Aujourd'hui je vous présente un EP découvert au hasard de Twitter, funNcrazy2Bme, de Paive. Pour faire court, c'est un mélange de pop, d'électronique et d'influences venues du hip-hop 2000's et qui ont changé la pop, l'électro, le rap et le rnb de l'époque (Neptunes, Timbaland...).
Paive - Meltdown (2020)
Vous pourriez penser à Nelly Furtado ou Madonna sur la géniale "Meltdown", et vous n'auriez pas tort (idem pour "Burn It", un peu MIA). Plus rock, agressive et dark, "Surrender" monte d'un cran la tension avant le crépusculaire "Paive Metal", hyperpop / future pop frontale à la Sophie / PC Music. Qui lui même s'enchaîne avec le très Charli XCX produit par AG Cook ou Dylan Brady -dans l'esprit- "Hard Pop Kiss".
Bref, c'est un excellent EP de pop électronique. Fun, abrasif, mélodique, rythmé et avec beaucoup de personnalité.
J'étais donc très heureux de voir qu'un nouvel EP était sorti. Aux premières écoutes, le ton estival, apaisé et pop de cet album m'a plutôt surpris (en comparaison à des projets plus électroniques, parfois torturés, en tous cas nocturnes, et presque violents pour les Pom Poms), mais au fil du temps l'ensemble sonne comme une suite logique de sa discographie, et une très belle évolution.
Kitty - Baby Pink (Clip, 2020)
Sur Charm and Mirror, les ambiances électroniques et acoustiques se côtoient et s'enrichissent mutuellement, sur des constructions plus pop, couplet/refrain, pour servir des mélodies accrocheuses calées sur des beats doucement électro et mises en son avec un esprit psychédélique soft rappelant souvent les Flaming Lips ("Baby Pink", "Bath Salts").
Kitty - Bath Salts (Clip, 2020)
Parfois, on entend un peu de la pop du début du siècle, à la Madonna période Ray Of Light ("Afterglow" et son beat post dance), parfois de la pop néo-psychédélique, aux parfums 60's et 70's qui ne feraient pas tâche sur un disque de rock indé de la dernière décennie, ou sur un Ariel Pink pour la démarche hypnagogique, fascinée par le passé mais résolument moderniste ("It Never Hurts"). Ce même esprit qu'on retrouve, avec des influences plutôt 80-90, sur un "12th House" aux sonorités post-vaporwave qu'on pourrait retrouver sur Electronic Gems.
Bref, c'est un EP absolument parfait. Mélodique, ensoleillé, produit avec un goût sûr, c'est tout ce que j'aime.
LA Priest - Gene Royaume-Uni Pop, Electro-Rock, Electronique, Funk, Psyché Lien vers la chronique Avec les Late Of The Pier, sous le nom Soft Hair en duo avec Connan Mockasin, ou en solo avec Inji, son album de 2015, Sam Dust alias LA Priest est un des rares artistes qui arrive à me toucher à chaque fois qu'il fait un truc depuis 10-15 ans, avec un petit truc en plus, un renouveau, tout en gardant sa patte électro-rock de weirdo magnifique. Ce dernier album, Gene, bricolé en grande partie sur des machines qu'il a lui même construites, continue sur cette lancée magnifique. Les morceaux oscillent entre mille style à la fois pour au final avoir la patte ultra reconnaissable de Dust, et sont plus que mémorables. Une vraie leçon de Pop. J'en attendais beaucoup de ce Gene, et je n'ai pas été déçu. A écouter absolument, sur Spotify ou Deezer par exemple
La voix acide de Ric Wilson se marie à merveille aux instrus disco/funk/rnb de Terrace Martin, tout au long de cet EP frais, dansant, pop et doux. Une petite merveille, et je pèse mes mots.
Mes morceaux préférés : Breakin Rules, Don't Kill The Wave, Move Like This
Ric Wilson & Terrace Martin - Move Like This (Clip, 2020)
BILAN ALBUMS
***On a adoré :
Teyana Taylor - The Album USA Rnb, Pop, Hip-Hop, Soul/Nu-Soul Lien vers la chronique Après son album VII (2014), très réussi, Teyana Taylor n'a pourtant pas atteint la reconnaissance qui lui était due, et il aura fallu qu'elle se fasse repérer par l'équipe G.O.O.D. Music de Kanye West, et que ce dernier lui fasse sur mesure un album foudroyant (K.T.S.E., en 2018) pour qu'une hype bien méritée entoure désormais chacun de ses pas. C'est donc conquérante que l'artistes aux milles talents (chant, auteure/compositrice, chorégraphie/danse, mannequin, actrice/réalisatrice) revient avec le colossal The Album, fort de 23 titre pour plus de 80 minutes de musique. Mis à part ce petit problème de longueur(s), ce disque est une petite bombe et j'ai vraiment été scotché par la personnalité des morceaux les plus réussis. Une vraie réussite, au final, et un impressionnant témoignage du talent de Taylor, qui a en plus su ici s'entourer des meilleurs pour achever sa vision d'un album grandiose. Mes morceaux préférés : Come Back To Me, Lowkey, Let's Build, 1800-One Night, Boomin, Bad, Morning Spotify / Deezer
Teyena Taylor, Rick Ross, Junie - Come Back To Me (2020)
Backxwash - God Has Nothing To Do With This Leave Him Out Of It
CANADA
Hip-Hop, Metal/Indus/Rock, Horrorcore
Porté par quelques singles incroyables, cet album est une grosse claque rap/rock, aux textes incisifs, aux beats percutants et aux flows féroces. Un très, très bon album.
Mes morceaux préférés :Black Magic, Spells, Black Sheep
Backxwash - God Has Nothing To Do With It Leave Him Out Of It (2020)
Lil Yachty - Lil Boat 3 USA Hip-Hop, Trap, Pop Un début d'album fantastique, enchaînement ininterrompu de bangers trap bien lourds et de détours pop-rap mélodiques hyper addictifs, annonçait le meilleur, et pourquoi pas un grand album. Malheureusement, à partir de la track 8 (sur 19), même si les morceaux restent bons, ils sont souvent un peu moins originaux, et l'ensemble finit par sonner un peu trop long et répétitif. Ceci dit, c'est tout de même un album gavé de bons titres, et d'une bonne poignée d'excellents. IL aurait suffi d'en couper quelques-uns pour un EP bonus et on aurait eu un album percutant de bout en bout (mais c'est un problème très répandu à l'heure du streaming qui rémunère par stream d'une chanson...). Mes morceaux préférés : Top Down, Wock In Stock, Split/Whole Time, T.D., Pardon Me, Black Jesus, Demon Time, Up There Music, Whew' Chile Spotify
Lil Tachty, Tierra Whack, Asap Rocky, Tyler The Creator - T.D. (2020)
Benjamin Biolay - Grand Prix France Pop, Rock, Electro-Pop, Chanson Française Lien vers la chronique Le premier single, "Comment Est Ta Peine" donne le ton de ce Grand Prix. Biolay prend de l'ampleur depuis La Superbe, et la presse comme le grand public ont fini, à force de disques pop et personnels et de tournées bien remplies, par comprendre l'artiste et l'accepter comme la grande figure de notre paysage musical national qu'il est. Cette chanson, d'abord, est très accessible, accrocheuse voire tubesque. Populaire. Radiophonique. Ensuite, elle applique le credo "orchestre à la papa sur beat électro" qu'a théorisé ce fan de XTC, avec un mariage électro-rock pas si étrange pour un fan de la pop music anglaise en général et de sa scène pop-rockMadchester influencée par la house en particulier. Le tout sonne également "variété chic", sorte de pop néo-80's de magazine, aux accents funky, à la Julien Doré ou Juliette Armanet. La suite, entre rock français, disco-funk, chanson française et même bossa, est souvent passionnante dans ses détours. Bref, à la manière deVolver, c'est un disque populaire, un peu inégal mais globalement moderne, accessible et pop, qui tire un peu dans plusieurs directions en même temps, qui offre quelques explorations bienvenues, quelques mélodies instantanément classiques, quelques textes bien sentis, et l'interprétation de Biolay, qui gagne en épaisseur et en charisme à chaque sortie. Un bel album, donc, dont les couleurs estivales font du bien en ce moment. Mes morceaux préférés : Souviens-toi l'été dernier, Interlagos (Saudade), Où Est Passée La Tendresse, Visage Pâle, Comment Est Ta Peine, La Roue Tourne Ecouter sur Spotify ou Deezer
Un album impressionnant, dense, qui déconstruit les genres pour les remonter à l'image d'une Arca insaisissable, radicale mais de plus en plus accrocheuse. Même si j'avais adoré son album homonyme, sombre et plombé comme un opéra du futur, cette nouvelle étape vers un horizon davantage pop et dance est enthousiasmante et contient quelques morceaux absolument géniaux.
Mes morceaux préférés :Nonbinary, Time, Mequetrefe, KLK, Machote, No Queda Nada
Un grand disque de rap, aux instrumentaux amples et luxueux rappelant autant la magie des meilleurs Rick Ross que l'ambition épique du prog rock, que le son chaud et inventif de Motown, Stax et des grands orchestres de la Philly Soul. Le tout porté par un flow old school agile et malicieux, avec des invités de choix (Tyler, The Creator, Rick Ross...). Humble, ambitieux, superbe.
Mes morceaux préférés : 1985, Something To Rap About, Babys & Fools
Le duo le plus cool du rap US revient en force avec une déflagration aux accents rock et à l'attitude incendiaire. Je suis un peu moins à genoux qu'avec les précédents, qui m'avaient soufflé, mais ce dernier opus est tout de même très bon.
Other Lives - For Their Love Pop, Rock Indé, Folk On pense au côté lyrique de Jacques Brel etScott Walker, à la musique richement orchestrée de Kevin Morby, au côté épique des Arcade Fire... Bref, cet album est très, très classe. Spotify
Uverme - Rastejo Evolutivo Rock, Funk, Jazz, Bossa Nova Beaucoup de personnalité dans ce disque fou, à la frontière du rock, du funk, du jazz et de la bossa mais avec un esprit quasi punk ou dada à la Zappa. Spotify
Khruangbin - Mordechai Psyché, Rock, Funk, Pop Un album d'ambiances : planant, doux facile d'accès, doucement psychédélique, gentiment funky, ouvert aux influences venues du monde entier, sans pour autant tomber dans la mollesse soporifique. Un joli disque. Spotify *On a apprécié : SOUL, FUNK, RNB Adrian Younge, Angela Muñoz - Introspection(Soul, Funk, Pop, Rnb - Spotify) Cee-Lo Green - Is Thomas Callaway (Soul, Gospel, Pop, Rnb - Spotify) Dune & Crayon - Hundred Fifty Roses (Pop, Rnb, Electrofunk, Electro-Pop - Spotify)
ELECTRONIQUE, AMBIENT TALsounds - Acquiesce (Electronique, Ambient - Spotify) Brigitte Barbu - Muzak pour ascenseurs en panne (Electronique, IDM - Spotify) Amnesia Scanner - Tearless (Electronique - Spotify) ART POP, ART ROCK, PSYCHE Coriky - Coriky(Rock Indé - Spotify) Ohmme - Fantasize Your Ghost (Art Rock, Pop - Spotify) Naeem - Startisha (Art-Pop, Electro-Pop, Hip-Hop, Rnb - Spotify) Gum - Out In The World (Psyché, Rock, Pop - Spotify) POP-ROCK Haim - Women In Music Pt. III (Pop, Rock, Funk - Spotify) Gum Country - Somewhere (Rock Indé, Pop, Electro-Rock, Garage, Shoegaze - Spotify) JAZZ Damu The Fudgemunk, Archie Shepp & Raw Poetic - Ocean Bridges (Jazz, Hip-Hop - Spotify) Modern Nature - Annual (Jazz, Rock - Spotify) Norah Jones - Pick Me Up Off The Floor (Jazz, Pop - Spotify) Kahil El'Zabar - Spirit Groove (Jazz, Funk - Spotify) Adrian Younge, Ali Shaheed Muhammad & Roy Ayers - Jazz Is Dead 002 (Jazz, Soul, Psyché - Spotify) HIP-HOP Estee Nack - BALADAS (Hip-Hop, Boom Bap - Spotify) Estee Nack - #Minimansiondust, Vol.4 (Hip-Hop, Boom Bap - Spotify) Gorilla Twins - Gorilla Twins (Hip-Hop, Boom Bap - Spotify) Jamo Gang - Walking With Lions (Hip-Hop, Boom Bap - Spotify)
BILAN EPs ***On a adoré :
Hamza - 140bpm Belgique Trap, Rnb, Pop Un impeccable 3/3, avec une orientation plus intimiste, nocturne, ambiance noire et blanc. La direction artistique, musicalement, tend vers une trap/drill sombre, minimaliste mais mélodique et mélancolique, à la Metro Boomin dans le côté "hanté", tout en restant à jour avec des influences BK drill très marquées (on n'est pas loin d'un "Pop Smoke type beat" sur ces 3 tracks). Hamza prouve en tous cas une fois de plus son talent de caméléon/vampire capable d'ingurgiter des modes et des styles à toutes vitesse et de les changer en or, et on attend la suite avec impatience. Spotify / Deezer
Park Hye Jin - How Can I Corée du Sud House, Electro-Pop, Trap Etonnant mélange entre une trap-pop gothique ("How can i"), techno industrielle ("NO") et house-pop entre Jessy Lanza, classic house et Kedr Livanskiy ("Like this", "Can You", "How Come", "Beautiful"), cet EP est un vrai régal. Spotify *On a apprécié : Ol' Burger Beats - "All Yours" EP (Hip-Hop, Boom Bap - Spotify) Flatbush Zombies - now, more than ever EP (Hip-Hop - Spotify) Muddy Monk - Ultra Tape (Electro-Pop, Rnb, Chanson Française - Spotify) Luthorist - Amethyst Thoughts (Hip-Hop, Boom-Bap - Spotify) NOLANBEROLLIN - g-tec club (Hip-Hop, Electronique - Spotify)
Le premier single, "Comment Est Ta Peine" donne le ton de ce Grand Prix. Biolay prend de l'ampleur depuis La Superbe, et la presse comme le grand public ont fini, à force de disques pop et personnels et de tournées bien remplies, par comprendre l'artiste et l'accepter comme la grande figure de notre paysage musical national qu'il est. Cette chanson, d'abord, est très accessible, accrocheuse voire tubesque. Populaire. Radiophonique. Ensuite, elle applique le credo "orchestre à la papa sur beat électro" qu'a théorisé ce fan de XTC, avec un mariage électro-rock pas si étrange pour un fan de la pop music anglaise en général et de sa scène pop-rockMadchester influencée par la house en particulier. Le tout sonne également "variété chic"à la Julien Doré ou Juliette Armanet, sorte de pop néo-80's de magazine, aux accents funky (on pense aussi à la French Touch et au Random Access Memories des Daft Punk).
Benjamin Biolay - Comment Est Ta Peine (Clip, 2020)
Et cette orientation est bien présente sur le reste du disque. Comme "Visage Pâle" et sa guitare insistante -un peu trop répétitive- assez typique de l'époque... Mais je chipote, le reste (texte, mélodie vocale, arrangements...) est brillant. Mention spéciale aux gimmicks (et au solo final) de synthés. Il y a quelques facilités inhérentes au style qui affadissent un peu les morceaux tels que "Comme une Voiture Volée", au refrain certes mémorable mais qui sonne un peu comme du BB Brunes période synthés (en étant un peu taquin). C'est quasi inintéressant sur "Grand Prix", très plate, et "Papillon Noir" peu inspiré, qui fait tourner en boucle une idée semi-intéressante façon Clara Luciani (j'ai rien contre elle c'est presque sympa, mais ses morceaux sont vraiment redondants, et trop scolaires : c'est vraiment ce que je reproche aussi à ce morceau de Biolay, il traine et boucle jusqu'à l’écœurement). Bon, et pour mentionner "Vendredi 12", il l'a déjà faite en mieux cette chanson façon Bashung aux cordes pincées, un peu jazzy, c'est pas nul mais pas mémorable du tout.
Benjamin Biolay - Visage Pâle (2020)
Le côté rock français (Saez, Noir Désir) d'"Idéogrammes" m'a fait un peu bondir à la première écoute, j'y entends un mélange de trucs discutables (le riff principal, bien gras) et de trucs géniaux (ce refrain qu'on voudrait reprendre en choeur dans une salle de concert ou un pub, ces cloches originales, ces cordes majestueuses, ce final rock orchestral ample et prenant). Au final, plutôt un bon morceau même s'il réveille chez moi quelques traumatismes musicaux (non désolé mais à mon humble avis, "un homme pressé" et "jeune et con" c'est naze, vous ne me ferez pas changer d'avis). C'est marrant, "Ma Route" me fait penser à du Renaud dans la diction en début de morceau, et au final le morceau se révèle très sympathique.
Bon, là vous devez vous dire que je déteste l'album à ce stade de la chronique. Certes, j'ai évoqué 3-4 morceaux pas passionnants, mais l'ensemble de ce que j'ai cité jusqu'à présent s'écoute tout de même très bien et il y a quelques morceaux vraiment très bons ("Comment est ta peine ?", "Visage Pâle", "Ma Route") et d'autres qui ont fini par être très attachants ("Comme une Voiture Volée", "Idéogrammes"), les autres étant loin d'être affreux et contenant de belles idées. Mais vous auriez surtout tort de penser ça, car toute la fin de l'album est absolument parfaite.
Benjamin Biolay - Où est passée la tendresse ? (Live France Inter, 2020)
Ca commence par un "Virtual Safety Car" quasi instrumental, aux influences French Touch et Julian Casablancas, ça enchaîne sur la funky "Où est Passée La Tendresse", la très chanson française "La roue tourne", sorte de suite lointaine à "Ton héritage", toutes très réussies : touchantes, dansantes, élégantes, mélodiques, ce sont de grandes chansons. Et puis il y a les deux dernières, deux de mes petits coups de cœur, "Souviens-toi l'été dernier", disco-funk sensuel à l'autotune séduisante (ça lui va très bien à Biolay), et "Interlagos (Saudade)" qui me prend à la gorge avec son riff bossa doux-amer, le chant féminin du refrain qui troue le coeur, et sa rythmique moderne hyper efficace. C'est mélancolique, sexy, ensoleillé, comme un "L'Anamour" moderne, comme un crooner produit par Polo & Pan ou Lewis Ofman. C'est magnifique.
Benjamin Biolay - Souviens-toi l'été dernier (2020)
Bref, à la manière de Volver, c'est un disque populaire, un peu inégal mais globalement moderne, accessible et pop, qui tire un peu dans plusieurs directions en même temps, qui offre quelques explorations bienvenues, quelques mélodies instantanément classiques, quelques textes bien sentis, et l'interprétation de Biolay, qui gagne en épaisseur et en charisme à chaque sortie. Un bel album, donc, dont les couleurs estivales font du bien en ce moment.
Benjamin Biolay - Interlagos (Saudade) (2020)
Mes morceaux préférés : Souviens-toi l'été dernier, Interlagos (Saudade), Où Est Passée La Tendresse, Visage Pâle, Comment Est Ta Peine, La roue tourne
Après son album VII (2014), très réussi, Teyana Taylor n'a pourtant pas atteint la reconnaissance qui lui était due, et il aura fallu qu'elle se fasse repérer par l'équipe G.O.O.D. Music de Kanye West, et que ce dernier lui fasse sur mesure un album foudroyant (K.T.S.E., en 2018) pour qu'une hype bien méritée entoure désormais chacun de ses pas. C'est donc conquérante que l'artistes aux milles talents (chant, auteure/compositrice, chorégraphie/danse, mannequin, actrice/réalisatrice) revient avec le colossal The Album, fort de 23 titre pour plus de 80 minutes de musique.
C'est sur la ligne entre le grandiose et l'intime que cet album excelle, comme lorsque l'"Intro", qui contient l'enregistrement de l'appel du médecin qui a guidé Taylor lors de l'accouchement à domicile de sa fille, se fond dans "Come Back To Me" où cette dernière, qui a depuis grandi de quelques années, chante entre sa maman, un couplet de Rick Ross impérial et une instru luxueuse et luxuriante. Ce morceau est impeccable, un vrai délice.
Teyana Taylor, Junie, Rick Ross - Come Back To Me (2020)
Le début de l'album est d'ailleurs irréprochable, à commencer par la délicate "Wake Up Love" (avec un couplet d'IMAN très proche du flow d'André 3000), puis la nu-soul funky, sensuelle et cosmique de "Lowkey" avec la déesse Erykah Badu. Il y a un petit quelque chose, une étincelle de génie, sur chaque titre. Sur "Let's Build", elle arrive à faire chanter Quavo de façon aussi surprenante qu'intéressante. L'instru "1800-One-Night", entre ses flashes de synthé percussifs et sa basse massive, fait sécréter une bonne dose de dopamine, "Morning" avec Kehlani est un gros banger rnb/pop, "69" un slow sexy addictif, et "Boomin" avec Future, Timbaland et Missy Elliott est un des meilleurs morceaux de l'ensemble. La suite est composée de très bons morceaux qui viennent diversifier le propos et montrer la versatilité de l'artiste, comme "Killa" en mode Afrobeats avec DaVido, "Bad" en mode dub, "Wrong Bitch" en rnb old school. A chaque fois, les instrus sont divines et transcendées par le chant de Teyana Taylor, qui montre là autant son talent pour les lignes mélodiques mémorables que l'élégance de ses performances vocales, toutes en retenue et en nuances au fil de ces titres qui évoquent amour, couple, famille et sexe avec brio. Un sans faute.
Teyana Taylor, Erykah Badu - Lowkey (2020)
Cependant, la deuxième l'album contient aussi quelques morceaux plutôt bons en eux-mêmes mais un peu en dessous du niveau général, tous enchaînés les uns aux autres, qui du coup ralentissent un peu le flow de ce long album. Je pense à l'enchaînement conséquent de ces morceaux : "Shoot It Up", "Bare It Up", "Lose Each Other", "Concrete", "Still", "Ever Ever", "Try Again", "Friends", "How You Want It". A l'inverse, les deux derniers morceaux avec Mike Dean et Kanye West à la prod ("Made It" et "We Got Love", ce dernier était sensé être sur la tracklist de Yandhi),et Lauryn Hill en feat, sont clairement à la hauteur. Et c'est quand même dommage quand dans ces 23 titres se cache un disque parfait de 14 morceaux et une solide mixtape de ses sessions de 9 titres, qui auraient par ailleurs gagnés à être écoutés à part.
Teyana Taylor - 1800-One-Night (2020)
Mis à part ce petit problème de longueur(s), ce disque est une petite bombe et j'ai vraiment été scotché par la personnalité des morceaux les plus réussis. Une vraie réussite, au final, et un impressionnant témoignage du talent de Taylor, qui a en plus su ici s'entourer des meilleurs pour achever sa vision d'un album grandiose.
Mes morceaux préférés : Come Back To Me, Lowkey, Let's Build, 1800-One Night, Boomin, Bad, Morning
Avec les Late Of The Pier, sous le nom Soft Hair en duo avec Connan Mockasin, ou en solo avec Inji, son album de 2015, Sam Dust alias LA Priest est un des rares artistes qui arrive à me toucher à chaque fois qu'il fait un truc depuis 10-15 ans, avec un petit truc en plus, un renouveau, tout en gardant sa patte électro-rock de weirdo magnifique. Ce dernier album, Gene, bricolé en grande partie sur des machines qu'il a lui même construites, continue sur cette lancée magnifique.
LA Priest - Rubber Sky (Clip, 2020)
Les guitares, noyées dans le chorus et quelques autres effets aquatiques, sont toujours en avant, appuyées par des basses bien rondes, des beats mécaniques, quelques synthés et bidouillages programmés bien sentis, et par cette voix qui est de plus en plus assurée et tente des choses avec ou sans effets pour l'habiller et la triturer. Le début de l'album est génial, avec "Beginning" comme mise en bouche pour installer l'ambiance et groover d'entrée de jeu, avant l'électro-rock funky et tubesque de "Rubber Sky", sorte de rêve humide de tout auditeur de Radio Nova (et de votre serviteur, par la même occasion), entre Prince, Metronomy, Sly Stone, dub et acid house revisitée façon dance-punk/nu-rave. Alors quand vient le single "What Moves", on est déjà cueillis, et sa pop-funk chaloupé et doucement psychédélique nous termine.
LA Priest - What Moves (Clip, 2020)
Il y a quelque chose de très intimiste, vivant, organique, isolé, presque champêtre ou bucolique dans cette musique. Les grésillements, la saturation, les choix de mixage, tout rend la prod pourtant en partie électronique plus vivante que la plupart de celles des groupes à guitare poussés par les grandes majors. C'est un disque de printemps/été, à la manière de quelques McCartney solo(RAM, McCartney I & II), ça s'entend très bien sur des titres comme le délicat interlude "Peace Lily", mais aussi sur la déchirante "Open My Eyes".
Le style unique de LA Priest est une sorte de synthèse bluffante entre des centaines de styles musicaux différents. Comment classer un morceau comme "Sudden Thing", avec un peu de soul, de jazz, des notes de blues psychédélique, de l'électronique... C'est hors du temps, c'est grandiose.
Plus identifiables, "Kissing of the Weeds" fait usage des machines (et du chant) avec une gourmandise et un style qui rappelle Thom Yorke, tandis que "What Do You See" commence franchement reggae avant de partir en complainte rock futuriste et de retourner à la case départ avec un clavier cheap.
LA Priest - Live From The Shed (2020)
Il n'y a pas d'album de LA Priest sans divagation électronique déconstruite, absurde, surréaliste et jouissive à la Mr Oizo sous acides, ici c'est "Monochrome" qui remplit à merveille ce rôle, suivie par le diptyque final "Black Smoke"/"Ain't No Love Affair".
Bref, vous l'aurez compris j'en attendais beaucoup et je n'ai pas été déçu. En plus de ça, les versions live de ces morceaux sont vraiment folles, et mon admiration pour Sam Dust atteint des sommets en ce moment.
A écouter absolument, sur Spotify ou Deezer par exemple
Ric Wilson est un rappeur de Chicago, qui a une affinité particulière pour les instrumentaux disco-funk. C'est donc assez logique qu'il se soit associé pour cet EP avec le génial Terrace Martin, multi-instrumentiste de talent qui a fait ses preuves en hip-hop, en jazz, en soul, en funk et même en musique classique. Vous l'avez probablement déjà entendu sans le savoir en collaboration avec Snoop Dogg, Kendrick Lamar, ou Herbie Hancock, entre autres.
Et cet EP est bluffant. Entre débuts du hip-hop période Sugarhill Gang, Snoop Dogg période "Sensual Seduction" et productions actuelles de la galaxie The Internet / Thundercat / Mac Miller / Stones Throw, le disque fait mouche d'emblée ("Breakin Rules"). La voix acide de Ric Wilson, quelque part entre Boosie Badazz et Lil Wayne, son timbre nasal, les légères inflexions autotunées, donnent beaucoup de charme et de personnalité à l'ensemble.
Ric Wilson & Terrace Martin - Move Like This (Clip, 2020)
Les glorieux ancêtres funk, de Bootsy Collins à Chic, sont évidemment partout en filigrane, tout comme leurs réécritures récentes par des gens comme Pharrell Williams ou Dâm-Funk (les géniales "Don't Kill The Wave", "Move Like This").
Le petit feat rnb avec BJ The Chicago Kid ("Chicago Bae") passe super bien, donnant un petit côté Don Toliver à la track, tandis que sur "Before you let go" avec Malaya et "Beyond Me" avec Kiela Adira évoquent les magnifiques collaborations de Tyler The Creator et Kali Uchis.
Bref, l'EP passe trop vite et on en redemande tant ce funk-rap discoïde est d'une fraîcheur et d'une qualité indiscutables.
Mes morceaux préférés : Breakin Rules, Don't Kill The Wave, Move Like This