Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes
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samedi 23 mai 2020

ARTHUR - Hair of the Dog (2020)


  ARTHUR, que vous avez peut-être déjà croisé ici (mon album de l'année 2018, et quelques uns de mes EPs préférés de ces dernières années, c'était déjà lui), propose aujourd'hui un nouvel album, Hair Of The Dog, dont je vais vous parler avec plaisir aujourd'hui. Au-délà du titre, c'est également une suite musicale directe à Woof Woof (2018), avec un côté encore plus concis, direct, pop et maîtrisé tout en allant plus loin sur certains aspects expérimentaux de production. 

  Très bon exemple de cette démarche, le single "Feel Good" commence avec une intro percussive qui pose l'ambiance avec un sound design particulièrement intéressant avant d'apporter une mélodie pop immédiate comme du Beach Boys, mais traités comme chez Animal Collective période Centipede Hz ou Painting With. On a tout : la mélodie immédiate, les gimmicks accrocheurs des arrangements, le rythme entraînant, mais tout celà est agrémenté d'éléments dissonants, de sons et d'effets de production très travaillés et extraterrestres, mais sans trop en faire et en préservant le côté pop du morceau de base. C'est un peu la suite logique de la lignée qui part de glorieux aînés 60's (Beatles psyché, United States of America, Fifty Foot Hose, Silver Apples, Residents...) en passant par les Flaming Lips (avec Dave Fridman et Mercury Rev) puis MGMT, pour aller jusqu'à Connan Mockasin.

ARTHUR - Feel Good (2020)

  Beaucoup de ces morceaux sont assez courts et se fondent les uns dans les autres, formant une suite, une sorte de mini symphonie électro-pop psyché, comme si Brian Wilson était un enfant des 90's biberonné à Kid A et MGMT ("Fatalist"/"I Don"t Want To Talk To You"/"Epic"). Et dans l'ensemble, on a malgré tous les effets psyché et électroniques une certaine retenue dans la production qui rend les morceaux plus lisibles, pop et accessibles ("William Penn", "You Are Mine").

  D'ailleurs, une certaine idée du songwriting pop-rock indé 90's, de Elliott Smith à Daniel Johnston, est également présent en creux, comme sur "I Don't Want To Talk To You" ou  la très Lips (au sens large, avec des influences des Lips des débuts 80's plus rock indé jusqu'à la période électropop) "Fix", et ça n'est pas si étonnant lorsqu'on repense à l'influence de Pavement sur Animal Collective (et sur "Simple Song" ici). Pour la période, les influences cartoon post-Residents rappellera aussi aux 20-30 ans la période des cartoons délirants des Nickelodeon et Cie des années 90-2000.

ARTHUR - Fix (2020)

  Quelques éléments nouveaux viennent nourrir la musique d'ARTHUR, et des éléments nu-disco/chillwave à la Neon Indian ou Saint Pepsi, mais aussi jazz-funk, viennent ponctuer la très bonne et assez pop "No Tengo". On a même un couplet rap très cool de Caleb Giles sur la belle "Something Sweet". Les sonorités sont donc variées, mais les ambiances également, puisqu'elles sont tour à tour surréalistes, joyeuses, joueuses, ironiques, mélancoliques, souvent un peu tout en même temps ("Biz").

  Je l'ai évoqué, ARTHUR sait prendre le temps d'instaurer une ambiance malgré une prime à la concision. Par exemple, la géniale "8 Melodies", qui ouvre le disque, prend vraiment le temps de la mise en place en ajoutant des couches d'arrangements pop délicieux avant d'introduire le chant en fin de morceau pour une conclusion d'autant plus savoureuse. Et comme je l'ai également suggéré, l'album est extrêmement bien construit et fluide, avec des morceaux qui partent du précédent et amènent au suivant, l'album prenant en ampleur à chaque transition ("Man Has Made Himself" qui ouvre sur "Fix", etc...).

ARTHUR - 8 Melodies (2020)

  En fin de compte, même si Hair Of The Dog n'a pas pour lui l'effet de surprise à couper le souffle qui accompagnait les premières sorties d'ARTHUR, et qu'on est désormais en terrain connu, il continue à émerveiller tout autant avec ce deuxième long format hyper maîtrisé et totalement dingue à la fois, aussi profond que fun, aussi pop qu'expérimental, et c'est une vraie prouesse artistique.

Mes morceaux préférés : 8 Melodies, Feel Good, I Don't Want To Talk To You, Fix, William Penn



Alex


mercredi 22 avril 2020

TOPS - I Feel Alive (2020)


  Les TOPS nous avaient charmés avec leur précédent opus en 2017, et les singles de cet album étaient à l'avenant, c'est donc avec hâte qu'on s'est plongés dans ce I Feel Alive tout frais sorti. 

TOPS - I Feel Alive (Clip, 2020)

  Si l'album opte pour une production plus grosse, plus moderne aussi, un peu plus "gros son" tout en étant plus clean, on retrouve sa patte sans problème et les tubes sont toujours là. Comme "Direct Sunlight", et son groove néo-disco avec basse slappée, synthés qui éclaboussent et flûte, qui marqué d'entrée de jeu pas mal de points et se termine presque dans une ambiance jazz smooth. 

TOPS - Direct Sunlight (2020)

  Puis viennent les grands moments de pop indé : "Colder & Closer" (plus électro-pop), la géniale "Witching Hour""I Feel Alive" et sa guitare british 80's, ainsi que sa production grandiose pas si loin des sommets de Tennis"Pirouette" mêle habilement influences funky et pop-rock indé, avec un chant susurré, le tout rappelant Niki & The Dove -ce qui est un grand compliment pour ma part- tout comme "Looking to Remember", "Too Much" et "OK Fine Whatever".

TOPS - Colder & Closer (Clip, 2020)

  Autre morceau de pop indé néo-80's post-Smiths et post-DIIV, la sautillante, "Drowning In Paradise" possède quelques mots en français. Les morceaux moins immédiats se révèlent être des réussites totales, comme "Ballads & Sad Movies", très Kate Bush, ou "Take Down", son ambiance de velours, avec son je-ne-sais-quoi de Sade.

  C'est un petit bijou du genre : frais, immédiat et doté de cette évidence pop qui touche à la grâce.

Mes morceaux préférés : Direct Sunlight, I Feel Alive, Pirouette, Ballads & Sad Movies, Witching Hour, Colder & Closer


Alex


vendredi 3 avril 2020

Spectres - Nostalgia (2020)


  C'est dans un registre familier qu'opère le groupe Spectres, de Vancouver : quelque part entre Joy Division, The Cure, The Chameleons, The Smiths et plus récemment Interpol ou The Horrors. C'est donc en terrain conquis -pour ma part- qu'ils peuvent déployer des titres comme "The Head and the Heart" ou la géniale "Dreams" et remporter la mise. 

Spectres - Dreams (2020)

  Si quelques envolées épiques un peu too much gâchent un peu le plaisir, comme chez le U2 des stadiums (sur "Years Of Lead" notamment), il y a assez de savoir-faire pour compenser, notamment dans la relance des morceaux, jamais linéaires, toujours intéressants dans leurs détails, leurs arrangements, leur structure, ou leur intensité, comme sur les urgentes "Along the Waterfront""The Call""When Possessed Pray" et surtout "Pictures From Occupied Europe".

  Des petits détours chez New Order ("Fate") titillent les centres du plaisir sans tomber dans le pastiche stérile, tandis que des titres comme le rythmé "Insurgence" diversifient le propos musical.

Spectres - Pictures From Occupied Europe (2020)

  En bref, un bon petit album de genre, dont l'exercice de style est transcendé par une interprétation convaincue et exigeante.

Mes morceaux préférés : The Head and the Heart, Dreams, Pictures from Occupied Europe, Fate


Alex

vendredi 17 mai 2019

Mac Demarco - Here Comes The Cowboy (2019)


  This Old Dog, dernier album de Mac Demarco en date, m'avait déjà surpris par son côté minimaliste, quasi folk, et ses détours synthpop, nocturnes et mélancoliques. Here Comes The Cowboy, c'est exactement ça, en plus poussé et moins ambitieux, c'est à dire une épure totale musicalement, un tout très apaisé, calme, laid-back, avec des guitares folk/blues/country et des synthés chill à la Homeshake. D'ailleurs, l'intro "Here Comes The Cowboy" n'est rien d'autre qu'un riff bluesy répété à l'envie, avec une seule ligne de chant (le titre), déclamé calmement mais avec humour. Ce titre met d'emblée l'auditeur dans l'état d'esprit posé, contemplatif, nécessaire à l'appréciation de l'album. 

Mac Demarco - Nobody (Clip, 2019)

  Mais aimer cet album, ça n'est pas très difficile, tant le songwriting délicat est beau et intemporel, et l'interprétation touchante. Quelques-unes des plus belles chansons de Mac s'y trouvent : "Nobody" est déchirante, "Finally Alone" magnifique, notamment avec son refrain chanté d'une voix de tête, sur des synthés doux. Qui, comme sur la jolie "Heart To Heart", rappelle le groupe de Peter Sagar et les détours synthétiques du précédent LP. "Preoccupied" est aussi tranquille et langoureuse qu'une bossa. 

  Le côté crooner sous nicotine de certains de ces titres me parle bien, ça évoque Dylan ou Sinatra, ça remonte loin, c'est couillu d'aller sur ce terrain, pas vendeur d'un côté et pas facile de convaincre les puristes de l'autre, respect. Je pense notamment à la magnifique "K", et à la très touchante "All Of Our Yesterdays"De manière générale, la plupart de ces pop songs douces auraient pu sortir n'importe quand entre les années 50 et maintenant, et c'est ce songwriting sans âge (y'a un petit truc jazzy parfois, comme sur "Skyless Moon"), classe sans trop en faire, qui fait la beauté du truc. Par exemple, "On The Square" et ses accords classe auraient pu venir de Billy Joel, Carole King, Harry Nilsson ou des Beatles. Mais c'est sur ce bel album que vous la trouverez.

Mac Demarco - On The Square (Clip, 2019)

  Les autres morceaux, souvent plus espiègles, ne sont pas en reste. J'adore notamment le chant aigu et la guitare bluesy de "Little Dogs March", le funk de "Choo Choo" passe également très bien, et renvoie à une irrévérence très anglaise dans l'esprit (on peut penser à McCartney dans ses débuts en solo ou à un Damon Albarn d'humeur joueuse), mais également assez proche de la démarche touchante, timide et planquée derrière un rideau d'humour et une imagerie enfantine de Jonathan Richman. Je trouve des inflexions très Blur également dans "Hey Cowgirl", quelque chose dans le chant. 

  L'album se termine d'ailleurs par un "Baby Bye Bye" qui sent autant la comptine que le bayou, suivi par une piste cachée, genre de jam autour du funk de "Choo Choo" assaisonnée de rires façon Joker, de cris bluesy comme quand Paul McCartney voulait déconner sur le White Album, et de "yee-haa" dans le thème du disque. 

  Ce côté déconne, décalé, se retrouve également dans les visuels de l'album, des clips classiques, sobres et dépouillés où Demarco porte des masques de monstres hideux (et dans le clip WTF de l'intro aussi). Comme un écran, ces images cachent le malaise de ce grand enfant perdu et pudique (on pense au costume de gorille de Harry Nilsson sur "Coconut" dans le même genre), et c'est assez touchant. On sent tout au long de ce disque la sensibilité à fleur de peau de l'artiste, et pour l'avoir vu se défoncer la tête au cours d'un concert qui a mal fini alors qu'il commençait magnifiquement, j'espère pour lui, humainement, que le chemin vers plus d'apaisement va suivre son cours. Ce disque sobre et beau sonne comme ça en tous cas, on ne peut qu'espérer pour lui que ce soit le cas.

Mac Demarco - All Of Our Yesterdays (2019)

  En attendant, c'est une oeuvre d'une beauté classique assez indiscutable, et même si Demarco est souvent farceur, son talent de mélodiste et d'interprète transcendent ces facéties et rendent vital un album qui aurait pu être monotone. Un très beau disque, faites l'effort de l'écouter vraiment si vous en avez le temps et l'envie, et ne perdez pas de temps à lire des critiques souvent négatives de gens qui à leur lecture n'ont pas pris le temps de l'écouter correctement. 

Mes morceaux préférés : Nobody, Finally Alone, Heart To Heart, Preoccupied, K, All Of Our Yesterdays, Skyless Moon, On The Square

A écouter sur Deezer ou Spotify

Alex


mardi 16 avril 2019

The Drums - Brutalism (2019)


  The Drums, maintenant c'est Jonny Pierce tout seul. Mais pas tout à fait, il s'est par exemple entouré de musiciens pour enregistrer ce tout nouvel album, contrairement à son précédent où il jouait de tout. Et il a voulu également retrouver un côté brut, se replongeant dans l'état d'esprit qu'il avait avant de signer en maison de disque afin de produire le disque pop qu'on lui a refusé à l'époque, préférant le rock indé qui fera son succès (et le bonheur de nos oreilles). 

The Drums - Body Chemistry (2019)

  Il y a toujours eu une bonne dose de synthpop chez les Drums, et parfois les synthés (et la voix de Pierce) sont maîtres, comme sur la très bonne pop song minimaliste "Pretty Cloud". Mais ils partagent tout de même souvent la première place avec le duo basse/guitare ("Body Chemistry", "Brutalism", "Loner", "Kiss It Away"). 

  Ce qu'on remarque assez vite, c'est la beauté de ces chansons, aux mélodies soignées et immédiatement plaisantes, et aux choeurs délicats. Ce côté pop, volontiers rythmé ("Blip Of Joy") et n'ayant pas peur de plaire, accouche de belles réussites comme le classique instantané "626 Bedford Avenue". Pierce, connu pour ses morceaux assez sombres, s'aventure même du côté de la ballade rock ("I Wanna Go Back", qui a un côté 90's, un peu La's) ou folk ("Nervous").

Jonny Pierce - 626 Bedford Avenue (2019)

  C'est un album réussi de plus pour les Drums, sur lequel Pierce arrive de plus à ouvrir de nouvelles voies à sa musique en privilégiant une approche pop moins marquée par le post-punk british, upbeat mais sombre, qui a fait sa marque de fabrique. C'est l'oeuvre d'un authentique artiste autant que d'un artisan qui se cherche à travers son art, et c'est surtout très beau.

Mes morceaux préférés : Pretty Cloud, Body Chemistry, 626 Bedford Avenue, Brutalism

A écouter sur Spotify ou Deezer

Alex


jeudi 29 novembre 2018

EYEDRESS - Sensitive G (2018)


  Tombé un peu par hasard sur EYEDRESS, j'avais adoré son très court mais très bel EP sorti plus tôt dans l'année. Voyant quelques singles sortir, je me précipite sur sa page, pour découvrir avec surprise que le philippin avait carrément sorti un album, je m'y suis donc plongé curieux et emballé, et je n'ai pas été déçu.

  Dès la première chanson, "Ancient Love", on passe par milles émotions. Le music nerd s'émerveillera de la fragilité presque TV Personalities du morceau, du son très post punk voire psychobilly (à tendance Jesus & Mary Chain aussi, on va jusqu'à reprendre partiellement le beat de "Just Like Honey", piqué à la Motown et à Phil Spector), des digressions contemplatives de la guitare psychédélique, mais tout cela n'est pas très important, si ce n'est pour évoquer le fait qu'EYEDRESS maîtrise son sujet et que ça se sent, dans le naturel avec lequel le titre se structure, dans sa justesse au niveau des arrangements, dans la délicatesse et l'intensité de l'interprétation également. Un début en beauté.

  Le morceau d'après est une petite perfection pop. "Alone Time", très Empire of the Sun dans le chant, beaucoup plus lo-fi dans la musique, ce qui est plutôt une bonne chose, entre guitares exquises et boîte à rythme façon madeleine de Proust. Un des morceaux phares du disque. Dans l'ensemble, la new wave revisitée d'EYEDRESS, légèrement modernisée par une vision moderne à la Ariel Pink du mouvement, fait toujours mouche, cf l'autre excellent single "Toxic Masculinity" pour s'en convaincre.

EYEDRESS - Toxic Masculinity (Clip, 2018)

  Autre gros point fort : l'alternance entre les guitares et les synthés au premier plan, donnant des morceaux plus proches du rock indé dans le premier cas, comme le très The Drums / DIIV "Cocaine Sunday" et la plus apaisée et psychédélique "Cure For Cancer", voire "Be A Better Friend" qui emprunte des idées de mixage au shoegaze. 

EYEDRESS - Be A Better Friend (Live, 2018)

  Et dans le deuxième cas des ballades synthétiques comme les belles "White Girl", "PTSD", "Nice Girl From a Nice Part of Town" et "Young Old Man". Voire la curieuse et très réussie "Sensitive G", clairement inspirée par la G-Funk.

EYEDRESS - Sensitive G (Clip, 2018)

 C'est néanmoins la guitare qui domine l'album, comme l'attestent des morceaux comme "Stay Calm", "Window Eyes" avec Fazerdaze. Ce qui est notable, c'est la variété de sons et de styles de jeu qu'il arrive à tirer de cet instrument, en utilisant à fond toutes les possibilités, allant du shoegaze à la pop indé 90's en passant par la guitare folk façon Mac Demarco ("Suntory Times", "Sleeping On the Couch", "My Child / Old Soul"). Avec en second plan une basse cruciale et des boîtes à rythmes minimalistes mais parfaitement dosées, comme chez la géniale Sneaks

EYEDRESS - No Love In The City (Clip, 2018)

  Un autre élément qu'on sent maîtrisé est la construction globale du disque, jonglant habilement entre morceaux calmes, voire contemplatifs ("Babygirl") et morceaux plus hargneux pour faire monter et baisser l'intensité comme l'intense et génial "Xenophobic" et sa basse à la New Order / The Cure insistante et sa voix noyée sous les effets, ou les presque punks (PiL) et gothiques "No Love In The City" et "No Fun", d'une intensité rarement atteinte dans la pop (je n'ai que Sealings en tête).

EYEDRESS - No Fun (Clip, 2018)


  EYEDRESS utilise les référents du post-punk et de la pop indé comme tremplins pour exprimer sa créativité unique, et maîtrise ces genres (et bien plus encore) à la perfection, les assaisonnant de goth, de shoegaze, de synthpop, de folk, de psychédélisme, et j'en passe, pour en ressortir des morceaux concis, immédiats et beaux, sans toutefois faire de concessions sur son son, brut et minimaliste, presque tranchant. Un grand disque. 

Mes morceaux préférés : Ancient Love, Alone Time, Toxic Masculinity, No Fun, Xenophobic, No Love in the City
Ecouter sur Spotify ou Deezer ou Bandcamp

Alex



dimanche 25 mars 2018

Halo Maud - Du Pouvoir EP (2018)


  On découvert Halo Maud en 1ère partie de Baxter Dury à Nantes, et c'était vraiment un superbe live. Du coup, je me suis précipité sur internet pour écouter ce qu'elle faisait (vous imaginez bien que c'est un peu hyberbolique, je suis juste allé me coucher en rentrant du concert hein). Et je suis tombé sur cet EP, Du Pouvoir, ressorti en cette année 2018 à partir d'une première version parue l'an dernier, et dont certains morceaux datent de 2015. EP dans lequel je me suis vite retrouvé, étant donné qu'elle et son groupe nous en avaient joué plusieurs morceaux. D'ailleurs, elle, c'est Maud Nadal. Amie de longue date de la Melody de Melody's Echo Chamber, elles ont collaboré toutes les deux sur les projets de l'une et de l'autre, ainsi qu'avec d'autres éminents membres de ce petit cercle (dont Moodoïd). Musicalement, on pense évidemment à la galaxie Tame Impala à laquelle ont peut rattacher ces deux derniers groupes, ainsi qu'à des artistes comme Barbagallo, avec lequel elle partage un certain soutien du très bon et pointu "collectif" La Souterraine


Halo Maud - Du Pouvoir (Clip, 2017)

  Et de manière plus large, on navigue entre pop française moderne (François & The Atlas Mountains, Petit Fantôme...) et pop indé au sens large, du néo-psychédélisme au shoegaze en passant par l'électro-pop. On pensera également à Jane Birkin en entendant le chant de "Du Pouvoir/Power", magnifique pop song fragile et intense à la fois, chantée en français et en anglais. Cette intensité, on la retrouve sur la prenante "Baptism" et son mantra obsédant et inquiétant "what happened after ? / I don't remember". D'un point de vue arrangements et production, Maud met en valeur ses mélodies en les enrobant de nombreuses couches mais en les laissant apparente, trouvant un équilibre délicat et très plaisant entre ligne claire et mille feuille pop. 


Halo Maud - Baptism (Clip, 2017)


  Son "minimalisme expansif" trouve sa plus belle expression dans la belle "A la fin", alternant entre une ligne mélodique sur le fil, à nu, et de petites explosions rock. Sur ce morceau, ainsi que sur "Dans la nuit", elle explore également une direction un peu plus synthétique très intrigante et plus qu'intéressante, évoquant là encore le versant le plus électro-pop de Melody's Echo Chamber, façon "Quand Vas-Tu Rentrer ?".


Halo Maud - A La Fin (Clip, 2015)

  C'est vraiment un superbe EP, qui donne envie d'en entendre davantage de sa part. Et en plus, c'est encore meilleur en live que sur disque.

A écouter sur Spotify ou Deezer ou son Bandcamp


Alex



  

mardi 6 février 2018

Dragon Rapide - See The Big Picture (2018)


  Le trio Dragon Rapide est un des groupes de rock indé français les plus intéressants avec -au hasard- les rennais de Kaviar Special. Signés sur le label Freemount Records, ils jouent un rock référencé mais aux influences plutôt large, chanté en anglais, et tirant régulièrement sur la pop.

  Des références, on va largement en parler ici. On entend la pop-punk des Buzzcocks ou le côté joueur du rock de Weezer ("I don't want to", "Soon A Son"). Ailleurs, c'est l'influence de la scène pop-rock indé des années 80-90  qui marque, avec des noms comme Sonic Youth ou Pixies qui viennent en tête, pour leur son et plus largement pour la construction des morceaux oscillant entre calme et électricité typique de ces groupes proto-grunge ("I don't want to", "Sucker Punch"). Et c'est la pop indé créative de Beck ou Eels avec laquelle "Astoria" ou "Spinning Top" ont un certaine parenté.

  On entendra aussi le lien entre le Bowie période glam et la britpop de Blur, via l'influence décisive du groupe Suede sur des titres glam comme "Out Of Time" et sa guitare lead marquante, la très bonne et très mélodique "Never Be The Same" ou "Soul Doctors". Le post-punk des Talking Heads, PiL ou de Television est aussi invoqué sur "Something New" et "Ugly Face", les aînés du Velvet Underground et leur héritage punk marquant quant à eux le boogie glam destroy de "Nostalgia" au pont psyché cosmique très réussi ou "Ugly Face"

Dragon Rapide - Something New (Clip, 2018)

  Plus récemment, la scène pop rock des années 2000 a aussi marqué le groupe, on entend le disco-punk de The Rapture et The Sunshine Underground (lui-même réminiscent des Gang Of Four) sur "Odyssey" et sa rythmique syncopée à la cowbell, ou le côté funky de certains Strokes et des Virgins sur "Bummed". Et pour le côté français, la puissance de "Sucker Punch" rappelle Stuck In The Sound tandis que ce sont mes chouchous les Bewitched Hands qui sont convoqués via de célestes chœurs pop ultra mélodieux sur "Astoria" ou "Never Be The Same".

Dragon Rapide - Bummed (2018)

  Mais même si ce jeu de décorticage des influences est amusant, il est loin de résumé un album finement réalisé. D'ailleurs vous aurez remarqué que certains morceaux ont été cités plusieurs fois ci-dessus, preuve d'une vraie maîtrise du groupe utilisant ces référents souvent ensemble, pour en faire autre chose, loin du pastiche. Et ils osent même des juxtapositions étonnantes, comme sur "Something New" dans laquelle ils collent un banjo donnant une coloration country-folk sur un groove funk-rock génial me rappelant les Talking Heads en début de morceau avant de virer en britpop façon Oasis

  Les morceaux sont bons, concis, le disque passe très vite sans qu'on ait le temps de rentrer dans une routine malgré son homogénéité et son intégrité, grâce à toutes ces petites variations. Le son et la production sont impeccables, ce qui ajoute au plaisir d'écoute, et les voix et les choeurs très pop contrastent agréablement avec une musique souvent assez rock, ce qui est une très bonne surprise et distingue vraiment le groupe. Et puis, le nerf de la guerre, c'est à dire les chansons, sont là, on sent un vrai savoir-faire dans le songwriting avec une successions de bonnes idées toutes bien exécutées. Et une interprétation du groupe compacte et efficace, donnant vraiment envie de les voir en live, si possible dans un pub tant qu'à faire, tant on sent ces morceaux bâtis pour la scène.


  Bref, on a vraiment affaire avec cet album à une très bonne sortie de rock français, un projet qu'on sent vraiment mûri (même l'artwork est très cool), et qui fait du bien à entendre tant le genre et la provenance géographique rendent l'entreprise délicate à aboutir et donc rare et précieuse lorsqu'elle est comme ici aussi aboutie.
Bonne écoute !


Alex


lundi 18 décembre 2017

MGMT - Little Dark Age & When You Die (Singles & Clips, 2017)


MGMT - Little Dark Age (Clip, 2017)

  D'abord, les MGMT ont sorti "Little Dark Age", ce premier single, en éclaireur d'un album prévu pour 2018. Ne se révélant pas dès la première écoute, il devient pourtant vite addictif grâce à des refrains gothiques à la The Cure prenant bien leur temps et instaurant une vraie atmosphère, et un refrain synth-pop baroque et électro-pop absolument génial et inoubliable. Avec une superbe suite d'accords, peu commune, et une fois de plus la production de Dave Fridmann si particulière (personne n'aurait mixé le synthé basse en arpeggiator aussi haut, pourtant c'est merveilleux). Une chanson absolument géniale, une des meilleures de cette année, et un gros retour en forme d'un groupe qui avait divisé en 2013 malgré un album plutôt bon (mais déroutant) porté par de merveilleux singles ("Alien Days" et "Plenty Of Girls In The Sea" en tête). Et le clip est drôle et artistique, un peu comme celui de "Your Life Is A Lie" en plus gothique.


MGMT - When You Die (Clip, 2017)

  Puis le groupe a rapidement repris la main en publiant un deuxième single assez rapidement, "When You Die". Plus 60's et psychédélique (sur le pont surtout) que son prédécesseur, il a quand même ce mêm côté coldwave, marié à des ambiances plus pop-folk et un petit truc glam 70's voire 80's avec ces petites incursions presque asiatiques. Et comme son prédécesseur, il s'apprécie avec les écoutes et se révèle au fur et à mesure. Ce qui est toujours un excellent signe, surtout venant de ce groupe. Ah oui, et apparemment le clip (très intéressant) est une représentation très fidèle de ce qu'on voit pendant un trip au LSD. Si internet le dit, c'est sûrement vrai.

  Bref, il y a vraiment de quoi attendre avec impatience ce nouveau MGMT qui s'annonce déjà comme un grand disque de 2018. En espérant ne pas être déçus !
Bonne écoute

Alex




vendredi 8 décembre 2017

TOPS - Sugar At the Gate (2017)

  Parmi les groupes ayant vraiment décollé cette année, je suis content que les très bons canadiens de Tops se soient démarqués. J'avais beaucoup aimé Picture You Staring (2014), puis j'avais découvert le tout aussi superbe Tender Opposites (2012), et j'ai donc été agréablement surpris de voir Spotify me proposer d'écouter leur single "Petals" en ce début d'année 2017. D'autant qu'il est absolument génial ce single. Comme une version plus pop-rock de Niki & The Dove, comme une relecture enlevée du "Dreams" de Fleetwood Mac, dans la lignée d'artistes comme Prince, Joni Mitchell, Kate Bush (cf "Cutlass Cruiser"), notamment sur un titre épuré, intense et bien écrit comme "Marigold & Gray". Pas passéiste pour un sou, leur musique s'inscrit pourtant par sa qualité et sa pureté dans un lignage artistique de haute volée ("Hours Between" est belle comme du Cure, immaculée comme du Coldplay période Parachutes, fine comme du jazz, mystérieuse comme du Cocteau Twins, et charmante et charismatique en plus de cela).

  Mais on peut aussi observer un certain cousinage avec la scène indé des années 2000 et 2010 (Family Of The Year, Girls, Cellars, OMNI, Interpol voire The xx...) comme on peut l'entendre sur la rock "Dayglow Bimbo" aux guitares déchirantes. 

TOPS - Petals (Clip, 2017)

  Et tout l'album est à l'avenant. Une pop aérée, presque californienne, un poil synthétique mais encore très organique, très "vieux studios", fin 70's, début des 80's. Comme sur "Cloudy Skies", portée par une voix de velours, une instrumentation qui prend son temps, une rythmique hachée et des nappes de synthé rétro. "Further" verse presque dans la synthpop avec là encore un chant hyper mélodieux et une instrumentation sobre mais catchy (claviers, guitare et batterie inclus). Tout comme "Second Erase", quasiment aussi bonne. Cette démarche est poussée à son paroxysme sur le moins sage, disons plus débridé "Topless" clôturant à merveill l'album

  La diversité des genres abordés sur l'album et l'implantation du groupe dans la Great American Music sont apparents dans "I Just Wanna Make You Feel" évoquant autant la pop-folk indé post-Belle & Sebastian, que la soul sixties et que les artistes pop les plus doués de ces dernières années (Daniel Caesar, Moses Sumney, Blood Orange...). 

  Bref, qu'on ait de la pop épurée, des ambiances virant sur le country folk, une synthpop clinique déchirante, du rock indé ou des syncopes funk, le groupe est toujours au sommet, porté par le charisme incroyable de la chanteuse et claviériste Jane Penny et par leur précieux sens de la retenue.
A écouter d'urgence par exemple par ici.

PS : Je ne sais en revanche pas quoi penser de la pochette

Alex

jeudi 26 octobre 2017

Guerilla Toss, Jay Glass Dubs & Spinvis 2017


Guerilla Toss - GT Ultra (2017)

  Si vous aimez quand ça claque, écoutez ce disque. Qui démarre aussi sec par "Betty Dreams Of Green Men", une charge post-punk groovy comme du Tom Tom Club, tranchante, folle (et groovy) comme du Rapture, et excentrique (et groovy) comme du Of Montreal période Hissing Fauna... / Skeletal Lamping

Guerilla Toss - Betty Dreams Of Green Men (2017)

  L'électricité rageuse du groupe sait se fourvoyer joyeusement dans l'électronique entre noise, dissonances jazzy et outrances pop, sur "Can I Get The Real Stuff" ou "Crystal Run" avec même un peu d'autotune. Ou rester dans des climats plus pop-funk aux syncopes afro réminiscentes des deux groupes de Tina Weymouth (Talking Heads, Tom Tom Club) sur "TV Do Tell", "Dog In The Mirror", ou "The String Game" sur laquelle on se rend compte que les basses de ce groupe sont uniques.



  Cette folie permanente qui guide en permanence le groupe, c'est d'abord celle de Kassie Carlson, chanteuse géniale à l'énergie folle qui donne cette impulsion rock 2000's à l'ensemble du groupe (Kills, LCD Soundsystem, Brazilian Girls...). 


  C'est d'ailleurs à James Murphy de LCD qu'on pense en entendant le dernier morceau, "Dose Rate", qui aurait presque pu figurer sur This Is Happening. Ce n'est pas pour rien que le groupe est signé sur DFA... Et pour rendre à César ce qui est à César, c'est avant tout la synergie du groupe ensemble et avec la chanteuse qui accouche de tout ce qui se fait de mieux sur ce disque, à commencer par l'irrésistible "Skull Pop", le "Rock Lobster" des années 2010.

Guerilla Toss - Skull Pop (2017)

  La prod riche et chargée et les rythmes soutenus en rebuteront certains, mais la longueur raisonnable de l'album (8 titres) ainsi que le talent du groupe font passer tout cela très bien. L'album est donc vraiment à découvrir, par exemple par ici !


Jay Glass Dubs & Guerilla Toss - Jay Glass Dubs Vs Guerilla Toss (2017)

  Oh et si vous avez aimé checkez les versions dub de 4 morceaux du disque par l'américain basé à Athènes Jay Glass Dubs sur le super Jay Glass Dubs vs Guerilla Toss. Cet EP permet de bien mettre en valeur les côté post-punk, reggae et psychédéliques du groupe parfois un peu noyé sous le déluge funk-rock électronique, et non content d'être un indispensable compagnon au LP, c'est également une énorme réussite du genre, ce qui n'est pas rien en 2017.



Spinvis - Trein Vuur Dageraad (2017)

  Je vous propose après ça de rester dans un thème synthpop années 80 - pop-rock années 2000 dans les inspirations, mais dans un genre plus calme. En écoutant le dernier disque de Spinvis, groupe néerlandais emmené par son leader et seul "vrai" membre, Erik de Jong, véritable star du rock aux Pays-Bas et en Belgique avec déjà 7 albums à son actif sous ce nom depuis 2002.

Spinvis - Hallo, Maandag (2017)


  Le disque démarre parfaitement avec la folk-pop guitare-voix lo-fi de "Ergen Toen", magnifique de dénuement, qu'on croirait enregistrée dans une chambre. Hyper mélancolique et mélodique. On enchaîne avec un rock indé classique du début des années 2000 avec "Hallo, Maandag", quelque part entre The National, Biolay et les débuts de Coldplay, soutenu par de superbes arrangements orchestraux qui, avec le langage rugueux, contrebalancent à merveille la très (trop) catchy rythmique soutenue par le piano, et ce solo de guitare sursaturé. Cet équilibre entre sucré et amer permet un ensemble hyper réussi et intéressant à partir de parties qui dosées autrement auraient pu donner un énième titre indé indigeste. C'est là tout le génie du bonhomme. 


  On évite également la guimauve sur "Van de Bruid En De Zee" grâce à la retenue du chant et ce malgré les synthés façon 2e vague de synthpop anglaise. De même sur "Artis", qui a ce son clinique façon new wave diluée de la pop-rock des années 2000 (Infadels, Razorlight, Snow Patrol, Coldplay...), mais qui en fait bon usage comme seuls les meilleurs savaient le faire à l'époque, avec une science de la retenue aidée de la grande expérience de l'artiste et une inventivité dans les arrangements qui évite d'insister trop sur certaines sonorités (ce cor par exemple qui permet aux synthés de rester à leur place tout en redynamisant le morceau).

Spinvis - Artis (2017)


  Ca passe même très bien sur des ballades un peu pépères post-twee pop riches en glockenspiel à la Get Well Soon ("Tienduizend Zwaluwen" ou comment gagner au Scrabble en un titre de chanson, le morceau titre "Trein Vuur Dageraad" magnifié par des choeurs divins, ou la "Serenade" instrumental en fin de disque). Les arrangements simples et sophistiqués à la fois font mouche sur la dépouillée "Alles Is" et sur le magnifique duo de voix masculin/féminin "Wat blijft" et sa clarinette(?) qui me fait fondre. 

  Finalement, si on devait le rapprocher de quelqu'un, ce serait sûrement de Peter Von Poehl, artisan pop discret et toujours à la hauteur, creusant le sillon d'une pop intime pudique et émotionnelle, bouleversant par petites touches au risque de passer inaperçue pour les gens qui l'écouteraient trop vite ("Stefan en Lisette", magnifique et un chouia Dire Straits façon "Romeo & Juliet"). On croirait également entendre un titre de Biolay quand passe l'instru classieuse de la très bonne "De Kleine Symphonie"


Spinvis - Stefan en Lisette (2017)


  Et puis le disque arrive à varier en passant dans le jazz ("Nachtwinkle"), la folk de pub ("Dageraadplein", un peu comme du Renaud reprenant un truc irlandais après avoir écouté du Dylan, en version batave), de la pop-folk avec un côté intemporel aux sources du folk avec un côté mystique façon Leonard Cohen "Hij Danst").


  En bref, le disque est superbe, mais on a un peu le risque inverse du Guerilla Toss : celui de laisser indifférent car tout y est très propre, apaisé, calme, léché, réfléchi. Mais si vous êtes réceptifs à l'artiste et que vous prenez le temps de bien l'écouter, le jeu peut en valoir la chandelle. Dans le genre, je range ce CD avec I'm From Barcelona, Radical Face, Peter Von Poehl, Asaf Avidan et Get Well Soon, dans ce genre un peu ingrat de la pop à mi-chemin entre indé et mainstream, qui fait de la qualité mais n'est malheureusement reconnue à sa juste valeur par aucun des deux mondes. Et ça faisait longtemps qu'un disque du genre ne m'avait pas touché comme ça.

A vous de vous faire votre avis !


Alex

lundi 11 septembre 2017

The Drums - Abysmal Thoughts (2017)


  Je ne suis en général pas partisan du fait de lire les interview des artistes avant d'appréhender leur art, on a parfois trop d'explications qui désacralisent et démystifient trop la chose en y accolant des situations trop précises ou trop personnelles. Mais dans le cas de Jonny Pierce, seul membre encore à bord de The Drums, c'est tout l'inverse. A chaque album, ses anecdotes personnelles enrichissent sa musique. Il faut dire que le gars a du background : gay élevé dans une secte ultra de chez ultra (et chez les chrétiens US, y'en a des bien tarés), quitté successivement par deux piliers du groupe et amis très proches, ayant subi un divorce, il en a vécu des trucs. Et c'est toujours cette pop de fuite en avant, lumineuse et fragile dans un environnement sombre et oppressant, qu'il met en avant dans ce qui est désormais son projet solo. Pourtant, le son du groupe est inchangé, il est même radicalement moins électronique que sur ses merveilleux singles solo et sur les deux derniers disques (Encyclopedia surtout). 

  Les guitares post-punk et le chant accrocheur de Pierce guident l'auditeur dans les soubresauts rythmiques hérités des 80's, de Joy Division aux Chameleons en passant par Gang Of Four, The Jesus & Mary Chain, les Cure et toute la scène mancunienne. Et c'est la recette gagnante des trois premiers morceaux du disques, sublimés par la voix et le songwriting impeccables de Jonny : "Mirror", et "I'll Fight For Your Life", à la rythmique sèche quasi country et aux touches électroniques plus audibles, qui caractérisent bien la fuite en avant dont je parlais, et "Blood Under My Belt", digne successeur aux tubes "Let's Go Surfing" et "Money".

  Les guitares retrouvent à nouveau ce son plus américain, un poil country/folk, sur "Heart Basel", sous la pulsion coldwave intacte, ainsi que sur "Shoot The Sun Down" où l'aspect synthétique renforce la comparaison avec des groupes comme les Horrors et le Joy Division tardif, et enrichit le son d'une manière dramatique et bienvenue. Des ouvertures, il y en a aussi sur la new wave revisitée façon dub de "Head Of The Horse", sur le mid-tempo "Are U Fucked" à la limite de la dissonance et à la variation de rythme appréciable et théâtrale, dans les synthés marrants de "Rich Kids", ou sur la très étrangement mixée "Your Tenderness" aux accents électro aquatique et jazz easy listening façon Sting. Il y a même une chanson folk, "If All We Share (Means Nothing)", entre Sufjan Stevens, Panda Bear et Joni Mitchell. Et grâce à ces petites touches, même si le son reste très homogène, et si les chansons peuvent se ressembler pour une oreille non avertie, les hooks de chaque morceau, même sur les morceaux plus classiquement post-punk à guitares comme "Under The Ice" ou "Abysmal Thoughts" (qui a quand même des accents africains), sont uniques et mémorables, chacun à leur façon, derrière ces saccades rythmiques propulsives. Et chacun est indispensable à faire de cet album une grande réussite pop et rock.

  Je vous conseille donc vivement l'écoute de cette perle, impeccable de bout en bout, de la part d'un des meilleurs groupes de ces dix dernières années, et l'un des rares à savoir faire de la qualité guitare en main et à rameuter des jeunes en même temps avec une musique aussi personnelle. A écouter ici.

Alex