Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes
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mardi 26 mai 2020

Moon Martin - Bad News (1980)


  Parmi les nombreuses disparitions ayant touché le monde de la musique ces derniers temps -en grande partie dues au Covid, mais pas que- celle de Moon Martin est un peu passée inaperçue pour beaucoup. C'est vrai que l'énigmatique rockeur, champion de la power pop 80's, n'est pas le plus connu des musiciens non plus même s'il a quelques succès populaires à son actif, et qu'il flotte autour de lui une atmosphère de mystère rock'n'roll. 

  Sans avoir l'aura d'un Roy Orbison par exemple, et sans non plus avoir uneedémarche totale à la Kraftwerk (gesamtkunstwerk diraient certains), l'association entre un look bien identifiable et un style musical marqué, sans tomber dans le gimmick a participé à une certaine mystique autour de lui 

(NB : je tiens à préciser que c'est rigolo parfois le gimmick et que je n'ai rien contre tant que ça ne nuit pas au contenu s'il y en a)

  Bref, tout ça pour introduire ce morceau, et pour lier le personnage à l'aura de mystère, la fascination que "Bad News" engendre immédiatement, son ambiance brumeuse, marécageuse, qui m'a toujours évoqué un bayou de nuit, impénétrable, où la vision se perd dans le brouillard épais et les marais insondables. Mais le morceau pourrait tout aussi bien évoquer une ruelle glauque éclairée par des néons, une boîte de nuit, ou tant d'autres choses. Elle a en tous cas un côté visuel, presque cinématographique dans son ambiance, elle est en tous cas terriblement évocatrice. C'est ce qui participe à son charme unique et en fait, dès la première écoute, un classique assez incontestable. 

  Tout ça est rendu possible par une maîtrise totale de son art : savoir faire monter la sauce, installer une ambiance d'abord avec le minimum : tout est métronomique, de la ligne de basse au beat en passant par le riff de boogie étouffé. Quelques éclaboussures de synthé de bar à cocktail pour habiller le tout, une voix claire, parfois rauque, mais très propre dans le falsetto. Sans âge, presque bluesy. Et puis ce riff qui s'intensifie sur le refrain avec cette guitare qui s'excite, cette batterie qui s'autorise quelques roulements... C'est toute la science de l'efficacité power pop qu'on a là, synthétisée en un titre, mais sans le côté glam, exubérant du genre, troqué ici pour l’intrigante ambiance de nuit sans lune qui en fait tout le sel.

  Ce morceau, que j'ai en 45tours depuis un moment, est probablement un des premiers morceaux qui m'a marqué enfant, en tous cas un de mes plus vieux souvenirs musicaux de radio. Un exemple parfait de l'existence de ce "petit truc en plus" qui faire d'une bête chanson un truc immortel, une preuve que la musique peut avoir une résonance inouïe en chacun de nous. Elle m'a probablement ouvert quelques portes en m'exposant à quelques références musicales bien senties (power pop, new wave côté rock voire glam rock, "Riders On The Storm" des Doors, boogie, que sais-je...), et elle a en tous cas participé à éveillé mon intérêt pour la Pop, le Rock, la musique de manière générale. Et pour ça, je voudrais rendre hommage à Moon Martin, non pas de façon très originale avec une chanson que personne ne connaît, mais de façon très personnelle tout de même en réécoutant ce "Bad News" qui m'a touché, et accompagné de plus ou moins loin depuis des années.


Alex


mercredi 13 mai 2020

The Stranglers - Feline (1983)


  En des circonstances tragiques, puisque Dave Greenfield nous a quittés cette semaine, je me suis repassé Feline (1983), l'album des Stranglers qui tourne le plus chez moi (je m'étais mis à pas mal le réécouter ces derniers mois). Les choeurs et surtout les claviers de Greenfield hantent ce disque particulier, leur 6e album, leur plus accessible alors puisque les anciens punks avaient déjà bien entamé leur mue pop. C'est un disque continental, européen, sophistiqué, naviguant entre guitares acoustiques chaudes et sensuelles, évoquant souvent l'Espagne, la France ou l'Italie (on a également des formes anciennes ou en tous cas non-rock de musiques, comme la valse, la chanson folk de ces pays ou le tango, qui sont évoqués) et synthés & beats au son froid, plus proche du rock synthétique allemand et de la coldwave anglaise.

The Stranglers - Midnight Summer Dream

  Ce mélange fait des étincelles dès les premiers titres : "Midnight Summer Dream" éblouit d'entrée avec ses accords intemporels, sa guitare sans âge, son synthé de papier glacé et son chanté parlé classe, on se croirait presque chez Roxy Music. Porté par une section rythmique post-punk et magnifié par une guitare et des claviers hispaniques, "It's A Small World" est un autre parfait exemple de la direction artistique du disque, avec là encore une diction très classe du chant et des chœurs délicats. Plus ouvertement rock, power pop et new wave, "Ships That Pass In The Night" se permet tout de même quelques détours vers le Brésil et le Mexique, tout comme la merveilleuse "Let's Tango In Paris" qui, vous l'imaginez bien, fait pas mal voyager. "Blue Sister" fait la même chose avec brio, oscillant entre pop aux influences très hispanique et post-punk à la New Order des débuts.

The Stranglers - European Female

  Le morceau le plus évident ici, c'est probablement "The European Female (In Celebration Of)", parfaite rencontre entre la pop synthétique des nouveaux romantiques anglais, le délicat détachement à l'allemande, et une certaine idée de la chanson d'amour façon Europe du Sud, chaude et sensuelle. Avec son rythme mécanique, sa basse doucement funky, ses synthés simples et ses choeurs féminins, on pourrait presque croire que "Paradise" est un morceau du dernier Baxter Dury ou Metronomy, mais ce morceau décidemment en avance sur son temps est bien du Stranglers. A noter, le chant masculin évoque tour à tour David Byrne période Fear Of Music des Talking Heads, et les Pet Shop Boys pour la partie plus chantée parlée, avec un effet "vieille radio" à la Gorillaz : tout ça pour dire que ça ne manque pas d'idée puisqu'une partie de ce que je viens de citer n'était pas encore sorti. 

The Stranglers - Paradise

  On a des textures proches du jeu vidéo (ou de Yellow Magic Orchestra au choix) dans l'également excellente "All Roads Lead To Rome". Enfin, l'album se finit sur la très riche "Never Say Goodbye", au parfum tour à tour jazz caribéen et folk version psychédélisme anglais. 

  L'album en tant que tel est un pur chef-d'oeuvre, chaque morceau est mémorable, unique, et la direction artistique du groupe sur Feline est vraiment quelque chose d'assez inclassable et difficile à réduire, assez peu explorée en vérité (à part Roxy Music, je ne vois pas de comparaison directe à faire). La réédition CD et les versions streaming proposent pas mal de très bons bonus, quelques morceaux qui auraient pu être dans la tracklist tellement ils sont chouettes, comme la douce "Savage Breast", la proto-John Maus "Pawsher"

The Stranglers - It's A Small World

  On a également quelques curiosités comme "Permission", qui traite le tango comme la dub traite le reggae, "(The Strange Circumstances Which Lead To) Vladimir And Olga" quelque part entre musique baroque, Wendy Carlos et Jean-Jaques Perrey,avec quelques influences russes. Et puis il y a également l'abstraite "Aural Sculpture Manifesto" avec sa déclamation poétique sur un tapis de bruitages électro qui finit en synthé bien pompeux/baveux. Et enfin, des versions live ("Midnight Summer Dream / European Female"). Plutôt intéressants pour des bonus tracks. 

  Vous l'aurez compris à ce stade, Feline est un classique personnel, une oeuvre vraiment unique dans son mélange de sonorités et sa sensibilité, magnifique, délicate, et inégalable dans son genre, composée uniquement de morceaux parfaits et marquants, et je vous recommande chaudement de la (re)découvrir.



Alex


vendredi 17 avril 2020

Deeper - Auto-Pain (2020)


  Deeper est un groupe de rock de Chicago. Leur musique sonne comme un mélange d'influences post-punk, dont une proximité notable avec des groupes  modernes comme OMNI, Parquet Courts ou Ought, et quelques influences piquées aussi bien chez les Cure, New Order, Joy Division ou Talking Heads (le groupe revendique également Devo, Wire, Television et Gang Of Four, ce qui est très juste) que chez Interpol, Franz Ferdinand, the Rapture, the Sunshine Underground et The Killers, auquel le chant en particulier -mais pas que- fait souvent penser. Un mélange donc de post-punk originel et de ses descendants des années 2000, avec des influences assez britanniques globalement mais également américaines, pour un rendu final assez riche.

Deeper - Lake Song (2020)

  Les morceaux sont addictifs, on a envie d'y retourner encore et encore, et l'album dans son ensemble est très bon et biens séquencé. Quasiment tous les morceaux sont iconiques (j'ai presque noté tout l'album dans mes morceaux favoris ci-dessous) et l'album ne souffre pas de temps mort, se permettant des ambiances, des rythmes et des sonorités différentes (quelques incursions synthético-électroniques discrètes) mais formant un tout ultra cohérent. 

Deeper - Run (Clip, 2020)

  Cet album parle de thèmes assez lourds, et le groupe semble très engagé : la pochette provient d'un hôpital psychiatrique détruit, une partie des bénéfices est donnée à une association aidant les gens souffrant de problèmes de santé mentale, et le batteur, moitié Pakistanais (le titre sur la pochette est en Urdu) moitié natif inclut des motifs rythmiques issus de pow-wows traditionnels en hommage à son héritage culturel, en partie ravagé par l'Oncle Sam.

Deeper - This Heat (Clip, 2020)

  Pour faire court, c'est un grand disque de rock, une vraie réussite qui se révèle vraiment au fil des réécoutes, et que je vous recommande vivement.

Mes morceaux préférés : Esoteric, Run, This Heat, Willing, Lake Song, Spray Paint, 4U, Helena's Flowers


Alex


mardi 14 avril 2020

The Strokes - The New Abnormal (2020)


  Les Strokes ont été LE groupe générationnel du rock des années 2000. Revisitant avec intelligence l'héritage punk et post-punk de leur New York natal, ils ont également su composer des hymnes pour la jeunesse d'alors, et leur premier album a été un classique instantané. Ce statut de légende a en revanche eu des conséquences sur la réception de leurs albums : le deuxième était trop proche du premier, le troisième s'en éloignait trop en tentant des choses dans tous les sens, Angles le disque du retour a été mal aimé pour ses sonorités synthétiques venues des aventures solo de Julian Casablancas et son écriture s'inspirant du rock indé, et Comeback Machine a été décrié comme "le disque où l'on entend que le groupe manque d'envie de jouer ensemble". Or, on s'est trompés -ici y compris, où ce dernier avait été reçu en demi-teinte- et à la réécoute, passée l'hystérie de la sortie, sans attentes démesurées, ces disques se sont révélés comme des classiques, chacun à leur façon, montrant autant de facettes d'un groupe solide et aventureux. Et même si j'attends désormais davantage les sorties des Voidz de Casablancas, allant un cran plus loin dans toutes les directions, j'étais assez confiant sur cet album des Strokes. 

The Strokes - The Adults Are Talking (2020)

  Ce disque sonne comme un mélange heureux entre les différentes époques du groupe, ni retour au source ni renouveau complet, c'est un disque d'équilibre, comme leur EP Future Present Past de 2016, dans la continuité de Comeback Machine en moins sombre, intense et claustrophobique. Ici, tout est ouvert, tout sonne grand, en grande partie grâce à la production de Rick Rubin, qui sépare tous les instruments dans le mix de façon assez radicale. Chacun d'entre eux se distingue avec une netteté irréelle, rien ne dépasse, il y a un espace incroyable dans le mix de tous ces morceaux. Cette production clinique n'efface pourtant pas l'effet groupe du disque, la force des Strokes ayant toujours été dans l’interconnexion entre les musiciens, leur synergie s'entend ici. On a l’impression qu'ils jouent ensemble, en groupe, mais dans des pièces séparées à des milliers de kilomètres de distance. C'est très surprenant au départ, mais ça donne finalement à cet album une identité, et va bien avec le côté mature, apaisé, dad rock et grosse production avec un gros son de l'ensemble.

The Strokes - Brooklyn Bridge To Chorus (2020)

  Quant aux morceaux, ils sont là. "The Adults Are Talking" continue dans la lancée des intros d'albums parfaites et s'impose d'entrée comme un classique stroksien. "Selfless" est une jolie chanson, plus pop, qui fait la part belle au falsetto de Julian et à la guitare solo un peu mélo mais touchante. "Brooklyn Bridge To Chorus" est une pépite de synthpop, immédiate et tubesque. "Bad Decisions", un bon morceau de new wave à guitare, au son noyé dans un chorus solaire. "Eternal Summer", avec son chant suraigu, aurait pu figurer sur Angles, et si on aurait pu lui craindre un côté anecdotique, le groupe réussit un coup de génie en lui faisant prendre un virage brusque à mi-parcours, un peu Clash ou Gorillaz dans l'esprit. C'est probablement "Why Are Sunday's So Depressing" qui finit par être le seul morceau vraiment dispensable du disque (ce qui ne l'empêche pas d'être sympathique, avec quelques bonnes idées). Autre morceau un peu déjà entendu, "Not The Same Anymore" et son rock indé 90's arrive tout de même à captiver par son intensité non feinte.

The Strokes - At The Door (Clip, 2020)

  "At The Door" est une ballade gothique hantée et magnifique, portée par un synthé obsédant, à la production dépouillée et gavée de bonnes idées (les choeurs synthétiques, les claviers grandioses, les vocalises autotunées de la fin...). A ce propos, le groupe intègre intelligemment et discrètement quelques idées de production électroniques, comme à son habitude, mais de façon peut-être encore plus assumée et maîtrisée. Mais mon morceau préféré ici, c'est probablement "Ode To The Mets". Elle se met en place lentement, et après une intro bordélique, elle utilise également le coup du motif de clavier hypnotique, pour construire dessus un morceau de bravoure à combustion lente, portée par cette ambiance tragique, inéluctable venue de la mélodie principale, et par l'intensité du chant de Casablancas, dont la voix de crooner rock écorché sonne comme un Iggy Pop moderne. Un très grand morceau, et là encore un nouveau classique immédiat pour les Strokes.

The Strokes - Ode To The Mets (2020)

  En bref, c'est un vrai bon album. Assez solide, concis, avec une vraie direction, des choix de production assumés, des chansons qui tiennent la route, et c'est tout ce qu'on pouvait attendre d'un tel groupe. Certes, pas leur meilleur, pas révolutionnaire, mais bon dans ce qu'il fait, fun et mature à la fois, et offrant quelques morceaux de choix aux amateurs.

Mes morceaux préférés : The Adults Are Talking, Brooklyn Bridge To Chorus, Eternal Summer, At The Door, Ode To The Mets


Alex



vendredi 3 avril 2020

Spectres - Nostalgia (2020)


  C'est dans un registre familier qu'opère le groupe Spectres, de Vancouver : quelque part entre Joy Division, The Cure, The Chameleons, The Smiths et plus récemment Interpol ou The Horrors. C'est donc en terrain conquis -pour ma part- qu'ils peuvent déployer des titres comme "The Head and the Heart" ou la géniale "Dreams" et remporter la mise. 

Spectres - Dreams (2020)

  Si quelques envolées épiques un peu too much gâchent un peu le plaisir, comme chez le U2 des stadiums (sur "Years Of Lead" notamment), il y a assez de savoir-faire pour compenser, notamment dans la relance des morceaux, jamais linéaires, toujours intéressants dans leurs détails, leurs arrangements, leur structure, ou leur intensité, comme sur les urgentes "Along the Waterfront""The Call""When Possessed Pray" et surtout "Pictures From Occupied Europe".

  Des petits détours chez New Order ("Fate") titillent les centres du plaisir sans tomber dans le pastiche stérile, tandis que des titres comme le rythmé "Insurgence" diversifient le propos musical.

Spectres - Pictures From Occupied Europe (2020)

  En bref, un bon petit album de genre, dont l'exercice de style est transcendé par une interprétation convaincue et exigeante.

Mes morceaux préférés : The Head and the Heart, Dreams, Pictures from Occupied Europe, Fate


Alex

samedi 11 janvier 2020

Boy Harsher - Country Girl Uncut (2019) & Careful (2019)


  On continue avec quelques excellents albums de 2019 qui n'ont pas encore été abordés sur le blog faute de temps ou parfois de recul, parce qu'une oeuvre d'art ça se dévoile parfois avec une certaine maturité et donc plusieurs réécoutes dans notre cas.

BOY HARSHER - COUNTRY GIRL UNCUT (2019)

  Des deux albums de Boy Harsher sortis cette année, j'ai une préférence nette pour Country Girl Uncut, suite et prolongement de leur EP de 2017. Minimaliste, industriel, il est hypnotisant, obsédant. A la fois planant, rythmé, brutal, aérien, ses variations autour d'une pop électronique à la fois référencée et aventureuse font mouche. Pas si loin des Junior Boys et de Jessy Lanza (que j'adore), et avec un petit côté dance-punk à la DFA (on pense à Juan MacLean), "Motion" ouvre le disque sur une note de perfection, alternant brillamment entre un des nappes de synthé deep house lumineuses et des parties rythmiques implacables. "Electric" est plus sombre, comme Depeche Mode au sommet de leur décadence, dévoilant une techno-pop sexuelle de club souterrain, et re-démontrant au passage l'influence énorme de Kraftwerk sur la culture populaire.

Boy Harsher - Country Girl (Clip, 2019)

  Autre monument, "Country Girl" est peut-être mon morceau préféré du disque. Il joue du clair-obscur évoqué plus haut avec une intensité déchirante. On pense à nouveau aux Junior Boys, mais quelques échos d'Alan Vega dans la voix, et d'autres éléments comme une guitare lointaine viennent diversifier le panorama sonore, jusqu'à l'apothéose du disque : le changement de beat un peu avant 2'30" qui fait penser aux débuts de New Order (on est dangereusement proche de la perfection absolue de "Blue Monday"). Ces quelques secondes aux proportions épiques, qui se déclinent jusqu'à la fin du morceau, font partie des meilleurs instants musicaux que l'année a pu nous offrir.

  Après un tel chef-d'oeuvre, un seul moyen de rebondir : une ambiance planante, presque ambient, mais menaçante, et c'est précisément ce que "February" arrive à instiller, permettant à l'indus d'"Underwater" puis à la synthpop dark de "Send Me a Vision" de prendre toute leur place. Cette dernière, tout comme "Westerners", m'évoquent un peu les Pet Shop Boys en plus industriel, et sont d'excellents morceaux. "Swing", ballade toxique et mystérieuse, sans percussions vient clôturer cet incroyable album sur une touche plus vénéneuse, intrigante. Vous l'avez compris à ce stade, je suis totalement sous le charme de ce disque concis et percutant, qui m'impressionne d'autant plus qu'il est sorti la même année que Careful, autre très bon LP que l'on va aborder maintenant.

Mes morceaux préférés :  Motion, Electric, Country Girl

Ecouter sur Spotify ou Deezer ou Bandcamp ou Youtube



BOY HARSHER - CAREFUL (2019)

  Le disque commence cette fois-ci par "Kick Driving", sur un drone insistant, montant en pression crescendo, avec une voix sensuelle et menaçante à la fois, comme une collaboration entre le Velvet Underground (période Nico) et Suicide. On déboule ensuite sur la synthpop rétro de "Face The Fire", puis la coldwave de "Fate", à la force de frappe monstrueuse avec son kick massif et son gimmick de synthé obsédant. Un grand morceau.

Boy Harsher - Fate (Clip, 2019)

  Retour des hits orchestraux et des basses électrofunk à la Pet Shop Boys sur la très bonne "LA", puis un beat à la Moroder (ou plus probablement Patrick Cowley, sombre et sexuel) sur "Come Closer", de la new wave des débuts ("The Look You Gave (Jerry)"), avant de bifurquer sur un autre tube synthpop potentiel avec "Tears".

  L'ambient de "Crush" relance la tension avant la très Depeche Mode "Lost", qui comporte quelques accords plaqués néo-80's que certains artistes French Touch n'auraient pas reniés, et une intensité digne de Bronski Beat. Le disque s'achève sur le cinématographique et ultra-flippant "Careful".

  Bref, on n'est pas loin du tout de la perfection de Country Girl Uncut, et ce Careful est un excellent disque, qui fait tout autant partie des meilleures sorties de l'année. A noter que le groupe a publié une compilation de remixes de l'album que je vous encourage à tester si vous avez aimé le disque (lien ici).

Mes morceaux préférés : Kick Driving, Fate, LA, Tears, Lost

Ecouter sur Spotify ou Deezer ou Bandcamp ou Youtube



mercredi 1 janvier 2020

Black Marble - Bigger Than Life (2019)


  Si vous aimez Depeche Mode et John Maus, vous avez bon goût -déjà-, et vous allez également apprécier la musique de Black Marble, parce que c'est tout aussi bon dans le même genre. 

  Le début de l'album est incroyable, c'est miracle sur miracle de synthpop ("Never Tell", "One Eye Open", "Daily Driver", "Feels") jusqu'à l'interlude "The Usual" qui permet de se poser un peu avant d'enchaîner sur une partie un poil plus post-punk (on pense aux Drums, à Joy Division et The Cure) de "Grey Eyeliner" à "Bigger Than Life". Le spleen doux-amer du groupe de Jonny Pierce vient à l'esprit de façon assez évidente à l'écoute de ces morceaux bouleversants.

Black Marble - Feels (Clip, 2019)

  Les synthés reviennent au premier plan pour l'électro-pop extatique de "Private Show", qui se conclut sur une coda absolument bouleversante. Puis on a envie de sauter partout sur l'euphorisante "Shoulder", l'interlude "Hit Me" nous réconforte tendrement, et "Call" conclut l'album avec une mélancolie douce, comme du Ariel Pink premier degré. C'est très beau.

  Ce disque est un petit miracle, découvert pour ma part assez tard dans l'année. Je n'ai pas fini d'en faire le tour, mais je sais que je rangerai ce disque avec quelques-unes des plus belles réussites du genre et que je le réécouterai longtemps.

Liens : Spotify / Deezer / Bandcamp / Youtube

Alex


mercredi 4 décembre 2019

Chromatics - Closer To Grey (2019)


  Le truc étrange avec Chromatics, lorsqu'on connaît le groupe, c'est que tout le monde attend leur supposé prochain album Dear Tommy depuis presque 10 ans (en exagérant un peu). Du coup, chaque année il est sur la liste des disques les plus attendus, chaque année il ne sort toujours pas. En attendant, quelques reprises, quelques morceaux, quelques BO aussi. Mais toujours pas d'album. Jusqu'à cet été et ce fameux Closer To Grey, sensé nous faire patienter et contenant lui-même des morceaux publiés il y a déjà quelques années. Vous comprenez donc l'ironie délicieuse de démarre l'album par une reprise de The Sound Of Silence de Simon & Garfunkel. Magnifique, au passage. Une reprise hantée, incarnée, douloureuse, belle. Tout comme cet album, qui se révèle être un vrai petit miracle.

Chromatics - Closer To Grey (2019, Full Album)
(Italians Do It Better)

  Parce qu'après cette jolie reprise initiale, on a direct une perfection synth-pop : "You're No Good", entre pop song classique, italo-disco et rock synthétique 80's (Blondie, Kate Bush...). Une merveille de composition, de mise en son, d'ambiances, d'interprétation. Un truc assez absolu, parfait dans son genre. Et là, on enchaîne directement sur le mix de new wave électronique et de post-punk/shoegaze gothique de "Closer To Grey", presque aussi belle, et sur l'envoûtante électropop acide et presque house ou dance de "Twist The Knife", qui est elle aussi tout à fait parfaite dans son genre. Autre sommet, "Touch Red" est délicate, telle un tapis de velours feutré tout d'un coup déchiré par un solo tranchant qui vous prend aux tripes. 

Chromatics - You're No Good (Clip, 2019)

  Les morceaux moins spectaculaires dans leur exécution sont également très réussis. Vaporeuse, marquée par le trip-hop et à l'ambiance cinématographique, "Light As A Feather" est une petite merveille, tandis que "Move A Mountain" est une fragile ballade dont les claviers et les cordes sembles aussi s'être échappées d'une pellicule (en parlant de cinéma, l'idée est encore davantage assumée par "Love Theme From Closer To Grey", ne serait-ce que dans son titre). La pulsation indus de "Whispers In The Hall" et sa mélodie en arpèges aigus, insistants et menaçants, évoque à la fois une musique de trailer hollywoodien, une déflagration post-punk, ou un banger trap. "Throught The Looking Glass" est un bel instrumental prog/kraut/ambient /coldwave planant, et sur "On The Wall" des choix radicaux de production viennent admirablement mettre en valeur la composition velvetienne. Il y a un petit quelque chose de français, de Tellier ou de Gainsbourg/Birkin, voire de Charlotte Gainsbourg, dans "Wishing Well", très élégant morceau.

  Peu importe quand sortira le prochain projet du groupe, car si c'est aussi réussi que ce Closer To Grey, l'attente vaudra la chandelle. Rien à rajouter là-dessus, sinon que vous devriez y jeter une oreille rapidement si ça n'est pas déjà fait.

Mes morceaux préférés : You're No Good, Closer To Grey, Twist the Knife, Touch Red

A écouter sur Deezer ou Spotify ou Youtube

Alex


mercredi 13 mars 2019

Carambolage - Carambolage EP (2019)


  Du punk en français aussi fun et réussi, c'est pas donné. Mais Carambolage, side project du combo rock rennais Kaviar Special, sait faire. Musicalement, c'est impeccable, avec un son late 70's froid mais groovy (la même exigence musicale néo-rockab' que des groupes comme Bijou ou les Stray Cats, et quelques envolées synthpop/coldwave façon Taxi Girl ou Joy Division), et le tout est porté par un chant moqueur et charismatique comme du Indochine quand ils étaient fun ("Les Tzars" etc). 

  On n'est pas chez Didier Super ou dans un autre registre Plastic Bertrand, c'est plus musical que ces deux-là et un poil moins dans les textes que le premier, mais vous avez une idée du mélange entre fun et discours intéressant de l'EP avec ces deux références.

Carambolage - Gauche Droite (Clip, 2019)

  "Soupeur" fait dans l'énergie punk, puissant et du bon côté, celui des prolos, avec un petit clin d'oeil à Coluche, tandis que "Motivation" va sur un terrain plus coldwave voire new wave. "Gauche Droite" est l'heureuse synthèse de ces deux directions, impeccable single qui donne d'emblée envie d'écouter ce putain d'EP, qui se conclut sur la plus pop (et sexuelle) "5 à 7", aussi accrocheuse que mordante. 

  Un superbe projet, qui donne vraiment envie d'entendre ce que le groupe pourrait proposer sur un long format, et en attendant de savourer pleinement cet EP jouissif.

A écouter sur Spotify ou Deezer ou Bandcamp ou même Youtube

PS : ils ont aussi de très bons inédits comme celle-ci, ou la démo de "Motivation", qui valent l'écoute si vous avez aimé l'EP

Alex


jeudi 14 février 2019

TOY - Happy In The Hollow (2019)


  Le groupe TOY, lancé au tout début par ses premières parties de The Horrors, évolue sur ce disque dans le même univers artistique que ses aînés. Dès l'introductive "Sequence One", on entend ce mélange de rythmiques motorik et d'électro planante façon krautrock, de post-punk, et de shoegaze qui fait le charme de ces deux groupes, avec en plus le chant entre glam et dream-pop du chanteur de TOY. 

  D'une manière générale, les stars sur ce disque, ce sont la basse vrombissante et les éclats de claviers infusant une ambiance de mystère ("Mistake a Stranger", "Move Through The Dark") ou donnant un brillant pop voire new wave à l'ensemble ("Mechanism"). Mais les morceaux plus rock, mettant davantage en avant les guitares, sont également de bonne facture ("Energy", "Jolt Awake"). 

TOY - Sequence One (Clip, 2019)


  Les petits escrocs se servent souvent de références évidentes, et ils piquent par exemple la guitare de "Girl, You'll Be A Woman Soon" (version Urge Overkill entendue sur la BO de Pulp Fiction) sur "Last Warmth Of The Day", mais comment leur en vouloir tant la chanson, cotonneuse ballade psychédélique, est belle comme ça ? Entre psychédélisme 80's et guitares western, "The Willo" continue sur cette belle lancée que "Strangulation Day" et son orgue métallique poursuit également quelques pistes plus loin.

  Certains morceaux sont cependant un peu trop tranquilles à mon humble avis ("You Make Me Forget Myself", "Charlie's House" et quelques autres), et l'album ronronne un peu au bout d'un moment.

  Globalement, c'est un bon disque, assez solide malgré quelques ralentissements, très beau et bien produit, à découvrir que vous soyez connaisseurs du groupe ou non !

Mes morceaux préférés : Sequence One, Mistake A Stranger, Last Warmth Of The Day, The Willo

A écouter sur Spotify ou Deezer

Alex

mercredi 5 décembre 2018

Projet Marina - Echos (2018)


  Projet Marina a tout pour plaire. D'abord ils sont Nantais, et c'est cool parce que finalement je ne connais pas tant que ça de groupes nantais qui me passionnent, et que j'aurais peut-être l'occasion de les voir en live. Mais surtout parce qu'ils ont tout pour eux : une musique puissante et radicale, dans un genre post punk / indus / gothique froid et menaçant, mais avec un côté vicieusement accrocheur dans les mélodies, les rythmiques et les sons, comme les meilleurs Suicide, Cure, Nine Inch Nails, Depeche Mode, et bénéficient d'une production relativement clean moins facile à gérer dans le genre qu'un brouillard lo-fi, mais qui est totalement à leur avantage ici.

Projet Marina - Rage (2018)

  Le premier morceau, "Rage", est mon préféré du projet : beat implacable passant par milles variations, tension qui monte sans se résoudre, prod lancinante et hypnotisante, texte intense et ambigu délivré avec une rage qu'on sent poindre derrière une diction contrôlée, aussi sexuel qu'inquiétant, délivré par un , aussi mal, et une conclusion virtuose. Un peu comme si Paradis s'était mis à faire de l'indus après un bad trip, mais en mieux. L'alliance de chanté-parlé en français et de rock n'a rien à envier à des chouchous de la critique comme les Limiñanas, Etienne DahoBertrand Belin ou La Femme, et arrive tellement bien à égaler (au moins) leur niveau qu'on a l'impression d'entendre un album financé par une grosse maison de disque plutôt qu'une sortie indé (c'est dit ici dans un sens positif). 

  Malgré ce coup d'éclat inaugural, le disque est loin d'être l'oeuvre d'une seule chanson. "Nu Disco" à elle seule ferait d'ailleurs mentir cette phrase, tant elle arrive dans un genre plus synthpop à atteindre à nouveau des sommets Pop sans la moindre concession (on est plus proche des hymnes déviants de Grauzone, Odonis Odonis en plus récent ou des débuts de New Order que d'une new wave tubesque). Et là encore, la construction méticuleuse du morceau (presque kraut) est parfaite. Finalement, je l'aime sans doute autant que "Rage", ça m'apprendra à écrire trop vite. 

Projet Marina - Nu-Disco (2018)

  Qu'on soit dans un drone anxiogène prenant ("Lou Andreas", toxique comme un Bashung sous coke ou un Daniel Darc période Seppuku, période Play Blessures, accompagné par un Velvet Undergound qui se serait mis aux synthés) une coldwave upbeat implacable ("La Louve", ayant le bonheur de me rappeller le premier EP de La Femme, le meilleur de mes chouchous Sealings et le plus sombre de The Drums et de son leader Jonny Pierce en solo), ou dans une divagation psychédélique synthétique belle comme du MGMT (3e album), du Suicide (2e album) ou du Flavien Berger en plus costaud, sur "La Brûlure", on atteint à chaque fois la perfection. 

  Le morceau de bravoure "Comme si", entre indus à la construction patiente (Odonis Odonis là encore, un soupçon de LCD Soundsystem, un peu d'Arnaud Rebotini), acid house dantesque, échos dub bienvenus, et prog synthétique et planant, est une pièce épique et introspective à la fois, comme on n'en rencontre plus tellement depuis la fin des années 70-80 (et c'est bien dommage quand on entend des merveilles comme cette track). On pense qu'"Echo" va suivre le même chemin, mais le groupe a le bon goût de surprendre en accompagnant son électronique contemplative et cinématographique aux basses lourdes par un rock psychotique, avant de finir en apothéose par une origie sonore au rythme qui tabasse sur "Guider ses Pas", à l'esprit presque aussi garage (et psyché) que Thee Oh Sees (on n'est pas si loin du génial projet parallèle Damaged Bug de John Dwyer).

Projet Marina - Guider Ses Pas (Clip, 2018)

  Cet album est un chef-d'oeuvre, il n'existe pas d'autres mots, et ce groupe est une découverte totale (merci à la radio Prun' pour ça, comme quoi il existe encore des radios passionnantes, n'en déplaise aux passéistes), qui s'avère être essentielle. J'ai beaucoup apprécié leurs précédents projets, à côté desquels j'étais évidemment passé, et ils sont également très bons, si vous avez aimé celui-ci je vous encourage à aller sur leur Bandcamp les écouter (lien ci-dessous). Mais ce LP est une véritable consécration artistique sur lequel les Projet Marina se sont dépassés, et qui mérite largement sa place parmi les meilleurs albums de l'année.

Mes morceaux préférés : Rage, Nu-Disco, Comme Si


Alex




jeudi 29 novembre 2018

EYEDRESS - Sensitive G (2018)


  Tombé un peu par hasard sur EYEDRESS, j'avais adoré son très court mais très bel EP sorti plus tôt dans l'année. Voyant quelques singles sortir, je me précipite sur sa page, pour découvrir avec surprise que le philippin avait carrément sorti un album, je m'y suis donc plongé curieux et emballé, et je n'ai pas été déçu.

  Dès la première chanson, "Ancient Love", on passe par milles émotions. Le music nerd s'émerveillera de la fragilité presque TV Personalities du morceau, du son très post punk voire psychobilly (à tendance Jesus & Mary Chain aussi, on va jusqu'à reprendre partiellement le beat de "Just Like Honey", piqué à la Motown et à Phil Spector), des digressions contemplatives de la guitare psychédélique, mais tout cela n'est pas très important, si ce n'est pour évoquer le fait qu'EYEDRESS maîtrise son sujet et que ça se sent, dans le naturel avec lequel le titre se structure, dans sa justesse au niveau des arrangements, dans la délicatesse et l'intensité de l'interprétation également. Un début en beauté.

  Le morceau d'après est une petite perfection pop. "Alone Time", très Empire of the Sun dans le chant, beaucoup plus lo-fi dans la musique, ce qui est plutôt une bonne chose, entre guitares exquises et boîte à rythme façon madeleine de Proust. Un des morceaux phares du disque. Dans l'ensemble, la new wave revisitée d'EYEDRESS, légèrement modernisée par une vision moderne à la Ariel Pink du mouvement, fait toujours mouche, cf l'autre excellent single "Toxic Masculinity" pour s'en convaincre.

EYEDRESS - Toxic Masculinity (Clip, 2018)

  Autre gros point fort : l'alternance entre les guitares et les synthés au premier plan, donnant des morceaux plus proches du rock indé dans le premier cas, comme le très The Drums / DIIV "Cocaine Sunday" et la plus apaisée et psychédélique "Cure For Cancer", voire "Be A Better Friend" qui emprunte des idées de mixage au shoegaze. 

EYEDRESS - Be A Better Friend (Live, 2018)

  Et dans le deuxième cas des ballades synthétiques comme les belles "White Girl", "PTSD", "Nice Girl From a Nice Part of Town" et "Young Old Man". Voire la curieuse et très réussie "Sensitive G", clairement inspirée par la G-Funk.

EYEDRESS - Sensitive G (Clip, 2018)

 C'est néanmoins la guitare qui domine l'album, comme l'attestent des morceaux comme "Stay Calm", "Window Eyes" avec Fazerdaze. Ce qui est notable, c'est la variété de sons et de styles de jeu qu'il arrive à tirer de cet instrument, en utilisant à fond toutes les possibilités, allant du shoegaze à la pop indé 90's en passant par la guitare folk façon Mac Demarco ("Suntory Times", "Sleeping On the Couch", "My Child / Old Soul"). Avec en second plan une basse cruciale et des boîtes à rythmes minimalistes mais parfaitement dosées, comme chez la géniale Sneaks

EYEDRESS - No Love In The City (Clip, 2018)

  Un autre élément qu'on sent maîtrisé est la construction globale du disque, jonglant habilement entre morceaux calmes, voire contemplatifs ("Babygirl") et morceaux plus hargneux pour faire monter et baisser l'intensité comme l'intense et génial "Xenophobic" et sa basse à la New Order / The Cure insistante et sa voix noyée sous les effets, ou les presque punks (PiL) et gothiques "No Love In The City" et "No Fun", d'une intensité rarement atteinte dans la pop (je n'ai que Sealings en tête).

EYEDRESS - No Fun (Clip, 2018)


  EYEDRESS utilise les référents du post-punk et de la pop indé comme tremplins pour exprimer sa créativité unique, et maîtrise ces genres (et bien plus encore) à la perfection, les assaisonnant de goth, de shoegaze, de synthpop, de folk, de psychédélisme, et j'en passe, pour en ressortir des morceaux concis, immédiats et beaux, sans toutefois faire de concessions sur son son, brut et minimaliste, presque tranchant. Un grand disque. 

Mes morceaux préférés : Ancient Love, Alone Time, Toxic Masculinity, No Fun, Xenophobic, No Love in the City
Ecouter sur Spotify ou Deezer ou Bandcamp

Alex



lundi 2 juillet 2018

John Maus - Addendum (2018)

  Lorsque John Maus se préparait à sortir le génial Screen Memories (2017), il s'est rendu compte qu'il avait assez de chansons pour deux albums. Il a donc planifié la sortie de cet Addendum qui porte bien son nom. Issu des mêmes sessions en majorité ("1987" et "I Want To Live" étant même déjà sortis),  et avec l'aide de son compère de toujours Ariel Pink pour co-écrire "Privacy", cet album en partage la même origine musicale : des compositions de haute volée de celui qui est capable d'utiliser des techniques de compo du Moyen-Âge avec des gammes orientales tout en sonnant comme un mélange de The Cure, New Order, Depeche Mode, Orchestral Manoeuvres In The Dark et Ariel Pink justement.   

John Maus - Episode (2018)

  Entre le merveilleux et le sombre, le mystérieux et la clarté, ces morceaux sont tous de petits singles déviants en puissance. L'album commence fort, que ce soit avec "Outer Space", propulsé par une basse bondissante, structurée par des éclats synthétiques et terminée par un solo de guitare épique délicieusement kitsch, ou "Dumpster Baby" avec sa mélodie mémorable à la Kraftwerk, son chant grave aux échos gothiques et sa basse implacable. Le premier single, "Episode" fait d'ailleurs dans la pop post-Kraftwerk, quelque part entre la noirceur insondable des premiers New Order et la légèreté pop des premiers OMD, tandis que "Drinking Song" évoque presque les japonais de Yellow Magic Orchestra, avec un twist moderne plus dark façon MGMT, Grimes ou Metronomy période Nights Out. Le côté un peu over-the-top est très présent sur "Running Man", entre néo-80's/retrowave et classique joué avec des synthés sous speed comme chez Wendy Carlos

  La basse est un élément majeur de ce disque, c'est souvent elle qui ressort derrière les nappes de synthé et le chant caverneux plein de reverb, comme sur "Figured It Out" "Mind The Droves", ou la géniale et très catchy "I Want To Live" accentuant la comparaison avec New Order. C'est également elle qui donne ce côté pop, mémorable, comme sur "Middle Ages" qui sonnerait presque comme du Pet Shop Boys psychédélique. Le chant structure également certains morceaux d'un point de vue harmonique, comme "Privacy" et ses éclaboussures de synthés métalliques. Mais le plus pop de tous reste le quasi slow "Second Death", qui sonne comme si les Modern Talking avaient été moines. "1987" met également le chant davantage en avant en focalisant le mix sur la boîte à rythme et les synthés rythmiques. 


  C'est donc un superbe album qui tient largement la comparaison avec Screen Memories, qui a la bonne idée d'être concis et de ne comporter que des chansons mémorables, avec une accroche pop évidente permise par le chant assez présent, les synthés aux mélodies accrocheuses et surtout un génie constant dans les lignes de basse. Un très très bon album !

A écouter sur Spotify ou Deezer

Alex



lundi 2 avril 2018

Cavern of Anti-Matter - Hormone Lemonade (2018)


  Le trio Cavern of Anti-Matter est formé autour de Tim Gane co-leader du groupe franco-britannique Stereolab, dont faisait également partie Joe Dilworth, présent ici également, et du "nouveau" Holger Zapf. Ce dernier a construit un système modulaire par lui-même, et c'est autour d'improvisations rythmiques de Zapf utilisant ses machines que s'est construit cet album, le groupe éditant et overdubbant leurs parties par dessus, donnant un résultat très krautrock à l'ensemble ("Malfunction"), avec de petites touches d'électro-rock à la Suicide mêlé de new wave british sur "Make Out Fade Out".

Cavern Of Anti-Matter - Make Out Fade Out (2018)

  Qu'on pense à Neu! ("Phase Modulation Shuffle"), Ash Ra Tempel ("Outersone Jazs"), à de la techno ("Solarised Sound") ou même à des musiques de jeux vidéos ("Motion Flow", "Phantom Melodies"), c'est toujours magnifiquement exécuté. Les influences se mêlent comme sur "Automatic Morning"Kraftwerk rencontre le funk tropical, et on oublie même que l'album est instrumental tant il est prenant. Et apaisant aussi, comme des petits Autobahn modernes (la transe de "Remote Confection", ou "Feed Me Magnetc Rain", qui finit tout de même sur une ambiance plus rêche).

Cavern Of Anti-Matter - Phase Modulation Shuffle (2018)

  L'album, sorti sur leur label berlinois Duophonic, est une réussite totale, assez anachronique mais pleine de charme, apaisante et prenante à la fois. Une merveille, en somme.


Alex