Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes
Affichage des articles dont le libellé est Glam Rock. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Glam Rock. Afficher tous les articles

mercredi 8 avril 2020

James Righton - The Performer (2020)

  Introduit par un single homonyme au son glam 70's, The Performer est un album de dandy rock, quelque part entre Bowie, Marc Bolan, Roxy Music, Scott Walker et Pulp, terrain récemment pas mal revisité par Arctic Monkeys, Richard Hawley, Sébastien Tellier, LA Priest, The Last Shadow Puppets ou Metronomy avec des approches différentes. Vous noterez pas mal de noms anglais parmi ceux-ci, et vous aurez bien raison puisque James Righton est l'ancien membre (et chanteur) de The Klaxons,  un des plus gros et des plus novateurs groupes de rock d'outre-Manche à avoir éclot à la fin des années 2000. D'ailleurs, le second album du groupe, le très très bon et injustement sous-coté Surfing The Void (2010) était très rock à sa façon, dans un style plus sombre, abrasif et psychédélique. 

James Righton - The Performer (Clip, 2019)

  Ce disque enchaîne les pépites pop-glam, comme le flamboyant "The Performer", le très frais et sophistiqué "See The Monster", et les bonbons de pop synthétique ("Edie", "Devil Is Loose", "Are You With Me?") et de sunshine pop ("Start"), tout en les entrecoupant d'interludes jazzy "Lessons In Dreamland Pt.1" et de douceurs comme "Heavy Heart" et "Lessons In Dreamland Pt.2".

James Righton - Edie (Clip, 2020)

  C'est un très beau premier album solo (après une BO sensible sortie l'an dernier), qui vaut vraiment le détour si vous êtes fan de pop anglaise sophistiquée, un peu baroque et bien arrangée.

Mes morceaux préférés : The Performer, Edie, See The Monster, Start


Alex


jeudi 6 février 2020

Of Montreal - "UR FUN" (2020)



  Of Montreal, c'est un de mes groupes préférés de tous les temps, et même si leur âge d'or se situe probablement entre 2006 et 2012, ils n'ont jamais sorti un disque mauvais ou chiant, et j'ai particulièrement aimé leurs sorties depuis 2016, avec une direction plus synthétique et électronique et des influences plus 80's, tranchant avec le tournant glam-rock / folk qui m'avait moins convaincu même si responsable de quelques grands morceaux. Ce disque continue là-dedans, puisqu'il est directement influence par les tubes synthpop et power pop des années 80.

Of Montreal - Peace To All Freaks (2020)

  On retrouve la folie des arrangements et le génie mélodique de Kevin Barnes dès le premier morceau, le génial "Peace To All Freaks", qui ne tient pas en place et enchaîne sur un autre rouleau compresseur tubesque avec "Polyaneurism". Dans la course au toujours plus, "Gypsy That Remains" ferait pâlir les Pet Shop Boys et Elton John, et son montage chantilly plus que décadent est un délice. Après ça, la synthpop de "You've Had Me Everywhere" sonne presque sobre, et dans les faits c'est un superbe titre. 

Of Montreal - Polyaneurism (Clip, 2020)

  Entre rock de stade à la Queen et grosse électro qui tache, on a aussi "Get God's Attention By Being An Atheist", magnifiée par un pont façon rock indé 90's en milieu de morceau. Moins énorme, le glam plein de stupre de "Carmillas Of Love" fait également mouche, tandis que "Don't Let Me Die In America" plonge davantage dans les racines power pop du disque, et que "St Sebastian" explore la nu-disco. L'inclassable (Boogie blues-rock ? Folk ? Electro-pop ? Psyché ?) "Deliberate Self-Harm Ha Ha" offre une respiration bienvenue avant un final incroyable, "20th Century Schizofriendic Revengoid-man" entre Devo sous speed, glam, punk et solo de guitar hero. 

Of Montreal - You've Had Me Everywhere (2020)

  Sorte d'aboutissement de la période électro-pop récente et de synthèse avec le glam-rock du milieu de la décennie précédente, ce disque renoue par moments avec le tourbillon de créativité de Skeletal Lamping, et c'est assez miraculeux et jouissif.

Mes morceaux préférés : Peace To All Freaks, Polyaneurism, Gypsy That Remains, You've Had Me Everywhere

Ecouter sur Spotify ou Deezer ou Youtube

Alex


dimanche 2 février 2020

Field Music - Making A New World (2020)


  Vous vous souvenez peut-être que j'avais parlé de Field Music il y a deux ans, en effet, leur album de 2018 avait fini dans mon top de l'année, et il était en assez génial dans son genre. Du coup, j'attendais pas mal ce nouvel album, et je n'ai pas été déçu par ce Making a New World, album concept sur les conséquences de Première Guerre Mondiale, rien que ça, faisant de ce disque un Au-Revoir Là-Haut musical.

Field Music - Coffee Or Wine (2020)

  L'intro, "Sound Ranging"/"Silence", déstabilise, parce que ça démarre par une guitare, mais très vite des éléments free jazz et cold wave débarquent, et on ne sait pas si on va se retrouver sur une ambiance à la Bowie période Aladdin Sane, Berlin ou Blackstar, ou sur un disque du début des Cure. Une ambiance étrange s'installe, on ne sait pas ce qui va nous tomber dessus, on ne peut qu'être surpris par la suite, et c'est génial. Parce que du coup, "Coffee Or Wine" fait mouche, avec son piano martelé façon "Bennie & The Jets", sa composition entre pop, soul, rock et prog, ses arrangements glam et jazzy, entre Steely Dan et XTC

  Le disque est d'ailleurs parsemé d'interludes, souvent assez jazz et avec un feeling de cinéma des années 60 ("I Thought You Were Something Else"), parfois plus synthétique et planante voire kraut ("A Common Language", "If The Wind Blows Towards The Hospital", "An Independent State") parfois plus pop et déchirante ("From A Dream, Into My Arms") qui font à chaque fois mouche, en elle-mêmes déjà, et surtout en permettant d'installer une ambiance faisant le liant entre ces morceaux, ce qui permet à des joyaux comme "Between Nations", avec ses envolées épiques et son orgue insistant, de prendre une dimension épique méritée.

Field Music - Between Nations (2020)

  Le disque est également assez varié musicalement. Le post-punk / math-rock anguleux mais sautillant de "Best Kept Garden" façon Feelies a beaucoup de charme, de même que la glam jazzy façon Sparks de "A Shot To The Arm", ou la pop-folk de "A Change Of Heir", qui parle d'un pionnier de la chirurgie qui a fait grandement avancer les greffes de peaux en soignant les Gueules Cassées. Mais c'est bien la pop néo-80's qui caractérise le groupe (façon XTC, Kate Bush, Talking Heads, Neu!, Smiths...) qui reprend assez rapidement ses droits et forme le cœur du disque ("Do You Read Me?", "Beyond That of Courtesy", "Nikon"). 

Field Music - Only In a Man's World (2020)

  En fin de disque, le groupe exploite les facettes les plus funky et accessibles de ses influences (Peter Gabriel, Prince...) ; ainsi "Only In a Man's World" et "Money Is A Memory" sont de parfaits singles et clôturent ce disque avec panache, nous donnant envie d'y revenir. 

Field Music - Money Is A Memory (2020)

  C'est un album brillant, touchant, varié et dense mais accrocheur, je vous en recommande donc fortement l'écoute !

Mes morceaux préférés : Only In a Man's World, Money Is A Memory, Coffee Or Wine, Between Nations

A écouter sur Deezer ou Spotify ou Bandcamp

Alex


mercredi 24 juillet 2019

Cate Le Bon - Reward (2019)


  Le disque commence merveilleusement, avec un riff de synthé immédiatement mémorable, du saxo, un beat discret et un sample électronique obsédant comme un mantra, sur la géniale "Miami". D'entrée de jeu, on sent qu'on s'est un peu écartés de l'art-rock génialement déviant, inspiré par Eno, qu'on connait de Cate Le Bon. Pas tant que ça dans la qualité et l'originalité de son art, qui restent au sommet, mais dans la forme, plus accessible au plus grand nombre, plus assurée aussi. Avec davantage d'évidence, et tout autant de beauté bizarre. Comme finalement assez peu de gens savent le faire à ce niveau (on pense à Connan Mockasin, LA Priest, Steve Lacy...).

Cate Le Bon - Miami (2019)

  Un petit côté californien, songwriter, s'empare alors de ce disque ("Daylight Matters", "Home to You", "The Light"), entre Neil Young, NicoEleanor Friedberger, Girls, Joni Mitchell, Whitney, Radiation City... Une certaine gravité, une maturité désabusée, teintent alors la musique de Le Bon ("Here It Comes Again").

  On retrouve quelques titres plus underground dans leur approche, comme le glam psyché, funky et déviant de "Mother's Mother's Magazine", pas si loin d'Eno, de Devo, des Sparks et Roxy Music, de Kate Bush, de Lou Reed, Iggy Pop et Bowie. Dans le même genre, "Sad News" est une franche réussite, assez théâtrale, comme un morceau des Brazilian Girls en moins synthético-électronique, et "Magnificent Gestures" est délicieusement perchée.

Cate Le Bon - Daylight Matters (Clip, 2019)

  L'album finit sur une note quasiment discoïde (la géniale "You Don't Love Me", sorte d'ABBA sous influence Syd Barrett) puis carrément expérimentale, évoquant et déconstruisant l'intro du disque ("Meet The Man"), pour construire une structure circulaire assez fascinante. 
  Un très bon album que je recommande donc chaudement vous l'aurez compris.

Mes morceaux préférés : Miami, Daylight Matters, Mother's Mother's Magazine, You Don't Love Me, Meet The Man

Ecouter sur Deezer et Spotify

Alex


mercredi 8 mai 2019

Foxygen - Seeing Other People (2019)


  Pour ce qui a été annoncé comme le dernier album (à prendre avec des pincettes) d'un des groupes chouchous de ce blog, les Foxygen (Sam France au chant, Jonathan Rado à la prod) se sont inspirés de la période 80's, adulte et un peu paumée de leurs héros 60's (Stones, Dylan, Iggy Pop, Neil Young, etc...). 

  Dès "Work", il est question de se repoudrer le nez sur une musique proche du glam discoïde d'un des meilleurs Stones, Some Girls, avec moults interventions musicales inattendues (du scratch, une cloche façon "Psyché Rock"...) mais avec une mélodie et un groove immédiatement accrocheurs et une construction plus linéaire que nombre de morceaux du groupe. Le côté "rock stars décadentes qui font du disco" s'intensifie sur l'excellente "Mona", qui a un côté très moderne puisque pas mal de groupes plus récents (Strokes, Phoenix, Sports, Virgins, MGMT...) ont déjà balisé ce terrain, mais le résultat est bluffant, vocalement comme musicalement, là encore c'est d'une évidence jouissive et intemporelle. Le côté smooth, très structuré, très pop, avait été annoncé par le premier (et excellent) single, "Livin' A Lie", au texte malin décortiquant la dissonance entre l'image que renvoient les groupes de rock et leur "vraie" vie, sur une musique belle et richement arrangée.

Foxygen - Livin' A Lie (Clip, 2019)

  Un peu plus glam, avec des entournures prog-pop façon Supertramp, Genesis ou Electric Light Orchestra, "Seeing Other People" excelle également dans un genre pas mal décrié par la critique rock, cette pop de la fin des 70's et du début des 80's, sortie du prog, ayant joué des trucs pas loin du jazz mais fascinée par les grosses mélodies, la réverb de 15km sur la batterie et les synthés qui font pouet pouet. Alors qu'objectivement, c'est génial. "News" prolonge ce côté synthpop aux détours alternativement prog et funky, et c'est encore une grande chanson.

  Encore plus glam (niveau exubérance, on se rapproche de Queen et Elton John), "The Thing Is" enthousiasme immédiatement. Un morceau comme "Flag at Half-Mast" est un joli cadeau pour les fans, reliant tous les albums de Foxygen tant dans son style musical que dans son discours assez méta, et fait écho à ce que le groupe a déjà dit en interview : "Foxygen est davantage une performance artistique élaborée qu'un groupe de rock".

  Le clou de ce disque, c'est l'autre single, "Face The Facts", encore un disco-rock décadent, mais avec des idées pour remplir 5 autres chansons, entre un break de guitare saturée déglingué, une mélodie façon Rick Astley, un refrain ultra-chelou aux voix trafiquées et aux synthés dissonants comme chez PC Music. C'est du génie pur, à la limite de l'escroquerie, ce qui n'en rend le casse que plus beau. 

  C'est néanmoins à la bien-nommée "The Conclusion", qui doit pas mal au P-Funk, que revient l'honneur de clôturer ce magnifique album sur une touche assez émouvante, sorte d'orgie art-pop que seuls la fin des 60's et le début des 70's nous ont offert, et parfait épilogue (potentiel) à la discographie d'un groupe unique. J'avais adoré chacun de leurs albums, et je pense que celui-ci a le potentiel de devenir mon préféré, c'est dire s'il est bon.

Mes morceaux favoris : Work, Mona, Face The Facts, News, Livin' A Lie

Ecouter sur Deezer ou Spotify

Alex


samedi 4 mai 2019

King Gizzard & The Lizard Wizard - Fishing For Fishies (2019)


  Les fous furieux King Gizzard reviennent après une petite période de pause qui a paru une éternité aux amateurs du groupe, ultra prolifique. Et c'est avec un disque posé, assez pop, qu'ils font leur retour. En effet, ce Fishing For Fishes a pour ambition d'être un disque de boogie modernisé, et vous allez voir que le disque est construit comme un long crescendo vers plus de rock et plus de modernité. 

  On retrouve en effet des influences country et folk-rock updatées par des effets vocaux, des nappes de synthé et un parti pris psychédélique dès l'introductive "Fishing For Fishes", très beau morceau au passage. Qui enchaîne sur le boogie glam-rock de "Boogieman Sam", entre T Rex, Dr Feelgood et ZZ Top, puis sur la pop jazzy et ultra rythmée de "The Bird Song", autre grand moment. Je suis moins fan de "Plastic Boogie", plus avare en idées et un peu criarde, mais "The Cruel Millenial" remonte un peu le niveau sans pour autant faire partie des coups de génie du disque (tout ça est subjectif). 

King Gizzard & The Lizard Wizard - Fishing For Fishes (Clip, 2019)

  En revanche, la fin du disque est top, avec la pop très british de "Real's Not Real", le boogie accrocheur de "This Thing", un peu jazzy, pop et disco et à la limite du prog (rien que ça). Puis la transe d'"Acarine" électronifie encore davantage tout ça de manière très naturelle, passant de T Rex à Ashra puis à de la trance progressive d'une façon ultra fluide. Tout ça pour finir en apothéose sur mon morceau préféré du disque, "Cyboogie", boogie cosmique, synthétique et discoïde, génial et accrocheur de bout en bout, gavé de bonnes idées et de sons cool.

King Gizzard & The Lizard Wizard - Cyboogie (Clip, 2019)

  Vous l'aurez compris, à un morceau près, on n'est pas passés loin du perfect, mais ça n'empêche pas ce Fishing For Fishies d'être un très bon cru. L'idée de moderniser le rock "boogie" n'était pas facile à réaliser sans tomber dans des dizaines de travers différents, mais le groupe a réussi à en faire quelque chose de frais, fun et qui donne envie de sauter partout (en allant les voir en live si possible). Mission accomplie !

Mes morceaux préférés : Fishing For Fishes, Acarine, Cyboogie

Ecouter sur Spotify ou Deezer

Alex

mercredi 28 novembre 2018

Sealings - Scum / The Sound Of Music (2018)


  Après I'm A Bastard (2015), que j'avais adoré (et même classé parmi mes albums préférés de l'année), les anglais Sealings reviennent avec la même intensité sur un SCUM / THE SOUND OF MUSIC (sorti chez GOB Nation, label punk basé à Brighton) qui se révèle largement à la hauteur de son pourtant parfait prédécesseur. 

  Guitares bruitistes, basse grondante, boîtes à rythme, bruit blanc, chant d'outre tombe, post-punk, rock gothique, soupçons de glam dévoyés, indus sans concessions : ce cocktail sombre est magnifié par un génie de la dramaturgie certain ("Asda" pose l'ambiance crépusculaire d'entrée de jeu), et par un sens des gimmicks obsédants incontestable (la psyché "Sports", avec un synthé/orgue bien dark). On a même quelques échos d'une synthpop rudimentaire, proche de Suicide et du plus sombre de Depeche Mode, avec de petites touches de The Cure et plus récemment The Horrors ("Having A Dream"), même si là encore une guitare viscérale vient pervertir le tout comme chez les Cramps.

Sealings - Sports (Clip, 2018)

  Ce côté psyché, façon Black Angels également dans l'utilisation de la répétition et d'une esthétique sombre et plombée, donne un certain relief aux morceaux, et une certaine intemporalité, une profondeur, une patine que la plupart des disques n'acquièrent qu'avec deux ou trois décennies dans les pattes ("Charnel Ground"). Et cette alternance entre titres lents et graves (tels "Hanger Lane" et "Charnel Ground") et rythmiques ultra rapides davantage indus (comme "No Telephones" ou "Church") contribue à la construction très efficace de l'album. On notera également sur ces chansons que le groupe, loin d'être seulement un enfant de la post-punk gothique, est plutôt un grand esthète de la pop et du rock de manière générale, avec de petites allusions à des motifs surf, western ou rockabilly jouée par les guitares. 

  En tous cas, l'urgence est toujours là (lancinante "No Justice In The Streets", qui se sert de la synthpop comme base rythmique à un tourbillon de rock psyché agressif comme chez La Femme des débuts) et ne redescend pas tout au cours de l'album. On atteint même des sommets presque Stooges sur un titre comme "Leisure", free punk incontrôlable, sauvage et défouloir mais extrêmement bossé tout de même, sur lequel on ressent l'énergie du live. 

  Dans sa construction, ses sonorités noires, intransigeantes et fidèles à l'esprit post punk/gothique/indus du groupe, ou son exécution vigoureuse, la musique de Sealings est toujours excellente, et ce disque est le digne successeur à la claque de 2015 (I'm A Bastard). 

Mes morceaux préférés : Sports, Having A Dream


Alex



  

lundi 28 mai 2018

DRINKS - Hippo-Lite (2018)


  DRINKS est un duo formé de Tim Presley et Cate Le Bon. Le premier est un songwriter américain enregistrant sous son nom, caché derrière l'alias White Fence ou avec Ty Segall (Hair en 2012, un album à paraître cette année). La seconde est une musicienne galloise, partageant une même esthétique avant-gardiste, intellectuelle et punk à la fois (qu'on peut résumer par le terme art rock) avec son compatriote John Cale, et qui a marqué les esprits avec le très bon Crab Day (2016). Et même si ces artistes ont créé des choses qui me plaisent (surtout Le Bon), il manquait toujours à leurs œuvres une petite étincelle pour entraîner plus qu'une approbation raisonnée à leur musique. Ce petit truc, ils l'ont trouvé ensemble, en duo, avec cet album (sorti chez Drag City) qui arrive à être bien plus que la somme de ses parties.

  Dans un registre allant de comptines psyché-folk douces à la Syd Barrett ou Kevin Ayers ("Blue From The Dark", "You Could Be Better") jusqu'à un funk-rock déglingué évoquant Nico, Devo, The Sparks, The B-52s et les Talking Heads ("Corner Shops", Real Outside"), ils explorent tout ce que l'art rock a apporté de meilleur, du glam à l'indie rock (le côté Magnetic Fields de "Greasing Up") en passant par le post-punk. En poussant parfois le bouchon de l'absurde, ils atteignent presque le niveau de surréalisme des Residents ("Ducks", hommage au génial Duck Stab de ces derniers ?), et leurs digressions psychédéliques arythmiques à la Frank Zappa ou Captain Beefheart ("Leave The Lights On") voire Brian Eno post-Roxy Music ("Pink or Die") sont en général bienvenues.

DRINKS - Corner Shops (Clip, 2018)

  Avec une mise en son à la fois lo-fi et pure, entrecoupant les morceaux d'interludes synthétiques plaisants, ils optent pour un minimalisme salvateur qui les sauve de la surdose généralisée souvent associée à la démarche avant-gardiste. Quelques instrumentaux simples, apaisés, comme "I The Night King" et son field recording réconfortant, permettent en outre des pauses bienvenues. 

  C'est donc un album réussi de la part du duo Cate Le Bon / Tim Presley, qui arrive à être bien plus que la somme de ses parts et trouve dans un art rock dérangé mais sachant rester minimaliste un terreau fertile à de joyeuses et appréciables expérimentations pop. 

A écouter sur Spotify ou Deezer 

Alex


dimanche 27 mai 2018

King Tuff - The Other (2018)


  Kyle Thomas alias King Tuff, aux nombreux projets, dont le plus récent était la participation aux Muggers de Ty Segall, vient de sortir chez Sub Pop ce disque beau et singulier. Ébranlé par le suicide d'un ami proche, il a appelé ses ex-collègues Ty Segall, Mikal Cronin et Charlie Moothart à la rescousse pour l'aider à enregistrer cet album cathartique, produit par Shawn Everett (The Voidz, The War On Drugs). Cette peine est particulièrement audible dans la magnifique et infiniment triste "The Other", entre désespoir façon Big Star de Third/Sister Lovers (1978), folk psychédélique et pop mise à nue comme chez John Lennon. Un vrai chef-d'oeuvre. 

King Tuff - The Other (Clip, 2018)

  Mais il n'a pas oublié que son personnage foutraque et flamboyant était avant tout une bête de scène glam, et noie ainsi ce chagrin dans d'éblouissantes jam proches du travail de Roy Wood ("Raindrop Blue"), ou Marc Bolan ("Thru the Cracks"), empruntant même parfois des rythmiques funky ("Psycho Star"). Des claviers quasi P-Funk colorent même le psyché "Neverending Sunshine".

King Tuff - Psycho Star (Clip, 2018)

  Le folk-rock un peu fou qui compose son album sur des titres comme "Infinite Mile" évoquera davantage Beck, avec de petits accents glam pas si loin de la période roots d'of Montreal, tandis que "Birds Of Paradise", "Ultraviolet" ou la très Segall "Circuits in the Sand" ont un côté british assez marqué. On retrouve cette intensité rock sur le final "No Man's Land".

  Un bon album, avec quelques très grandes réussites et sans trop de baisses de régime même si tout n'est pas aussi inspiré que "The Other". A écouter si vous êtes client de cette scène californienne constituée autour des Oh Sees et de Ty Segall, ou si vous aimez simplement le rock.

Ecouter sur Spotify ou Deezer

Alex


mardi 15 mai 2018

Arctic Monkeys - Tranquility Base Hotel + Casino (2018)


  En voilà un qui divise. Après leur conquête des US grâce au rock de stade de l'inégal AM (2013), plutôt solide, doté de quelques singles alléchants mais un peu gras dans l'ensemble, le groupe a acquis une dimension internationale nouvelle, notamment outre-atlantique donc (Amérique du Sud comprise). Une tournée triomphale plus tard, ce groupe qui a toujours été "gros" en Europe se retrouve donc à sortir un disque immédiatement classé parmi les albums les plus attendus de l'année, une grosse pression que le groupe admet avoir ressentie, notamment le chanteur, guitariste et compositeur Alex Turner, qui a eu un "syndrome de la page blanche" en essayant de créer un "AM partie 2", puis en ne trouvant pas immédiatement de nouvelles directions après avoir réalisé que ce serait une impasse.  

  Pour trouver cette nouvelle décision, il a fait des choix radicaux. Premièrement, plus de chansons d'amour, thème dont il pense avoir fait le tour pour le moment, mais des textes narratifs, racontant des histoires situées dans un univers de science fiction dystopique, un hôtel/casino au luxe décadent, situé sur la Lune et réservé aux ultra-riches (concept inspiré par le cinéma et la littérature SF). Ces textes, très libres et directs, sont truffés de digressions aux accents personnels ou vaguement politiques dans une structure très peu rigide, ce qui amène Turner à comparer ces textes avec ceux du premier album des Monkeys. Ils ont également influencé le visuel du disque, avec une patine rétro-futuriste vintage, et le look du groupe façon rockstars décadentes, assez affreux mais adapté, belle preuve de second degré.

Arctic Monkeys

  Deuxième choix, des influences plus pop (Pet Sounds des Beach Boys), voire jazz, soft rock, glam, prog, soul vintage, pop orchestrale à la Scott Walker ou lounge. Matérialisée très concrètement dès la composition puisque pour la première fois, Turner a tout composé au piano plutôt qu'à la guitare. Le rendu est plus proche de l'autre groupe du chanteur, les Last Shadow Puppets, et notamment du charme vintage et chatoyant de leur dernier album, l'excellentissime Everything You've Come To Expect (2016). Autre particularité : cet album aurait pu être un disque solo de Turner au départ, mais ce dernier a fait écouter ses démos au autres Monkeys, qui ont jugé après une longue réflexion que ces chansons pouvaient être leur futur album, et ont donc été impliqués plus tardivement dans sa conception, ce qui peut là encore les rapprocher du travail des Beach Boys qui eux aussi découvraient en rentrant de tournée des œuvres quasi finies de Brian Wilson qu'ils allaient réinterpréter en groupe. Autre particularité, l'excellent batteur Matt Helders ayant moins à faire techniquement derrière ses fûts (même si son travail ici est une merveille de subtilité), il a également pris le nouveau rôle de claviériste, qu'il tient également à merveille.  

Alex Turner

  Et c'est avec la magnifique "Star Treatment" que cet album démarre. Les inspirations sont claires : easy listening 70's, sunshine pop sophistiquée (à la Sagittarius) soul aérienne tranquille (Curtis Mayfield, Isaac Hayes, Minnie Riperton...), et vocalement, l'idole de toujours du groupe de Sheffield, le plus grand crooner de notre siècle, Richard Hawley. Le morceau est magnifique, le texte drôle, la production et le son gratifiants, un titre digne du plus smooth des Last Shadow Puppets en somme. Qui me permet d'introduire une constante de l'album : la basse d'O'Malley est un énoooorme point fort, son jeu est d'une justesse et d'une finesse peu communes. D'ailleurs, on sent musicalement que le groupe s'est éclaté sur ce morceau en particulier, et c'est très agréable. 


  La très pop "One Point Perspective" et son piano sautillant, très Brian Wilson, est également un gros point fort : la basse est énorme, et avec la guitare élégante de Cook, elles mettent en valeur la diction unique de Turner, dans un registre étonnamment rnb, avec un côté irréel presque Amy Winehouse. Dans un registre plus glam, proche de Bowie, avec un petit côté psychédélique, "American Sports" est également une réussite totale, prolongée dans l'esprit par la superbe "Tranquility Base Hotel & Casino", durant laquelle Turner expérimente de façon réussie avec son chant, lui donnant un côté blues blanc assez intéressant. Ce début d'album est un sans faute dans cette nouvelle direction.

  Pas aussi incroyable mais tout de même sympathique, le milieu d'album ne démérite pas, que ce soit "Golden Trunks", magnifiée par une guitare charismatique, le très Pet Sounds "The World's First Ever Monster Truck Front Flip", la psychédélique et instable "Science Fiction". C'est "Four Out Of Five" qui sort du lot, avec son côté Gainsbourg à la fois sombre et hyper accrocheur, et des légères touches de la flamboyance d'Iggy Pop vocalement, faisant écho au dernier album de ce dernier (Post Pop Depression, 2016) produit par le collaborateur régulier des Arctic Monkeys, Josh Homme.

Arctic Monkeys - Four Out Of Five (Live, Tonight Show, 2018)

  La fin de l'album est plus sombre, et assez mémorable, avec le glam noir et décadent de la plus que sympathique "She Looks Like Fun", le piano grandiloquent et les synthés rétrofuturistes syncopés, entre funk, blues et prog, de l'excellente "Batphone", et pour finir la ballade de crooner définitivement très Hawley et plutôt bonne, "The Ultracheese", pas très originale ni intense mais sympathique également.

  Pour conclure, c'est un album globalement très réussi, loin de ce qu'on a pu lire dans les commentaires d'une presse américaine ayant souvent découvert le groupe en 2013 et n'ayant rien compris aux Last Shadow Puppets, ou dans les avis de fans de rock qui voulaient les mêmes gros riffs d'AM encore et encore, et glorifient cet album qui pourtant est sûrement le moins bon du groupe (même s'il reste bon et que je l'aime bien globalement). La direction easy listening est étonnante pour le groupe, mais logique lorsqu'on connaît les autres projets de Turner en solo, à la production du disque d'Alexandra Savior, ou avec Miles Kane et les Puppets, et même en omettant cela, le côté crooner était finalement bien annoncé par les ballades du précédent album. Les influences soul font mouche grâce à des vocalises classes et une basse imparable, la coloration pop avec ses nombreux claviers et ses cordes apportent une densité sonore bienvenue, et la noirceur glam du piano et de la guitare achèvent de rendre ce disque bien intéressant. Et dire ça, c'est oublier que le chant de Turner ainsi que ses textes valent encore le détour. Alors certes, ce n'est probablement pas le meilleur disque des Arctic Monkeys, mais c'est une grande réussite, un virage pris avec talent, loin de ce qu'on a pu lire ici ou là. Mais faites vous votre avis par vous même (et donnez le nous en commentaire tant qu'à faire !), grâce aux liens d'écoute ci-dessous :

Ecouter sur Spotify ou Deezer

Bonne écoute, merci pour votre lecture et vos commentaires

Alex

mercredi 9 mai 2018

Iceage - Beyondless (2018)


  Le groupe post-hardcore danois Iceage nous avait laissé en 2014 son magnum opus, le magnifique Plowing Into The Field Of Love, sur lequel leur son s'était volontiers fait davantage post-punk, entre touches de glam et noirceur gothique. C'est dans cette veine plus accessible mais tout autant vénéneuse, si ce n'est plus encore, que se situe ce Beyondless

  Entre poésie noire et punk référencé, "Hurrah" fait penser à Johnny Thunders & The Heartbreakers mais surtout aux Saints aventureux d'Eternally Yours, et sa suite "Pain Killer" utilise les cuivres sur du punk comme les australiens le faisaient en 1978 sur "Know Your Product". Mais "Pain Killer" n'est pas que ça, ce croisement entre fureur, classic rock, chaleur Motown et chant pop grâce à la présence vocale de Sky Ferreira, permettant d'assouvir le double penchant avoué du chanteur Elias Bender Ronnenfelt pour l'underground sombre et lettré et pour la flamboyance des plus grosses rockstars. Un peu à la manière de Nick Cave, qui réalise la synthèse des deux mondes. 

Iceage & Sky Ferreira - Pain Killer (2018)

  Ces cuivres sont réutilisés avec brio sur la très Stooges période Fun House "The Day The Music Dies", d'abord comme contrepoint soul-rock au garage limite psyché, avant de virer free jazz (une des influences déterminantes de l'album, amenant cette instrumentation nouvelle). 

Iceage - The Day The Music Dies (Clip, 2018)

  Sur "Plead The Filth", le blues et la folk dénaturés par le groupe voient également les instruments inhabituels (piano, guitare folk, xylophone) se succéder dans le maëlstrom formé par la guitare, la basse et la batterie, servant de tapis (d'échardes) au chant de Ronnenfelt décidément très Iggy Pop par moments. La quasi country/folk bluesy et déviante de "Thieves Like Us" opère de la même façon, dans un registre plus proche des Doors, ambiance que l'on retrouve sur la pop de saloon absurde de "Showtime", étrangement cousine, d'une façon indirecte, du travail de Foxygen

  Plus loin, c'est entre un folk oblique à la XTC, un chant à la Robert Smith de The Cure (influence déterminante tout au long de l'album), une no wave bruitiste et agressive à la Sonic Youth et un free jazz en roue libre qu'il faut chercher les inspirations de la déstabilisante et géniale "Under The Sun", véritable petit monument qui claquerait le bec à n'importe quel passéiste du genre et petit miracle d'équilibre créatif. Cette veine de psychédélisme sombre et de romantisme gothique s'épanouit à merveille sur "Catch It", mélancolique, prenante et belle. 

Iceage - Catch It (Clip, 2018)

  C'est au shoegaze planant et dense de My Bloody Valentine qu'on pensera sur la plombée "Beyondless" et sur "Take It All" (et à la musique irlandaise un peu également sur cette dernière), preuve de l'immense source d'influences digérées par le groupe et de la variété incroyable de leur son. Cette vitalité et ce bouillonnement sont particulièrement bien illustrés sur la pochette, entre coupe histologique, magma d'une composition inconnue, et art contemporain.

Iceage - Take It All (2018)

  C'est un album volcanique, empli de fureur, de mélancolie, d'urgence et de beauté qu'on doit à Iceage, confirmant la belle lancée du groupe après la réussite du précédent en 2014, et asseyant et sa place parmi les groupes de rock les plus intéressants et les plus essentiels de la décennie. A écouter absolument.

Ecouter sur Spotify ou Deezer

Alex


jeudi 3 mai 2018

Janelle Monaé - Dirty Computer (2018)


  Janelle Monaé est une incroyable artiste américaine, découverte sur le label de Big Boi d'Outkast puis adoubée par Of Montreal, Prince, Stevie Wonder (présent ici sur l'interlude "Stevie's Dream")... Musicienne multi-instrumentiste surdouée, show-woman sans équivalents, grande chanteuse, elle a déjà sorti un EP et deux albums incroyables de pop/soul/rock/rnb/funk/... psychédélique, racontant une histoire de science-fiction dans laquelle elle incarne Cindy Mayweather, une androïde bisexuelle censée sauver le monde d'une dictature dystopique raciste et LGBTIQ-phobe. Elle s'écarte de cette suite narrative sans en abandonner les thèmes avec ce Dirty Computer plus personnel, mais usant toujours de métaphores, certes moins obscures, mais toujours présentes (les "dirty computers", étant les femmes, les minorités ethniques et sexuelles et tous les gens brimés pour ce qu'ils sont). 

 Ce titre donne également son nom à l'introduction de l'album, "Dirty Computer", chantée avec Brian Wilson des Beach Boys, autre influence de l'artiste chaméléon de la pop. Ce morceau se fond à merveille dans "Crazy, Classic, Life" qui aurait pu être un peu facile avec sa grosse prod mais qui possède d'intéressants éléments empruntés autant à Prince qu'à Beyoncé, un sens de la retenue appréciable, et surtout une suite d'accords d'une beauté classique. La pop funky de "Take A Byte" (avec là encore des choeurs de Wilson) est du même acabit, en moins grandiloquente ; elle possède une fin très soul intense et bien foutue. 

Janelle Monaé - Django Jane (Clip, 2018)

  On commence réellement à avoir peur de la surdose de sucre sur "Screwed" (avec Zoë Kravitz) mais là encore la chanson est sauvée par une écriture solide, et une ligne de basse implacable. En plus, elle s'enchaîne très bien avec "Django Jane" qui sonne comme son épilogue rap, rappelant les morceaux à tiroirs découpés en plusieurs parties des folles productions 2000s de Timbaland. Janelle est d'ailleurs une excellente rappeuse dans son genre, et pose avec maestria sur cette prod classe, samplant "A Dream" de David Axelrod. Mais quand elle retourne au chant sur "Pynk", co-écrite avec Grimes, on ne peut que fondre devant cette électro-pop aux tournures rock (un sample de "Pink" d'Aerosmith s'y est glissé) et rnb/funk (et aux intonations trap très Migos en pré-refrain) d'une profonde douceur sachant alterner entre le caressant et le groovy. Et là encore, c'est la science de la retenue de Monaé qui donne tout son relief au morceau en accentuant ses explosions, et en lui donnant une classe, une subtilité et un supplément d'âme indéniables. 

Janelle Monaé, Grimes - Pynk (Clip, 2018)

  Le parfait exemple de cette maîtrise s'entend sur "Make Me Feel", coécrite avec Prince, énorme tube funk et sommet de cet album pourtant solide et homogène. Je vous laisse écouter, cette production moderne post-Neptunes et ce funk princier, ça ne se décrit pas, ça se vit :

Janelle Monaé - Make Me Feel (Clip, 2018)

  En parlant Neptunes, on a une autre preuve que l'art de la construction d'album ne s'est pas perdue avec l'abandon de la narration sur ce disque, puisque c'est carrément Pharrell Williams qui assure la transition sur le morceau suivant, "I Got The Juice", plus rnb et très ludique et ouvert (comme le dernier NERD d'ailleurs, dont le morceau est proche). La dernière partie du disque ainsi lancée, on a le droit à des prods très modernes entre soul d'église, pop/rnb et trap ("I Like That"), glam rock gavé de soul psychédélique ("So Afraid"), et une conclusion princière avec un "Americans" très bon dans un quasi-pastiche du son classique de Mr Roger Nelson. Et puis il y a un OVNI de 6 minutes, "Don't Judge Me", entre slow soul/funk, folk psychédélique, bossa, et jazz vocal, d'une beauté simple et époustouflante. 


Janelle Monaé - I Like That (Clip, 2018)

   Au long de cet album, on retrouve le "son" Janelle Monaé, toujours audible grâce à la présence de ses fidèles, membres de son label Wondaland Arts Society, comme le duo funk Deep Cotton (Chuck Lighting et Nate "Rocket" Wonder, frère de Roman GianArthur Irvin, également présent en filigrane), Nana Kwabena ou encore des constructrices de tubes pop en série comme Tayla Parx


  Mais ce son est modifié, poli et boosté façon pop. L'album est plus épuré, plus concis que tout ce qu'elle a fait jusqu'à présent, et pour le coup si la presse US semble s'en réjouir, on perd un peu au change lorsque comme moi on adore son art et qu'on n'a pas trouvé ses précédent albums trop longs (mais la presse musicale en général ne prend pas vraiment le temps de s'imprégner d'albums aussi denses que les siens...). Mais même en version pop survitaminée, on est en bonne compagnie, je dirais même que son virage "accessible" est encore plus réussi que celui de St Vincent avec MASSEDUCTION (2017), ce qui veut dire beaucoup vu la qualité de ce dernier.  

  C'est donc un très bon 3e album que publie Monaé, 5 ans c'était long mais ça valait le coup. Malgré mes petites réserves sur le son parfois extrêmement radiophonique, les chansons sont au rendez-vous, et le disque est plus que réussi, avec une démarche totale (cf l'artwork et les clips). En live, elle va mettre le feu avec ces morceaux. Rendez-vous dans moins de 5 ans j'espère pour entendre la suite de la saga Metropolis/Cyndi Mayweather... Ou pas ?...

A écouter sur Spotify ou Deezer

L'album est accompagné d'un "emotion picture", sorte de compilation thématique de tous ses clips, absolument dantesque, et à voir absolument ci-dessous :

Janelle Monaé - Dirty Computer (Emotion Picture) - 2018

Alex



mardi 27 mars 2018

Of Montreal - White Is Relic / Irrealis Mood (2018)


  Partagé entre une relation amoureuse euphorisante (après son divorce abordé à longueurs de métaphores sur les précédents albums), et un contexte politique américain déprimant (alt-right, suprématisme blanc, religiosité exacerbée, homophobie/transphobie, capitalisme inhumain), Kevin Barnes, leader d'Of Montreal, a abouti à un album à double face, symbolisé par le double titre accordé au projet ainsi qu'à chaque chanson qui le compose. Pour mettre ça en musique, il part des bases électroniques décomplexées du précédent (et très bon) album Innocence Reaches (parmi mes préférés de 2017), et l'enrichit de cette culture "extended mix" tout droit venue des 80's, consistant à étirer un morceau pour faire danser les gens plus longtemps, aboutissant au passage à de fabuleuses expérimentations sonores. 

Of Montreal - Soft Music / Juno Portraits Of The Jovian Sky (2018)


  On pense aussi à la noirceur assez rock et directe de Paralytic Stalks (2012) - à réhabiliter d'urgence au passage, mais je m'y collerai sûrement - dès "Soft Music / Juno Portraits Of The Jovian Sky", génial morceau d'ouverture à la fois mélodique, funky, grave et foisonnant de détails saisissants. Les deux singles sortis en avance annonçaient de toutes façon un album très réussi, avec d'abord le dansant et fou "Paranoiac Intervals / Body Dysmorphia", qui aurait pu très bien se glisser parmi les dingueries électro-rock de Hissing Fauna... Are You The Destroyer ? (2007) ou Skeletal Lamping (2008), avec ce petit côté too much de l'électronique renvoyant à Innocence Reaches en plus. Un morceau très pop, très fun, absolument délicieux. Le plus labyrinthique "Plateau Phase / No Careerism No Corruption" est parfois tout aussi frappant et fera sûrement danser en live (en empruntant quelques éléments à la production trap), mais il se permet quelques détours plus aériens et expérimentaux. Il rappelle aussi le Prince joueur d'Hit & Run Phase 1, abusant d'une électro kitschouille ou vraiment too much mais aboutissant à un résultat plus que réussi - et là encore sous estimé selon moi.

Of Montreal - Paranoiac Intervals/Body Dysmorphia (Clip, 2018)


  D'ailleurs, on se rend compte que ce l'influence 80's est davantage conceptuelle que dans le pastiche, le son ne sonne en rien néo-80's, la musique reste dans cet inimitable son Of Montreal. On entend à peine une rythmique RetroWave au début de "Writing The Circles / Orgone Tropics" qui par ailleurs est bien trop curieuse et expérimentale pour être cataloguée dans ce genre souvent plaisant mais ô combien limité. Au passage, ce morceau est une véritable épopée d'un peu plus de 6 minutes, avec un départ prenant et une fin en crescendo absolument géniale, grâce notamment à un solo de saxo. Au rayon néo-électrofunk, les guitares, la basse slappée et les synthés baveux de "Sophie Calle Private Game / Every Person Is A Pussy, Every Pussy Is A Star !" font notre bonheur, avec là encore quelques judicieuses interventions de cuivres et des passages plus aérés donnant un rythme très fluide au morceau et à l'album en général.

Of Montreal - Plateau Phase / No Careerism No Corruption (2018)


  "If You Talk To Sybol / Hotility Voyeur" commence très synthétique et finit quasiment jazz. Disons, influencée par le jazz à la manière pudique et très personnelle dont Barnes avait épicé Paralytic Stalks de son obsession de l'époque pour le compositeur multi-facettes Igor Stravinsky. Ce morceau clôt ainsi l'album d'une manière assez parfaite.

  D'ailleurs ce White Is Relic / Irrealis Mood est assez impeccable et prouve que le retour en forme d'Innocence Reaches n'était pas que passager. Il s'inscrit immédiatement comme un des plus réussis d'une oeuvre singulière, celle d'un cerveau génial et un peu fou, un peu culte pour nous, et qu'on a toujours autant de plaisir à écouter sur LPAE. Longue vie à Of Montreal !


Alex