Les aventures musicales de deux potes

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dimanche 29 juillet 2018

Les Chansons de l'été : Black Sabbath - Snowblind (Live 1978)


  Cet été, on vous fait replonger dans un déluge de chansons estivales sur LPAE. C'est vraiment chouette, c'est une rubrique qu'on fait tous les ans depuis un an, et ça s'appelle tout simplement "Les chansons de l'été", et ça vous permettra de savoir quoi mettre lorsque ce sera à votre tour de lancer un stream pendant le barbecue sur la plage

  Ce morceau est un cas particulier. Loin d'avoir le côté infernal et métal des riffs des meilleurs Sabbath, il a pourtant une lourdeur écrasante, malgré un côté rock voire pop plus prononcé. Particulièrement sur cette version live, où le déluge de saturation, entre hard grandiose et garage punk vicieux, masque à peine des racines classic rock bluesy, donnant presque un côté pub rock voire punk, et une écriture pop impeccable. Les cordes vocales d'Ozzy sont mises à rude épreuve et il en sort de grandes choses, particulièrement sur la fin lorsque son timbre rocailleux part dans les graves, dans une voix de gorge faisant penser à McCartney quand il tentait de faire du blues. Une fois que vous aurez entendu l'étincelant solo final, il n'y aura plus de doute : "Snowblind" c'est le morceau qui met le mieux en son la sensation de subir l'écrasante brûlure du soleil chauffant le bitume. 

Alex



samedi 14 avril 2018

Live Report : Rejjie Snow (+ Lewis Ofman, Wiki) - Stereolux Nantes 09/04/18


  C'est un gros concert auquel nous avons assisté avec Etienne. Déjà, parce que c'était notre premier concert hip-hop, ensuite parce que ce n'était pas n'importe qui : le génial Rejjie Snow, auteur d'un des albums les plus intéressants de cette années 2018, Dear Annie. Et puis parce que les deux premières parties étaient énormes, on attendait en effet presque autant Lewis Ofman, producteur français ayant bossé sur une grosse partie de Dear Annie, et auteur d'un de nos EPs préférés de la décennie, et avec lequel nous avons pu avoir un long, riche et très fun entretien, que le rappeur. Et le New-Yorkais Patrick Morales, alias Wiki, très intéressant sur disque, s'est révélé être un showman extraordinaire. Deux grosses premières parties, un rappeur au top de son art, dans notre salle nantaise préférée, que demander de plus ?

Lewis Ofman - Live à Stéréolux, Nantes, 9/4/18

  Le concert a donc démarré par le set de Lewis Ofman, entre French Touch et musique de films italiens des années 70 comme à son habitude. Entre soli de claviers époustouflants par leur sens du groove (il arrive à faire sonner un clavier comme une guitare funk, c'est assez bluffant), chant fragile et beats bien construits, c'était un coup de maître. Même si on a entendu un bon petit paquet de chanson, dont "Le Métro & Le Bus", "Plein De Bisous", "Kythira", et "Flash" pour un final grandiose, on se dit qu'un concert entier de sa part serait vraiment énorme. 

Lewis Ofman (& Milena Leblanc) - Live à Stéréolux, Nantes, 9/4/18

  D'autant plus qu'on a l'impression d'assister à l'éclosion d'un véritable auteur pop. En chantant ou sur un mode instrumental, en solo ou avec sa copine, l'artiste Milena Leblanc au chant, tout transpire une vraie personnalité, dans les suites d'accords comme dans les sons de synthés soigneusement designés. Autant à l'aise en studio que sur scène et bon instrumentiste, on parle de quelqu'un qui pourrait avoir une oeuvre à la Sébastien Tellier dans quelques années. On attend de voir ça avec joie, et en attendant on a vraiment plus que kiffé sa première partie.    

Wiki - Live à Stéréolux, Nantes, 9/4/18

  Le show du rappeur new-yorkais Wiki était également à la hauteur. Très théâtral, se donnant à fond, il a mis le feu à un public réceptif, alternant entre gros bangers bien efficace et finesse avec maestria. 

Wiki - Live à Stéréolux, Nantes, 9/4/18

  Grâce aussi à son DJ aussi looké que compétent, il nous a fait danser, sauter et crier partout tout au long de son set varié, riche en morceaux et débordant d'énergie. Une excellente surprise. 

Rejjie Snow - Live à Stéréolux, Nantes, 9/4/18

  La grosse partie du concert, c'était bien évidemment Rejjie Snow, pour un show dantesque au cours duquel il a balayé quasiment toute sa carrière, avec au premier plan Dear Annie, devant un public jeune, conquis d'avance, connaissant la plupart des lyrics et prompt à sauter partout. 

Rejjie Snow - Live à Stéréolux, Nantes, 9/4/18

    Seul sur scène avec son DJ la plupart du temps, parfois accompagné par un collègue rappeur ou par Milena Leblanc au chant, il a assuré un show dense et impeccable. Bon le DJ était pas exceptionnel, la reverb et le crossfade systématique à chaque fin de morceau ainsi que les "hand up!!!" toutes les 30 secondes c'est un peu répétitif, mais la qualité initiale des morceaux et le talent de Rejjie compensaient largement. 

Rejjie Snow & Milena Leblanc - Live à Stéréolux, Nantes, 9/4/18

  Bien placés, on a vraiment pu apprécier un artiste qui lui aussi s'impose comme un auteur intéressant, et qui sait faire siens des styles très éloignés et les fusionner en quelque chose de neuf et d'intéressant, un peu à la manière de Tyler, The Creator ou de Damon Albarn, entre gros bangers rap, hip-hop old school ou à la pointe des prods les plus modernes, électronique, pop, soul, gospel, rnb, disco, funk... On est ressortis de là lessivés par un concert d'anthologie, d'une énergie folle (big up aux bons danseurs qui ont mis le feu au public et ont fini par monter sur scène), fatigués mais heureux. C'était bien putain.


Alex




lundi 19 mars 2018

Live Report ! Juliette Armanet à Stéréolux (Nantes, 13/03/2018)

Juliette Armanet - Stéréolux, Nantes, 13/03/2017

  Après un très bon album qui tourne beaucoup à la maison (et qui fait partie des belles réussites récentes en pop francophone), on avait hâte d'aller voir Juliette Armanet en vrai, en amoureux, dans notre salle préférée. Mais d'abord, on a vu son batteur en première partie, j'ai nommé le déglingué et attachant Ricky Hollywood.

Ricky Hollywood - Stéréolux, Nantes, 13/03/2017

  Quelque part entre la poésie tendre et absurde de Philippe Katerine, l'électro autotunée de Chaton, le rock indé de Petit Fantôme et l'intensité de Christophe, Ricky a eu les couilles de se présenter seul sur scène. Accompagné d'un ordi portable, il déclenchait des boucles et jouait des percus tout en chantant. Si au début c'est assez perturbant, son show se révèle vite être très prenant, lui-même étant très marrant, très à l'aise avec le public, communiquant bien malgré son côté timide apparent et surjouant avec humour son rôle de musicien et de pitre décalé, que ce soit dans le look ou les attitudes. Et puis surtout il a de bonnes chansons qui s'incrustent vite en tête et qu'on a envie de chanter avec lui, même lorsqu'on ne les connaissait pas d'avance, comme "L'amour peut-être", "tu adores cette chanson", ou "salut je ne te reconnais pas". Mais ces chansons prennent réellement une autre dimension en live, avec le jeu de scène et surtout l'utilisation expressive, abusive et originale de l'autotune. Je vous recommande d'écouter ça ci-dessous. En tous cas on a adoré, on a réécouté Ricky depuis (j'en connaissais certaines découvertes sur Spotify que j'avais un peu oublié depuis). C'était très personnel, très bien exécuté, marrant, très bon musicalement, le haut du panier des premières parties réussies. 


Ricky Hollywood - L'amour peut-être (Live 2013)

  Et à l'image de cette première partie réussie, c'est un superbe concert que nous a offert Juliette Armanet. D'une élégance et d'une classe intimidantes, elle a ce côté show-woman vraiment impressionnant de maîtrise. Dans un décor kitsch et classe, comme sa musique, avec un groupe de musiciens eux aussi vraiment excellentissimes, elle a fait preuve d'un talent incroyable au piano et vocalement. Étirant les morceaux, y plaçant des soli de synthé et de guitare impeccables, le groupe avait une envergure internationale, le ton d'un professionnalisme total étant donné par le choix des musiques passées avant le concert, ces influences formant presque une profession de foi de la perfection: Stevie Wonder, Prince, Michael Jackson, Etienne Daho.

Juliette Armanet - Stéréolux, Nantes, 13/03/2017

  Armanet en live est très drôle, pleine de répartie, cherche à faire participer le public et donne d'elle-même à 100% à chaque morceau, en dansant, en chantant, en jouant des clavier ou en jouant avec le public, alternant les ambiances et les émotions. D'ailleurs, ces excellents morceaux sont magnifiés par le traitement du live, et ça me permet de dire que je n'ai jamais entendu un aussi bon son dans un concert. On entendait tous les instruments avec une précision digne d'un enregistrement studio 70's, la puissance du live en plus. Ça collait très bien avec sa musique elle-même très référencée mais ayant une distance intéressante avec ses influences, une forte personnalité, et jouant avec le kitsch et les décalages pour faire passer des émotions variées d'une manière assez post-moderne et très intéressante.

Juliette Armanet - Stéréolux, Nantes, 13/03/2017

  Si vous avez l'occasion de la voir en vrai, n'hésitez pas trop, son live est vraiment prenant, impérial, sensible, sensuel, subtil. Alors foncez !

Alex


lundi 22 janvier 2018

Etienne Daho - Les Flocons de l'Ete (Chanson, 2017)

Etienne Daho - Les Flocons de l'été (2017)

  Il n'y a vraiment que Daho pour rendre aussi classieux un texte aussi premier degré avec de rimes aussi "faciles" et une chanson aux arrangements qui font un poil "Noël" comme sur "Les Flocons de l'été". Une fois de plus, seul son charme infini permet ce petit miracle, comme sur l'également très naïve (sans aucune négativité dans l'utilisation du terme) "Le Premier Jour Du Reste de Ta Vie"

Etienne Daho - Le Premier Jour Du Reste de Ta Vie (2009, live à Pleyel)


  Autre précédent, la chanson "Hypertranquille" de Benjamin Biolay (dont j'ai déjà parlé ici), sortie quelques mois plus tôt sur son très bon album Volver (chroniqué ici, présent dans mon Top 2017) qui faisait un pastiche de la variété rap façon PNL version chanson française, pour un résultat étonnamment réussi. On retrouvait déjà la même approche mi-premier degré, mi-distanciée du texte, le même background instrumental chill et le même traitement exagéré de la voix. On rêverait d'ailleurs volontiers d'entendre ces deux là collaborer un jour.

Benjamin Biolay - Hypertranquille (2017)


  Bref, la compo est désarmante d'efficacité et de simplicité pop, la mélodie est solaire, la voix claire, et Etienne nous emporte une fois de plus dans son monde (bien dépeint par le clip), avec ces "Flocons de l'Eté", très belle anomalie au sein d'un très bel album plus rock et psyché (lui aussi dans mon Top 2017).

Une très bonne chanson, obsédante comme seuls les classiques pop le sont.

Alex



lundi 23 octobre 2017

Live Report : Concert de Timber Timbre à Nantes (Stereolux, 10/10/17)

Timber Timbre à Stereolux, Nantes, le 10/10/17

  Ça faisait un moment qu'on hésitait, et puis on a foncé. Etienne parce qu'il avait encore des souvenirs émus de Hot Dreams, moi parce que j'ai adoré le petit dernier, ce Sincerely, Future Pollution de cette année dont j'ai déjà dit le plus grand bien ici. Et nous sommes donc allés voir les canadiens Timber Timbre en concert.

  Mais nous avons d'abord eu le plaisir d'entendre en solo le britannique Chris Bundy, qui est le saxophoniste officiant pour le groupe, pour la première partie. Son set, étonnant, était très free jazz dans l'esprit. La plupart du temps seul avec son saxophone basse au son puissant et riche, il était parfois accompagné de bandes. Et on avait du mal à imaginer la tête de ses partitions tant ce qu'il jouait était complexe et davantage dans l'interprétation que dans les notes. On naviguait entre dissonances free, passages plus cool façon jazz 80's, expérimentations poussées à l’extrême et complexité mélodique issues du classique contemporain, et ouvertures vers l'art brut (son saxo sonnait parfois comme un didgeridoo, et le son de son souffle ainsi que le cliquetis de ses doigts faisaient partie intégrante de la musique, surtout pour nous, proches de la scène). Très puissant, intriguant et intéressant, et parfait pour instaurer une ambiance mystique, grave et dense avant l'arrivée de Timber Timbre. Et assez inhabituel comme ouverture pour un concert de rock indé (le côté alien étant renforcé par la dégaine de ce grand mec fin tiré à 4 épingles entre BCBG 50's et membre de Kraftwerk, accompagné de son énorme saxo), mais ça a bien plu, la salle très réceptive l'a applaudi plus que chaleureusement et l'a acclamé à chaque retour sur scène avec le groupe. Comme quoi, les gens sont loin d'être aussi limités dans leurs goûts que ce que les majors veulent bien croire.

Christopher "Chris" Bundy en solo

  Puis le groupe a débarqué, quasiment dans le noir, en jouant l'instrumental "Sincerely, Future Pollution", à la lente mise en place entre cold-wave et krautrock propulsée par la basse puissante du leader Taylor Kirk. Avant d'enchaîner sur une première partie faisant la part belle au superbe dernier album avec "Sewer Blues" puis "Velvet Gloves And Spirit" et la très nickcavienne "Moment". Toutes plus intenses et plus rock en live que sur disque. Portées par la voix toujours impeccable et profonde de Kirk, qui jure presque avec son physique de père de famille américain moyen, mais pas avec sa dégaine classic rock. C'est lui le leader du groupe en tous cas, pas de doute. Qu'il ait une basse en main ou une guitare (divin à la basse, il échangeait cependant souvent de rôle avec le guitariste selon les morceaux), son jeu musculeux, précis et implacable prenait l'ascendant sur toute la formation. On sentait un perfectionnisme dans chaque réglage sonore, aspect sur lequel il prenait bien son temps, et le résultat était là : sa basse, surtout, ne sonne comme personne. Tantôt ultra-puissante mais classique, tantôt alien, sonnant comme tout sauf une bête basse, truffées d'échos et de reverb, elle était toujours au coeur du live. Tandis que ses acolytes tricotaient des embellissement  à la guitare, bidouillaient des nappes dissonantes pour ajouter à l'ambiance psychédélique au synthé ou martelaient des rythmes simples sur lesquels se caler à la batterie.

Chris Bundy & Timber Timbre sur "Hot Dreams"

  D'autre part, le groupe devrait réellement engager Chris Bundy comme 5e membre tant ses interventions étaient un énorme apport à chaque fois qu'il se montrait sur un morceau (et heureusement ça arrivait souvent). Sur l'obligatoire final de "Hot Dreams" évidemment, satisfaisant à l'extrêmes pour nos oreilles de petits fans, mais également tout au long du concert.

  Du dernier LP, on aura notamment eu le droit à une interprétation hantée de "Western Questions", et à une version de "Grifting" encore plus Stevie Wonder en concert que sur disque. De Hot Dreams, on retiendra la psychédélique "Curtains!?". Et les premiers morceaux plus lo-fi du groupe prennent vraiment une nouvelle dimension avec la voix plus assurée et pleine de Kirk, qui vieillit magnifiquement. 

  Après deux rappels ovationnés, un public conquis et un Taylor Kirk ému jusqu'à avoir les yeux humides, le groupe nous a quittés, sans doute avec le plaisir du travail bien fait (sans jouer ma chouchoute, "Floating Cathedral", à mon grand regret, mais ce sera pour une prochaine fois). Bref, un extraordinaire concert que je suis heureux d'avoir pu partager avec mon poto Etienne.


Setlist approximative 
(ils ont joué des trucs en plus en rappel)

Alexandre

samedi 16 septembre 2017

Helado Negro - Tiny Desk Concert (Live, 2017)


  Private Energy (cf ma chronique) est un des disques qui m'a le plus impressionné ces dernières années (cf mon Top 2016) et Helado Negro est un des artistes les plus intéressants de ces dernières années. Mais pas uniquement en studio, comme le prouve le live intimiste, qui se révèle sensible, délicat, subtil, puissant et sensuel, et que l'on peut réécouter à l'envie en cliquant ici (via NPR music).

Setlist :
"Transmission Listen"
"Young, Latin & Proud"
"Run Around"
"It's My Brown Skin"

Line-Up :
Roberto Lange - Guitare, Voix
Nathaniel Morgan - Saxophone
Angela Morris - Saxophone, Violon
Ben Lantz - Basse
Weston Minissali - Synthés
Jason Nazari - Batterie
Niki Walker - Ingénieur du son

Alex

mercredi 27 juillet 2016

Bill Withers - Kissing My Love - Live at "Beat Club" ( 1972 )

  Il y a de rares versions live de standards qui ont l'art de transcender leur version originale. L'extraordinaire session live de "Kissing My Love", du soulman Bill Withers, enregistrée pour l'émission allemande Beat Club en 1972, fait partie de ce club très fermé ! 


     A l'époque il tournait avec les musiciens du Watts 103rd Street Rythm Band : à la guitare principale Benorce Blackmon, à la batterie James Gadson, au clavier Ray Jackson et à la guitare basse Melvin Dunlap.

     Tirant profit de cette formation plus restreinte sans section cuivre et du rendu live plus authentique qu'un formatage post-production studio, la musique y est beaucoup plus roots, plus âpre, mettant l'accent sur la rythmique impulsée par un James Godson de génie à la batterie. En soit le morceau en est plus funk !


Version live du "Beat Club" ( 1972 ) :




version studio de l'album Still Bill ( 1972 ) :



Une version que je ne me lasse toujours pas d'écouter et réécouter !


ETIENNE






lundi 14 juillet 2014

Frankie Valli & The Four Seasons - Can't Take My Eyes Off You Live 1967

 
  Je ne vais pas faire dans l'originalité, mais comme un certain nombre d'entre vous (pas tant que ça apparemment vu le peu de programmations...), je suis allé voir le Jersey Boys de Clint Eastwood au cinéma la semaine dernière. Je ne vais pas vous faire la chronique détaillée du film ici, sachez juste que je l'ai énormément apprécié, qu'il m'a ému comme aucun film ne l'avait fait depuis un certain temps maintenant. Alors oui, il y a des petits défauts, certains choix scénaristiques ou de mise en scène peuvent être discutés (mais c'est tout le temps le cas non ?), et de manière générale je me suis fait la même réflexion qu'à chaque film que j'ai vu récemment, c'est-à-dire "Il manque une heure, une heure et demie à ce film".
 
  A ce propos, je ne sais pas si ce sont les codes de Hollywood (la masse a du mal à ingurgiter un film de plus de 2h30, sauf si c'est un Peter Jackson, au moins un qui arrive à s'imposer sur ce point-là), ou l'effet des séries qui développent de plus en plus des narrations ambitieuses et ce sur un temps beaucoup plus long, mais le constat est là. Je trouve la plupart des films un peu bâclés. Généralement la mise en place est bonne, et puis au milieu ou aux trois quarts du film, tout se précipite et des évènements ou situations qui auraient mérité d'être développés se retrouvent bouclés en 20 minutes avant le dénouement. Mais c'est hors-sujet.
 
  Donc bref, j'ai adoré Jersey Boys, pour tout un tas de raisons. Et avant tout pour la musique sur laquelle se base le film. C'est à dire celle des Four Seasons. Pour être plus précis, celle de Bob Gaudio, souvent cosignée par le producteur Bob Crewe en tant que parolier, et incarnée par Frankie Valli, le charismatique chanteur lead du groupe. Cette musique, directe, accessible, pop, sans détours, sans embrouilles, peut être résumée ainsi : une mélodie qui tue, un chanteur phénoménal, un groupe impeccable, des arrangements ciselés et des chœurs divins. Un peu les mêmes ingrédients qui m'ont fait adorer la pop baroque/psyché/sunshine des sixties triomphantes, et qui font tout le sel de cette pop américaine de très grande classe. Un peu dans la lignée de ce que Sinatra a fait dans ses grands jours (son sommet Watertown a d'ailleurs été en partie composé par Gaudio), avec des chœurs divins (pensez Beach Boys), et un Frankie Valli hallucinant vocalement, entre falsetto haut perché et chant plus grave et rugueux, comme un croisement entre le Sinatra crooner et une version blanche de shouters rythm'n'blues à la James Brown. Fascinant.
 
  Je pourrais vous parler de nombreuses chansons issues de cette formule magique, mais celle qui m'obsède le plus en ce moment, que j'écoute au moins quinze fois par jour dans trois ou quatre versions différentes, que j'ai en tête toute la journée et que je chantonne au travail, c'est celle-ci. Can't Take My Eyes Off You.  Qui apparaît dans une scène-clé particulièrement émouvante du film, d'ailleurs. Et que vous connaissez sûrement dans une autre version (au hasard, Gloria Gaynor, disco). Mais oubliez tout ça, et mettez ce live pour une émission de télé, de 67.

  La chanson d'amour parfaite non ? Si vous n'avez pas les yeux qui brillent, c'est que vous êtes probablement atteint d'un degré assez élevé d'insensibilité (le même test fonctionne avec I am the Cosmos de Chris Bell). A la fin d'une telle chanson, personnellement, je ne peux que sourire bêtement, les yeux un peu humides, claquer des doigts éventuellement. Avoir envie de déambuler seul sous la lumière des lampadaires à Nantes. Appeler un proche, lui envoyer un message d'amour. Aller dans un bar et offrir un verre à qui j'y rencontrerais. Ressentir ce mélange de bonheur béat et de mélancolie lucide qui fait les grands moments de l'existence.
 
Allez, filez m'écouter ça. Et appuyez sur repeat s'il vous plaît.
Et puis si vous êtes sages on parlera de Sherry, ou de Watertown...
 
 
 
Alexandre