Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes
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samedi 23 mai 2020

ARTHUR - Hair of the Dog (2020)


  ARTHUR, que vous avez peut-être déjà croisé ici (mon album de l'année 2018, et quelques uns de mes EPs préférés de ces dernières années, c'était déjà lui), propose aujourd'hui un nouvel album, Hair Of The Dog, dont je vais vous parler avec plaisir aujourd'hui. Au-délà du titre, c'est également une suite musicale directe à Woof Woof (2018), avec un côté encore plus concis, direct, pop et maîtrisé tout en allant plus loin sur certains aspects expérimentaux de production. 

  Très bon exemple de cette démarche, le single "Feel Good" commence avec une intro percussive qui pose l'ambiance avec un sound design particulièrement intéressant avant d'apporter une mélodie pop immédiate comme du Beach Boys, mais traités comme chez Animal Collective période Centipede Hz ou Painting With. On a tout : la mélodie immédiate, les gimmicks accrocheurs des arrangements, le rythme entraînant, mais tout celà est agrémenté d'éléments dissonants, de sons et d'effets de production très travaillés et extraterrestres, mais sans trop en faire et en préservant le côté pop du morceau de base. C'est un peu la suite logique de la lignée qui part de glorieux aînés 60's (Beatles psyché, United States of America, Fifty Foot Hose, Silver Apples, Residents...) en passant par les Flaming Lips (avec Dave Fridman et Mercury Rev) puis MGMT, pour aller jusqu'à Connan Mockasin.

ARTHUR - Feel Good (2020)

  Beaucoup de ces morceaux sont assez courts et se fondent les uns dans les autres, formant une suite, une sorte de mini symphonie électro-pop psyché, comme si Brian Wilson était un enfant des 90's biberonné à Kid A et MGMT ("Fatalist"/"I Don"t Want To Talk To You"/"Epic"). Et dans l'ensemble, on a malgré tous les effets psyché et électroniques une certaine retenue dans la production qui rend les morceaux plus lisibles, pop et accessibles ("William Penn", "You Are Mine").

  D'ailleurs, une certaine idée du songwriting pop-rock indé 90's, de Elliott Smith à Daniel Johnston, est également présent en creux, comme sur "I Don't Want To Talk To You" ou  la très Lips (au sens large, avec des influences des Lips des débuts 80's plus rock indé jusqu'à la période électropop) "Fix", et ça n'est pas si étonnant lorsqu'on repense à l'influence de Pavement sur Animal Collective (et sur "Simple Song" ici). Pour la période, les influences cartoon post-Residents rappellera aussi aux 20-30 ans la période des cartoons délirants des Nickelodeon et Cie des années 90-2000.

ARTHUR - Fix (2020)

  Quelques éléments nouveaux viennent nourrir la musique d'ARTHUR, et des éléments nu-disco/chillwave à la Neon Indian ou Saint Pepsi, mais aussi jazz-funk, viennent ponctuer la très bonne et assez pop "No Tengo". On a même un couplet rap très cool de Caleb Giles sur la belle "Something Sweet". Les sonorités sont donc variées, mais les ambiances également, puisqu'elles sont tour à tour surréalistes, joyeuses, joueuses, ironiques, mélancoliques, souvent un peu tout en même temps ("Biz").

  Je l'ai évoqué, ARTHUR sait prendre le temps d'instaurer une ambiance malgré une prime à la concision. Par exemple, la géniale "8 Melodies", qui ouvre le disque, prend vraiment le temps de la mise en place en ajoutant des couches d'arrangements pop délicieux avant d'introduire le chant en fin de morceau pour une conclusion d'autant plus savoureuse. Et comme je l'ai également suggéré, l'album est extrêmement bien construit et fluide, avec des morceaux qui partent du précédent et amènent au suivant, l'album prenant en ampleur à chaque transition ("Man Has Made Himself" qui ouvre sur "Fix", etc...).

ARTHUR - 8 Melodies (2020)

  En fin de compte, même si Hair Of The Dog n'a pas pour lui l'effet de surprise à couper le souffle qui accompagnait les premières sorties d'ARTHUR, et qu'on est désormais en terrain connu, il continue à émerveiller tout autant avec ce deuxième long format hyper maîtrisé et totalement dingue à la fois, aussi profond que fun, aussi pop qu'expérimental, et c'est une vraie prouesse artistique.

Mes morceaux préférés : 8 Melodies, Feel Good, I Don't Want To Talk To You, Fix, William Penn



Alex


jeudi 30 avril 2020

Black Dresses - Peaceful As Hell (2020)


  Après deux albums percutants sortis l'an dernier (dont mon ptit préféré Thank You qui a fini dans mon top 10 de l'année), les deux Black Dresses reviennent déjà avec ce Peaceful As Hell

  Qui commence hyper fort avec un morceau parmi leurs plus intenses, "Left Arm of Life" où une voix rongée par la distorsion chante son blues sur un tapis de beats qui s'abattent comme des obus sur l'auditeur dévasté, tandis que les synthés détunés montent en intensité. Un morceau de bravoure, d'entrée de jeu.

Black Dresses - Left Arm Of Life (2020)

  Les influences venues du rock des années 2000, avec un peu d'indus et de post-punk ("MiRRORGiRL", "Express Yourself") un peu de nu-metal (voire du franchement metal, cf l'intro de "Beautiful Friendship"), du rock indé et de l'électro-pop infusent ce disque, souvent sur le même morceau, comme "Damage Suppressor" qui peut passer d'un début rock à une partie au piano presque Of Montreal pour enchaîner avec un mélange explosif d'electroclash, d'indus et de nu-metal. Mais malgré le côté déflagration et la surstimulation auditive induite par les changements brusques et fréquents de tempos, de sonorités, le tout reste ultra cohérent et très accrocheur, et on retrouve un peu -dans un style totalement différent, avec une écriture plus pop-rock et en moins décousu- le génie des 100gecs à passer d'une idée à l'autre à toute vitesse sans perdre le fil et en faisant monter l'adrénaline tout le long ("Angel Hair", "Bliss And Stupidity").

Black Dresses - Damage Suppressor (2020)

  Ce disque est une vraie expérience, et le déluge de stimuli et la magie de la noise ("Impossible Dream") forcent vraiment l'attention de l'auditeur, lui faisant perdre toute notion du temps et le faisant entrer dans un genre d'univers parallèle fait de rock bruitiste et de synthés baveux ("Sharp Halo"). Comment ne pas ouvrir son esprit et remettre en cause sa réalité lorsqu'on tombe sur un "I'm A Freak Cuz I'm Always Freaked Out" après 4 morceaux qui nous y ont formidablement bien préparé en faisant tomber une à une nos barrières mentales. 

Black Dresses - Please be Nice (2020)

  Et puis il y a "Maybe This World Is Another Planet's Hell", synthpop mélancolique et émotionnellement dévastatrice, aussi cool, intense et épique que son titre le laisse suggérer. Sur laquelle s'appuie le début de "Scared 2 Death" qui poursuit le délire en y ajoutant une guitare presque prog, une sub puissante, puis part carrément en délire nu-metal. Autre moment marquant : la conclusion "666", tournant sur des patterns de synthé obsédants et grésillant. Il y a aussi 2 tubes : "Please Be Nice", aussi puissant et violent qu'accrocheur et mémorable, et "Creep U", plus frontalement rock 90's et dépouillé et plus accessible pour le néophyte.

Black Dresses - Creep U (Clip 2020)

  Bref, c'est un autre tour de force de la part de Devi McCallion et Ada Rook, d'une ampleur au moins égale au fantastique Thank You, qui déroute et surprend à chaque instant pour le meilleur.

Mes morceaux préférés : Left Arm of Life, Damage Suppressor, Beautiful Friendship, Please Be Nice, I'm A Freak Cause I'm Always Freaked Out, Maybe This World Is Another Planet's Hell, Creep U, 666


Alex



mercredi 22 avril 2020

TOPS - I Feel Alive (2020)


  Les TOPS nous avaient charmés avec leur précédent opus en 2017, et les singles de cet album étaient à l'avenant, c'est donc avec hâte qu'on s'est plongés dans ce I Feel Alive tout frais sorti. 

TOPS - I Feel Alive (Clip, 2020)

  Si l'album opte pour une production plus grosse, plus moderne aussi, un peu plus "gros son" tout en étant plus clean, on retrouve sa patte sans problème et les tubes sont toujours là. Comme "Direct Sunlight", et son groove néo-disco avec basse slappée, synthés qui éclaboussent et flûte, qui marqué d'entrée de jeu pas mal de points et se termine presque dans une ambiance jazz smooth. 

TOPS - Direct Sunlight (2020)

  Puis viennent les grands moments de pop indé : "Colder & Closer" (plus électro-pop), la géniale "Witching Hour""I Feel Alive" et sa guitare british 80's, ainsi que sa production grandiose pas si loin des sommets de Tennis"Pirouette" mêle habilement influences funky et pop-rock indé, avec un chant susurré, le tout rappelant Niki & The Dove -ce qui est un grand compliment pour ma part- tout comme "Looking to Remember", "Too Much" et "OK Fine Whatever".

TOPS - Colder & Closer (Clip, 2020)

  Autre morceau de pop indé néo-80's post-Smiths et post-DIIV, la sautillante, "Drowning In Paradise" possède quelques mots en français. Les morceaux moins immédiats se révèlent être des réussites totales, comme "Ballads & Sad Movies", très Kate Bush, ou "Take Down", son ambiance de velours, avec son je-ne-sais-quoi de Sade.

  C'est un petit bijou du genre : frais, immédiat et doté de cette évidence pop qui touche à la grâce.

Mes morceaux préférés : Direct Sunlight, I Feel Alive, Pirouette, Ballads & Sad Movies, Witching Hour, Colder & Closer


Alex


vendredi 17 avril 2020

Deeper - Auto-Pain (2020)


  Deeper est un groupe de rock de Chicago. Leur musique sonne comme un mélange d'influences post-punk, dont une proximité notable avec des groupes  modernes comme OMNI, Parquet Courts ou Ought, et quelques influences piquées aussi bien chez les Cure, New Order, Joy Division ou Talking Heads (le groupe revendique également Devo, Wire, Television et Gang Of Four, ce qui est très juste) que chez Interpol, Franz Ferdinand, the Rapture, the Sunshine Underground et The Killers, auquel le chant en particulier -mais pas que- fait souvent penser. Un mélange donc de post-punk originel et de ses descendants des années 2000, avec des influences assez britanniques globalement mais également américaines, pour un rendu final assez riche.

Deeper - Lake Song (2020)

  Les morceaux sont addictifs, on a envie d'y retourner encore et encore, et l'album dans son ensemble est très bon et biens séquencé. Quasiment tous les morceaux sont iconiques (j'ai presque noté tout l'album dans mes morceaux favoris ci-dessous) et l'album ne souffre pas de temps mort, se permettant des ambiances, des rythmes et des sonorités différentes (quelques incursions synthético-électroniques discrètes) mais formant un tout ultra cohérent. 

Deeper - Run (Clip, 2020)

  Cet album parle de thèmes assez lourds, et le groupe semble très engagé : la pochette provient d'un hôpital psychiatrique détruit, une partie des bénéfices est donnée à une association aidant les gens souffrant de problèmes de santé mentale, et le batteur, moitié Pakistanais (le titre sur la pochette est en Urdu) moitié natif inclut des motifs rythmiques issus de pow-wows traditionnels en hommage à son héritage culturel, en partie ravagé par l'Oncle Sam.

Deeper - This Heat (Clip, 2020)

  Pour faire court, c'est un grand disque de rock, une vraie réussite qui se révèle vraiment au fil des réécoutes, et que je vous recommande vivement.

Mes morceaux préférés : Esoteric, Run, This Heat, Willing, Lake Song, Spray Paint, 4U, Helena's Flowers


Alex


vendredi 3 avril 2020

Spectres - Nostalgia (2020)


  C'est dans un registre familier qu'opère le groupe Spectres, de Vancouver : quelque part entre Joy Division, The Cure, The Chameleons, The Smiths et plus récemment Interpol ou The Horrors. C'est donc en terrain conquis -pour ma part- qu'ils peuvent déployer des titres comme "The Head and the Heart" ou la géniale "Dreams" et remporter la mise. 

Spectres - Dreams (2020)

  Si quelques envolées épiques un peu too much gâchent un peu le plaisir, comme chez le U2 des stadiums (sur "Years Of Lead" notamment), il y a assez de savoir-faire pour compenser, notamment dans la relance des morceaux, jamais linéaires, toujours intéressants dans leurs détails, leurs arrangements, leur structure, ou leur intensité, comme sur les urgentes "Along the Waterfront""The Call""When Possessed Pray" et surtout "Pictures From Occupied Europe".

  Des petits détours chez New Order ("Fate") titillent les centres du plaisir sans tomber dans le pastiche stérile, tandis que des titres comme le rythmé "Insurgence" diversifient le propos musical.

Spectres - Pictures From Occupied Europe (2020)

  En bref, un bon petit album de genre, dont l'exercice de style est transcendé par une interprétation convaincue et exigeante.

Mes morceaux préférés : The Head and the Heart, Dreams, Pictures from Occupied Europe, Fate


Alex

mercredi 1 janvier 2020

Black Marble - Bigger Than Life (2019)


  Si vous aimez Depeche Mode et John Maus, vous avez bon goût -déjà-, et vous allez également apprécier la musique de Black Marble, parce que c'est tout aussi bon dans le même genre. 

  Le début de l'album est incroyable, c'est miracle sur miracle de synthpop ("Never Tell", "One Eye Open", "Daily Driver", "Feels") jusqu'à l'interlude "The Usual" qui permet de se poser un peu avant d'enchaîner sur une partie un poil plus post-punk (on pense aux Drums, à Joy Division et The Cure) de "Grey Eyeliner" à "Bigger Than Life". Le spleen doux-amer du groupe de Jonny Pierce vient à l'esprit de façon assez évidente à l'écoute de ces morceaux bouleversants.

Black Marble - Feels (Clip, 2019)

  Les synthés reviennent au premier plan pour l'électro-pop extatique de "Private Show", qui se conclut sur une coda absolument bouleversante. Puis on a envie de sauter partout sur l'euphorisante "Shoulder", l'interlude "Hit Me" nous réconforte tendrement, et "Call" conclut l'album avec une mélancolie douce, comme du Ariel Pink premier degré. C'est très beau.

  Ce disque est un petit miracle, découvert pour ma part assez tard dans l'année. Je n'ai pas fini d'en faire le tour, mais je sais que je rangerai ce disque avec quelques-unes des plus belles réussites du genre et que je le réécouterai longtemps.

Liens : Spotify / Deezer / Bandcamp / Youtube

Alex


lundi 2 septembre 2019

Purple Mountains - Purple Mountains (2019)


  Je ne suis pas un grand connaisseur de David Berman, poète et musicien américain, unique membre permanent des mythiques Silver Jews, groupe culte de rock indé, que j'apprécie beaucoup mais dont je suis loin de maîtriser toute la discographie. Toujours est il que ce talentueux écrivain, grand sensible, apparemment charmant dans la vie, rongé par une dépression tenace depuis des décennies, s'est donné la mort cette année, ce qui est tragique. Juste avant cela, il avait livré cet album avec un nouveau groupe monté autour de lui, les Purple Mountains, et avait même prévu une tournée qui l'enthousiasmait, lui qui était pourtant de son propre aveu terrifié par la scène, s'y sentant illégitime. 

Purple Mountains - All My Happiness Is Gone (Clip, 2019)

  Et ce disque, putain quel beau disque. Entre rock indé et americana (mélange de folk, rock, country, et autres traditions musicales ricaines, cf "That's Just The Way I Feel" ou "She's Making Friends, I'm Turning Stranger"), impeccablement produit, dynamique, mélodique, la musique sublime les superbes textes désabusés, plein d'humour, d'esprit, de sensibilité et de mélancolie de Berman, et leur offre un écrin réconfortant assez contradictoire, les mettant en valeur de façon étrange et obsédante ("All My Happiness Is Gone", "Maybe I'm The Only One For Me"). Ce mélange des genres, ni totalement pop-rock indé, ni totalement folk, country, blues ou mariachi, est parfaitement en place sur "Margaritas at the Mall".

  On pense parfois à Woods ou Kevin Morby tant l'ensemble est riche et inspiré musicalement, arrangé avec profondeur et minutie ("Darkness and Cold"), tandis que les morceaux les plus lents évoquent davantage Bob Dylan et Leonard Cohen ("Snow Is Falling in Manhattan"), ou Johnny Cash et Richard Hawley ("Nights That Won't Happen"). Au détour d'un solo de guitare, un morceau prend toute son ampleur ("I Loved Being My Mother's Son"). Plus loin, c'est une tournure de phrase, ou une ambiance un peu plus 90's, un peu indé, qui rappelle avec nostalgie ses débuts avec Pavement, d'autant plus que Malkmus a lui aussi pris le chemin des grands espace américains avec ses Jicks ("Storyline Fever").

Purple Mountains - Darkness and Cold (Clip, 2019)

  Dans tous les cas, ce disque est une beauté. Triste, pleine d'injustice, d'un goût amer d'énorme gâchis. Mais une belle fin pour un grand artiste, qui aura pu toucher un peu plus de gens que d'habitude avec ce chef-d'oeuvre final.

Mes morceaux préférés : All My Happiness Is Gone, Margaritas At The Mall, Darkness and Cold

A écouter sur Deezer ou Spotify

Alex


mardi 13 août 2019

Bon Iver - i,i (2019)


  J'ai adoré For Emma, Forever Ago (2008), le premier album entre folk et pop indé d'un Justin Vernon au cœur brisé sous le nom de Bon Iver (il a sorti pas mal de choses avant, que je n'ai pas pris le temps d'écouter). J'ai ensuite trouvé dans l'EP Blood Bank (2009) à la fois un digne prolongement de ce chef-d'oeuvre inaugural, et à la fois une porte ouverte vers une infinité d'expérimentations excitantes avec le gospel autotuné de "Woods", qui ouvrira à elle seule les portes du hip-hop et de la pop électronique à Vernon, collaborant par la suite avec tout le monde de Kanye West à James Blake en passant par Swamp Dogg. Outre ces collabs, il a entre temps produit des albums pour de nombreux artistes et groupes, et sorti certains projets parallèles sous les noms Gayngs, Volcano Choir ou Big Red Machines

Bon Iver - Jelmore (Clip, 2019)

  Entre folk, pop indé, et soft-rock, le très printanier et lumineux Bon Iver, Bon Iver (2011) donnait une ampleur convenant autant aux grands espaces américains qu'au stades à la musique de Bon Iver, tout en poursuivant les expérimentations pop ("Beth/Rest"). Une éternité plus tard, 22, A Million (2016) appuyait sur avance rapide pour synthétiser toutes ces tentatives électroniques et pop, mûries par les innombrables collaborations et projets parallèles évoqués, et proposait une reconstruction complète de sa musique, dans une démarche proche de celle du Kid A de Radiohead, sonnant comme personne d'autre (à part peut-être les Flaming Lips), et avec le même succès. 

  Autant dire que cet album, sorti 3 semaines avant la date annoncée, était attendu avec beaucoup de questions. Que faire après avoir fait la révolution ? Reconstruire ? Mais que faire si rien n'avait été détruit, que tout n'était qu'une évolution logique ? Si peu de temps après la dernière réinvention ? Vernon a décidé de s'entourer de collaborateurs, et de continuer dans la même direction. L'album, cryptiquement nommé i,i, sonne donc comme un énorme bilan, une belle synthèse, de toute la discographie de Bon Iver. Et c'est très beau.

Bon Iver - Hey Ma (Clip, 2019)

  J'avais un peu peur que ce soit le disque de l'autosuffisance, le disque qui commencerait à tourner en rond. Mais la fluidité et l'évidence avec laquelle Vernon et ses collaborateurs mélangent les différents styles et sons au service de ses chansons, tels des remixes de remixes de chanson folk, sont une preuve de maturité artistique indéniable et donnent des résultats bluffants sur la longueur d'un album. Car si peu de chansons se détachent, c'est parce qu'on a bien affaire à une oeuvre qui est davantage que la somme de ses parties. Ici, chaque morceau gagne en profondeur encadré par ses voisins de tracklist.

  Il y a mille choses à entendre : du folk, de la pop, du rock indé, du soft-rock, de l'électronique expérimentale, de l'autotune, du jazz, des voix triturées, découpées, hachurées, du classique contemporain parfois très abstrait, du gospel... Difficile de décrire précisément une chanson en particulier tant elles prennent des détours, se nourrissent d'influences contradictoires et pourtant harmonieuses au final. 

Bon Iver - Naeem (Clip, 2019)

  Tout ce que je peux faire c'est vous inviter à écouter l'album pour vous faire votre propre avis. Alors certes, je pense que c'est l'album de Bon Iver que j'aimerais le moins personnellement, en tous cas pour le moment, parce qu'il manque probablement un peu de la tension qui animait les précédents, c'est le lot de cet album apaisé et ensoleillé. Mais s'il est en dernière place de mon classement personnel, c'est uniquement parce que ses autres LP sont absolument parfaits, mais en lui-même, il est très bon. Et si je me fie à internet je suis en minorité à avoir cet avis. Donc foncez l'écouter quand même, il vaut le coup.

Mes morceaux préférés : Holyfields,, Hey Ma, U (Man Like), Naeem, Jelmore, Sh'Diah

Ecouter sur Deezer, Spotify ou Youtube

Alex



  

mardi 30 juillet 2019

Asbestos Lead Asbestos - Nature Of The Feline (2019)


  Asbestos Lead Asbestos est un duo de pop expérimentale déjà culte, et ce Nature Of The Feline est l'album qui va les faire rentrer dans la cour des grands. 

  Entre pop psychédélique et rock indé ("Not Your Average Twink"), assaisonnés de quelques élans électro-rock 90's ("Shrimp Asmr (feat. IsaAc)"), l'album démarre fort. Mais il maintien ce niveau de qualité, de surprise et d'excellence tout au long, que ce soit au fil de comptines vénéneuses dignes de Nico ou du meilleur du psychédélisme électronique des 60's, de Fifty Foot Hose à The United States Of America ("July 7th, 2018", "Fetus") ou à leur équivalent modernisé par l'électro DIY comme chez La Femme ("I Smoke Too Much").

Asbestos Lead Asbestos - I Smoke Too Much (Clip, 2019)

  L'élan expérimental accouche de quelques bizarreries pop bienvenues, provocatrices et souvent assez punk musicalement ("Boys Like Me", "Wipe the Smegma Off Your Dick", "Gaslighting"), parfois juste malicieuses ("David Bowie Was a Pedophile", "I Don't Want U 2 Leave"), et parfois tellement à la limite du noise rock qu'elles en sont presque abstraites ("In Sleep", "Motherfucker Won't U Pass the Marimba").

  Dans tous les cas, c'est un excellent disque, un énorme coup de pied dans la fourmilière pop, une déclaration de guerre libre et queer, un gros bol d'air frais, un doigt d'honneur tendu vers le ciel, et c'est jouissif.

Mes morceaux préférés : Not Your Average Twink, Shrimp Asmr, July 7th 2018, Fetus, I Smoke Too Much, Boys Like Me, Gaslighting

Ecouter sur Deezer ou Spotify ou Bandcamp

Alex

dimanche 30 juin 2019

Steve Lacy - Apollo XXI (2019)



  Si vous vous intéressez aux sorties musicales récentes, ou si vous lisez régulièrement ce blog, vous êtes sûrement tombés sur le nom de Steve Lacy. Et pour cause : en solo, il a sorti un des meilleurs EPs de 2017, avec son groupe The Internet une flopée d'excellents albums, dont le dernier Hive Mind (2018) a squatté la première moitié de mon top de l'année. Toujours en 2018, il a co-composé l'intégralité d'un des meilleurs EPs de l'année avec Ravyn Lenae, et il a participé à quelques-uns de nos albums préférés de ces 3-4 dernières années, parmi lesquels ceux de Kali Uchis, Blood Orange, Vampire Weekend, Kendrick Lamar et quelques autres... 

  Autant le dire tout de suite, ce très très jeune homme, multi-instrumentiste autodidacte, est un des musiciens/producteurs/artistes les plus demandés et les plus excitants du paysage pop (incluant pop, électronique, rock indé, soul, funk, rnb et hip-hop, sa musique étant un joyeux mélange de tout ça). Autant dire que j'attendais de pied ferme ce premier album solo, comme pas mal de monde d'ailleurs. 

Steve Lacy - Like Me (2019)

  Et je ne sais pas trop à quoi je m'attendais, mais les premières écoutes m'ont un peu déçu. Je trouvais l'ensemble sympathique sans plus, pas à la hauteur du génie de Lacy. Mais j'avais néanmoins envie d'y retourner régulièrement, et puis d'un coup, au cours d'une réécoute distraite, j'ai eu le déclic. Bon sang, qu'est-ce que j'ai été con. Ou aveugle. Ou pas dans l'ambiance. Mais ce disque est extrêmement bon. 

  Jouant de sa guitare comme d'un sitar sur un beat mécanique, "Only If" montre toute la créativité du jeune homme, qui en plus se révèle un excellent chanteur, dans un genre ici pile entre le rnb romantique des 80's et le hip-hop psychédélique et soul de Mac Miller. Sur "Like Me", un texte poignant de sincérité est appuyé par une pop funky post-Neptunes, lumineuse en surface mais laissant un goût amer et tragique en fin de bouche, appuyant le sens des paroles avec brio, avant que la morceau ne décolle vers un final entre rock indé et psychédélisme synthétique. Et lorsqu'on croit que c'est fini, on se rend compte que ce morceau à tiroir en contient en fait trois : l'acte 2 façon rnb électronique laisse place à un final soul psyché, et la boucle est bouclée, d'une très belle façon. L'album commence donc très, très fort avec ces deux morceaux. 

Steve Lacy - Playground (2019)

  Sur ce, Lacy ne nous laisse pas le temps de souffler puisqu'il balance le génial single funky "Playground", absolument irrésistible dans son immédiateté pop. On peut identifier quelques grosses influences déjà évoquées dans la suite, notamment sur des morceaux proches du travail de Thundercat et Mac Miller ("Basement Jack", "In Lust We Trust", "Outro Freestyle/4ever"), ou Pharrell ("Guide"), mais quelques morceaux assez uniques résistent à toute catégorisation facile, comme "Love 2Fast" et "Lay Me Down", qu'on aura du mal à décrire de façon satisfaisante même en citant Prince, le P-Funk  de George Clinton, Miguel, et Dâm-Funk

Steve Lacy - N Side (Clip, 2019)

  Et quelques autres morceaux prouvent l'ouverture musicale incroyable du jeune homme, comme "Hate CD", qui pourrait avoir été enregistré tel quel par un groupe de pop indé anglais dans les 80's, ou "Amandla's Interlude", délicieux instrumental de chamber pop tout en guitares délicates et cordes baroques. De même, l'autre grand single "N Side" est assez unique, et montre une autre facette vocale de Steve Lacy, que je n'attendais personnellement pas autant au chant, à tort puisqu'il est de toute évidence extrêmement doué là aussi. Lacy a su développer un style personnel, et je me prends à classer ce disque avec les réussites pop uniques de Connan Mockasin, Blood Orange, ou Frank Ocean...

Steve Lacy - Hate CD (2019)

  En quelques mots : ne vous fiez pas trop à vos premiers avis. Si vous avez le moindre doute, la moindre petite voix dans votre tête qui vous dit de retourner vers un disque, surtout lorsque vous savez son auteur surdoué, foncez. Une, deux, trois fois. Vous risquez, comme moi, de tomber sur un petit chef-d'oeuvre que votre aveuglement a failli vous faire rater.

Mes morceaux préférés : Only If, Like Me, N Side, Playground, Hate CD

Soyez plus malins que moi et écoutez ce disque sur Spotify ou Deezer ou Youtube

Alex

vendredi 17 mai 2019

Mac Demarco - Here Comes The Cowboy (2019)


  This Old Dog, dernier album de Mac Demarco en date, m'avait déjà surpris par son côté minimaliste, quasi folk, et ses détours synthpop, nocturnes et mélancoliques. Here Comes The Cowboy, c'est exactement ça, en plus poussé et moins ambitieux, c'est à dire une épure totale musicalement, un tout très apaisé, calme, laid-back, avec des guitares folk/blues/country et des synthés chill à la Homeshake. D'ailleurs, l'intro "Here Comes The Cowboy" n'est rien d'autre qu'un riff bluesy répété à l'envie, avec une seule ligne de chant (le titre), déclamé calmement mais avec humour. Ce titre met d'emblée l'auditeur dans l'état d'esprit posé, contemplatif, nécessaire à l'appréciation de l'album. 

Mac Demarco - Nobody (Clip, 2019)

  Mais aimer cet album, ça n'est pas très difficile, tant le songwriting délicat est beau et intemporel, et l'interprétation touchante. Quelques-unes des plus belles chansons de Mac s'y trouvent : "Nobody" est déchirante, "Finally Alone" magnifique, notamment avec son refrain chanté d'une voix de tête, sur des synthés doux. Qui, comme sur la jolie "Heart To Heart", rappelle le groupe de Peter Sagar et les détours synthétiques du précédent LP. "Preoccupied" est aussi tranquille et langoureuse qu'une bossa. 

  Le côté crooner sous nicotine de certains de ces titres me parle bien, ça évoque Dylan ou Sinatra, ça remonte loin, c'est couillu d'aller sur ce terrain, pas vendeur d'un côté et pas facile de convaincre les puristes de l'autre, respect. Je pense notamment à la magnifique "K", et à la très touchante "All Of Our Yesterdays"De manière générale, la plupart de ces pop songs douces auraient pu sortir n'importe quand entre les années 50 et maintenant, et c'est ce songwriting sans âge (y'a un petit truc jazzy parfois, comme sur "Skyless Moon"), classe sans trop en faire, qui fait la beauté du truc. Par exemple, "On The Square" et ses accords classe auraient pu venir de Billy Joel, Carole King, Harry Nilsson ou des Beatles. Mais c'est sur ce bel album que vous la trouverez.

Mac Demarco - On The Square (Clip, 2019)

  Les autres morceaux, souvent plus espiègles, ne sont pas en reste. J'adore notamment le chant aigu et la guitare bluesy de "Little Dogs March", le funk de "Choo Choo" passe également très bien, et renvoie à une irrévérence très anglaise dans l'esprit (on peut penser à McCartney dans ses débuts en solo ou à un Damon Albarn d'humeur joueuse), mais également assez proche de la démarche touchante, timide et planquée derrière un rideau d'humour et une imagerie enfantine de Jonathan Richman. Je trouve des inflexions très Blur également dans "Hey Cowgirl", quelque chose dans le chant. 

  L'album se termine d'ailleurs par un "Baby Bye Bye" qui sent autant la comptine que le bayou, suivi par une piste cachée, genre de jam autour du funk de "Choo Choo" assaisonnée de rires façon Joker, de cris bluesy comme quand Paul McCartney voulait déconner sur le White Album, et de "yee-haa" dans le thème du disque. 

  Ce côté déconne, décalé, se retrouve également dans les visuels de l'album, des clips classiques, sobres et dépouillés où Demarco porte des masques de monstres hideux (et dans le clip WTF de l'intro aussi). Comme un écran, ces images cachent le malaise de ce grand enfant perdu et pudique (on pense au costume de gorille de Harry Nilsson sur "Coconut" dans le même genre), et c'est assez touchant. On sent tout au long de ce disque la sensibilité à fleur de peau de l'artiste, et pour l'avoir vu se défoncer la tête au cours d'un concert qui a mal fini alors qu'il commençait magnifiquement, j'espère pour lui, humainement, que le chemin vers plus d'apaisement va suivre son cours. Ce disque sobre et beau sonne comme ça en tous cas, on ne peut qu'espérer pour lui que ce soit le cas.

Mac Demarco - All Of Our Yesterdays (2019)

  En attendant, c'est une oeuvre d'une beauté classique assez indiscutable, et même si Demarco est souvent farceur, son talent de mélodiste et d'interprète transcendent ces facéties et rendent vital un album qui aurait pu être monotone. Un très beau disque, faites l'effort de l'écouter vraiment si vous en avez le temps et l'envie, et ne perdez pas de temps à lire des critiques souvent négatives de gens qui à leur lecture n'ont pas pris le temps de l'écouter correctement. 

Mes morceaux préférés : Nobody, Finally Alone, Heart To Heart, Preoccupied, K, All Of Our Yesterdays, Skyless Moon, On The Square

A écouter sur Deezer ou Spotify

Alex


lundi 29 avril 2019

Pépite - Virages (2019)


  Pépite est un duo français de pop, et je les ai découverts en première partie (et un peu pendant aussi) un concert de L'Impératrice, ce qui peut vous donner une idée de leur style. Avec une voix à la Christophe, une musique un peu néo-80's, dans la lignée des scènes nu-disco et électro-pop qui ont éclot à la suite de la French Touch, ils sont bien placés dans une scène qui perce pas mal en ce moment, que la presse aime qualifier de "variété chic", terme que je n'aime pas trop parce qu'il est assez péjoratif, et qu'il regroupe des artistes intéressants (Julien Doré, Juliette Armanet...) et des trucs plus proche du gimmick ou un peu ternes (Clara Luciani, Les Pirouettes, Voyou...).

Pépite - Tant de Peine (Clip)
  Pépite mérite sa place parmi les meilleurs représentants d'une pop française accessible mais exigeante, volontiers synthétique mais pas seulement, on entend dans leurs mélodies élégantes et leurs arrangements sophistiqués toute une histoire (de François de Roubaix et Christophe à Sébastien Tellier et Justice) qui accouche de merveilleuses chansons, assez intemporelles, telles les très belles "Feu Rouge" et "Tant de Peine". Comme Tellier ou Armanet, ils arrivent à composer des chansons qu'on a l'impression de toujours avoir connues (comme les belles "Les bateaux" et "Hiéroglyphes"), ils ont cette évidence pop qui marque un certain talent authentique et pur de songwriter. Ça n'est pas pour rien qu'ils sont signés sur le bon label microqlima.

Pépite - Feu Rouge (Clip)

 Le groupe, sur disque comme sur scène, bénéficie d'une très belle complémentarité entre les synthés accrocheurs du chanteur et la guitare, follement triturée dans tous les sens par un guitariste aux doigts magiques et à l'imagination sans limite pour faire sonner son instrument de façon irréelle et toujours variée. D'ailleurs, l'instrument les rapproche parfois de la pop à guitare sous haut niveau de chorus d'un Mac Demarco (comme sur "Champagne"), mais la voix unique du chanteur les tire vers un univers bien à eux. Dans le genre rock-indé, avec une légère influence des Smiths, on peut également évoquer la jolie "Silence Radio", qui a aussi un petit je-ne-sais-quoi de Laurent Voulzy

Pépite - Les Bateaux (Clip)

  Et même lorsqu'ils abordent un territoire plus électronique, c'est plutôt réussi, comme sur l'intro "Flèches" ou la tropicale "Revues". Dans un genre pas si éloigné, l'électro un poil reggae de "Zizanie", dansante et hédoniste, comblera les amateurs de nu-disco et de chillwave post-French Touch (on n'est pas si loin que ça de l'excellent dernier album de Neon Indian). A l'autre bout du spectre, les morceaux plus organiques ou downtempo comme la douce comptine "Allo ?", la ballade au piano "Rubis" et la valse "Monte-Carlo", là aussi assez Demarco dans l'esprit, sont de toute beauté.  

  L'album, vous l'aurez compris, est donc varié dans ses sonorités et ses approches de la pop, mais conserve une identité forte, liée par la voix, assez unique, et la guitare également remarquable. C'est un bel exemple de pop francophone moderne, fraîche et bien foutue. Qu'on recommande donc forcément.

Mes morceaux préférés : Feu Rouge, Tant de Peine, Les Bateaux, Zizanie

A écouter sur Deezer ou Spotify

Alex

mardi 16 avril 2019

The Drums - Brutalism (2019)


  The Drums, maintenant c'est Jonny Pierce tout seul. Mais pas tout à fait, il s'est par exemple entouré de musiciens pour enregistrer ce tout nouvel album, contrairement à son précédent où il jouait de tout. Et il a voulu également retrouver un côté brut, se replongeant dans l'état d'esprit qu'il avait avant de signer en maison de disque afin de produire le disque pop qu'on lui a refusé à l'époque, préférant le rock indé qui fera son succès (et le bonheur de nos oreilles). 

The Drums - Body Chemistry (2019)

  Il y a toujours eu une bonne dose de synthpop chez les Drums, et parfois les synthés (et la voix de Pierce) sont maîtres, comme sur la très bonne pop song minimaliste "Pretty Cloud". Mais ils partagent tout de même souvent la première place avec le duo basse/guitare ("Body Chemistry", "Brutalism", "Loner", "Kiss It Away"). 

  Ce qu'on remarque assez vite, c'est la beauté de ces chansons, aux mélodies soignées et immédiatement plaisantes, et aux choeurs délicats. Ce côté pop, volontiers rythmé ("Blip Of Joy") et n'ayant pas peur de plaire, accouche de belles réussites comme le classique instantané "626 Bedford Avenue". Pierce, connu pour ses morceaux assez sombres, s'aventure même du côté de la ballade rock ("I Wanna Go Back", qui a un côté 90's, un peu La's) ou folk ("Nervous").

Jonny Pierce - 626 Bedford Avenue (2019)

  C'est un album réussi de plus pour les Drums, sur lequel Pierce arrive de plus à ouvrir de nouvelles voies à sa musique en privilégiant une approche pop moins marquée par le post-punk british, upbeat mais sombre, qui a fait sa marque de fabrique. C'est l'oeuvre d'un authentique artiste autant que d'un artisan qui se cherche à travers son art, et c'est surtout très beau.

Mes morceaux préférés : Pretty Cloud, Body Chemistry, 626 Bedford Avenue, Brutalism

A écouter sur Spotify ou Deezer

Alex


lundi 4 février 2019

Deerhunter - Why Hasn't Everything Already Disappeared ? (2019)


  Ce nouvel album, sorti chez 4AD, est très apaisé musicalement, et ce malgré son titre ambigu, est une vraie bonne surprise, de la baroque pop de "Death in Midsummer" et son clavier 60's, en passant par une pop psyché faisant référence aux Kinks ("No One's Sleeping"), jusqu'à une new wave planante façon Bowie période Low ("Greenpoint Gothic"). D'ailleurs, on entend cette dernière référence dans la new wave funky de "Plains", morceau génial. 

  Les pop songs parfaites s'enchaînent, chacune avec sa personnalité et sa petite touche musicale propre. On entend par exemple sur "Element" des cordes dramatiques presque glam accentuées par des guitares sèches très rythmiques comme chez T Rex, Bowie (cette fois-ci période Ziggy) ou Ty Segall. Ou alors juste avec un piano délicat boosté par une rythmique puissante et une mélodie britpop élégante ("What Happened To People"), pas si loin de papas british du rock indé comme Pulp. C'est un rock indé qui expérimente avec le classique contemporain, les répétitions de Terry Riley et la musique d'église qui fait l'intriguant et réconfortant morceau "Tarnung".

Deerhunter - Death In Midsummer (2019)

  On entend également un interlude mêlant un peu tout ça aux expérimentations orchestrales des derniers albums d'XTC et aux premiers Air ("Détournement"). Et plus loin, "Futurism" confirme l'influence énorme des Versaillais, et donne une version pas si éloignée que ça de leur branche de pop, qui rappelle aussi un Tame Impala en moins porté sur les effets sonores (on rappelle que Kevin Parker a été inspiré par Talkie Walkie du duo pour se lancer dans le projet Tame Impala). "Nocturne" va d'ailleurs encore un peu plus loin dans le psychédélisme touche à tout : à la fois synthétique, organique et  même presque orchestral, cette petite symphonie pop émerveille comme un bon Beach Boys, Animal Collective ou Wild Nothing

  Ce nouvel album de Deerhunter est donc vraiment une bonne surprise, une pop "classique" mais solide, prenante, dense et accrocheuse. S'ils sortent un truc de cette qualité à chaque fois, qu'ils prennent leur temps, ça vaut le coup !

A écouter sur Spotify ou Deezer

Alex

jeudi 29 novembre 2018

EYEDRESS - Sensitive G (2018)


  Tombé un peu par hasard sur EYEDRESS, j'avais adoré son très court mais très bel EP sorti plus tôt dans l'année. Voyant quelques singles sortir, je me précipite sur sa page, pour découvrir avec surprise que le philippin avait carrément sorti un album, je m'y suis donc plongé curieux et emballé, et je n'ai pas été déçu.

  Dès la première chanson, "Ancient Love", on passe par milles émotions. Le music nerd s'émerveillera de la fragilité presque TV Personalities du morceau, du son très post punk voire psychobilly (à tendance Jesus & Mary Chain aussi, on va jusqu'à reprendre partiellement le beat de "Just Like Honey", piqué à la Motown et à Phil Spector), des digressions contemplatives de la guitare psychédélique, mais tout cela n'est pas très important, si ce n'est pour évoquer le fait qu'EYEDRESS maîtrise son sujet et que ça se sent, dans le naturel avec lequel le titre se structure, dans sa justesse au niveau des arrangements, dans la délicatesse et l'intensité de l'interprétation également. Un début en beauté.

  Le morceau d'après est une petite perfection pop. "Alone Time", très Empire of the Sun dans le chant, beaucoup plus lo-fi dans la musique, ce qui est plutôt une bonne chose, entre guitares exquises et boîte à rythme façon madeleine de Proust. Un des morceaux phares du disque. Dans l'ensemble, la new wave revisitée d'EYEDRESS, légèrement modernisée par une vision moderne à la Ariel Pink du mouvement, fait toujours mouche, cf l'autre excellent single "Toxic Masculinity" pour s'en convaincre.

EYEDRESS - Toxic Masculinity (Clip, 2018)

  Autre gros point fort : l'alternance entre les guitares et les synthés au premier plan, donnant des morceaux plus proches du rock indé dans le premier cas, comme le très The Drums / DIIV "Cocaine Sunday" et la plus apaisée et psychédélique "Cure For Cancer", voire "Be A Better Friend" qui emprunte des idées de mixage au shoegaze. 

EYEDRESS - Be A Better Friend (Live, 2018)

  Et dans le deuxième cas des ballades synthétiques comme les belles "White Girl", "PTSD", "Nice Girl From a Nice Part of Town" et "Young Old Man". Voire la curieuse et très réussie "Sensitive G", clairement inspirée par la G-Funk.

EYEDRESS - Sensitive G (Clip, 2018)

 C'est néanmoins la guitare qui domine l'album, comme l'attestent des morceaux comme "Stay Calm", "Window Eyes" avec Fazerdaze. Ce qui est notable, c'est la variété de sons et de styles de jeu qu'il arrive à tirer de cet instrument, en utilisant à fond toutes les possibilités, allant du shoegaze à la pop indé 90's en passant par la guitare folk façon Mac Demarco ("Suntory Times", "Sleeping On the Couch", "My Child / Old Soul"). Avec en second plan une basse cruciale et des boîtes à rythmes minimalistes mais parfaitement dosées, comme chez la géniale Sneaks

EYEDRESS - No Love In The City (Clip, 2018)

  Un autre élément qu'on sent maîtrisé est la construction globale du disque, jonglant habilement entre morceaux calmes, voire contemplatifs ("Babygirl") et morceaux plus hargneux pour faire monter et baisser l'intensité comme l'intense et génial "Xenophobic" et sa basse à la New Order / The Cure insistante et sa voix noyée sous les effets, ou les presque punks (PiL) et gothiques "No Love In The City" et "No Fun", d'une intensité rarement atteinte dans la pop (je n'ai que Sealings en tête).

EYEDRESS - No Fun (Clip, 2018)


  EYEDRESS utilise les référents du post-punk et de la pop indé comme tremplins pour exprimer sa créativité unique, et maîtrise ces genres (et bien plus encore) à la perfection, les assaisonnant de goth, de shoegaze, de synthpop, de folk, de psychédélisme, et j'en passe, pour en ressortir des morceaux concis, immédiats et beaux, sans toutefois faire de concessions sur son son, brut et minimaliste, presque tranchant. Un grand disque. 

Mes morceaux préférés : Ancient Love, Alone Time, Toxic Masculinity, No Fun, Xenophobic, No Love in the City
Ecouter sur Spotify ou Deezer ou Bandcamp

Alex