Je vole à Etienne sa rubrique "House Summer" pour vous présenter le label 777 Recordings, basé à Berlin et créé en 2013. Il abrite quantité d'artistes house de qualité avec une esthétique unique, de la house noisy à celle plus vaporeuse et mélodique, en passant par la techno brutale, l'acid, le hip-hop instrumental rétro et funky jusqu'à l'ambient.
C'est le cas notamment de Glyn et de sa lo-fi house onirique et vaporeuse, que l'on peut apprécier sur l'excellent "Identity Switch" de 2015 :
Mais au-delà de la perfection de Glyn, on peut également écouter des morceaux plus corrosifs, comme la grinçante et douce-amère "No Sugar", portant bien son nom, qu'on doit à FTP Up (2015):
On peut également admirer l'artisanat intriguant, lo-fi, post-vaporwave et psychédélique de l'excellentissime Seixlack dont je vous présente un superbe exemple ci-dessous avec l'obsédante "Metados" (2016):
On finit avec le brutal "August", de XAN, sorti cette année :
Je crois que beaucoup de monde a un "disque de vacances". Celui que les parents mettaient dans la voiture invariablement, tous les étés en prenant la voiture pour 8-10h de trajet sur la route des vacances. Ou que la petite soeur réclamait. Souvent un disque de variété française. Certains l'adorent toujours, d'autres ne peuvent plus l'écouter sans vomir, d'autres encore y attachent une nostalgie particulière. Le mien, c'était un best of de Joe Dassin, et j'aime encore tendrement ce disque. Dassin était un chanteur éminemment populaire, de variété pure, mais il le faisait avec un soin de détails, une ouverture et un amour pour son artisanat qui le font passer au-dessus de la variétoche télévisuelle de l'époque. Il avait une voix unique, une diction très intéressante, que je ne peux qu'adorer, et un certain sens populaire de la poésie et un penchant vers la contemplation, la célébration des petites choses qui font que ses chansons sont parfois transcendées par des fulgurances textuelles, vocales ou musicales.
Sur le dernier slow, outre sa belle voix, on entend une basse bien rebondie comme on en faisait peu en France, des synthés cajoleurs et des choeurs kitsch. Mais entre le solo de synthé-saxo over-the-top sur la fin de la chanson et celui de la guitare, on est gâtés musicalement pour les amateurs de son late 70s - early 80s. La mélancolie joyeuse de cette chanson est communicative, et évoque beaucoup de bons souvenirs doux-amer : ceux du retour, lorsqu'on se remémore la magnifique semaine de vacances qui vient de s'écouler, lorsque l'immobilité du statut de passager et la longueur du voyage invitent à l'introspection et succèdent à la frénésie d'une semaine bien chargée, et que l'on repense aux amis/cousins/... laissés dans le Sud, et que l'on ne reverra probablement pas avant l'année prochaine.
L'été, pour moi, plus que les épouvantables et inévitables Lambada ou Macarena, ça a été, c'est et ce sera toujours le charme suranné et la nostalgie heureuse de Joe Dassin.
Contrairement à ce qu'en dit la critique, qui l'avait en général déglingué avant de l'avoir entendu en entier - à vrai dire dès les premières notes de piano du premier single - le dernier Arcade Fire est loin d'être mauvais. C'est probablement leur moins bon, disons un peu en dessous de The Suburbs. Mais bon sang il y a un gouffre entre "moins bon album d'Arcade Fire" et "mauvais album". A part "Chemistry" et "Peter Pan", qui sont vraiment assez ratées (remplissages qui étaient déjà présents sur le trèès long The Suburbs et sur Reflektor - souvenez-vous de l'affreux "Joan Of Arc"), le reste se tient très bien et forme un bon album pop, certes moins inspiré que les précédents mais solide. On ne peut pas demander la perfection disque après disque à chaque groupe. On est un peu dans la même situation que sur les dernier Crocodiles, après quelques chef-d’œuvres immaculés, un album pop bien foutu c'est déjà pas mal. C'est vrai que la promo du disque était pas top, qu'ils singent un peu trop LCD Soundsystem et les Talking Heads, que Butler semble avoir un melon aussi gros que celui de Bono, que parfois le son est grossier (cf les deux titres cités ci-dessus), mais bon sang la plupart du disque est bien composé, interprété avec une ampleur difficile à atteindre et superbement produit. D'ailleurs, je suis persuadé que si un nouveau groupe se pointait avec ce groupe il attirerait beaucoup plus de louanges et moins de haine.
La preuve, j'aurais pu citer tous les singles comme des chansons ayant marqué mon été. Sans m'en rendre compte, insidieusement, elles ont fait leur chemin dans ma tête. Alors que je n'en étais pas super fan initialement, je me suis mis à chanter tout seul "Everything Now" et "Creature Comfort", ou à penser au synthé addictif de la génialissime "Electric Blue". Mais inconsciemment, celle qui revient le plus c'est bien "Signs Of Life", génialement funky façon Talking Heads / Blondie, avec ce petit parfum du sud des US apporté par les cuivres chauds et de discrètes touches de slide au fond du mix, sur ce beat de new wave post-disco... Cette chanson est riche. On entend du rockabilly, de la pop pré-Elvis, du Byrne et du Bowie dans le chant et la mélodie vocale, enrichis par de superbes choeurs. Et comme dans toute bonne chanson dance, c'est le groove de la basse et les petits détails de violon, de synthé, qui font toute la subtilité de l'oeuvre et augmentent son potentiel addictif ainsi que sa durée de vie.
Non vraiment, sans hésiter c'est une chanson que j'aime beaucoup, qui a d'ores et déjà marqué mon été et qui reviendra souvent sur ma platine.
Dans notre tour du monde des labels de musique house, on traverse à nouveau l'Atlantique pour poser valises à New York. En cette mère patrie du genre, Nervous Records fait figure de vétéran. Fondé en 1991 alors que la house connaissait son grand essor des 90's, peu nombreux sont les labels pouvant se targuer d'une telle longévité et d'une telle intégrité dans son catalogue. Malgré plus de 25 ans d'âge et autant de révolutions musicales, Nervous Records a en effet su garder une intégrité et une esthétique forte, un peu à l'image de leur fidèle et sympathique logo. Ils ont ainsi préservé un son très 90's et une énergie clubesque assumée, en débit d'un catalogue vertigineux. On ne parle ici que du versant house du label qui possède aussi une section hip-hop tout autant passionnante.
On attaque la playlist avec le Stratton de Modest Glesman sorti le mois dernier. Sa techno endosse à merveille l'héritage de Détroit et ses légendes comme Juan Atkins ou Derrick May. L'approche y est naturellement très rythmique, mais aussi bruitiste avec ce ping-pong de blocks de batterie et autres sonorités synthétiques.
Titre suivant avec Jackin Anthem sorti le 31 juillet dernier. Beatmaker dans l'âme et adepte du Djing , Angelo Ferreri y associe une base rythmique techno avec des extraits du très samplesque You'll Never Know des états-unien de Hi-Gloss, qui sonne ici étonnamment italien entre les mains de ce sicilien. Avec ce pitch boosté et ses effets de Djing parfois indigestes, un concentré de soleil vient inonder nos oreilles. Il tranche avec d'autres utilisations beaucoup plus posées du sample, comme celle de 6th Borough Project et son Just A Memory. Intéressant à bien des égards, le titre est un parfait cas d'école pour comprendre le Nu-disco et ses inspirations italo-disco survitaminés à coup de beatshouse. Ce d'autant que le titre laisse à voir tout ses traits de fabriques, avec ses filtres francs et ses coupes de samples brutes.
Ce petit trio se termine en une ambiance beaucoup plus chill avec une magnifique collaboration de Motum & Shai pour ce très house Somewhere Somehow tout fraichement sorti le 7 août dernier. Dans une ambiance tout aussi énigmatique que son titre, il vous propose 6 minutes de vol plané. Une véritable petite perle qui prolongera avec délicatesse vos longues soirées d'été.
A la semaine prochaine pour la suite de cette aventure musicale estivale !
Dans "Les Chansons de l'été", nous évoquerons les morceaux, anciens ou récents, ayant marqué notre été 2017. Pour cette première, je vous propose de découvrir le titre introductif du dernier album, Mellow Waves, de l'artiste pop japonais Cornelius.
"If You're Here" démarre sur une batterie minimaliste au jeu espacé, vite rejointe par un clavier doux presque soul-jazz, puis d'autres, plus bourdonnants, plus proches du synthé basse, qui servent de tapis au chant discret (en japonais) de Cornelius, dont l'utilisation de la voix et l'instrumentation façon easy listening le rapprochent de groupes comme Air.
Air - Cherry Blossom Girl
Cette voix, légèrement trafiquée, sonne très japonais tant elle rappelle toutes cette culture des voix modifiées que l'on retrouve dans la pop de l'archipel, jusque dans des jeux de Nintendo comme Animal Crossing.
"K.K. Swing" issu de la BO du jeu Animal Crossing
L'orchestration, mêlant acoustique, électrique (magnifique soli de guitare discrets et mélodiques), synthétique et électronique, sur des rythmes syncopés avec une orchestration dosée habilement entre minimalisme et luxuriance, rapproche son travail de celui de Radiohead sur les deux albums "apaisés" du groupe que sont In Rainbows (2007) et A Moon Shaped Pool (2016).
Radiohead - House Of Cards (issu de In Rainbows, 2007)
Cornelius propose finalement une pop moderne à la démarche proche de celle du krautrock le plus rêveur et le plus mélodique, celui d'Eno & Harmonia, qui n'hésitait pas à emprunter des idées à l'électronique, au rock, au funk ou au jazz pour les appliquer à une musique pop futuriste, sophistiquée, intriquée mais accessible, une musique de grands espaces et d'introspection, contemplative mais pas stérile.
Harmonia & Eno - Welcome (1976)
C'est sur tous ces équilibres délicats que se joue la grandeur du dernier album de Cornelius, dont nous reparlerons bientôt ici, et en particulier le sel et la beauté singulière de cette merveilleuse chanson qui aura marqué mon été.
Lewis Ofman est un jeune musicien français, et Yo Bene est son premier EP, sorti cette année en indépendant. Nous avons déjà parlé du génial single "L'Amour au Super U", issu de cet EP, qui nous allons le voir est un très, très bon cru.
Il est introduit par la très belle "Plaisir", qui égrène une suite d'accords digne des morceaux les plus sophistiqués de la pop sixties (Curt Boettcher, Todd Rundgren, The Zombies...) et de leurs descendants modernes (Jacco Gardner, Dorian Pimpernel...). Mais joué sur un clavier à l'esprit très vaporwave, comme entendu au travers de l'enceinte froide d'un supermaché (impression amplifiée par le sample de voix inaugural et par la pochette évocatrice), rapprochant ainsi la démarche d'artistes pop comme Homeshake et MacDemarco, ce qui est confirmé par l'emploi une guitare sensible et mélodique. Et la touche française, c'est cette pointe d'électro French Touch, façon Tellier, qui habille la deuxième moitié du morceau. Et qu'on retrouve dans "L'Amour Au Super U", magnifique pop song néo-eighties dont nous n'allons pas reparler ici, pour cela je vous renvoie vers mon précédent article.
Après ce superbe début suit "Flash", avec toujours ce groove particulier dû au synthé basse, mais sur un versant encore plus funky accentué par des nappes house, un jeu sur les sons et textures de cowbell rappelant Jacques, et une panoplie de claviers addictifs et dingues : un synthé voix complètement fou à rapprocher de Soft Hair ou Mr Oizo, un synthé tubesque sonnant presque comme un cuivre, un autre comme un orgue, un sample de voix qui dit "yeah!" ou bien est-ce un chèvre ?... Tous ces instruments ont le charme de l'approximation, comme le mellotron en son temps, dont l'intérêt n'était pas tant la reproduction parfaite du son d'un orchestre que le son propre un peu fantomatique et fantasmatique créé par la distance entre le son du clavier lui-même et le son qu'il tentait de reproduire. Ce qui fait ce sel, c'est l'idée d'un son, la vision d'un son rêvé, palpable mais pas tout à fait tangible, qui donne toute la force et la personnalité à l'ensemble.
"Le Métro Et Le Bus" est la première chanson dans laquelle on entend la voix de Lewis, si on excepte les discrets choeurs de "L'Amour Au Super U". Cette chanson sensible et émouvante est la version 2017, post-chillwave et post-French Touch de la pop fragile, délicate et gracieuse du troisième Velvet Underground, rien que ça.
L'album se conclut sur le sautillant et funky instrumental-titre, "Yo Bene", qui est à la fois doux et entraînant, et sur le magnifique "Kythira", qui rappelle l'ambiance sunshine pop revisitée de "Plaisir", mais avec un côté encore plus synthétique, mélancolique, plus 70s-80s que 60s, et aussi avec davantage de références aux musiques de films.
Bref, vous l'aurez compris, nous avons été emballés par ce superbe EP, un des meilleurs de l'année, qui permet d'ores et déjà de classer Lewis Ofman comme un incontournable d'une scène pop française et internationale excitante, novatrice et sensible, créant une musique profonde et moderne, qui sait en tirant le meilleur du passé et en le triturant à l'instinct des émotions du présent créer une musique futuriste et belle.
Qui dit week-end dit nouvelle playlist house ! Pour cette 6ème semaine, je vous propose de découvrir une maison que j'affectionne particulièrement, le label londonien Phantasy. Un label qui ne vous est probablement pas inconnu, puisque ayant signé des artistes aussi variés et talentueux que Connan Mockasin ou Daniel Avery. Celui qui a fondé le label en 2007 ne vous est d'ailleurs peut être pas non plus inconnu, il s'agit du célèbre producteur Erol Alkan, dont vous avez pu entendre le A Hold On Love sur notre playlist #9.2 : House Music Classics. Ainsi, de l'acide house, au rock psychédélique, en passant par l'électro-expérimentale, le label londonien propose des artistes d'horizons radicalement différents, mais liés par une même vision moderne de la musique psychédélique, comme décrit par le label lui même "While always defying definition, a contemporary psychedelic streak binds together Phantasy’s unique roster.".
Thread, premier morceau de cette playlist, vous enchentera par son introduction aux sonorités de synthés modulaires hypervitaminés par un rythme clubesque, avant de virer vers un morceau purement acid et phrénétique. Le titre est signé James Welsh, aka Kamera, résidant à Leeds, non loin de Manchester.
Une belle transition vers Coma, chef d'oeuvre du londonien Ghost Culture, qui signe ici, à mes oreilles, le meilleur titre house de 2017. Une mélodie acid et perçante se confond avec mysthère dans des beats passés au filtre high pass, le tout sobrement dynamisé par des claps. Une ambiance spectrale vient alors progressivement envelopper le tout à coup de discrets synthétiseurs vocaloïdes, donnant toute son âme au morceau. On tient ici un hymne taillé pour les clubs et ses ambiances de fin de soirée. Une oeuvre majesteuse et sensible, dans un style purement anglais, n'étant pas sans rappeler celle de Drone Logic de Daniel Avery.
Le dernier titre est Scream, l'avant première du prochain EP de Cowboy Rhythmbox à sortir le 11.08.2017 chez Phantasy. Le duo londonien composé de Richard X et de Nathan Gregory y expose ici une interprétation moderne de la disco en alternant acid house et techno de Détroit. L'Ep est en pré-commande ici.
Bonne écoute et rendez-vous la semaine prochaine pour une nouvelle playlist house !