Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes
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mercredi 19 décembre 2018

Playboi Carti - Die Lit (2018)



  Deux choses très intéressantes rendent ce disque vital. Premièrement, l’énergie punk de Playboi Carti, qui caractérise le Soundcloud rap dans son ensemble : amateurisme total assumé, aucune peur de la répétition, tout est fait au charisme «don’t give a fuck», et ça marche : les concerts sont complets, les foules très jeunes pogotent, suent et hurlent avec l’artiste (à l'imgae de le pochette pleine d'énergie). Mais le deuxième atout, c’est la production novatrice de Pi’erre Bourne, présent ici sur 15 des 17 titres. Avec des synthés qui doivent davantage à l’électro-pop psychédélique de MGMT et aux BO des vieux Zelda qu’à la production hip-hop, ses beats extravagants à la structure éclatée mais pop font des merveilles. A vrai dire, Carti n’a pas grand-chose à faire tant les prods sont déjà excellentes, et il est davantage utilisé comme un instrument de plus que comme le centre de l’attention ici. Ad-libbant plus qu’il ne rappe, il est cependant tout à fait à l’aise sur ces beats peu orthodoxes sur lesquels beaucoup se casseraient les dents, et le duo producteur/rappeur fonctionne ici à merveille.

  Les morceaux les plus oniriques (« Long Time », « Lean 4 Real », « Right Now », « FlatBed Freestyle ») sont aussi réussis que les gros bangers (« RIP », qui tabasse sévère en faisant du surplace,  « Pull Up », « RIP Fredo »), et l’entre deux est bien négocié (« Old money », « Love Hurts », « Home (KOD ) », « Foreign », « TOP »). 

Playboi Carti - R.I.P (Clip, 2018)

  Les invités (Skepta, Travis Scott, Lil Uzi Vert, Bryson Tiller, Chief Keef, Gunna, Young Nudy, Red Coldhearted, Bourne lui-même) apportent une diversité vocale bienvenue tout en étant tous tout à fait à leur place ici, mention particulière à Nicki Minaj qui sonne particulièrement à l’aise sur ces prods, au point qu’on aimerait bien entendre un projet d’elle entièrement produit par Bourne. Sa collaboration sur « Poke It Out » fait partie des grosses réussites plus pop de l’album, avec « Mileage », possédant elle aussi un gimmick synthétique entêtant, « Shoota », et la magnifique « Fell In Luv » qui fait pesner aux plus belles prods du classique Barter 6 de Young Thug

Playboi Carti & Nicki Minaj - Poke It Out (2018)

  On part même parfois presque sur de la trap'n'b (« No Time », « Middle Of the Summer ») tant la douceur pop du son enrobe ces morceaux aux prods envoûtantes.

Playboi Carti & Young Thug - Choppa Won't Miss (2018)

  Belle synthèse de tout ça, « Choppa Won’t Miss » sonne comme un concours de l’ad-lib la plus pétée, entre Carti et Young Thug justement, sur une musique proche de la BO d’Ocarina Of Time sous marijuana. C’est à la fois ludique, hypnotique, fun et mélancolique.

  L’album dans son ensemble est donc une sacrée réussite, et le duo Carti/Bourne prouve qu’il est à la pointe de ce qui se fait de plus fun, obsédant et cool dans la trap, versant psychédélique et pop. Un petit bijou WTF à découvrir absolument.

Mes morceaux préférés : Long Time, RIP, Poke It Out, Mileage, Fell In Luv, Choppa Won’t Miss, Lean 4 Real, Foreign

Ecouter sur Deezer ou Spotify

Alex


dimanche 26 août 2018

Future - BEASTMODE 2 (2018)


  Le king du mumble rap revient avec cette suite à sa tape de 2015 BEASTMODE (produite par Zaythoven), son projet le plus sérieux depuis le diptyque FUTURE/HNDRXX (2017). L'hyperactif s'était entre temps fendu d'un album collaboratif avec Young Thug et de la BO du remake de Superfly, ces deux projets étant sympathiques mais pas indispensables non plus. La première tape du nom, celle de 2015, avait une certaine sensibilité pop (cf des morceaux comme "No Basic", "Where I Came From", "Just Like Bruddas" ou "Peacoat"), utilisant la virtuosité au piano de Zaythoven et les textures synthétiques quasi électro-pop et parfois à la limite de la pop japonaise, avec un petit côté BO jeux vidéos ("Lay Up", "Forever Eva") comme écrin à un rap mélodique et expressif. Sa suite, elle aussi signée par Zay et teasée depuis 2016, continue donc dans cette même lancée, et "WIFI LIT" démarre les hostilités en terrain connu, c'est à dire une charmante électro-pop vaguement orientalisante ponctuée de sons synthétiques et d'un piano printanier, portée par le flow entêtant d'un Future aux instincts mélodiques intacts. La seule différence, c'est la maturité musicale acquise en trois ans, qui s'entend surtout grâce à un mix plus aéré, mettant davantage en avant ses éléments et gagnant ainsi en relief. 

La mixtape complète, sur youtube

  Le côté mélancolique, chill de morceaux comme la quasi comptine "CUDDLE MY WRIST", traversées de parties de piano entre jazz soft et blues, ajoute à ce côté mature, un poil nostalgique, pensif et posé. Des fulgurances mélodiques au piano et dans le flow de Future, toujours assisté par son autotune magique, transcendent des morceaux comme le magnifique "RACKS BLUE", un morceau très expressif et touchant. On approche presque le somme "Codeine Crazy" sur ce dernier, ainsi que sur "RED LIGHT", où le duo a eu la bonne idée de mettre le piano et quelques cordes en avant, donnant un aperçu de ce qu'aurait pu donner un album de rap moderne produit par Chilly Gonzales (en espérant qu'un rappeur réponde à ses appels du pied). On n'est pas si loin d'un style adult contemporary influencé par le jazz des cocktails et des piano bars, méritant l'appellation de post-Katrina blues apposée à la musique chantée-rappée depuis Lil Wayne.

  Dans un style tout aussi touchant, mais plus proche de l'électro-pop de groupes comme Passion Pit musicalement, Future est déchirant sur "WHEN I THINK ABOUT IT". Zaythoven s'y surpasse également au piano, aboutissant à un grand morceau. "HATE THE REAL ME" utilise des synthés qui sonnaient déjà too much dans les 80's comme sur Pluto, qui avait fait décoller Future en 2012, ou sur des morceaux plus récents comme la géniale "Lie To Me", présente sur le très cool EVOL (2016). Et elle les utilise là encore à des fins plus adultes et matures que jamais, avec un côté auto-référentiel très intéressant, tant pour souligner le temps passé depuis ces marqueurs de sa carrière (et donc de sa vie), y invitant une distance critique, une complicité malicieuse et bienveillante avec l'auditeur l'ayant suivi depuis, et un certain sens de la continuité. 

Zaythoven (à gauche) et Future (à droite)

  Même des morceaux plus classiquement trap profitent de cette ambiance pop et de ce feeling émouvant, comme "31 DAYS", sur laquelle le flow de Nayvadius se fait aussi agile et instinctif que celui de Young Thug. L'influence de ce dernier est également présente sur la très pop "SOME MORE", à l'aspect comptine dopée aux basses trap faisant également penser à Lil Yachty. Pour autant, le fun et le rythme n'ont pas disparu, comme sur "DOH DOH", qui utilise avec malice un pattern proche du thème de James Bond pour déballer des onomatopées régressives et le flow sudiste de Young Scooter (qui fait furieusement penser à un croisement entre T.I. et YG ici). 

  Ce qui s'annonçait comme une petite mixtape sans grandes ambitions se révèle être une oeuvre majeure de Future, à la hauteur de ses meilleurs disques, sans doute au-dessus du premier BEASTMODE (2015). Profitant d'un instinct pop intact et de la virtuosité de Zaythoven au piano, Future accouche d'un disque tirant le meilleur parti de sa concision (9 titres seulement, une bénédiction pour un disque de rap mainstream) et de la diversité des ambiances sonores abordées au sein d'un projet par ailleurs cohérent thématiquement, à l'instar d'EVOL (2016). Bref, c'est un magnifique disque.

A écouter sur Spotify et Deezer



Alex