Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes
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vendredi 7 décembre 2018

The Good The Bad & The Queen - Merrie Land (2018)


  Pour rappel, The Good The Bad & The Queen c'est Damon Albarn (Blur, Gorillaz...), Paul Simonon (bassiste des Clash), Simon Tong (de The Verve), et le batteur Tony Allen (légende de l'Afrobeat ayant joué avec Fela Kuti, mais aussi Sébastien Tellier et beaucoup d'autres). Et ce disque, Merrie Land, c'est la réponse de ce groupe très british, et en particulier d'Albarn, au Brexit. C'est donc selon son auteur la suite grise et désabusée du coloré et exubérant Parklife (1994) de Blur

The Good the Bad & the Queen - Merrie Land (Clip, 2018)

  Du british, il y en a. On se croirait presque chez Baxter Dury sur le single "Merrie Land" avec ce chanté-parlé traînant, ces touches électro-pop ponctuées de cordes élégantes, cette petite mélodie presque enfantine, et ce groove nonchalant. Mais on est bien sur une des compositions les plus délicates et prenantes du sieur Albarn, somptueuse nursery rhymes (comptines anglaises) d'une authenticité bouleversante, qui annonce la merveille qu'est l'album. Dans le même genre, la  malicieuse comptine post-Syd Barret "Gun To The Head" évoque "The Fool On The Hill" ou "I'm The Walrus" des Beatles, autres grands anglais. Plus loin, "Lady Boston" répondra à ce morceau avec un son tout aussi populaire et facétieux. 

The Good the Bad & the Queen - Gun To The Head (Clip, 2018)

  Le son rétro ("Drifters & Trawlers" est très 60's), très classieux et impeccablement produit du disque ("Nineteen Seventeen") sert à merveille des morceaux qui ont tout pour plaire : des arrangements somptueux comme dans une BO de James Bond (ou dans le dernier Arctic Monkeys : surtout sur cette dernière et sur "The Poison Tree"), un groove impeccable presque soul/funk voire jazz assuré par le dieu vivant Allen et par la basse ronde de Simonon (excellence rythmique plutôt rare en pop anglaise davantage portée sur la mélodie), et les meilleures compositions d'Albarn depuis un bail, au moins depuis le très beau Everyday Robots (2014), auquel la délicate "Ribbons" jouée à la guitare non électrifiée, fait penser. Un ska de ville fantôme sur "The Great Fire" rappelle les influences variées qui ont bercées la plupart des musiciens, et montre bien que le meilleur du "glorieux" passé anglais doit pas mal à la richesse culturelle venue d'ailleurs.

The Good the Bad & the Queen - Nineteen Seconds (Clip, 2018)

  A la première écoute, on a l'impression que le groupe joue la même chanson à chaque piste. Mais ce n'est pas péjoratif, et ce pour plusieurs raisons. D'abord parce que cette chanson est bonne. Ensuite parce ce que ce n'est absolument pas le cas après une écoute approfondie. Et enfin parce que cette cohérence dans l'instrumentation, les tempos et même dans le phrasé monotone d'Albarn ajoute à la cohérence thématique et esthétique du disque. 

  Albarn ne peut cependant pas s'empêcher de faire du Albarn et de partir un poil dans tous les sens de temps en temps, avec le vaudeville british sans queue ni tête "The Last Man To Leave" et surtout la géniale "The Truce of Twilight" qui a le cul entre deux chaises : cet album et Plastic Beach (2010) de Gorillaz. Ce titre, comme "Ribbons" ou "The Poison Tree", donnent l'impression d'avoir déjà été entendus dans d'autres oeuvres de l'anglais, leur familiarité immédiate avec le style du songwriter et leur évidence pop leur donnant un côté réconfortant et intemporel.

The Good the Bad & the Queen - Ribbons (Clip, 2018)

  On peut donc parler de réussite totale, pour un disque éminemment british, condensé du meilleur de ce dont Damon Albarn est capable, entouré d'une équipe de tueurs. La perfection pop, en somme. Après autant d'années et de disques aussi différents, c'est un exploit. 

Mes morceaux préférés : Ribbons, The Truce of Twilight, The Great Fire, Drifter & Trawlers, Nineteen Seventeen, Merrie Land, Gun To The Head, the Poison Tree

A écouter par exemple sur Spotify ou Deezer

Alex


vendredi 3 juin 2016

The Beatles - Help! (1965)



  La gueule de bois post-Beatlemania aperçue sur Beatles For Sale atteint son pic l'année suivante avec ce Help! d'anthologie. Qui commence avec "Help!", ce hit incroyable, d'une énergie folle qui rappelle l'album A Hard Day's Night, mais avec plus de subtilité dans la musique et surtout un fond déchirant : le mal-être de Lennon transparaît partout. Paroles, chant, instrumentation frénétique. C'est un appel à l'aide. Lessivé, ayant pris du poids, défoncé à l'herbe 24h/24, John traverse sa période Fat Elvis. Et nous balance toutes ses névroses en guise de catharsis. Et c'est très, très puissant, comme un uppercut en pleine face. Impossible de ne pas être bouleversé par ce morceau titre.

  McCartney va apparemment mieux car il nous offre un tube pop lui aussi pas mal réminiscent de A Hard Day's Night, "The Night Before", pop song à consommer sur place, délicieusement accrocheuse et énergique comme aux débuts à défaut d'être incroyablement inspirée. Le groupe aurait-il délaissé l'orientation folk et effectué le premier pas en arrière de sa carrière ? Lennon dément tout de suite avec un "You've Got To Hide Your Love Away" plus Dylan que Dylan. Et une nette amélioration dans les paroles avec ce texte acide. Merveille de folk/rock acoustique, ce morceau est un vrai chef-d'oeuvre à ranger avec les premiers Dylan et Byrds. Et y'a pas à dire quand on intègre du folk dans du rock ou de la pop, ça sonne très proto-psychédélique, entre la guitare de Harrison, le tambourin, les maracas et les flûtes, on s'approche doucement mais sûrement du Summer Of Love




  Harrison émerveille avec son "I Need You" qui sonne comme une chanson typique du début des Beatles (le chant), mais avec une musicalité inédite : les choeurs doo-wop, le son de la guitare électrique, le tranchant de la guitare folk, les petits détails rythmiques, l'écho sur la voix doublée, tout cela est d'une finesse incroyable. Une magnifique chanson Mersey Beat amélioré en quelque sorte. Ce retour au sources amélioré s'entend aussi sur "Another Girl", portée par un Macca d'humeur à la fusion entre le blues-rock et la pop de leurs débuts. Là encore, la profondeur des arrangements et l'interprétation impeccable nous font plonger dans le morceau (et ces choeurs !), pour ne pas en décrocher jusqu'à la fin. Excellent morceau.

  "You're Going To Lose That Girl" est également conçue sur la même base que les tubes passés, à la "It Won't Be Long", mais avec l'expérience et le savoir faire accumulés par le groupe, ce doo-wop se gorge de milliers de petites choses (solo de guitare rockabilly, bongos, et toujours ces choeurs...) qui la rendent unique et indispensable. Et là encore, l'interprétation de Lennon est parfaite. Donc si on résume pour le moment cette face A, les Beatles semblent faire l'inventaire de leur début de carrière déjà impressionnant pour en extraire le meilleur et l’accommoder avec leur talent grandissant d'interprètes, leurs arrangements plus sophistiqués et leurs nouveaux goûts musicaux (la folk...). Mais ce n'est pas si simple, Help! n'est en effet pas qu'un bilan amélioré des débuts des Beatles, car en réalisant cette synthèse ils posent aussi les premières pierres de la suite avec la dernière chanson de cette face A : "Ticket To Ride".



  Avec son intro là encore très proto-psychédélique à la guitare byrdsienne, son tambourin et ces lignes vocales mythique, le morceau porté par John explose les limites de ce qu'on attend d'une chanson pop. Le changement de rythme en milieu de morceau, les arpèges dans tous les sens, les micro-soli de guitare, les breaks de batterie.... Tout cela contribue à dessiner une toile sonore d'une infinie richesse, et à la fois d'une pureté et d'une légèreté inégalable. Un sommet. "Ticket To Ride" annonce déjà les Rubber Soul et Revolver à venir, le psyché, et la musique de la décennie suivante. Et pose les bases d'une pop exigeante et novatrice.

  Pour se remettre du choc esthétique, Ringo nous sort sa reprise du morceau country/rockabilly, "Act Naturally", sympathique moment sur lequel il n'y a pas grand chose à dire (sans aucune condescendance). "It's Only Love", le morceau suivant, chanté par John principalement, joue avec des sons de guitare très Shadows / Joe Meek, et une guitare acoustique beatnik, pour un résultat assez réussi, même si moins marquant que le reste du disque (un peu comme "The Night Before" donc). Harrison innove avec un morceau porté par le piano "You Like Me Too Much", qui commence en mode piano bar, décolle avec ce chant sous écho, avant de prendre son envol avec les choeurs divins du groupe. Très belle (et courte) chanson qui explore elle aussi, comme la précédente, une certaine fascination pour les US. 





  "Tell Me What You See" est elle plus folk, et a droit elle aussi à ses petites fantaisies rythmiques (le guiro de McCartney, les claves et le tambourin de Ringo) et mélodiques (les soli de piano électrique joués par Macca). "I've Just See A Face" est elle carrément très country, une excellente chanson chantée en majorité par Macca, jouée pied au plancher avec de superbes parties de guitare. Et là encore, c'est très court mais bon. Bon, depuis "Ticket To Ride", il y a quand même une baisse de régime dans l'album, avec des parties moins intéressantes et d'autres très bonnes mais trop courtes ou manquant du je-ne-sais quoi qui fait les classiques. 

  Mais McCartney sort de sa manche un joker : "Yesterday", qui avec sa guitare et son chant tire-larmes, et ses cordes baroques (merci George Martin), est un tube évident. Et renouvelle le genre de la ballade de belle façon en dépoussiérant les grandes chansons d'amour façon Sinatra façon pop. Un classique qui mérite son titre,et augure des futures grandes ballades du groupe, de "Girl" à "Something" en passant par "Eleanor Rigby" et "She's Leaving Home"




  Le groupe finit sur la traditionnelle reprise rock, ici "Dizzy Miss Lizzy" par Lennon, très bonne mais qui casse un peu l'ambiance instaurée par la chanson précédente, sur laquelle le disque aurait tout à fait pu se terminer.

  Bref, Help! est comme son prédécesseur, un disque de transition entre la première période du groupe dont l'apogée reste A Hard Day's Night, et la suite plus expérimentale dont on observe les prémices. Il y a des tubes, et de bonnes chansons, mais encore un peu de remplissage et de reprises pas franchement indispensables, ce qui nuit à l'homogénéité du disque. C'est néanmoins une étape cruciale du groupe, qui va bientôt redéfinir la musique populaire. Mais ça, c'est pour la prochaine fois ! 

A suivre, donc....




Pour réécouter Help!, en attendant, c'est par ici.

Merci pour votre lecture et vos commentaires 

Alex

vendredi 13 mai 2016

The Beatles - Beatles For Sale (1964)


  Comme nous l'avons vu, l'album précédent des Beatles, A Hard Day's Night, sorti la même année, représentait pour le groupe à la fois leur premier chef-d'oeuvre inattaquable de bout en bout, et le point culminant de la Beatlemania. Mais après la fête vient la cuite du lendemain. Ce sont des Beatles exténués et au bout du rouleau physiquement et mentalement qui enregistrent ce 4e album, Beatles For Sale. Moins percutant, reposant sur beaucoup de reprises, moins homogène en termes de qualité, cet album est souvent un des moins aimés de la discographie des 4 de Liverpool. Pourtant, à mon humble avis, c'est sûrement le plus sous-estimé de leurs albums, et il est à des années lumières de mériter une si mauvaise réputation. Nous allons donc voir en quoi ce disque est une perle et en aucun cas un raté.

  Déjà, la doublette qui entame l'album est immaculée. "No Reply" fait partie des classiques du groupe, c'est une grande chanson pleine d'émotion et de rage, très classe dans ses arrangements acoustiques, avec là encore un piano qui soutient énormément l'ensemble. D'ailleurs, en écoutant tous ces petits arrangements tellement précis, quasi chirurgicaux, on comprend mieux l'obsession de nombre de groupes de pop indé avec les petits détails d'arrangement qui participent à la force de ces chansons intemporelles. 

  La deuxième partie de cette superbe doublette est la très Dylanienne "I'm A Loser", qui après la 1ere nous montre qu'émotivement ce grand écorché vif de Lennon (secondé par McCartney) n'était pas en grande forme sur le moment. Mention spéciale au magnifique solo de guitare sur le pont du morceau et repris à la fin (sans doute Harrison, j'ai pas revérifié). McCartney & Lennon poursuivent en duo avec "Baby's In Black", troisième composition du duo et très bonne chanson pop, pas aussi incroyable que les deux premières, mais que j'ai toujours beaucoup aimé (le thème du texte est assez original).




  Puis on a une reprise efficace et toute en énergie du "Rock And Roll Music" de Chuck Berry par John, grand admirateur de rockabilly devant l'éternel. Un classique de leur set live réutilisé ici faute de temps pour composer plus d'originaux pour cet album, entre les tournées, le film et l'album précédents. Mais une bonne reprise ceci dit. Un autre classique à mi-chemin entre Northern Soul, presque gospel dans la pureté, et folk/pop, avec le magnifique "I'll Follow The Sun" de McCartney, une magnifique magnifique magnifique chanson, une de mes préférées de Macca. C'est d'une simplicité, d'une beauté et d'une pureté telles que l'évidence est là : c'est un classique. Un classique méconnu, comme la plupart des chansons de cet album. Une perle, vous disais-je !

  Ensuite, Lennon reprend "Mr Moonlight", là encore la reprise vaut le coup pour son chant écorché et son ambiance rock plus raw et sombre qu'à l'accoutumée (les percussions, l'orgue). Macca donne dans le medley avec "Kansas City / Hey-Hey-Hey-Hey" prouvant que lui aussi admirait le rockab' et pouvait tout déchirer dans le genre. Et aussi qu'il avait bon goût car reprendre (et donc reconnaître le talent de) Little Richard est toujours preuve d'un esprit clairvoyant, ce type est au moins aussi important qu'Elvis, Jerry Lee ou Chuck, mais injustement mésestimé. Comme cet album des Beatles, mais vous commencez à voir où je veux en venir avec ça...

  Le single "Eight Days A Week" chanté et écrit par John signe le retour des compositions des Beatles. C'est un single imparable, qui fait hailement la synthèse entre les hits pop évidents des débuts et la période folk/pop voire psyché qui se dessine, un morceau charnière (écoutez cette intro). Et cette soul dans la voix de John, ce feeling, cette fêlure aussi... On sent aussi dans cet album, encore plus que dans le précédent, la maturité artistique des Beatles monter. Ils se permettent d'être plus expressifs en en faisant moins, apprennent l'art du dosage, de la retenue et gagnent en subtilité et en profondeur et de morceau en morceau. Le morceau suivant, une reprise de "Words Of Love" de Buddy Holly (un autre grand sous-estimé), se situe entre country-folk et carrément proto-psychédélisme et illustre à merveille ce que je viens de dire, là grâce à Dylan les Beatles participent en direct à inventer le folk rock et le psychédélisme avec ces guitares acides, ces choeurs et ces percus. 

  Après les deux leaders, Ringo donne à son tour dans le rockabilly tendance country/folk (signé Carl Perkins, encore un génie oublié du grand public) avec un "Honey Don't" pour lequel j'ai toujours eu beaucoup d'affection. Et un bon petit solo de guitare concis.




  Retour aux compositions avec "Every Little Thing", chantée en duo, qui là aussi préfigure bien l'aspect folk/rock. Une vraie petite merveille de chanson, avec là encore des arrangements divins. Dans la même veine, "I Don't Want To Spoil The Party" est absolument géniale, une merveille à la Byrds. Ce folk-rock réussit définitivement beaucoup à nos 4 Beatles, qui arrivent à exprimer davantage d'émotions de façon plus prenante et subtile qu'auparavant, et gagnent en finesse musicale à vitesse grand V. C'est confirmé avec le "What You're Doing" qui a du bien inspirer Big Star et en particulier Chris Bell. Une merveille de pop folkisée, avec ce motif de guitare incroyable carrément proto-psychédélique. Un autre classique du groupe, méconnu.

  On finit avec la chanson rockab de George Harrison, il avait bien le droit à la sienne aussi. Ce sera "Everybody's Trying To Be My Baby", encore de Carl Perkins.

  Si on enlève les morceaux et les reprises un peu moins bonnes et qu'on ne garde que les classiques intemporels, on a 8 morceaux. 8 chef-d’œuvres intemporels. Ca ne fait pas un grand album selon vous ça ? D'autant plus que ces morceaux confirment la voie esquissée sur certaines chansons de A Hard Day's Night, la direction vers le psychédélisme en passant par le folk. Ca ils ne le savent pas encore, mais en s'ouvrant davantage à d'autres musiques, ils viennent non seulement de trouver un moyen d'expression plus vaste mais aussi de poser la première pierre vers leurs futures révolutions musicales. Avec le précédent, ils ont mis le monde et la concurrence à leurs pieds, maintenant ils commencent à prendre le large et distancer tout le monde. Et cet album est une étape importante dans la maturation de ce groupe qui sera amené à devenir le plus grand et le meilleur groupe de pop et de rock de tous les temps. C'est donc un grand album, et en tous cas ce n'est pas un album à ignorer à la légère.

Merci pour votre lecture, et pour vos commentaires 

Alexandre

vendredi 6 mai 2016

The Beatles - A Hard Day's Night (1964)


  Vous vous souvenez qu'à propos des deux premiers albums des Beatles, je disais qu'ils étaient bien au-dessus de la norme des albums pop, tant par leur qualité homogène que par leur personnalité forte (majorité de compositions, débuts d'expérimentations avec les arrangements) ? Et bien avec ce troisième, tout cela aboutit à un premier chef-d'oeuvre, tout simplement.

  Avec cet album, on est en plein coeur de la Beatlemania. Les States ont succombé après le deuxième album, le film qui illustre ce disque, aussi nommé A Hard Day's Night, fait un carton, les filles crient encore plus fort et plus longtemps à chaque apparition publique supplémentaire des Fab Four. 




  Concernant les morceaux, c'est John qui démarre fort les hostilités avec la chanson titre irrésistible et d'une énergie folle, le genre de power pop avant l'heure dans laquelle excellait Lennon à l'époque. Puis avec une réminiscence des premiers albums, "I Should Have Known Better", et son harmonica. Cependant, si elle rappelle les premiers albums, elle ne fait que renforcer l'idée que le groupe a fait un pas de géant avec cet opus... Cette guitare cristalline, le chant de Lennon, la synergie du groupe... Tout cela a gagné en intensité et en efficacité, le groupe a pris du coffre et ça s'entend. On continue avec la magnifique ballade "If I Fell", partagée avec McCartney pour des choeurs magnifiques. Là encore, que ce soit dans les voix, la structure du morceau ou la composition, cette ballade est au-dessus de celles des albums précédents, sans problèmes. Et elles étaient déjà magnifiques au possible, celles des albums précédents. 

  Un autre titre irrésistible, "I'm Happy Just To Dance With You", emportée avec classe par un Harrison en grande forme, avec des particularités très sympa : la reverb sur le chant, et surtout cette guitare obsédante... Mi-funky avant l'heure, mi-tranchante, elle anticipe les Smiths, le post-punk et Franz Ferdinand, qui ont dû prendre des notes à l'écoute de ce morceau, pour sur. Macca nous ressort la ballade "And I Love Her", avec des effluves moins anglaises et plus continentales. On imaginerait bien un clip à Venise, Paris ou Barcelone. Très bon.

  Ensuite, viennent deux autres morceaux de power pop incroyables pour clore cette extraordinaire face A, le "Tell Me Why" de Lennon, toute en énergie là encore (le glam et le punk s'en souviendront), et soutenue par un piano qui fait un job remarquable pour soutenir le morceau, et une guitare presque crade assez jouissive. Puis c'est au tour de Macca avec "Can't Buy Me Love", là encore un single imparable.




  Et la face B reprend avec "Any Time At All" et son énergie très Who avant l'heure (on entend presque Daltrey dans le chant de Lennon dans le refrain, un an avant la sortie du premier album des Who). Si la guitare cristalline du refrain eût été un peu plus grasse, on aurait sûrement eu le hard rock quelques années plus tôt... Là encore, John hurle à merveille, la synergie acoustique/électrique et section rythmique / mélodies fait mouche, et les idées d'arrangements géniales sont bien là, comme ce fantastique piano.

  John ressort le coup de la chanson américaine avec le "I'll Cry Instead", bonne chanson uptempo entre pop, country-folk et R&B. Pas la plus inoubliable de l'album, mais elle reste de bonne facture et est tellement courte (1'46") qu'elle n'a pas le temps de diminuer la qualité globale du disque. D'ailleurs à ce sujet, les chansons ici sont racées, compactes, courtes, designées. On reste en effet sur des morceaux d'1'45" à 2'35" grand max. C'est de la pop pure, de la pop en barre. 

  Macca revient pour son dernier tour de piste avec "Things We Said Today", là encore formidable morceau acoustique et électrique, et là encore saluons les guitares acoustiques et le piano, ainsi que la section rythmique implacable. Puis Lennon nous offre un "When I Get Home", là encore très sauvage, entre Rythm&Blues et proto-garage. On comprendra pourquoi les américains, en entendant les Beatles, feront du garage, tout est là : riff, grosses guitares, beat de batterie très lourd, chant crié. Ce morceau est excellent. Tout aussi énervé dans le chant, moins dans la musique (sauf avec l'irruption des merveilleuses guitares saturées en fin de morceau), vient ensuite le "You Can't Do That" de Lennon. Puis la ballade finale lennonienne, "I'll Be Back", fonctionne comme le "And I Love Her" de Macca, une belle ballade continentale au refrain tire-larme et aux guitares acoustiques magnifiques. 




  Pour résumer, on a un album uniquement composé de morceaux originaux,  tous meilleurs les uns que les autres, presque sans aucune faiblesse, avec une interprétation magnifique. Porté par Lennon, cet album est compact, efficace, énergique et sauvage. Il préfigure grâce au chant écorché de Lennon, aux guitares saturées et à la frappe massive de Ringo les sauvages des sixties (les Who, les Troggs, le garage rock). Mais aussi grâce aux guitares acoustiques et aux guitares électriques 6 et 12 cordes cristallines de Harrison, les merveilles futures des Byrds et du folk-rock. Les arrangements sont plus fouillés, les chansons ont une ossature plus solide, souvent renforcée par les pianos de George Martin ou McCartney. Bref, le premier grand chef-d'oeuvre absolu des Beatles, un condensé de tout ce que la pop du début des sixties peut offrir de plus généreux, énergique, créatif et beau. 


Foncez découvrir ou réviser ce classique :

Lien Spotify


Merci pour votre lecture, n'hésitez pas à donner votre avis en commentaires



Alexandre

mardi 26 avril 2016

The Arctic Monkeys - Reckless Serenade (Chanson, 2011)


  Puisque j'ai des réfractaires à Alex Turner chez nos lecteurs et amis blogueurs, ainsi que dans nos propres rangs (oui je te parle Etienne), je me dois de dégainer ma chanson préférée des Arctic Monkeys, cette "Reckless Serenade" magnifique. Cela s'adresse aussi à tous ceux qui ne connaissent pas ou peu les Monkeys, voudraient les découvrir ou ne les apprécient pas totalement, bien sûr.

  Et si vous commencez à être cueillis après cette première perle, écoutez donc sa petite soeur. Après la sérénade, la valse de "Piledriver Waltz", faite du même bois et issue du même magnifique album de 2011 Suck It And See (leur meilleur pour le moment). Enjoy :



Alors, conquis ?
Alexandre


vendredi 18 décembre 2015

La Playlist #7 - Christmas Songs


 

Pour vous souhaiter un joyeux noel, nous vons proposons une petite compilation de 10 "christmas songs" qui se démarquent des classiques de saison. 

C'est l'occasion pour nous de vous remercier, vous qui venez jetez une oreille et un oeil sur ce modeste blog et qui l'enrichissez de vos commentaires, et de vous souhaiter d'excellentes fêtes de fin d'année.


La sélection d'Etienne :

The Jackson 5 - I saw Mommy kissing Santa ClausUn morceau dédié aux fans de la Motown ... et pas que ! Car comment ne pas résister à la magie de Noël quand les Jackson 5 en chantent l'hymne ? 
Dans le style rock, ce "christmas song" est très certainement mon préféré. A vous d'en juger !

Petit clin d'oeil à mon précédent article, avec cette reprise de Johnny Be Good par Chuck Berry lui même et ici accompagné de Keith Richards pour une version encore plus électrique !

Les punks seraient-ils perméables à la tendresse de noël, allant même jusqu'à précher l'amour et la non violence ? 
A noter le micro non branché de Joey dans le clip !
  
Pour finir je ne peux me passer de quelques explications quand à cette pépite dans la carrière de Bob marley.
Le King of Reggea enregistre au début de sa carrière, en 1965, un 45 tours à la demande de Coxsone, le paternaliste producteur de son premier label, Studio One. La face A est constituée de Let The Lord Be Seen In You, un gospel d'Alex Bradford, avec l'association des "Spiritual Sisters" ( dont je n'ai pas trouvé d'autres traces ). La face B est elle ska ( ou plutôt de rocksteady ), avec ce morceau enregistré en compagnie des Wailers, arrangé et chanté comme un morceau de crooner 50's. La célèbre composition d'Irving Berlin et notamment reprise par Bing Crosby, a aussi été reprise par Alex Bradford, d'où le choix imposé par Coxsone quant à ces deux titres. Un 45" bien éclectique dans la discographie de Bob Marley et de son label Studio One, trouvant son origine dans une Jamaïque imprégnée de christianisme et déservie par les radios du sud des Etats-Unis, où sont diffusés de nombreux gospels.


La sélection d'Alexandre :

The Sonics - Santa Claus
Eh ben ma rock song de Noël à moi c'est celle-là. Rien que pour le son de dingue génialement sursaturé, le charisme du chant et le solo de guitare déglingué. Inégalable ! Happy weirdo Christmas !

MGMT - Come On Christmas
Pour un Noël plus trippy, MGMT part dans la direction électro, vieux synthés eighties et voix venant de l'espace, mais ça fonctionne très bien aussi sur cette courte introduction.

The Flaming Lips - Christmas At The Zoo
Pour Noël, Wayne Coyne veut un seul cadeau : pouvoir s'infiltrer dans le zoo,  ouvrir toutes les cages et libérer les animaux. Chanson aussi génialement barrée que le thème.

Sufjan Stevens - Did I Make You Cry On A Christmas Day (Well, You Deserved It)
Sufjan Stevens est un incontournable quand on parle musique de Noël, il aborde l'exercice avec un talent et une grâce inouïes, et via des angles originaux (cf le titre de cette chanson)

Ray Charles - All I Want For Christmas
Un Sinatra aurait été très approprié, un Elvis aussi, et vous avez failli y couper, mais j'ai préféré ressortir le Ray Charles de Noël, plus inattendu et pourtant on ne peut plus approprié. Une élégance folle dans cette Christmas song jazzy.


Merci pour la lecture & les commentaires, bonne écoute et joyeuses fêtes ! ;)


Alexandre & Etienne





vendredi 13 novembre 2015

La Playlist #4 - Top 50 Nineties

 
  Suite à ce post (que vous vous devez d'aller voir) de mon ami El Norton du blog Last Stop?This Blog!, j'ai décidé de donner ma version de sa playlist de 50 de mes morceaux préférés des années 90. Mêmes règles que lui, une seule chanson par artiste ou groupe.
  Bien entendu cette liste résulte de mes goûts purement subjectifs et elle n'est pas complète. J'ai sans doute oublié beaucoup d'artistes que j'adore et beaucoup qui sont géniaux mais que je n'ai pas le plaisir de connaître. Et sans doute aussi certains autres géniaux que je n'ai pas la chance d'arriver à apprécier.
  J'espère juste que vous découvrirez certaines choses en piochant dans les noms qui vous sont inconnus, ou que vous pourrez trouver de l'intérêt dans mes choix de chansons, on en discute en commentaires si vous voulez.
Bonne écoute ;)
Bonus :


Merci pour votre lecture et vos commentaires, et à bientôt !
Alex


lundi 1 juin 2015

David Bowie - Earthling (1997)



  Pour continuer sur ma lancée d’albums mésestimés par le public et/ou la critique, je vais m’attarder sur un des meilleurs Bowie post Let’s Dance, c'est-à-dire Earthling, sorti en 1997. Un des meilleurs car un sur lesquels le Bowie sera musicalement plus inventif que sur presque toutes les autres sorties discographiques depuis Scary Monsters jusqu’à présent.

  Pour cela, il suffit juste de mettre le disque et d’écouter la première chanson, « Little Wonder ». Et là vous vous rendez compte que Bowie fait de la jungle (pour les néophytes c’est un sous genre de musique électronique essentiellement britannique qui se base entre autres sur un rythme très agressif et à haut nombre de bpm. Ce que vous entendez en début de chanson en fait). De la jungle, décidemment Bowie est en plein dans son temps et a complètement embrassé les nineties électroniques.
 
Bowie et son look de l'époque

  Mais une objection peut rapidement venir. Premièrement, on peut dire que Bowie se contente alors de prendre le train en marche, alors qu’il nous a plutôt habitué à avoir dix ou vingt ans d’avance sur la muique de son époque. Cette démarche peut même être qualifiée d’opportunisme.  Ceci est presque faux pour plusieurs raisons, et je vais m’expliquer. Bowie a presque toujours su habilement marier l’avant gardisme parfois extrême de ses contemporains avec la pop la plus accessible voire la plus « commerciale » de l’époque. Il n’a pas non plus inventé le kraut, mais a su habilement en retirer des éléments pour quasiment créer le post punk (avec Eno et les autres), alors que le punk n’existait pas encore. Et c’est là que réside son génie, dans cette réappropriation d’une façon très personnelle de l’œuvre des autres.

  C’est exactement ce qu’il fait sur « Little Wonder ». En effet, il marie la (brit)pop la plus accrocheuse de l’époque avec les sons et les rythmes de la jungle et du big beat, de l’indus, des éléments de noise, et tout cela sur plus de 6 min composées d’une main de maître. L’architecture du morceau est du grand Bowie, et l’interprétation est parfaite. Ce morceau est un vrai chef-d’œuvre, peu de mariages entre pop, noise et électronique me semblent aussi réussis.

  Pour tout cela, ce morceau et l’album sont de grandes réussites. Bowie peut faire écouter de la pop aux plus extrémistes des fans d’électronique de l’époque et de l’électronique aux lads qui ne jurent que par le rock et la britpop.
 
Dossier de presse US de l'album
 

  Et l’album est à l’avenant de la petite merveille initiale. En effet, qu’on parle de la géniale « Looking For Satellites », midtempo entre Eno, Doors hallucinés, électronique et guitare démentielle, ou de «Battle For Britain (The Letter)», chanson plus rock et plus classique de Bowie sur un beat assez jungle aussi, on se retrouve avec des morceaux d’une qualité rarement égalée, et uniques sur le plan sonore. Encore une fois le mariage de la pop et de l’électronique de la composition à la mise en son est une vraie merveille. Et les idées d’arrangement son merveilleuses, comme le piano free à la fin de « Battle… ».

  « Seven Years In Tibet », downtempo redoutable, fait penser à un croisement entre Nine Inch Nails et ce que Damon Albarn fera cinq à dix ans plus tard avec Blur, en solo ou avec ses projets Gorillaz et world. Ces claviers, ce chant mélancolique, ce mariage de musiques traditionnelles, de pop de rock et d’électronique…  Encore un morceau parfait.
 
La tenue de la mythique pochette
 

  « Dead Man Walking » est, elle, partagée entre couplets franchement électroniques, refrains rock, avec ce piano free qui survole l’ensemble. C’est un excellent morceau, et même si il me touche moins que les quatre premiers, il dégage une énergie folle, avec ce beat irrésistible et ces chœurs diaboliques.

  « Telling Lies » est plus difficile d’accès, plus décousue en apparence et constituée d’un mur de son assez difficile à appréhender au début, et on peut considérer qu’avec « The Last Thing You Should Do », un peu dans la même veine avec un côté crooner pop en plus, elle fait partie de la partie la plus expérimentale de l’album. Moins attachantes car moins pop mais très intéressantes par leur aspect plus radical, ces chansons sont cependant plus bancales (on a du mal à suivre les morceaux, étant « composés » d’une façon moins classique). Mais ils constituent une excellente transition avant le très Nine Inch Nails « I’m Afraid Of Americans », très indus ainsi que sa suite « Law (Earthling On Fire) », assez inclassable entre indus, Bowie période Eno et rock vicieux.
 
Earthling en live
 
  Cet album possède une cohérence inattaquable (du son aux thématiques britanniques visible de la pochette l’album aux titres des chansons aux styles musicaux), de grands morceaux, un parti pris expérimental réussi de main de maître grâce à des compositions pop ayant complètement assimilé des décennies de musiques électroniques, world,…. Bref, on peut parler franchement de chef-d’œuvre. Bowie s’est trouvé une nouvelle incarnation pour ces années 90-2000, celle d’un musicien qui jongle habilement entre mainstream et underground, conscient de son héritage mais avec encore l’envie d’en découdre. Sa présence sur la scène pop, entre fantôme inévitable mais inaccessible et retours fracassants, sera à l’image de ce disque. Toujours singulière, toujours un peu en marge mais attirant toujours la lumière.

Fans de Bowie ou non, écoutez cet album qu’on ne cite pas assez souvent !
 
Verso de pochette & Tracklisting
 
Merci pour votre lecture et pour vos commentaires !
 
Alex