Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes

samedi 16 juillet 2016

Metronomy - Summer '08 (2016)





La chronique d'Alexandre :

  Le dernier Metronomy est enfin sorti, et dès le titre la couleur est annoncée, Summer '08 sera nostalgique de cette période qui a vu le groupe s'envoler vers les sommets avec le désormais classique Nights Out. Et ça se ressent dès le premier morceau, « Back Together », qui introduit l’album par un synthé très vintage, avant de virer totalement électro-rock façon 2008 justement, entre The Rapture et Franz Ferdinand, mais avec l’identité Metronomy. Ce morceau résume bien l’album, car il sonne comme ce que Mount faisait entre son 1er album sous le nom de Metronomy et le chef-d’œuvre Nights Out, ce qui est à la fois plaisant car c’est bien fait et confortable et frustrant car on l’a déjà entendu et en mieux. 

  Cependant, la deuxième moitié du morceau est sublimée par un lumineux disco hédoniste, avec un petit clin d’œil à un autre hit électropop de 2008, « Divine » de Sébastien Tellier. Tout l’album sera de cet acabit, un mélange à la fois plaisant et frustrant de morceaux qui auraient pu sortir il y a 8 ans, mais magnifiés par quelques éclats de génie.



  La suivante, « Miami Logic », semble un mélange entre les sons du morceau « Nights Out », de la rythmique de « Heartbreaker », et des excentricités vocales de « Holiday » en plus soft, pour un résultat là encore très plaisant mais un peu décevant si on n’arrive pas à oublier les morceaux précédents. « Old Skool » est un peu différente, sa disco rythmée par les cowbells et une basse encore une fois mémorable, et son pont en scratch, semble déjà plus inédite chez Metronomy.

  C’est encore un beat très disco qui ouvre « 16 Beat », qui va pourtant très vite virer plus new wave et sombre, pour un résultat réussi. De même que « Hang Me Out To Dry », très électro-pop, une bonne pop song en duo avec Robyn, évoque le français Breakbot (surtout son excellent dernier album sorti cette année). « Mick Slow » rappelle quant à elle encore pas mal de morceaux de Nights Out mais son ambiance solitaire et mélancolique transcende les comparaisons. « My House » avec son orgue poursuit cette ambiance nocturne en rappelant davantage Love Letters par son orchestration plus pop, et introduit pour la nouveauté un petit grattement de guiro.



  Love Letters et The English Riviera sont encore conviés sur la suivante, « Night Owl », sans doute ma favorite de l’album, un genre de soft rock dépressif, solitaire et noctambule qui poursuit vraiment l’ambiance installée par les derniers titres et révèle tout l’intérêt de cet album conçu seul par Mount. « Love’s Not An Obstacle » et « Summer Jam » (qui rappelle Tellier aussi) cloturent l’album sur la même touche, avec cependant moins de panache.

  Bref, ce disque se savoure comme un plaisir simple, solitaire, et de nuit de préférence. Il vaut aussi mieux oublier les grandeurs passées du groupe pour pouvoir pleinement l’apprécier. Mais une fois cette barrière mentale passée, reste un bon album qui s’apprécie en tant que tel. Ce qui pose l'intéressante question de la façon dont nous abordons une oeuvre, musicale ou non. 
  Tenons nous compte de nos pré-requis culturels en général et sur l'oeuvre de l'artiste en particulier ? Intellectualisons nous tout et comparons nous tout ou laissons nous une place à l'appréciation pure et simple, "sensuelle" ou "sensorielle" de l'oeuvre, sans penser plus loin. Est on dans le désir et l'attente de quelque chose de grand, de bouleversant artistiquement et peut-être d'inaccessible ou alors dans la simple jouissance épicurienne d'une oeuvre qui a de quoi procurer un certain plaisir brut ? Vous répondrez (ou pas) à tout ça en écoutant cet album.

Alexandre




La chronique d'Etienne :

Nouvel et cinquième opus du groupe anglais originaire de Totnes, Summer 08 est... MERDE, F*** les articles objectifs : Metronomy for ever ! Mon groupe fétiche par dessus tous !


  Voilà un album qui me serait certainement passé inaperçu, si il n'avait pas la signature "Metronomy", au vu de ses compositions mélodiques simplistes, ses ambiances sans grande originalité et d'une production manquant d'ambition, laissant ce goût d'inachevé dans l'oreille. Rien de brillant. Pas de hits. Un album que l'on pourrait qualifier de nietzchéen.

  Un album nietzchéen, non dans le sens tragique du terme comme le serait le mythe de Sisyphe, mais plutôt comme une représentation de l'Eternel retour du même, cher à Nietzsche, dans le mesure où il marquerait la fin d'un cycle qui reviendrait à son origine, celui de l'album qui l'a vu naître aux yeux de tous, Nights Out, auquel le titre Summer 08 fait référence à l'été suivant la sortie de cet album, en 2008. C'est le retour à une composition plus spontanée, moins stéréotypée, moins parfaite, plus simple. Tant dans les paroles beaucoup plus naïves et détachées, que par la production plus électronique, répétitive, aux airs de "dance music" dans les rythmes et la construction des morceaux. 

  Il y rejoint Nights Out à bien des égards, à ceci près que Joseph Mount y est ici omniprésent et que la folie douce a été remplacée par la mélancolie d'un album beaucoup plus intimiste, personnel et poignant. Un album solo quasiment, teinté d'un nostalgie portée par des influences très 80's, dont le titre fait là aussi certainement référence et notamment visibles sur "16 Beat"


« Que dirais-tu si un jour, si une nuit , un démon se glissait jusque dans ta solitude la plus reculée et te dise : « Cette vie telle que tu l’as vécue, tu devras la vivre encore une fois et d’innombrables fois ; et il n’y aura rien de nouveau en elle, si ce n’est que chaque douleur et chaque plaisir, chaque pensée et chaque gémissement et tout ce qu’il y a d’indiciblement petit et grand dans ta vie devront revenir pour toi, et le tout dans le même ordre et la même succession […]. L’éternel sablier de l’existence ne cesse d’être renversé à nouveau – et toi avec lui, ô grain de poussière de la poussière ! » 
-Nietzsche - 
Le Gai Savoir




  Et par ce même processus, cet album se réécoute en boucle, se laissant aimer à l'infini. On y découvre des titres fabuleux tel "Mick Slow", des synthés magiques, comme sur "Night Owl", qui à l'instar de son titre évoque leur album Nights Out et les "pouet-pouet" de "Radio Ladio". On y découvre aussi des références, notamment à Sexuality, de Sébastien Tellier, avec "Summer Jam", ou "Back Together" évoquant "Divine", mais aussi à Prince  sur "Miami Logic"

  Un album qui ne relève pas du génie mais d'un artiste hors-pair qui trace son chemin, aimant à revivre sa discographie à l'image de l'Eternel retour.


Etienne



lundi 11 juillet 2016

Otis Spann with Fleetwood Mac - The Biggest Thing Since Colossus ( 1969 )

Attention album d'anthologie ! Probablement mon album de blues préféré par dessus tous si il en fallait un. 




     Cet album enregistré en 1969, s'inscrit dans une très emblématique page de l'histoire musicale du Royaume-Uni faisant pont avec les USA, à savoir le British Blues Boom. Une nouvelle génération d'anglais des 50's-60's redécouvre alors le blues et n'hésite pas, à court de nouvelles galettes disponibles à l'importation, pour partir aux USA dénicher ces bluesmen oubliés, les faisant entrer dans la légende, là où la ségrégation faisait encore des ravages. Ces anglais passionnés de blues découvrent alors dans le sud des Etats-Unis leurs idoles dans un anonymat complet. La première génération de bluesmen a ainsi souvent disparu de la scène et vit de travaux agricoles. Cette recherche d'authenticité alla parfois jusqu'à une surenchère folklorique, où on a pu voir certains d'entre eux devoir feindre l’illettrisme pour se confondre avec les attentes d'un public avide de clichés. 

     Mais Otis Spann n'est pas de ces premiers pas de l'histoire du blues, puisque né à Jackson dans le Mississipi en 1930 dans une famille de musiciens et initié très vite au piano blues, il fait partie de la deuxième génération. Il débute probablement sa carrière à la fin des années 40 à Chicago où il travaillera notamment comme musicien studio pour le célèbre label Chess Records, à qui les Rolling Stones rendront hommage avec leur génial titre 2120 South Michiguan Avenue, faisant référence à l'adresse historique du label. Il y enregistrera avec des pointures tels B.B. King, Little Walter et c'est par ce biais qu'il rencontre Muddy Waters qui l'engage comme pianiste et avec qui il  enregistrera et tournera jusqu'en 1960. Date à partir de laquelle il commencera une carrière solo avec un album très "modestement" nommé Otis Spann Is The Blues. Il y joue du blues aux influences rock, jouant du piano et chantant. A cette sauce il sortira des albums pendant toute la durée des 60's sur de nombreux labels et fera de nombreuses collaborations, avec des artistes tel Buddy Guy. Mais il travaillera aussi avec ces anglais du British Blues Boom tel Eric Clapton et Peter Green.



Fleetwood Mac avec Peter Green à la fin des 60's

     C'est de ces liens avec le British Blues Boom qu'est né The Biggest Thing Since Colossus. En effet, Fleetwood Mac, alors jeune groupe de Blues Rock faisant partie de ce mouvement musical, avait à l'époque comme leader le guitariste et chanteur Peter Green. Celui-ci ayant déjà collaboré par le passé avec Otis Spann, il leur permis, alors qu'ils tournaient aux USA, de participer à un ensemble de jams avec le contrebassiste Willie Dixon, le batteur S.P. Leary et le guitariste Honeyboy Edwards dans les studios du label Chess Records à Chicago. Conquis par la formation anglaise et le rendu de leur collaboration, le pianiste décida dans al foulée d'enregistrer avec le groupe ( Mick Fleetwood cédant sa place au batteur et ami d'Otis S.P. Leary) une série de morceaux. 




     En ressort 8 titres originaux et 2 reprises : No More Doggin' de Rosco Gordon et le classique Ain't Nobody's Buisness de Porter Gringer et Everett Robin, formant un très homogène album d'une trentaine de minutes, où le le chant brut d'Otis Spann se mêle à son jeu de clavier prolifique et à la guitare musclée de Peter Green, pour un blues rock des plus jouissifs. La dynamique au sein de cette formation éphémère semble alors comme naturelle et spontanée, accordée par un même langage universel, celui du blues. En témoigne le génial My Love depends on you, ouvrant l'album ou le très bon She Needs some love, reflétant bien l'émulsion qui a pu se produire lors de ces sessions. Le tout sortira en janvier 1969 sur label londonien Blue Horizon du producteur et manager de Fleetwood Mac, Mark Vernon.

     Il s'y cristallise ainsi cette fusion du blues américain avec le British Blues. Mais aussi l’apogée de la période blues-rock de Fleetwood Mac qui se métamorphosera alors en le groupe pop-rock que l'on connait, suite au départ malheureux en 1970 de leur leader Peter Green, pour causes psychiatriques ; tout comme celui d'Otis Spann pour qui l'album sera son dernier avant son décès prématuré d'un cancer hépatique cette même année 1970. C'est aussi symboliquement la fin du British Blues Boom dans sa vision authentique du blues et qui à l'aube des 70's donnera naissance au hard-rock grâce à des groupes comme Led-Zepplin



Un album à écouter absolument !


Otis Spann with Fleetwood Mac - The Biggest Thing Since Colossus ( Youtube )
Otis Spann with Fleetwood Mac - The Biggest Thing Since Colossus ( Deezer )
Otis Spann with Fleetwood Mac - The Biggest Thing Since Colossus ( Spotify )


ETIENNE

mardi 5 juillet 2016

X - Los Angeles (1980)




  Et bim ! C'est comme un uppercut que le groupe commence cet album et confirme d'entrée de jeu la place cruciale de la Californie sur la carte du monde du punk. Le riff de "Your Phone's Off The Hook (But You're Not)" est d'obédiance rock fifties, mais version punk (à la Johnny Thunders). Et le chant masculin/féminin fait la différence : ce groupe a un truc, un vrai. Ces petites intonations psyché qu'on retrouve dans les voix et venant directement des voisins (et ancêtres) de Jefferson Airplane et Doors (mais ne le dites pas trop fort, les hippies sont pas très bien vus chez les punks). C'est confirmé sur "Johnny Hit & Run Paulene", où on croirait entendre un duo entre Jim Morrison (ou Jeffrey Lee Pierce selon les moments) et Grace Slick. Et puis cette basse caverneuse, ce solo rockabilly... Magnifique. Ah oui et la production est vraiment bonne, sale comme il faut, mais écoutable (à noter pour du punk, surtout du punk eighties).




  Ils tentent ensuite le mur du son et le chant déglingué à la Sex Pistols (plus un refrain assez pop) sur "Soul Kitchen", avec réussite, et font presque du post-punk avec le riff nihiliste et irrésistible de "Nausea", son orgue doorsien, son beat pied sur la grosse caisse et son refrain accrocheur. Ou comment être intègre, sans concessions et accessible en une leçon. Oh et la chanteuse est (comme sur tout le disque) une merveille de talent à l'état brut.

  Retour du rockabilly caverneux sur "Sugarlight", mais revu et corrigé par le punk, et toujours cette voix masculine légèrement éraillée (par la nicotine ?) qui va bien. Le morceau titre, "Los Angeles", tout en breaks et presque hard-blues repose encore sur des questions-réponses masculin-féminin du plus bel effet.




  "Sex And Dying In High Society" fonce à toute vitesse et défonce tout sur son passage en suivant la même formule, agrémentée de nappes de synthé étonnantes. "The Unheard" est plus haché, plus bluesy à nouveau, la batterie martèle sans répit et les chanteurs chantent en choeur des trucs à propos de "milliers d'enfants qui enterrent leurs parents". Encore un grand moment. Et cet album aussi excellentissime que concis se termine en beauté par "The World's A Mess; It's In My Kiss", superbe là encore, avec orgue, chant quasi pop, rythme effréné et guitares tranchantes.




  Une leçon de punk, et un classique indispensable à connaître absolument. Pour le (ré)écouter c'est par là. N'hésitez pas à donner votre avis sur ce classique du punk qui dépasse les limites souvent trop réductrices qu'on accole au genre tout en respectant l'esprit de cette musique par leur passion, leur talent et leur intégrité sans limites. 

Bonne écoute, et merci pour votre lecture et vos commentaires ! 




Alex

dimanche 3 juillet 2016

Scotty Moore (1931-2016)

  


  Un décès majeur parmi les musiciens est passé plutôt inaperçu et a causé peu d'hommages (même s'il y en a eu et de beaux), et c'est celui de Scotty Moore, un des plus grands guitaristes de rock de tous les temps, et possiblement un des plus influents (Keith Richards ne dira pas le contraire), puisqu'il a joué sur les séminaux premiers enregistrements du King Elvis Presley.

  Il a en effet gratté le manche sur de nombreux morceaux emblématiques d'Elvis, tels That’s All Right (Mama)HeartbreakHotel, Mystery Train, Blue Suede Shoes, Hound Dog, Hard Headed Woman, Jailhouse Rock et (You're the) Devil in Disguise. Son jeu sec, précis et nerveux fit des merveilles et des étincelles qui en inspirèrent bien d'autres.
  Ca n'a pas empêché qu'il soit viré de la maison mère Sun en 1964 par Sam Phillips après avoir enregistré un album solo. Presley, qui savait qu'il lui devait beaucoup, le rappellera par la suite notamment pour son '68 Comeback Special.



  Il a magnifié les guitares, d'abord sa Gibson ES-295 qui avait pour surnom "The Guitar that Changed the World", rien que ça, puis les modèles Gibson L5 et Gibson Super 400, mais aussi les amplis comme le Ray Butts EchoSonic qui lui donnait cet écho si particulier.


  Il aura aussi joué avec Ringo Starr, Carl Perkins, Jeff Beck, Levon Helm (de The Band), Ronnie Wood et de nombreux autres grands. Et eut l'honneur d'être introduit au Rock'n'Roll Hall Of Fame, qui pour une fois aura été plutôt inspiré de récompenser les musiciens de studio ayant eu un rôle crucial comme le sien. 

  Pour tout ça : Merci Scotty. Oh, et te fais pas trop de bile pour ta légende, elle est déjà écrite.



Alex



mardi 28 juin 2016

The United States Of America - The United States Of America (1968)



  Mesdames et messieurs, le seul et unique album du groupe The United States Of America ! Sorti en 1968, ce disque séminal a eu une influence énorme. En effet, sans lui, possiblement point de collages électro/psyché/pop chez Of Montreal, Animal Collective, Portishead, Broadcast, Super Furry Animals, Flaming Lips... 

  Ce disque est en effet à ranger à côté des premiers Pink Floyd, Velvet Underground, Silver Apples et Hendrix, pour sa qualité et son génie créatif. Et sonne comme un disque des Beach Boys s'essayant à la musique concrète, en bons héritiers de Stockhausen et Subotnick. Et pourtant, malgré cette influence souterraine, ces mérites artistiques et une reconnaissance critique aussi précoce qu'inébranlable au fil du temps, ce disque ne rencontra qu'un très faible succès à l'époque. Et, l'histoire est classique, suite à des désaccords entre le leader Joseph Byrd qui voulait faire toujours plus radical et certains membres du groupe (Gordon Marron...) qui poussaient à faire plus pop (plus McCartney même), l'équilibre fragile s'est rompu et le groupe a splitté. Les musiciens étant par la suite partis sur d'autres projets, chacun de leur côté, mais j'y reviendrai un autre jour (ceci est une autre histoire).



  Le groupe était donc composé d'un noyau dur autour de Joseph Byrd, principal compositeur, et de sa compagne Dorothy Moskowitz. Byrd est issu du même mouvement avant-gardiste de la musique contemporaine que John Cage, mais ses intérêts pour le jazz, la musique électronique, les musiques américaines pré-1950's et les musiques du monde (notamment africaines et indiennes), et le rock acide de l'époque, donnent à cet homme pourtant radical dans sa musique et ses idées (à gauche toute !) une accessibilité pour le public non-initié que très peu d'autres compositeurs de la même trempe n'a eue (qui à part John Cale ?). Moskowitz est quand à elle une excellente chanteuse et musicienne, experte dans la manipulation de bandes et autres prouesses électroniques.

  Et tout ça additionné de musiciens surdoués donne un sacré bordel, audible dès l'intro et "hymne" du groupe, "The American Metaphysical Circus", qui commence avec des flûtiaux, vire fanfare avant de se transformer en cacophonie d'où sort un beat souple, un son strident en boucle et la voix filtrée et acide de Moskowitz. Pour un effet inoubliable, ce morceau est une bombe. Porté par ce rythme et ce chant aussi sensuels que froids et cérébraux, aussi soul que kraut (avant l'heure), ce mélange des contraires (assaisonné de blips électroniques) aboutit à un sommet de pop aussi exigeante qu'accessible. 





  "Hard Coming Love" cogne ensuite fort (la batterie), mais avec groove (la basse) et toujours cette touche acide (la guitare free, les claviers en roue débridés). Mais se calme sur les couplets pour laisser la voix de Moskowitz faire sa Debbie Harry (Blondie) avant l'heure, entre rage et séduction. Tout, du chant à la section rythmique, à l'orgue, aux arrangements électroniques et à la composition même du morceau, est mémorable. "Cloud Song", qui suit, est plus planante et rappelle les influences indiennes du groupe, un beau moment d'apesanteur.

  On retourne ensuite en territoire plus acide avec "The Garden Of Earthly Delights", qui est un sommet de pop psychédélique très soul et groovy, un tube immédiat en même temps qu'une pièce de choix. Un des sommets de cet album. Suivi par un "I Wont' Leave My Wooden Wife For You, Sugar" qui montre quand à lui à la fois l'amour du folklore américain de Byrd ainsi que son côté dadaïste à la Zappa (faire passer des messages par l'humour et l'absurde, c'est toujours mieux).




  Les choeurs et l'ambiance lourde de "Where Is Yesterday" redonnent un ton plus grave à l'album. On est à la fois bluffés par l'intensité inquiétante du morceau et la qualité immaculée des choeurs à la Beach Boys du groupe. Whoah, quelle chanson ! Après avoir été soufflés, la plus rythmée et pop "Coming Down" nous remet les idées en place, avec son côté Jefferson Airplane, sa guitare bien fuzzy et son violon strident. "Love Song For The Dead Che" est entre berceuse psyché, chant à la Nico, et love song déchirante, qui me rappelle les ballades étranges et émouvantes des premiers King Crimson. De toute beauté. Et "Stranded In Time", petit précis de poche d'écriture à la Beatles, version minimaliste, est une superbe composition, et fait partie de ces morceaux dont chaque seconde compte. 

  Enfin, la conclusion "The American Way Of Life", en trois partie, récapitule en 6 minutes tout ce qui a fait l'intérêt de l'album : le son acide, les collages psyché, le côté free, la pop de qualité.... 



  De nombreux bonus tout aussi indispensables sont présents sur les éditions plus récentes : le flippant mais magnifique "Osamu's Birthday". Les merveilles pleuvent, entre pop bubblegum et psyché groovy, comme "No Love To Give", "You Can Never Come Down", "Perry Pier", "Tailor Man", et "Do You Follow Me" . Et les versions alternatives de "I Won't Leave My Wooden Wife For You, Sugar", "The Garden Of Earthly Delights" (re-nommée "Mouse"), "Coming Down" (re-nommée "Heresy") et "The American Metaphysical Circus", valent le détour.

  Bref, un classique à ne pas manquer pour ne pas reproduire l'erreur du grand public de cette fin de sixties. Vous pouvez l'écouter ici, et je vous promets que vous ne regretterez pas, c'est vraiment un des meilleurs disques non seulement des sixties mais un des meilleurs tout court ! Un de ceux que les connaisseurs vénèrent à juste titre, et chez qui la seule vision de la pochette provoque un shoot de dopamine instantané. Alors foncez et revenez nous dire ce que vous en avez pensé. Et pour ceux qui le connaissent déjà, n'hésitez pas non plus à donner votre avis en commentaire.

Bonne écoute !
Merci pour votre lecture et vos commentaires, et à bientôt !

Alexandre


dimanche 26 juin 2016

Moon Bounce - Dress Rehearsal (2014)

Je me permets de poster ici une chronique de 2014 oubliée dans les méandres des brouillons de ce blog. Enjoy !




     Moon Bounce, de son nom Corey Regensburg, vient de Philadelphie pour nous proposer son superbe petit EP hip hop funky chillesque Dress Rehearsal sorti le 25 février dernier sur le label Chill Mega Chill. Et ce après un très bon ( meilleur ? ) premier album en 2013, nommé WheelhouseSa "Mutant Pop", comme il la définit, mélange guimauve et sucreries acidulés pour un assortiment de bonbons très alléchant, faisant penser à du Cherokee dans une version plus R&B ou au très estival Moon Boots. Je vous conseils plus particulièrement le merveilleusement funky Ouroboros, ou le très bon Shake et son surprenant clip peut être drôle, peut être tragique, je n'arrive pas à me décider. Ainsi ce clip à l'image de l'artiste, mélange un univers enfantin qu'il étoffe d'une manière bien personnelle. L'album se finit en beauté sur Chil et ses airs de Metronomy, virant très rapidement à la sauce chill. On regretta cependant le peut être plus faible Whore, qui fait tâche, d'autant qu'il constitue 1/4 des morceau ... le format EP ne pardonne pas !




Pour écouter l'EP 



jeudi 23 juin 2016

La Playlist #8 - Dans les Oreilles d'Alexandre n°3



  C'est reparti pour un tour ! Revoilà une petite sélection de morceaux incontournables qui tournent en boucle dans mes écouteurs et sur mes enceintes en ce moment, en espérant vous faire découvrir de jolies choses. Les liens sont dans les titres des chansons si une petite écoute youtube vous tente.



  Ma chanson de Brel préférée, une des plus intenses (chez Brel ça veut dire quelque chose !), et un sacré monument de la chanson. Il y a tout : amour, émotions, poésie, humour noir, colère et critique de la bassesse humaine avec une plume acérée. 





  On reste dans les monuments de la chanson française, mais avec une ambiance plus légère. En effet, le Gainsbourg de 69 était funky et d'humeur estivale, et ce tube avec "Sous le soleil exactement" et "69 année érotique" invente une pop française gorgée de claviers soul, dopée à la basse, avec ce groove tranquille évoquant les aprèms à dorer au bord d'une piscine sur la French Riviera. D'ailleurs, de Phoenix à Arnaud Fleurent-Didier, les frenchies (mais aussi les anglo-saxons de Metronomy et ce cher Baxter Dury) sauront s'en souvenir quelques décennies plus tard. 



  On reste dans un esprit très estival mais avec un texte au fond plus sombre, parlant avec justesse des injustices quotidiennes subies par les femmes via un texte acide et des détournements de clichés bien sentis (cf le clip et l'image ci-dessus, pas représentatifs car à prendre au 3e degré jutement). Des claviers subtils comme chez James Blake, un chant clair entre pop à la Lorde (version mature) et acrobaties vocales presque jazzy, des ruptures, une gestion des silences et des breaks magistrale, de l'humour utilisé pour une juste cause et un talent de composition inné, que demander de plus ?



  Toujours dans l'été, le groove tranquille et les claviers cool, ce morceau avait tout pour finir comme un mauvais pastiche 80's (ces sons de synthé !), et pourtant arrive avec maestria a s'imposer comme une parfaite pop song. Et toujours ce chant légèrement écorché absolument irrésistible...



  Avec toujours ces claviers estivaux et cette ambiance languide de canicule, mais un rendu plus indie pop encore, les Still Parade arrivent à pondre un cousin à un de mes tubes de l'été personnels : "Aller Vers Le Soleil" de Sébastien Tellier. Ce synthé à la fois hédoniste, mélodique et mélancolique qui assène des accords consonants et ce chant affecté mais humble me bouleversent.




  Avec un traitement de la voix assez proche mais un background musical plus folk, voire country, les Whitney puisent dans cet héritage de la musique américaine, tels des The Band du 21e siècle, pour régénérer leur indie pop, et ça fonctionne à merveille. Si vous aimez, foncez sur le Woods de cette année, dans le même genre.




  Une des chansons les plus immédiates et ensoleillées de son dernier album, et pourtant ce n'est pas celle que j'ai retenue tout de suite, lui préférant la plus sombre "Not Enough Violence" aux relents house / électropop à la New Order. Pourtant ce refrain inoubliable qui ne me quitte désormais plus est un bijou, aussi kitsch que magnifique, et illustre bien ce que je disais pour Still Parade : ce qui me touche le plus en musique c'est bien ce mélange joie béate / mélancolie désespérée si bien exprimée par la pop de qualité.



  L'été, c'est la saison des synthés, mais aussi des duos mixtes. Et ça tombe bien, là on a les deux. Comme si Hazlewood et Nancy avaient enregistré au bord de la piscine. Irrésistible !



  On va finir avec du rock, parce que le concert de Ty Segall du 13 juin est le truc le plus génialement rock que j'aie jamais vu, et que son dernier album est une bombe. Après l'exercice de style vintage glam seventies de Manipulator, réalisé d'une main de maître et prouvant toute l'envergure que Segall pouvait prendre, cet Emotionnal Mugger prouve qu'il peut aussi innover et ouvrir de nouvelles portes au rock avec ce post-punk / garage mutant qui doit autant aux rythmes raides de Wire qu'à la démarche radicale et fun des Residents, qu'aux sons des scènes indus et noise, et au sexy inquiétant du glam. Et tout ça avec un line-up de tueurs. Bref, sur scène comme sur disque, Ty Segall est pour moi le patron incontesté du rock au sens sauvage du terme cette année.

Bonne écoute !

N'hésitez pas à donner vos avis sur ces morceaux en commentaire, voire à proposer une petite sélection de vos obsessions musicales du moment. 

Merci pour votre lecture et vos commentaire, et à bientôt ! 

Alex