Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes
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vendredi 20 janvier 2017

Foxygen - Hang (2017)


  Le précédent effort du groupe avait divisé : alors qu'il contenait certaines des chansons les plus intéressantes de la décennie (certes pompées sur Todd Rundgren entre autres mais qu'importe au fond ?), il avait aussi son lot de morceaux bruitistes amorphes et un manque global de direction.

  Ce coup-ci, le projet est plus resséré : une trentaine de minutes, 8 morceaux, et une vraie proposition en termes de son sur tout le long du disque. Ce son, c'est un genre de pop-rock symphonique, avec orchestre à cordes plus des cuivres de partout, un peu comme dans la variété classe d'un Lee Hazlewood, ou chez les Kinks version music-hall, les Four Seasons et le Sinatra de Watertown, le glam de Bowie, Bolan ou Lou Reed (Transformer), les Last Shadow Puppets, Nilsson, ou les géniaux Lemon Twigs (mon 5e album préféré de 2016, produit par Jonathan Rado, moitié de Foxygen). D'ailleurs, on entend l'expérience de producteur de Rado partout, cette musique est riche, ample, le son est divin et les arrangements aussi exquis qu'innombrables. Et même si on reste chez Foxygen, le groupe s'est calmé : moins de tiroirs et de changements de rythme partout dans les chansons.

  Du coup, ça touche en plein dans le mille, la volatilité du groupe mieux canalisée donne des morceaux jamais emmerdants, toujours passionnants et richement produits, mais désormais mieux canalisés. La perte en énergie pure est compensée par le gain en impact. Bon sang, rien qu'à écouter "Follow The Leader" on se demande si y'a vraiment besoin d'écrire d'autres chansons derrière. Même avec ce titre seul sur un CD je suis prêt à lâcher 15 balles pour me l'acheter. 

  Je pourrais dire la même chose d'"America", qui a l'intensité de la variété 60s de qualité et du crossover pop - jazz vocal pour crooner de haute volée (d'ailleurs je tiens à le souligner : Sam France n'a jamais aussi bien chanté que sur ce disque, et diversifie énormément son "flow"). Si le début du morceau est intense, la mélodie qui se pointe à 2' est carrément bouleversante, et la partie qui s'ensuit fait plus penser à du Tchaïkovski suivi d'un peu de Duke Ellington qu'à n'importe quoi d'autre.... Retour du cabaret et fusion de toutes les parties en une conclusion abrutissante tellement elle est belle et puissante. Waow. Rien à dire, je suis soufflé. 

  J'attendais depuis un moment un revival bien foutu de doo-wop, de pop 60s à la Four Seasons, de variété un peu music hall et de jazz vocal à la Sinatra, entre cet album et le Lemon Twigs de 2016 je suis servi.   

  Alors bien sûr, parfois c'est juste bon et pas excellentissime, comme "Avalon" qui commence bien entre piano honky tonk et vaudeville kinksien, et poursuit avec un refrain Beach Boys période Sunflower. Cette chanson n'arrive pas à être plus que la somme de ses parts, mais cette somme est assez bonne pour qu'on lui pardonne aisément. La même théâtralité exagérée est mise à disposition sur "Mrs Adams", mais cette fois-ci l'excellence est atteinte, on n'est plus dans la déconnade mais l'intensité émotionnelle (les leçons de tonton Rundgren ont été bien digérées), et la conclusion est absolument brillante. Je vais vous donner un petit truc pour juger rapidement de la qualité d'un compositeur : écoutez si la conclusion est bonne. Parce que la conclusion ça doit être le truc le plus dur à faire dans une chanson, et elles sont vraiment non seulement pas foirées mais carrément très mémorables ici,  donc les mecs sont vraiment des tueurs. Le diable est dans les détails. Ca n'a rien à voir (quoique si, sinon je n'y aurais pas pensé), mais un proche, cuisinier, m'a un jour donné un conseil semblable pour tester un chef dans un restau : prenez une crème brûlée en dessert. C'est tout con à faire mais ça montre l'attention aux détails et la technique : si le dessus est pas bien caramélisé et chaud tandis que le fond est pas bien pris et froid, c'est que c'est pas un si bon restau que ça. Voilà, fin de la parenthèse. 

  On reprend avec l'album. Dans toute cette chantilly orchestrale, il y a une relative accalmie pour les oreilles délicates : la country-folk champêtre qui ouvre "On Lankershim" (bonne chanson). Mais bon, ça se re-remplit assez vite d'arrangements foisonnants, alors pour les gens sensible, prenez une bonne inspiration. Car le jukebox pop reprend dès la suivante ("Upon A Hill"), où les mélodies se succèdent avec excès et brio (et la voix.... On dirait Iggy non ? C'est très cool en tous cas). Tiens on dirait toujours un peu l'Iguane sur "Trauma", morceau assez dantesque et carrément intense. "Rise Up" conclut ce très bon disque sur une note très Lou Reed. La voix, les cordes.... Ca fait très Transformer tout ça... Mais pas que. Même si il aurait pu pondre ces saillies de guitare bien crado entre 76 et 89. Mais là encore, la musique est tellement riche que si elle évoque des trucs, c'est un peu logique et on est loin de se réduire à un pastiche. 

  Et c'est là où les mecs sont forts. Ca explique qu'ils aient quasiment créé un sous-genre musical à eux tous seuls (avec l'aide du Congratulations de MGMT et d'illustres anciens comme les Flaming Lips quand même), cette pop jukebox ultra moderne dans le fond et ultra vintage sur la forme. Et ça explique que malgré leur jeunesse (1er album en 2012!) ils soient l'un des groupes les plus influents et cruciaux de la décennie. Chapeau les gars.

  Enfin bref, je vais pas m'éterniser davantage : ce disque est vraiment superbement composé et réalisé. Je suis pour ma part totalement conquis, et je vous encourage vivement à l'écouter par vous-mêmes pour vous faire votre propre idée.

A écouter là

Alexandre


lundi 5 décembre 2016

Agnes Obel - Citizen Of Glass (2016)



  Remotivé par l'article de Last Stop? This Blog! et un fervent admirateur de la mystérieuse scandinave dans mon entourage, j'ai dû me pencher à nouveau sur ce disque. Et c'était une bonne chose.

"Stretch Your Eyes" commence avec une rythmique pop indé, mais un peu chaloupée. Les influences orientales et les halètements viennent confirmer l'exotisme de la chanson. Le chant rappelle Lana Del Rey, en moins joué. Les cordes aussi. Les claviers obsèdent assez rapidement. Le rythme s'accélère... C'est très cinématographique. Ça me rappelle un peu la B.O. de Her par Arcade Fire.

"Familiar" est plus classique, avec là encore des percussions très 7e art. Les morceaux sont longs (5' et 4' pour le moment), mais ils passent à vitesse grand V. La voix modifiée de la fin, je l'ai pas vue venir, c'est futé. On dirait vraiment un chant masculin. Les cordes plus énergiques sur la fin, bien vu aussi. 

"Red Virgin Soil" creuse un peu plus les rythmiques inhabituelles et les cordes d'on ne sait trop où. Il y a comme une ambiance de cale de bateau. Un truc avec des pirates. Ou des Vikings. Pas besoin de chant, l'ambiance est installée.

"It's Happening Again" est ma favorite. De loin. Ce piano, encore Her, encore Arcade Fire. Ce chant, Lana en mieux. C'est enchanteur. Ca fait depuis Veckatimest de Grizzly Bear que je ne m'étais pas perdu dans ces eaux troubles, dans ces forêts mystérieuses, dans cette musique qui m'évoque le vieux jazz mâtiné de classique du chef-d'oeuvre inaugural Blanche Neige de Walt Disney. Cette voix, appuyée par l'instrumentation, prend des proportions mystiques, mythiques, mythologiques. C'est le chant d'une Déesse, de la Nature elle-même. C'est beau, tout simplement.

"Stone" a la bonne idée de continuer sur la même lancée vocale, mais avec une musique plus terre-à-terre. Comment succéder au divin ? En faisant profil bas, et en faisant bien ce qu'on sait faire. Le pari est rempli, l'album repart.

Il repart vers les cuivres introductifs de "Trojan Horses" (titre mythologique également), son piano de ciné et ses cordes qui le sont tout autant. On est davantage chez Tim Burton là, le bon Burton, pré-Alice. La tension monte. Bon dieu, que quelqu'un l'embauche pour la BO d'un film ! Agnes elle-même ne semble demander que cela.

"Citizen Of Glass" se fait plus minimaliste, plus fragile aussi. C'est beau. Comme un chant elfique (Tolkien maintenant...). Avant les chœurs de nymphes (sirènes?) malicieuses et enchanteresses de "Golden Green" et leur glocken/xylo/clavier qui rend follement accro.

"Grasshopper" nous cueille avec sa mélodie simple et naturaliste, sans voix. Avant que "Mary", d'une conception tout aussi simple, mais avec le délicat chant d'Obel, ne close avec grâce, légèreté et un mystère aussi épais que le brouillard londonien cet album très réussi.

  Je suis conquis, ça y est. L'album d'Obel est un superbe album. Ecoutez-le ici. Ca vous fera du bien.

Alex

dimanche 27 novembre 2016

M83 - Junk (2016)



  Peut-être est-ce dû au fait que je sois né en 1994, que pendant mon enfance mon chanteur préféré était Michel Berger (avec Balavoine pas loin). Peut-être que c'est ça qui fait que je place cet album de M83 bien plus haut que la majorité de la critique qui y voit au mieux une kitscherie sympathique, au pire une bouse. Personnellement, je suis conquis dès les premières mesures de ce piano boogie qui rythme "Do It, Try It", très Michel Berger justement. Ces synthés too much, ces voix qui le sont tout autant, cette basse jouée au synthé pour enfants, ça doit rappeler des génériques de dessins animés de l'époque. Ou alors c'est juste l'oeuvre d'un musicien pop surdoué, et il faut juste avoir la même affinité que lui pour certains sons certes sucrés et peu organiques mais avec une personnalité affirmée. Ces deux hypothèses ne sont pas mutuellement exclusives. Et quand on entend le niveau de détail de l'arrangement de ce morceau (vous entendez le banjo ?), et qu'on observe la structure du morceau se dérouler comme par magie, avec une richesse et une complexité inouïe et ce sentiment d'une facilité et d'une évidence qui est à la fois le but ultime et ce qui est le plus dur à atteindre en pop, le doute n'est plus permis. Il y a du génie là-dedans. 

  Comme dans le merveilleux "Go!", qui fait voyager avec ses synthés baveux, son saxo, et le chant aérien de Mai Lan. La montée en puissance funky (ces guitares!!!) et ce drop de synthé qui aurait à merveille servi pour le générique d'un Magnum boosté aux hormones fout des frissons. D'autant plus que cette puissance contraste avec la douceur des couplets. Et puis bon sang, le groove de cette basse, le solo de guitare tellement cheesy de Steve Vai qui ramène en enfance immédiatement, ce saxo qui se perd dans l'écho... Tous ces éléments sont tellement bien foutus et impriment tout de suite le fond de votre cervelle qu'on y reconnaît bien plus qu'un pastiche amusant. Les montagnes russes sonores sont aussi des montagnes russes émotionnelles dans lesquelles on peut projeter tout son être, tous les sentiments imaginables. 

  On a ensuite les cathédrales de prog-pop symphoniques "Walkway Blues" et "Solitude" qui évoquent tour à tour Pink Floyd, Supertramp et Electric Light Orchestra dans leur poignante démesure, leur sens de la mélodie qui tue et touche le coeur, et leur science des arrangements, avec ce jeu entre organique, synthétique et électronique. Dans le même style, "Moon Crystal" pourrait être un générique de sitcom, qui creuse dans la même veine disco-funk orchestrale à la Bee Gees, qu'un Breakbot ou que les récents Justice ou Daft Punk, avec ce côté variété qui peut évoquer également certaines gloires françaises. Et là encore, le sens mélodique, la construction et la mise en son admirable sauvent le tout du kitsch sans fond (si vous n'êtes pas convaincus, penchez vous sur la basse gainsbourgienne ou les cordes façon Barry White). 

  Les tubes 80s revus façon électro-pop ludique ne sont pas en reste, avec ce chanté-parlé sexy à la Adjani de Mai Lan sur "Bibi The Dog". Mai Lan qui fait aussi des étincelles sur "Laser Gun". Et puis il y a ce générique de sitcom là encore, mais façon débuts d'Indochine sur le prenant "The Wizard". Et puis il y a Beck, qui revêt ses habits funk le temps d'un "Time Wind" très French Touch.

  Et ce funky "Road Blaster", drivé par des cuivres over the top, avec en filigrane des onomatopées féminines très Bardot (cf "Comic Strip"). C'est ce qui est passionnant avec ce disque. Ceux qui l'écouteront rapidement entendront de la pop 80s générique, et ceux qui s'y plongeront entendront tout un pan de la chanson française, remise au goût du jour (un plan de piano à la Sanson par ci, par là...). C'est sûrement pour ça que les américains sont passés à côté de ce disque en majorité. Cet aspect chanson française revisitée par un type hyper talentueux et sûr de ses racines, mais qui a vu du pays. On est proche de Daho dans la démarche. 

  Et puis cette schizophrénie due au déracinement, ce blues du pays et ce rêve américain mélangés, ce drôle de sentiment donne une profondeur supplémentaire à l'album. Cette couche s'entend sur "Tension" et "Ludivine" pour qui veut bien l'y entendre. De chanson française il sera question plus frontalement sur "Atlantique Sud", ce duo magnifique avec Mai Lan, collaboratrice de premier choix sur l'album vous l'aurez compris. Le côté comédie musical (y'a de la théâtralité, comme un soupçon de Polnareff) et ultra premier degré fera fuir les puristes, tant pis pour eux. Nous on se régalera, on frissonnera, on pleurera.

  Alors bien sûr, des fois c'est un peu trop. "For The Kids" est très sympa et a un bon côté Michael Jackson à son plus tendre, mais le monologue enfantin est plus à ranger à côté du générique de Sauvez Willy que de "Heal The World". Et la conclusion, "Sunday Night 1987", malgré son bon solo d'harmonica au son uuuultra Stevie Wonder, ronronne un peu. Mais bon je chipote. 

  Vous l'aurez compris, je n'aurais pas écrit une tartine aussi grosse sur un album que je ne trouve pas absolument passionnant. Je vais sans doute en laisser beaucoup sur le bas-côté sur le coup, car beaucoup ne l'ont pas compris. Mais si j'ai pu donner envie à certains de l'écouter, ou d'y revenir avec une oreille plus attentive, j'en suis ravi. Cet album le mérite. 


Alex

dimanche 16 mars 2014

GRAND JEU / PART 4

   « There’s no future, no future, no future for you ! » 


Le disque que vous écoutez quand tout semble sans issue, 

histoire de se rouler dans le désespoir . 


Le choix d'Alexandre :




Richard Hawley - Truelove's Gutter (2009)



  Je vais encore vous parler d'un très, très grand album. C'est que j'ai la déprime élégante, quand j'ai besoin de me retrouver seul, souvent, la musique que je me passe est un magnifique album de crooner mélancolique. D'ailleurs, j'aurais très bien pu vous écrire ce billet avec un choix comme "In The Wee Small Hours" de Frank Sinatra.

  Mais aujourd'hui, nous parlons de l'immense Richard Hawley, le crooner de Sheffield, le plus américain des chanteurs anglais. Et de cet album parfait, qui fait partie des meilleurs de ces dernières années. Et qui est donc mon compagnon de solitude depuis pas mal de temps. 

  Sa musique s'approche du firmament, alternant entre passages plus intimistes avec sa guitare, dont il joue comme un dieu (c'est à dire, avec une sensibilité inouïe), et soutenu par un orchestre dans les moments les plus lyriques. Et que personne (je t'aurais prévenu Etienne), ne vienne me dire que c'est parfois trop arrangé. Tout est parfaitement dosé, les compositions sont hallucinantes de qualité et d'intensité, et sont sublimée par la voix magique de Hawley.

  J'ai lu un commentaire en anglais, je ne sais plus trop où, qui disait quelque chose comme "Un monde qui ne fait pas de cet homme une superstar est un monde qui marche sur la tête". J'approuve. Hawley est notre Presley, notre Sinatra, notre Scott Walker... Nous avons une chance incroyable de vivre en même temps que ce type., ne l'oublions pas 

  A ce sujet, merci à ceux qui comme j'essaie de le faire, font rayonner son œuvre, je pense notamment à la toujours délicieuse Es Chris aux goûts très sûrs, qui m'a convaincu d'acheter "Cole's Corner", que j'ai pris lundi dernier. Merci à toi !


  Si vous aimez ce qui est beau, c'est par ici : deezer, spotify.



Alexandre


  Le choix d'Etienne :

El Hadj N'Diaye - Géej ( 2008 )

     C'est un artiste que j'ai découvert il y a peu, tard la nuit d'un vendredi, l'ambiance était post festive, et là une amie eu la génial intuition de mettre ce superbe titre, Bonjour comment ça va et comment va la santé d'El Hadj N'Diaye, qui a bercé son enfance. Ce morceau rempli d'une douce simplicité mélodique et mélancolique eu alors l'effet d'une étoile filante dans un ciel vierge. Tout notre âme fut alors figé sur ce moment par cette voix intérieur, ce moment rare, précieux, fragile et céleste. Il me fallait alors me procurer au plus vite un album de cet artiste sénégalais, ce qui fut fait le lendemain dans ma médiathèque préférée, où quelqu'un de bon gout avait eu l'excellente idée de faire commander le troisième et dernier album de l’artiste, Géej, sorti en 2008.





     Après Thiaroye en 1998, Xel en 2001, voici un 12 titres nommé Géej ( "la mer" en wolof ) de 2008. "Chanteur à textes, conteur à chant", l'artiste sénégalais El Hadj N'Diaye ( à force de le répéter j'arriverai peut être à vous le faire retenir ! ) nous propose une balade engagée, sans peur de faire des vagues et d'aller à contre courant, pour parler de ces portés disparus de nos préoccupations, les naufragés d'un continent qui a le mal de mer, l'Afrique. Ce sont ces miliers de jeunes gens prêt à partir en pirogues pour un horizon meilleur en occidents, mais que le rêve happe d'une fatale vague ( représenté sur la pochette ). Ou bien les 2000 morts du Jolaa ( nom du 8ème titre ), navire reliant le sud du nord du pays et ayant sombré au large des côtes gambiennes en 2002. Mais c'est aussi du naufrage des politiques africains, la persévérance du néo colonialisme, et l’illusoire alternance voté en 2000 au Sénégal,  dont parle l'artiste sans détours, comme sur Dégueulasse, ou il critique et nomme la corruption généralisée des dirigeants.  
     Sur ce fond tragique et intimiste tinté de la mélancolie d'une sobre et profonde voix, se dégage un arrière goût de révolte contre cette fatalité du quotidien. Et c'est ça qui donne toute la force à cette composition grave et fragile, pleine d'arpèges. Il mélange alors les langues, le français, l'anglais, le wolof ( sa langue natale ) et même le japonais, pour rendre cette lutte universelle et mieux parler de cette vie de tous les jours.

     Malheureusement je n'ai trouvé aucun lien pour écouter l'album, je vous propose donc le seul titre de celui-ci disponible sur youtube : El Hadj N'Diaye - Boor Yi, en espérant qu'il vous donne envie de le trouver dans une médiathèque, ou de l'acheter écouter la suite.


Etienne

vendredi 14 mars 2014

GRAND JEU / PART 3




« Je lui dirais les mots bleus, les mots qu’on 
dit avec les yeux »  


Un disque qui se passe de mots, et très bien, merci ! 


  Le choix d'Etienne :


Gonzales - Solo Piano ( 2004 )



     Premier des deux albums du même nom ( le deuxième étant sorti en 2012 ), ce projet constitue un tournant dans la carrière solo du québécois, qui gravitait alors dans le milieu rap / hip-hop, même si des airs de classique s'en échappe. Et c'est sous une forme originale, une performance seul au piano, entièrement acoustique, qu'il revient donc à ses origines artistiques, le classique. Ceci peut paraître ambitieux, ou même prétentieux, mais c'est en faite en toute simplicité et intimité que nous entrons dans le chef d'oeuvre du pianiste. On ne serait classer le style entre le classique, le jazz ou la pop, il est assurément unique et peut être comparé à celui d'Erik Satie. Voilà donc un album que l'on dévisage de nos oreilles, et où les mots sont vains. 

Etienne

Le choix d'Alexandre :

Air - The Virgin Suicides (2000)



  Je vous préviens tout de suite, ce disque est un de mes préférés tous genres confondus. Sans doute dans mon top 10, et probablement mon disque favori des années 2000. L'album, et j'assume à 200% ce que je dis, est un authentique chef-d'œuvre. Certains pourront lui préférer l'excellent "10.000 Hz Legend" dans la discographie du groupe, et ils auront au moins autant raison que moi, même si j'ai plutôt un gros faible pour celui-ci.

  La musique est tellement belle qu'elle ne s'encombre le plus souvent pas de mots. Evidemment, les plus pointilleux me diront que le premier morceau "Playground Love" est une vraie chanson pop, avec chant et paroles, même si l'intrumental est prédominant, et qu'il y a deux "monologues" insérés dans des morceaux (à la fin de "The Word Hurricane", et sur le dernier morceau, "Suicide Underground", avec voix pitchée dans les graves). Certes.

  En revanche, ce que personne ne pourra m'enlever, c'est qu'il n'y a pas de mots pour décrire tant de beauté. En terme de BO, c'est compliqué de faire mieux, on rivalise sérieusement avec des niveaux morriconiens ici, et c'est un très grand admirateur du maestro qui le dit. L'instrumentation est très riche, on a énormément de matière musicale, beaucoup de textures (guitares, orchestres, batterie, basse, claviers, saxophone parfois...). Et pourtant, le arrangements sont le plus souvent sobres, accentuant l'intensité dramatique de l'ensemble.

  Je m'en passe des extraits quasiment tous les jours, dans le train ou le tram, entre la fac et chez moi, et j'écoute l'album très régulièrement, il a tendance à me manquer rapidement. Un vrai disque de chevet, qui je l'espère, vous bouleversera autant que moi. Comme vous avez pu le constater, je ne sais vraiment quoi en dire, et à part vous faire partager mon ressenti, je suis bien incapable de trouver mes mots pour décrire la musique. Tout ce que je peux faire, c'est vous recommander l'écoute. Je n'en extrait pas de morceaux, tout est prenant, d'une qualité époustouflante, d'une sensibilité impressionnante.

  Et il n'est pas nécessaire d'avoir vu le (bon) film de Coppola avant, moi-même je ne l'ai vu que des années après avoir découvert le disque. De plus, cette BO y est sous-utilisée, à mon humble avis. Une BO qui n'a pas besoin d'images pour être géniale, donc. Et un des rares albums qui me fait monter les larmes aux yeux et me file des frissons partout, systématiquement, et ce du début à la fin, alors que je le connais par cœur depuis des années.  Comme en ce moment, alors que je le réécoute... Vous l'aurez compris, je pense, il me tient beaucoup à cœur celui-ci.

  Un petit mot pour la fin, vous imaginez si Gainsbourg était encore parmi nous, les chef d'œuvres qu'il aurait pu nous sortir avec ces deux Versaillais ?

Un peu de beauté à écouter sur deezer, ou sur spotify.



Alexandre







mercredi 4 décembre 2013

Cascadeur (& Christophe) - Collector (Chanson)


 
 
  Aujourd'hui est sortie en preview cet extrait de la chanson "Collector", issue de la collaboration entre le grand Christophe et le jeune et talentueux Cascadeur. Cette chanson figurera sur le prochain album de ce dernier. Je ne suis pas un grand spécialiste de cet artiste, mais son premier disque m'avait laissé de très bons souvenirs, il faudra que je le réécoute.
 
  Pour ceux qui ne voient pas du tout de qui je parle, c'est un artiste français célèbre pour son port du casque (eh oui encore un), et surtout pour avoir sorti un excellent premier album de pop rêveuse, il y a peu (ou déjà longtemps, au choix. Le temps passe si vite !). 
 
  Pour en revenir à la chanson, je dois dire qu'elle me plaît beaucoup (enfin, le peu que l'on en entend, soit 1'30" environ). Musicalement c'est très proche de certaines plages de l'immense The Virgin Suicides de Air. C'est très calme, posé, aérien, planant (peut être trop pour certains, mais c'est typiquement le genre de chanson qui gagne en intérêt à chaque écoute). L'instrumentation peut au choix faire penser soit à du Gainsbourg période Birkin, soit à certaines musiques de Morricone (les grosses influences de Air quoi).
 
  Une bonne basse qui guide le morceau, une batterie gainsbourgienne, de la guitare, des arrangements de cordes, des claviers, des chœurs féminins, et la voix de Christophe. Tout ce qui suffit à mon bonheur.
 
 
 
ALEXANDRE


samedi 30 novembre 2013

GRAND JEU / PART 7 / 30-11-2013

30 - FASTER PUSSYCAT KILL KILL!
Des filles qui en ont...

 
LE CHOIX D'ALEXANDRE :

JANELLE MONAE - THE ELECTRIC LADY (2013)

 
 
 
  Un des tous meilleurs albums de cette année. Tout simplement. On ne présente plus Janelle, après avoir mis le monde (et moi) à ses pieds en 2010 avec l'album The ArchAndroid, immense succès artistique, elle revient encore plus fort avec celui-ci. Elle s'impose définitivement comme une grande de la musique d'aujourd'hui, confirme tous les espoirs qu'on avait en elle, et avance fièrement pour nous montrer à tous, la voie à suivre. Une magicienne, une vraie étoile.
 
  Parce qu'elle en a la Janelle, et pas qu'un peu. Adoubée par Prince et Stevie Wonder, elle s'offre même un duo ici avec Sa Majesté Pourpre en personne, sur Givin'Em What They Love. Lui qui semble plutôt en forme artistiquement en ce moment, livre une prestation géniale sur ce morceau absolument dément, ce qui me fait espérer un retour grandiose du maître, avec un disque béton, prochainement. Ce qui est dingue, c'est que malgré le charisme de Prince, sur cette chanson c'est Janelle la boss, elle domine, elle s'impose, et c'est sa prestation que l'on retient. On notera un autre featuring avec un petit prince du rnb, Miguel, sur Prime Time.
 
  Elle convie l'esprit de tout ce qui a fait la force de la musique populaire (black ou non), depuis l'ère pré-rock&roll, jusqu'à 2013 (et au-delà ?). Sans aucune volonté passéiste, elle avance fièrement et défriche de nouveaux terrains de jeux pour la soul, la pop, le rnb (appellez ça comme vous voulez, cela restera du Janelle au final). Epaulée par son gang d'Electric Ladies (Solange Knowles, Erykah Badu, Esperanza Spalding), elle délivre cet album monstrueux de qualité, réinvente la pop en y injectant des doses de funk, soul, hiphop, rnb, musique brésilienne, symphonique, rock, jazz, et j'en oublie !
 
  Bref, une réussite majeure, qui fait du bien au corps et à l'esprit. De bonnes vibrations qui redonnent foi en l'avenir (musical). Un disque et une artiste qui me font vibrer, pour faire court. Pour un sujet sur les filles, il fallait bien que je parle d'une dont je suis follement amoureux !
 
  Si vous ne connaissez pas encore la demoiselle, vous risquez rapidement de tomber sous son charme, vous aussi. Je vous aurais prévenu !
 
Album complet (soundcloud) :
 
 
 
  Je vous conseille aussi en cette Journée de La Femme bis de faire un tour sur un ancien article sur une reprise de Billie Holiday par Nancy Blossom de Fifty Foot Hose, frissons garantis ! :
 
 

ALEXANDRE



LE CHOIX D'ETIENNE :

NINA SIMONE - BALTIMORE (1978)

 

  De sa frêle silhouette, ce colosse a tout chanté, jazz, blues,  R&B, gospel, folk, reggae. Il ne s'agit pas de  Rihanna, mais bien de l'immense  Nina Simone ! Pour illustré l'étendu et la variété de son talent, rien de mieux que son album Baltimore.

Playlist Youtube (album entier) :
https://www.youtube.com/watch?v=fC20nRg4ptQ&list=PLTUlTwlsdlFRo_LeDIvO3jdKu90YW0jB6&index=1

 

ETIENNE