Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes

dimanche 8 mars 2020

Gérard Manset - 2870 (1978)

Aujourd'hui, nous vous présentons un monument du prog français : 2870 de Gérard Manset.

  Gérard Manset est l'un des artistes les plus éclectiques, secrets et passionnants de la musique francophone. Réservée à une poignée d'initiés. Ecouter du Manset, c'est ce plaisir jaloux d'écouter un artiste au style très personnel, dont on a l'impression qu'il a écrit la musique juste pour lui. Il réussit à coucher sur bande ce qu'il a dans la tête, il y a une maîtrise et une précision de chaque aspect (composition, arrangements, interprétation, son...) qui le rapproche des plus grands. Et paradoxalement, on a également l'impression que cette musique très personnelle a été composée rien que pour nous. En plus, sa voix est très particulière, elle rebute d'ailleurs la plupart des gens, mais ça l'a forcé à mettre au point une technique de chant ultra-personnelle (comme Daho, Gainsbourg...), donnant une intégrité et un côté unique à sa musique. Ajoutez à cela la difficulté d'accès à son oeuvre, et vous avez tous les ingrédients pour obtenir une oeuvre cultissime.

  Cet album en particulier, 2870, est sorti en 1978, et voit sa pochette signée par le collectif Hipgnosis, qui ont réalisé la plupart des pochettes du Floyd, dont leur mythique Dark Side Of Ther Moon (1973) et de nombreux groupes psyché ou prog. Cette décision artistique forte vu le contrôle total de son oeuvre (il est photographe et peintre, il aurait pu tout à fait la réaliser lui-même) reflète son ancrage dans un mouvement davantage international (en particulier anglo-saxon) que franco-français.


Photo de la pochette intérieure de 2870

  En effet, ses influences sont à la fois très américaines et blues, mais vues à travers un prisme très britannique, à la manière de Dire Straits ou Pink Floyd. On entend également du rock anglais, et plus particulièrement du glam, dans la manière de convoquer de somptueux arrangements orchestraux sur ses morceaux et de les faire cohabiter avec des guitares saturées. Mais l'ambition du projet rappelle également les grands groupes prog ou hard comme Led Zeppelin, et les ambitions littéraires apportent cette touche française bienvenue. Et c'est ce qui fait toute la richesse et la singularité de cet artiste dans le paysage musical de l'époque.

  Sur "Jésus", qui introduit les six titres de ce projet, on entend en effet toutes ces influences. La guitare blues mordante, mais qui sait également tracer des entrelacs caressants comme on en entendra chez le contemporain Mark Knofler dans un jeu très pické, le piano glam 70s très percussif et théâtral (impression soulignée par les cordes), et une ambiance grave, à la Pink Floyd de Whish You Were Here (1975). Le pont, riche en cordes, rappelle la chanson française la plus ambitieuse qui soit, celle de Gainsbourg orchestrée par Vannier, ce qui est également audible dans le texte irrévérencieux, dans lequel il apostrophe Jésus sur l'état du monde : "Tu m'as bien compris, Jésus, tu m'as bien compris de travers / Avec tes amis, vide ton verre", "Serais-tu devenu sourd ?". 

  Les trois chansons suivantes montrent un versant plus apaisé de la musique de Manset, presque proche de la variété radiophonique de l'époque. 



  "Le Pont" rappelle en effet Michel Berger ou Elton John, via un piano glam rythmé, et possède une ambiance consensuelle à la "Let It Be". Le chant doublé rapproche également l'artiste de Cabrel vocalement. Mais on a toujours ce blues apaisé, soutenu par les cordes, mais perverti de temps en temps par une guitare saturée et des hits orchestraux, et dont la gravité ira crescendo avec l'arrivée de la section rythmique lorsque le texte s'assombrira ("au dessous c'est le vide"). C'est une musique très émotionnelle, portée par la guitare et amplifiée par le son grandiose des cordes, tel un concerto pour guitare blues-rock ou un opéra rock. Qui devient presque FM avec les influences revendiquées du groupe Scorpions, dont il est un grand admirateur, sur le solo final aboutissant en une conclusion épique, puissante et exubérante. Mais malgré une musique superlative et très ancrée dans son époque, la personnalité forte de son art lui a permis de conserver son charme et de ne pas tomber dans la désuétude, contrairement au groupe allemand sus-nommé.

  "Un Homme Et Une Femme", poursuit sur la même veine, avec un côté très anglais dans le jeu des claviers, rappelant la pop prog de Supertramp ou la chanson française rythmée de Véronique Sanson (aspect renforcé par la rythmique du chant et les choeurs). Le texte, fort, aborde la violence domestique et détourne cette ambiance pop/chanson française de cabaret, aidé en cela par une guitare hard mordante et une basse vicieuse. Dans ce morceau, on a une portion introduisant à merveille le reste de l'album : un motif mélodique est joué en boucle, grâce à une guitare rythmique chargée en wahwah à la Pink Floyd et des arrangements impeccablement interprétés (comme sur Le Maudit de Sanson ou sur les disques jamaïcains de Gainsbourg, faisant appel à de nombreux requins de studio), afin de laisser s'exprimer un solo de guitare grandiloquent terminant le morceau en feu d'artifice.

  "Amis", clôt cette trilogie avec une ambiance plus acoustique et des ambiances psyché-folk champêtres, un chant moins torturé, davantage Cabrel. Mais le texte est dépressif, on parle du temps qui passe et la difficulté pour Manset de garder des relations humaines, à l'aide d'images fortes et macabres ("Comme un oiseau sans tête", répété comme un mantra ; "à quo sert de s'aimer / s'il faut le dire / s'il faut l'écrire / le répéter"). Le traitement de la voix est remarquable, entre reverb et échos, cette chanson est comme contée en pleine nature, cela est renforcé par le son naturel des guitares sur lesquelles Manset a laissé des "buzz" et des dissonances, ce qui enrichit leur son et rappelle les éléments de musique indienne ayant influencé le psychédélisme. 




  Mais tout ce début d'album, tout excellent qu'il soit, s'efface devant la grande oeuvre qu'est le morceau-titre, "2870". Ce morceau démarre comme une bande originale de film, à la François de Roubaix, avant de virer vers une orchestration funk-rock grandiose et hypnotique. On note des influences très importantes de Pink Floyd : la guitare façon Gilmour, les ambiances de Dark Side Of The Moon et Wish You Were Here, avec cette basse menaçante, une tension rythmique, l'utilisation de la wah wah. Ce qui aboutit au même résultat que les anglais, ce funk froid, blanc, vidé de sa chaleur et de sa substance et détourné, qu'affectionnent les musiciens de prog (à la "Money"), un funk pour planer plus que pour danser. Avec un côté très contemplatif, il tourne en boucle sur la deuxième partie de la chanson pour laisser la place à des entrelacs de guitare et à des soli façon "Maggot Brain" de Funkadelic, avec lequel il partage cette ambiance funk-rock groovy, froide et déchirante, utilisée de façon prog voire psyché et d'une expressivité blues dans l'intention. Les cordes sont également remarquables, utilisées au départ en nappes comme un simple arrangement, elles étouffent progressivement le morceau par vagues successives et impriment une structure oscillante et un crescendo de plus en plus oppressant au morceau. 

  C'est une musique sensationnelle et sensorielle (avec le jeu du stéréo, on le ressent de façon physique), qui joue avec l'auditeur et qui nous touche personnellement par sa puissance et son côté lancinant, tel un requiem. C'est un paysage complexe dans lequel on se perd volontiers, pour contempler ce fourmillement surdoué d'idées, de sons et de sensibilité, qui nous fait arrêter toute activité, oublier toute notion du temps, oublier le reste de l'album, oublier même le fait qu'on écoute de la musique et qui nous captive totalement. En cela, ce morceau est, avec le krautrock, précurseur de la tendance drone de la musique psychédélique, tout en restant très sincère dans son intention et son expression malgré cette grandeur. 
  Il est également intéressant de noter que le fou de studio qu'était Manset en est arriver à des résultats cousins de ceux des producteurs de dub jamaïcains, tout aussi géniaux et barrés, avec un accent sur la basse et la rythmique, un groove en boucle avec des contretemps marqué et des éléments musicaux apparaissant et disparaissant au gré d'effets sonores irréels (comme le piano ici).

  Enfin, malgré la prédominance de l'instrumentation, le texte enrichit cette ambiance en racontant une histoire dystopique se déroulant en 2870 : "Son sang se vide, dans une cage on le glisse / Les murs sont blancs, les murs sont lisses", "Une tour immense / Froid le silence / Les cris de haine et de vengeance". 

  Et même s'il est impossible de passer après un titan comme "2870", l'album se clôt d'une bien belle manière sur "Ton âme heureuse", entre pop-folk pure, production 80s et guitare FM. Ce morceau, dans sa production et son son, est précurseur des années 80, avec d'un côté la pop-folk psychédélique et synthétique de XTC, le hard-rock de Guns & Roses (ce son de guitare!), et la prog pop riche en synthés de Toto. Tout en étant très accessible : le refrain déclamé d'un ton détaché est assez catchy (pour du Manset).

  Cet album est un des meilleurs Manset, ce qui n'est pas peu dire vu le nombre hallucinant de classiques de l'artiste. Mais pour les néophytes ou ceux bloqués par son style, ce disque peut-être une bonne porte d'entrée, particulièrement pour les amateurs de prog ou de rock anglo-saxon des années 70. Sa discographie se continue par ailleurs avec l'excellent Royaume De Siam, sorti l'année d'après, que nous vous conseillons également si vous avez aimé celui-ci. 

  Pour l'écouter, le streaming n'est pas disponible, alors foncez à la médiathèque la plus proche de chez vous ou complétez votre collection de galette via Discogs.

Etienne & Alexandre





vendredi 6 mars 2020

Draag Me - I Am Gambling With My Life (2020)


  Zack Schwartz est une figure de la scène indé de Philadelphie avec son groupe, les très créatifs Spirit Of The Beehive, et I Am Gambling With My Life est son premier album solo sous le nom Draag Me. Et c'est un putain d'OVNI. Sorte de collage post-moderne, très sensible, assez unique, le disque déroute d'abord, intrigue ensuite, impressionne enfin. Sorte de mix à l'esprit indus et psychédélique entre des idées venues de la pop, du rock, de la techno, de la house ("The Curve"), du rnb, du hip-hop, de la rétrowave ("Form"), de la vaporwave, et de l'ambient ("Passing Thru"), c'est un vrai voyage.  

Draag Me - Steady Turn The Cog (2020)

  "Steady Turn The Cog" sonne comme une rave organisée par Ras G avec un peu de chant post-trap mélancolique dedans. On n'est parfois pas si loin de Flying Lotus ("The Curve"), et parfois c'est presque du metal indus ("Burned My Tapes", "You're Giving It Away"), l'écoute du disque est donc une surprise de chaque instant ("Money", "I Want To Go First"), une vraie expérience, comme un Throbbing Gristle des années 2020. Des influences ultra-récentes, trap ("Running Instead", "Closer"...) ou post-vaporwave à la Electronic Gems ("Fools Every Day", qui a un petit côté dream pop à la Chromatics), inscrivent l'album dans une modernité excitante, voire lui confèrent un aspect futuriste.

Draag Me - I Am Gambling With My Life (2020)

  Les morceaux plus pop, dans une lignée Homeshake / ARTHUR / Connan Mockasin / Puzzle, charment et font beaucoup dans l'attrait du disque, comme les obsédantes "Why Do You Feel Nothing ?" et "I Am Gambling With My Life". Une amie m'a dit que cet album était un peu comme un négatif de 100 gecs, avec une approche comparable de la composition (superposition de styles musicaux disparates) mais piochant dans une palette sonore très différente, beaucoup plus dark, et je trouve ça très juste ("There Is A Party Where I'm Going", "Wrench"). Dans le même registre, "Running Instead" fait penser, par son mélange emo-trap planant, à un croisement entre JPEGMAFIA, Lil Peep et Luthorist.

Draag Me - Why Do You Feel Nothing ? (2020)

  Les voix invitées sur le disque (body meat, dot pony, sentient bbq, strange ranger, pedazo de carne con ojo, corey) apportent beaucoup à l'orientation pop de certains morceaux, et les modification assez lourdes apportées aux voix permet de les homogénéiser sur toute la longueur de l'album. Les origines pop-rock indé de Schwartz se ressentent également pas mal sur quelques morceaux, par exemple "Lie", "All Bad Scores Emulation", qui sonne comme si les Flaming Lips étaient allés un cran plus loin dans la déconstruction après Oczy Mlody, ou "Die On That Hill" qui sonne comme un remix live de XTC par Animal Collective.

  I Am Gambling With My Life est une oeuvre totale, renversante, bouleversante, prenante. Si on se laisse tomber dans le précipice, guider dans ses méandres, cette free pop nous enveloppe, nous transporte, nous fait voyager comme rarement. Un LP bluffant, déroutant, extraordinaire.

Mes morceaux préférés : Steady Turn The Cog, The Curve, Why Do You Feel Nothing?, I Am Gambling With My Life, There Is A Party Where I'm Going, All Bad Scores Emulation, Running Instead, Fools Every Day, Die On That Hill


Alex


mardi 3 mars 2020

Tennis - Swimmer (2020)


  Tennis, c'est le couple le plus cool de la pop indé, et Swimmer fait suite à leur génial Yours Conditionally (2017), que j'avais adoré... et il ne déçoit pas. 

  Déjà, il y a les tubes immédiats, comme "Need Your Love", avec un duo batterie/piano propulsif et un jeu sur les voix qui est un vrai bonbon auditif. Ou "Runner", qui ajoute habilement des idées venues de l'électronique dans le mix, et joue sur l'agilité du chant pour se faufiler dans les interstices étroits de l'instrumental.

  Et puis il y a les morceaux qui se révèlent au fil des écoutes, avec leur lustre à l'ancienne façon Carpenters et leurs mélodies sucrées ("I'll Haunt You"), leur électropop doucement caribéenne ("Tender As A Tomb"), ou leur ambiance de conduite de nuit dans le LA 80's ("How To Forgive"). Et les autres, moins marquants mais très beaux tout de même, comme la country-pop "Echoes", la très Laurel Canyon "Matrimony II", ou la dream pop tranquille de "Swimmer" et "Late Night"

  Sans atteindre les sommets de son prédecesseur, ce petit album a tout de même un charme fou, et je vous le recommande chaudement.

Mes morceaux préférés : Need Your Love, I'll Haunt You, Runner, Tender As A Tomb

A écouter sur Spotify ou Deezer

Alex

dimanche 1 mars 2020

Grimes - Miss Anthropocene (2020)


  La trajectoire de Grimes est assez fascinante. Venue d'une scène DIY canadienne, elle a doucement peaufiné son style à coup d'albums bricolés sur Garageband avec talent, expérimentant avec la pop, ses sous-genres, ses sons, ses structures (Geidi Primes et Halfaxa au début de la décennie). Puis elle a passé un pallier avec Visions (2012), oeuvre ultra aboutie, à l'esthétique unique et au pouvoir d'attraction remarquable tant pour les hipsters snobs que pour le grand public pop. Puis Art Angels (2015) a à peu près convaincu tout le monde, sa production impeccable et ses mélodies imparables compensant ses tournants expérimentaux et son tropisme vers la transcendance d'une certaine idée du mauvais goût pop. Outre le fait que naturellement, sa musique a énormément gagné en popularité et en respectabilité avec les classements des meilleurs albums de la décennie et ce genre d'honneurs, sa vie privée a commencé à faire parler d'elle, et ça c'est le genre de trucs qui mettent un effet de loupe important sur un.e musicien.ne de la scène indé. Mais après tout, Claire Boucher de son vrai nom ne s'en est jamais cachée, elle est autant fascinée par les pionniers expérimentant avec des formes underground de musique que par les plus grandes popstars, et elle a embrassé ce nouveau statut avec un naturel désarmant dans ce nouvel album.

Grimes - Delete Forever (Clip, 2020)

  En effet, Miss Anthropocene est un album concis, très accrocheur, assez pop. Pas tout à fait dénué des digressions qui caractérisent les longs formats de Grimes, et en diluent parfois l'impact, ce LP en contient néanmoins assez peu, et a une tendance salvatrice à aller à l'essentiel. La thématique du disque est originale, le changement climatique vu comme une force positive à travers tout un bestiaire de démons, déesses etc qui en sont responsables / qui l'accélèrent (j'ai pas tout pigé mais c'est pas très important). Au passage, le nom du disque est un jeu de mot entre miss, misanthrope et anthropocène. On sent en tous cas une accentuation du côté grandiose, cosmique, cinématographique qui marque le son de Boucher, et notamment ce qu'elle fait de sa voix, afin de coller à ce thème bigger than life. C'est particulièrement vrai de "So Heavy I Fell Through The Earth", morceau épique aux proportions dantesque, pourtant presque ambient, qui prend une dimension nouvelle après l'annonce de la grossesse de son auteure. 

Grimes - So Heavy I Fell Through The Earth (Clip, 2019)

  Sur ce morceau comme sur beaucoup, Grimes utilise pas mal de marqueurs musicaux des années 90-début 2000, avec une pop post-trip-hop, planante, post-électronique ("You'll Miss Me When I'm Not Around", "Before The Fever", "IDORU"). On a par exemple une énorme ballade new age sur "New Gods", des rythmiques jungle et un côté joueur façon Big Beat sur la très cool "4AEM", le tout saupoudré d'une dose d'orientalisme dans les vocaux. L'orientation emo / nu-metal de "My Name Is Dark" et de "We Appreciate Power" (bonus track géniale, avec HANA) surprend autant qu'elle titille les circuits de récompense. 

Grimes - My Name Is Dark (2020)

  On est également étonnés par "Delete Forever", entre Oasis, Shania Twain, Natalie Imbruglia et cie, qui se révèle être une chanson totalement déchirante et obsédante (je l'ai non stop dans la tête depuis 2 ou 3 semaines) de space country (terme à la fois débile et génial utilisé par un commentateur youtube). Ce morceau, écrit suite au décès par overdose de Lil Peep, résonnant avec des expériences personnelles vécues par Grimes, parle évidemment de drogues, d'abus, de mort, avec beaucoup d'émotion. Quelques influences plus modernes traversent également le disque, comme la post-trap de "Darkseid" avec PAN, et le projet dans son ensemble sonne ultra-contemporain voire futuriste. Claire Boucher met d'ailleurs à jour le son qui l'a fait exploser en 2012 avec la géniale "Violence", co-roduite par i_o.

Grimes & i_o - Violence (Clip, 2019)

  En résumé, c'est une vraie réussite pour Grimes, en allant un peu plus vers la pop, et à l'aide d'une production colossale et très claire, tout en essayant d'être la plus concise possible, elle a abouti à un album vraiment prenant de bout en bout, qui malgré quelques petites longueurs se tient très bien, et contient un sacré paquet de perles, faisant partie sans problème de ses meilleures chansons. Un pari, et un changement de dimension, plus que réussis.

Mes morceaux préférés : So Heavy I Fell Through The Earth, Delete Forever, Violence, My Name Is Dark, 4AEM, We Appreciate Power

A écouter sur Spotify ou Deezer

Alex


vendredi 28 février 2020

Steve Spacek - Houses (2020)


  Le producteur australien Steve Spacek s'est lancé un genre de défi artistique sur cet album : composer sa soul cosmique avec des applis pour tablettes et smartphone. Ça a l'air con dit comme ça, mais parfois une limitation technique pousse un artiste à se dépasser pour faire du nouveau, du frais, du bon, dans un cadre inhabituel, et c'est clairement le cas ici. 

Steve Spacek - Rawl Aredo (2020)

  Entre nu-soul chaude, jazz malicieux, P-Funk psychédélique, rnb, musique de jeux vidéos, house, techno... les influences se mêlent, dans un jeu avec les sonorités qui font cohabiter la froideur de l'électronique et l'âme de ces musiques, mettant à profit la rythmique mécanique de la machine pour mieux mettre en valeur le groove naturel de l'humain ("Rawl Aredo"). La voix apporte pas mal à l'ensemble, contribuant à la forte personnalité du disque, et le rapprochant de créatifs à cheval entre pop, soul/funk et hip-hop comme Steve LacyMatt Martians ou Thundercat ("Waiting 4 You").

Steve Spacek - Waiting 4 You (2020)

  Les détours psychédéliques, aussi fun que du George Clinton et explorateurs comme chez Flying Lotus ou le regretté Ras G (la bouillonnante "Where We Go", la déconstruite "Higher Place"), inscrivent le disque dans une certaine filiation, et les influences house et techno 80's raccrochent les wagons avec les précurseurs de Chicago et Detroit ("Tell Me"), voire même avec les expérimentations groovy de l'électrofunk post-disco ("Songlife"), tandis que "African Dream" va chercher dans les avant-gardes actuelles de l'électronique des Caraïbes, d'Afrique et d'Amérique du Nord (il y a un peu de footwork là dedans). On a même droit à un petit détour entre post-dubstep et futurefunk/nu-disco sur "Love 4 Nano". C'est souvent tellement riche de sons, d'influences et de rythme qu'on a bien de la peine à décrire le morceau, comme "Single Stream" entre calypso, Marvin Gaye, Timmy Thomas, Gonjasufi et dub.

Steve Spacek - African Dream (2020)

  L'album est très concis (9 titres, même si certains passent les 7 minutes) et il est agrémenté de 4 morceaux bonus également très bons, ("Bright Eyes Rev", "Child Insperation", "Who Cares", "Yu Used to Love Me"). C'est pour ma part une découverte totale et une sacrée claque. Au-delà de la performance technique, c'est un inspirant exemple de créativité et de maîtrise de ses influences musicales tout en exprimant une personnalité forte. Ce disque, qui ne ressemble à aucun autre, dégage une aura unique, et réinvente à son échelle l'électronique à sa sauce, et c'est un sacré exploit.

Mes morceaux préférés : Waiting 4 You, Rawl Aredo, Tell Me, Single Stream, African Dream


Alex


mercredi 26 février 2020

Kirby - Sis. (2020)


  Entre nu-soul ensoleillée, phrasé rnb et accroche pop, ce disque de Kirby fait mouche. "Leon", avec sa douce guitare acoustique, ses quelques notes de clavier jazzy parsemées, et son chant susurré et démultiplié, évoque le meilleur (D'Angelo, Frank Ocean, Erykah Badu, Nao...).

KIRBY - We Don't Funk (Clip, 2020)

  Plus franchement pop/rnb, "Kool Aid" est un single imparable, à la Izzy Bizu / Lianne La Havas / Ravyn Lenae. Son orgue délicat, son chant qui joue au chat et à la souris avec l'auditeur, son beat qui groove sec, ses petites guitares... Tout est merveilleux, et délicieusement capté par une production au poil. Des petits détails, comme les échos et le synthé ondulant de "Velvet", ajoutent à la beauté de la chanson, elle même pcaptivante comme du Amy Winehouse. De même, les petits accents dub et funk de "Penny" rendent le titre irrésistible. Presque P-Funk, "We Don't Funk" a un petit côté Bootsy Collins chez Kali Uchis, c'est un coup de maître.

KIRBY - Don't Leave Your Girl (Clip, 2020)

  Dans le genre single, "Apple" est encore plus évident, dans un style plus Alicia Keys / John Legend qui me parle un peu moins mais est plus qu maîtrisé ici et transcendé par un refrain bigger than life. Dans le même genre, "Don't Leave Your Girl" sonne comme un crossover entre Lauryn Hill (on entend pas mal de "Doo Wop (That Thing)"), Solange, le rnb à l'ancienne et la pop des années 2000.

  Bref, que ce soit dans des ballades soul plus rêveuses, presque psychédéliques, des morceaux pop accrocheurs, du funk musclé, elle brille en toutes circonstances. Un très bon album.

Mes morceaux préférés : Leon, Kool Aid, Velvet, Penny, We Don't Funk, Don't Leave Your Girl

A écouter sur Spotify ou Deezer

Alex

lundi 24 février 2020

Raveena - Moonstone EP (2020)


  Entre nu-soul rêveuse, funk doux, rnb lascif et pop contemplative, l'album Lucid de Raveena nous avait séduit par ses ambiances cotonneuses et ses ballades printanières l'an dernier. Cet EP, nommé Moonstone, est encore meilleur, car un peu plus percutant. Tout en gardant la délicatesse de son prédécesseur, il marque davantage les esprits par son sens mélodique, et les morceaux accrochent bien ("Headaches") et ce, même avec un tempo plus lent ("Close 2 U", "Heartbeat") voire carrément au long d'une ballade sans beat ("Starflower"). Un très bel EP, que je vous recommande chaudement.


Raveena - Headaches (Clip, 2020)


Alex