Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes

mardi 11 février 2020

Pet Shop Boys - Hotspot (2020)



  Toujours se méfier des avis un peu hâtifs en pop. J'ai failli ranger un peu vite ce Pet Shop Boys avec leurs sorties précédentes, c'est à dire une série d'albums éminemment sympathiques mais assez inhomogènes, avec quelques tubes géniaux et un peu de remplissage, moins accrocheur ou plus daté niveau son. Mais celui-ci, même s'il n'est pas parfait, me semble plus complet, concis et réussi de bout en bout. 

Pet Shop Boys - Happy People (2020)

  L'intro n'a pas aidé, "Will-o-the-wisp" est en effet un gros banger EDM, pas très subtil, mais finalement à la réécoute ce gros son passe très bien et pose les bases emphatiques, bigger-than-life, d'un album qui réussit par instants à capturer à nouveau le panache maximaliste des grands titres des PSB. Qui fonctionne par exemple davantage que "Dreamland", titre plutôt mineur en collaboration avec le groupe électro-pop Years & Years, que je trouve assez surcotés et inintéressants.

  Dans le genre gros singles, "Happy People" est réussi, et j'ai tout de suite accroché à son ambiance hédoniste, sorte de mixe entre house à piano et vieille eurodance avec couplets parlés/rappés comme aux débuts du duo. La synthpop d'"I Don't Wanna" est également assez intemporelle, c'est un bon petit bonbon pop un peu dark sur les bords, à l'esthétique étrangement proche des regrettés Où Est Le Swimming Pool (c'est assez bluffant, mais ces derniers ont dû écouter pas mal de PSB à l'époque). Le disco revisité de "Monkey Business" est un autre grand moment de débauche, tandis que "Wedding In Berlin" pousse le pompier à des sommets dépassant de très loin les excès de "Go West", et son mauvais goût très anglais amuse beaucoup à défaut de convaincre musicalement.

Pet Shop Boys - Only The Dark (2020)

  Il y a également quelques ballades romantiques, comme l'autotune/piano à la prod clinique mais tendre de "You Are The One", très réussie dans son genre, et de la plus mièvre mais mignonne "Hoping For A Miracle". Ultra kitsch, "Only The Dark" pourrait faire fondre le coeur le plus endurci. Le mien coule en tous cas. "Burning the heather" surprend par son orientation pop-rock (beaucoup de guitares) et charme par ses petits détails (les cuivres gavés de reverb, le xylo...) et sa mélodie vocale angélique.

Pet Shop Boys - Burning The Heather (2020)

  C'est donc finalement un bon petit album du duo. Pas son meilleur, pas un indispensable, mais un petit exploit quand même après autant d'années et de morceaux ensemble, surtout dans un champ d'expression aussi compétitif et en évolution que la pop électronique. Globalement réussi, malgré quelques morceaux en dessous, le disque, concis, a quand même un sacré bon ratio et une belle poignée de pop songs irrésistibles. Une belle surprise.

Mes morceaux préférés : Happy People, You Are The One, Only The Dark, Burning the heather, Monkey Business

A écouter sur Spotify ou Deezer

Alex


lundi 10 février 2020

Cardo - Game Related (2020)


  Cardo est un producteur texan, capable de créer des tubes pour Drake ou Travis Scott comme de sortir des projets underground passionnés. Cet album en fait clairement partie. Accompagné MC talentueux, qui sont aussi en majorité des collaborateurs habituels (Payroll Giovanni, Kid HBK, Larry June), il a concocté un album fumeux, funky et laid-back avec ce Game Related.

Cardo - Intro (2020)

  Sorte de G-Funk modernisé par le rap actuel, avec un esprit underground et vaporeux, voire lo-fi, ce disque détourne le rap West Coast comme la vaporwave a pu déconstruire la pop mainstream 80's pour en faire un truc nouveau, planant, un peu cassé, et frais. Les morceaux parfaits dans ce genre s'enchaînent ("Intro", "Stacks On Deck"), avec parfois un clin d'oeil à DJ Mustard ("Stats", "Feel Good 2 Be a Hustla"), à l'électrofunk 80's ("Foreign Today", "Do Better", "Amg Snatchin'") ou au rnb 90's de Nate Dogg & co ("See U Hatin'"). 

  Les 3 MC ont une alchimie naturelle avec ces beats géniaux, saupoudrés de synthés joueurs ou psychédéliques et de basses profondes. Quelques morceaux un peu plus modernes dans la forme, mais nimbés dans la même esthétique rétro, parsèment la seconde partie du disque et lui redonnent un coup de mordant bienvenu ("Kayo with the Yayo flow", "Best Behavior").

Cardo - Foreign Today (2020)

  Pas grand chose à ajouter, c'est un album frais, fait avec amour et talent, qui tranche pas mal avec les sorties rap mainstream tout en étant pertinente avec une vague (de DaBaby à Sada Baby en passant par Detroit) qui redéfinit doucement les contours du genre.

Mes morceaux préférés : Intro, Stats, Stacks On Deck, Foreign Today


Alex


samedi 8 février 2020

Recondite - Dwell (2020)



  Recondite est un producteur techno allemand. Et comme on est sur un blog avec un lectorat plutôt pop-rock (désolé pour les chroniques rap, vous n'avez qu'à aimer aussi c'est votre faute), je tiens à insister pour que vous tentiez l'écoute quand même. Parce que ce qui vous passe sous les oreilles tout au long de ce Dwell est finalement assez proche des ambiances cold de Kraftwerk ou de la fin de Joy Division, du kraut planant d'Ashra ou Neu!, du Bowie ambient de Low voire des expérimentations cosmiques de Pink Floyd. C'est une musique très accessible, à la construction en couches successives assez évidente à l'oreille,  pas si loin de votre BO préférée, aux sons intrigants et pas repoussoirs, et finalement assez évocatrice et visuelle. Voilà, ça c'était pour vous donner envie, passons maintenant aux choses sérieuses.

Recondite - Dwell (2020)

  C'est du très, très haut niveau. Dès "Dwell", on est happés dans le disque. Le beat simple et efficace, le sonar insistant en arrière plan, les nappes, les notes type xylophone/glockenspiel, la basse acide, tout donne un côté maison hantée qui capte tout de suite l'attention. La suite est tout aussi impressionnante, de "Nobilia" à "Moon Pearl" en passant par "Black Letter" et "Cure" sont de vraies leçon de subtilité dans les arrangements, d'efficacité dans la construction, de narration musicale, et de sound design.

Recondite - Cure (2020)

  Les autres titres, atmosphériques et noirs ("Interlude 1" & "2", "Wire Threat", "Mirror Games", "Surface"), évoquent le meilleur de ce qu'on a pu entendre dans le genre, et sont là encore extrêmement cinématographiques. Et puis à la fin "Equal", plus lumineuse, apaisée quelque part entre Four Tet et Jamie xx, donne à ce grand album un épilogue ensoleillé.

Mes morceaux préférés : Dwell, Nobilia, Moon Pearl, Black Letter, Cure

Ecouter sur Spotify ou Deezer

Alex


jeudi 6 février 2020

Of Montreal - "UR FUN" (2020)



  Of Montreal, c'est un de mes groupes préférés de tous les temps, et même si leur âge d'or se situe probablement entre 2006 et 2012, ils n'ont jamais sorti un disque mauvais ou chiant, et j'ai particulièrement aimé leurs sorties depuis 2016, avec une direction plus synthétique et électronique et des influences plus 80's, tranchant avec le tournant glam-rock / folk qui m'avait moins convaincu même si responsable de quelques grands morceaux. Ce disque continue là-dedans, puisqu'il est directement influence par les tubes synthpop et power pop des années 80.

Of Montreal - Peace To All Freaks (2020)

  On retrouve la folie des arrangements et le génie mélodique de Kevin Barnes dès le premier morceau, le génial "Peace To All Freaks", qui ne tient pas en place et enchaîne sur un autre rouleau compresseur tubesque avec "Polyaneurism". Dans la course au toujours plus, "Gypsy That Remains" ferait pâlir les Pet Shop Boys et Elton John, et son montage chantilly plus que décadent est un délice. Après ça, la synthpop de "You've Had Me Everywhere" sonne presque sobre, et dans les faits c'est un superbe titre. 

Of Montreal - Polyaneurism (Clip, 2020)

  Entre rock de stade à la Queen et grosse électro qui tache, on a aussi "Get God's Attention By Being An Atheist", magnifiée par un pont façon rock indé 90's en milieu de morceau. Moins énorme, le glam plein de stupre de "Carmillas Of Love" fait également mouche, tandis que "Don't Let Me Die In America" plonge davantage dans les racines power pop du disque, et que "St Sebastian" explore la nu-disco. L'inclassable (Boogie blues-rock ? Folk ? Electro-pop ? Psyché ?) "Deliberate Self-Harm Ha Ha" offre une respiration bienvenue avant un final incroyable, "20th Century Schizofriendic Revengoid-man" entre Devo sous speed, glam, punk et solo de guitar hero. 

Of Montreal - You've Had Me Everywhere (2020)

  Sorte d'aboutissement de la période électro-pop récente et de synthèse avec le glam-rock du milieu de la décennie précédente, ce disque renoue par moments avec le tourbillon de créativité de Skeletal Lamping, et c'est assez miraculeux et jouissif.

Mes morceaux préférés : Peace To All Freaks, Polyaneurism, Gypsy That Remains, You've Had Me Everywhere

Ecouter sur Spotify ou Deezer ou Youtube

Alex


mardi 4 février 2020

070 Shake - Modus Vivendi (2020)


  Déjà pas mal suivie et respectée avant, 070 Shake a gagné une certaine hype suite à ses collaborations avec Kanye West en 2018. Cette notoriété nouvelle lui a sans doute permis d'avoir les moyens de réaliser un premier album, en tous cas d'avoir la confiance de G.O.O.D Music, label de Kanye dirigé par Pusha-T, ce qui a amené la jeune artiste à collaborer avec le producteur star du cru, le génial Mike Dean. De fait, on sent une vraie filiation entre Modus Vivendi et les travaux précédents de ce dernier avec West ou Travis Scott, et c'est un énorme compliment venant de moi.

070 Shake - Morrow (2020)

  Le LP démarre très fort, avec un enchaînement imparable : la planante et belle "Don't Break The Silence" qui se fond dans le prog-rock revisité sauce My Beautiful Dark Twisted Fantasy de "Come Around" puis dans la trap-rock crépusculaire façon Travis Scott du tubesque "Morrow". "The Pines" poursuit avantageusement dans la même veine, avec une ambiance western et frontière du Mexique grâce à un sample entêtant. Autre scotteries, "Microdosing" et "Under The Moon" font mouche (cette dernière, dans son orientation 80's, évoque aussi The Weeknd), tandis qu'on pense pas mal au mix chaméléon trap/rnb/pop/électro/soul de l'incontournable Ty Dolla Sign sur pas mal de bons titres ici, d'autant plus que beaucoup sont assez inclassables, comme "Nice To Have", "Flight319" et "Terminal B".

070 Shake - Divorce (2020)

  Entre rétrowave et hyperpop, "Guilty Conscience" étonne avec son gros son, et fonctionne plutôt bien, notamment grâce à des grosses 808 trap qui la relient au reste de l'album. La voix de Shake est également pour beaucoup dans l'identité du projet, passant du chant au rap de façon ultra fluide et utilisant avantageusement le traitement de ses vocaux par des effets bien gérés. Son grain éraillé donne un cachet à pas mal de titres, comme "Divorce", par ailleurs très intéressante entre ses nappes planantes, sa guitare bluesy et ses samples de percus. Maximaliste, la pop de 070 Shake sait doser le sucre et l'amertume jusqu'à se faire euphorisante ("Rocketship"), mais elle sait aussi sortir le gros banger bien sale s'il le faut ("Daydreamin").

070 Shake - Rocketship (2020)

  Le premier album de 070 Shake est donc un coup de maître, une oeuvre impressionnante, dense, mature, originale d'une artiste écorchée, avec une vision claire de ce qu'elle veut faire. 

Mes morceaux préférés : Come Around, Morrow, Microdosing, Divorce, Rocketship

A écouter sur Deezer ou Spotify

Alex


dimanche 2 février 2020

Field Music - Making A New World (2020)


  Vous vous souvenez peut-être que j'avais parlé de Field Music il y a deux ans, en effet, leur album de 2018 avait fini dans mon top de l'année, et il était en assez génial dans son genre. Du coup, j'attendais pas mal ce nouvel album, et je n'ai pas été déçu par ce Making a New World, album concept sur les conséquences de Première Guerre Mondiale, rien que ça, faisant de ce disque un Au-Revoir Là-Haut musical.

Field Music - Coffee Or Wine (2020)

  L'intro, "Sound Ranging"/"Silence", déstabilise, parce que ça démarre par une guitare, mais très vite des éléments free jazz et cold wave débarquent, et on ne sait pas si on va se retrouver sur une ambiance à la Bowie période Aladdin Sane, Berlin ou Blackstar, ou sur un disque du début des Cure. Une ambiance étrange s'installe, on ne sait pas ce qui va nous tomber dessus, on ne peut qu'être surpris par la suite, et c'est génial. Parce que du coup, "Coffee Or Wine" fait mouche, avec son piano martelé façon "Bennie & The Jets", sa composition entre pop, soul, rock et prog, ses arrangements glam et jazzy, entre Steely Dan et XTC. 

  Le disque est d'ailleurs parsemé d'interludes, souvent assez jazz et avec un feeling de cinéma des années 60 ("I Thought You Were Something Else"), parfois plus synthétique et planante voire kraut ("A Common Language", "If The Wind Blows Towards The Hospital", "An Independent State") parfois plus pop et déchirante ("From A Dream, Into My Arms") qui font à chaque fois mouche, en elle-mêmes déjà, et surtout en permettant d'installer une ambiance faisant le liant entre ces morceaux, ce qui permet à des joyaux comme "Between Nations", avec ses envolées épiques et son orgue insistant, de prendre une dimension épique méritée.

Field Music - Between Nations (2020)

  Le disque est également assez varié musicalement. Le post-punk / math-rock anguleux mais sautillant de "Best Kept Garden" façon Feelies a beaucoup de charme, de même que la glam jazzy façon Sparks de "A Shot To The Arm", ou la pop-folk de "A Change Of Heir", qui parle d'un pionnier de la chirurgie qui a fait grandement avancer les greffes de peaux en soignant les Gueules Cassées. Mais c'est bien la pop néo-80's qui caractérise le groupe (façon XTC, Kate Bush, Talking Heads, Neu!, Smiths...) qui reprend assez rapidement ses droits et forme le cœur du disque ("Do You Read Me?", "Beyond That of Courtesy", "Nikon"). 

Field Music - Only In a Man's World (2020)

  En fin de disque, le groupe exploite les facettes les plus funky et accessibles de ses influences (Peter Gabriel, Prince...) ; ainsi "Only In a Man's World" et "Money Is A Memory" sont de parfaits singles et clôturent ce disque avec panache, nous donnant envie d'y revenir. 

Field Music - Money Is A Memory (2020)

  C'est un album brillant, touchant, varié et dense mais accrocheur, je vous en recommande donc fortement l'écoute !

Mes morceaux préférés : Only In a Man's World, Money Is A Memory, Coffee Or Wine, Between Nations

A écouter sur Deezer ou Spotify ou Bandcamp

Alex


vendredi 31 janvier 2020

Mac Miller - Circles (2020)

  J'ai commencé à apprécier Mac Miller avec Swimming, son disque de 2018. Ne connaissant pas l'artiste, j'avais des a priori un peu nuls auparavant, m'étant arrêté sur sa tête de branleur et son phrasé un peu mou sur son feat avec Ariana Grande, que j'avais trouvé trop soporifique. Ce disque, pourtant, m'a fait comprendre que je me gourais complètement. Déjà, la musique était bonne, les singles accrocheurs et profonds, et surtout Mac était entouré d'une équipe de dingue autour de Thundercat, et leur funk liquide et psychédélique, teinté de nu-soul et de hip-hop, était stellaire. L'album est un quasi sans fautes. 

  Après ça, j'ai creusé un peu (c'est en cours, je suis loin d'avoir fini), et j'ai découvert que le gars était un sacré bon producteur ; je suis très fan de la tape de Vince Staples qu'il a composée sous le nom de Larry Fisherman. Et puis Mac Miller est mort. Overdose je crois bien. Une tragédie de plus, alors qu'il était en pleine ascension artistiquement et qu'il était sensé aller mieux ou en tous cas faire en sorte de le faire. Et là, début 2020, on annonce qu'un album est prêt, que c'est la suite de Swimming (le diptyque est nommé d'après l'expression "swimming in circles", nager en rond), et que ce Circles était déjà quasi fini avant l'OD de Mac, et que c'était l'excellent Jon Brion (compositeur de BO, ayant bossé avec Kanye West, of Montreal, Fiona Apple, Rufus Wainwright, Marianne Faithfull...), collaborateur principal de l'album, qui avait été en charge de le fignoler pendant quelques mois. Je suis peu friand d'albums posthumes, ça pue souvent le bricolage pour ramasser le max de sous et capitaliser sur un décès fatalement médiatisé, mais je dois avoué que ces quelques infos étaient plutôt rassurantes et que du coup, j'attendais pas mal ce disque, curieux de voir si c'était vraiment la nouvelle direction démarrée par le LP de 2018 qui allait se concrétiser, ou si on allait se retrouver avec des Faces B bricolées. Spoiler : c'est la première proposition qui était bonne, nous voici donc avec le digne successeur de Swimming, donc un très grand disque.

Mac Miller - Good News (Clip, 2020)

  Ce qui étonne d'abord, c'est la direction. S'éloignant de ses influences rap, c'est un album de singer/songwriter. C'est frappant dès l'intro, "Circles", chantée tranquillement d'une voix écorchée, sur une instru jazz/pop lounge et mélancolique. Le texte est brut, touchant, il parle d'un mec paumé, sans direction, ayant l'impression de tourner en rond, de faire du sur-place dans sa vie, et notamment sur certains aspects qu'il voudrait pouvoir améliorer mais sur lesquels il se sent incapable de progresser. Dans la même veine, "Good News" est un morceau de folk-pop portée par un ensemble guitares acoustiques / vibraphone / batterie jouée, et fait un superbe premier single pour l'album. "Everybody" est carrément une refonte du "Everybody's Gotta Live" d'Arthur Lee (du groupe Love), et il sonne comme les Beatles d'Abbey Road ou les meilleurs Harry Nilsson, tant la production et le son sont magnifiquement polis, tandis qu'on pense au dénuement émotionnel du John Lennon / Plastic Ono Band pour l'interprétation brute et déchirante.

Mac Miller - Everybody (2020)

  Quelques détours par l'électro-pop dynamisent pas mal l'album, notamment les excellentes "Complicated" (assez funky) et "Blue World" (produite par Guy Lawrence de Disclosure sur un sample doo-wop du "It's A Blue World" des Four Freshmen). 

Mac Miller - Blue World (2020)

  "I Can See" est plus nu-soul/rnb, on pense pas mal aux prods des Neptunes sur l'intro (notamment la rythmique), tandis que le refrain est plus soul (au passage, les choeurs sont d'Ariana Grande). Entre Pharrell , Dr Dre et Frank Ocean, "Hands" étonne et réussit sa prise de risque. Plus psychédélique, mais tout aussi rnb, la mélancolique "Woods" décrit une relation condamnée en réimaginant "Throw Some D's" par Rich Boy.

  Un poil moins indispensable, "Hands Me Down", avec son refrain chanté par Baro, tombe un peu dans le mielleux, mais la direction folk-pop sobre et la qualité supérieure de "That's On Me" nous la font vite oublier, et la fin d'album est globalement réussie, avec la belle et douce ballade folk "Surf", puis la délicate pop électronique de "Once A Day", dont les vocaux ont été enregistrés sur téléphone , donnant un côté intimiste et lo-fi à l'ensemble.

Mac Miller - Complicated (2020)

  Vous aurez compris à ce stade que j'ai peu de réserves sur ce disque, à la direction dépouillée assez inattendue et désarmante, et aux chansons magiques, aussi tristes que belles. C'est probablement un des meilleurs albums posthumes qui soient, le fait que tout était quasi fini avant le décès de Mac fait peu de doutes tant ces quelques morceaux sont propres, cohérents entre eux et forment un tout plus grand que la somme de ses parties. Jon Brion était le collaborateur parfait pour un projet de ce type, et il s'est surpassé ici, sublimant la vision de Miller. Pas de doute, le premier grand disque de la décennie est là.

Mes morceaux préférés : Blue World, Complicated, Everybody, Good News, I Can See...

Ecouter sur Spotify ou Deezer

Alex