Ecrit et composé suite à la mort de sa soeur Kate, trauma ayant fait resurgir celui de la disparition de son père, Rest ("Repose" en français, jeu de mots avec "reste") est un album de mise à nu. Gainsbourg voulant se mettre en danger, elle a fait appel à SebastiAn, producteur français plus connu pour avoir inventé une électronique très rêche et hachée influencée par le rock et le disco-funk, dans le sillage des collègues d'Ed Banger comme Justice ou Mr Oizo. Ce mariage électro/chanson n'est pas tout à fait une première pour eux, Gainsbourg ayant bossé avec Air et SebastiAn avec Philippe Katerine. Cette mise en danger musicale (relative, donc) s'accompagne de conditions posées par SebastiAn et acceptées par Charlotte dans le cadre de cette "mise à nu" artistique : ne plus fuir l'héritage familial, musicalement et dans les paroles, ce qui implique de chanter en français. Riche idée, cette rencontre musicale et cet parti pris artistique paient, l'album est en effet superbe.
Charlotte Gainsbourg - Ring-A-Ring O'Roses (Clip, 2017)
"Ring-a-Ring O'Roses" est une merveilleuse introduction, très gainsbourgienne mais version 2017, avec un beat électro plombé soutenant basse souple, cordes et claviers façon Melody Nelson et l'Homme à Tête de Chou. Le flow est également très gainsbourgien et le texte parlant des premières fois et du deuil et détournant une comptine anglo-saxonne est génial. On peut dire la même chose de "I'm A Lie", où la voix est davantage mise en valeur, une réussite totale.
Charlotte Gainsbourg - Lying With You (2017)
C'est Birkin qu'évoquent "Dans vos Airs", la plus "chanson française" du lot, et "Lying with You" plus électronique dans sa musicalité, ainsi que l'inespéré "Kate", d'une beauté triste absolument renversante. SebastiAn montre également qu'il est un réel auteur sur "Deadly Valentine" qui porte sa patte néo-disco post-French Touch mais qui la mêle avec brio au contexte de la chanson pour un résultat aussi mystérieux que tubesque, à l'image de ce qu'il a fait avec Katerine, sans le côté loufoque. Le morceau a été remixé par Soulwax, au passage, et c'est plutôt pas mal du tout.
Charlotte Gainsbourg - Deadly Valentine (Clip, 2017)
"Sylvia Says" est dans cette veine, du SebastiAn assumé à 100% avec ce côté électro-rock musclé post-Queen, c'est surprenant et agréable d'entendre Charlotte Gainsbourg dans ce contexte, et c'est tout ce qui fait le charme de cet album. Les deux ce sont vraiment bien trouvés. On se dit la même chose sur "Songbird In A Cage", très post-punk, bonne également, et étonnamment écrite par Paul McCartney, qui est décidément un caméléon musical total après ses expériences classiques, électroniques et ses collaborations improbables (avec Kanye West et Rihanna il y a peu). Le producteur se lâche carrément sur le quasi technoïde "Les Crocodiles", menaçant et charmant à la fois, avec ce piano pop contrebalançant la violence globale du beat, et ce décollage gainsbourgien avec cordes cinématographiques et groove imparable. Un grand morceau. Dont la recette est imparable, puisqu'elle enchante aussi sur "Les Oxalis" qui ajoute en plus un beat vraiment disco avec percus 70's. Les tournures paternelles sont irrésistibles "En allant sur ta tombe / Sais tu sur qui je tombe ?", et la diction qui va avec. Un morceau épique finissant avec des chants d'enfants (de sa progéniture évidemment, ce qui donne le vertige en pensant aux 3 générations de Gainsbourg plus ou moins présents en filigrane ici).
Charlotte Gainsbourg - Rest (Clip, 2017)
D'autres musiciens permettent également ce petit miracle d'album, comme Guy Manuel de Homem-Cristo, moitié des Daft Punk, qui produit le beat épuré et ultra nostalgique de "Rest", qui rappelle vraiment le début de Random Access Memories (2013), avec des titres comme "Game Of Love" ou "Within". Le premier degré désarmant et infiniment triste de la musique permet à Charlotte d'être plus vulnérable que jamais sur ce morceau, et c'est très beau. Et puis il y a Owen Pallett aux cordes, Emile Sornin (de Forever Pavot) à de multiples instruments, et Vincent Taeger (de Poni Hoax) à la batterie, pour donner corps à ces chansons.
En résumé, c'est un superbe album, complètement inattendu et d'autant plus miraculeux, que je vous recommande absolument.
Alex












