Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes
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lundi 29 avril 2019

Pépite - Virages (2019)


  Pépite est un duo français de pop, et je les ai découverts en première partie (et un peu pendant aussi) un concert de L'Impératrice, ce qui peut vous donner une idée de leur style. Avec une voix à la Christophe, une musique un peu néo-80's, dans la lignée des scènes nu-disco et électro-pop qui ont éclot à la suite de la French Touch, ils sont bien placés dans une scène qui perce pas mal en ce moment, que la presse aime qualifier de "variété chic", terme que je n'aime pas trop parce qu'il est assez péjoratif, et qu'il regroupe des artistes intéressants (Julien Doré, Juliette Armanet...) et des trucs plus proche du gimmick ou un peu ternes (Clara Luciani, Les Pirouettes, Voyou...).

Pépite - Tant de Peine (Clip)
  Pépite mérite sa place parmi les meilleurs représentants d'une pop française accessible mais exigeante, volontiers synthétique mais pas seulement, on entend dans leurs mélodies élégantes et leurs arrangements sophistiqués toute une histoire (de François de Roubaix et Christophe à Sébastien Tellier et Justice) qui accouche de merveilleuses chansons, assez intemporelles, telles les très belles "Feu Rouge" et "Tant de Peine". Comme Tellier ou Armanet, ils arrivent à composer des chansons qu'on a l'impression de toujours avoir connues (comme les belles "Les bateaux" et "Hiéroglyphes"), ils ont cette évidence pop qui marque un certain talent authentique et pur de songwriter. Ça n'est pas pour rien qu'ils sont signés sur le bon label microqlima.

Pépite - Feu Rouge (Clip)

 Le groupe, sur disque comme sur scène, bénéficie d'une très belle complémentarité entre les synthés accrocheurs du chanteur et la guitare, follement triturée dans tous les sens par un guitariste aux doigts magiques et à l'imagination sans limite pour faire sonner son instrument de façon irréelle et toujours variée. D'ailleurs, l'instrument les rapproche parfois de la pop à guitare sous haut niveau de chorus d'un Mac Demarco (comme sur "Champagne"), mais la voix unique du chanteur les tire vers un univers bien à eux. Dans le genre rock-indé, avec une légère influence des Smiths, on peut également évoquer la jolie "Silence Radio", qui a aussi un petit je-ne-sais-quoi de Laurent Voulzy

Pépite - Les Bateaux (Clip)

  Et même lorsqu'ils abordent un territoire plus électronique, c'est plutôt réussi, comme sur l'intro "Flèches" ou la tropicale "Revues". Dans un genre pas si éloigné, l'électro un poil reggae de "Zizanie", dansante et hédoniste, comblera les amateurs de nu-disco et de chillwave post-French Touch (on n'est pas si loin que ça de l'excellent dernier album de Neon Indian). A l'autre bout du spectre, les morceaux plus organiques ou downtempo comme la douce comptine "Allo ?", la ballade au piano "Rubis" et la valse "Monte-Carlo", là aussi assez Demarco dans l'esprit, sont de toute beauté.  

  L'album, vous l'aurez compris, est donc varié dans ses sonorités et ses approches de la pop, mais conserve une identité forte, liée par la voix, assez unique, et la guitare également remarquable. C'est un bel exemple de pop francophone moderne, fraîche et bien foutue. Qu'on recommande donc forcément.

Mes morceaux préférés : Feu Rouge, Tant de Peine, Les Bateaux, Zizanie

A écouter sur Deezer ou Spotify

Alex

mardi 6 novembre 2018

Handbraekes - #3 EP (2018)


  Handbraekes est un duo formé de notre chouchou Mr Oizo et de l'allemand Boyz Noise, et cet EP est le troisième sous ce nom (d'où ce titre), avec toujours ce visuel automobile et phallique. Et c'est une petite bombe déviante comme on aime.

  "Discow" est un hommage débile et magnifique à la French Touch. Ultra répétitive, filtrée à mort, c'est un genre de house hédoniste très proche de ce que faisaient Thomas Bangalter et DJ Falcon sous le nom de Together, des labels Roulé et Crydamoure, et même plus simplement les Daft Punk avec "One More Time". Cette musique, hédoniste et universelle, garde son pouvoir de séduction en mariant une insouciance pop avec une certaine mélancolie sous-jacente. L'orthographe (et la répétition) évoquent également le "Moscow Discow" de Telex, et sans doute pas de manière innocente, puisque ce dernier était également un monument de dance fun et dense à la fois.

  On a ensuite "All Night Long", un gros banger bien Mr Oizo additionné de sample de soul flitré façon French Touch, de house violente à la Homework et de grognements sexuels évidemment. Puis vient un banger encore plus WTF et encore plus violent, j'ai nommé "Intertwo". On oscille là entre folie façon Oizo, rythmique quasi-reggeaton hyper métallique, et acid house énervée et saturée (on pensera au "On Sight" de Kanye West, produit par les Daft, mais aussi aux travaux de Brodinsky ou Gesaffelstein). L'enchaînement de ces trois premiers morceaux est une déflagration salutaire, une bonne claque dont on a du mal à se remettre. 

L'EP en entier, sur Youtube

  Heureusement, "Citroën" est plus calme, et consiste à caser une fausse pub déclamée par très belle une voix féminine, en allemand (on en profite pour emmerder copieusement une deuxième fois cette semaine les rageux qui crachent sur la langue allemande) sur des accords de clavier géniaux et un beat un poil haché façon trap mais néanmoins un peu funky (bonne ligne de basse). Complètement décalé, l'exercice de style passe bien. De même que "Jumpma", qui s'inspire du hip-hop et ressemble à un exercice de déconstruction de l'EDM en utilisant un sample de voix bouclé jusqu'à la nausée, et "Bangyou" qui fait de même avec un sample répété ad nauseum jusqu'à ce que la joie dance qu'il contenait révèle son côté tragique et profondément triste, tout en créant une tension qui ne sera -de façon malicieuse- jamais résolue par un gros drop que l'auditeur attend pourtant. 

  Cet EP inattendu est donc très réussi, avec une première partie incroyable entre nostalgie de la French Touch et gros bangers qui tabassent, et une deuxième partie plus conceptuelle poussant la déstructuration de la musique à son paroxysme. Un très, très bon boulot tant sur le fond que la forme. 

Ecouter sur Spotify ou Deezer ou Youtube

Alex


dimanche 6 août 2017

Lewis Ofman - Yo Bene EP (2017)



  Lewis Ofman est un jeune musicien français, et Yo Bene est son premier EP, sorti cette année en indépendant. Nous avons déjà parlé du génial single "L'Amour au Super U", issu de cet EP, qui nous allons le voir est un très, très bon cru.

  Il est introduit par la très belle "Plaisir", qui égrène une suite d'accords digne des morceaux les plus sophistiqués de la pop sixties (Curt Boettcher, Todd Rundgren, The Zombies...) et de leurs descendants modernes (Jacco Gardner, Dorian Pimpernel...). Mais joué sur un clavier à l'esprit très vaporwave, comme entendu au travers de l'enceinte froide d'un supermaché (impression amplifiée par le sample de voix inaugural et par la pochette évocatrice), rapprochant ainsi la démarche d'artistes pop comme Homeshake et MacDemarco, ce qui est confirmé par l'emploi une guitare sensible et mélodique. Et la touche française, c'est cette pointe d'électro French Touch, façon Tellier, qui habille la deuxième moitié du morceau. Et qu'on retrouve dans "L'Amour Au Super U", magnifique pop song néo-eighties dont nous n'allons pas reparler ici, pour cela je vous renvoie vers mon précédent article

  Après ce superbe début suit "Flash", avec toujours ce groove particulier dû au synthé basse, mais sur un versant encore plus funky accentué par des nappes house, un jeu sur les sons et textures de cowbell rappelant Jacques, et une panoplie de claviers addictifs et dingues : un synthé voix complètement fou à rapprocher de Soft Hair ou Mr Oizo, un synthé tubesque sonnant presque comme un cuivre, un autre comme un orgue, un sample de voix qui dit "yeah!" ou bien est-ce un chèvre ?... Tous ces instruments ont le charme de l'approximation, comme le mellotron en son temps, dont l'intérêt n'était pas tant la reproduction parfaite du son d'un orchestre que le son propre un peu fantomatique et fantasmatique créé par la distance entre le son du clavier lui-même et le son qu'il tentait de reproduire. Ce qui fait ce sel, c'est l'idée d'un son, la vision d'un son rêvé, palpable mais pas tout à fait tangible, qui donne toute la force et la personnalité à l'ensemble.

  "Le Métro Et Le Bus" est la première chanson dans laquelle on entend la voix de Lewis, si on excepte les discrets choeurs de "L'Amour Au Super U". Cette chanson sensible et émouvante est la version 2017, post-chillwave et post-French Touch de la pop fragile, délicate et gracieuse du troisième Velvet Underground, rien que ça. 

  L'album se conclut sur le sautillant et funky instrumental-titre, "Yo Bene", qui est à la fois doux et entraînant, et sur le magnifique "Kythira", qui rappelle l'ambiance sunshine pop revisitée de "Plaisir", mais avec un côté encore plus synthétique, mélancolique, plus 70s-80s que 60s, et aussi avec davantage de références aux musiques de films. 

  Bref, vous l'aurez compris, nous avons été emballés par ce superbe EP, un des meilleurs de l'année, qui permet d'ores et déjà de classer Lewis Ofman comme un incontournable d'une scène pop française et internationale excitante, novatrice et sensible, créant une musique profonde et moderne, qui sait en tirant le meilleur du passé et en le triturant à l'instinct des émotions du présent créer une musique futuriste et belle.


Alex


vendredi 14 mars 2014

GRAND JEU / PART 3




« Je lui dirais les mots bleus, les mots qu’on 
dit avec les yeux »  


Un disque qui se passe de mots, et très bien, merci ! 


  Le choix d'Etienne :


Gonzales - Solo Piano ( 2004 )



     Premier des deux albums du même nom ( le deuxième étant sorti en 2012 ), ce projet constitue un tournant dans la carrière solo du québécois, qui gravitait alors dans le milieu rap / hip-hop, même si des airs de classique s'en échappe. Et c'est sous une forme originale, une performance seul au piano, entièrement acoustique, qu'il revient donc à ses origines artistiques, le classique. Ceci peut paraître ambitieux, ou même prétentieux, mais c'est en faite en toute simplicité et intimité que nous entrons dans le chef d'oeuvre du pianiste. On ne serait classer le style entre le classique, le jazz ou la pop, il est assurément unique et peut être comparé à celui d'Erik Satie. Voilà donc un album que l'on dévisage de nos oreilles, et où les mots sont vains. 

Etienne

Le choix d'Alexandre :

Air - The Virgin Suicides (2000)



  Je vous préviens tout de suite, ce disque est un de mes préférés tous genres confondus. Sans doute dans mon top 10, et probablement mon disque favori des années 2000. L'album, et j'assume à 200% ce que je dis, est un authentique chef-d'œuvre. Certains pourront lui préférer l'excellent "10.000 Hz Legend" dans la discographie du groupe, et ils auront au moins autant raison que moi, même si j'ai plutôt un gros faible pour celui-ci.

  La musique est tellement belle qu'elle ne s'encombre le plus souvent pas de mots. Evidemment, les plus pointilleux me diront que le premier morceau "Playground Love" est une vraie chanson pop, avec chant et paroles, même si l'intrumental est prédominant, et qu'il y a deux "monologues" insérés dans des morceaux (à la fin de "The Word Hurricane", et sur le dernier morceau, "Suicide Underground", avec voix pitchée dans les graves). Certes.

  En revanche, ce que personne ne pourra m'enlever, c'est qu'il n'y a pas de mots pour décrire tant de beauté. En terme de BO, c'est compliqué de faire mieux, on rivalise sérieusement avec des niveaux morriconiens ici, et c'est un très grand admirateur du maestro qui le dit. L'instrumentation est très riche, on a énormément de matière musicale, beaucoup de textures (guitares, orchestres, batterie, basse, claviers, saxophone parfois...). Et pourtant, le arrangements sont le plus souvent sobres, accentuant l'intensité dramatique de l'ensemble.

  Je m'en passe des extraits quasiment tous les jours, dans le train ou le tram, entre la fac et chez moi, et j'écoute l'album très régulièrement, il a tendance à me manquer rapidement. Un vrai disque de chevet, qui je l'espère, vous bouleversera autant que moi. Comme vous avez pu le constater, je ne sais vraiment quoi en dire, et à part vous faire partager mon ressenti, je suis bien incapable de trouver mes mots pour décrire la musique. Tout ce que je peux faire, c'est vous recommander l'écoute. Je n'en extrait pas de morceaux, tout est prenant, d'une qualité époustouflante, d'une sensibilité impressionnante.

  Et il n'est pas nécessaire d'avoir vu le (bon) film de Coppola avant, moi-même je ne l'ai vu que des années après avoir découvert le disque. De plus, cette BO y est sous-utilisée, à mon humble avis. Une BO qui n'a pas besoin d'images pour être géniale, donc. Et un des rares albums qui me fait monter les larmes aux yeux et me file des frissons partout, systématiquement, et ce du début à la fin, alors que je le connais par cœur depuis des années.  Comme en ce moment, alors que je le réécoute... Vous l'aurez compris, je pense, il me tient beaucoup à cœur celui-ci.

  Un petit mot pour la fin, vous imaginez si Gainsbourg était encore parmi nous, les chef d'œuvres qu'il aurait pu nous sortir avec ces deux Versaillais ?

Un peu de beauté à écouter sur deezer, ou sur spotify.



Alexandre







mercredi 29 janvier 2014

Chromeo - Over Your Shoulder (Mr Oizo Remix, 2013)


 
  Si je ne m'abuse, c'est le premier remix qu'on aborde ici. Je vais faire court, parce qu'encore une fois, la musique parle d'elle même.
 
  D'abord, l'originale : "Over Your Shoulder", de Chromeo. Des artistes très intéressants, ça fait pas mal de temps que des tas de gens très recommandables travaillent avec eux ou remixent leurs morceaux. Du coup je tombe dessus, et j'aime à chaque fois. Il va falloir que je m'intéresse de très près à ce groupe. Pour situer le registre, on est dans de la disco-funk très pop, revue à la sauce French Touch. Vous voyez Breakbot ? C'est l'idée. En plus "black", funk, et moins Saturday Night Fever. Personnellement, j'adore. Une petite perle electrofunk tendance eighties, à la fois dansante et apaisante :
 
 

 
 
  Le remix, maintenant. Signé Mr Oizo, qui ne fait ni sa première ni sa dernière apparition sur ce blog. Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, il excelle dans les remixes disco-funk. Et celui-ci en est une preuve de plus. Il apporte de la folie dans un morceau originalement assez calme, grâce à ces nombreuses touches à la fois absurdes et terriblement accrocheuses dont il a le secret. Et c'est pas loin d'être la meilleure chose qu'il ait produite l'an passé, devant le pourtant excellent "Unicat", sur Amicalement EP. A mes oreilles en tous cas.
 
Pour écouter ce très bon remix, c'est ici !
 
 
 
ALEXANDRE