Le nom de James Righton ne vous parle peut être pas et pourtant vous le connaissez forcément. Claviériste de Klaxons, vous n'avez pas pu passer à côté du tube Golden Skans et ses "hou hou hou ahah". 6 ans après le dernier album des Klaxons, 3 ans après son projet Shock Machine où il a opéré avec Anna Prior, batteuse de Metronomy, le voilà propulsé sur un projet solo.
Avec ses airs de Nick Cave, le londonien de 37 ans revêt un costume de dandy résolument plus mature. Il nous embarque dans un univers anglais 70's raffiné allant de Bowie à Bryan Ferry en passant par Elton John. Il s'inspire aussi de tous ceux qui ont déjà arpenté ce style dans les 00's et 10's. On y retrouve du MGMT, Tame Impala, Timber Timbre, Metronomy ou encore du Arctic Monkeys. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard puisque Tom Ford, producteur des Arctic Monkeys à œuvré sur cet album.
Des orchestrations soignées à la Gainsbourg le différencie cependant de ces derniers. Sa veste n'est pas de cuire mais bien de velour.
Sorti en mars, l'album fait raisonnablement parti des grands albums de cette année. Preuve en est, c'est ici la deuxième chronique de cet album. Je vous invite d'ailleurs à retrouver la chronique d'Alexandre ici.
Introduit par un single homonyme au son glam 70's, The Performer est un album de dandy rock, quelque part entre Bowie, Marc Bolan, Roxy Music, Scott Walker et Pulp, terrain récemment pas mal revisité par Arctic Monkeys, Richard Hawley, Sébastien Tellier, LA Priest, The Last Shadow Puppets ou Metronomy avec des approches différentes. Vous noterez pas mal de noms anglais parmi ceux-ci, et vous aurez bien raison puisque James Righton est l'ancien membre (et chanteur) de The Klaxons, un des plus gros et des plus novateurs groupes de rock d'outre-Manche à avoir éclot à la fin des années 2000. D'ailleurs, le second album du groupe, le très très bon et injustement sous-coté Surfing The Void (2010) était très rock à sa façon, dans un style plus sombre, abrasif et psychédélique.
James Righton - The Performer (Clip, 2019)
Ce disque enchaîne les pépites pop-glam, comme le flamboyant "The Performer", le très frais et sophistiqué "See The Monster", et les bonbons de pop synthétique ("Edie", "Devil Is Loose", "Are You With Me?") et de sunshine pop ("Start"), tout en les entrecoupant d'interludes jazzy "Lessons In Dreamland Pt.1" et de douceurs comme "Heavy Heart" et "Lessons In Dreamland Pt.2".
James Righton - Edie (Clip, 2020)
C'est un très beau premier album solo (après une BO sensible sortie l'an dernier), qui vaut vraiment le détour si vous êtes fan de pop anglaise sophistiquée, un peu baroque et bien arrangée.
Mes morceaux préférés :The Performer, Edie, See The Monster, Start
Of Montreal, c'est un de mes groupes préférés de tous les temps, et même si leur âge d'or se situe probablement entre 2006 et 2012, ils n'ont jamais sorti un disque mauvais ou chiant, et j'ai particulièrement aimé leurs sorties depuis 2016, avec une direction plus synthétique et électronique et des influences plus 80's, tranchant avec le tournant glam-rock / folk qui m'avait moins convaincu même si responsable de quelques grands morceaux. Ce disque continue là-dedans, puisqu'il est directement influence par les tubes synthpop et power pop des années 80.
Of Montreal - Peace To All Freaks (2020)
On retrouve la folie des arrangements et le génie mélodique de Kevin Barnes dès le premier morceau, le génial "Peace To All Freaks", qui ne tient pas en place et enchaîne sur un autre rouleau compresseur tubesque avec "Polyaneurism". Dans la course au toujours plus, "Gypsy That Remains" ferait pâlir les Pet Shop Boys et Elton John, et son montage chantilly plus que décadent est un délice. Après ça, la synthpop de "You've Had Me Everywhere" sonne presque sobre, et dans les faits c'est un superbe titre.
Of Montreal - Polyaneurism (Clip, 2020)
Entre rock de stade à la Queen et grosse électro qui tache, on a aussi "Get God's Attention By Being An Atheist", magnifiée par un pont façon rock indé 90's en milieu de morceau. Moins énorme, le glam plein de stupre de "Carmillas Of Love" fait également mouche, tandis que "Don't Let Me Die In America" plonge davantage dans les racines power pop du disque, et que "St Sebastian" explore la nu-disco. L'inclassable (Boogie blues-rock ? Folk ? Electro-pop ? Psyché ?) "Deliberate Self-Harm Ha Ha" offre une respiration bienvenue avant un final incroyable, "20th Century Schizofriendic Revengoid-man" entre Devo sous speed, glam, punk et solo de guitar hero.
Of Montreal - You've Had Me Everywhere (2020)
Sorte d'aboutissement de la période électro-pop récente et de synthèse avec le glam-rock du milieu de la décennie précédente, ce disque renoue par moments avec le tourbillon de créativité de Skeletal Lamping, et c'est assez miraculeux et jouissif.
Mes morceaux préférés : Peace To All Freaks, Polyaneurism, Gypsy That Remains, You've Had Me Everywhere
Vous vous souvenez peut-être que j'avais parlé de Field Music il y a deux ans, en effet, leur album de 2018 avait fini dans mon top de l'année, et il était en assez génial dans son genre. Du coup, j'attendais pas mal ce nouvel album, et je n'ai pas été déçu par ce Making a New World, album concept sur les conséquences de Première Guerre Mondiale, rien que ça, faisant de ce disque un Au-Revoir Là-Haut musical.
Field Music - Coffee Or Wine (2020)
L'intro, "Sound Ranging"/"Silence", déstabilise, parce que ça démarre par une guitare, mais très vite des éléments free jazz et cold wave débarquent, et on ne sait pas si on va se retrouver sur une ambiance à la Bowie période Aladdin Sane, Berlin ou Blackstar, ou sur un disque du début des Cure. Une ambiance étrange s'installe, on ne sait pas ce qui va nous tomber dessus, on ne peut qu'être surpris par la suite, et c'est génial. Parce que du coup, "Coffee Or Wine" fait mouche, avec son piano martelé façon "Bennie & The Jets", sa composition entre pop, soul, rock et prog, ses arrangements glam et jazzy, entre Steely Dan et XTC.
Le disque est d'ailleurs parsemé d'interludes, souvent assez jazz et avec un feeling de cinéma des années 60 ("I Thought You Were Something Else"), parfois plus synthétique et planante voire kraut ("A Common Language", "If The Wind Blows Towards The Hospital", "An Independent State") parfois plus pop et déchirante ("From A Dream, Into My Arms") qui font à chaque fois mouche, en elle-mêmes déjà, et surtout en permettant d'installer une ambiance faisant le liant entre ces morceaux, ce qui permet à des joyaux comme "Between Nations", avec ses envolées épiques et son orgue insistant, de prendre une dimension épique méritée.
Field Music - Between Nations (2020)
Le disque est également assez varié musicalement. Le post-punk / math-rock anguleux mais sautillant de "Best Kept Garden" façon Feelies a beaucoup de charme, de même que la glam jazzy façon Sparks de "A Shot To The Arm", ou la pop-folk de "A Change Of Heir", qui parle d'un pionnier de la chirurgie qui a fait grandement avancer les greffes de peaux en soignant les Gueules Cassées. Mais c'est bien la pop néo-80's qui caractérise le groupe (façon XTC, Kate Bush, Talking Heads, Neu!, Smiths...) qui reprend assez rapidement ses droits et forme le cœur du disque ("Do You Read Me?", "Beyond That of Courtesy", "Nikon").
Field Music - Only In a Man's World (2020)
En fin de disque, le groupe exploite les facettes les plus funky et accessibles de ses influences (Peter Gabriel, Prince...) ; ainsi "Only In a Man's World" et "Money Is A Memory"sont de parfaits singles et clôturent ce disque avec panache, nous donnant envie d'y revenir.
Field Music - Money Is A Memory (2020)
C'est un album brillant, touchant, varié et dense mais accrocheur, je vous en recommande donc fortement l'écoute !
Mes morceaux préférés : Only In a Man's World, Money Is A Memory, Coffee Or Wine, Between Nations
Le disque commence merveilleusement, avec un riff de synthé immédiatement mémorable, du saxo, un beat discret et un sample électronique obsédant comme un mantra, sur la géniale "Miami". D'entrée de jeu, on sent qu'on s'est un peu écartés de l'art-rock génialement déviant, inspiré par Eno, qu'on connait de Cate Le Bon. Pas tant que ça dans la qualité et l'originalité de son art, qui restent au sommet, mais dans la forme, plus accessible au plus grand nombre, plus assurée aussi. Avec davantage d'évidence, et tout autant de beauté bizarre. Comme finalement assez peu de gens savent le faire à ce niveau (on pense à Connan Mockasin, LA Priest, Steve Lacy...).
Cate Le Bon - Miami (2019)
Un petit côté californien, songwriter, s'empare alors de ce disque ("Daylight Matters", "Home to You", "The Light"), entre Neil Young, Nico, Eleanor Friedberger, Girls, Joni Mitchell, Whitney, Radiation City... Une certaine gravité, une maturité désabusée, teintent alors la musique de Le Bon ("Here It Comes Again").
On retrouve quelques titres plus underground dans leur approche, comme le glam psyché, funky et déviant de "Mother's Mother's Magazine", pas si loin d'Eno, de Devo, des Sparks et Roxy Music, de Kate Bush, de Lou Reed, Iggy Pop et Bowie. Dans le même genre, "Sad News" est une franche réussite, assez théâtrale, comme un morceau des Brazilian Girls en moins synthético-électronique, et "Magnificent Gestures" est délicieusement perchée.
Cate Le Bon - Daylight Matters (Clip, 2019)
L'album finit sur une note quasiment discoïde (la géniale "You Don't Love Me", sorte d'ABBA sous influence Syd Barrett) puis carrément expérimentale, évoquant et déconstruisant l'intro du disque ("Meet The Man"), pour construire une structure circulaire assez fascinante.
Un très bon album que je recommande donc chaudement vous l'aurez compris.
Mes morceaux préférés : Miami, Daylight Matters, Mother's Mother's Magazine, You Don't Love Me, Meet The Man
Pour ce qui a été annoncé comme le dernier album (à prendre avec des pincettes) d'un des groupes chouchous de ce blog, les Foxygen (Sam France au chant, Jonathan Rado à la prod) se sont inspirés de la période 80's, adulte et un peu paumée de leurs héros 60's (Stones, Dylan, Iggy Pop, Neil Young, etc...).
Dès "Work", il est question de se repoudrer le nez sur une musique proche du glam discoïde d'un des meilleurs Stones, Some Girls, avec moults interventions musicales inattendues (du scratch, une cloche façon "Psyché Rock"...) mais avec une mélodie et un groove immédiatement accrocheurs et une construction plus linéaire que nombre de morceaux du groupe. Le côté "rock stars décadentes qui font du disco" s'intensifie sur l'excellente "Mona", qui a un côté très moderne puisque pas mal de groupes plus récents (Strokes, Phoenix, Sports, Virgins, MGMT...) ont déjà balisé ce terrain, mais le résultat est bluffant, vocalement comme musicalement, là encore c'est d'une évidence jouissive et intemporelle. Le côté smooth, très structuré, très pop, avait été annoncé par le premier (et excellent) single, "Livin' A Lie", au texte malin décortiquant la dissonance entre l'image que renvoient les groupes de rock et leur "vraie" vie, sur une musique belle et richement arrangée.
Foxygen - Livin' A Lie (Clip, 2019)
Un peu plus glam, avec des entournures prog-pop façon Supertramp, Genesis ou Electric Light Orchestra, "Seeing Other People" excelle également dans un genre pas mal décrié par la critique rock, cette pop de la fin des 70's et du début des 80's, sortie du prog, ayant joué des trucs pas loin du jazz mais fascinée par les grosses mélodies, la réverb de 15km sur la batterie et les synthés qui font pouet pouet. Alors qu'objectivement, c'est génial. "News" prolonge ce côté synthpop aux détours alternativement prog et funky, et c'est encore une grande chanson.
Encore plus glam (niveau exubérance, on se rapproche de Queen et Elton John), "The Thing Is" enthousiasme immédiatement. Un morceau comme "Flag at Half-Mast" est un joli cadeau pour les fans, reliant tous les albums de Foxygen tant dans son style musical que dans son discours assez méta, et fait écho à ce que le groupe a déjà dit en interview : "Foxygen est davantage une performance artistique élaborée qu'un groupe de rock".
Le clou de ce disque, c'est l'autre single, "Face The Facts", encore un disco-rock décadent, mais avec des idées pour remplir 5 autres chansons, entre un break de guitare saturée déglingué, une mélodie façon Rick Astley, un refrain ultra-chelou aux voix trafiquées et aux synthés dissonants comme chez PC Music. C'est du génie pur, à la limite de l'escroquerie, ce qui n'en rend le casse que plus beau.
C'est néanmoins à la bien-nommée "The Conclusion", qui doit pas mal au P-Funk, que revient l'honneur de clôturer ce magnifique album sur une touche assez émouvante, sorte d'orgie art-pop que seuls la fin des 60's et le début des 70's nous ont offert, et parfait épilogue (potentiel) à la discographie d'un groupe unique. J'avais adoré chacun de leurs albums, et je pense que celui-ci a le potentiel de devenir mon préféré, c'est dire s'il est bon.
Mes morceaux favoris : Work, Mona, Face The Facts, News, Livin' A Lie
Ce nouvel album, sorti chez 4AD, est très apaisé musicalement, et ce malgré son titre ambigu, est une vraie bonne surprise, de la baroque pop de"Death in Midsummer" et son clavier 60's, en passant par une pop psyché faisant référence aux Kinks ("No One's Sleeping"), jusqu'à une new wave planante façon Bowie période Low ("Greenpoint Gothic"). D'ailleurs, on entend cette dernière référence dans la new wave funky de "Plains", morceau génial.
Les pop songs parfaites s'enchaînent, chacune avec sa personnalité et sa petite touche musicale propre. On entend par exemple sur "Element" des cordes dramatiques presque glam accentuées par des guitares sèches très rythmiques comme chez T Rex, Bowie (cette fois-ci période Ziggy) ou Ty Segall. Ou alors juste avec un piano délicat boosté par une rythmique puissante et une mélodie britpop élégante ("What Happened To People"), pas si loin de papas british du rock indé comme Pulp. C'est un rock indé qui expérimente avec le classique contemporain, les répétitions de Terry Riley et la musique d'église qui fait l'intriguant et réconfortant morceau "Tarnung".
Deerhunter - Death In Midsummer (2019)
On entend également un interlude mêlant un peu tout ça aux expérimentations orchestrales des derniers albums d'XTC et aux premiers Air ("Détournement"). Et plus loin, "Futurism" confirme l'influence énorme des Versaillais, et donne une version pas si éloignée que ça de leur branche de pop, qui rappelle aussi un Tame Impala en moins porté sur les effets sonores (on rappelle que Kevin Parker a été inspiré par Talkie Walkie du duo pour se lancer dans le projet Tame Impala). "Nocturne" va d'ailleurs encore un peu plus loin dans le psychédélisme touche à tout : à la fois synthétique, organique et même presque orchestral, cette petite symphonie pop émerveille comme un bon Beach Boys, Animal Collective ou Wild Nothing.
Ce nouvel album de Deerhunter est donc vraiment une bonne surprise, une pop "classique" mais solide, prenante, dense et accrocheuse. S'ils sortent un truc de cette qualité à chaque fois, qu'ils prennent leur temps, ça vaut le coup !
Guitares bruitistes, basse grondante, boîtes à rythme, bruit blanc, chant d'outre tombe, post-punk, rock gothique, soupçons de glam dévoyés, indus sans concessions : ce cocktail sombre est magnifié par un génie de la dramaturgie certain ("Asda" pose l'ambiance crépusculaire d'entrée de jeu), et par un sens des gimmicks obsédants incontestable (la psyché "Sports", avec un synthé/orgue bien dark). On a même quelques échos d'une synthpop rudimentaire, proche de Suicide et du plus sombre de Depeche Mode, avec de petites touches de The Cure et plus récemment The Horrors ("Having A Dream"), même si là encore une guitare viscérale vient pervertir le tout comme chez les Cramps.
Sealings - Sports (Clip, 2018)
Ce côté psyché, façon Black Angels également dans l'utilisation de la répétition et d'une esthétique sombre et plombée, donne un certain relief aux morceaux, et une certaine intemporalité, une profondeur, une patine que la plupart des disques n'acquièrent qu'avec deux ou trois décennies dans les pattes ("Charnel Ground"). Et cette alternance entre titres lents et graves (tels "Hanger Lane" et "Charnel Ground") et rythmiques ultra rapides davantage indus (comme "No Telephones" ou "Church") contribue à la construction très efficace de l'album. On notera également sur ces chansons que le groupe, loin d'être seulement un enfant de la post-punk gothique, est plutôt un grand esthète de la pop et du rock de manière générale, avec de petites allusions à des motifs surf, western ou rockabilly jouée par les guitares.
En tous cas, l'urgence est toujours là (lancinante "No Justice In The Streets", qui se sert de la synthpop comme base rythmique à un tourbillon de rock psyché agressif comme chez La Femme des débuts) et ne redescend pas tout au cours de l'album. On atteint même des sommets presque Stooges sur un titre comme "Leisure", free punk incontrôlable, sauvage et défouloir mais extrêmement bossé tout de même, sur lequel on ressent l'énergie du live.
Dans sa construction, ses sonorités noires, intransigeantes et fidèles à l'esprit post punk/gothique/indus du groupe, ou son exécution vigoureuse, la musique de Sealings est toujours excellente, et ce disque est le digne successeur à la claque de 2015 (I'm A Bastard).
En voilà un qui divise. Après leur conquête des US grâce au rock de stade de l'inégal AM (2013), plutôt solide, doté de quelques singles alléchants mais un peu gras dans l'ensemble, le groupe a acquis une dimension internationale nouvelle, notamment outre-atlantique donc (Amérique du Sud comprise). Une tournée triomphale plus tard, ce groupe qui a toujours été "gros" en Europe se retrouve donc à sortir un disque immédiatement classé parmi les albums les plus attendus de l'année, une grosse pression que le groupe admet avoir ressentie, notamment le chanteur, guitariste et compositeur Alex Turner, qui a eu un "syndrome de la page blanche" en essayant de créer un "AM partie 2", puis en ne trouvant pas immédiatement de nouvelles directions après avoir réalisé que ce serait une impasse.
Pour trouver cette nouvelle décision, il a fait des choix radicaux. Premièrement, plus de chansons d'amour, thème dont il pense avoir fait le tour pour le moment, mais des textes narratifs, racontant des histoires situées dans un univers de science fiction dystopique, un hôtel/casino au luxe décadent, situé sur la Lune et réservé aux ultra-riches (concept inspiré par le cinéma et la littérature SF). Ces textes, très libres et directs, sont truffés de digressions aux accents personnels ou vaguement politiques dans une structure très peu rigide, ce qui amène Turner à comparer ces textes avec ceux du premier album des Monkeys. Ils ont également influencé le visuel du disque, avec une patine rétro-futuriste vintage, et le look du groupe façon rockstars décadentes, assez affreux mais adapté, belle preuve de second degré.
Arctic Monkeys
Deuxième choix, des influences plus pop (Pet Sounds des Beach Boys), voire jazz, soft rock, glam, prog, soul vintage, pop orchestrale à la Scott Walker ou lounge. Matérialisée très concrètement dès la composition puisque pour la première fois, Turner a tout composé au piano plutôt qu'à la guitare. Le rendu est plus proche de l'autre groupe du chanteur, les Last Shadow Puppets, et notamment du charme vintage et chatoyant de leur dernier album, l'excellentissime Everything You've Come To Expect (2016). Autre particularité : cet album aurait pu être un disque solo de Turner au départ, mais ce dernier a fait écouter ses démos au autres Monkeys, qui ont jugé après une longue réflexion que ces chansons pouvaient être leur futur album, et ont donc été impliqués plus tardivement dans sa conception, ce qui peut là encore les rapprocher du travail des Beach Boys qui eux aussi découvraient en rentrant de tournée des œuvres quasi finies de Brian Wilson qu'ils allaient réinterpréter en groupe. Autre particularité, l'excellent batteur Matt Helders ayant moins à faire techniquement derrière ses fûts (même si son travail ici est une merveille de subtilité), il a également pris le nouveau rôle de claviériste, qu'il tient également à merveille.
Alex Turner
Et c'est avec la magnifique "Star Treatment" que cet album démarre. Les inspirations sont claires : easy listening 70's, sunshine pop sophistiquée (à la Sagittarius) soul aérienne tranquille (Curtis Mayfield, Isaac Hayes, Minnie Riperton...), et vocalement, l'idole de toujours du groupe de Sheffield, le plus grand crooner de notre siècle, Richard Hawley. Le morceau est magnifique, le texte drôle, la production et le son gratifiants, un titre digne du plus smooth des Last Shadow Puppets en somme. Qui me permet d'introduire une constante de l'album : la basse d'O'Malley est un énoooorme point fort, son jeu est d'une justesse et d'une finesse peu communes. D'ailleurs, on sent musicalement que le groupe s'est éclaté sur ce morceau en particulier, et c'est très agréable.
La très pop "One Point Perspective" et son piano sautillant, très Brian Wilson, est également un gros point fort : la basse est énorme, et avec la guitare élégante de Cook, elles mettent en valeur la diction unique de Turner, dans un registre étonnamment rnb, avec un côté irréel presque Amy Winehouse. Dans un registre plus glam, proche de Bowie, avec un petit côté psychédélique, "American Sports" est également une réussite totale, prolongée dans l'esprit par la superbe "Tranquility Base Hotel & Casino", durant laquelle Turner expérimente de façon réussie avec son chant, lui donnant un côté blues blanc assez intéressant. Ce début d'album est un sans faute dans cette nouvelle direction. Pas aussi incroyable mais tout de même sympathique, le milieu d'album ne démérite pas, que ce soit "Golden Trunks", magnifiée par une guitare charismatique, le très Pet Sounds"The World's First Ever Monster Truck Front Flip", la psychédélique et instable "Science Fiction". C'est "Four Out Of Five" qui sort du lot, avec son côté Gainsbourg à la fois sombre et hyper accrocheur, et des légères touches de la flamboyance d'Iggy Pop vocalement, faisant écho au dernier album de ce dernier (Post Pop Depression, 2016) produit par le collaborateur régulier des Arctic Monkeys, Josh Homme.
Arctic Monkeys - Four Out Of Five (Live, Tonight Show, 2018)
La fin de l'album est plus sombre, et assez mémorable, avec le glam noir et décadent de la plus que sympathique "She Looks Like Fun", le piano grandiloquent et les synthés rétrofuturistes syncopés, entre funk, blues et prog, de l'excellente "Batphone", et pour finir la ballade de crooner définitivement très Hawley et plutôt bonne, "The Ultracheese", pas très originale ni intense mais sympathique également. Pour conclure, c'est un album globalement très réussi, loin de ce qu'on a pu lire dans les commentaires d'une presse américaine ayant souvent découvert le groupe en 2013 et n'ayant rien compris aux Last Shadow Puppets, ou dans les avis de fans de rock qui voulaient les mêmes gros riffs d'AM encore et encore, et glorifient cet album qui pourtant est sûrement le moins bon du groupe (même s'il reste bon et que je l'aime bien globalement). La direction easy listening est étonnante pour le groupe, mais logique lorsqu'on connaît les autres projets de Turner en solo, à la production du disque d'Alexandra Savior, ou avec Miles Kane et les Puppets, et même en omettant cela, le côté crooner était finalement bien annoncé par les ballades du précédent album. Les influences soul font mouche grâce à des vocalises classes et une basse imparable, la coloration pop avec ses nombreux claviers et ses cordes apportent une densité sonore bienvenue, et la noirceur glam du piano et de la guitare achèvent de rendre ce disque bien intéressant. Et dire ça, c'est oublier que le chant de Turner ainsi que ses textes valent encore le détour. Alors certes, ce n'est probablement pas le meilleur disque des Arctic Monkeys, mais c'est une grande réussite, un virage pris avec talent, loin de ce qu'on a pu lire ici ou là. Mais faites vous votre avis par vous même (et donnez le nous en commentaire tant qu'à faire !), grâce aux liens d'écoute ci-dessous : Ecouter sur Spotify ou Deezer Bonne écoute, merci pour votre lecture et vos commentaires
Jack Stauber est un jeune (22 ans) musicien américain basé à Pittsburgh. Indépendant, il est à la tête de deux groupes, Zaki et Joose, et mène en parallèle sa carrière solo, ce qui fait de lui une des figures de la musique de la ville : il a par exemple joué plus de 100 concerts rien qu'en 2017 au sein de la salle Basement Transmission dans la plus petite ville d'Erie qui fédère toute une scène locale bouillonnante.
Je suis tombé un peu au hasard sur lui, un commentaire sous un article du site musical Stereogum mentionnant l'obsession de son auteur pour un court extrait vidéo, sorte de fausse pub en dessin animé pour des bonbons à la menthe, accompagné d'une courte mais obsédante chanson chantée avec une certaine Lexy, j'ai nommé "Peppermint", que je vous laisse découvrir ci-dessous :
Jack Stauber & Lexy - Peppermint (2018)
A mon tour obsédé par cet exercice de style pop-art post-vaporwave, façon The Who Sell Out version néo-80's/90's et par sa chanson catchy, j'ouvre la page d'accueil de sa chaîne youtube que je pensais d'abord dédiée à de brefs exercices du même style, provenant sûrement d'un étudiant en art plus doué que la moyenne (il y a de nombreux courts-métrages concis, de petits sketches en fait). Je découvre alors que Stauber est avant tout musicien, et j'entends le premier single de cet album nommé HiLo, la belle pop song "Dead Weigh", synth-pop gothique et joueuse à la fois, quelque part entre Ariel Pink et tout un tas d'autres trucs chouettes :
Jack Stauber - Dead Weight (2018)
Cet album est déjà le 3e en solo de Stauber, mais celui-ci a depuis un peu renié le premier, arguant avoir trouvé son style sur le précédent, Pop Food (2017). Et le moins qu'on puisse dire, c'est que même si la comparaison avec le duo Ariel Pink / John Maus est inévitable tout au long du disque (cf les déglinguées et mémorables "Pad Thai" et "O.U.R."), Jack Stauber a un style très personnel, particulièrement intéressant. Ces influences se retrouvent mêlées à du Metronomy période Nights Out et un chouia d'acid house en fond sur "Cunk", qui vire indie-rock néo-80's puis chillwave et enfin IDM sur la fin. Ce qui est symptomatique de ses morceaux à tiroirs, qui partent dans tous les sens mais n'en font pas trop en même temps, à la manière de la pop zapping post-playlists de MGMT, Ariel Pink, Of Montreal ou Foxygen.
Des morceaux plus sombres comme le gothique "Coconut Ranger" peuvent évoquer le post-punk en général et en particulier The Cure, ou New Order ("Databend"), tandis qu'une certaine élégance dans le songwriting fera penser aux Beach Boys, un grain de folie d'une beauté pure à Syd Barrett ou un son de synthé bien trouvé à Homeshake. Sa folie douce et malicieuse évoquera aussi le trublion MacDemarco comme sur le rock indé jazzy de "Leopard" qui se permet une syncope 80's à la Devo ou XTC et un petit détour par la musique de cirque comme un clin d'oeil appuyé aux Beatles de Sgt Pepper. Ces derniers sont rappelés, ainsi que le spectre des Talking Heads, sur la géniale "Beird" (la rythmique aquatique est géniale même si R Kelly avait déjà eu l'idée). Mais si je convie toutes ces influences, ce n'est pas parce tant que sa musique soit si référencée que ça ou même passéiste, surtout pas. Elle est très moderne et personnelle, au contraire. Non, ces analogies sont surtout un moyen de décrire une musique très riche, libre et difficilement à ranger dans des cases trop étroites.
Il sait se faire également funky dans "John & Nancy" lointaine descendante de Chic au songwriting rappelant l'alchimie magique entre Nile Rodgers et David Bowie sur Let's Dance. Et puis émouvant comme sur l'intense et plutôt déchirant "It's Alright", chanson qui illustre à merveille la difficulté de réconforter ou le déchirant déni qui aide parfois à tenir. La fragilité de ce morceau, sa sensibilité insistante et son côté dramatiquement inévitable la rendent parfaite dans son genre. De même que la superbe "Small World", quasi folk indé, agrémentée quelques textures électroniques que n'auraient pas reniés les Animal Collective, et qui arrive également à percer nos petits coeurs sans effort.
Souvent, ces démarches s'entrecroisent et le goofy rencontre le funky comme sur "Gettin' My Mom On", entre Stevie Wonder et une comptine jouée sur un synthé cheap (on pense fort aux Blludd Relations là). Ou sur la pop chorale extatique de "Pizza Boy" entre glam rock façon Sparks, pop héroïque à la Arcade Fire et électronique pouet pouet.
L'album se termine sur un son de télévision qu'on éteint, qui clôt la boucle entamée avec "Peppermint", mettant ainsi fin à un des albums les plus inattendus et les plus jouissifs de cette années 2018. Entre collages, pop art, grandes chansons, émotion, fun et sons géniaux, Jack Stauber vient définitivement de se faire un nom dans la liste des défricheurs pop incontournables.
Le contexte, vous le connaissez sûrement, surtout si vous avez eu l'âge d'écouter les Strokes au collège-lycée comme moi, ou à la fac. Julian Casablancas est - ils sont officiellement toujours en activité - le chanteur et leader de ce groupe de rock devenu instantanément mythique en 2001. Mais avec le temps, et suite à un gros hiatus et plusieurs crises au sein du groupe, les sorties des Strokes se sont espacées dans le temps, et chacun des membres a pu développer sa discographie solo. Pour Casablancas, ce fut d'abord un excellent album d'électro-pop à tendance rock, Phrazes For The Young (2009), puis fonde un deuxième groupe : The Voidz, qui nous intéresse ici, et avec lequel il a déjà sorti le très bon Tyranny (2014), qui marque un renouveau dans la musique du bonhomme avec davantage d'expérimentations et de fun que dans les derniers Strokes (même si ces derniers ont été un peu injustement descendus, moi-même j'ai été longtemps sceptique à leur propos).
On sent Julian à l'aise avec ce nouveau groupe formé de requins de studios venus de plein de genres différents, de l'électro au punk, et très portés sur le digging d'obscurs pans de la musique, à la recherche de sons nouveaux provenant de décennies et de continents oubliés. Après avoir pu expérimenter en studio et jouer en live avec eux, un déclic a eu lieu et on entend une certaine magie supplémentaire à l'écoute de ce disque (alors que, je le rappelle, le précédent était déjà formidable). Cet album, c'est un peu le meilleur de Casablancas, condensé et nourri de milles influences captivantes, avec en plus un fond politique (au sens large) intéressant et un sens du fun clairement à l'honneur : on entend que le disque a été fait avec beaucoup de plaisir.
The Voidz - Leave It In My Dreams (2018)
Pour illustrer tout ça, le premier single issu de cet album, "Leave It In My Dreams", placé judicieusement en piste 1, rappelle le meilleur des débuts des Strokes par son écriture pop-rock impeccable, ainsi que le meilleur de leur deuxième partie de discographie, avec ce son impeccable et ce petit côté funk-rock post-Phoenix. Au passage, c'est amusant d'entendre comme ces deux groupes se sont entre-influencés au cours des années 2000, mais ça pourrait faire l'objet d'un autre article incluant également les Daft Punk dont la collaboration avec Julian sur "Instant Crush" a laissé des traces déshinibantes chez ce dernier. Mais en plus de ça, on entend des parties de guitare venant tout droit de l'afro-pop, d'autres venant du punk voire du post-punk déglingué, et des textures sonores riches proches d'un rock indé n'ayant pas peur du synthétique, comme chez Mac Demarco. D'ailleurs, l'irrésistible single "Wink" est assez proche de la démarche de ce dernier.
The Voidz - QYURRYUS (Clip, 2018)
Le meilleur exemple de cette richesse et de cette ouverture incroyables reste le mélange barré de krautrock, de synthpop, de punk, de rock berbère autotuné et surtout de funk turc composant "QYURRYUS", dont on a déjà parlé ici (et qu'on a même nommé clip du mois de janvier). L'autre grosse réussite du genre est "ALieNNatioN", entre électronique, funk à la Sly Stone, (glam) rock (psyché), (synth)pop, hip-hop, rnb, envolées lyriques et couplets plombés, son lourd et étincelles de légèreté, une vraie leçon de pop, pleine d'amour pour la Pop la plus inventive et accessible à la fois. Une merveille. Autre grosse expérimentation, "My Friend The Walls" rappelle furieusement l'influence que les épopées sonores de Radiohead et Queen ont pu avoir sur Casablancas, et qu'on pouvait entendre notamment sur le dantesque"Human Sadness" sur le précédent album. On pourrait dire la même chose de la belle et triste ballade synthétique clôturant l'album, "Pointlessness".
The Voidz - ALieNNatioN (2018)
Au rayon pop, "Permanent High School" rappelle le premier solo de Casablancas avec son croisement tubesque de synthpop et de rock, mélodique, en apparence facile mais prenant et très bien construit. Tandis que "All Wordz Are Made Up" mixe refrain de tube synth-rock FM 80's, vocoders à la Laurie Anderson, et prod bouncy proche du travail de The Neptunes (Chad Hugo & Pharrell Williams) qui a fait danser de façon intelligente les années 2000. "Pink Ocean" sonne comme un slow disco quasi rnb, mais version psyché et saturé, et est vraiment un excellentissime morceau. "Lazy Boy" mixe de façon habile et futée Daft Punk, DeMarco, art-rock et Strokes récents.
The Voidz - All Wordz Are Made Up (Clip, 2018)
Plus loin, c'est un hard rock sombre et déviant à la Black Sabbath qui est perverti par des influences rock (Queens Of The Stone Age, Queen, Ratatat), glam, punk, post-punk et électroniques (quasi dub au sens anglais du terme) sur "Pyramid Of Bones". On pense à The Fall sur le post-punk déglingos, saturé, distordu et partiellement atonal de "One Of The Ones", sympathique mais moins indispensable. Le rock indé lo-fi imbibé de folk de "Think Before You Drink" est un peu sauvé par sa montée finale intense, tandis que le punk hardcore de l'espace de "Black Hole" et celui plus psychotique de "We're Where We Were" sont sauvés par leur folie et leurs rythmiques folles.
The Voidz - Pyramid Of Bones (Clip, 2018)
C'est donc un superbe album que nous livrent les Voidz, avec très peu de points faibles malgré un nombre de morceaux conséquent et un son dense, un vrai petit chef-d'oeuvre qui arrive à innover en faisant de la pop et du rock sans se dénaturer ou perdre en efficacité (ce qui est un exploit en soi), avec un juste dosage entre tubes obliques et expérimentations obscures. On a la double impression un peu paradoxale que chacune des chansons provient d'un groupe différent (comme le suggèrent les visuels de chaque single), mais que l'album est cohérent, et rien que ça en dit beaucoup sur le talent du groupe. A coup sûr un des albums de l'année, et une superbe surprise qu'on attendait pas à ce niveau avant d'entendre les singles ravageurs. Au point que j'attendrais désormais chaque sortie de ce groupe avec ferveur.
Partagé entre une relation amoureuse euphorisante (après son divorce abordé à longueurs de métaphores sur les précédents albums), et un contexte politique américain déprimant (alt-right, suprématisme blanc, religiosité exacerbée, homophobie/transphobie, capitalisme inhumain), Kevin Barnes, leader d'Of Montreal, a abouti à un album à double face, symbolisé par le double titre accordé au projet ainsi qu'à chaque chanson qui le compose. Pour mettre ça en musique, il part des bases électroniques décomplexées du précédent (et très bon) album Innocence Reaches (parmi mes préférés de 2017), et l'enrichit de cette culture "extended mix" tout droit venue des 80's, consistant à étirer un morceau pour faire danser les gens plus longtemps, aboutissant au passage à de fabuleuses expérimentations sonores.
Of Montreal - Soft Music / Juno Portraits Of The Jovian Sky (2018)
On pense aussi à la noirceur assez rock et directe de Paralytic Stalks (2012) - à réhabiliter d'urgence au passage, mais je m'y collerai sûrement - dès "Soft Music / Juno Portraits Of The Jovian Sky", génial morceau d'ouverture à la fois mélodique, funky, grave et foisonnant de détails saisissants. Les deux singles sortis en avance annonçaient de toutes façon un album très réussi, avec d'abord le dansant et fou "Paranoiac Intervals / Body Dysmorphia", qui aurait pu très bien se glisser parmi les dingueries électro-rock de Hissing Fauna... Are You The Destroyer ? (2007) ou Skeletal Lamping (2008), avec ce petit côté too much de l'électronique renvoyant à Innocence Reaches en plus. Un morceau très pop, très fun, absolument délicieux. Le plus labyrinthique "Plateau Phase / No Careerism No Corruption" est parfois tout aussi frappant et fera sûrement danser en live (en empruntant quelques éléments à la production trap), mais il se permet quelques détours plus aériens et expérimentaux. Il rappelle aussi le Prince joueur d'Hit & Run Phase 1, abusant d'une électro kitschouille ou vraiment too much mais aboutissant à un résultat plus que réussi - et là encore sous estimé selon moi.
Of Montreal - Paranoiac Intervals/Body Dysmorphia (Clip, 2018)
D'ailleurs, on se rend compte que ce l'influence 80's est davantage conceptuelle que dans le pastiche, le son ne sonne en rien néo-80's, la musique reste dans cet inimitable son Of Montreal. On entend à peine une rythmique RetroWave au début de "Writing The Circles / Orgone Tropics" qui par ailleurs est bien trop curieuse et expérimentale pour être cataloguée dans ce genre souvent plaisant mais ô combien limité. Au passage, ce morceau est une véritable épopée d'un peu plus de 6 minutes, avec un départ prenant et une fin en crescendo absolument géniale, grâce notamment à un solo de saxo. Au rayon néo-électrofunk, les guitares, la basse slappée et les synthés baveux de "Sophie Calle Private Game / Every Person Is A Pussy, Every Pussy Is A Star !" font notre bonheur, avec là encore quelques judicieuses interventions de cuivres et des passages plus aérés donnant un rythme très fluide au morceau et à l'album en général.
Of Montreal - Plateau Phase / No Careerism No Corruption (2018)
"If You Talk To Sybol / Hotility Voyeur" commence très synthétique et finit quasiment jazz. Disons, influencée par le jazz à la manière pudique et très personnelle dont Barnes avait épicé Paralytic Stalks de son obsession de l'époque pour le compositeur multi-facettes Igor Stravinsky. Ce morceau clôt ainsi l'album d'une manière assez parfaite.
D'ailleurs ce White Is Relic / Irrealis Mood est assez impeccable et prouve que le retour en forme d'Innocence Reaches n'était pas que passager. Il s'inscrit immédiatement comme un des plus réussis d'une oeuvre singulière, celle d'un cerveau génial et un peu fou, un peu culte pour nous, et qu'on a toujours autant de plaisir à écouter sur LPAE. Longue vie à Of Montreal !
Dans l'ombre de Mac DeMarco, Montero nous avait déjà offert de superbes chansons pop, mais le graphiste de formation vient de monter d'un cran dans mon petit panthéon personnel avec ce magnifique album nommé Performer et sorti cette année.
On a affaire à de la pop de haut vol, avec un feeling "classique" presque beatlesien pervertit par des effets psyché et une voix haut perchée comme chez Mercury Rev et des suites d'accords inhabituelles à la Mac DeMarco, comme sur "Montero Airlines". Sur "Aloha", ce sont des sons de synthé et des accords à la Sébastien Tellier qui, posés sur un beat énorme à la Phil Collins 80's, appuient une mélodie vocale tantôt martiale pendant les couplets et délicate pendant les refrains (où elle peut rappeler Empire Of The Sun). Tandis que "Pilot" se la joue néo-Motown et que "Caught Up In My Own World" évoque le meilleur de la sunshine pop 60's revue au travers un prisme soul/funk et trempée dans le psychédélisme. Ce côté post-MGMT est également très présent sur l'électro-rock de "Performer", qui flirte avec le too much. D'ailleurs, parfois, la prod pourra sembler trop chargée à certains, mais pour moi c'est pile ce qu'il faut avant la surdose (dans le genre, la très cheesy "Destiny" dépasse peut-être un peu ma limite en versant dans le hard FM).
Montero - Running Race (Clip, 2018)
Mais sur les morceaux les plus aérés, ça fait mouche. Par exemple, on pense à une version plus directe, plus tube des années 80 revisités façon M83, de Mercury Rev, sur la très mémorable "Running Race".
Montero - Vibrations (Clip, 2018)
"Vibrations" réussit à réunir ces deux influences et à les ajouter à une pop psyché théâtrale, glam et grandiose devant beaucoup à Pond et au folk-rock un peu prog des 70's. Plus loin, "Quantify", synthpop déglinguées façon John Maus, convainc un peu moins mais reste agréable. C'est le mentor DeMarco et Michael Jackson qui sont évoqué sur l'également très psyché "Tokin' The Night Away".
Montero - Tokin' The Night Away (Clip, 2018)
Au final, un très bon album, très solide, très fun, riche et bien foutu. Derrière des aspects "marrants", c'est belle et bien une ambition folle qui a guidé ce projet du début à la fin. Cette tambouille psyché/pop/rock/glam/soul/funk/électronique est un des exemples les plus jouissifs dans le genre depuis le dernier Cullen Omori, et c'est un vrai gros compliment.