascension" qui doit beaucoup au flow addictif du très talentueux Vince Staples qu'on adore ici. Mais même s'il est simple, le beat électro-pop et funky est très bien foutu et porte bien la patte Gorillaz, accentuée par le chant plein de spleen d'Albarn sur un superbe pont. Le texte est bon, le morceau est concis et intense, bref, c'est génial. Le deuxième grand moment du disque, c'est "Andromeda", une pop song mélancolique gavée électro-funk comme Albarn sait si bien en faire (elle sonne très Plastic Beach pour le coup), avec là encore un invité qui transcende le morceau en la personne de DRAM, qui apporte sa soul, même si le beat, plus mélodique, se suffit davantage à lui-même que pour "Ascension"Après ces deux réussites majeures, on se doit d'évoquer un "Let Me Out" quasiment aussi bon, avec un beat synthétique très mélodique, là encore enrichi du spleen d'Albarn, de la soul de Mavis Staples et du flow incisif du génial Pusha-T

  Dans les réussites un poil moins éclatantes mais incontestables, on a ensuite "Hallelujah Money", avec Benjamin Clementine, la mélancolique "Busted And Blue", un peu plate mais belle quand même, et "Saturnz Barz", au beat plus proche du hip-hop dark et gavé de dub des débuts de Gorillaz. Une fois qu'on a réussi à assimiler l'autotune de Popcaan, le titre est vraiment bon, très réussi et fidèle à l'esprit du groupe. 

  Le reste, c'est à l'appréciation de chacun, mais dans l'ensemble c'est assez mauvais. Je sauverais bien "Momentz" avec De La Soul, car il y a deux trois bonnes idées dans ce titre autrement très grossier et inélégant.... Et encore. On peut dire ça de presque tous les titres. La participation de nombreux artistes de qualité est complètement inutile et tient plus du marketing que de l'artistique : Danny Brown, Kelela, Grace Jones, De La Soul, Gallagher, Jenny Beth.... Tandis que d'autres sont là sans qu'on ne sache trop pourquoi : je ne connais pas Peven Everett mais dieu que sa façon de chanter est ennuyante, et que fait cette horreur d'imposture soul/rock radiophonique qu'est Rag'n'bone Man sur un Gorillaz ?

  Bref, on aurait pu avoir un EP 6 titres du tonnerre, mais Albarn est visiblement parti dans la mauvaise direction en nous proposant cet album qui tient plus de la compile de Faces B abandonnées que d'autre chose, qui tourne souvent en rond, à vide, sans vision ni volonté. 
  Et puis à part pour être bien classé dans les charts streaming, quel intérêt de sortir 26 titres dont les 3/4 sont quasi inécoutables ? Qui va se farcir ça en entier plusieurs fois (à part les critiques et les fans désespérés d'entendre des fragments de bonnes idées ici ou là comme moi) ? Même en le considérant comme une "playlist", ou une compile de ratés, ce truc ne tient pas debout.... 

  Mais bon, merci quand même à Albarn et aux autres pour les 6 bons morceaux que j'ai cité plus haut, qui sont vraiment très réussis et qui valent le détour (en espérant qu'ils ne passent pas trop à la trappe à cause des critiques assez négatives et unanimes. 

(je vous conseille de l'écouter une ou deux fois, de faire votre tri, de rajouter les quelques bons morceaux à votre playlist gorillaz ou 2017 et de ne plus jamais y revenir, même dans 40 ans ce truc sera toujours aussi faible)

Alex