Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes
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jeudi 30 avril 2020

Black Dresses - Peaceful As Hell (2020)


  Après deux albums percutants sortis l'an dernier (dont mon ptit préféré Thank You qui a fini dans mon top 10 de l'année), les deux Black Dresses reviennent déjà avec ce Peaceful As Hell

  Qui commence hyper fort avec un morceau parmi leurs plus intenses, "Left Arm of Life" où une voix rongée par la distorsion chante son blues sur un tapis de beats qui s'abattent comme des obus sur l'auditeur dévasté, tandis que les synthés détunés montent en intensité. Un morceau de bravoure, d'entrée de jeu.

Black Dresses - Left Arm Of Life (2020)

  Les influences venues du rock des années 2000, avec un peu d'indus et de post-punk ("MiRRORGiRL", "Express Yourself") un peu de nu-metal (voire du franchement metal, cf l'intro de "Beautiful Friendship"), du rock indé et de l'électro-pop infusent ce disque, souvent sur le même morceau, comme "Damage Suppressor" qui peut passer d'un début rock à une partie au piano presque Of Montreal pour enchaîner avec un mélange explosif d'electroclash, d'indus et de nu-metal. Mais malgré le côté déflagration et la surstimulation auditive induite par les changements brusques et fréquents de tempos, de sonorités, le tout reste ultra cohérent et très accrocheur, et on retrouve un peu -dans un style totalement différent, avec une écriture plus pop-rock et en moins décousu- le génie des 100gecs à passer d'une idée à l'autre à toute vitesse sans perdre le fil et en faisant monter l'adrénaline tout le long ("Angel Hair", "Bliss And Stupidity").

Black Dresses - Damage Suppressor (2020)

  Ce disque est une vraie expérience, et le déluge de stimuli et la magie de la noise ("Impossible Dream") forcent vraiment l'attention de l'auditeur, lui faisant perdre toute notion du temps et le faisant entrer dans un genre d'univers parallèle fait de rock bruitiste et de synthés baveux ("Sharp Halo"). Comment ne pas ouvrir son esprit et remettre en cause sa réalité lorsqu'on tombe sur un "I'm A Freak Cuz I'm Always Freaked Out" après 4 morceaux qui nous y ont formidablement bien préparé en faisant tomber une à une nos barrières mentales. 

Black Dresses - Please be Nice (2020)

  Et puis il y a "Maybe This World Is Another Planet's Hell", synthpop mélancolique et émotionnellement dévastatrice, aussi cool, intense et épique que son titre le laisse suggérer. Sur laquelle s'appuie le début de "Scared 2 Death" qui poursuit le délire en y ajoutant une guitare presque prog, une sub puissante, puis part carrément en délire nu-metal. Autre moment marquant : la conclusion "666", tournant sur des patterns de synthé obsédants et grésillant. Il y a aussi 2 tubes : "Please Be Nice", aussi puissant et violent qu'accrocheur et mémorable, et "Creep U", plus frontalement rock 90's et dépouillé et plus accessible pour le néophyte.

Black Dresses - Creep U (Clip 2020)

  Bref, c'est un autre tour de force de la part de Devi McCallion et Ada Rook, d'une ampleur au moins égale au fantastique Thank You, qui déroute et surprend à chaque instant pour le meilleur.

Mes morceaux préférés : Left Arm of Life, Damage Suppressor, Beautiful Friendship, Please Be Nice, I'm A Freak Cause I'm Always Freaked Out, Maybe This World Is Another Planet's Hell, Creep U, 666


Alex



vendredi 6 mars 2020

Draag Me - I Am Gambling With My Life (2020)


  Zack Schwartz est une figure de la scène indé de Philadelphie avec son groupe, les très créatifs Spirit Of The Beehive, et I Am Gambling With My Life est son premier album solo sous le nom Draag Me. Et c'est un putain d'OVNI. Sorte de collage post-moderne, très sensible, assez unique, le disque déroute d'abord, intrigue ensuite, impressionne enfin. Sorte de mix à l'esprit indus et psychédélique entre des idées venues de la pop, du rock, de la techno, de la house ("The Curve"), du rnb, du hip-hop, de la rétrowave ("Form"), de la vaporwave, et de l'ambient ("Passing Thru"), c'est un vrai voyage.  

Draag Me - Steady Turn The Cog (2020)

  "Steady Turn The Cog" sonne comme une rave organisée par Ras G avec un peu de chant post-trap mélancolique dedans. On n'est parfois pas si loin de Flying Lotus ("The Curve"), et parfois c'est presque du metal indus ("Burned My Tapes", "You're Giving It Away"), l'écoute du disque est donc une surprise de chaque instant ("Money", "I Want To Go First"), une vraie expérience, comme un Throbbing Gristle des années 2020. Des influences ultra-récentes, trap ("Running Instead", "Closer"...) ou post-vaporwave à la Electronic Gems ("Fools Every Day", qui a un petit côté dream pop à la Chromatics), inscrivent l'album dans une modernité excitante, voire lui confèrent un aspect futuriste.

Draag Me - I Am Gambling With My Life (2020)

  Les morceaux plus pop, dans une lignée Homeshake / ARTHUR / Connan Mockasin / Puzzle, charment et font beaucoup dans l'attrait du disque, comme les obsédantes "Why Do You Feel Nothing ?" et "I Am Gambling With My Life". Une amie m'a dit que cet album était un peu comme un négatif de 100 gecs, avec une approche comparable de la composition (superposition de styles musicaux disparates) mais piochant dans une palette sonore très différente, beaucoup plus dark, et je trouve ça très juste ("There Is A Party Where I'm Going", "Wrench"). Dans le même registre, "Running Instead" fait penser, par son mélange emo-trap planant, à un croisement entre JPEGMAFIA, Lil Peep et Luthorist.

Draag Me - Why Do You Feel Nothing ? (2020)

  Les voix invitées sur le disque (body meat, dot pony, sentient bbq, strange ranger, pedazo de carne con ojo, corey) apportent beaucoup à l'orientation pop de certains morceaux, et les modification assez lourdes apportées aux voix permet de les homogénéiser sur toute la longueur de l'album. Les origines pop-rock indé de Schwartz se ressentent également pas mal sur quelques morceaux, par exemple "Lie", "All Bad Scores Emulation", qui sonne comme si les Flaming Lips étaient allés un cran plus loin dans la déconstruction après Oczy Mlody, ou "Die On That Hill" qui sonne comme un remix live de XTC par Animal Collective.

  I Am Gambling With My Life est une oeuvre totale, renversante, bouleversante, prenante. Si on se laisse tomber dans le précipice, guider dans ses méandres, cette free pop nous enveloppe, nous transporte, nous fait voyager comme rarement. Un LP bluffant, déroutant, extraordinaire.

Mes morceaux préférés : Steady Turn The Cog, The Curve, Why Do You Feel Nothing?, I Am Gambling With My Life, There Is A Party Where I'm Going, All Bad Scores Emulation, Running Instead, Fools Every Day, Die On That Hill


Alex


samedi 11 janvier 2020

Boy Harsher - Country Girl Uncut (2019) & Careful (2019)


  On continue avec quelques excellents albums de 2019 qui n'ont pas encore été abordés sur le blog faute de temps ou parfois de recul, parce qu'une oeuvre d'art ça se dévoile parfois avec une certaine maturité et donc plusieurs réécoutes dans notre cas.

BOY HARSHER - COUNTRY GIRL UNCUT (2019)

  Des deux albums de Boy Harsher sortis cette année, j'ai une préférence nette pour Country Girl Uncut, suite et prolongement de leur EP de 2017. Minimaliste, industriel, il est hypnotisant, obsédant. A la fois planant, rythmé, brutal, aérien, ses variations autour d'une pop électronique à la fois référencée et aventureuse font mouche. Pas si loin des Junior Boys et de Jessy Lanza (que j'adore), et avec un petit côté dance-punk à la DFA (on pense à Juan MacLean), "Motion" ouvre le disque sur une note de perfection, alternant brillamment entre un des nappes de synthé deep house lumineuses et des parties rythmiques implacables. "Electric" est plus sombre, comme Depeche Mode au sommet de leur décadence, dévoilant une techno-pop sexuelle de club souterrain, et re-démontrant au passage l'influence énorme de Kraftwerk sur la culture populaire.

Boy Harsher - Country Girl (Clip, 2019)

  Autre monument, "Country Girl" est peut-être mon morceau préféré du disque. Il joue du clair-obscur évoqué plus haut avec une intensité déchirante. On pense à nouveau aux Junior Boys, mais quelques échos d'Alan Vega dans la voix, et d'autres éléments comme une guitare lointaine viennent diversifier le panorama sonore, jusqu'à l'apothéose du disque : le changement de beat un peu avant 2'30" qui fait penser aux débuts de New Order (on est dangereusement proche de la perfection absolue de "Blue Monday"). Ces quelques secondes aux proportions épiques, qui se déclinent jusqu'à la fin du morceau, font partie des meilleurs instants musicaux que l'année a pu nous offrir.

  Après un tel chef-d'oeuvre, un seul moyen de rebondir : une ambiance planante, presque ambient, mais menaçante, et c'est précisément ce que "February" arrive à instiller, permettant à l'indus d'"Underwater" puis à la synthpop dark de "Send Me a Vision" de prendre toute leur place. Cette dernière, tout comme "Westerners", m'évoquent un peu les Pet Shop Boys en plus industriel, et sont d'excellents morceaux. "Swing", ballade toxique et mystérieuse, sans percussions vient clôturer cet incroyable album sur une touche plus vénéneuse, intrigante. Vous l'avez compris à ce stade, je suis totalement sous le charme de ce disque concis et percutant, qui m'impressionne d'autant plus qu'il est sorti la même année que Careful, autre très bon LP que l'on va aborder maintenant.

Mes morceaux préférés :  Motion, Electric, Country Girl

Ecouter sur Spotify ou Deezer ou Bandcamp ou Youtube



BOY HARSHER - CAREFUL (2019)

  Le disque commence cette fois-ci par "Kick Driving", sur un drone insistant, montant en pression crescendo, avec une voix sensuelle et menaçante à la fois, comme une collaboration entre le Velvet Underground (période Nico) et Suicide. On déboule ensuite sur la synthpop rétro de "Face The Fire", puis la coldwave de "Fate", à la force de frappe monstrueuse avec son kick massif et son gimmick de synthé obsédant. Un grand morceau.

Boy Harsher - Fate (Clip, 2019)

  Retour des hits orchestraux et des basses électrofunk à la Pet Shop Boys sur la très bonne "LA", puis un beat à la Moroder (ou plus probablement Patrick Cowley, sombre et sexuel) sur "Come Closer", de la new wave des débuts ("The Look You Gave (Jerry)"), avant de bifurquer sur un autre tube synthpop potentiel avec "Tears".

  L'ambient de "Crush" relance la tension avant la très Depeche Mode "Lost", qui comporte quelques accords plaqués néo-80's que certains artistes French Touch n'auraient pas reniés, et une intensité digne de Bronski Beat. Le disque s'achève sur le cinématographique et ultra-flippant "Careful".

  Bref, on n'est pas loin du tout de la perfection de Country Girl Uncut, et ce Careful est un excellent disque, qui fait tout autant partie des meilleures sorties de l'année. A noter que le groupe a publié une compilation de remixes de l'album que je vous encourage à tester si vous avez aimé le disque (lien ici).

Mes morceaux préférés : Kick Driving, Fate, LA, Tears, Lost

Ecouter sur Spotify ou Deezer ou Bandcamp ou Youtube



vendredi 27 décembre 2019

JPEGMAFIA - All My Heroes Are Cornballs (2019)


  JPEGMAFIA m'avait soufflé l'an dernier avec Veteran (puis sur youtube, avec des concerts incendiaires). Sur cet album, le rappeur/producteur imposait un style unique et futuriste, entre agression et beauté, déconstruction et reconstruction. All My Heroes Are Cornballs en est le digne successeur. 

  Introduit par le single "Jesus Forgive Me, I am A Thot", probablement un des morceaux les plus espiègles, marquants, créatifs et inspirants sortis cette année, entre indus, noise, hip-hop, rnb, électronique et pop céleste aux accents parfois rock. Soufflant le chaud et le froid, il arrive à faire cohabiter des éléments parfois éloignés sur la même track. Comme sur "Kenan Vs. Kel" où une prod hip-hop un peu jazzy comme chez A Tribe Called Quest rencontre une guitare à la Black Sabbath. C'est parfois pur et beau au premier degré, à en chialer, comme l'interlude électronique "Post Verified Lifestyle" ou l'intro de "Beta Male Strategies", qui vire ensuite au rock psyché puis au post-dubstep, avant de faire tout ça en même temps. Autres moments de folie créatives, "All My Heroes Are Cornballs" sonne comme si Prince avait grandi sous l'influence de Death Grips.

JPEGMAFIA - Jesus Forgive Me, I Am A Thot (Clip, 2019)

  L'autotune, ici pas mal utilisée, introduit une part plus grande apportée au chant, induisant une proportion de chansons plus classiques (avec pas mal de guitare dedans) un peu plus grandes ("Grimy Waifu", "Free The Frail", "Rap Grow Old & Die x No Child Left Behind", "BasicBitchTearGas" qui cite le classique "No Scrubs"), même si les gros bangers sont toujours là ("PTSD") et les entre-deux réussis ("BBW", "Thot Tactics", "Dots Freestyle Remix", "Papi I Missed You").

  Le disque, bien que dense (pas mal de titres même si beaucoup sont courts) est une réussite, la suite logique et le prolongement de Veteran, et la preuve concrète que Peggy est là pour durer.

Mes morceaux préférés : Jesus Forgive Me I Am A Thot, Kenan Vs Kel, Beta Male Strategies, Grimy Waifu


Alex

dimanche 22 décembre 2019

Black Dresses - Thank You (2019)


  Black Dresses est un duo composé de Devi McCallion et Ada Rook, au style musical assez difficile à ranger dans une case. Après une année 2018 déjà bien remplie, elles ont sorti -entre autres projets- un album en 2019, Love And Affection For Stupid Little Bitches, qui m'avait déjà tapé dans l'oreille. Mais je crois que parmi leurs nombreux projets, ensemble ou en solo (je mentionne la sortie récente du dernier Rook & Nomie, dont je reparlerai peut-être), c'est ce Thank You, deuxième album de 2019, qui m'a le plus marqué.

  Il démarre sur une base entre rock indus façon Trent Reznor / Marilyn Manson sur "Thank U" (cf également l'incroyable "Look Away" plus loin), mêle à cela un côté emo et un esprit électro-punk plus moderne (grâce à quelques éléments électro ou hip-hop) sur la cathartique "Dog Shit", accentué sur la noisy "Water". On est carrément dans une rage façon punk hardcore voire métal sur les géniales "Death / Bad Girl" ou "There's Nothing Here Worth Dying For"

Black Dresses - Death / Bad Girl (2019)

  La science des synthés mis au service d'une ambiance lourde et plombée sur "Wheel of Fortune" évoque une version destroy de Depeche Mode et son refrain euphorisant une version trash des Pet Shop Boys revus par Throbbing Gristle et Death GripsSur des morceaux comme ce dernier ou "Harmless" je ressens la même ambition sans limite que chez Kevin Barnes à l'époque où le Paralytic Stalks d'Of Montreal était incroyablement sous-estimé alors qu'il mêlait pop, rock, contemporain et noise avec maestria (cf ici l'expérimentale "Wasteisolation"). Autre morceau très accrocheur dans la même veine barnesienne, "Thru The Void" déstructure et reconstruit synthpop et rock néo-glam en un tout jouissif. 

Black Dresses - Wheel Of Fortune (2019)

  L'album se finit cependant sur une synthpop douce comme une ballade et sautillante comme un tube radio, avec "Baby Steps", direction aussi inattendue qu'appréciée. 

  Vous aurez compris à ce stade que je n'ai aucune réserve concernant ce disque, c'est une succession de bangers ayant chacun un son unique et une énergie folle, et dans l'ensemble c'est un disque très personnel, surprenant souvent son auditeur (ce qui nécessite un talent fou après les décennies de pop ingurgitées par la plupart d'entre nous), et qui réussit chacune des choses qu'il entreprend, dans l'accrocheur comme dans l'expérimental. Un grand disque de cette année, et de cette décennie.


Alex


vendredi 5 juillet 2019

Thom Yorke - ANIMA (2019)


  Bon, cette chronique va être rapide. Parce que l'album est excellent et qu'il n'y a pas grand chose à en dire. Thom Yorke, pour ceux qui ne remettent pas, c'est la voix de Radiohead. Et il a déjà fait des merveilles en solo (The Eraser) et avec d'autres gens (Atoms For Peace), autant dire que les amateurs sont exigeants avec lui à chaque fois. Et malgré toutes ces attentes, ce disque est une totale réussite.

  Une musique de club froide, très anglaise, façon SBTRKT en plus polaire, ou James Blake sans le côté soul, ouvre le bal sur la géniale "Traffic", qui procure presque les mêmes frissons que "15 Steps" en ouverture du génial In Rainbow, qui date déjà (12 ans!). L'album enchaîne ensuite avec maestria les drones dystopiques, industriels et planants, majestueux comme la BO de Blade Runner ("Last I Heard (...He Was Circling The Drain)", "The Axe"), les morceaux d'électro-pop de clubs déviants ("Twist", "Not The News"), les ballades pop désabusées ("Dawn Chorus") et les morceaux tout aussi cérébraux mais plus funky ("I Am A Very Rude Person", "Impossible Knots", "Runwayaway").

Rien à rajouter, foncez l'écouter !

Sur Deezer ou Spotify

Alex


mercredi 5 décembre 2018

Projet Marina - Echos (2018)


  Projet Marina a tout pour plaire. D'abord ils sont Nantais, et c'est cool parce que finalement je ne connais pas tant que ça de groupes nantais qui me passionnent, et que j'aurais peut-être l'occasion de les voir en live. Mais surtout parce qu'ils ont tout pour eux : une musique puissante et radicale, dans un genre post punk / indus / gothique froid et menaçant, mais avec un côté vicieusement accrocheur dans les mélodies, les rythmiques et les sons, comme les meilleurs Suicide, Cure, Nine Inch Nails, Depeche Mode, et bénéficient d'une production relativement clean moins facile à gérer dans le genre qu'un brouillard lo-fi, mais qui est totalement à leur avantage ici.

Projet Marina - Rage (2018)

  Le premier morceau, "Rage", est mon préféré du projet : beat implacable passant par milles variations, tension qui monte sans se résoudre, prod lancinante et hypnotisante, texte intense et ambigu délivré avec une rage qu'on sent poindre derrière une diction contrôlée, aussi sexuel qu'inquiétant, délivré par un , aussi mal, et une conclusion virtuose. Un peu comme si Paradis s'était mis à faire de l'indus après un bad trip, mais en mieux. L'alliance de chanté-parlé en français et de rock n'a rien à envier à des chouchous de la critique comme les Limiñanas, Etienne DahoBertrand Belin ou La Femme, et arrive tellement bien à égaler (au moins) leur niveau qu'on a l'impression d'entendre un album financé par une grosse maison de disque plutôt qu'une sortie indé (c'est dit ici dans un sens positif). 

  Malgré ce coup d'éclat inaugural, le disque est loin d'être l'oeuvre d'une seule chanson. "Nu Disco" à elle seule ferait d'ailleurs mentir cette phrase, tant elle arrive dans un genre plus synthpop à atteindre à nouveau des sommets Pop sans la moindre concession (on est plus proche des hymnes déviants de Grauzone, Odonis Odonis en plus récent ou des débuts de New Order que d'une new wave tubesque). Et là encore, la construction méticuleuse du morceau (presque kraut) est parfaite. Finalement, je l'aime sans doute autant que "Rage", ça m'apprendra à écrire trop vite. 

Projet Marina - Nu-Disco (2018)

  Qu'on soit dans un drone anxiogène prenant ("Lou Andreas", toxique comme un Bashung sous coke ou un Daniel Darc période Seppuku, période Play Blessures, accompagné par un Velvet Undergound qui se serait mis aux synthés) une coldwave upbeat implacable ("La Louve", ayant le bonheur de me rappeller le premier EP de La Femme, le meilleur de mes chouchous Sealings et le plus sombre de The Drums et de son leader Jonny Pierce en solo), ou dans une divagation psychédélique synthétique belle comme du MGMT (3e album), du Suicide (2e album) ou du Flavien Berger en plus costaud, sur "La Brûlure", on atteint à chaque fois la perfection. 

  Le morceau de bravoure "Comme si", entre indus à la construction patiente (Odonis Odonis là encore, un soupçon de LCD Soundsystem, un peu d'Arnaud Rebotini), acid house dantesque, échos dub bienvenus, et prog synthétique et planant, est une pièce épique et introspective à la fois, comme on n'en rencontre plus tellement depuis la fin des années 70-80 (et c'est bien dommage quand on entend des merveilles comme cette track). On pense qu'"Echo" va suivre le même chemin, mais le groupe a le bon goût de surprendre en accompagnant son électronique contemplative et cinématographique aux basses lourdes par un rock psychotique, avant de finir en apothéose par une origie sonore au rythme qui tabasse sur "Guider ses Pas", à l'esprit presque aussi garage (et psyché) que Thee Oh Sees (on n'est pas si loin du génial projet parallèle Damaged Bug de John Dwyer).

Projet Marina - Guider Ses Pas (Clip, 2018)

  Cet album est un chef-d'oeuvre, il n'existe pas d'autres mots, et ce groupe est une découverte totale (merci à la radio Prun' pour ça, comme quoi il existe encore des radios passionnantes, n'en déplaise aux passéistes), qui s'avère être essentielle. J'ai beaucoup apprécié leurs précédents projets, à côté desquels j'étais évidemment passé, et ils sont également très bons, si vous avez aimé celui-ci je vous encourage à aller sur leur Bandcamp les écouter (lien ci-dessous). Mais ce LP est une véritable consécration artistique sur lequel les Projet Marina se sont dépassés, et qui mérite largement sa place parmi les meilleurs albums de l'année.

Mes morceaux préférés : Rage, Nu-Disco, Comme Si


Alex




mercredi 28 novembre 2018

Sealings - Scum / The Sound Of Music (2018)


  Après I'm A Bastard (2015), que j'avais adoré (et même classé parmi mes albums préférés de l'année), les anglais Sealings reviennent avec la même intensité sur un SCUM / THE SOUND OF MUSIC (sorti chez GOB Nation, label punk basé à Brighton) qui se révèle largement à la hauteur de son pourtant parfait prédécesseur. 

  Guitares bruitistes, basse grondante, boîtes à rythme, bruit blanc, chant d'outre tombe, post-punk, rock gothique, soupçons de glam dévoyés, indus sans concessions : ce cocktail sombre est magnifié par un génie de la dramaturgie certain ("Asda" pose l'ambiance crépusculaire d'entrée de jeu), et par un sens des gimmicks obsédants incontestable (la psyché "Sports", avec un synthé/orgue bien dark). On a même quelques échos d'une synthpop rudimentaire, proche de Suicide et du plus sombre de Depeche Mode, avec de petites touches de The Cure et plus récemment The Horrors ("Having A Dream"), même si là encore une guitare viscérale vient pervertir le tout comme chez les Cramps.

Sealings - Sports (Clip, 2018)

  Ce côté psyché, façon Black Angels également dans l'utilisation de la répétition et d'une esthétique sombre et plombée, donne un certain relief aux morceaux, et une certaine intemporalité, une profondeur, une patine que la plupart des disques n'acquièrent qu'avec deux ou trois décennies dans les pattes ("Charnel Ground"). Et cette alternance entre titres lents et graves (tels "Hanger Lane" et "Charnel Ground") et rythmiques ultra rapides davantage indus (comme "No Telephones" ou "Church") contribue à la construction très efficace de l'album. On notera également sur ces chansons que le groupe, loin d'être seulement un enfant de la post-punk gothique, est plutôt un grand esthète de la pop et du rock de manière générale, avec de petites allusions à des motifs surf, western ou rockabilly jouée par les guitares. 

  En tous cas, l'urgence est toujours là (lancinante "No Justice In The Streets", qui se sert de la synthpop comme base rythmique à un tourbillon de rock psyché agressif comme chez La Femme des débuts) et ne redescend pas tout au cours de l'album. On atteint même des sommets presque Stooges sur un titre comme "Leisure", free punk incontrôlable, sauvage et défouloir mais extrêmement bossé tout de même, sur lequel on ressent l'énergie du live. 

  Dans sa construction, ses sonorités noires, intransigeantes et fidèles à l'esprit post punk/gothique/indus du groupe, ou son exécution vigoureuse, la musique de Sealings est toujours excellente, et ce disque est le digne successeur à la claque de 2015 (I'm A Bastard). 

Mes morceaux préférés : Sports, Having A Dream


Alex



  

mercredi 7 mars 2018

JPEGMAFIA - Veteran (2018)


  JPEGMAFIA est un rappeur-producteur, descendant d'une lignée de rappeurs particulièrement inventifs n'en faisant qu'à leur tête et mélangeant tous les sons  qu'ils voulaient à leur hip-hop sans se soucier d'être trop peu accessible ou d'en faire trop. On pense à Ol' Dirty Bastard (samplé ici), qui sur Return To The 36 Chambers : The Dirty Version (dont la pochette est évoquée dans l'artwork) poussait plus loin l'esthétique radicale de Wu-Tang Clan, en injectant un esprit punk et des dissonances atonales quasi bruitistes dans un rap parfois granuleux, parfois très accessible. Ou plus récemment, on peut penser aux papes du rap industriel, les Death Grips, eux aussi portés sur l'électronique dissonante et les influences punk, et capables également de mélanger maelstrom noise et digressions quasi synthpop plus consensuelles. On a de tout ça sur Veteran, dont le titre évoque le fait qu'à 28 ans, il ne se sent plus comme un débutant, ainsi que son appartenance passée à l'armée.
Vous voyez la référence ?
Au-dessus : pochette alternative de Veteran, représentant un faux permis de taxi de JPEGMAFIA
Au-dessous : pochette de l'album d'ODB, représentant un faux coupon d'aide alimentaire


  L'album commence doucement avec "1539 N.Calvert", sorte de trap rêveuse et très propre, proche de la pop électronique la plus douce, à peine pervertie par des samples de voix issus de sources diverses (match de catch...), quelques glitches, puis enfin par le rap sec et affirmé de JPEGMAFIA. Pour le coup, cette magnifique piste, très douce, c'est le calme avant la tempête. Dès "Real Nega", qui sample un bruit de gorge d'Ol Dirty Bastard justement, le côté punk et industriel ressort bien, avec une rythmique agressive et des samples oppressants comme tapis pour un rap toujours rèche et assez punk. Cependant, le morceau se termine sur une note plus nostalgique, avec un sample de voix d'enfants et un son de guitare dream pop plein de reverb.

JPEGMAFIA - 1539 N.Calvert (2018)

JPEGMAFIA - Real Nega (2018)

  Sur "Thug Tears", c'est l'inverse, c'est le morceau qui est doux et autotuné, quasi-rnb, et qui est parasité par des textures IDM proches d'Autechre, des rythmiques saccadées et des flashes de rap. Par contre, pour "Baby I'm Bleeding", JPEG joue entre les limites du supportable et de l'addictif avec  une malice non feinte et un esprit rebelle en répétant et triturant ad nauseum un sample de voix ultradécoupé et en s'en servant comme d'un support pour un rap assez old school au ton revanchard. Et en plus, il en rajoute en perçant le morceau de secousses indus. Mais comme c'est hyper bien construit et qu'on est un peu maso, on en redemande. 

JPEGMAFIA - Thug Tears (2018)

JPEGMAFIA - Baby I'm Bleeding (Clip, 2018)

  Tout l'album oscille entre beauté étrange et brutalité. Côté plus "accessible", on a de l'électro-rap ("Panic Emoji") de l'Aphex Twin croisé avec le rap ("1488""DD Form 214" et son côté soul, "I Cannot Fucking Wait Until Morrissey Dies" et son autotune moqueuse), voire même un croisement entre rap et rock indé ("Macaulay Culkin") ou une prod post-trap moderne à la Travis Scott avec un côté post-punk synthétique et gothique ("Williamsburg", "Rainbow Six").

JPEGMAFIA & Yung Midpack - Rainbow Six (2018)

  D'un autre côté, on a de l'indus exigeante et brutale ("Rock N Roll Is Dead", "Whole Foods") ou moins frontale avec quelques échos trap ("Curb Stomp", ou "Libtard Anthem" qui sonne comme si Young Thug faisait un feat avec Death Grips). Avec quelques sorties de route comme l'électrofunk (on entend des échos lointains de Prince, de P-Funk, voire de Delegation) déglinguée et minimaliste de "Germs".

  L'album n'est pas évident à appréhender, il ne plaira pas à toutes les oreilles, mais c'est une vraie expérience et une putain de réussite en termes d'expérimentation. L'approche "je fais le rap du futur" était ambitieuse, mais avec le nihilisme et le rien à foutre qu'il a injecté dans ce projet, JPEGMAFIA a relevé ce défi dingue, et sorti une oeuvre sans pareil, personnelle et impressionnante tout en étant intellectuelle, viscérale voire sauvage et souvent fun. En un mot : incroyable.

Ecouter sur Spotify ou Deezer ou Bandcamp ou Youtube

Alex


dimanche 14 janvier 2018

Profligate - Somewhere Else (2018)


  Pour ce premier disque de 2018 abordé sur le blog, j'ai choisi un disque prenant, peut-être difficile d'accès pour certains mais intense, radical et très personnel. J'ai nommé Somewhere Else (label : Wharf Cat Records), de Profligate, groupe américain pensé au départ comme un projet solo du bassiste Noah Anthony, du groupe Social Junk, et rejoint depuis peu par Elaine Kahn (connue sous le nom Horsebladder) pour former un duo complémentaire, sa voix féminine contrebalançant le chant grave d'Anthony et leurs bidouillages électroniques se combinant à merveille.

L'album complet (youtube)


  Comme la très classe pochette l'indique, on est dans un territoire musical très influencé par le post-punk industriel anglais. L'album démarre d'ailleurs sur la chanson "Somewhere Else", dans un gargouillis électronique froid et désolé, dans lequel une basse fuyante égrène quelques notes, introduisant une voix susurrée désespérée, à peine consolée par quelques synthétiseurs fragiles d'une beauté calme et triste rappelant les débuts des Cure. Le morceau s'achève dans un crescendo industriel noisy introduisant l'électronique gothique, hachée et menaçante de "A Circle Of". Les morceaux, déjà longs en eux-mêmes, s'enchaînent parfaitement sans discontinuer et forment un tout immersif et hypnotique. Cette dernière chanson joue entre le doux et le violent à merveille, et à coups de basse ronde et de synthés entêtants, Profligate contrebalance le rythme martelé digne d'un Portishead à son plus énervé, les sirènes noise descendantes des Throbbing Gristle et le dub noir et plombé cousin du travail de Public Image Limited

  Après ce morceau difficile, "Enlist" allège un peu l'ambiance, malgré les sirènes bruitistes, l'arpeggiator de synthé se faisant accessible, la voix douce de Kahn apportant un côté pop et la basse bondissante faisant groover le tout. Anthony nous livre une interprétation obsédante de crooner new wave, quelque part entre The Horrors, un Depeche Mode période Black Celebration et la synthpop la plus dark de l'époque ou The Fall et Killing Joke pervertissaient admirablement les ondes. La construction du morceau plus classique en couplets-refrains aide pas mal également. 

Profligate - Lose A Little (2018)


  "Lose A Little" poursuit dans une ambiance sombre, avec un côté feutré (cette rythmique pulsatile, presque cardiaque), injectée d'éléments dub (d'intrigants échos), voire pop (la voix de Kahn encore, proche de celle de Kim Gordon de Sonic Youth, et les claviers presque Stranglers). Kahn, par ailleurs poète, se livre même à une courte récitation, presque mystique. "Black Blate" permet à cette dernière de poursuivre admirablement l'album, sa voix blanche soutenant à merveille un groove minimaliste cousin du meilleur de The xx, perturbé par des bidouillages brillants rappelant tout le bien que les groupes mixtes ont fait au psychédélisme (Fifty Foot Hose, United States Of America, Stereolab, Heliocentrics, Siouxie & The Bansheed, Young Marble Giants...) et les petites touches synthpop fort accessibles ne sont pas sans évoquer avec plaisir les excellents Human League.     

Profligate - Black Plate (2018)


  "Jet Black (King Of The World)" poursuit dans une veine plus électronique, trippante, obsédante, comme chez Odonis Odonis pour citer un groupe récent que j'adore. Cette musique, entre pop, psyché et indus est vraiment unique, combinant le meilleur des mondes : l'accessibilité et la profondeur radicale. Et "Needle In Your Lip", bouleversante et portée par Kahn, conclut admirablement ce premier chef-d'oeuvre de l'année grâce à une fragilité, une tension forçant l'attention. La chanson, comme l'album, se tient sur un fil, en équilibre au dessus du vide, prête à vaciller à chaque instant, mais tient debout in extremis grâce à une multitude de petits miracles sonores.

  Premier (et seul pour le moment, même si on a déjà quelques trucs très sympa à écouter)  grand disque de l'année, ce Profligate a déjà marqué 2018, je vous le recommande très chaudement, si possible sans rien faire d'autre, et au casque ou sur une très bonne chaîne. Dans le noir ou quasiment, en soirée ou de nuit, ce serait top. 

Bonne écoute !


Alex



vendredi 1 septembre 2017

Les Chansons de l'été 2017 #5 : The Horrors - Something To Remember Me By (2017)

The Horrors - Something To Remember Me By (2017)

  Les électro-rockeurs gothiques de The Horrors sont un des groupes les plus passionnants des années 2000-2010, en tous cas un de mes favoris, et leur dernier single est excellent. "Something To Remember Me By" évoque la synthpop dark des 80s, Depeche Mode, Pet Shop Boys et Soft Cell, mais surtout les géniaux Human League dont nous vous avons déjà parlé ici.

The Human League - Don't You Want Me (1981)

  Dans ce groove synthétique, il y a aussi un peu du génie de la production néo-80's des Daft Punk que l'on a récemment entendue sur le désormais éternel "I Feel It Coming" de The Weeknd, ou sur quelques chansons du dernier Arcade Fire produites par Thomas Bangalter.

The Weeknd ft Daft Punk - I Feel It Coming (2016)

  Ce titre a, outre un puissant pouvoir de faire remuer la tête, un parfum épique, accentué par sa longueur, qui rappelle la grande oeuvre du groupe à ce jour, le magistral "Sea Within A Sea", un de mes morceaux préférés ever. Je vous conseille également "Machine" l'autre single issu du prochain album du groupe, V, qui va sortir bientôt, parti quant à lui dans une direction indus 90s mais avec un côté glam lyrique presque britpop, vaguement psyché, un peu comme si les britanniques nous faisaient le lien entre le stupre sulfureux et pailleté de Suede et l'implacable noirceur mécanique de Nine Inch Nails ou des trois derniers Depeche Mode.

The Horrors - Machine (2017)

Alex





jeudi 22 décembre 2016

David Bowie - Blackstar (2016)



  Que dire du dernier album du grand David ? Que c'est un des meilleurs de l'année et plus ? Que c'est devant Earthling mon préféré depuis Scary Monsters ? Que son décès laissera un grand vide qu'aucune réédition ou ressortie d'inédits posthumes ne pourra combler. Tout ça à la fois. Mais on va surtout parler musique, car cet album dense et généreux le mérite.




  Tout commence avec "Blackstar" (le morceau), un orchestre instaure une ambiance particulière, sombre et désertique, très ancienne et futuriste, mystique et dystopique, comme une BO SF d'un Dune moderne. Le vent se lève et emporte les poussières et le sable chaud du désert. Des hommes en combinaison de Fremen contemplent les millions d'étoiles et les deux lunes dans le ciel avant de se diriger vers un massif rocheux enfoncé entre deux dunes gigantesques... Cet album, via l'orchestration orientalisante très riche et les cordes cinématographiques, appelle milles images, milles parfums d'épices, de cannelle, de sable et de sueur. D'ailleurs je n'étais pas surpris de découvrir que le clip n'était pas si éloigné de mon image mentale que cela. Et l'artwork magnifique et très travaillé de l'album souligne cette beauté très graphique de la musique présentée ici.




  Bowie a toujours su inclure ses chansons pop très fortes dans des univers très différents. Il s'attaque là à un free jazz à la fois orchestral et électronique, et meut sa voix de prêcheur antique dans un dédale de rythmes secs en contretemps, de solos de saxophone granuleux, de bleeps électroniques, et de cordes reptiliennes, au cours d'une composition titanesque, presque une épopée, mais sans le côté boursouflé de la chose, avec un talent inouï de conteur, ainsi que dans la structure et dans la mise en son du morceau. Le morceau finit en ajoutant une touche plus funky et pop avant de revenir sur son ambiance sombre. Excellentissime, et très inattendu. Autant d'audace et de maestria après le bon mais (trop?) classique The Next Day, c'était très clairement attendu par personne. David a encore pris tout le monde par surprise. 

  Difficile donc d'enchaîner sur quoi que ce soit après une composition aussi titanesque et grandiose. Pourtant, "'Tis A Pity She Was A Whore" y arrive. Démarrant par des halètements, dont on comprend la raison lorsque le rythmé véloce et cogneur débarque, elle introduit la voix magnifique du crooner Bowie, encadrée de chœurs  de saxophones free et de synthés brillants post-disco. Et ça à toute allure, sans regarder en arrière une fois dans le morceau. On fonce et tant pis pour le reste, plus rien d'autre ne compte. Ce qui donne un morceau prenant. 




  Tout comme le plus languide mais tout aussi en tension "Lazarus", le morceau suivant, qui s'appuie sur une guitare new wave, une frappe de batterie sèche et une basse funky et se déchire de lancinantes guitares industrielles. Pour offrir à un Bowie à nu, à découvert et fort de ses fêlures un magnifique écrin dans lequel son chant de crooner déroule des paroles puissantes avec intensité et conviction. Le David a trouvé sa voix d'homme mûr, et sait divinement bien chanter avec. L'intensité émotionnelle ne retombe pas une seule seconde.

  "Sue (Or In A Season Of Crime)" part elle aussi sur un rythme effréné, avec des guitares plus rock et menaçantes, une ambiance industrielle rappelant Earthling et Outside, mais toujours cette touche jazzy. Très très bonne chanson également. Suivie d'un "Girl Loves Me" plus apaisé, presque en apesanteur, et magnifique également, avec son refrain pop très accrocheur (la section rythmique est à tomber), ses cordes somptueuse et Bowie qui nous susurre dans l'oreille comme au temps de Low.




  La suivante, "Dollar Days", est un sommet d'émotion, et une de mes préférées de l'album. Plus classique, folk pop presque glam, elle déroule des paroles déchirantes via un chant qui ne l'est pas moins. La chanson mélancolique absolue, un chef-d'oeuvre total, avec un solo de saxophone très pop finalement, dont chaque note est précisément placée là pour servir la mélodie.

  Cet album grandiose et dense se termine sur "I Can't Give Everything Away", ses cordes jouées au synthé, son rythme de drum machine, son chant soul et son harmonica à la Stevie Wonder, et encore une fois un magnifique travail du backing band jazz qui sait aussi jouer rock à merveille (cette guitare frippienne....). Bowie et son chant affecté se débat et se noie, puis sort la tête hors de l'eau au cours de ce morceau dense au rythme trop soutenu, et sa discographie se termine sur un écho appelant à la réécoute.



  Chef-d'oeuvre bouleversant, véritable rencontre avec l'artiste et immersion totale dans son oeuvre (pour ma part en tous cas), la connexion émotionnelle aussi forte avec un disque ne laisse pas de doute : c'est un très grand. David Bowie a pu partir fier, la tête haute, son héritage et son influence enrichis d'une dernière et magnifique pierre que l'humanité n'a pas fini de scruter pour en dénicher les secrets, pendant des siècles encore. 
Bye Bye David, encore bravo pour ce disque qui laisse à genoux.

Voici le lien pour l'écouter.


Alexandre