Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes
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dimanche 23 décembre 2018

Foxwarren - Foxwarren (2018)


  Après l’élégant The Party (2016), Andy Shauf a pu se consacrer au groupe Foxwarren, formé avec trois musiciens fanas de The Band et Paul Simon, et c’est de ces sessions qu’est issu ce premier disque éponyme.

  Sous un aspect plus folk (« I’ll be Alright ») et classic rock (« To Be »), on reconnaît bien la patte de songwriter de Shauf, avec de merveilleuses pop songs d’une pureté inégalable, emplies d’une mélancolie profonde (« Lost In A Dream », aussi douloureusement belle et triste que le 3e album de Big Star).

  Quelques autres influences viennent enrichir ce disque, un peu de krautrock (« Everything Apart »), électronique à la limite de l’ambient (« Lost On You », qui finit presque en classique contemporain), voire même quelques touches de country (« Sunset Canyon ») ou de blues-rock (« Fall Into A Dream », également influencée par les drones psyché de la fin des 60’s) dans un soft rock très appréciable.

Foxwarren - To Be (Clip, 2018)

  Les morceaux plus apaisés sont tout aussi beaux, comme la joyeuse « Your Small Town » ou « In Another Life », qui sonne comme du Tobias Jesso Jr, en encore plus délicat si c'est possible. L’album se conclut de belle façon par « Give It A Chance », très classieux morceau de pop stellaire. Dommage cependant que la fin de l’album soit exclusivement instrumentale, tant le timbre et la diction de Shauf font partie intégrante de la magie de sa musique. Mais ceci dit, miser sur de l’instrumental en 2018 est tellement couillu commercialement parlant que je ne peux qu’admirer que les Foxwarren soient allés au bout de leur choix artistique.

  Ce projet parallèle est donc une belle aventure musicale qui confirme tout le bien qu’on pense d’Andy Shauf. On espère pouvoir encore longtemps entendre des merveilles comme ça de sa part !

Ma chanson préférée : Lost In A Dream

Ecouter sur Deezer ou Spotify

Alex



samedi 8 décembre 2018

Boosie Badazz - Boosie Blues Café (2018)


  Très bon rappeur, avec un style unique et une oreille musicale affûtée qui lui vaut l'admiration de ses pairs (dont Young Thug), Boosie Badazz a cherché sur ce disque à sortir de sa zone de confort. En effet, le natif de Bâton Rouge, Louisiane, a sorti un album de blues-rap avec ce Boosie Blues Café.

Boosie Badazz - Boosie Blues Café (2018, en entier)

  Si le projet peut surprendre au départ, en entendant les instrumentaux blues minimalistes et organiques, la voix acide de Boosie (on pense à Sky Saxon du groupe de garage 60's The Seeds) et son chanté-rappé très adapté au projet, on se rend rapidement compte de la cohérence de l'album. Qu'il soit dans un blues minimaliste ("Too Good For You", "Where I'm From"), dans un boogie blues-rock ("I'm On My Way"), Boosie fait des étincelles et interagit avec naturel et classe avec le groupe. Et surtout, il utilise sa science des hooks rap pour faire rentrer des gimmicks dans irrésistibles dans nos crânes ("Miss Money"), et apporte une vraie fraîcheur musicale en gardant l'esprit d'épure des prods rap sur des morceaux blues ("Trouble").

Boosie Badazz - Trouble (2018)

  Traversant les époques, et mélangeant les styles, il arrive à un résultat assez unique musicalement avec des titres comme "Devil in My Bedroom" (avec le soulman Big Pokey Bear), entre  blues, rap, garage rock de train fantôme, glam rock théâtral, nu-soul influencée par Parliament/Funkadelic et ambiance voodoo. Il rend également hommage à ses racines (Louisiane) avec des instrus blues certes, mais aussi zydeco sur "I Know How To Have a Good Time"

Boosie Badazz - Devil In My Bedroom (2018)

  Avec quelques détours, folk ("That's Mama"), soul de crooner ("Confused", "Worth It"), rnb à la Marvin Gaye période Midnight Love (1982) sur "Love Yo Family" (et "Rap Star Heaven"), ou une version minimaliste et modernisée de ce son popularisée par Pharrell Williams ("Soul Snatcher"), Boosie rend hommage à la Great Black Music dans son ensemble, et varie admirablement le ton. Les claviers et programmations parfois vraiment datés et kitsch ("Clean Up Man") apportent un petit charme du "fait maison" si on n'a pas de mal avec les pouet pouets, et sur des prods plus électro-funk, comme "Let's Talk About It", ils font des merveille. 

Boosie Badazz - Let's Talk About It (2018)

   En ne se contentant pas de rapper du de vieux blues, mais en fusionnant également les styles, il invente au passage des formes musicales fascinantes, comme sur "Problem" qu'on aurait bien du mal à catégoriser, entre son chant garage rock acide, ses programmations rnb 80's, et son rap sudiste. Encore plus inclassable, "Boosie Blues Café" part d'une electronica 90's-2000's, style easy listening, pour aller dans une direction musicale assez inédite, agréable et intéressante.

  Loin du simple exercice de style, ce disque est une expérimentation ultra-réussie, qui dépasse toutes les attentes qu'on pourrait en avoir, et donne à écouter un artiste à la créativité débridée livrer un disque à la fois profond, émouvant, fun et réellement original, ce qui fait plus que plaisir. La culture musicale de Boosie lui permet de fondre les styles les uns dans les autres avec un naturel désarmant, et donne un résultat accessible pouvant donner envie aux fans de rap et de blues d'approfondir l'autre style musical. Une belle porte ouverte, et une invitation à oser exemplaire. 

Mes morceaux préférés : Too Good For You, Where I'm From, I'm On My Way, Miss Money, Trouble, I Know How To Have A Good Time

Ecouter sur Spotify ou Deezer ou Youtube

Alex


  


dimanche 3 septembre 2017

Futuro Pelo - Swamp & son remix par Lewis Ofman (2017)

Futuro Pelo - Swamp (2017)

  "Swamp" est un excellent morceau de Futuro Pelo sorti cette année. Son chant principal à la Kevin Morby / Adam Green est soutenu par des choeurs à la "McCartney chantant du blues-rock", une orchestration pop-rock rythmée et jouissive, pleine de soul et tellement triturée par l'électronique qu'elle est comme remixée en direct. On pense beaucoup aux expérimentations de McCartney II, qu'on adore ici. On a même une voix féminine à la fin qui déclame quelques mots en français. Car oui, l'artiste est français, et vous le connaissez. Après avoir côtoyé la scène rock indé française (Mano Negra, Wampas), Benjamin Sportès de son vrai patronyme avait pondu en 2008 sous le pseudo Sporto Kantès, un tube électro-pop-rock nommé "Whistle", que vous avez forcément entendu quelque part ces 9 dernières années :

Sporto Kantès - Whistle (2008)

  Cet héritage "rock indé français" se retrouve davantage dans le morceau "Bluff", avec Agnès Aokky, qui vaut le détour, et qui est proche dans la démarche du travail du très recommandable Alister

Futuro Pelo & Agnès Aokky - Bluff (2017)

  Et "Swamp", que j'aime beaucoup, vous l'aurez compris, a connu cette année même un remix à la hauteur du titre original, signé par Lewis Ofman que l'on ne présente plus ici (si vous ne le connaissez pas, cherchez son nom dans la rubrique "Par Artiste" sur la droite de cette page, et vous pourrez découvrir nos chroniques de ses morceaux et EP ainsi que l'entretien que nous avons eu avec lui).

Swamp - Lewis Ofman Remix (2017)

  Le remix opte pour un angle très intéressant, plus aérien, moins fun et plus émouvant que l'original. Les accords cotonneux de Lewis Ofman insistent sur le côté chillwave et psychédélique de l'original (les choeurs rappellent MGMT), et l'intensité va crescendo dans une deuxième partie digne du meilleur de l'easy listening italien des années 60-70. Bref : du très bon.

  Le label Pain Surprise a donc fait un merveilleux travail en remettant sur le devant de la scène Benjamin Sportès, dont l'EP Bluff sorti il y a peu sous le nom de Futuro Pelo vaut vraiment l'écoute (je vous le recommande), et Lewis Ofman a offert un mix alternatif merveilleux de la meilleure chanson du lot. Bref, tout va bien dans le meilleur des mondes.

Alex






mardi 7 février 2017

The Richmonds Sluts - 60 Cycles Of Love (2016, Mauvaise Foi Records)


  J'en parlais avec le dernier disque des Proper Ornaments (et le Ty Segall), c'est une tache quasi insurmontable pour un jeune groupe de réussir à faire bander des amateurs de rock qui ont déjà tout entendu avec un nouveau disque. Pourtant ce groupe y arrive haut la main.

  Ce qui fait que les Richmond Sluts remportent ce pari, c'est peut être leur maturité : leur précédent album est sorti en 2001. La maîtrise se sent dès l'ouverture, ce "I Wanna Know" jouissif : un riff simple mais diablement efficace, un jeu resséré quasi pub rock qui transpire le live de partout, des saillies nerveuses de guitare et surtout cet orgue qui soutient le morceau et participe à mettre en place cette ambiance d'urgence communicative. On a l'impression de se prendre le son du groupe dans la tronche, au fond d'un bar, une pinte à la main. C'est vivant, c'est ce qui manque à beaucoup de groupes de rocks récents, et c'est ce que le groupe a à revendre à la pelle ici.

  Le riff inaugural (qui est celui du refrain également) de la suite, "Don't Need You", se fait plus joueur, plus pop, un peu comme si Frank Black voulait se lancer dans du classic rock, mais la suite se révèle tout à fait glam-punk, avec un côté sexuel qui évoque un cousinage avec les excellents Crocodiles (effet accentué par le côté glam eighties, presque Smiths/La's de la compo qui s'avère ultra mélodique). Assaisonnez ça avec un chant très Iggy et un final jouissif aux petites touches de claviers rafraîchissantes et vous obtenez un putain de grand morceau rock. D'ailleurs, on pourrait dire quasiment la même chose de "To Hell And Back", une tuerie aux relents glam et psychobilly.

  Après un début d'album de folie, "Different Tune", (relativement) plus calme nous permet de reprendre notre souffle, et intrigue avec son côté psyché et son mixage assez inédit (j'ai jamais entendu une prod comme ça, un peu étouffée mais assez claire en même temps, c'est très intriguant et ça donne une vraie personnalité au morceau). On la retrouve sur le marécageux blues-rock de "She's No Good". Que les fans du dernier Stones devraient écouter d'urgence, parce qu'elle est aussi authentique que pleine de vie. Le pub-rock est toujours là sur "Motel Boogie" au nom bien porté et à l'énergie très Sonics appréciable, avec un côté rockab' voire sudiste en plus (dont l'écho se retrouve sur l'excellente "Only God Knows Why").  Et le garage-punk de "Livin To Crash" emporte  totalement mon adhésion avec un chant qui puise toujours aux sources du rock'n'roll, et me rappelle inlassablement Lee Brilleaux par sa prestance. 

  La suite est assez originale, sur des bases rockabilly on des arrangements généreux, avec de la wah wah presque funky, un beat Motown, un chant encore décidément très Iggy, des claviers chauds et même des cuivres sur "Into These Eyes". C'est très réussi, et tout à fait brillant (et plus subtil que beaucoup de mariages funk-rock). "Gonna Find It" a un côté hymne, ce qui est à double tranchant : certes on peut headbanger pendant 3'15 (et elle doit être terrible en live), cependant cette chanson un peu plus uni-dimensionnelle supportera sans doute moins la réécoute. Mais rien de grave, elle reste très bonne dans son genre. 

  Bref, un putain de grand album de rock qui secoue bien. Qui me rappelle l'impact de groupes comme les Lords Of Altamont ou les Eighties Matchbox B-Line Disaster
  A écouter (et/ou acheter) d'urgence en cliquant ici sur le bandcamp de Mauvaise Foi Records.

Plus d'infos sur le groupe et leur (très bon) label : mauvaisefoirecords.com


Alex




  

mardi 31 janvier 2017

Véronique Sanson - Le Maudit (1974)


    Cette semaine, la pop française est à l'honneur avec un classique du genre par jour jusqu'à dimanche. Des disques qui nous tiennent particulièrement à cœur et que nous considérons comme des classiques indépassables dans leurs genres respectifs.

  Ca démarre direct avec ma chanson préférée de Sanson : "Alia Souza" et son groove irrésistible de requins de studio. Que dire, le son est génial, les musiciens sont des tueurs, la chanson est divinement composée et interprétée par une Véronique qui chante à merveille.

  La pop classieuse de l'ensemble de l'album est illustrée à merveille sur l'anglophone "Christopher". Mais c'est en français que Sanson touche le plus comme sur "Cent Fois", où les digressions instrumentales donnent plus de poids aux passages chantés. Bon sang, ce jeu de piano bluesy et boogie à la fois.... et le rythme funky, la basse de tueur.... l'orchestre.... C'est d'une musicalité hors norme, les musiciens ont tous de l'or en barre entre les doigts.

  Cette pop est finalement assez rock et carrément funky, comme on pourra le constater sur "Les Cloches de Carmel", et c'est probablement ça qui fait sa longévité et sa pertinence, comparée à la raideur ringarde de la majorité de ses contemporains en France. Même sur un titre plus simple comme "L'Etoile Rouge" on a des interventions orchestrales d'une grande beauté et des parties de guitare virtuoses, mais tout ça au service de la chanson et pas du tout de façon inutilement démonstrative. Idem sur le blues-rock de "On m'attend là-bas", on a presque un goût de poussière dans la bouche et du sable qui crisse entre les dents à son écoute tellement le jeu des musiciens est évocateur.

  Mais cet album est aussi mémorable pour ses moments de mise à nu, comme sur "Véronique" la bien nommée, "Ma Musique s'en Va" ou "Un peu plus de noir". Avec en point d'orgue le puissant "Le Maudit". Une dernière fois, faut arrêter avec les complexes amis français, ce disque est au moins aussi bon qu'un Joplin (que j'adore également par ailleurs). Le texte et le chant sont déchirants, la musique l'est également. Vous voulez une preuve de plus ? "Bouddha" va vous achever. Bon sang, derrière le funk, c'est le blues la fondation de ce disque d'une tristesse et d'une noirceur assez inédites en France à un tel niveau de popularité. C'est un album très profond, qui prend aux tripes et qui se réécoute un nombre infini de fois, avec toujours un petit truc en plus à découvrir, un arrangement, une tournure de phrase, une subtilité du texte ou du chant...

  Bref, vous le savez car je l'ai annoncé lors du lancement de cette semaine sur la pop française, mais ce disque est un sacré classique, une claque totale et un de mes albums favoris non seulement issus de France mais tout court. Un vrai chef-d'oeuvre à (re)découvrir ici.

Alex


jeudi 4 août 2016

Whitney - Light Upon The Lake (2016)




  On continue avec les jeunes groupes qui sortent des disques d'une qualité inouïe avec Whitney. Issu de la partition des Smith Westerns, et après le départ du chanteur Cullen Omori, le groupe se structure autour du guitariste Max Kakacek et du batteur Julien Ehrlich. Qui ont dans ce schisme qui aurait pu être une fin, vraiment trouvé une voix (celle, magnifique, d'Ehrlich), ainsi qu'une voie vers un second départ peut-être encore meilleur. Parce que le disque solo de Omori a beau avoir beaucoup de qualités, ce disque de Whitney plane des années-lumières au-dessus.



  Le morceau qui introduit l'album a aussi été le premier morceau partagé par le groupe. Ce "No Woman" qui s'ouvre sur un clavier enchanteur et des cuivres soul avant de laisser le duo guitare/voix folk/blues prendre le relai est un magnifique ambassadeur pour l'album et le groupe. On entend toute l'histoire de la musique américaine dans ce morceau, transcendée par la "petite" histoire que racontent la voix du musicien et les instruments. Les influences citées par le groupe, Bon Iver, The Band et Allen Toussaint sont là, auxquels on pourrait rajouter Woods pour le timbre de voix et les arrangements, mais plus comme des figures bienveillantes que des idoles oppressantes. La fraîcheur du groupe, sa modernité et son talent de songwriting l'élèvent bien au-dessus de la masse des groupes étiquetés "americana". Ce morceau est une vraie merveille, allez écouter ça par vous même.



  Et cela continue, du piano bondissant de la pop de "The Falls", à ma favorite, le tubesque "Golden Days" dont j'ai déjà parlé ici, au très folk façon The Band, "Dave's Song", tout cela enchante le mélomane. De même que les arpèges délicats "Light Upon The Lake" que n'auraient pas renié les grands mélodistes nineties tels Elliott Smith ou Jeff Buckley, ou "No Matter Where We Go" plus rock, entre Big Star et Creedence Clearwater Revival. Ces gars piochent partout : soul, pop, country, folk, cajun, blues, mariachi, boogie, ragtime, doowop, blues-rock, jazz, gospel.... Tout est bon à prendre pour le transformer en or pop, s'élever depuis ces glorieuses racines américaines très ancrées dans l'imaginaire collectif, les respecter puis les dépasser et s'élever vers les sommets pop.




  Ainsi "On My Own", l'instrumental jazzy et swinguant "Red Moon", le baroque (et soul) "Polly" et le country-folk nourri à la soul "Follow" ne revisitent pas le grand songbook américain, elles y écrivent de nouvelles pages. Je vous l'assure, ce disque est grand, ce disque est beau, et il vous faut l'écouter, que vous soyez ou pas un grand fana de musiques "traditionnelles" américaines ou pas, vous y trouverez votre compte. Entre ce disque, le Woods et le Kevin Morby, les USA ont cette année une bien belle façon de revisiter leur terroir musical avec une oreille fraîche et de belles ambitions, c'est superbe. 

Pour l'écouter c'est par là.

Merci pour votre lecture et vos commentaires 

Alex