Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes
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vendredi 6 décembre 2019

Iggy Pop - Free (2019)


   Après un superbe retour orchestré par Josh Homme avec Post Pop Depression (2016), très marqué par Bowie musicalement, Iggy Pop écrit avec ce Free un très beau nouveau chapitre de sa discographie passionnante. Marqué musicalement par le free jazz et l'ambient électronique, recourant parfois à des passages parlés voire narrés ("Free", "Sonali", "Page", "We Are The People", "Do Not Gentle Into That Good Night", "The Dawn"), il contient également une chanson pop-rock parfaite, "Loves Missing", au son tranchant venu du post-punk, et transcendée par l'interprétation caverneuse et désespérée de l'Iguane. Ce côté sombre, coldwave quasi gothique, est également bien mis en valeur sur "Glow In The Dark".

Iggy Pop - Loves Missing (Clip, 2019)

  Le disque n'est cependant pas dénué d'humour et de fun, en témoigne le rock bondissant à l'humour british façon Baxter Dury de "James Bond". Et il est très vivant dans son interprétation, tant musicalement où la forme est très libre, dénuée de toute notion de genre musical, que dans l'interprétation vibrante d'Iggy ("Dirty Sanchez"). 

Iggy Pop - Sonali (Clip, 2019)

  C'est un album intense, noir, souvent contemplatif, obsédé par la mort. Mais c'est aussi l'oeuvre d'un musicien qui a encore beaucoup à dire, à faire, qui a l'oreille acérée, la voix pleine de rage et l'esprit plein de malice. C'est un superbe disque.

Mes morceaux préférés : Love's Missing, Sonali, Glow In The Dark, The Dawn

Ecouter sur Spotify ou Deezer

Alex


samedi 23 mars 2019

The Comet Is Coming - Summon The Fire (morceau & clip, 2019)


  On aime beaucoup le saxophoniste british Shabaka Hutchings ici, et on adore particulièrement son ouverture d'esprit. Que son jazz soit coupé d'afro-funk spitituel (sous le nom Shabaka & The Ancestors), d'épices caribéennes et de carnaval vaudou façon Nouvelle-Orléans (Sons Of Kemet) ou ici entre synthpop, krautrock électronique et psychédélique sous l'alias The Comet Is Coming. Projet pour lequel il est épaulé par Maxwell Hallett (aka Betamax Killer) et Dan Leavers (Danalogue The Conqueror), et qui a livré ce mois-ci un album bouillant -dont on vous reparlera évidemment- et dont ce premier single est extrait.

  Sur une base synthpop bondissante et dansante, et sur un rythme effrené, Hutchings balance d'énormes mélodies, entrecoupées de courtes digression free jazz leur donnant mordant et urgence. C'est un grand morceau, qui donne envie de sauter partout. En plus le clip dessiné est très beau, ce qui ne gâche rien. 

Bonne écoute

Alex


lundi 21 mai 2018

Idris Ackamoor & the Pyramids - An Angel Fell (2018)


  Idris Ackamoor est le leader (saxophoniste et mutli-instrumentiste) du mythique groupe d'afro-jazz The Pyramids, actif dans les années 70 puis dissout et reformé à de nombreuses occasions, notamment pour l'enregistrement du monumental We Be All Afrikans (2016). Ses influences riches, entre free jazz façon Sun Ra, afrobeat ghanéen et musiques latines (il a rendu hommage à Cuba sur un album entier en 2004), ainsi que sa longue expérience en font un musicien unique en son genre. Et ce dernier album, An Angel Fell,  sorti en cette année 2018 sur Strut, en est le poignant témoignage. 

Idris Ackamoor & The Pyramids - An Angel Fell (2018)

  Les trois influences majeures que je viens de citer se combinent sur la bouillonnante "Tinoge", qui se conclut sur une partie de violon étonnante aux origines intraçables (cajun ? tzigane ?), qu'on doit à Sandra Poindexter, et qui marquera l'album de son empreinte. Cette partie de cordes, très mélodique et immédiatement identifiable, donne le ton d'un album extrêmement mélodique, comme le prouve la chanson-titre, "An Angel Fell". Claviers  et guitares psychédéliques, chant obsédant, rythmique obscure et tribale, on est proche de groupes psyché 60's comme les United States Of America ou Fifty Foot Hose. Là encore, des motifs marquant sont répétés par les claviers, les cordes ou les voix, formant un tout très accessible, presque pop. "Soliloquy for Michael Brown" enfonce cette veine psychédélique dans un registre instrumental plus méditatif et grave, dû à son sous-texte chargé et engagé. Le parfait équilibre entre cette délicatesse psyché digne des premiers Pink Floyd et l'afro-jazz de Fela Kuti est atteint sur la merveilleuse "Sunset". 


  Sur "Land Of Ra", c'est une influence davantage reggae/dub, avec des cuivres un poil cumbia, et toujours ce violon quasi-cajun, qui vont former le cœur de ce morceau très rythmé là encore immédiatement mémorable. Grâce notamment à la production impeccable du londonien Malcolm Catto, par ailleurs membre de l'impeccable groupe de jazzmen psychédéliques The Heliocentrics, qui a enregistré les Pyramids pour cet album lors d'une intense session à Londres ayant duré seulement une semaine. 

Idris Ackamoor & The Pyramids - Message To My People (2018)

  On retrouve le violon de Poindexter sur "Papyrus", qui a un côté jazz classe, mélancolique et romantique de la côte Est, et une rythmique caribéenne intéressante débouchant sur une coda pleine de charme latin. On retrouve cette musique centre-américaine, en bonne compagnie de hard rock plein de soul, sur la géniale "Message To My People". Le côté rock est très présent sur l'accrocheuse "Warrior Dance", pas si éloignée que ça d'un Frank Zappa & The Mothers Of Invention. 

  Cet album est un véritable triomphe, un incroyable disque de jazz ouvert à tous les vents, au sens mélodique imparable et au charme unique. Les influences venues de l'afrobeat, de la musique cubaine, du rock psychédélique, de la soul ou de la dub colorent le jazz déjà riche du flamboyant multi-instrumentiste de génie et de son groupe de fous furieux. Une perle rare.

A écouter sur Spotify ou Deezer ou Bandcamp


Alex


mercredi 9 mai 2018

Iceage - Beyondless (2018)


  Le groupe post-hardcore danois Iceage nous avait laissé en 2014 son magnum opus, le magnifique Plowing Into The Field Of Love, sur lequel leur son s'était volontiers fait davantage post-punk, entre touches de glam et noirceur gothique. C'est dans cette veine plus accessible mais tout autant vénéneuse, si ce n'est plus encore, que se situe ce Beyondless. 

  Entre poésie noire et punk référencé, "Hurrah" fait penser à Johnny Thunders & The Heartbreakers mais surtout aux Saints aventureux d'Eternally Yours, et sa suite "Pain Killer" utilise les cuivres sur du punk comme les australiens le faisaient en 1978 sur "Know Your Product". Mais "Pain Killer" n'est pas que ça, ce croisement entre fureur, classic rock, chaleur Motown et chant pop grâce à la présence vocale de Sky Ferreira, permettant d'assouvir le double penchant avoué du chanteur Elias Bender Ronnenfelt pour l'underground sombre et lettré et pour la flamboyance des plus grosses rockstars. Un peu à la manière de Nick Cave, qui réalise la synthèse des deux mondes. 

Iceage & Sky Ferreira - Pain Killer (2018)

  Ces cuivres sont réutilisés avec brio sur la très Stooges période Fun House "The Day The Music Dies", d'abord comme contrepoint soul-rock au garage limite psyché, avant de virer free jazz (une des influences déterminantes de l'album, amenant cette instrumentation nouvelle). 

Iceage - The Day The Music Dies (Clip, 2018)

  Sur "Plead The Filth", le blues et la folk dénaturés par le groupe voient également les instruments inhabituels (piano, guitare folk, xylophone) se succéder dans le maëlstrom formé par la guitare, la basse et la batterie, servant de tapis (d'échardes) au chant de Ronnenfelt décidément très Iggy Pop par moments. La quasi country/folk bluesy et déviante de "Thieves Like Us" opère de la même façon, dans un registre plus proche des Doors, ambiance que l'on retrouve sur la pop de saloon absurde de "Showtime", étrangement cousine, d'une façon indirecte, du travail de Foxygen. 

  Plus loin, c'est entre un folk oblique à la XTC, un chant à la Robert Smith de The Cure (influence déterminante tout au long de l'album), une no wave bruitiste et agressive à la Sonic Youth et un free jazz en roue libre qu'il faut chercher les inspirations de la déstabilisante et géniale "Under The Sun", véritable petit monument qui claquerait le bec à n'importe quel passéiste du genre et petit miracle d'équilibre créatif. Cette veine de psychédélisme sombre et de romantisme gothique s'épanouit à merveille sur "Catch It", mélancolique, prenante et belle. 

Iceage - Catch It (Clip, 2018)

  C'est au shoegaze planant et dense de My Bloody Valentine qu'on pensera sur la plombée "Beyondless" et sur "Take It All" (et à la musique irlandaise un peu également sur cette dernière), preuve de l'immense source d'influences digérées par le groupe et de la variété incroyable de leur son. Cette vitalité et ce bouillonnement sont particulièrement bien illustrés sur la pochette, entre coupe histologique, magma d'une composition inconnue, et art contemporain.

Iceage - Take It All (2018)

  C'est un album volcanique, empli de fureur, de mélancolie, d'urgence et de beauté qu'on doit à Iceage, confirmant la belle lancée du groupe après la réussite du précédent en 2014, et asseyant et sa place parmi les groupes de rock les plus intéressants et les plus essentiels de la décennie. A écouter absolument.

Ecouter sur Spotify ou Deezer

Alex


mercredi 18 avril 2018

Sons Of Kemet - Your Queen Is A Reptile (2018)


  Les Sons Of Kemet sont un quartet de jazz britannique formé autour du saxophoniste virtuose Shabaka Hutchings que nous suivons avec intérêt sur ce blog. Quartet peu commun dans sa formation puisque deux autres membres jouent de la batterie et le dernier du tuba. Les morceaux de cet album, leur troisième sous ce nom, commencent tous par "My Queen Is.." suivi d'un nom d'une des 9 femmes fortes, sortes de modèles du groupe auxquelles il a ainsi rendu hommage. Hommage qui donne le titre de cet album un brin provocateur, qui renvoie ces portraits à la face de l'auditeur en le questionnant sur ses propres modèles. Musicalement, on oscille entre un jazz plus posé, quelques digressions free, et la musique caribéenne (soca, calypso...), avec notamment une grande influence des fanfares de la Nouvelle-Orléans ou d'Haïti, influences dues à la jeunesse d'Hutchings à la Barbade. Le meilleur exemple de ça, c'est "My Queen Is Harriet Tubman", morceau absolument irrésistible de groove, qui invite à la danse avec sa mélodie insolente. Tout aussi facétieuse, et plus incisive, "My Queen Is Angela Davis" rend un hommage de circonstance à cette figure des droits civiques.

 Le résultat est toujours très rythmé, souvent mélodique, et donc plutôt accessible même si vous n'êtes pas un grand connaisseur de jazz. Pour les allergiques à l'instrumental pur, les voix sur "My Queen Is Ada Eastman" font d'ailleurs via ce côté caribéen quasi reggae/ska/dub un pont involontaire avec la gouaille jamaïcaine et british de The Specials. Ce côté dub est également apprécié sur "My Queen Is Mamie Phipps Clarks" ou "My Queen Is Nanny Of The Maroons". "My Queen Is Anna Julia Cooper" est entre deux eaux, plus apaisée mais en surface seulement tant on sent que la tension peut poindre à n'importe quel moment au long de ce morceau quasi synthpop/house dans sa construction qui illustre à merveille le renouveau du jazz de clubs british, tout comme le dernier EP de notre chouchoute Nubya Garcia. Enfin, c'est une influence africaine qui nourrit "My Queen Is Albertina Sisilu", morceau qui possède une mélodie irrésistible qui pousse n'importe quel être humain normalement constitué à taper frénétiquement du pied. 

  Un petit côté 60's-70's et un soupçon de jazz-rock traversent "My Queen Is Yaa Asantewaa", avec de bonnes idées de production et d'interprétation (la batterie lo-fi un peu distante donnant un côté vintage au tout, le tuba joué comme une basse funk-rock). "My Queen Is Doreen Lawrence" insiste sur ce côté plus rock, plus agressif, avec une musique implacable et martelée qui clôt l'album avec panache, et un chant revendicatif. 

  L'album est une merveille de jazz, et c'est également un vrai miracle qui peut convaincre même un non amateur de jazz grâce à un sens mélodique aigu, une fièvre du groove sans limite et une oreille sûre pour les gimmicks accrocheurs. Tout en conservant une radicalité jazz et un minimalisme intègre. Je me répète : c'est un chef-d'oeuvre du genre et un des meilleurs disques de l'année.

Ecouter sur Spotify ou Deezer

Alex



vendredi 23 mars 2018

Nubya Garcia - When We Are EP (2018)


  Nubya Garcia est une jeune et talentueuse saxophoniste britannique, et son jazz est aussi cérébral (elle peut partir dans des excursions free façon John Coltrane) que physique (elle a un goût prononcé pour faire danser son jazz en y incorporant des influences latines et créoles). On a d'ailleurs tous les deux adoré Nubya's 5ive, son album de l'an dernier, au point de le placer dans nos tops respectifs (ici et là). 

  Mais Ms Garcia est aussi DJ. Et elle a voulu incorporer cet esprit électronique, festif, dans sa musique, et elle l'a fait d'une manière surprenante. Plutôt que d'y ramener les machines, elle a juste pris le tempo, l'a assaisonné de hip-hop, et ça a donné "When We Are". Accompagné d'une basse pulsatile, d'un piano tantôt doux, tantôt sautillant, son saxophone danse autour du beat et nous entraîne dans une danse très classe (presque un côté jazz new-yorkais, des accents free), mais néanmoins très sensuelle et frénétique. C'est assez incroyable comme ça groove, et comme c'est -à mes oreilles en tous cas- incroyablement accessible. Le genre de miracles jazz pouvant amener des non-amateurs du genre à s'y intéresser (enfin j'espère). 

  Le deuxième morceau, "Source", accentue un peu les aspects soul-jazz et jazz-rock perçus à l'écoute de son bouillonnant prédécesseur, avec un petit côté psychédélique et surréaliste quasiment Soft Machine par moments. Un autre très bon morceau. Pour conclure cet EP, deux producteurs électroniques ont remixé ces deux merveilles : K15 pour la première, revue façon chill, et Maxwell Owin' pour la deuxième. Plutôt sympathiques, ces remixes n'apportent pas non plus grand chose aux originaux, si ce n'est dans la thématique d'exploration de l'électronique promise par l'EP. Mais ils sont très agréables et plutôt recherchés, surtout le 2e qui décolle bien lors de sa deuxième moitié. 

  Bref, rien que pour les deux morceaux originaux de Nubya, il vous faut écouter cet EP de toute urgence, alors foncez. 


Alex

mercredi 14 février 2018

Wildflower - Wildflower (2017)


  Wildflower est un trio de jazz anglais formé par Idris Rahman (saxophone, flûtes), Leon Brichard (basse, contrebasse), et Tom Skinner (batterie). Sur cet album, Wildflower, sorti en 2017, le groupe délivre free jazz organique, aéré et spirituel, inspiré selon leurs propres dires par Pharoah Sanders, Alice Coltrane, Yusef Lateef et Sun Ra ainsi que par le jazz modal et diverses musiques traditionnelles asiatiques et africaines (Gnawa, Bengali folk).

  Ma petite préférée, "Flute Song" ouvre le bal. Un morceau aéré, délié, au beat espacé allant crescendo en intensité, à la basse insistante mais souple, et à la flûte obsédante, jouant avec les gammes de l'Asie et de l'Afrique de la plus belle des manières. Une belle illustration du côté cosmique et spirituel qui guide leur musique. Rahman retrouve  son saxophone sur "Where The Earth Meets The Sky", avec une structure équivalente : tandis qu'il égrène ses mélodies célestes et leurs variations free, la batterie marque le beat en s'autorisant quelques fantaisies tandis que la basse garde le cap. 


  De façon intéressante, "Long Way Home" est plus agressive, plus sauvage, plus rythmée, presque jazz-rock, teintée de blues et de psychédélisme sombre. Et au final, très intense. Encore un excellent morceau. Le rythme redescend un peu, mais pas la tension, sur l’intrigante, menaçante et mystérieuse "Other Worlds", dont les explorations sonores divaguent entre jazz New-Yorkais, John Coltrane période Sun Ship et musiques du Moyen-Orient. C'est donc avec étonnement que l'on accueille le morceau suivant, "Hogol", au beat africain et à la mélodie quelque part entre Fela Kuti, Duke Elligton et l'afro-pop des 70's-80's (William Onyeabor, Francis Bebey) qui a inspiré tout un pan de l'art-rock américain et européen contemporains (Talking Heads, Tom Tom Club...). Avec bien sûr, de pertinentes sorties de routes free magnifiquement appuyées par un groove syncopé. L'alchimie et la virtuosité du saxo et de la batterie sont vraiment le gros, gros point fort de ce merveilleux morceau, qui reste accessible malgré sa complexité grâce à l'oreille affûtée des musiciens.

  Une belle reprise de l'intro sur la très pure "Flute Song (Outro)", et nous voilà déjà sortis de ce voyage prenant mais bien trop court. Vous aurez compris que je tiens ce disque en très haute estime, et si je suis déçu de ne pas être tombé dessus à sa sortie l'an dernier, je suis heureux d'avoir fini par l'écouter et je ne peux que vous encourager à faire de même, car c'est vraiment un grand disque de jazz et un grand disque tout court.

vendredi 26 janvier 2018

Ty Segall - Freedom's Goblin (2018)


  Vous le savez probablement pour les habitués, Ty Segall est un habitué de nos colonnes, ainsi que de nos tops de fin d'année. Il ne déçoit jamais et, du moins en solo, est sur une lancée de classiques absolument colossale depuis le début des années 2010, avec au moins un indispensable par an, souvent davantage, et tous différents. Pour le meilleur des plus récents, réécoutez Slaughterhouse (2012), Twins (2012), Sleeper (2013), Manipulator (2014), Emotional Mugger (2015) et Ty Segall (2017). Et vous pouvez y ajouter ce Freedom's Goblin, sorti en ce glorieux mois de Janvier 2018.

  Ce dernier, contrairement à nombre de ses prédécesseurs, ne se définit pas par un son ou un thème unificateur mais plutôt par la liberté totale que Segall et ses comparses du Freedom Band (Mikal Cronin à la basse, Charles Moothart à la batterie, Emmett Kelly à la guitare et Ben Boye au piano, échangeant souvent les instruments) s'accordent sur chaque titre, donnant un côté davantage centré sur les chansons que sur l'album dans son ensemble, l'unité de base, le cadre et le centre de l'attention étant donc la chanson en elle-même, à la manière de Gumboot Soup (2017) des King Gizzard & The Lizzard Wizzard. Cette liberté est aussi présente dans la longueur des titres (de 1'06 à 12'02) ainsi que dans celle de l'album (19 titres pour 1h15). Cependant, on peut y trouver certaines constantes : un son résolument 70's avec de grosses influences glam rock (le rapprochant de Manipulator), et un peu de jazz en plus de ce qui fait le style de Segall, ce mélange de grunge, punk, garage, hard, classic rock, pop, psyché et folk inimitable.

Ty Segall & The Freedom Band - "Fanny Dog", Live at KCRW 2018

  Le côté glam, on l'entend dès les cuivres décadents de l'excellente "Fanny Dog", très Bowie période Diamond Dogs, avec ces guitares saturées quasi grunge, mais également très shock rock, et une écriture marquée par la country-folk, qui, associée à ce déluge sonique, donne un côté Jack White à l'ensemble. Le Bowie funk, cette fois ci celui sous coke et influence berlinoise de Station To Station, est convoqué sur "Despoiler of Cadaver" au traitement du son quasi dub absolument génial, digne du Brian Eno 70's, et à la fantaisie proche des contemporains Ariel Pink ou Soft Hair (LA Priest & Connan Mockasin). 

  Cette dernière, ainsi que des morceaux comme "Meaning", à la première partie géniale avec notamment un groove kraut ultra réminiscent de Can et aux dissonances malicieuses, augurent d'une direction très intéressante pour Ty. En revanche, la dernière partie de la chanson, pseudo punk hardcore, me convainc moins, même si la transition WTF à la Frank Zappa va bien avec le style de l'album. Ce côté déglingué est d'ailleurs très bien réussi sur l'interlude "Prison", sur "Talkin 3" entre Sex Pistols, White Stripes et free jazz, ou sur "The Last Waltz", chanson de pub psychédélique, entre les Mothers Of Inventions, Traffic, Captain Beefheart et les Beatles psyché à leur plus j'en foutiste.

Ty Segall & The Freedom Band - "Despoiler Of Cadaver", Live at KCRW 2018

  Du côté de la pop classique, on entend un peu la grosse influence revendiquée de John Lennon dans toute sa douceur, sa fragilité mais aussi sa furie sur "Rain", titre à la fois délicat et rageusement glam sur le refrain dissonant façon Lou Reed et encore une fois Bowie. Ce songwriting mélodique quasi country est retrouvé sur l'également très bonne "My Lady's On Fire", réminiscente du meilleur de Harry Nilsson et contenant également des cuivres à tomber, et sur la très Beatles "Cry Cry Cry", absolument géniale. "I'm Free" continue ce côté folk, mais cette fois-ci entendu à travers les oreilles des Who circa Tommy (d'où son titre ?).

  Tout comme "You Say All The Nice Things", rapprochant de façons inimaginable pour moi Ty Segall et la période glam/folk/rock de Of Montreal (2013-2016), à la fois musicalement et surtout vocalement. D'ailleurs, l'influence également assumée de T Rex, commune à Kevin Barnes d'of Montreal et à Segall, contribue à les rapprocher et ça s'entend sur la génialissime "The Main Pretender", glam saturé au groove funk liquide et sexy et épicé d'un petit côté free jazz tranchant. Un des sommet de l'album.

  On entend davantage le rock des années 2000 (White Stripes, Black Keys, The Kills...), sur le début de "Shoot You Up" avant une deuxième moitié façon Beatles décadents (période White Album). Ce rock moderne, autant influencé par Prince que par le post-punk 70's, revient sur "Every 1's A Winner", qui sonne ample et clair comme les Black Keys de Brothers, mais avec ce côté funk et vicieux en plus, largement amené par des percussions incroyablement bonnes. La rythmique est également le point fort de la scie punk-grunge "When Mommy Kills You", un peu plus attendue et prolongeant le style de Segall sur son album Twins, tout comme "Alta" un peu plus loin, sur laquelle Ty a le mérite d'enrichir le morceau d'un pont très riche et absolument délicieux. Tout comme il enluminait son style de trouvailles fantastiques sur Ty Segall, sorti l'an dernier. On sent que niveau compo et arrangement, de manière générale, l'heure est au perfectionnement extrême.

Ty Segall & The Freedom Band - "Alta", Live at KCRW 2018

  Dans le registre hard, quasi métal 80's, on a "She", avec guitares shred, grosse guitare rythmique bien grasse, plutôt bon morceau dans un genre qui a pourtant en général du mal à m'emporter. Et puis "5 Ft Tall" est une très honorable tentative de retrouver la folie furieuse de Slaughterhouse, malheureusement malgré ses petits apports jazz dans les arrangements elle manque un peu de personnalité. 

  Et puis il y a le morceau de bravoure de plus de 12 minutes "And, Goodnight", entre prog rock saturé, Beatles, Jack White encore une fois, et soul-funk au début, qui part vite dans une suite de soli virtuoses et kiffante (les deux ne vont pas toujours de pair), avant de retomber sur ses pattes blues façon Albert King.

  Vous l'aurez compris, c'est un disque dense, parfois un peu trop avec quelques titres un peu plus faibles. Un disque très référencé également, mais même si les influences sont un peu plus audibles qu'avant (ce qui est sans doute dû aux compos assez spontanées les faisant ressortir), elle ne font à aucun moment sortir du disque, et contribuent à au côté bric-à-brac assez charmant et amusant de ce disque. Qui malgré la diversité des styles abordés et des instrumentations arrive à rester relativement cohérent, ce qui n'est pas rien, et à ne jamais lasser malgré la durée, ce qui est carrément un exploit.

  En résumé, ceci n'est pas le meilleur album de Ty Segall mais c'est un très, très bon album, bien produit, solide, généreux, riche, avec des sommets très hauts (parmi les meilleures chansons qu'il ait jamais écrites), et une intégrité totale. Et rien que pour ça c'est déjà un incontournable de 2018. 

Alors bonne écoute !

  D'ailleurs, l'album est disponible en streaming sur youtube par ici, ou alors là sur le site de NPR, et quelques morceaux sont en écoute sur son bandcamp. 

  J'ai truffé l'article de nombreuses références, et pour que ce soit plus pratique pour vous d'entendre où je veux en venir, j'ai glissé les liens vers des chansons (sur youtube) illustrant mes propos, n'hésitez pas à les utiliser !

Alexandre


lundi 23 octobre 2017

Live Report : Concert de Timber Timbre à Nantes (Stereolux, 10/10/17)

Timber Timbre à Stereolux, Nantes, le 10/10/17

  Ça faisait un moment qu'on hésitait, et puis on a foncé. Etienne parce qu'il avait encore des souvenirs émus de Hot Dreams, moi parce que j'ai adoré le petit dernier, ce Sincerely, Future Pollution de cette année dont j'ai déjà dit le plus grand bien ici. Et nous sommes donc allés voir les canadiens Timber Timbre en concert.

  Mais nous avons d'abord eu le plaisir d'entendre en solo le britannique Chris Bundy, qui est le saxophoniste officiant pour le groupe, pour la première partie. Son set, étonnant, était très free jazz dans l'esprit. La plupart du temps seul avec son saxophone basse au son puissant et riche, il était parfois accompagné de bandes. Et on avait du mal à imaginer la tête de ses partitions tant ce qu'il jouait était complexe et davantage dans l'interprétation que dans les notes. On naviguait entre dissonances free, passages plus cool façon jazz 80's, expérimentations poussées à l’extrême et complexité mélodique issues du classique contemporain, et ouvertures vers l'art brut (son saxo sonnait parfois comme un didgeridoo, et le son de son souffle ainsi que le cliquetis de ses doigts faisaient partie intégrante de la musique, surtout pour nous, proches de la scène). Très puissant, intriguant et intéressant, et parfait pour instaurer une ambiance mystique, grave et dense avant l'arrivée de Timber Timbre. Et assez inhabituel comme ouverture pour un concert de rock indé (le côté alien étant renforcé par la dégaine de ce grand mec fin tiré à 4 épingles entre BCBG 50's et membre de Kraftwerk, accompagné de son énorme saxo), mais ça a bien plu, la salle très réceptive l'a applaudi plus que chaleureusement et l'a acclamé à chaque retour sur scène avec le groupe. Comme quoi, les gens sont loin d'être aussi limités dans leurs goûts que ce que les majors veulent bien croire.

Christopher "Chris" Bundy en solo

  Puis le groupe a débarqué, quasiment dans le noir, en jouant l'instrumental "Sincerely, Future Pollution", à la lente mise en place entre cold-wave et krautrock propulsée par la basse puissante du leader Taylor Kirk. Avant d'enchaîner sur une première partie faisant la part belle au superbe dernier album avec "Sewer Blues" puis "Velvet Gloves And Spirit" et la très nickcavienne "Moment". Toutes plus intenses et plus rock en live que sur disque. Portées par la voix toujours impeccable et profonde de Kirk, qui jure presque avec son physique de père de famille américain moyen, mais pas avec sa dégaine classic rock. C'est lui le leader du groupe en tous cas, pas de doute. Qu'il ait une basse en main ou une guitare (divin à la basse, il échangeait cependant souvent de rôle avec le guitariste selon les morceaux), son jeu musculeux, précis et implacable prenait l'ascendant sur toute la formation. On sentait un perfectionnisme dans chaque réglage sonore, aspect sur lequel il prenait bien son temps, et le résultat était là : sa basse, surtout, ne sonne comme personne. Tantôt ultra-puissante mais classique, tantôt alien, sonnant comme tout sauf une bête basse, truffées d'échos et de reverb, elle était toujours au coeur du live. Tandis que ses acolytes tricotaient des embellissement  à la guitare, bidouillaient des nappes dissonantes pour ajouter à l'ambiance psychédélique au synthé ou martelaient des rythmes simples sur lesquels se caler à la batterie.

Chris Bundy & Timber Timbre sur "Hot Dreams"

  D'autre part, le groupe devrait réellement engager Chris Bundy comme 5e membre tant ses interventions étaient un énorme apport à chaque fois qu'il se montrait sur un morceau (et heureusement ça arrivait souvent). Sur l'obligatoire final de "Hot Dreams" évidemment, satisfaisant à l'extrêmes pour nos oreilles de petits fans, mais également tout au long du concert.

  Du dernier LP, on aura notamment eu le droit à une interprétation hantée de "Western Questions", et à une version de "Grifting" encore plus Stevie Wonder en concert que sur disque. De Hot Dreams, on retiendra la psychédélique "Curtains!?". Et les premiers morceaux plus lo-fi du groupe prennent vraiment une nouvelle dimension avec la voix plus assurée et pleine de Kirk, qui vieillit magnifiquement. 

  Après deux rappels ovationnés, un public conquis et un Taylor Kirk ému jusqu'à avoir les yeux humides, le groupe nous a quittés, sans doute avec le plaisir du travail bien fait (sans jouer ma chouchoute, "Floating Cathedral", à mon grand regret, mais ce sera pour une prochaine fois). Bref, un extraordinaire concert que je suis heureux d'avoir pu partager avec mon poto Etienne.


Setlist approximative 
(ils ont joué des trucs en plus en rappel)

Alexandre

samedi 9 septembre 2017

BabX - Ascensions (2017)


  BabX, c'est l'auteur-compositeur-interprète et compositeur de génie qui m'a conquis en 2013 avec Drones Personnels, son 3e disque déjà, un album sensible, puissant et touchant, d'un raffinement inédit. Mais j'avais déjà entendu sa patte derrière certaines des meilleures chansons de Camélia Jordana ou Julien Doré. Sur l'album de 2013, on entendait beaucoup de Bashung, de Christophe, de Manset, de tout ce qui s'est fait de mieux en pop française en fait. J'étais passé complètement à côté de Cristal Automatique 1 (2015), autre bon album, beaucoup plus sombre et violent, empruntant au post-punk ou aux musiques de film, à la valse, et à la pop pré-Elvis marquée par le jazz, avec un axe rock indé lo-fi (façon Alister), aux thèmes poétiques sombres proches dans l'esprit des Fleurs du Mal, d'ailleurs les morceaux ont des titres évocateurs quant aux origines du projet, celui-ci mettant en musique leurs textes : "Arthur Rimbaud", "Charles Baudelaire", "Jean Genet"...

  Et si j'évoque ces albums, c'est que Ascensions est un mélange harmonieux des deux, de l'écriture ciselée, douce et profonde de Drones, et de la puissance sombre de Cristal. Et ce dans une optique jazz parfois préfigurée dans ces albums, notamment dans ce dernier. Le mariage entre une chanson française de haute volée et un jazz sobre et intègre fait des étincelles : les deux premières parties d'"Omaya", ode à une figure de la résistance face à l'OEI, rivalisent de beauté : poésie sèche, accords austères, liquides et froids, batterie pleine de poussière et de mémoire, avant le premier zénith poétique et musical du disque : la partie 3 d'"Omaya", à la beauté saisissante, immédiate, glaçante, paralysante et obsédante. Un sommet de chanson française. Digne du Barbara le plus hanté, le plus habité, et du Bashung bluesy, marécageux et roots des dernières années. 

  Un "Psaume" païen vocoderisé moquant le Dieu Argent plus loin, on tombe sur le deuxième paroxysme de la beauté froide du disque, "L'homme de Tripoli", où la voix irréelle de BabX évoque un mélange de Christophe, Michel Berger, François & The Atlas Mountains et Manset, issue d'un vieux vinyle qui grésille et produite par l'ingé son de Cigarettes After Sex. Et la musique, obsédante, blanche, souligne la beauté macabre, ironique, empathique avec les victimes et sans pitié avec les puissants irresponsables du texte, délivré avec une diction implacable et transcendé par un refrain aérien. Là encore, c'est indépassable.

  Le blues francophone de BabX illumine la fin de disque, avec un enchaînement plus apaisé entre "Le Déserteur" et "Alpiniste", expérimental et pop façon Petit Fantôme avec toujours ce jazz nocturne et carnassier, encore plus noir que le chef-d'oeuvre méconnu de Raphaël, Super Welter. Et le disque se clôt par deux collaborations. Tout d'abord, "Tango" avec Mujahin Hajana au chant, superbe morceau façon Trenet ou Gainsbourg période "La Javanaise", avec un jazz aussi libre que rassembleur dû au merveilleux groupe et Supersonic, qui tient quand même son nom d'un album de Sun Ra. Puis une reprise de la "Trilogie Omaya" avec rien de moins que le légendaire Archie Shepp au saxophone. 

  Bref, un chef-d'oeuvre absolu, un des meilleurs albums de l'année, voire le meilleur, sans aucune hésitation. Qui touche des sujets graves, profonds, et importants, et les traite via le prisme de l'art avec grâce et une implacable rigueur. Et que vous vous devez d'écouter, par exemple ici.

alex


mercredi 11 janvier 2017

David Bowie - No Plan EP (2017)


  Dès la mort de Bowie, on nous avait annoncé qu'une poignée de chansons issues des sessions de Blackstar étaient finies ou quasi finies. Forcément, vu la qualité de l'album et la période d'inspiration fertile que traversait Bowie, et qui fut tragiquement et brutalement interrompue, j'avais hâte d'entendre ça. Et il semblerait que ce No Plan EP soit tout à fait ce que l'on nous avait promis.

  On retrouve "Lazarus", décidemment avec le clip, la présence de cette chanson dans l'album et la comédie musicale qui porte le même nom... Outre son titre malin et évocateur, elle semblait avoir une place particulière dans l'esprit de son créateur, aussi la redondance de son inclusion est compréhensible. D'autant qu'elle est très intense, et s'intègre bien avec les trois autres chansons (seulement 3, ç'aurait été court même pour un EP...). Qui vont davantage nous intéresser, vous vous en doutez.

  On commence par "No Plan", située elle aussi au carrefour entre un rock sombre et ambiance jazzy, sur un tapis d'électronique aussi discrète que cruciale. Le chant est théâtral, et l'ensemble poignant, le morceau aurait été carrément digne de l'album qui l'a précédé, pas de doutes. 

  Ca tabasse déjà plus sur "Killing A Little Time" à la rythmique presque indus, toute de breaks vêtue, et avec une intro assez détonnante : guitare presque prog (qui a dit King Crimson ?) et basse menaçante (qui a dit Killing Joke ?). Le bordel jazz-rock s'intensifie, mais en même temps la douceur s'insinue par petites touches (de piano notamment). Et l'équilibre arrive finalement, on reste plus dans la pop-rock que dans le free jazz, malgré d'intéressantes digressions dont un break dub). Le refrain est grave et intense, le parti pris prog rythmé surprend, dans le bon sens, le morceau est là aussi très réussi.

  "When I Met You" continue sur la lancée électro-rock indus, mais avec une rythmique Velvet Underground qui finit en pop-folk déglinguée, encore une bonne chanson. Moins inventive, elle fait davantage penser à la tonalité pop-rock de The Next Day malgré un petit côté noise juste avant la conclusion. Habile respiration après la suffocation indus du précédent titre. 

  Bref, ce court EP est une réussite, trois excellentes bonus tracks qui sont tout à fait à la hauteur du chef d'oeuvre qu'est Blackstar (mon 2e album préféré de l'an passé), et qui permet de se consoler du (déjà???!!!) premier anniversaire de la mort du grand David.

Alex 


jeudi 20 octobre 2016

Danny Brown - Atrocity Exhibition (2016)


  Cet album m'a pris par surprise. Un mélange de hip-hop criard et de rock  bien sale, c'est plutôt rare. Et ça commence dès "Downward Spiral" et son titre emprunté à Nine Inch Nails, avec un Danny Brown qui couine plus qu'il ne rappe, mais avec un flow ultra intéressant qui rappelle André 3000 dans ses jours les plus énervés. Musicalement, c'est riche, entre post-punk aux guitares anguleuses et aux synthés basse inquiétants, basse et rythme free jazz en roue libre. La même recette est utilisée sur "Tell Me What I Don't Know", avec un flow rappelant davantage Notorious BIG et un refrain psyché classe que n'auraient pas renié les Black Angels ou les Doors.


  "Rolling Stone" rappelle carrément l'ambiance d'un LP de Joy Division (l'album est quand même nommé d'après une chanson du groupe, ça paraît logique), avec un superbe refrain là encore. "Really Doe" et sa dream team incroyable (Kendrick Lamar, Ab-Soul, et Earl Sweatshirt le compagnon de misanthropie et d'agoraphobie) chasse sur des terres plus hiphop avec ce beat lo-fi sorti du new-york du Wu-Tang, mais revisité façon trap avec des sons de film d'horreur et du glockenspiel flippant. Dans le même genre old school perverti, "Pneumonia" est une grande réussite.

  La suite, "Lost", est assez minimaliste, reposant sur des bases de jazz variété années 30-40, pour un résultat bon mais moins marquant, la faute à des répétitions à outrance. De même, le bon psyché "White Lines", et le plus rythmé "Dance In The Water" sont un peu courts en variations pour tenir l'auditeur tout du long. C'est d'ailleurs le seul point négatif de l'album, la voix de Brown est très nasillarde, les instrumentations ne lésinent pas sur la cacophonie et les arythmies, les sons peuvent être criards, et ça peut lasser les moins endurcis aux musiques plus exigeantes et moins immédiatement accessibles. Et ce n'est pas l'intervention très décalée avec le ton de l'album (trop doucereusement rnb ?) de Kelela sur le plus mou "From The Ground" ou la soul plate de "Get Hi" qui suffira à les faire raccrocher.


 Mais c'est dommage car "Ain't It Funny" qui combine l'approche jazz, les pouet pouet et le côté punk et coldwave est quand à elle ultra réussie, un vrai tube déviant. De même que "Golddust", ses ambiances western et son riff démentiel, et le génialissime "When It Rain". D'autres morceaux sont juste bons, comme le très André 3000 "Today", ou le final "Hell For It" et son superbe piano.

  Bref, l'album est un très solide disque, inclassable, quelque part entre rock intransigeant et hip-hop radicalement expérimental, c'est un vrai effort d'innovation réussie d'une main de maître, et à saluer. Du hip-hop East Coast, du funk-rap psychédélique façon Californie, du rock psyché voire stoner, de la coldwave bien brutale... Et tout ça maîtrisé et mélangé subtilement. Dommage, en coupant 4 ou 5 titres sur les quinze et en les groupant dans un EP accompagnant le disque, on avait un album court, cohérent et parfait, et plus facilement écoutable d'une traite sans les migraines occasionnées par le côté trop incisif du son. Mais cela n'enlève rien à la qualité visionnaire de cette oeuvre, dont je vous recommande vivement l'écoute ici.

Alors bonne écoute, et revenez nous donner vos avis !

Alex


mercredi 11 décembre 2013

Matata ( Discographie )

Voilà un continent que nous n'avons pas exploré jusqu'à présent sur ce blog : l'Afrique ! Ce sera fait avec le "Best Band in Africa", c'est en tous cas c'est le titre que leur à décerné le BBC World Service à l'époque. 



    Et ce sera plus précisément le Kenya avec le groupe de funk Matata ( signifiant "bruyant" en swahili ). Formé en 1962, au lendemain de l'indépendance de la colonie britannique, dans le "Brilliant Club" de Nairobi par le guitariste et compositeur Jeika Kalunga ( Jacques Kalunga ) et le percussionniste ( bongo en particulier ) Patrice Oluma. Ce groupe va alors émigré à Londres au début des 70's. Le groupe navigue ainsi sur la vague Funk de l’époque en provenance des Etats Unis, pour un rendu très soul-groovy, rappelant très largement James Brown pour le chant, Funkadelic pour le côté funk-psychédélique et Fela Kuti pour les influences de Jazz, et d'Afro Beat. C'est notamment dans la rythmique, grâce à la variété des percussions et dans les instruments traditionnels que l'on ressent leurs larges influences africaines, qui les différencie ainsi du funk américain. La nostalgie de leur pays d'origine les mènera d'ailleurs à la fin du groupe et de l'aventure britannique.


Air Fiesta ( 1972 )





    Ils vont enregistrer leur premier album Air Fiesta en 1972, sous le label President Records. Celui-ci, fondé en 1955, est l'un des plus vieux label indépendant du royaume et a notamment signé Barry White ou The Equals. 
    L'album est très enraciné dans la culture Kényane, de part les chantes mélangeant différents dialectes ainsi que l'anglais, mais aussi de part la grande diversité instrumentale dans celui-ci ( autant dans les percutions que dans les instruments à vent, là cordes ou les cuivres utilisées ). Des airs de Reggae se font même ressentir, dans Picha Yako notamment. 
    C'est donc un album que l'on pourrait largement classer Afro-Beat, jouant dans le même terrain que Fela Kuti ou Manu Dibango. L'album est cependant beaucoup plus posé vis à vis du second, beaucoup plus exotique, mais aussi plus psychédélique. 


  • Arranged By, Producer – Mogotsi, Holder
  • Bass – Sammy Kagenda
  • Bongos, Vocals [African Languages] – Patrice Oluma
  • Bongos, Vocals [English / Swahili] – Steeleson Beauttah
  • Design [Design Concept] – Joe Mogotsi, Karen Luarenti, Maurice Rowswell
  • Drums – Gabby Wamala
  • Drums, Congas, Vocals [African Languages] – Jacques Kalunga
  • Lead Guitar – Tobby Kombo
  • Organ, Vocals [English / Swahili] – Anwar Richard
  • Photography By [Cover Photograph] – Keith Holley
  • Photography By [Group Photographs] – Jim Toogood
  • Rhythm Guitar – John Otieno
  • Tenor Saxophone – Nashon Gandani









Ecoute d'Air Fiesta en entier : 














Independence ( 1974 )



    En 1974, deux ans après le premier album, toujours sur President Records, ils sortent leur deuxième et dernier album Independence, réputé pour être leur meilleur. On note sur cet album des grands noms de la Black Music : le célèbre saxophoniste alto Sud Africain Dudu Pukwana, le trompettiste guinéen des 60's Sammy Obot, le saxophoniste ténor Colin Dyall.      On remarque l'absence de Jeika Kalunga dans les crédits ( on peut penser qu'il a quitté le groupe entre temps ), qui semble avoir fait place à Anward Richard, déjà présent sur le premier album,  pour la majorité des compositions, pouvant ainsi justifier ce changement musical.
     L'album est donc cette fois ci beaucoup plus funk, beaucoup plus influencé par la musique américaine, mais aussi inspiré par le free-jazz, du fait de ces collaborations.  Certaines rythmiques et la prédominance des cuivres donnent là aussi des airs de reggae sur certains morceaux, notamment I Believe Here.Tandis que sur I Want You, on ne peut s’empêcher d'entendre la voix de James Brown. C'est finalement le premier et le dernier titre de cet album, respectivement I Want You et Talkin' Talkin', qui se détachent des 12 titres.

I Want You - Matata - Independence ( 1974 )

Talkin' Talkin' - Independence ( 1974 )

Anwar Richards - Organ, Vocals
Sammy Kagenda - Bassist
Eddie Tagoe - Congas, Shaker, Bongos
Patrice Oluma - Bongos
Dudu Pukwana - Alto Saxophone
Mongezi Fega - Trumpet
Sammy Obot - Trumpet
Tobby Kombo - Guitar
John Otieno - Guitar
Andrew Yonah - Lead Guitar
Isaac Kisembe - Lead Guitar
Colin Dyall -Tenor Saxophone
The Sunbeams - Backing Vocals
Ecoute Independence en entier :  http://grooveshark.com/#!/album/Independance/5407099




Etienne