Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes
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samedi 23 mai 2020

ARTHUR - Hair of the Dog (2020)


  ARTHUR, que vous avez peut-être déjà croisé ici (mon album de l'année 2018, et quelques uns de mes EPs préférés de ces dernières années, c'était déjà lui), propose aujourd'hui un nouvel album, Hair Of The Dog, dont je vais vous parler avec plaisir aujourd'hui. Au-délà du titre, c'est également une suite musicale directe à Woof Woof (2018), avec un côté encore plus concis, direct, pop et maîtrisé tout en allant plus loin sur certains aspects expérimentaux de production. 

  Très bon exemple de cette démarche, le single "Feel Good" commence avec une intro percussive qui pose l'ambiance avec un sound design particulièrement intéressant avant d'apporter une mélodie pop immédiate comme du Beach Boys, mais traités comme chez Animal Collective période Centipede Hz ou Painting With. On a tout : la mélodie immédiate, les gimmicks accrocheurs des arrangements, le rythme entraînant, mais tout celà est agrémenté d'éléments dissonants, de sons et d'effets de production très travaillés et extraterrestres, mais sans trop en faire et en préservant le côté pop du morceau de base. C'est un peu la suite logique de la lignée qui part de glorieux aînés 60's (Beatles psyché, United States of America, Fifty Foot Hose, Silver Apples, Residents...) en passant par les Flaming Lips (avec Dave Fridman et Mercury Rev) puis MGMT, pour aller jusqu'à Connan Mockasin.

ARTHUR - Feel Good (2020)

  Beaucoup de ces morceaux sont assez courts et se fondent les uns dans les autres, formant une suite, une sorte de mini symphonie électro-pop psyché, comme si Brian Wilson était un enfant des 90's biberonné à Kid A et MGMT ("Fatalist"/"I Don"t Want To Talk To You"/"Epic"). Et dans l'ensemble, on a malgré tous les effets psyché et électroniques une certaine retenue dans la production qui rend les morceaux plus lisibles, pop et accessibles ("William Penn", "You Are Mine").

  D'ailleurs, une certaine idée du songwriting pop-rock indé 90's, de Elliott Smith à Daniel Johnston, est également présent en creux, comme sur "I Don't Want To Talk To You" ou  la très Lips (au sens large, avec des influences des Lips des débuts 80's plus rock indé jusqu'à la période électropop) "Fix", et ça n'est pas si étonnant lorsqu'on repense à l'influence de Pavement sur Animal Collective (et sur "Simple Song" ici). Pour la période, les influences cartoon post-Residents rappellera aussi aux 20-30 ans la période des cartoons délirants des Nickelodeon et Cie des années 90-2000.

ARTHUR - Fix (2020)

  Quelques éléments nouveaux viennent nourrir la musique d'ARTHUR, et des éléments nu-disco/chillwave à la Neon Indian ou Saint Pepsi, mais aussi jazz-funk, viennent ponctuer la très bonne et assez pop "No Tengo". On a même un couplet rap très cool de Caleb Giles sur la belle "Something Sweet". Les sonorités sont donc variées, mais les ambiances également, puisqu'elles sont tour à tour surréalistes, joyeuses, joueuses, ironiques, mélancoliques, souvent un peu tout en même temps ("Biz").

  Je l'ai évoqué, ARTHUR sait prendre le temps d'instaurer une ambiance malgré une prime à la concision. Par exemple, la géniale "8 Melodies", qui ouvre le disque, prend vraiment le temps de la mise en place en ajoutant des couches d'arrangements pop délicieux avant d'introduire le chant en fin de morceau pour une conclusion d'autant plus savoureuse. Et comme je l'ai également suggéré, l'album est extrêmement bien construit et fluide, avec des morceaux qui partent du précédent et amènent au suivant, l'album prenant en ampleur à chaque transition ("Man Has Made Himself" qui ouvre sur "Fix", etc...).

ARTHUR - 8 Melodies (2020)

  En fin de compte, même si Hair Of The Dog n'a pas pour lui l'effet de surprise à couper le souffle qui accompagnait les premières sorties d'ARTHUR, et qu'on est désormais en terrain connu, il continue à émerveiller tout autant avec ce deuxième long format hyper maîtrisé et totalement dingue à la fois, aussi profond que fun, aussi pop qu'expérimental, et c'est une vraie prouesse artistique.

Mes morceaux préférés : 8 Melodies, Feel Good, I Don't Want To Talk To You, Fix, William Penn



Alex


lundi 6 février 2017

2017 : The Proper Ornaments & Ty Segall


The Proper Ornaments - Foxhole (2017)

  On en a déjà parlé ici, c'est parfois difficile de juger des groupes ultra vintage. Mais au final, le principal, c'est pas tant l'emballage sonore rétro que les chansons qui se cachent derrière. Et sur ce point, The Proper Ornaments a tout pour plaire. 

  On pourra évoquer les Byrds pour le folk-rock "Back Pages" (et pas que pour le titre), mais il est encore plus intéressant de souligner que c'est une putain de bonne chanson. D'ailleurs, le début d'album est immaculé, car les harmonies aériennes et psychédéliques de "Cremated (Blown Away)" valent carrément le détour, et puis surtout parce qu'il y a "Memories"
  "Memories", c'est ce genre de chansons pop qui sonnent intemporelles, comme des classiques qui ont toujours existé. Le rythme quasi slow, le côté Lennon, ça aide en effet. Mais surtout, c'est le talent de compositeurs et d'interprètes des mecs qui fait de ce titre une pure merveille, du genre de celles qui arrivent à suspendre le temps par leur simple beauté. 

  L'album dans son ensemble est très réussi, je retiendrais notamment "1969" et "The Devils", mais honnêtement il n'y a aucun faux pas, toutes les chansons sont superbes dans leur genre. Et c'est peut-être le seul défaut du disque. A ne prendre aucun risque et à utiliser les mêmes sons et tempos vintage qu'on a déjà entendus mille fois sur toute la longueur du LP, le seul risque est de lasser l'auditeur aguerri sur la durée. Mais finalement, c'est davantage la faute de notre gloutonnerie musicale que la leur. Les pauvres pondent une petite merveille de disque pop, la musique qu'ils aiment et dont ils rêvent, plutôt que de foutre du synthé et de l'autotune partout et saloper le truc, et nos oreilles obèses et repues sont incapables d'en percevoir toutes la beauté, pinaillent sur l'assaisonnement et râlent parce que ça leur rappelle qu'elles ont encore des relents du festin de la veille. 

  Ouaip, c'est définitivement dur de juger un disque rétro, même un aussi bon que celui-ci, et même quand on veut essayer de s'affranchir de sa propre expérience d'écoute.

(ceci dit écoutez-le ici, il est vraiment enchanteur dans son genre)



Ty Segall - Ty Segall (2017)

  Après les expérimentations géniales d'Emotional Mugger, Segall revient à du plus terre à terre avec ce disque. Ca se sent dès l'intro "Break A Guitar", qui fusionne le grunge de Twins et la pop glam rétro de Manipulator. Glam qu'on retrouve en mode folk énervé sur "Freedom", très Kinks, mais surtout très bon. Ty ne réinvente rien (on vient d'en parler, dans le genre c'est très difficile) mais il démarre l'album sur les chapeaux de roues avec deux morceaux du tonnerre (j'avais un quota d'expressions des années 80 à caler dans cette chronique, c'est fait).

  La suite, elle est tout aussi bonne. En effet, la pop(rock) aux relents country de "Talkin' " permet d'entrevoir davantage l'artiste à nu, sans les masques et les artifices de rock star. "Warm Hands (Freedom Returned)" démarre (et finit) de la même façon, mais son coeur se révèle être une épopée garage-punk grungy de près de 10min aussi impressionnante que jouissive.

  Et comme il l'avait prouvé avec Sleeper, Segall est un type profond qui sait écrire des chansons divines et est bougrement doué dans ce domaine. La preuve ? La meilleure chanson de ce disque "Orange Colour Queen", à ranger avec les meilleures de Bowie, Big Star, Elliott Smith et Bolan, rien que ça.

  J'aurais peut-être un peu plus de réserves avec "The Only One", plus classique (pour Segall) et peut-être un poil trop grunge pour moi pour le coup. Dans le registre de l'énervement, j'adore la (encore) kinksienne voire beatlesienne (et rockabilly aussi, version déjantée) "Thank You Mr K." 

  Puisqu'on parle Beatles, parlons bien : "Papers" est une pop song d'une qualité et d'une créativité mccartnesques. La pop-folk un poil summer of love de "Take Care (To Comb Your Hair)" est également géniale. 

  Bref, cet album plus dépouillé (dans le sens moins expérimental et moins hard, garage ou punk) est une énorme réussite. En mettant l'accent sur les chansons et le songwriting (et un son impeccable) et en bazardant les gimmicks indés et la fureur, il offre à ces morceaux déjà impeccables un écrin de choix depuis lesquelles elles ne peuvent que nous toucher. Cet album est incroyablement solide et bien écrit, et ça vaut bien toutes les expérimentations du monde. Mine de rien, ce mec commence à empiler les chef-d'oeuvres comme j'empile les expressions désuètes depuis le début de cette petite chronique.


Alex

vendredi 3 février 2017

Philippe Katerine - 8e Ciel (2002)


  Cette semaine, la pop française est à l'honneur avec un classique du genre par jour jusqu'à dimanche. Des disques qui nous tiennent particulièrement à cœur et que nous considérons comme des classiques indépassables dans leurs genres respectifs.

L'avis d'Alex

  Il est rare d'entendre des influences psychédéliques intégrées de façon intelligente à une chanson française de qualité. Mais ici, le dosage folie - beauté - aspect ludique est maîtrisé avec un talent exceptionnel. Prenez par exemple "8ème Ciel", la chanson. Elle est à la fois rythmés, mélodique, richement arrangée, et le texte un peu dada mais pas trop est d'une beauté émouvante, soulignée par le chant impeccable de Katerine. Pas de doute, on appelle ça un classique. Et attendez encore la suite "Où je vais la nuit" est sûrement une des plus belles chansons pop en français (et tout court par la même occasion). Ce chant passé par la bossa, ces arpèges, ce texte.... Pfiou, c'est assez indépassable.

  Mais même mis à part ces deux immenses classiques, on a de quoi se mettre sous la dent : "Les Grands Restaurants" qui démarre funky et finit onirique, presque bossa. "Des Etoiles" a été fondue depuis les mêmes lingots d'or pur que les trois chansons qui la précèdent. "Cervelle de Singe" et ses multiples parties qui s'enchevêtrent est un monument, entre Gainsbourg période l'Homme à la Tête de Chou, psyché façon fête foraine et pop-folk champêtre.... Bref. Tout est mémorable. Le groove nonchalant et jazzy de "Inutile", l'électro-pop du "Jardin Métallique" et la très belle "Mort à La Poésie"... Malheureusement, le diptyque "Lorsque je joue à la poupée" et "Derrière la porte", au concept amorphe, est un peu gênant.

  Cependant, rien de grave : l'électro-pop bossa et inquiétante de "Sainte Vierge" et "Le Soleil Suffit" et celle, plus chaloupée, de "Bonjour", rattrapent le coup. Et puis on a un autre monument de pop song avec "Elle a Vu" et une très bonne "Wallis et Futuna". 

  Au final, un grand, un très grand disque de pop française, ambitieuse et qui a les moyens de ses ambitions. Des mélodies mémorables, des textes immortels, un son parfait et un chant sublime, il y a tout là-dedans, et Katerine est un très, très grand.

L'avis d'Etienne 

     Sorti en 2002, 8ème ciel marque le dernier album "sérieux" avant le virage "humoristique" initié par le fameux Robot Après Tout qui, en 2007, le fera connaître du grand public grâce à son Louxor J'adore. Ton qu'il gardera jusqu'à la parution de Le Film en 2016, où il renoue avec une écriture plus posée. 8ème ciel est donc, à bien des égards, un album charnière dans la discographie de Katerine qui y expérimente une production beaucoup plus riche en styles que le Mes Mauvaises Fréquentations de 1996 et globalement plus lisse et accessible au grand public que Les Créatures de 1999, dessinant ainsi le chemin au populaire Robot Après Tout et aux autres albums qui suivront. Mais bien plus que sa musique, c'est la poésie onirique de Katerine qui brille dans cet album foisonnant d'oxymores et d'hyperboles, créant une fresque surréaliste et jobarde que nous compte la voix imparfaite et attachante de l'artiste. 

"Et c'était beau comme en rêve
C'était beau à mourir
C'était beau à vomir
Des couleuvres par milliers"
           Au Jardin Métallique

"la Sainte Vierge 
juste devant 
juste devant moi 
qui me tendais les mains 
belle comme un île grecque 
ronde comme un pastèque"
           Sainte Vierge 




     Cette poésie culmine sur Où je vais la nuit, probablement la plus belle chanson d'amour francophone à mon sens ( oui rien que ça ! ), fabuleuse ballade romantique et fantasmagorique.

"Si tu savais où je vais la nuit
Je nage dans tes yeux comme en Océanie
Je marche dans tes cheveux sans trouver mon chemin
J'escalade tes seins avec l'aide des dieux"
           Où je Vais la nuit

Un album malheureusement inégal en qualité, mais qui gagne à se laisser découvrir chanson par chanson, comme autant de rêves et d'ambiances.



A écouter ici.


Alexandre & Etienne


mercredi 18 janvier 2017

Of Montreal - Rune Husk EP (2017)


  En voilà un EP surprise qui l'est vraiment. Même si le groupe est (a été ?) réputé pour sa productivité, je n'attendais pas une sortie du groupe aussi proche de l'excellent Innocence Reaches de l'an dernier. Mais apparemment Kevin Barnes a lancé un nouveau label sur laquelle celui-ci est produit. Tout s'explique.

  Et puis, il est inspiré en ce moment. La pop song dépressive et directe "Internecine Larks" est une version mise à nu de l'excellent travail de composition du précédent LP. C'est poignant

  En revanche, "Stag To The Stable", si elle est très agréable, souffre d'un peu trop de redondance dans la musique et la voix, mi chantée mi spoken-word, avec des chansons issues des 4 ou 5 derniers opus du groupe. De même, "Widowsucking" et "Island Life" évoquent le versant psychédélique et électronique du groupe, déjà entendu auparavant mais très agréable tout de même ici. 

  C'est tout le paradoxe de cet EP : Barnes est en forme, le précédent album, un de ses meilleurs, l'a prouvé en revenant sur l'électro-pop qui a fait le succès du groupe, en la retravaillant et en la modernisant, après quelques tentatives assez audacieuses vers un son plus organiques qui se sont révélées moins inspirées. Mais dès qu'il relâche un peu la pression en restant dans sa zone de confort, il retombe sur les mêmes formules comme ici. Donc ce qu'on a là, c'est un bon complément à Innocence Reaches, exécuté avec un vrai talent quasiment artisanal mais qui ne fait pas dans le renouvellement. Et après tout, c'est bien assez pour un EP surprise.


Alex


mercredi 9 novembre 2016

Klaus Johann Grobe - Spagat der Liebe (2016)


  Cet album de pop psychédélique synthétique et germanophone est absolument éblouissant, de son introduction solaire "Ein Guter Tag" à la conclusion prog "Gedicht", en passant par les détours funky de "Wo Sind" et "Rosen des Abschieds" qui rappelle une certaine idée métissée du post-punk. Les influences new wave transparaissent d'ailleurs sur la synthpop de "Ohne Mich", entre rêveries sixties et synthés 80s.

  Bref, ce disque de Klaus Johann Grobe est une petite merveille de bout en bout dont vous auriez tort de vous priver si vous êtes amateur de bonne pop, de climats gentiment psychédéliques et de doux synthétiseurs. 

Alex 

jeudi 13 octobre 2016

Drugdealer - The End Of Comedy (2016)


  Tout d'abord, merci à Vincent de La Musique à Papa de m'avoir fait découvrir ce superbe disque (et artiste, au passage), sur cet article. Michael Collins, ici sous l'alias de Drugdealer, est un artiste pop touche à tout, avec un petit côté bricoleur génial. La musique qu'il propose ici est à mi chemin entre folk lo-fi indé et Pop léchée avec un grand P comme chez les plus grands, pour un résultat entre Barrett, baroque façon Left Banke, Bee Gees ou plus récemment Jacco Gardner et Connan Mockassin, et une pop folk moderne et directe façon Elliott Smith ou Beck

  L'intro jazz nocturne de "Far Rockaway Theme", très classieuse, ne prépare pas à la suite : de petites perles psyché folk comme "The Real World", "Easy To Forget" en symbiose avec le génial Ariel Pink, et le barrettien "Sea Of Nothing". Ailleurs on croise un interlude morriconien, "Theme For Alessandro". Ou du baroque sur "It's Only Raining Right Where You're Standing". Et un peu tout ça sur "The End Of Comedy", et "My Life". Les arrangements se font riches, un peu de country ici, des filtres psyché par là, des flûtiaux jazz-funk là-bas... Et tout est toujours parfaitement dosé. 

  Et puis il y a ce single imparable, le "Suddenly", qui me rappelle les magnifiques réussites récentes de Foxygen, Lionlimb, Unknown Mortal Orchestra ou Tobias Jesso Jr, cette façon de sortir un hymne pop imparable moderne, entre soul, folk, avec des changements de rythme, un saxo et une basse funky. Et si on remonte plus loin, je lui trouve une classe Beatlesienne à ce morceau. Influence qu'on rencontre à nouveau sur "Were You Saying Something", mixée à du Gil-Scott Heron musicalement (sisi c'est possible).

  Ce magnifique album se conclut à nouveau sur du psyché jazzy avec "Comedy Outro", et laisse l'auditeur très emballé par ce magnifique album qui sait toucher avec des chansons pop très bien foutues, et arrangées de manière riche mais parcimonieuse. C'est superbe !

Et vous pouvez l'écouter ici. Alors bonne écoute, et à bientôt !

Alex

dimanche 2 octobre 2016

Bon Iver - 22, A Million (2016)


  Après deux albums et un EP magnifiques et ultra-influents (on a entendu du Bon Iver directement ou indirectement chez Kanye West, James Blake, Frank Ocean et j'en passe), le risque de décevoir est grand. Justin Vernon a donc pris son temps. 

  Et ça s'entend, car tout sur ce dernier album est à la fois la continuité de son travail et une rupture. L'aspect plutôt extraverti et parfois joyeux, bien que parfois mélancolique aussi, est à la fois une rupture totale avec son oeuvre et quelque chose d'amorcé sur Bon Iver (le 2e album) notamment. De même, les sonorités choisies plus électroniques, samplées, modifiées, et les influences 80s sont en rupture avec son étiquette folk, et en même temps ce sont ces éléments, présents au premier plan depuis l'autotune de "Woods" sur le Blood Bank EP, qui sont les plus entendus et repris par les artistes qu'il a influencés. Et ces éléments électroniques, ces effets sur la voix, étaient aussi allés crescendo depuis l'EP, puis sur le second album et surtout lors des collaborations avec différents artistes. 

  Et du reste, il ne faut pas l'oublier ni passer à côté par inattention, distraits par les feux d'artifice électropop, mais la folk, loin d'être disparue, se cache toujours dans le squelette de ces chansons, et dans leurs arrangements. De même, les structures fluides de ces morceaux, libre interprétation du canon classique de la chanson (pop)folk, étaient amorcées depuis quelques temps, mais prennent ici toute leur place. Vraie rupture donc, mais aussi vrai continuité. Disons, pour être dans le vrai, que cet album est donc un saut en avant.



  Qui commence magnifiquement, par le single inaugural "22 (Over Soon)", aux samples de voix angéliques qui font des merveilles. ll y a tout, des voix gospel, une guitare pleine d'âme, des saxos, et surtout cette magnifique mélodie vocale. Tout est passé à travers des dizaines de filtres, réenregistrés à partir de vieilles bandes, ça craquèle, ça grince, le volume fait des siennes... Bref, ça vit. 
  "10 Deathbreast" commence lui par un beat concassé et des nappes synthétiques entrecoupées de samples rêches et oniriques comme chez les Flaming Lips de The Terror. La mélodie du chant principal (très eighties... La fixation Phil Collins continue) est là aussi superbe, le travail sur les voix et les textures est excellent. Du bon psychédélisme version 2016.

  "715 - Creeks" quasiment un a capella autotuné, est quand à elle quasiment une réinterprétation de tout l'album de 2011 dont on reconnaît des bribes de mélodies ici et là. C'est poignant et superbement exécuté. "33 God" est une excellente chanson électropop indé, très enthousiaste et aussi extravertie et accrocheuse que personnelle. Il se joue des contrastes, tant dans les paroles "I'd be happy as hell / If you stay for tea", que dans les arrangements : le banjo et les samples de voix discrets contrastent avec le beat électrorock et psychédélique et le ton conquérant du "refrain". Le piano porte la même ambiguïté  entre mélancolie et plainte indie pop et magnétisme arena rock.



  Après un tel déferlement, Vernon calme le jeu avec un "29 Strafford APTS" plus calmement folk. Mais quand les chœurs noyés sous les effets et la voix pitchée reviennent, c'est pour mieux nous achever sous l'émotion déchirante du chant. Sur la fin du morceau, le rendu est proche du magnifique "Self Control" de Frank Ocean, sorti cette année et très influencé par Bon Iver. La similitude vient de l'utilisation d'une voix pitchée sur une musique pop/folk pour sortir une mélodie fragile et bouleversante. 
  "666", est quand à elle une respiration bienvenue, avant un "Moon Water" très déstructuré et lorgnant sur le jazz expérimental. L'intensité est un peu retombée à ce stade de l'album, après ces deux morceaux moins forts, mais pour le moment l'album est impeccable.

  Puis vient avec la ballade 80's "8 circle", de qualité mais qui souffre un peu de la comparaison avec "Beth/Rest" à laquelle elle nous ramène inéluctablement. "_45_" est un bon interlude entre saxos, reverb et banjo, avant un autre moment de bravoure philcollinsienne "00000 Million", là encore une bonne ballade mais moins marquante que ce qu'il nous a déjà montré.

  En bref, l'album est très très bon. Il souffre juste d'une baisse de régime sur la deuxième face plus contemplative, à partir du sixième morceau sur dix), "666", et après cinq morceaux époustouflants en première partie. Mais malgré cette "Face B" moins marquante, Bon Iver relève le défi de la réinvention haut la main avec ce bon disque, qui n'égale pas ses prestigieux prédécesseurs, mais n'a pas non plus à rougir devant la comparaison.

Bonne écoute, merci pour votre passage ici, et à bientôt !

Alex

  

samedi 3 septembre 2016

La ressemblance troublante : Foxygen vs Wild Nothing

  Depuis la première écoute du dernier Wild Nothing, j'ai toujours trouvé une immédiate ressemblance du magnifique morceau-titre "Life Of Pause", et plus particulièrement du refrain, avec "How Can You Really", génial single de Foxygen extrait de leur troisième album, ...And Star Power, bordélique mais pas avare en perles de ce genre. Ecoutez vous-même, et donnez moi votre avis.

  Pour ma part, je trouve cette ressemblance amusante, je pense qu'il s'agit d'une coïncidence, et dans tous les cas j'adore ces deux morceaux, et ça me fait une occasion de vous les faire découvrir ou réécouter !




Alex


lundi 22 août 2016

Radiation City - Synesthetica (2016)



  Encore un jeune groupe que je ne connaissais pas et n'avais pas vu venir qui a illuminé mon année 2016. Ça commence par une rythmique irrésistiblement groovy, une basse qui ne l'est pas moins et les guitares de cet ex groupe garage introduisent "Oil Show". Les arrangements sont denses, généreux, ludiques, variés et inspirés, comme chez le MGMT de Congratulations, et chez ABBA, auquel le groupe fait penser tant pas le chant majoritairement féminin (mais pas que) et les refrains immédiats. Rock, Pop, et un chant jazzy / soul rappelant les crooners de l'avant-guerre et les chanteuses de variété de l'époque se mêlent à des influences venant de tous les continents dans une pop song ultra efficace. Un modèle du genre qui sera décliné dans sa perfection sur tout l'album, du synthétique et lascif "Juicy" au groove poignant de "Butter" et sa mélodie douce-amère pour commencer. Avec toujours ce chant féminin merveilleux

  Mais le chant masculin a aussi son heure de gloire lors des questions-réponses avec la chanteuse sur "Come Ang Go" qui commence comme une pop song folky vaguement psychédélique et vire en manège pop sur le refrain irrésistible, à la manière des premiers Family Of The Year. Le ton se fera disco-Rock (qui a dit Blondie ?) sur "Milky White", pour un résultat tout aussi enthousiasmant.



  Un autre tube synthético-pop, "Sugar Broom", qui sonne comme la version toute personnelle de Radiation City du néo-psychédélisme porté par Tame Impala et Melody's Echo Chamber notamment, avec des échos dub par-ci par-là. Une des chansons les plus marquantes de cet album qui ne compte que des chansons marquantes.

  La diversité des tempos et des influences se manifeste avec le tango modernisé de "Separate", et son ambiance aussi vénéneuse et mystérieuse que sexuellement chargée, avec toujours cette alternance masculin-féminin au chant, cette rythmique ultra-groovy, ces arrangements riches et justement mis en place, et cette mélodie géniale. Et puis ce côté classe, encore une fois un peu crooner, comme un Richard Hawley qui aurait la vingtaine et se serait tapé les Happy Mondays et Primal Scream en boucle, pendant que sa copine aurait écouté aussi bien Bardot et Nancy Sinatra que Portishead ou Aretha Franklin.

  On atteint une certaine idée de l'électro-pop avec "Futures" qui rappelle les Buggles de Trevor Horn là encore croisés avec une certaine idée de la sunshine pop à la Mamas And The Papas, Sagittarius, Boettcher etc... revue et corrigée par la scène pop/rock indé, comme chez Family Of The Year, avec autant de fraîcheur et de simplicité que de qualité mélodique. "Fancy Cherries", sa mise en son dream-pop et psyché et ses mélodies vocales hispanisantes concluent sur une note à la fois mélancolique et conquérante cet album d'une qualité incroyable.



  Je ne peux que vous conseiller l'écoute de ce merveilleux disque pop, aussi bien écrit qu'interprété et produit, qui m'évoque surtout ABBA pour le côté "gavé de tubes irréprochables merveilleusement arrangés" pour qui aime les arrangements généreux (mais bien utilisés) comme moi. 
Un des meilleurs disques pop de cette année, mais ne me croyez pas sur parole, et allez l'écouter vous-mêmes ici.

Bonne écoute, merci pour votre lecture, vos commentaires et à bientôt !

Alex

samedi 30 juillet 2016

Still Parade - Concrete Vision (2016)



  Je le dis, et le redirai, cette année 2016 est lumineuse musicalement. Malgré le décès de nombreux grands, d'encore plus nombreux jeunes groupes sortent des trucs magnifiques. Ce disque de Still Parade en fait partie. Le groupe est adepte d'un songwriting pop de haute volée et d'une mise en son s'appuyant pas mal sur des sonorités synthétiques, tout en sachant rester organique.



   L'introduction, "Seasons", commence comme cela, synthés aquatiques devant, voix nonchalante et douce, aussi mélancolique que joyeusement pop, rythmique sèche, chaleur estivale de l'instrumentation. Le tout très mélodique, et servi avec arrangements synthétiques épurés. Magnifique, dans la lignée de ce qui se fait de mieux dans le genre, de Tellier à Air en passant par Metronomy, De Roubaix, les Junior Boys, Baxter Dury et Tame Impala. Tout le bien qu'on pense alors du groupe est décuplé à l'écoute du tubesque (dans le sens le plus noble du terme) "Walk In The Park", entre hédonisme et mélancolie : la définition de la chanson pop parfaite (j'en ai déjà parlé ici, au passage). Ces accords lumineux me rappellent d'autres champions du genre, surtout le "Aller Vers Le Soleil" de Sébastien Tellier justement... Cette évidence, cette fraîcheur, cette sensation que chaque note est pile où elle devrait être, cette pureté des arrangements à la fois généreux et épurés, ça c'est en pop ce qui s'appelle être touché par la grâce et marcher sur l'eau. Comme Rundgren, Michael Jackson, McCartney & Lennon ou Brian Wilson en leurs temps. Je semble peut-être dans l'emphase là, mais ce genre de chanson pop c'est tout ce que j'apprécie, et je n'ai aucune réserve sur cette chanson, c'est du très très très bon.




  Et le reste de l'album est à l'avenant. Le morceau-titre, "Concrete Vision", qui repose davantage sur la guitare (sauf lors de son élégiaque outro synthétique) est plus mélancolique mais tout aussi réussie et émouvante, avec là encore des sonorités modernes rappelant notamment le dernier Tame Impala, mais ancrées dans une tradition remontant aux sixties aventureuses. 
  
  Ce morceau est suivi par un "Let Go" là encore assez tubesque, avec des influences presque soul dans l'interaction claviers - section rythmique (magnifique basse)... et toujours ces suites d'accords renversantes. "07:41" repose sur une batterie chaloupée et un motif synthpop du plus bel effet, et possède elle aussi de beaux moments d'accalmies, des changements de rythmes et des parties plus enlevées. Le sens du timing, des pauses, de la retenue et de l'équilibre est d'ailleurs une des clés de la réussite de ce groupe sur cet album, tout est dosé avec une minutie et un naturel désarmants.




  "Everything Is Going Down (Again)" enfonce le clou avec sa batterie estivale et ses nappes de synthé puissantes, et emporte tout sur son refrain déabusé, de même que le psyché "Chamber", plus rythmé, et "Morning Light", plus posé. L'album se conclut ensuite sur le franchement eighties "True Love", là encore tout en émotion, et pour les chanceux sur le magnifique bonus "Reason".




  Bref, cet album est une vraie perle pop dans laquelle on aime se perdre encore et encore, afin de découvrir à chaque nouvelle écoute de nouvelles merveilles. Un des albums de l'année, faites moi confiance. D'ailleurs voici le lien Spotify pour écouter ce très très bel album. Foncez !

Merci pour votre lecture et vos commentaires




Alex

mardi 5 juillet 2016

X - Los Angeles (1980)




  Et bim ! C'est comme un uppercut que le groupe commence cet album et confirme d'entrée de jeu la place cruciale de la Californie sur la carte du monde du punk. Le riff de "Your Phone's Off The Hook (But You're Not)" est d'obédiance rock fifties, mais version punk (à la Johnny Thunders). Et le chant masculin/féminin fait la différence : ce groupe a un truc, un vrai. Ces petites intonations psyché qu'on retrouve dans les voix et venant directement des voisins (et ancêtres) de Jefferson Airplane et Doors (mais ne le dites pas trop fort, les hippies sont pas très bien vus chez les punks). C'est confirmé sur "Johnny Hit & Run Paulene", où on croirait entendre un duo entre Jim Morrison (ou Jeffrey Lee Pierce selon les moments) et Grace Slick. Et puis cette basse caverneuse, ce solo rockabilly... Magnifique. Ah oui et la production est vraiment bonne, sale comme il faut, mais écoutable (à noter pour du punk, surtout du punk eighties).




  Ils tentent ensuite le mur du son et le chant déglingué à la Sex Pistols (plus un refrain assez pop) sur "Soul Kitchen", avec réussite, et font presque du post-punk avec le riff nihiliste et irrésistible de "Nausea", son orgue doorsien, son beat pied sur la grosse caisse et son refrain accrocheur. Ou comment être intègre, sans concessions et accessible en une leçon. Oh et la chanteuse est (comme sur tout le disque) une merveille de talent à l'état brut.

  Retour du rockabilly caverneux sur "Sugarlight", mais revu et corrigé par le punk, et toujours cette voix masculine légèrement éraillée (par la nicotine ?) qui va bien. Le morceau titre, "Los Angeles", tout en breaks et presque hard-blues repose encore sur des questions-réponses masculin-féminin du plus bel effet.




  "Sex And Dying In High Society" fonce à toute vitesse et défonce tout sur son passage en suivant la même formule, agrémentée de nappes de synthé étonnantes. "The Unheard" est plus haché, plus bluesy à nouveau, la batterie martèle sans répit et les chanteurs chantent en choeur des trucs à propos de "milliers d'enfants qui enterrent leurs parents". Encore un grand moment. Et cet album aussi excellentissime que concis se termine en beauté par "The World's A Mess; It's In My Kiss", superbe là encore, avec orgue, chant quasi pop, rythme effréné et guitares tranchantes.




  Une leçon de punk, et un classique indispensable à connaître absolument. Pour le (ré)écouter c'est par là. N'hésitez pas à donner votre avis sur ce classique du punk qui dépasse les limites souvent trop réductrices qu'on accole au genre tout en respectant l'esprit de cette musique par leur passion, leur talent et leur intégrité sans limites. 

Bonne écoute, et merci pour votre lecture et vos commentaires ! 




Alex

mardi 28 juin 2016

The United States Of America - The United States Of America (1968)



  Mesdames et messieurs, le seul et unique album du groupe The United States Of America ! Sorti en 1968, ce disque séminal a eu une influence énorme. En effet, sans lui, possiblement point de collages électro/psyché/pop chez Of Montreal, Animal Collective, Portishead, Broadcast, Super Furry Animals, Flaming Lips... 

  Ce disque est en effet à ranger à côté des premiers Pink Floyd, Velvet Underground, Silver Apples et Hendrix, pour sa qualité et son génie créatif. Et sonne comme un disque des Beach Boys s'essayant à la musique concrète, en bons héritiers de Stockhausen et Subotnick. Et pourtant, malgré cette influence souterraine, ces mérites artistiques et une reconnaissance critique aussi précoce qu'inébranlable au fil du temps, ce disque ne rencontra qu'un très faible succès à l'époque. Et, l'histoire est classique, suite à des désaccords entre le leader Joseph Byrd qui voulait faire toujours plus radical et certains membres du groupe (Gordon Marron...) qui poussaient à faire plus pop (plus McCartney même), l'équilibre fragile s'est rompu et le groupe a splitté. Les musiciens étant par la suite partis sur d'autres projets, chacun de leur côté, mais j'y reviendrai un autre jour (ceci est une autre histoire).



  Le groupe était donc composé d'un noyau dur autour de Joseph Byrd, principal compositeur, et de sa compagne Dorothy Moskowitz. Byrd est issu du même mouvement avant-gardiste de la musique contemporaine que John Cage, mais ses intérêts pour le jazz, la musique électronique, les musiques américaines pré-1950's et les musiques du monde (notamment africaines et indiennes), et le rock acide de l'époque, donnent à cet homme pourtant radical dans sa musique et ses idées (à gauche toute !) une accessibilité pour le public non-initié que très peu d'autres compositeurs de la même trempe n'a eue (qui à part John Cale ?). Moskowitz est quand à elle une excellente chanteuse et musicienne, experte dans la manipulation de bandes et autres prouesses électroniques.

  Et tout ça additionné de musiciens surdoués donne un sacré bordel, audible dès l'intro et "hymne" du groupe, "The American Metaphysical Circus", qui commence avec des flûtiaux, vire fanfare avant de se transformer en cacophonie d'où sort un beat souple, un son strident en boucle et la voix filtrée et acide de Moskowitz. Pour un effet inoubliable, ce morceau est une bombe. Porté par ce rythme et ce chant aussi sensuels que froids et cérébraux, aussi soul que kraut (avant l'heure), ce mélange des contraires (assaisonné de blips électroniques) aboutit à un sommet de pop aussi exigeante qu'accessible. 





  "Hard Coming Love" cogne ensuite fort (la batterie), mais avec groove (la basse) et toujours cette touche acide (la guitare free, les claviers en roue débridés). Mais se calme sur les couplets pour laisser la voix de Moskowitz faire sa Debbie Harry (Blondie) avant l'heure, entre rage et séduction. Tout, du chant à la section rythmique, à l'orgue, aux arrangements électroniques et à la composition même du morceau, est mémorable. "Cloud Song", qui suit, est plus planante et rappelle les influences indiennes du groupe, un beau moment d'apesanteur.

  On retourne ensuite en territoire plus acide avec "The Garden Of Earthly Delights", qui est un sommet de pop psychédélique très soul et groovy, un tube immédiat en même temps qu'une pièce de choix. Un des sommets de cet album. Suivi par un "I Wont' Leave My Wooden Wife For You, Sugar" qui montre quand à lui à la fois l'amour du folklore américain de Byrd ainsi que son côté dadaïste à la Zappa (faire passer des messages par l'humour et l'absurde, c'est toujours mieux).




  Les choeurs et l'ambiance lourde de "Where Is Yesterday" redonnent un ton plus grave à l'album. On est à la fois bluffés par l'intensité inquiétante du morceau et la qualité immaculée des choeurs à la Beach Boys du groupe. Whoah, quelle chanson ! Après avoir été soufflés, la plus rythmée et pop "Coming Down" nous remet les idées en place, avec son côté Jefferson Airplane, sa guitare bien fuzzy et son violon strident. "Love Song For The Dead Che" est entre berceuse psyché, chant à la Nico, et love song déchirante, qui me rappelle les ballades étranges et émouvantes des premiers King Crimson. De toute beauté. Et "Stranded In Time", petit précis de poche d'écriture à la Beatles, version minimaliste, est une superbe composition, et fait partie de ces morceaux dont chaque seconde compte. 

  Enfin, la conclusion "The American Way Of Life", en trois partie, récapitule en 6 minutes tout ce qui a fait l'intérêt de l'album : le son acide, les collages psyché, le côté free, la pop de qualité.... 



  De nombreux bonus tout aussi indispensables sont présents sur les éditions plus récentes : le flippant mais magnifique "Osamu's Birthday". Les merveilles pleuvent, entre pop bubblegum et psyché groovy, comme "No Love To Give", "You Can Never Come Down", "Perry Pier", "Tailor Man", et "Do You Follow Me" . Et les versions alternatives de "I Won't Leave My Wooden Wife For You, Sugar", "The Garden Of Earthly Delights" (re-nommée "Mouse"), "Coming Down" (re-nommée "Heresy") et "The American Metaphysical Circus", valent le détour.

  Bref, un classique à ne pas manquer pour ne pas reproduire l'erreur du grand public de cette fin de sixties. Vous pouvez l'écouter ici, et je vous promets que vous ne regretterez pas, c'est vraiment un des meilleurs disques non seulement des sixties mais un des meilleurs tout court ! Un de ceux que les connaisseurs vénèrent à juste titre, et chez qui la seule vision de la pochette provoque un shoot de dopamine instantané. Alors foncez et revenez nous dire ce que vous en avez pensé. Et pour ceux qui le connaissent déjà, n'hésitez pas non plus à donner votre avis en commentaire.

Bonne écoute !
Merci pour votre lecture et vos commentaires, et à bientôt !

Alexandre


samedi 18 juin 2016

Frank Zappa & The Mothers Of Invention - Freak Out! (1966)


    Freak Out!, sorti en 1966, est le premier album de Frank Zappa et ses Mothers Of Invention, et un excellent point d'entrée dans la discographie touffue du jazz-rockeur fou.

  Ca commence tout feu tout fuzz avec "Hungry Freaks, Daddy". Sur une musique magnifiquement rock sixties, ce chant décalé et ce vibraphone (ainsi que le kazoo au milieu du morceau) donnent le ton : les Mothers font de la bonne musique et la prennent au sérieux, mais eux-même savent faire preuve d'une énorme dose de dérision, qui sert souvent de critique assez virulente de la société américaine. 

  Musicalement, ce disque est très riche, comme le prouve le second morceau, "I Ain't Got No Heart" qui oscille entre folk/rock et influences Rythm&Blues.     Il pose aussi certaines bases d'un psychédélisme un peu à part, celui qui est déjanté et critique, avec des morceaux comme "Who Are The Brain Police", trippant, cauchemardesque et cartoonesque à la fois. Bon, desfois l'expérimentation, c'est un peu long comme sur le final du disque : "Help, I'm A Rock", interlude psyché un peu longuet et sans beaucoup d'intérêt puis "It Can't Happen Here" et "The Return Of The Son of Monster Magnet", du même acabit. Mais c'est le revers de la médaille, et ça ne suffit pas à gâcher ce grand disque.


  Un de mes petits plaisirs sur ce disque est la parodie de Doo-Wop (genre que Zappa adore plus que tout, à raison) qu'est "Go Cry On Somebody Else's Shoulder", qui est au moins aussi hilarant que son titre est cruel (et drôle, pour une chanson d'amour), avec ce texte et ce chant... d'une délicieuse ironie.

  "Motherly Love" est un autre excellent morceau de rock psychédélique sauvage, avec encore une fois un son à tomber par terre. Bon sang, on ne le répétera jamais assez mais les Mothers sonnaient foutrement divinement bien ! Ecoutez moi-ça, n'importe quel producteur mourrait pour sonner comme ça. Ce disque est également une mine pour sampler, à vérifier si ça a été fait ou pas. De même "I'm Not Satisfied" et "Trouble Every Day" sont de très bons rocks.



  "How Could I Be Such A Fool", est sur la forme une ballade romantique assez magnifique, avec cuivres quasi mariachi, et une tension vraiment prenante, un autre morceau excellentissime. Un des gros points forts du disque. La même chose sera retentée, en plus Rythm&Blues, sur "You Didn't Try To Call Me", avec un peu moins de succès mais pour un excellent résultat tout de même.

  "Wowie Zowie" quand à elle est un bon morceau de pop bubblegum aux paroles encore une fois rigolardes (et au titre qui évoquera beaucoup aux fans de Pavement). De même, "Anyway The Wind Blows" est un superbe single pop très Beatles des débuts (mais ne le dites pas à Zappa il abhorre ce groupe). "You're Probably Wondering Why I'm Here" prend quand à elle la tangente et invente une pop oblique, aussi collante que décalée (encore et toujours ce kazoo !). 



  Bref, un album très dense (15 titres, 1 heure) et varié, avec d'excellentes chansons, un esprit unique, et un son de dingue. Un classique sixties à (re)découvrir d'urgence ici. Et comme je l'ai dit, un album qui permettra aux novices en Zappa de se familiariser avec la musique du moustachu et de sa bande de freaks déglingués, et d'aborder sa dense, riche et fantastique discographie. Et mention très bien pour la magnifique pochette tant qu'on y est !

Merci pour votre lecture et vos commentaire !

Alexandre