Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes
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mardi 13 août 2019

Bon Iver - i,i (2019)


  J'ai adoré For Emma, Forever Ago (2008), le premier album entre folk et pop indé d'un Justin Vernon au cœur brisé sous le nom de Bon Iver (il a sorti pas mal de choses avant, que je n'ai pas pris le temps d'écouter). J'ai ensuite trouvé dans l'EP Blood Bank (2009) à la fois un digne prolongement de ce chef-d'oeuvre inaugural, et à la fois une porte ouverte vers une infinité d'expérimentations excitantes avec le gospel autotuné de "Woods", qui ouvrira à elle seule les portes du hip-hop et de la pop électronique à Vernon, collaborant par la suite avec tout le monde de Kanye West à James Blake en passant par Swamp Dogg. Outre ces collabs, il a entre temps produit des albums pour de nombreux artistes et groupes, et sorti certains projets parallèles sous les noms Gayngs, Volcano Choir ou Big Red Machines

Bon Iver - Jelmore (Clip, 2019)

  Entre folk, pop indé, et soft-rock, le très printanier et lumineux Bon Iver, Bon Iver (2011) donnait une ampleur convenant autant aux grands espaces américains qu'au stades à la musique de Bon Iver, tout en poursuivant les expérimentations pop ("Beth/Rest"). Une éternité plus tard, 22, A Million (2016) appuyait sur avance rapide pour synthétiser toutes ces tentatives électroniques et pop, mûries par les innombrables collaborations et projets parallèles évoqués, et proposait une reconstruction complète de sa musique, dans une démarche proche de celle du Kid A de Radiohead, sonnant comme personne d'autre (à part peut-être les Flaming Lips), et avec le même succès. 

  Autant dire que cet album, sorti 3 semaines avant la date annoncée, était attendu avec beaucoup de questions. Que faire après avoir fait la révolution ? Reconstruire ? Mais que faire si rien n'avait été détruit, que tout n'était qu'une évolution logique ? Si peu de temps après la dernière réinvention ? Vernon a décidé de s'entourer de collaborateurs, et de continuer dans la même direction. L'album, cryptiquement nommé i,i, sonne donc comme un énorme bilan, une belle synthèse, de toute la discographie de Bon Iver. Et c'est très beau.

Bon Iver - Hey Ma (Clip, 2019)

  J'avais un peu peur que ce soit le disque de l'autosuffisance, le disque qui commencerait à tourner en rond. Mais la fluidité et l'évidence avec laquelle Vernon et ses collaborateurs mélangent les différents styles et sons au service de ses chansons, tels des remixes de remixes de chanson folk, sont une preuve de maturité artistique indéniable et donnent des résultats bluffants sur la longueur d'un album. Car si peu de chansons se détachent, c'est parce qu'on a bien affaire à une oeuvre qui est davantage que la somme de ses parties. Ici, chaque morceau gagne en profondeur encadré par ses voisins de tracklist.

  Il y a mille choses à entendre : du folk, de la pop, du rock indé, du soft-rock, de l'électronique expérimentale, de l'autotune, du jazz, des voix triturées, découpées, hachurées, du classique contemporain parfois très abstrait, du gospel... Difficile de décrire précisément une chanson en particulier tant elles prennent des détours, se nourrissent d'influences contradictoires et pourtant harmonieuses au final. 

Bon Iver - Naeem (Clip, 2019)

  Tout ce que je peux faire c'est vous inviter à écouter l'album pour vous faire votre propre avis. Alors certes, je pense que c'est l'album de Bon Iver que j'aimerais le moins personnellement, en tous cas pour le moment, parce qu'il manque probablement un peu de la tension qui animait les précédents, c'est le lot de cet album apaisé et ensoleillé. Mais s'il est en dernière place de mon classement personnel, c'est uniquement parce que ses autres LP sont absolument parfaits, mais en lui-même, il est très bon. Et si je me fie à internet je suis en minorité à avoir cet avis. Donc foncez l'écouter quand même, il vaut le coup.

Mes morceaux préférés : Holyfields,, Hey Ma, U (Man Like), Naeem, Jelmore, Sh'Diah

Ecouter sur Deezer, Spotify ou Youtube

Alex



  

dimanche 19 mai 2019

Kevin Morby - Oh My God (2019)


  Sur une lancée incroyable depuis 2013 (5 albums – tous parfaits dans leur style), Kevin Morby est désormais attendu comme le messie à chacune de ses sorties par les connaisseurs. Et ça tombe bien parce que cet étrange disque parle de religion, mais l’interroge d’un point de vue extérieur, ce qui est un point de vue assez rare dans la pop et le rock. On retrouve quelques traces de cela musicalement : des chœurs aériens ou gospels, des suites d’accords grandiloquentes évoquant la musique religieuse sous toutes ses formes, des inflexions vocales de Dylan période born-again, etc…

  Mais le plus intéressant, c’est que ça accouche de grands morceaux, musicalement imparables. Par exemple, « Oh My God » est magnifique, mais sa conclusion instrumentale d’une beauté et d’une richesse inouïes (ces chœurs ! ce piano ! ce saxo ! …) la transcende complètement et en fait une œuvre d’art totale. Dans le même stylé, « No Halo » est d’une puissance et d’une profondeur rares, et la production absolument parfaite fait ressortir chaque son de manière totalement jouissive et achève de consacrer ce morceau comme un classique instantané.

Kevin Morby - No Halo (Clip, 2019)

  Mais même les morceaux les plus dépouillés, comme « Savannah », « Piss River », « Seven Devils », « Sing a Glad Song », « Ballad of Faye », et surtout le très Leonard Cohen « Nothing Sacred / All Things Wild » débordent de vie et sont d’une densité folle, avec une ambiance immersive à couper au couteau, due à cette production insensée tant elle est bonne. Et même les quelques morceaux les moins ambitieux, comme la pop euphorique et un peu jazzy de « Hail Mary », le rockabilly/garage marrant presque cartoon, entre Roy Wood, Ramones et Troggs, d’« OMG Rock n Roll » sont attachants et souvent assez imprévisibles (cf la fin toute en chœurs de cette dernière). Ces morceaux sont néanmoins un peu moins marquants que les 3 premiers et ont le malheur de passer après, souffrant un peu de la comparaison avec « No Halo », « Oh My God » et « Nothing Sacred / All Things Wild », et lorsqu’on arrive à « Oh Behold », on peut être un peu lassé par le côté très homogène des rythmes, sons et de la diction de Morby.

Kevin Morby - Nothing Sacred / All Things Wild (Clip, 2019)

  En revanche, pour moi en tous cas, le doo-wop de « Congratulations » est clairement à niveau, de même que la paisiblement psychédélique « I Want to be Clean ».

  Si on voulait résumer un peu vite, ça n’est probablement pas le meilleur Morby, en tous cas ce n’est pas mon préféré aux premières écoutes. Un peu répétitif, il contient en revanche quelques-uns de ces meilleurs morceaux, qui sont donc également quelques-uns des meilleurs sortis cette année, étant donné la qualité de son travail. C’est donc un disque un peu imparfait mais régulièrement très impressionnant, qui se place honorablement dans la discographie impeccable de son auteur.

Mes morceaux préférés : « Nothing Sacred / All Things Wild », « No Halo », « Oh My God », « Congratulations »

A écouter sur Deezer ou Spotify

Alex

mardi 8 novembre 2016

James Blake - The Colour In Anything (2016)


  Une série d'EPs géniaux, un premier album séminal, un second moins enthousiasmant mais très solide, puis ce The Colour In Anything sorti cette année... Dans lequel il reprend le son électronique et gospel minimaliste de James Blake avec l'enrobage pop et les structures plus directes et l'étoffe ambitieuse d'Overgrown. C'est un peu son album bilan si l'on peut dire. Et ça fonctionne à merveille sur les superbes singles "Radio Silence" et "Modern Soul" où pop plaintive et électro sombre se complètent avec merveille par exemple. La même formule est parfois moins maîtrisée et donne des résultats un peu bancaux et amorphes comme sur "Choose Me", "Always", "Two Men Down", ou "I Hope My Life" qui commence pourtant bien avec un gimmick de synthé new wave détourné sympa mais tourne vite en rond.

  Ailleurs, le dosage est plus électronique et c'est tout aussi bon comme sur le single "Timeless" dont on vous avait déjà parlé, ou le bizarre mais réussi "Put That Away And Talk To Me" et le quasi a capella "Meet You In The Maze" (bon au début mais beaucoup trop longuet), tous deux sous grosse influence Bon Iver, avec lequel il collabore d'ailleurs sur un "I Need A Forest Fire" d'anthologie, un morceau absolument éblouissant. Les influences croisées entre Frank Ocean, Bon Iver et James Blake sont très intéressantes à suivre d'ailleurs.  

  Le gospel post-dubstep du 1er album vient hanter "Points" et "Noise Above Our Heads" avec beauté. Et quand les ballades se font quasiment juste au piano-voix, c'est parfois tout aussi bien ("Love Me In Whatever Way"), mais souvent c'est moins marquant ("f.o.r.e.v.e.r.", "Waves Know Shores", "My Willing Heart", "The Colour In Anything").

  Vous l'aurez compris, mon avis est plutôt mitigé. Avec 8 superbes titres (sur 17 quand même !), je suis tiraillé entre mon admiration pour les singles géniaux et la déception d'un ensemble qui s’essouffle vite faute d’élagage suffisant. Je ne peux m'empêcher de penser qu'un petit 8 titres plus concis débarrassé des 9 autres aurait été génial... Pour vous faire votre propre avis sur les titres que j'ai moins aimé et le disque en globalité, et (re)découvrir les excellents morceaux dont j'ai parlé, écoutez l'album en suivant ce lien.

Alex


mercredi 14 septembre 2016

Nick Cave & The Bad Seeds - Skeleton Tree (2016)



  Ici on aime bien donner notre avis sur les albums une fois ceux-ci bien assimilés, en prenant le temps de la réécoute. C'est pourquoi vous verrez rarement des nouveautés hyper récentes, de la semaine ou même du mois. Pourtant, aucune règle ne se passe d'exceptions, et parfois l'avis et le regard qu'on porte sur un disque est immédiat, et on sait qu'on n'en changera très probablement jamais. C'est le cas pour ce dernier Nick Cave. J'ai adoré le dernier album (hors BO) en date, Push The Sky Away (classé parmi mes disques préférés de 2013). Et pour ce disque, déjà, à la première écoute mon avis était fait, et n'a pas bougé depuis. 

  En effet, ce disque est comme son superbe prédécesseur un formidable chapitre d'une nouvelle ère pour Nick Cave. En intégrant des influences électroniques, synthétiques, presque ambient et planantes, il a ressourcé sa musique, et en passant d'une écriture très narrative à une introspection moins linéaire et plus hachée, toute en flashes d'émotion, a renouvelé ses mots. Et malheureusement, l'ombre de la tragédie de la mort accidentelle de son jeune fils a nourri ces paroles, ainsi que l'ambiance musicale, et ce même si l'enregistrement a démarré un peu avant.

  On ne va pas insister là-dessus, l'album dit tout ce qu'il y a à en dire. Le disque aligne les superbes élégies, en démarrant par "Jesus Alone", qui paraît presque gospel dans les refrains (ce déchirant "With My Voice, I am calling you"), malgré un drone de guitare post-rock et des couplets spoken-word. Les cordes, le piano et la batterie se font discrètes, subtiles, mais poignantes et efficaces, de même que les effets sonores et le synthé / orgue / theremin (?) aigu (qui évoque quelque chose entre rock psyché et, étonnamment, le son du synthé lead des productions G-Funk). Ce n'est peut-être qu'un hasard, mais le superbe morceau suivant, "Rings Of Saturn", possède un beat presque hiphop, des nappes de synthé planantes, un synthé lead bondissant, et une diction justement très hip-hop de Cave au départ. Avec les choeurs et les accords de piano martelés, on a un saisissant contraste entre la voix fatiguée de Cave et la musique mi-accablée elle aussi, et mi-entraînante. Avec les mêmes éléments et un peu de production on pourrait presque faire un tube électropop urbain, et c'est ce qui rend l'humilité de cette chanson d'autant plus troublante et belle. Probablement ma favorite de l'album.

  Moins produite, "Girl In Amber" continue avec les nappes de synthé et le piano plein de reverb, et y ajoute des choeurs aigus, entre église et pop psychédélique façon Flaming Lips. Et la voix de Cave s'y fait particulièrement granuleuse et tremblante. Et puis il y a comme un effet de hiss accolé à cette voix (qui donne un son proche du bruit blanc pour ceux qui ne voient pas de quoi je parle). Ce qui donne un côté rêche et brut à cette voix, qui encore une fois contraste avec l'instrumentation apaisée (malgré les effets sonores dissonants apparaissant de temps en temps), et en même temps l'éloigne de nous, lui donne un côté irréel. Comme si la réalité du monde extérieur et l'intériorité de Cave se confondaient, comme si on n'arrivait plus à les distinguer. Ses sentiments sont en lui tellement vifs qu'il les ressent même autour de lui, ils emplissent tout l'espace et transforment toute chose. Comme il le dit lui même "Nothing Really Matters", trois chansons plus loin. Le même sillon est creusé par "Magneto", avec l'addition d'une guitare acoustique, un texte introspectif et une voix là encore très impactée par l'émotion, accablée par la fatigue et, aussi émotive qu'elle soit dans le fond, elle oscille entre une diction impactée et détachée dans la forme.

  "Anthrocene" franchit un cap dans l'abstraction, les moments plus pop avec chœurs et piano sont entrecoupés de samples et d'effets sonores et de rythmes surgissant de nulle part. Le chant structure la chanson s'une façon tout à fait non linéaire et non conventionnelle, s'écartant d'ailleurs du format chanson proprement dit pour quelque chose de plus souple, en flashes d'émotions contradictoires, en vagues, en marées. 

  Le chant pop-rock américain (là encore fortement affecté) et les nappes de synthé franchement 80's de "I Need You" ainsi que (encore et toujours) les chœurs  font de ce morceau une sorte de perversion par la tristesse des hymnes conquérants d'un Springsteen. La dimension pompière étant totalement annihilée par le chant et les arrangements inattendus (le xylo ou glockenspiel...), pour ne rester qu'en filigrane à la seule fin, là encore, de nous offrir un effet de contraste saisissant.

  Retour à une production moins brute pour "Distant Sky", franchement ambiant au début, avec des mots susurrés en intro, puis un chant féminin (qui m'évoque l'Irlande et la musique celte dans les mélodies vocales, tout comme l'harmonique de la chanson elle-même, pour une raison qui m'est inconnue). On pense à la tradition de la musique mortuaire des écossais et irlandais, souvent entendue dans les films américains, avec la notion de drone bien présente, comme le bourdon des cornemuses. On finit par "Skeleton Tree", plus ouvertement pop/folk (la guitare, et les nappes encore), avec cette voix complètement détruite qui remonte la pente au fil des couplets, épaulée par de magnifiques chœurs  et qui finit un peu brutalement, alors que les paroles se faisaient plus positives, laissant une impression d'inachevé volontaire. La suite ne sera pas dans 2 ou 3 ans pour le prochain album, la suite c'est la seconde à laquelle celui-ci s'arrête, la suite c'est tous les jours, hors de la discontinuité de notre rencontre avec Cave et ses Bad Seeds. Changement de perspective intéressant. L'Homme derrière l'Artiste vit chaque jour, au jour le jour.

Bref, vous savez ce que j'en ai pensé, c'est un très très bon album. Alors écoutez-le ici, si possible au casque. 
Merci pour votre lecture, et vos commentaires, et à bientôt

Alexandre

jeudi 12 juin 2014

John Legend - Get Lifted (2004)

John Legend - Get Lifted (2004)




  Peut-être que certains parmi vous écoutent les radios commerciales, ou regardent les chaînes de clip. Soit parce qu'il y sont obligés (dans la rue, les commerces, au boulot...), soit parce que comme moi, ils sont curieux et cherchent à se tenir informés de ce qui vend (enfin... qu'on essaie très très fort de nous vendre, mais passons). Même si ça veut dire se taper vingt chansons horribles pour une tout juste écoutable, et cinquante pour une qui en vaut réellement le coup.

  Où je veux en venir ? Eh bien, si vous faites partie des gens dont je parle, vous avez probablement entendu la chanson All Of Me de John Legend, assez bien classée actuellement en termes de ventes, et qui fait chialer en ce moment même votre fille (fils) /sœur (frère) /nièce (neveu) de 12 à 14 ans, voire votre copine dépressive ou votre grande tante, et dont votre mère a peut-être même acheté le cd 2 titres, si cela existe encore (ce dont je doute...). On va dire qu'elle l'a téléchargé sur iTunes.

  Et si vous avez écouté cette chanson, vous êtes peut-être de mon avis, à savoir que cette chanson est une ballade pop écoutable mais sans génie, mièvre et plate. Honnête, bien faite dans son genre, mais mineure. Même si ça fait vraiment du bien après une grosse bouse genre Imagine Dragons, ou pire Avicii, Pink, Miley Cyrus, cet abruti de Jason Derülo, le roi des blaireaux Chris Brown, etc....

  Bref, si je vous dis tout ça, c'est qu'il ne faut SURTOUT PAS s'arrêter à cette chanson. Comme j'ai essayé d'en convaincre mes petites sœurs, le bonhomme a sorti de grandes chansons, et de bons albums par le passé (et j'en suis convaincu, si cette passade FM est temporaire, il continuera dans le futur).

  Je vais donc vous parler de l'album Get Lifted, de 2004, sorti sur le label G.O.O.D Music de Kanye West, et vendu à près de 3 millions d'exemplaires (comme quoi John, tu vends encore plus quand tu fais de la vraie qualité, alors reviens-y, on t'attend avec hâte). Et j'annonce la couleur, il est très bon.



John Legend en 2004

  D'abord, un petit topo : mais qui est John Legend ? Jusqu'à récemment, cet homme pourtant relativement gros vendeur, apprécié par la critique et important sur la scène musicale actuelle (le nombre de ses collaborations avec des noms prestigieux est hallucinante, comme Jay-Z, Kanye West, Common, Lauryn Hill, Talib Kweli, Alicia Keys...), a peu attiré la presse, et reste assez mystérieux pour le grand public.

  Il a commencé, comme beaucoup de jeunes américains, à chanter dans une chorale de gospel, et à apprendre à jouer du piano, et de l'orgue. A la fac, il dirigera lui-même une chorale gospel. Durant la période qui vit l'explosion de la nu-soul aux Etats-Unis, il va jouer sur scène et sur disque avec nombre d'artistes majeurs de cette scène (il joue du piano sur The Miseducation Of Lauryn Hill notamment). Sa renommée grandit, il est de plus en plus prisé en tant que musicien, et sa collaboration avec Kanye West, grand amateur de soul et de gospel devant l'Eternel, sur l'album révélation The College Dropout, le lancera définitivement. Et lui permettra donc de sortir son premier album, ce Get Lifted, sur le label de ce dernier, en 2004.




  Après cette introduction quelque peu longuette, j'en conviens, nous allons parler plus en détail de l'album lui-même. Il se situe, du point de vue des genres musicaux abordés, dans la droite lignée de ce qu'a déjà accompli Legend au cours de sa carrière à l'époque, à savoir un mélange enthousiasmant de gospel, de nu-soul, de rnb, de soul plus classique, avec quelques touches de hip-hop, de pop, de jazz et de funk. 

  Il commence par une magnifique introduction piano-voix très jazzy, sur laquelle sa voix et son jeu font merveille (Prelude), qui se fond admirablement dans la première chanson de l'album, Let's Get Lifted. Ce morceau est à l'image de l'album : un beat hiphop résolument moderne, une voix soul, des chœurs gospel, le toucher jazzy du piano et de l'orgue de Legend, et une orchestration soul autour (basse, guitare, cordes). Un merveilleux mélange qu'on doit à l'auteur lui-même bien entendu, aux musiciens qui l'accompagnent, mais aussi au producteur de l'album, qui transforme alors tout ce qu'il touche en or soul/hiphop, j'ai nommé Kanye West. Qui ici, et une fois de plus, fait dans l'orfèvrerie au niveau sonore.


John Legend, et Kanye West (producteur de l'album)


  S'enchaînent ensuite des tubes soul ou nu-soul dans le même esprit (Used To Love You, She Don't Have To Know, le génial Live It Up, sur lequel plane Curtis Mayfield), de magnifiques ballades entre soul, gospel et pop (Ordinary People, Stay With You, le gospel It Don't Have To Change, sur lequel sa famille au complet fait les chœurs, ça ne s'invente pas) et des morceaux tirant plus vers le rnb, version soul tout de même, comme Alright, et Refuge (When It's Cold Outside). Et sur deux morceaux, on a les interventions de rappers venus diversifier le propos : Kanye West sur Number One, soul orchestrale à la Curtis Mayfield (influence majeure de ces deux-là) d'abord, et Snoop Dogg sur le plus funky I Can Change. Ce doublé, habilement placé juste avant le milieu de l'album, permet une redynamisation de l'ensemble après deux morceaux plus calmes (mais tout aussi réussis), et avant deux autres ballades. Habile. Au passage, West est un grand adorateur de Mayfield, et ça s'entend ici. Il est tellement heureux d'être dans un morceau de soul fait à la manière de son idole qu'il s'en donne à cœur joie lors du final de la chanson, après son couplet. C'est amusant, et ça fait plaisir à entendre.

  Après le délicieux intermède de soul psychédélique Let's Get Lifted Again, vient le morceau le plus faible de l'album, So High, moins inspiré que les autres, sonnant un peu plus creux, ce qui oblige Legend, d'ordinaire impeccable, à en faire des caisses. C'est dommage mais ça reste très écoutable. Et puis un seul morceau mineur sur 14, pour moi c'est un très bon score.




Kanye West et John Legend


  Les influences musicales sont donc à chercher du côté de Mayfield bien entendu, mais aussi Stevie Wonder, Sam Cooke, Lauryn Hill, Donny Hathaway, Isaac Hayes, Temptations, Michael Jackson, D'Angelo, et autres figures de la soul et du gospel, des années 60 aux années 2000. 

  Et au niveau du thème abordé principalement, je vous rassure tout de suite, vous avez très bien deviné, c'est l'amour. Plus précisément le couple. Legend aborde ici les hauts et les bas de la vie de couple, l'amour charnel, l'amour absolu, l'amour perdu puis retrouvé, la famille, mais aussi l'adultère, et à travers le prisme de ses chansons aux ambiances variées, le fait avec différents angles, du plus grave au plus léger, ce qui rend la chose des plus intéressantes.


  Bref, un classique de la soul des années 2000, que je vous recommande plus que très chaudement. Alors évidemment, je ne vais pas vous mentir, ce n'est pas What's Going On, Songs In The Key Of Life ou même Voodoo, mais la qualité est là, et pas qu'un peu, et c'est donc un album indispensable, à mon sens. Il serait dommage de passer à côté de cet album que je chéris, et qui est malheureusement trop peu connu, y compris des amateurs du genre.


Pour l'écouter, vous pouvez aller ici, sur spotify, ou là, sur deezer.


Bonne écoute, et revenez me dire ce que vous en avez pensé ici !






ALEXANDRE