Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes
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mercredi 22 février 2017

Selena - Amor Prohibido (1994)



  Selena Quintanilla-Perez était une chanteuse américaine d'origine mexicaine, dont la musique a marqué les Etats-Unis des années 90. Sa fulgurante carrière a été stoppée net par une mort tragique en 1995 (assassinée par sa plus proche collaboratrice devenue obsessionnelle vis-à-vis de sa star d'amie) à un âge jeune (23 ans) et en pleine gloire, un peu comme Aaliyah. Apparemment son succès puis son décès ont marqué l'époque, mais je ne suis pas sûr que le retentissement ait été aussi important que ça en dehors des USA, voire même en dehors de la communauté latino, malgré des ventes énormes et une popularité incroyable. Ou alors ça s'est vite tassé. Pour preuve, on entend peu parler d'elle, notamment en France. Et c'est dommage car c'est une artiste qui vaut vraiment le détour. Je vais donc tenter d'aider à réparer cette injustice en vous parlant aujourd'hui de son quatrième et avant dernier album, sorti en 1994, et qui s'intitule Amor Prohibido.

  Vous allez comprendre pourquoi elle était si populaire dès le morceau-titre, "Amor Prohibido" qui ouvre ce disque. Alors certes, le son synthétique a un peu vieilli (quoiqu'il a son charme sur cette chanson en particulier), mais c'est un putain de tube porté par un chant expressif et puissant. Il ne faut pas avoir peur du sucre dans l'instrumentation (ça passe à merveille pour moi, mais je comprends que ça bloque certains), mais ce chant est absolument divin. Mélodique, doux et affirmé à la fois, et puis cet espagnol est merveilleux à l'oreille, ça change. 

  Le morceau suivant, "No Me Queda Mas", est plein de grâce. Derrière le son encore très eighties et les trompettes mariachi qui s'effacent assez vite, on a une pop orchestrale sur laquelle Selena croone en espagnol de manière mélodramatique et pleine de classe et de rage contenue, comme Sinatra. C'est absolument magnifique vocalement, en tous cas moi je fond totalement. Cette voix est magnifique, cette femme avait du caractère et un talent fou, à la Stevie Nicks (ou plus récemment Niki & The Dove).

  Vous aurez peut-être déjà remarqué cela, mais la musique tejano de la diva est assez variée stylistiquement, derrière le vernis latino. On a en effet la très bonne "Cobarde" une ballade disco-funk extrêmement cheesy (qui permet de comprendre les comparaisons avec la Madonna des débuts), sublimé là encore par un sens de la mélodie impeccable et une voix magnifique qui apporte une vraie intensité à ce morceau. Puis "Fotos Y Recuerdos" qui commence pop/folk et vire cumbia synthétique assez vite, et un morceau plus rythmé presque ska avec "El Chico Del Apartamento 512", toutes deux très agréables.

  Et puis cet autre tube énorme, "Bidi Bidi Bom Bom", magnifique mélange de reggae, de disco-funk et de cette pop latine chaloupée, et à la mélodie chewing-gum qui colle au fond de l'oreille pour longtemps. Imparable.

  Après, tout n'est pas mémorable, surtout dans la deuxième moitié du disque. "Techno Cumbia", ses "héééé hééé oooh oooh" et son côté Janet Jackson est plus dispensable même si pas nulle du tout. Et le chant plus agressif de Selena, façon Michael Jackson sur "They Don't Care About Us" est un bon point. Proche de ce morceau, on a une tentative de rnb / new jack swing avec un boys band sur "Donde Quiera Que Estes" qui passe bien mais sur lequel on ne reviendra pas forcément. Et puis deux titres que je déteste réellement : le hard FM de "Ya No" (l'éclectisme c'est bien, mais quand c'est maîtrisé seulement)  et une chanson un peu plus traditionnelle avec accordéon, rythme lancinant et chant moins intéressant : "Tus Desprecios". La pop mariachi de "Si Una Vez" est carrément au-dessus (musique & chant) mais même si elle sauve en partie cette face B, elle n'égale pas les grosses réussites du début d'album.

  Je comprends que certains (la plupart?) d'entre vous restent bloqués sur le son extrêmement daté, mais essayez si vous le pouvez d'aller un peu au-delà pour apprécier une artiste qui vaut franchement le détour selon moi, surtout sur cet excellent album de pop dont une grosse moitié mérite le terme de classique. 

Alex

  

dimanche 13 novembre 2016

America (del Sur) 2016 : Modular (Fuga Al Paraiso) & Orkestra Mendoza (!Vamos A Guarachar!)

  On va parler de deux disques de cette année rendant hommage à la musique latine, avec la disco tropicale des argentins de Modular et la folie latino des états-uniens de l'Orkestra Mendoza.



Modular - Fuga Al Paraiso (2016)

  Ce groupe est complètement fou. Le premier morceau, "Fugitivos Cosmicos" est un disco hispanophone entre Curtis Mayfield, Chic, Moroder, électropop à la Metronomy, tropicalisme et Yellow Magic Orchestra voire Kraftwerk sur la fin. Et tout ça passe crème. Alors, qu'il y ait la même formule disco-funk sur "Fiebre En La Disco", un peu plus de pop psyché-folk sur "La Niña Fantastica" ou "Los Vagabundos Del Cosmos" et "Jack Rabbit", tous ces titres seraient des tubes dans un monde parfait. Et les explorations électro-pop psychédéliques du reste du disque sont à l'avenant, balaient presque toute la musique pop des 50s à nos jours, avec talent. Pour donner un album époustouflant, frais, moderne et malin. Ecoutez donc cette bombe ici



Orkestra Mendoza - !Vamos A Guarachar! (2016)

  Un autre disque dans lequel la provenance états-unienne n'entache pas l'authenticité latine. Çà commence fort avec le ska boosté aux hormones mariachi-surf et à la cumbia du bien nommé "Cumbia Volcadora", et le franchement ska "Redoble" qui malgré ses airs de western mexicain n'aurait pas dénoté sur les premiers Madness. On oscille alors entre tout un tas de trucs fantastiques, du jazz cinématographique de "Misterio", BO d'un film imaginaire qui mêlerait Zorro, Bond, Machete et OSS117 dans une affreuse magouille avec tout un tas de catcheurs mexicains, à l'électro-rock psyché pop latino dansante de "Mapache" et son clavier entre Tornadoes produits par Joe Meek et garage surf. On a du titre latino équivoque avec "Cumbia Amor de Lejos" et "Mambo a la Rosano", mêlé avec du rock sur "Caramelos", du jazz psyché sur "Contra la Marea" et de l'électronique sur "No Volvere" au refrain bien entêtant pas si loin du "El Condor Pasa" que ça mais avec finesse et second degré. Et ça finit en pétaradant avec "Igual que Ayer", enthousiasmante rengaine pop latine, "Nada Te Debo" plus acoustique malgré un final plus jazzy et des choeurs bien bossés, et un rappel ska pour "Shadows Of The Mind"

  Bref, un disque hyper généreux, excentrique, extraverti, blindé de sons et de couleurs, qui n'en finira pas de ravir les oreilles des plus gourmands d'entre vous. A écouter ici.

Alex