Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes

vendredi 17 mars 2017

Future 2017 : FUTURE & HNDRXX


  Deux albums de 17 titres en deux semaines, c'est impressionnant. Même pour le rythme de la scène hip-hop issue de la trap d'Atlanta. Même pour Future. Et c'est un peu effrayant, le bonhomme ayant déjà tendance à se disperser sur diverses sorties par an, souffrant chacune de remplissage, alors que la somme des meilleurs morceaux de chacune de ces sorties constituerait un énormissime album de rap, parmi les meilleurs de l'année en question. 

  Pourtant, avec ces deux albums, le pari est réussi. Une fois accepté le fait que Future ne fait pas dans la perfection mais dans l'instinct, on apprécie l'oeuvre malgré les longueurs. C'est particulièrement vrai pour FUTURE, dont je vais d'abord parler.


Future - FUTURE (2017)

  Le bal s'ouvre très fort avec la trap dantesque de "Rent Money", un banger implacable (on fait difficilement plus efficace). Un uppercut à côté duquel même des tout aussi lourds que "Good Dope", "Draco", "Massage In My Room" et "Super Trapper" (même si j'adore la tension de cette dernière) paraissent plus mous, alors qu'individuellement ils se tiennent super bien. "Poppin' Tags" s'en sort bien quand à elle, ce single saturé frappe tellement fort avec son ambiance néo-80s bien sale que la comparaison tient avec le premier titre. Certes, cet aspect sombre et brutal de la musique de Future est connu, on est dans la redite, mais l'expérience aidant, l'ensemble est cohérent, les flows sont efficaces même si moins flamboyants qu'auparavant et les intrus sont enveloppantes et plus variées que par le passé (cf "Zoom" et "POA", très bonnes sur ces deux plans).

  Et puis il y a cet OVNI, "Mask Off", ma préférée ici, avec son sample de flûte de samouraï (piqué à la merveilleuse "Prison Song" de Tommy Butler) à la Kill Bill, d'une grâce infinie, aussi belle qu'obsédante. Le flow du morceau est simple mais lui aussi assez hypnotique, et le rendu est une leçon de rap minimaliste. J'adore la tension trap, urbaine et nocturne d'un titre comme "Super Trapper", mais la facette de la musique de Future qui me touche le plus est ce blues électro-pop ultra-mélancolique qu'il développe sur des titres comme "Mask Off" (merci le sample soul/funk) ou anciennement "Codeine Crazy". D'ailleurs, "High Demand" et "I'm So Groovy" sont de parfaits exemples de ce rap émotif, aussi ébauché sur "Scrape" et "Flip" qui font un peu "larmes amères derrière la façade de dur à cuire". Dans l'ensemble, après un début d'album plutôt hardcore, l'armure se fend sur la seconde moitié, où le nombre de chansons plus fragiles se multiplie.

  Et pour revenir sur les influences soul/funk, assez nouvelles (en tous cas dans ces proportions) dans les instrus de Future, elles apportent un vrai plus, un supplément d'âme et un vrai vent de fraîcheur dans sa musique, comme sur "Outta Time", une autre de mes préférées ici. Le piano soul-jazz de "Might As Well" porte un morceau très intéressant, qui permet d'entendre aussi l'influence de cette musique sur le flow de Future qui se fait davantage soul/gospel/rnb un peu à la Ty Dolla $ign, ce qui est une bonne chose ici puisque ça marche à merveille. Il y a une vraie maîtrise et un travail sur la voix, et même sur les morceaux très trap comme "Poppin' Tags" cette chaleur soul ressort davantage que par le passé. L'illustration parfaite, c'est la fin de l'album : "When I Was Broke" est carrément électro-pop/rnb et soul, tandis que "Feds Did A Sweep" ressort les flûtiaux pour un morceau plus pop, doux-amer et mélodique. Dois-je le préciser, ce sont deux grandes réussites. La mue peut passer inaperçue au sein d'un album aussi vaste, très trap et uniforme (pas de feat) à la première écoute, mais qui se révèle avec le temps. Mais elle est bien là, aussi indiscutable que maîtrisée sur FUTURE, album dense mais assuré et assumé. Et elle est encore plus prégnante sur HNDRXX, comme nous allons le voir tout de suite.



Future - HNDRXX (2017)

  C'est flagrant dès l'intro, celui-là est plus électro-pop, plus aéré, loin des beats mitraillette de la trap. Cette intro, c'est l'angélique "My Collection", à la prod impeccable et immaculée, et au flow émouvant. C'est très fouillé, écoutez ces petits échos dub, ce jeu sur les choeurs, les beats, les filtres, les effets de voix, les inflexions de Future.... C'est du grand rap moderne. Ca commence très fort. Cette excellence sur tous les plans se retrouve sur les autres tubes électro-pop d'exception du disque : "Lookin Exotic", qui transpire encore un peu la trap, ou la géniale "Fresh Air", uuuultra pop, entre Drake, Travis Scott, électro-pop mainstream et gospel autotuné. Sur ces prods Future se déploie avec talent et explose. Vous l'aurez deviné, l'orientation pop et le côté mélodique ont fait en sorte que ma préférence aille très vite à celui-ci dans un premier temps.  

  La diversité des instrus est une des clés de HNDRXX. On l'entend avec le côté presque new wave revisités de "Incredible", et son étonnant synthé basse tendu comme une guitare. A côté de sommets comme ça, même de bonnes chansons aux prods intéressantes par rapport aux standards passés de Future comme "Testify" ou "Keep Quiet" ouverte sur les Caraïbes et l'Afrique semblent convenues. D'ailleurs, ces influences dancehall-pop ressortent sur "I Thank U", tube potentiel plutôt réussi (à la PARTYNEXTDOOR) à la guitare blues-rock aussi inattendue que bienvenue.

  Et on passe en mode full rnb avec The Weeknd sur "Comin Out Strong". Les deux font la paire, on a vu leur alchimie naturelle sur les classiques "Low Life" et "Six Feet Under", voilà le dernier de la trilogie. Moins subtil mais très, très efficace. Et puis "Turn On Me", moins forte mais qui a son charme (en bonus, des trompettes synthétiques géniales en conclusion), de même que "Solo", moins inspirée mais agréable. Mais ça ne marche pas toujours, "New Illuminati" est moins consistante, "Selfish" avec Rihanna est trop grossière, et dans l'ensemble la fin de l'album est plus faible.

  Par contre, un autre truc réussi, c'est ce coté soul, façon Ty Dolla $ign (ou oserais-je dire comme chez le concurrent Young Thug, façon "Highlights" ?),  saute aux oreilles sur la très fraîche "Neva Missa Lot", le très bon "Damage", la vaporeuse "Hallucinating", et un peu sur "Use Me" qui a aussi un côté pop indé qui rappelle un peu, outre Thugger chez Kanye, Blonde de Frank Ocean, mais aussi bizarrement le Bon Iver lyrique et grandiose des deux derniers albums (sisi refaites vous le refrain). Intrigant, et là encore, réussi. Le piano de "Sorry" apporte aussi un côté pop indé, voire musique de film, à une chanson déjà excellente où Future réussit à émouvoir avec brio.

  Au final, les deux albums sont les deux faces complémentaires d'un double album (qui s'appellerait logiquement Future Hndrxx, "Future Hendrix" étant le surnom de l'alter ego le plus expérimental de Future). La tête et le corps (cf les pochettes ying et yang l'une de l'autre, ce jeu sur le flou). FUTURE est plus rentre-dedans, plus dense long en bouche. Comme un joyau brut, il nécessite plusieurs écoutes avant de se révéler. Le plus pop et aéré HNDRXX s'apprécie plus facilement, plus rapidement, et ne s'essouffle pas tant que ça même si lui aussi connaît quelques longueurs. 

  Au final, malgré la tendance au remplissage, les temps morts ne sont pas nombreux, les hauts fréquents et hauts, les bas pas si bas que ça, et la somme de travail est aussi titanesque en qualité qu'en quantité. Ce double album confirme un truc que beaucoup de monde savait, mais que peu réalisaient vraiment : ça y est, Future est un grand du rap, inscrit dans l'histoire du genre. Il a son magnum opus (pour le moment, attendons la suite, il a les moyens de se surpasser), et même si comme beaucoup de classiques hip-hop, il aurait gagné en impact en gagnant en précision, je peux affirmer que les gens (moi compris), reviendront pendant longtemps réécouter ces albums, redécouvrir certains de ces morceaux. Le temps fera son oeuvre, et on verra bien si on considère dans 5 ou 10 ans cette énorme oeuvre d'art comme un classique ou juste comme une bonne doublette d'album, mais toujours est-il que pour le moment, Future a réussi sa réinvention.


Alex




jeudi 16 mars 2017

The Garden - U Want The Scoop (EP, 2017)



  Les américains de The Garden m'ont conquis avec le single de cet EP, j'ai nommé l'ébouriffant "All Access". Le morceau commence avec un synthé joué à un doigt au son ludique façon vieux jeu vidéo, une boîte à rythme énorme et un chant branleur et un chouia punk, très anglais dans l'esprit, et alterne entre folie dansante et moments planants pop bien foutus, avec toujours un second degré sur la forme et un fond parfait à la personnalité marquée, c'est à dire une pop song ultra bien foutue. C'est absolument tout ce que j'aime.

  Autant dire que j'attendais l'EP complet avec impatience. Et je n'ai pas été déçu. Les synthés what the fuck (dignes du dernier M83... C'est un aboiement joué sur un clavier ?!) et le côté deep house planant mixé à du punk sont au rendez-vous sur "Clay" qui ressemble presque à du Death Grips popisé. Bon, léger bémol, le chant sur le refrain est un peu trop "pop mainstream anglaise des années 2000" (qui a dit Bloc Party ?) mais ça passe, merci la folie à la Klaxons. "Make Yer Mark" est construite sur le même moule également, avec une mélodie mémorable et un côté un peu plus new wave (qui a dit New Order ?). "Have A Good Day Sir" a un petit côté LCD Soundsystem et DFA en général pour le mélange électro-punk moderne et urbain. Et "U Want The Scoop?" se situe quelque part entre un psychédélisme de film d'horreur et le hip-hop électronique de Timbaland et des NERD

  Tout cela est excellent, et le seul défaut de cet EP c'est sa faible durée. Ce groupe est une découverte aussi géniale qu'inattendue pour ma part, et j'ai hâte d'en entendre plus de leur part.

A ecouter ici et à suivre absolument. 

Alex


mercredi 15 mars 2017

Juniore - Ouh là là (2017)


  Découverts (pour ma part) en première partie de Brigitte puis de La Femme (et agréablement surpris par la découverte, le groupe est génial en live), les Juniore se situent pile entre ce groupe et les Limiñanas musicalement, avec un petit côté Françoise Hardy en plus. Elles partagent le trip rétro méticuleux des seconds (le morceau titre "Ouh là là" a un gros côté "James Bond Theme"), le psychédélisme yéyé arrangé avec personnalité des premiers ("Panique" rappelle Mystère), et le charme de la troisième (toujours sur "Panique" par exemple, un vrai grand morceau, et le très bon slow "Un twist").

  Dans les outrances et l’exagération, le groupe pose sa marque de fabrique : le riff et le beat énorme de "Difficile" marquent les esprits, et contrastent avec le chant détaché, entre Gainsbourg et Daho. Les filles ont également la bonne idée de tenter l'exercice de style doo-wop sur "Le Cannibale", bien servi par un chant que j'adore, à la Camélia Jordana. Elles sont aussi crédibles sur un registre garage-surf qui doit davantage à la scène rock californienne, au son impeccable, qu'elles croisent avec une chanson française yéyé avec talent comme sur l'urgent "L'accident" et le superbe "Extralucide".

  Bon, certes, parfois la formule lasse un peu, "Ca balance" est peut-être un peu trop mou pour moi, "En retard" est un exercice de style un peu poussif à la Dutronc qui supporte difficilement la réécoute. Et puis rendus à "Tu vas, tu viens", "Antoine" ou "Le Jour d'Après", même si les morceaux sont loin d'être mauvais, on tombe un peu dans la redite. Même si là encore c'est davantage une question de goût (je suis un peu moin fan des grandes embardées lyriques à la Feu! Chatterton de l'instru sur ces morceaux) qu'un vrai défaut objectif, tout reste très maîtrisé. Et "Tout (Sinon) Rien" tourne en rond sans jamais se résoudre. Une bonne conclusion psyché, "En Cavale", sauve cette fin de disque en évoquant avec brio les grands espaces américains.

  Mais dans l'ensemble, le disque est quand même plutôt très bon, et carrément recommandé par votre serviteur !

Alex



mardi 14 mars 2017

Danny Brown & Paul White - Accelerator EP (2017)


  L'EP d'aujourd'hui est court mais intense : 2 titres (plus leurs versions instrumentales) seulement. Mais quels titres ! Sur la lancée de son excellentissime album de l'an dernier, Danny Brown rappe comme un déchaîné sur ces deux chef-d’œuvres produits par Paul White, quelque part entre rock psychédélique garage, électronique flippante et cold wave ("Accelerator"). D'ailleurs les versions instrumentales sont cruciales, Danny Brown est génial dessus mais ces morceaux sont tellement bons qu'une écoute de plus, avec le focus sur la musique, est toujours bienvenue.

  Le deuxième excellentissime morceau, "Lion's Den" reste un peu psychédélique, mais dans une veine plus pop, grâce à un sample assez merveilleux ultra bien utilisé (et chanté en français !). Bref, l'EP est vraiment indispensable, d'une qualité et d'une urgence folles.


Alex


dimanche 12 mars 2017

King Gizzard & The Lizard Wizard - Flying Microtonal Banana (2017)



  Avec les KG&TLW, je suis un coup sur deux environ totalement fan et un coup sur deux pas tellement impressionné. Là, on tombe sur le bon côté de la pièce, je le dis tout de suite l'album est très bon.

  Ce disque est hypnotisant, comme une longue transe pop-rock. Le groupe propose un garage mélodique aux vocaux fous rythmé de façon obsédante (on va pas ressortir le mot krautrock encore une fois mais y'a un peu de ça...) comme sur "Rattlesnake" d'une intelligence folle. Le fait que le chant suive la ligne mélodique principale note à note tout au long du disque accentue l'effet transe. 
  Le groupe flirte avec la musique microtonale du titre avec un goût sur et une musicalité hors du commun. "Open Water" est aussi un grand trip rock, boosté par une pédale wah wah, aussi bonne que le fou "Doom City"

  Mais les ballades psyché pop ne sont pas en reste, comme sur "Melting", portée par des claviers vaporeux, un rythme sautillant et des digressions orientales parfaites. Et puis le quasi-instrumental "Flying Microtonal Banana", merveilleux exercice de style complètement réussi, à l'image de l'album.

  Et entre les deux on a des tubes pop-rock parfaits comme le délicat "Sleep Drifter", une très, très grande chanson. Et puis les sympathiques "Billabong Valley" et "Anoxia", qui sonne un peu Ariel Pink et met encore une fois la wahwah et la mélodie bien en avant. Le groupe tournait autour du funk sur plusieurs morceaux de cet album, mais si il y en a bien un qui met les pieds dans le plat groovy, c'est "Nuclear Fusion".

  Encore une fois, les King Gizzard ont réussi à pondre un chef-d'oeuvre à partir d'un concept alambiqué et ambitieux (maîtriser une musique et des gammes aussi peu courantes pour des musiciens rock occidentaux c'est pas évident). Le mix est étonnant : kraut, électro-pop vaporeuse, garage psyché, hard sombre à la Black Sabbath, funk et musiques orientales, et pourtant ça fonctionne. Chapeau les gars, vous avez encore sorti un des grands albums rock de l'année.

Alex


jeudi 9 mars 2017

Temples - Volcano (2017)


  Après avoir adoré leur premier opus, j'attendais avec hâte ce disque en rêvant d'un opus plus sombre et moderne, à l'image du très bon album de remixes des chansons du LP inaugural qui est sorti entre temps. Mais dès le premier single, "Certainty", on est prévenus : Temples n'a pas changé. Quoique, si, légèrement. On a bien plus d'électro-pop et de synthés, et la production est encore plus grosse, pour un résultat proche dans l'esprit de l'excellentissime dernier Tame Impala. Et il faut reconnaître que sans atteindre le niveau de perfection de Kevin Parker, ce single est une petite merveille, de sa mélodie ultra-catchy digne d'un Orient de cartoon, sa prod énorme et maîtrisée, et son chant haut perché.

  "All Join In" commence en mode full electronic, avec un rythme à la "The Beautiful People" de Marylin Manson, avant que ne débarquent les grandioses arrangements orientalisants (là encore façon musique de film plutôt que vraie musique arabe). La grosse batterie classique de Temples et le chant ramènent tout le monde à la maison pour des couplets qui pourraient sortir du premier opus. En revanche, le refrain est merveilleux, quelque part entre le MGMT de Congratulations et les Beatles. Et dans l'ensemble, ce curieux puzzle pop entre la partie instrumentale orientale, les couplets et le refrain, assaisonnés de rock bien psyché et d'électro déviante, marche du tonnerre. L'Orient version Hollywood (voire Astérix & Obélix chez Cléopâtre) revient sur "Celebration", accompagné d'un rythme à conquérir un stade et de synthés pachydermiques. Un gros côté Queen là-dedans, un peu comme sur "Mystery Of Pop" (qui sonne ausi assez Sparks).

  La mélodie sautillante et printanière de "(I Want To Be) Your Mirror" inaugure un morceau électro-pop assez inattendu, comme un Phoenix qui aurait voulu s'inspirer des arpèges de la musique de chambre. Le reste du morceau est plus classique, mais ces petits moments de grâce retrouvés en conclusion en font une pièce de choix tout à fait délicieuse. Et de même que sur la suivante "Oh The Saviour" qui commence plus folk-pop et part elle aussi en feu d'artifice psychédélique synthétique, on se dit que cet album est proche des derniers Phoenix sur un autre point : c'est une oeuvre pop totale, dans le sens où chaque instant est ultra catchy, que tous les morceaux sonnent comme des tubes à la production énorme. Et pourtant, c'est pas encore trop, le côté tarte à la crème donne même du charme à l'ensemble. 

  D'ailleurs, ces excès de synthé, ces morceaux à tiroir, ces batteries énormes, ça peut rappeler le prog pop 80s d'Asia ou Genesis sur des morceaux comme "Roman God-Like Man", qui a aussi (paradoxalement) une parenté avec Ariel Pink et Ty Segall.

  Mais bon sang, je vais me répéter mais que c'est accrocheur ! Prenez l'intro de "Born Into The Sunset", si ça c'est pas une intro mémorable qu'on reconnaîtrait même dans un festival bondé ? On saisit toute l'ampleur que le groupe a pris, et tout le succès (mérité) de ces gars. C'est marrant d'entendre aussi comme Tame Impala a marqué Temples, sur "How Would You Like To Go?" et l'autre tube du disque "Strange Or Be Forgotten", c'est hyper criant. Là encore, qu'on tique sur le côté stade ou les grosses influences, c'est tellement bien foutu qu'on leur passe tout pour le moment. Même si il est dur de respirer dans ce disque saturé de musique, où les morceaux commencent tranquillement, ce qui fait espérer une petite accalmie bienvenue, avant de balancer la sauce au milieu du premier couplet (cf "Open Air", ou "In My Pocket", même si celle-ci se retient plus longtemps). 

  Dans l'ensemble, les Temples signent quand même un très bon deuxième disque, gavé de tubes en puissance, et arrivent à compenser la perte de l'effet de surprise et de fraîcheur en ne livrant que des morceaux énormes à la prod titanesque. Attention pour la suite, la fuite en avant n'est pas possible, le ciel a ses limites (cf Phoenix justement), si ils ne veulent pas larguer tout le monde et rester pertinents, il faudra sans doute repenser le groupe plus en profondeur et apporter davantage de nuances. Mais en attendant, à défaut de livrer un chef-d'oeuvre, les jeunes Temples relèvent la redoutable épreuve du "sophomore album" haut la main et restent un groupe à suivre absolument car prometteurs, capables du meilleur et ne connaissant pas la médiocrité.

Alex


mercredi 8 mars 2017

Dirty Projectors - Dirty Projectors (2017)



  Je ne connaissais ce groupe que de nom avant cet album, je tiens à le préciser. Cependant, j'ai écouté leur discographie en transversale une fois que je connaissais bien celui-là. Tout ça pour dire que, contrairement à ce qu'on a pu lire, c'est loin d'être la première fois qu'on entend une musique inspirée du hip-hop, du rnb et de la soul chez ce groupe pop rock expérimental pourtant assez radical et lo-fi en général, situé quelque part entre les débuts d'Animal Collective et le premier EP d'Arcade Fire, le côté labyrinthique de Grizzly Bear en plus. 

  En effet, ces sons et ces rythmes je les ai entendus assez rapidement dans leurs précédentes livraisons. Ceci dit, je le reconnais, ces musiques occupent désormais une place prépondérante dans ce LP, à un degré jamais exploré auparavant, et avec une totale déshinibition sur l'autotune, l'électronique et les effets en tous genres (cf Bon Iver ou Sufjan Stevens). Ce qui est sans doute aussi dû en partie à un autre point que je ne vais pas aborder plus en détails : le départ de la compagne (et ex-moitié du duo Dirty Projectors, maintenant un projet solo) du désormais seul à bord Dave Longstreth

  Le rnb-pop qui ouvre l'album, "Keep Your Name", et sa voix ralentie, en sont l'exemple parfait. En puisant dans une production électronique oscillant entre luxuriance et minimalisme, quelque part entre Kanye West et James Blake, et en y additionnant quelques effets soul (la guitare chaude un peu avant la 2e minute), cette pop song de rupture prend une dimension épique et une saveur inédite. Tout n'est pas toujours dosé à la perfection, ça part dans les sens, mais ça c'est un peu la marque de fabrique du groupe, comme sur le rnb blanc de "Death Spiral" où s'entrechoquent Timberlake & Timbaland, Marvin Gaye, Thom Yorke, un piano free jazz, une guitare hispanisante, de l'autotune et des percussions hachées. La déconstruction est poussée à son paroxysme sur "Work Together", où une électronique saccadée et hyperactive part dans tous les sens pour un résultat étonnamment bon.

  Mais il y a des chansons plus classiques dans leurs sonorités et leur construction, qui sont toutes aussi réussies. C'est le cas de ma chouchoute, "Up In Hudson" dont la parenté avec les derniers Bon Iver et Vampire Weekend achève de rendre cette chanson déjà mémorable carrément magnifique à mes oreilles, c'est une grosse réussite de pop moderne. Dans un autre genre, "Little Bubble", entre berceuse et rnb à la Maxwell, séduit malgré le sucre, car elle est profondément touchante et sincère.

  On va continuer à parler rnb avec "Winner Take Nothing", belle chanson au hook très Marvin Gaye encore une fois, la ballade autotunée "Ascent Through Clouds", et la collaboration avec Dawn Richard, "Cool Your Heart" vaguement dancehall. Trois bonnes chansons, même si les deux dernières sont un peu en dessous. Tout comme la conclusion "I See You", qui malgré de bons moments (et un orgue utilisé de façon originale) marque moins l'esprit. 

  Au final, on a un bon album, un peu inégal mais dont les imperfections sont autant de signes d'une personnalité forte assumée tout au long d'un disque sans concessions ni auto-censure, tout droit sorti du cerveau de son créateur, sans filtre. 
J'en recommande donc l'écoute (ici par exemple) !

Alex