Globalement, Baxter Dury a toujours fait du Baxter Dury, et depuis Happy Soup son style s'est cristallisé si l'on peut dire. Mais sur le précédent album, Prince Of Tears, il avait su choper des idées notamment chez Serge Gainsbourg, en accentuant les cordes et les grooves, pour donner du frais à sa musique et accompagné les thèmes plus lourds qui y étaient abordés.
Baxter Dury - I'm Not Your Dog (Clip, 2020)
Sur The Night Chancers, pas d'évolution notable, juste un peu plus de synthé post-punk peut-être, mais ça n'est pas si important que ça. Car parfois, ça tape dans le mille ("I'm Not Your Dog", "Slumlord", "Carla's Got A Boyfriend","Samurai"), et souvent c'est très plaisant ("Saliva Hog", "Hello, I'm Sorry"). En revanche, on ressent un peu de flottement, de pilotage automatique, et sur certains morceaux Dury se repose un peu trop sur les gimmicks qui font son style, tout en les utilisant moins bien que d'habitude. Sa diction, en particulier, moins précise que d'habitude, un peu en roue libre, souffre parfois d'un manque de focus ("Sleep People", "The Night Chancers") et met un peu le malaise, on se demande s'il va bien (j'espère que oui, je pense que c'est pour mieux jouer le personnage pervers qui fait le concept du disque).
Baxter Dury - Slumlord (Clip, 2019)
Plus on avance dans l'album, moins les morceaux sonnent finis et semblent des démos arrêtées en cours de développement (cf "Daylight"), et Baxter disparaît assez régulièrement derrière ses choristes et l'instru, comme s'il n'avait rien à dire (ceci dit ça accouche d'un "Say Nothing" au titre bien trouvé, assez étrange avec ses répétitions et un peu vide, mais paradoxalement accrocheur et addictif, un bon résumé du LP dans son ensemble).
C'est pas si grave lorsqu'un artiste qu'on aime sort un album un peu en dessous, un peu creux, moins inspiré, moins bien fini ou pas révolutionnaire. Il en reste toujours quelques morceaux plutôt bien foutus, et peut-être, qui sait, que je le réévaluerai positivement après un déclic. Ça a déjà été le cas pour moi à propos d'un autre album de Dury, It's A Pleasure, qui s'est complètement révélé à la suite d'un concert de l'artiste qui m'a fait redécouvrir ces morceaux avec une oreille neuve. J'espère juste que les traces de mal-être que je crois discerner là-dedans sont des fausses pistes avant tout à but narratif dans cet album-concept sur un mec paumé et pervers, et qu'il va bien "en vrai". Et puis je suis sûr qu'il continuera à nous régaler de bonne musique à l'avenir, il a déjà pas mal montré sa capacité à rebondir artistiquement. Reste un album très correct, voire bon, sans étincelle de génie musicalement mais honnête (les textes et l'ambiance, c'est autre chose, plutôt réussis), avec quelques vrais bons morceaux qui valent vraiment le coup.
Mes morceaux préférés : I'm Not Your Dog, Slumlord, Carla's Got A Boyfriend, Samurai
Je n'ai que de vagues souvenirs de cet album, et j'ai à peine accroché aux suivants. Mais ce morceau de Twin Shadow en particulier m'a souvent hanté, tout au long de ces années qui feront bientôt une décennie. "When We're Dancing" commence d'une façon déstabilisante, avec des synthés détunés, qui sonnent cassés, fantomatiques. Et puis la boîte à rythme, la basse, la guitare s'installent et le groove funky emporte tout, magnifié par une voix de crooner psychédélique. C'est assez unique, c'est mystérieux, c'est mélancolique, c'est joyeux et triste en même temps, et lorsque la guitare solo débarque en fin de morceau c'est carrément cathartique.
Le groupe hollando-turc préféré des amateurs de pop-rock de qualité revient avec un album dans la droite lignée de son prédécesseur, l'excellent On, qui avait eu le mérite de sortir de rock d'Anatolie du cercle restreint des connaisseurs et des diggers.
Sur ce Gece, Altin Gün continue à émerveiller sur un funk-rock implacable ("Yolcu", "Kolbasti"), parfois accompagné de synthés aussi cosmiques que discoïdes ("Vay Dünya", "Anlatmam Derdimi"), et l'alternance entre chants masculin et féminin est toujours un pur bonheur et fait ressortir quelques morceaux immédiatement attachants ("Leyla").
Altin Gün - Yolcu (2019)
On note cependant un peu d'indulgence sur ce disque, notamment sur le disco alternatif de "Sofor Bey" qui tourne un peu en rond malgré de bonnes idées. Je ressens d'ailleurs un petit ralentissement en 2e moitié de disque, avec des morceaux beaux mais moins immédiats, comme la délicate prog-pop de "Derdimi Dökersem", "Gesi Baglari" et "Ervah-i Ezelde", l'orientation calme voire planante allant un peu moins au groupe, même si ces morceaux restent très beaux. Mais c'est très subjectif de ma part, et c'est un avis susceptible de changer avec le temps.
De même, sur la plus funky "Süpürgesi Yoncadan", je ne retrouve pas les frissons des morceaux les plus urgents du groupe, en particulier faute à une production un peu plate qui donne un côté "déjà entendu" pas forcément flatteur, même si le morceau est par ailleurs assez percutant.
C'est un peu un problème de riche : lorsque votre début d'album est parfait, la suite souffre un peu de la comparaison. Mais globalement, c'est tout de même un très bon album et une suite digne à On, qui donne tout autant envie de les voir en live.
Peter Solo, leader de Vaudou Game, a cherché à rendre hommage à ses idoles musicales sur ce disque, sur lequel on entend un savant mélange de décharges rythmiques façon James Brown et de groove façon Fela Kuti, via une autre légende, son oncle Roger Damawuzan, "le James Brown de Lomé", vétéran du funk togolais ayant par le passé chanté avec Les As Du Bénin (et avec Vaudou Game également), et présent ici sur deux titres (la fantastique "Not Guilty", la géniale "Something Is Wrong").
Le groove liquide et chaud de l'afrofunk d'"Anniversaire" a un feeling digne des meilleurs vinyles que vous pourriez digger, et "Tata Fatiguée" est un tube absolu, avec une guitare épique qui mériterait à elle seule une scène dans un Tarantino. Mais l'album est très varié, avec la disco-funk orchestrale de "La Chose", comme un classique de Barry White ou Isaac Hayes en plus dansant, "Grasse Mat" comme du Shaft en plus vénère, ou "Pas La Peine" dont les choeurs et les synthés évoquent le disco-funk de Francis Bebey, William Onyeabor ou Amadou & Mariam. Plus loin, "Lucie" vire vers la rumba congolaise, "Soleil Capricieux" calme le jeu tout en restant funk, et "Bassa Bassa" apporte quelques saveurs caribéennes dans le mix.
Vaudou Game - Tata Fatiguée (Clip, 2018)
La pression ne redescend pas longtemps, et avec des titres funk à la basse implacable comme "Sens Interdit" ou aux guitares acérées comme "Roberto", la tension reste à son comble tout au long du disque, pour redescendre seulement sur le psychédélique et bluesy "Tassi", comme un écho lointain au Dr John des bayous voodoo de The Night Tripper.
Otodi est une formidable détonation, probablement le meilleur disque funk de l'année, et tout depuis les compositions jusqu'à l'interprétation nerveuse en passant par le son impeccable transpire l'amour de la musique et donne à cet album des allures de classique intemporel.
J'avais adoré la pop rêveuse et psychédélique des allemands de Klaus Johann Grobe sur Spagat der Liebe, une de nos plus belles découvertes de 2016, mais rien ne m'a préparé à ce Du Bist So Symmetrisch, sorti tout récemment. Les synthés incroyables du précédents, le côté psyché voire cosmique sont toujours présents, mais désormais c'est une basse énorme, souvent slappée, et funky à la Metronomy période The English Riviera (2011) qui drive le groupe. Elle rend la musique du groupe encore plus pop et accrocheuse et accouche de quelques tubes inouïs comme "Discogedanken" ou "Von Gestern". Sur des morceaux plus posés, le côté funky tranquille évoque aussi bien Metronomy que le Baxter Dury de Happy Soup (2011), comme sur "Ja!".
Klaus Johann Grobe - Discogedanken (Clip, 2018)
Et puis lorsque cette basse s'accompagne d'un disco-rock enlevé, on atteint des sommets digne des morceaux de Franz Ferdinand les plus dansants ("Der Koenig"), et on entend une touche presque Moroder sur le génialissime et quasiment club-ready "Out Of Reach" (on a également de petites influences acid sur "An diesem Abend", puisqu'on parle électronique). Entre claviers à la Daft Punk de Discovery (2001), basse funky liquide et synthés discoïdes tout aussi humides, "Watte in meinem Kopf" serait également un petit tube potentiel dans un monde où les gens seraient moins snobs, plus ouverts et éviteraient de dire que l'allemand est une langue moche avant d'avoir entendu qui que ce soit la parler en dehors d'un film de De Funès (j'emmerde copieusement ces gens au passage).
Klaus Johann Grobe - Out Of Reach (Clip, 2018)
Quelques interludes space permettent d'entretenir l'ambiance onirique et contemplative du groupe, entre prog électronique et krautrock, comme "Sintemal 1" et "Sintemal 2", tandis que "Du+Ich" est pile entre le trip introspectif et la piste de danse, porté par une mélodie incroyable et une mélancolie magnifique. Dans le même genre de compromis parfait, le quasi californien "Siehst du Mich Noch" partage avec le dernier Connan Mockasin (Jassbusters, 2018, récemment chroniqué ici) une élégance simple et rare, un sens de la mélodie et du groove imparable, et une orientation soul/funk déviante pervertie par un psychédélisme taquin. D'ailleurs, le son liquide et funky de "Zu Spaet" aurait pu être entendu sur le projet Soft Hair de Mockasin et LA Priest, sorti en 2016. Encore une magnifique chanson.
Klaus Johann Grobe - Siehst Du Mich Noch (2018)
Bref, cet album est un uppercut, un coup de génie. Utiliser cette basse slappée funky comme moteur de l'album donne à la pop synthétique du groupe un gros coup de boost et propulse le disque avec vigueur tout en conservant la délicatesse de leur son et de leurs mélodies. On assiste à l'écoute de Du Bist So Symmetrisch à un de ces rares miracles pop qui nous enchantent. Un grand, grand disque.
Après un accident grave qui lui a presque coûté la vie, la géniale Melody Prochet, auteure d'un chef-d'oeuvre co-produit par Kevin Parker de Tame Impala en 2012, est partie se ressourcer en Suède. Là-bas, elle fut aidée par Fredrik Swahn (The Amazing), Reine Fisk (Dungen) et Nicholas Allbrook (Pond) pour finaliser cet album qui s'est écrit depuis les sessions avec Parker.
Melody's Echo Chamber - Cross My Heart (Clip, 2018)
Et on sent que le lieu inspiré la française, l'ouverture "Cross My Heart" commence en effet avec un son chaleureux façon BO suédoise de Lee Hazlewood, avec une mélodie cristalline d'une beauté immédiate et pure. Mais le morceau prend vite un détour inattendu : beatbox, scratches et breakbeats 90's (autant hip-hop/rnb que pop-rock) encadrent une flûte psyché et une guitare cocotte funky avant d'ouvrir sur une partie francophone assez néo-psychédélique, décidément 90's (on pense à Broadcast ou Beck) dans sa réécriture d'obscurs génies du début des 70's (les jazzmen funky trippants de Cortex). De là, un interlude mi-funky mi folk-prog maximaliste (pensez à Tommy des Who) nous ramène au point de départ et laisse la flûte dialoguer avec un clavier soul-jazz et une basse fonde, avant une ultime explosion rock. Ce premier morceau à lui seul donne le tournis et nous entraîne dans sa fascinante folie créatrice. Une fois tombé dans ce terrier, on se retrouve sans repères dans un album aux formes étranges mais pop, où chaque tournant révèle son lot de surprises excitantes.
Melody's Echo Chamber - Desert Horse (Clip, 2018)
Comme sur "Desert Horse" par exemple, sur laquelle Prochet fait un usage remarqué de l'autotune, façon Bon Iver, et de la microtonalité, avant de convier une partie symphonique grandiose et de mélanger tout ça dans un melting pot incroyable qui a peu d'équivalents (comme si on avait mélangé toutes les explorations de Radiohead d'OK Computer jusqu'à A Moon Shaped Pool). "Breathe In, Breathe Out", en contraste, sonne plus terre-à-terre, même si son rock 90's curieux est ouvert sur le psyché, la pop, le hard FM et l'électronique. De même, "Var Har Du Vart", chantée en suédois, est un interlude folk plus posé.
Melody's Echo Chamber - Breathe In, Breathe Out (Clip, 2018)
La majoritairement francophone "Quand Les Larmes D'un Ange Font Danser La Neige" retrouve cette folie initiale dans sa construction, et bâtit autour d'un morceau de rock tellement ample qu'il sonne prog (mon dieu que ces gens jouent bien et que la production est belle !) une symphonie délirante incorporant un interlude de synthés 80's, un autre avec un spoken word farfelu, avant de clore les hostilités sur un climax riche en soli. Cette amplitude musicale, associée à la voix frêle et belle de Prochet, rappelle rapidement le Gainsbourg de la grande période, particulièrement sur "Visions Of Someone Special, On A Wall Of Reflections", qui tourne autour de la "Ford Mustang" du grand Serge, avant de renouer avec le psyché/prog orientaliste et les synthés pour un final néo-psychédélique de toute beauté. La très funky (et psychédélique)"Shirim" clôt ce très bon disque avec panache.
Melody Prochet nous offre un album incroyable, bien plus alambiqué que son précédent, mais dont tous les détours ont la bonne idée de surprendre l'auditeur tout en faisant complètement sens. C'est une oeuvre riche, dense, mais concise (7 titres seulement), permettant à son auteure de multiplier les idées sur une chanson sans lasser au long de l'album entier. Ce disque intime et luxuriant, détournant le néo-psychédélisme pop qui l'a fait connaitre à grands coups de rock progressif, d'électronique, de funk, de jazz et de touches orchestrales est une réussite totale qui fait bien mieux que succéder à son classique instantané de 2012 : il lui offre une nouvelle route, belle, dégagée et excitante.
Si je vous parle d'Halo Maud en même temps que Melody Prochet, ce n'est pas un hasard. Les deux femmes ont joué ensemble sur les projets de l'autre et sont liées dans leur style musical comme dans leurs relations. Nous avons découvert cette magnifique artiste en live, puis nous avons adoré son EP Du Pouvoir, qui se révèle être la base, puisqu'il contenait déjà les géniales "Du Pouvoir/Power", "Baptism", et "Dans la Nuit", également présentes sur cet album, et dont je ne vais pas reparler (cf la chronique de l'EP juste au-dessus pour ça).
Halo Maud - Wherever (Clip, 2018)
De toutes façons, ces chansons sont vraiment magnifiques et parlent d'elles-mêmes, tout comme le premier single "Wherever", à l'émotion palpable et poignante et à la mise en son magistrale et dramatique comme chez Beach House, et écrit avec une patte très personnelle. "Chanceuse" continue dans cette veine théâtrale associant rock et synthés avec la même intensité qu'Alesia de Housse de Racket (ce qui est un immense compliment venant de ma part). Plus aéré, le néo-psychédélisme pop de "Surprise" ravit, tandis que la basse de "Tu sais comme je suis" propulse un morceau déjà mémorable vers des sommets de dream pop. L'interlude rêveur et apaisé "De retour" est à classer dans la même catégorie.
Entre dépouillement folk, rock indé, et prog (cette basse bondissante ! ces synthés ! ces accords !), "Fred" est le morceau qui se rapproche le plus du dernier Melody's Echo Chamber chroniqué ci-dessus, et il émerveille tout autant. Le rock psyché inversé de "Je suis une île" convainc un poil moins, mais reste bon. Tout comme "Proche proche proche", qui évoque elle plutôtFrançois & The Atlas Mountains dans la diction et la mise en son. La fin de l'album est donc un peu plus faible même si "Des bras" est légèrement au-dessus malgré des "aaaah" un peu répétitifs. On sent le morceau davantage écrit pour la scène que pour le studio, avec un final électro propice aux soli et aux digressions, et suggère même une sortie de scène dans les paroles, dont l'exécution est d'ailleurs un poil gênante.
Mais malgré ces critiques un peu pointilleuses, cet album est vraiment réussi. C'est un beau disque de dream pop néo-psychédélique, intime, émouvant et personnel, que je recommande fortement.
Brazilian Girls est un groupe que j'apprécie énormément. New-yorkais, formé en 2003 par Jesse Murphy (basse, chant), Didi Gutman (claviers, chant), Aaron Johnston (batterie, percussion, chant), autour de la patronne, Sabina Sciubba (chant principal, électronique), ils ont à l'époque fait leurs armes en jouant toutes les semaines au Nublu, un club au sein duquel ils ont forgé leur son à force de lives libres et en partie improvisés. Ils ont déjà 3 albums à leur actif, Brazilian Girls (2005), Talk To la Bomb (2006), et NYC (2008), que je considère comme un classique personnel, un disque de chevet. Avec un chant polyglotte, une boss flamboyante et charismatique, et une musique électro-pop/électro-rock très ouverte également sur le plan des influences, difficile de catégoriser le groupe, qui a toujours été assez sous-estimé et est trop rarement cité malgré son immense qualité.
Brazilian Girls, 2018
Après quelques projets solo, et 10 ans après le dernier album, les revoilà en 2018 sur le label Six Degrees Records avec un Let's Make Love produit par leur collaborateur de toujours Frederik Rubens, abouti à la suite de nombreuses sessions à Istanbul, Paris, Madrid et New-York, et enregistré sur plusieurs années. Les sessions se sont passées très naturellement, le groupe retrouvant instantanément son alchimie même après des années sans jouer ensemble, et ça se sent sur ce disque solaire. Ce qui aide aussi, c'est ce thème de l'amour et du sexe qui irrigue le disque, dès son titre, et qui informe les paroles de "Pirates", irrésistible single new wave qui ouvre le disque et propose aux gens de faire davantage l'amour sur une musique entre Blondie, Nena et nu-rave. La mélodie irrésistible du titre, et ce chant si personnel de Sciubba, le son du groupe, tout cela ne peut que faire le bonheur d'un admirateur comme moi, le groupe ayant renoué instantanément, comme par magie, avec le sommet de sa forme. Le disque aurait pu sortir il y a dix ans tant le style est reconnaissable, pourtant il sonne foncièrement moderne. Peut-être en partie parce que les Brazilian Girls ont toujours eu deux coups d'avance sur la pop de leur époque, ce qui est leur grande force et peut-être également leur malédiction.
Brazilian Girls - Pirates (Clip, 2018)
Avec une pulsation sixties, "Go Out More Often" éclabousse de sa lumière, entre choeurs angéliques, basse ronde et guitares rêches et mécaniques. Ce titre évoque avec brio la chaleur excitante de l'été qui approche. Comme le languide et moite reggae-soul de "Salve", ou le funk caribéen de "Balla Balla", ou la pop balnéaire de "Karaköy", qui aurait pu s'échapper de Happy Soup (2011) de Baxter Dury (avec un petit refrain Bruce Springsteen 80's quand même). Le jazz doucereux, rythmé et vaguement bossa, de "The Critic", émerveille avec ses touches de rockabilly dans le chant et ses claviers atmosphériques improbables dans cette ambiance. Une merveille. Qui apaise presque autant que la douce "Sunny Days", qui donne envie de chiller au bord d'une piscine, écrasé par un soleil de plomb.
L'électro-funk de "Wild Wild Web" hésite entre Talking Heads et William Onyeabor, avec des claviers fous, une basse pulsatile et un rythme post-punk obsédant, mettant en lumière le chant désabusé de Sciubba qui là encore dans le thème technophobe, paranoïaque et dans le chanté-parlé rejoint l'esthétique de David Byrne. La quasi-house "We Stopped" est un petit cran en dessous mais reste très kiffante dans son genre hédoniste et possède un génial solo d'orgue, bien barré. Et l'électro-rock de "Let's Make Love", très post-punk, voire punk tout court, nous rappelle que c'est bien Suicide l'influence la plus importante de la musique du groupe, voire de la musique tout court (mais ça c'est un avis personnel). J'aurais plus de mal à qualifier l'étonnante "Woman In The Red"... Disco industrielle ? En tous cas c'est bien. La synthpop super classe d'"Impromptu" se situe quelque part entre Francis Bebey, Scientist et Empire Of The Sun, tandis que "Looking For Love" déconstruit de façon assez novatrice la house, un peu comme dans les débuts du hip-hop ou dans My Life In The Bush Of Ghosts (1981) de David Byrne et Brian Eno.
Si on veut faire court, on dira que c'est un retour plus que gagnant, sans temps faible, avec de grandes chansons bien écrites et une façon de les mettre en son très personnelle, entre post-punk et pop électronique. Et puis toujours ce chant très incarné de Sabine Sciubba qui fait tout le sel des Brazilian Girls.
Accompagné du groupe lyonnais Mazalda, le chanteur de raï franco-algérien propulse sa musique dans un univers rétro-futuriste spatial entre électronique, synthétique et acoustique sur ce magnifique El Ndjoum.
Entre percussions traditionnelles, guitares enchanteresses, basses synthétiques rondes façon Sébastien Tellier, nappes de synthé et chant charismatique, on sent dès l'introduction "Wahdi Ana W Galbi" qu'on n'a pas affaire à n'importe quel album, mais qu'on s'apprête à entendre une oeuvre singulière. Le morceau-titre, "El Ndjoum", poursuit l'ambiance en durcissant le ton à coup d'électronique rythmée faisant entrer l'auditeur dans une transe immédiate, tel un Omar Souleyman psychédélique. Et puis les merveilles se poursuivent : d'abord "Yadra?", qui est carrément un dédale psychédélique d'une complexité inouïe, entre rock, jazz, musiques arabes, nous faisant perdre la tête et danser sur un rythme impossible.
Sofiane Saidi & Mazalda - El Ndjoum (Clip, 2018)
Puis "Bourkan", électro-funk tubesque, suivi de "La Classe Fi Las Vegas" qui poursuit dans la fusion eighties avec toujours ces basses synthétiques très rondes faisant penser à la production de Quincy Jones pour Michael Jackson et un côté décalé un peu Falco. On continue la lancée funky avec "Yamma" et ses touches de jazz légères, avant que "Gasbah Trinsiti" ne vienne calmer le jeu pour une transe tout aussi addictive mais moins exubérante, un poil plus dure et sombre.
La très belle complainte jazz "Bab El Saida", suivi de l'émouvant maximalisme de l'insistante "Saida" clôturent avec beauté et élégance cet album absolument impeccable. Fusion de mille styles musicaux, le raï moderne de Sofiane Saidi et des talentueux Mazalda s'agglomère en un album étonnant et jouissif, richement composé et interprété avec un talent infini par des musiciens au sommet. Un très, très bon disque.
Le contexte, vous le connaissez sûrement, surtout si vous avez eu l'âge d'écouter les Strokes au collège-lycée comme moi, ou à la fac. Julian Casablancas est - ils sont officiellement toujours en activité - le chanteur et leader de ce groupe de rock devenu instantanément mythique en 2001. Mais avec le temps, et suite à un gros hiatus et plusieurs crises au sein du groupe, les sorties des Strokes se sont espacées dans le temps, et chacun des membres a pu développer sa discographie solo. Pour Casablancas, ce fut d'abord un excellent album d'électro-pop à tendance rock, Phrazes For The Young (2009), puis fonde un deuxième groupe : The Voidz, qui nous intéresse ici, et avec lequel il a déjà sorti le très bon Tyranny (2014), qui marque un renouveau dans la musique du bonhomme avec davantage d'expérimentations et de fun que dans les derniers Strokes (même si ces derniers ont été un peu injustement descendus, moi-même j'ai été longtemps sceptique à leur propos).
On sent Julian à l'aise avec ce nouveau groupe formé de requins de studios venus de plein de genres différents, de l'électro au punk, et très portés sur le digging d'obscurs pans de la musique, à la recherche de sons nouveaux provenant de décennies et de continents oubliés. Après avoir pu expérimenter en studio et jouer en live avec eux, un déclic a eu lieu et on entend une certaine magie supplémentaire à l'écoute de ce disque (alors que, je le rappelle, le précédent était déjà formidable). Cet album, c'est un peu le meilleur de Casablancas, condensé et nourri de milles influences captivantes, avec en plus un fond politique (au sens large) intéressant et un sens du fun clairement à l'honneur : on entend que le disque a été fait avec beaucoup de plaisir.
The Voidz - Leave It In My Dreams (2018)
Pour illustrer tout ça, le premier single issu de cet album, "Leave It In My Dreams", placé judicieusement en piste 1, rappelle le meilleur des débuts des Strokes par son écriture pop-rock impeccable, ainsi que le meilleur de leur deuxième partie de discographie, avec ce son impeccable et ce petit côté funk-rock post-Phoenix. Au passage, c'est amusant d'entendre comme ces deux groupes se sont entre-influencés au cours des années 2000, mais ça pourrait faire l'objet d'un autre article incluant également les Daft Punk dont la collaboration avec Julian sur "Instant Crush" a laissé des traces déshinibantes chez ce dernier. Mais en plus de ça, on entend des parties de guitare venant tout droit de l'afro-pop, d'autres venant du punk voire du post-punk déglingué, et des textures sonores riches proches d'un rock indé n'ayant pas peur du synthétique, comme chez Mac Demarco. D'ailleurs, l'irrésistible single "Wink" est assez proche de la démarche de ce dernier.
The Voidz - QYURRYUS (Clip, 2018)
Le meilleur exemple de cette richesse et de cette ouverture incroyables reste le mélange barré de krautrock, de synthpop, de punk, de rock berbère autotuné et surtout de funk turc composant "QYURRYUS", dont on a déjà parlé ici (et qu'on a même nommé clip du mois de janvier). L'autre grosse réussite du genre est "ALieNNatioN", entre électronique, funk à la Sly Stone, (glam) rock (psyché), (synth)pop, hip-hop, rnb, envolées lyriques et couplets plombés, son lourd et étincelles de légèreté, une vraie leçon de pop, pleine d'amour pour la Pop la plus inventive et accessible à la fois. Une merveille. Autre grosse expérimentation, "My Friend The Walls" rappelle furieusement l'influence que les épopées sonores de Radiohead et Queen ont pu avoir sur Casablancas, et qu'on pouvait entendre notamment sur le dantesque"Human Sadness" sur le précédent album. On pourrait dire la même chose de la belle et triste ballade synthétique clôturant l'album, "Pointlessness".
The Voidz - ALieNNatioN (2018)
Au rayon pop, "Permanent High School" rappelle le premier solo de Casablancas avec son croisement tubesque de synthpop et de rock, mélodique, en apparence facile mais prenant et très bien construit. Tandis que "All Wordz Are Made Up" mixe refrain de tube synth-rock FM 80's, vocoders à la Laurie Anderson, et prod bouncy proche du travail de The Neptunes (Chad Hugo & Pharrell Williams) qui a fait danser de façon intelligente les années 2000. "Pink Ocean" sonne comme un slow disco quasi rnb, mais version psyché et saturé, et est vraiment un excellentissime morceau. "Lazy Boy" mixe de façon habile et futée Daft Punk, DeMarco, art-rock et Strokes récents.
The Voidz - All Wordz Are Made Up (Clip, 2018)
Plus loin, c'est un hard rock sombre et déviant à la Black Sabbath qui est perverti par des influences rock (Queens Of The Stone Age, Queen, Ratatat), glam, punk, post-punk et électroniques (quasi dub au sens anglais du terme) sur "Pyramid Of Bones". On pense à The Fall sur le post-punk déglingos, saturé, distordu et partiellement atonal de "One Of The Ones", sympathique mais moins indispensable. Le rock indé lo-fi imbibé de folk de "Think Before You Drink" est un peu sauvé par sa montée finale intense, tandis que le punk hardcore de l'espace de "Black Hole" et celui plus psychotique de "We're Where We Were" sont sauvés par leur folie et leurs rythmiques folles.
The Voidz - Pyramid Of Bones (Clip, 2018)
C'est donc un superbe album que nous livrent les Voidz, avec très peu de points faibles malgré un nombre de morceaux conséquent et un son dense, un vrai petit chef-d'oeuvre qui arrive à innover en faisant de la pop et du rock sans se dénaturer ou perdre en efficacité (ce qui est un exploit en soi), avec un juste dosage entre tubes obliques et expérimentations obscures. On a la double impression un peu paradoxale que chacune des chansons provient d'un groupe différent (comme le suggèrent les visuels de chaque single), mais que l'album est cohérent, et rien que ça en dit beaucoup sur le talent du groupe. A coup sûr un des albums de l'année, et une superbe surprise qu'on attendait pas à ce niveau avant d'entendre les singles ravageurs. Au point que j'attendrais désormais chaque sortie de ce groupe avec ferveur.
On a de la chance dans notre petite salle préférée, on arrive toujours à avoir une place à 2m de la scène, et la première partie est souvent excellente. Pour Baxter Dury, c'était Halo Maud, alias de Maud Nadal, clavier pour Melody's Echo Chamber ou Moodoïd, désormais en solo. Enfin, ici en groupe, avec un bassiste à fond dans son rôle, un clavier facétieux habile en bidouillages géniaux et un batteur tout simplement impressionnant de talent pur et de sensibilité. Elle joue une pop psychédélique façon Tame Impala ou Melody's Echo Chamber justement, souvent chantée en français, parfois en anglais, avec des rythmes agiles et une affinité pour l'électronique la rapprochant de François & The Atlas Mountains ou Petit Fantôme. C'était vraiment très bien, je vous recommande de découvrir sa musique, en commençant par exemple par "A La Fin", "Dans la Nuit", "Des Bras" ou "Du Pouvoir".
Halo Maud à Stéréolux (Nantes, 05/03/2018)
Quand à Baxter Dury, il était impérial. Facétieux, showman absurde à l'anglaise mais avec un vrai respect du public, se donnant à fond à chaque chanson. Il a joué quasiment tout Happy Soup (2011) ainsi que son dernier album The Prince Of Tears (2017) ainsi que des morceaux choisis de It's A Pleasure (2014) et Floor Show (2005), notamment "Cocaine Man" (mais pas "Francesca's Party", sniff). Accompagné d'un groupe de musiciens hyper doués, de choeurs féminins divins, il a fait ressortir le groove funky et l'énergie pub rock quasi punk de ses morceaux, servant souvent d’exutoire à un artiste qui semble vivre ses chansons par ailleurs très personnelles.
Baxter Dury à Stéréolux (Nantes, 05/03/2018)
Il finira une chanson très émouvante de son dernier album, portant sur son récent divorce, par un trait d'humour british, désamorçant la gravité du morceau en balançant un "I'm looking for a wife" au public. Au rappel, c'est en peignoir de boxeur rouge, avec "The Prince Of Tears" brodé au dos, qu'il se présentera à nous.
Baxter Dury à Stéréolux (Nantes, 05/03/2018)
Un concert énergique, émouvant, vécu à 100% et mené à toute allure (aidé en cela par la concision des morceaux), avec un côté authentiquement british très agréable, autant dans la musique que l'attitude (le côté pub-rock et punk, les accents ska, l'accent prononcé, le flegme). En un mot : génial !
Un petit air des îles, un petit air d'ici. Un petit air glamour et petit air de sax'. Maya nous berce au son tropical du funk neo-soul 80's romantique, allant chercher le sublime dans le kitch, quelque part entre Michel Berger, Laurent Voulzy, Gilberto Gil et Gilbert Montagné. Les plus perspicaces y auront peut être reconnu la co-production de Christophe Laurent qui avait déjà sévi en 1985 sur le là encore très sud américainNuits Brésiliennes.
Sorti en 1987 et déjà dépassé par une production typée début 80's que l'on peut retrouver sur des morceaux de french funk comme Visa Pour Aimer de Plaisir sorti en 1984, le 2ème degré est un plaisir coupable dont la pochette en est le manifeste artifice. On y entend aussi des sonorités rappelant le disco funk japonais 80's de Piper et leur génial album Summer Breeze, son aîné de 4 ans.
Pressé en 45 tours, il comporte deux faces comportant deux versions du même morceau sensiblement. Ce sera malheureusement le seul projet de Christophe Laurent estampillé Maya.
Je vous laisse en apprécier les paroles.
Elle était allongée sur la plage
Nue sur le sable chaud
Et le vent, le vent tournait les pages
De son San Antonio
J'arrivais dans ma décapotable
Beau minet, belle bagnole
Gomina, Ray-Bans, look impeccable
De quoi la rendre folle
R/ L'ombre des oiseaux caressait sa peau, elle bronzait au lait de coco (bis)
Vas-y Aldo, fais-lui ton numéro
Pas chaloupé, tango
Parle-lui de ton yacht, de ta villa
À Copacabana
R/ L'ombre des oiseaux caressait sa peau, elle bronzait au lait de coco (bis)
Mais toutes les plus belles histoires s'arrêtent
Et je me réveillais
J'avais fait un rêve, dans ma tête
Ce refrain résonnait
R/ L'ombre des oiseaux caressait sa peau, elle bronzait au lait de coco (bis)
Le coup de génie. Gainsbourg étant six pieds sous terre, Biolay l'a fait. Reprendre les codes (instru chill, autotune, clip hyper léché et formaté, paroles simples et référencées, des mots de différentes langues...) de la variété rap française qui cartonne à la PNL, et les détourner pour en faire un truc perso. C'est un peu le "Sea Sex & Sun" de Biolay, en somme. Il a dit l'avoir faite pour sa fille, fan de Nekfeu, pour lui prouver qu'il était capable d'en faire autant. Elle a répondu "Non c'est pas ça. C'est pas trop mal ceci dit, ça fait un peu Damso", et même si c'est vraiment pas tout à fait le même délire, elle a un peu raison, il y a un peu de ça. Finalement, il a gardé cette chanson sur son album Volver, et il a bien fait.
L'instrumentation géniale claque bien, rappelle les codes dudit "rap chill", en y adjoignant des touches plus funky (guitares cocottes, clavinet...), rnb (chant féminin sur la fin), jazz, et chanson française (passage très Gainsbourg/Biolay vers la 1ere minute), le chanté-rappé autotuné est maîtrisé à merveille, et accroche l'oreille de façon ultra addictive, impossible pour ma part de décrocher de cette chanson depuis deux semaines, y'a un truc dans cette mélancolie moderne et ce détournement qui me parlent. C'était casse-gueule, c'est réussi.
Pas sûr que les fans de Biolay de plus de 30 ans comprennent le délire, pas sûr que les amateurs de rap soient davantage convaincus, mais pour les jeunes amateurs du chanteur non hermétiques à l'autotune, c'est un délice.
Avec les KG&TLW, je suis un coup sur deux environ totalement fan et un coup sur deux pas tellement impressionné. Là, on tombe sur le bon côté de la pièce, je le dis tout de suite l'album est très bon.
Ce disque est hypnotisant, comme une longue transe pop-rock. Le groupe propose un garage mélodique aux vocaux fous rythmé de façon obsédante (on va pas ressortir le mot krautrock encore une fois mais y'a un peu de ça...) comme sur "Rattlesnake" d'une intelligence folle. Le fait que le chant suive la ligne mélodique principale note à note tout au long du disque accentue l'effet transe. Le groupe flirte avec la musique microtonale du titre avec un goût sur et une musicalité hors du commun. "Open Water" est aussi un grand trip rock, boosté par une pédale wah wah, aussi bonne que le fou "Doom City".
Mais les ballades psyché pop ne sont pas en reste, comme sur "Melting", portée par des claviers vaporeux, un rythme sautillant et des digressions orientales parfaites. Et puis le quasi-instrumental "Flying Microtonal Banana", merveilleux exercice de style complètement réussi, à l'image de l'album.
Et entre les deux on a des tubes pop-rock parfaits comme le délicat "Sleep Drifter", une très, très grande chanson. Et puis les sympathiques "Billabong Valley" et "Anoxia", qui sonne un peu Ariel Pink et met encore une fois la wahwah et la mélodie bien en avant. Le groupe tournait autour du funk sur plusieurs morceaux de cet album, mais si il y en a bien un qui met les pieds dans le plat groovy, c'est "Nuclear Fusion".
Encore une fois, les King Gizzard ont réussi à pondre un chef-d'oeuvre à partir d'un concept alambiqué et ambitieux (maîtriser une musique et des gammes aussi peu courantes pour des musiciens rock occidentaux c'est pas évident). Le mix est étonnant : kraut, électro-pop vaporeuse, garage psyché, hard sombre à la Black Sabbath, funk et musiques orientales, et pourtant ça fonctionne. Chapeau les gars, vous avez encore sorti un des grands albums rock de l'année.
En voilà un disque qui porte mal son nom. Car la pop lo-fi et funky de Soft Powers a un énorme potentiel, elle sonne à la fois personnelle et très fédératrice. Ça s'entend dès le premier morceau "Moon Culture", qui démarre sur un synthé introspectif avant de partir en disco-pop saturée. Avec un fond rock bien présent dans le chant, la raideur du son de la batterie et le tranchant du riff funky. Et puis on enchaîne sur "Strawberry Soup" qui devrait être un tube dans un monde parfait, grâce à son chant sous hélium entre champis et Bee Gees et sa mélodie obsédante appuyé par un beat dansant. Beaucoup de cousinages sonores pourraient être évoqués, mais le projet ne sonne exactement comme personne d'autre, c'est ce délicat équilibre entre production douce et lo-fi saturée qui en fait tout le sel, c'est très audible sur la vintage "Dr. Philip David Collins" et la déchirante "Just Like Tropica-L", un sommet d'émotion aux basses lancinantes appuyant une mélodie à la fragilité palpable. Et peut-être que ce fameux mix provient de cette base rock qui colore même les morceaux les plus funky d'une intensité particulière, comme sur le très Off The Wall"Palm Nights" et "Diamond Daggs" très glam comme son titre l'évoque, et aussi sombre que sensuelle. Mais comme je l'ai dit, tout n'est pas que tubes pailletés, il y a une bonne dose de mélancolie et d'introspection ici, comme dans la digression électronique et planante de "Who Is Tim Durmah?". Même remarque concernant la conclusion "Mary Never Sings Our Songs", où la musique suit davantage les lignes d'une pop indé mélancolique et planante qui sait laisser respirer la musique en de longs passages expérimentaux, n'a pas peur du bruit, du grain sonore et affiche une certaine ambition dans la construction du morceau. Vraiment, c'est très beau. Et puis autant de beauté en 8 titres et 21 minutes, on ne peut qu'en redemander et appuyer sur replay instantanément. Pas mal de groupes indés récents ont trouvé dans la concision un moyen d'atteindre la perfection, et c'est tout à fait louable et souhaitable (pour ma part). C'est vraiment un superbe album qui me tient à coeur, une référence du genre, et je suis étonné de ne pas en avoir entendu plus parler que ça à sa sortie et depuis. Bref, si vous voulez réparer un peu cette injustice et rendre honneur à cet excellent disque qui le mérite (et qui aurait du être mieux couvert par la presse de l'époque), foncez l'écouter illico ! (A écouter ici)