Les aventures musicales de deux potes

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mercredi 26 avril 2017

Radiohead - In Rainbows (2007)


  Cette semaine, les disques sortis il y a dix ans déjà, en 2007, sont à l'honneur sur La Pop d'Alexandre & Etienne, avec un album par jour présenté jusqu'à mardi dans le cadre de notre troisième édition de La Semaine De La Pop.

  Cet album de Radiohead, je l'ai très vite adoré. Je l'ai découvert quelques temps après sa sortie, vers 2009-2010 je pense. J'avais lu des critiques un peu mitigées dessus, mais les interviews de Yorke de l'époque étaient passionnantes, il y avait toute cette mythologie autour du prix libre de l'album que je trouvais chouette, et puis j'avais adoré OK Computer, Kid A et Amnesiac. En plus, la pochette était parfaite. Colorée, attrayante, et bien designée. En somme, elle évoque le parfait équilibre entre une pop généreuse, pleine de vie et attractive et une ambition artistique irréprochable, avec un vrai soin pour les détails. 

  J'ai pas mal de souvenirs, de ballades en bords de Loire après les cours en attendant le car pour rentrer du lycée, de devoirs maison de maths réalisés sur un banc, dans un petit parc face au fleuve, sous un rayon de soleil qui me réchauffait d'autant plus que la brise légère venant de l'eau me rafraîchissait à intervalle régulier. Avec ce disque dans les oreilles. Emprunté à la médiathèque pas très loin, car mon petit disquaire fétiche, qui a depuis arrêté, n'avait que Kid A & Amnesiac.... Je lui avais pris les deux, j'avais été dégoûté car beaucoup de ces petits bouts noirs qui tiennent la rondelle centrale étaient pétés dès l'achat, et qu'à l'époque les sous c'était pas ça et que les CDs c'est cher, même en occas (y'a des choses qui ne changent pas finalement). Maintenant je suis bien content d'avoir ce petit boîtier pété, je l'aime comme ça, pour tous ces petits souvenirs rattachés à l'usure.

  Bon, ça va être pas mal de souvenirs cette semaine, on parle de disques de jeunesse là, même si on est pas très vieux avec Etienne, ce sont des disques sortis entre nos classes de 4e et 3e, qui nous ont souvent accompagnés lors de notre éveil musical au lycée... Mais revenons à la musique.

  J'ai adoré In Rainbows immédiatement, grâce à "15 Step", un des meilleurs titres de Radiohead. Un rythme à la signature inhabituelle, quasi jungle, démarre le titre, Yorke chante magistralement (c'est quasi un chant jazz, écoutez bien), la guitare, divine, débarque, la batterie enfonce le clou de la boîte à rythme avec une classe jazzy, puis il y a ce break avec ce son de synthé incroyable, enveloppant, chaud et profond, la basse qui prend le relais.... Un feu d'artifice pop en Technicolor, la pochette n'avait pas menti. Voilà comment on fait de la pop moderne, puissante, vivante, rageuse, accessible, chaude, artistique sans pour autant sonner prétentieuse. C'est la synthèse du meilleur de l'électronique, du rock (comprenant le krautrock), du jazz, de la pop. C'est un mix enchanteur et complètement satisfaisant de sensorialité, d'émotion et d'intelligence. C'est brillant et inspiré.

  La tension monte d'un cran avec un "Bodysnatchers" qui commence très rock, mais pas dans le sens basique du terme, on entend une pulsation allemande, des gammes presque orientales, une fougue presque Blur période américaine (qui a dit "Song 2"?). Et la fin du morceau est du Radiohead classique, guitare acoustique doublée par une électrique colwave bourrée de reverb, soutenant le chant plaintif de Yorke, qui éclate toute la discographie d'Interpol et de Coldplay en même temps, malgré toute l'affection que je peux avoir pour les premières œuvres de ces groupes. Et puis ça finit presque punk, et l'auditeur est rincé par tant de talent. 

  Après tant de rage, place au cœur de l'album, plus calme et contemplatif. "Nude" émerveille et désarme tellement elle est belle, entre jazz et folk des grands espaces. Et "Weird Fishes/Arpeggi" nage dans les mêmes eaux, fait elle aussi partie de cette catégorie de chansons qui deviennent des classiques instantanés et marquent à vie de leur empreinte émotionnelle forte le cœur des auditeurs assez réceptifs à leur beauté infinie. Et puis elle est tellement riche... Il y a un truc presque africain sans l'être réellement dans cette chanson... On sent tout le poids de décennies, de siècles de musique étudiée, digérée, toute cette complexité, cette profondeur, ressortie de façon si légère, naturelle, fluide...

  L'ambiance reste cohérente avec un "All I Need" également éthéré (et aussi divin, sisi c'est possible), dont le coup de génie est ce basculement entre des notes de synthé basse pachydermiques, évoquant la marche lente d'un diplodocus et contrastant avec la légèreté du reste de l'instrumentation et le chant souple de Yorke. Le dépouillement de "Reckoner","House Of Cards", et les arpèges folk de "Faust Arp" émerveillent aussi avec peu... et en réécoutant cette chanson, ses cordes, sa mélodie, cette guitare, ce chant, je me dis que les gens qui ont encensé A Moon Shaped Pool ont raison (déjà) mais qu'ils avaient juste 9 ans de retard (et c'est pas grave) pour ceux d'entre eux qui avaient moyennement apprécié In Rainbows. Si c'est votre cas, réécoutez le, franchement. Vous n'allez pas en revenir.  

  Le rythme remonte légèrement avec "Jigsaw Falling Into Pieces", mais le dépouillement est toujours là. L'émerveillement aussi. Comme sur la conclusion, "Videotape", extrêmement mélo mais belle tout de même, que j'ai beaucoup associé a posteriori à "Foreground", également dernier titre tire-larmes et désarmant d'un album brillant, intense et dépouillé, Veckatimest de Grizzly Bear.


  Bref, ce disque est une merveille, un sommet inégalable dans son genre de pop qui sonne aussi bien intimiste que vaste, aussi bien dépouillée que complexe. 
  C'est un des meilleurs disques de Radiohead, probablement mon préféré avec Kid A, OK Computer ne traînant pas loin derrière. C'est un grand disque tout court. Sorti il y a 10 ans (si ça pouvait faire taire les grincheux, les déclinistes et les ultra-nostalgiques je prends).


Alex


lundi 1 juin 2015

David Bowie - Earthling (1997)



  Pour continuer sur ma lancée d’albums mésestimés par le public et/ou la critique, je vais m’attarder sur un des meilleurs Bowie post Let’s Dance, c'est-à-dire Earthling, sorti en 1997. Un des meilleurs car un sur lesquels le Bowie sera musicalement plus inventif que sur presque toutes les autres sorties discographiques depuis Scary Monsters jusqu’à présent.

  Pour cela, il suffit juste de mettre le disque et d’écouter la première chanson, « Little Wonder ». Et là vous vous rendez compte que Bowie fait de la jungle (pour les néophytes c’est un sous genre de musique électronique essentiellement britannique qui se base entre autres sur un rythme très agressif et à haut nombre de bpm. Ce que vous entendez en début de chanson en fait). De la jungle, décidemment Bowie est en plein dans son temps et a complètement embrassé les nineties électroniques.
 
Bowie et son look de l'époque

  Mais une objection peut rapidement venir. Premièrement, on peut dire que Bowie se contente alors de prendre le train en marche, alors qu’il nous a plutôt habitué à avoir dix ou vingt ans d’avance sur la muique de son époque. Cette démarche peut même être qualifiée d’opportunisme.  Ceci est presque faux pour plusieurs raisons, et je vais m’expliquer. Bowie a presque toujours su habilement marier l’avant gardisme parfois extrême de ses contemporains avec la pop la plus accessible voire la plus « commerciale » de l’époque. Il n’a pas non plus inventé le kraut, mais a su habilement en retirer des éléments pour quasiment créer le post punk (avec Eno et les autres), alors que le punk n’existait pas encore. Et c’est là que réside son génie, dans cette réappropriation d’une façon très personnelle de l’œuvre des autres.

  C’est exactement ce qu’il fait sur « Little Wonder ». En effet, il marie la (brit)pop la plus accrocheuse de l’époque avec les sons et les rythmes de la jungle et du big beat, de l’indus, des éléments de noise, et tout cela sur plus de 6 min composées d’une main de maître. L’architecture du morceau est du grand Bowie, et l’interprétation est parfaite. Ce morceau est un vrai chef-d’œuvre, peu de mariages entre pop, noise et électronique me semblent aussi réussis.

  Pour tout cela, ce morceau et l’album sont de grandes réussites. Bowie peut faire écouter de la pop aux plus extrémistes des fans d’électronique de l’époque et de l’électronique aux lads qui ne jurent que par le rock et la britpop.
 
Dossier de presse US de l'album
 

  Et l’album est à l’avenant de la petite merveille initiale. En effet, qu’on parle de la géniale « Looking For Satellites », midtempo entre Eno, Doors hallucinés, électronique et guitare démentielle, ou de «Battle For Britain (The Letter)», chanson plus rock et plus classique de Bowie sur un beat assez jungle aussi, on se retrouve avec des morceaux d’une qualité rarement égalée, et uniques sur le plan sonore. Encore une fois le mariage de la pop et de l’électronique de la composition à la mise en son est une vraie merveille. Et les idées d’arrangement son merveilleuses, comme le piano free à la fin de « Battle… ».

  « Seven Years In Tibet », downtempo redoutable, fait penser à un croisement entre Nine Inch Nails et ce que Damon Albarn fera cinq à dix ans plus tard avec Blur, en solo ou avec ses projets Gorillaz et world. Ces claviers, ce chant mélancolique, ce mariage de musiques traditionnelles, de pop de rock et d’électronique…  Encore un morceau parfait.
 
La tenue de la mythique pochette
 

  « Dead Man Walking » est, elle, partagée entre couplets franchement électroniques, refrains rock, avec ce piano free qui survole l’ensemble. C’est un excellent morceau, et même si il me touche moins que les quatre premiers, il dégage une énergie folle, avec ce beat irrésistible et ces chœurs diaboliques.

  « Telling Lies » est plus difficile d’accès, plus décousue en apparence et constituée d’un mur de son assez difficile à appréhender au début, et on peut considérer qu’avec « The Last Thing You Should Do », un peu dans la même veine avec un côté crooner pop en plus, elle fait partie de la partie la plus expérimentale de l’album. Moins attachantes car moins pop mais très intéressantes par leur aspect plus radical, ces chansons sont cependant plus bancales (on a du mal à suivre les morceaux, étant « composés » d’une façon moins classique). Mais ils constituent une excellente transition avant le très Nine Inch Nails « I’m Afraid Of Americans », très indus ainsi que sa suite « Law (Earthling On Fire) », assez inclassable entre indus, Bowie période Eno et rock vicieux.
 
Earthling en live
 
  Cet album possède une cohérence inattaquable (du son aux thématiques britanniques visible de la pochette l’album aux titres des chansons aux styles musicaux), de grands morceaux, un parti pris expérimental réussi de main de maître grâce à des compositions pop ayant complètement assimilé des décennies de musiques électroniques, world,…. Bref, on peut parler franchement de chef-d’œuvre. Bowie s’est trouvé une nouvelle incarnation pour ces années 90-2000, celle d’un musicien qui jongle habilement entre mainstream et underground, conscient de son héritage mais avec encore l’envie d’en découdre. Sa présence sur la scène pop, entre fantôme inévitable mais inaccessible et retours fracassants, sera à l’image de ce disque. Toujours singulière, toujours un peu en marge mais attirant toujours la lumière.

Fans de Bowie ou non, écoutez cet album qu’on ne cite pas assez souvent !
 
Verso de pochette & Tracklisting
 
Merci pour votre lecture et pour vos commentaires !
 
Alex