Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes
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mercredi 8 avril 2020

James Righton - The Performer (2020)

  Introduit par un single homonyme au son glam 70's, The Performer est un album de dandy rock, quelque part entre Bowie, Marc Bolan, Roxy Music, Scott Walker et Pulp, terrain récemment pas mal revisité par Arctic Monkeys, Richard Hawley, Sébastien Tellier, LA Priest, The Last Shadow Puppets ou Metronomy avec des approches différentes. Vous noterez pas mal de noms anglais parmi ceux-ci, et vous aurez bien raison puisque James Righton est l'ancien membre (et chanteur) de The Klaxons,  un des plus gros et des plus novateurs groupes de rock d'outre-Manche à avoir éclot à la fin des années 2000. D'ailleurs, le second album du groupe, le très très bon et injustement sous-coté Surfing The Void (2010) était très rock à sa façon, dans un style plus sombre, abrasif et psychédélique. 

James Righton - The Performer (Clip, 2019)

  Ce disque enchaîne les pépites pop-glam, comme le flamboyant "The Performer", le très frais et sophistiqué "See The Monster", et les bonbons de pop synthétique ("Edie", "Devil Is Loose", "Are You With Me?") et de sunshine pop ("Start"), tout en les entrecoupant d'interludes jazzy "Lessons In Dreamland Pt.1" et de douceurs comme "Heavy Heart" et "Lessons In Dreamland Pt.2".

James Righton - Edie (Clip, 2020)

  C'est un très beau premier album solo (après une BO sensible sortie l'an dernier), qui vaut vraiment le détour si vous êtes fan de pop anglaise sophistiquée, un peu baroque et bien arrangée.

Mes morceaux préférés : The Performer, Edie, See The Monster, Start


Alex


lundi 25 mars 2019

Le SuperHomard - Meadow Lane Park (2019)


  Ca commence comme un songe, quelque part entre le meilleur des BO de films italiens des 70's, des vieux Christophe ou Gainsbourg, avec la pop baroque, ensoleillée et continentale d'"In The Park", qui pourrait durer des heures sans que quiconque s'en plaigne. Mais dès la fin de ce titre, la synthpop posée de "Springtime" déboule, avec un petit côté fin des années 2000 façon Asteroids Galaxy Tour, Midnight Juggernauts, Chromatics, Melody's Echo Chamber, Brazilian Girls (références qu'on retrouve sur le magnifique et printanier single "Paper Girl") ou même Air dans la délicatesse avec laquelle le SuperHomard entrelace cordes, synthés/programmations, voix et instruments organiques ou électriques. On penserait presque à de la twee pop par instants, tandis que quelques secondes plus tard Lily Allen serait évoquée par une mélodie de synthé, les Floyd du début sur une mélodie vocale: vous l'aurez compris, c'est dense et c'est riche d'influences. 

Le SuperHomard - Springtime (Clip, 2019)

  Mais c'est qui d'ailleurs ce SuperHomard ? C'est avant tout le projet du musicien avignonnais Christophe Vaillant (Pony Taylor, The Strawberry Smell), qui joue de la plus grosse partie des instruments sur disque, avec néanmoins l'aide de son frère à la batterie et à la basse et de l'artiste Julie Big au chant. Vous avez d'ailleurs déjà pu croiser ce nom sur notre blog, puisqu'on avait beaucoup aimé leur précédent EP.

  Plus loin, c'est "Door After Door" qui rappelle le disque de Melody Prochet produit par Kevin Parker de Tame Impala, avec néanmoins là aussi un côté français voire européen (François de Roubaix, Sébastien Tellier, Morricone, plus marqué et une orchestration plus riche (audible également sur "Refuel" et "Back To Meadow Land"). Dans la même veine mi-rêveuse mi-cinématographique, avec toujours une exigence mélodique venue des 60's, "Karaoking" est également très belle, et se fond à merveille dans "Snowflakes", fusion absolument géniale de synthpop, de kraut/psyché, de musiques de films, de baroque pop, et de sons à la Gainsbourg, avec un sens du groove irrésistible. 

Le SuperHomard - Meadow Lane Park (2019)

  Les influences 80's sont admirablement intégrées à l'ensemble, et les incursions synthétiques et électroniques donnent une fraîcheur et une originalité à l'ensemble, comme sur le délicieux "Paper Girl" ou "Meadow Lane Park". Leur utilisation, en combinaison avec de vieux synthés 60's/70's, la fameuse basse "à la Gainsbourg" et les cordes, fait mouche. C'est pas si courant que ça, à part peut être chez Air, Tellier, Brazilian Girls et Asteroids Galaxy Tour justement. Et parfois, le côté synthpop est accentué, on entend un amour de New Order et Depeche Mode, mais aussi Go-Kart Mozart ou Magnetic Fields derrière des titres comme "Black Diamond" et surtout "SDVB".

  Et le chant magnifique fait également beaucoup pour ces morceaux, comme sur "Elefant in the Room" à la fragilité touchante proche du dernier très beau disque d'Halo Maud

  Peu importe par quel aspect on aborde ce disque, il est inévitable de dire que c'est un bonheur sonore absolu, divinement produit et d'une richesse et d'une subtilité rares dans les arrangements. Chaque minute regorge de petits détails sonores à découvrir à chaque écoute, et le tout sert des mélodies d'une évidence pop magnifique. Indiscutablement une grande réussite pop.

Mes morceaux préférés :  Paper Girl, Meadow Lane Park, SDVB, Snowflakes, In the Park, Springtime, Door After Door

Ecouter sur Spotify ou Deezer

Alex


vendredi 23 novembre 2018

ARTHUR - Woof Woof (2018)


  Le malicieux ARTHUR, après nous avoir abreuvé d'EPs formidables et de singles géniaux, droppe enfin son album (sorti chez PLZ Make It Ruins). L'oeuvre est surprenante, un joyeux collage de bubblegum pop néo-60's ultra mélodique et jouissive ("Woof Woof"), un peu comme si Connan Mockasin jouait du yé-yé, et de néo-psychédélisme aussi libre qu'immédiatement mémorable ("Ivy League", tellement bonne qu'elle aurait pu être sur le dernier MGMT). Entre autres.

ARTHUR - Ivy League (Clip, 2018)

  Sa voix, souvent trafiquées, et ses petites astuces de production proches du collage sonore, donnent une forte identité à des morceaux qui s'inscrivent pourtant dans la lignée de Mockasin ("Where's Ur Eyes"), MGMT ou Foxygen ("Julie vs. Robot Julie", "Make it Easy"), (SANDY) Alex G ("Sweet Memory", "I've Seen It") ou un mélange de tout ça avec les Flaming Lips ("Food", "September Dark Planet"). 

ARTHUR - Woof Woof, Evil Me & God (2018, Clips)

  Des morceaux comme "I'm Too Good""Evil Me" ou "God" révèlent que le songwriting derrière ces pastilles pop est digne des compos les plus chiadées depuis les 60's (Brian Wilson, Paul McCartney, Sagittarius, Syd Barret, Andy Partridge, Sparklehorse...), et l'interprétation unique d'ARTHUR en fait des oeuvres totales. Le côté électronique de son approche est également très intéressante, montant quelques ponts avec l'IDM ("Snowbird") ou la synthpop (l'expérimentale "Twist""Wow F**k" au accents post-punk, ou "Finally I Will Know Myself", avec un petit côté italo 70's et sunshine pop également pour cette dernière).

ARTHUR - Julie vs. Robot Julie (2018)

  Cet OVNI total est une bénédiction pour la pop, à rapprocher des excellents disques de MGMT, Connan Mockasin et Jack Stauber de cette année pour leurs brillantes relectures du genre. La forte personnalité d'ARTHUR transcende des morceaux au songwriting impeccable et à la production audacieuse et fun. Un petit bijou.

A écouter sur Spotify ou Deezer ou Bandcamp

Alex


lundi 19 novembre 2018

Still Parade - Soon Enough (2018)


  Un clavier californien égrainant quelques accords et une basse tout aussi ensoleillée, des nappes mélancoliques puis un synthé lead jouant une petite mélodie sucrée, légèrement italo façon 70's, non vous n'êtes pas sur une bande issue d'une obscur session de Pet Sounds perdue au fil du temps, mais sur l'intro ("What Happened ?") du dernier Still Parade, nommé Soon Enough. La pop évidente des allemands nous avait déjà charmé il y a deux ans avec Concrete Vision, qu'on avait classé parmi nos albums préférés de 2016.

  Le mélange entre soft rock aux sonorités chaudes, pop baroque mélancolique et influences psychédéliques et électroniques (presque chillwave) sonne toujours juste et ne fait jamais redite, car il est utilisé pour sublimer des mélodies angéliques chantées par une voix d'ange, dans la lignée de Colin Blunstone des Zombies ("Soon Enough", "Circle Song"). Ce côté classic rock, un peu folk, avec de grosses basses, et cette voix blanche au chant les rapproche d'un autre groupe ayant charmé notre année 2016, Whitney ("As Long As") tandis que les morceaux aux inspirations venues de la sunshine pop californienne, du psychédélisme champêtre et des musiques de films italiennes des années 60-70 comme "Vitamin" les placent dans la lignée de groupes des années 60 comme les Beach Boys, Millenium, Sagittarius, ou plus récemment Dorian Pimpernel ou Klaus Johann Grobe. On a même parfois quelques petits marqueurs presque country, rappelant que le genre est à l'origine de quelques-uns des plus beaux chapitres de la pop (Gram Parsons, Dolly Parton, The Byrds...), et montrant la maîtrise totale du sujet Pop par le groupe.

Still Parade - Soon Enough (2018, Clip)

  Mais peu importe les marqueurs d'époque, des mélodies pures et évidentes comme celles de "Stranger" ou "Canyon" sont aussi intemporelles que du Elliott Smith ou du Todd Rundgren, et s'inscrivent dans une lignée de songwriters exigeants et sensibles venus du rock et de la pop indés (Tobias Jesso Jr, Andy Shauf, Drugdealer, les Lemon Twigs...). D'ailleurs on pense à ces derniers, ainsi qu'à Foxygen, sur "Portals", au songwriting plus oblique et sinueux mais gavé de passages mémorables.

  Malgré ces quelques références au passé glorieux de la musique populaire et ces parallèles avec son présent plus confidentiel mais tout aussi beau, on ne peut nier à Still Parade une forte identité sonore, tant dans le choix des sons utilisés que dans le soin apporté aux arrangements, le chant aidant évidemment beaucoup à caractériser leur musique. Le groupe arrive à gérer l'espace comme peu d'arrangeurs en sont capables, n'hésitant pas à utiliser le silence, à aérer certaines parties, et en ornementer davantage d'autres, pour donner à ces morceaux un relief appréciable ("The Gathering").

  Ce disque est une suite à la hauteur d'un Concrete Vision (2016), que je considère comme un classique personnel et un des plus beaux disques de ces dernières années, ce qui est en soi un petit prodige. Un magnifique album de pop aérée, mélodique et rêveuse, aux arrangements ciselés et à la beauté évidente.
A écouter sur Spotify ou Deezer

Alex


dimanche 24 juin 2018

Yuno - Moodie (EP, 2018)


  Yuno est un jeune producteur de Jacksonville aux USA. Né au Royaume-Uni de parents d'origine jamaïcaine, il s'intéresse à la musique, en particulier au rap et au rock, au contact de potes skaters. Après avoir assisté à un concert d'un rappeur seul avec son PC sur scène, il a une révélation : ce qu'il veut faire, c'est produire des morceaux, seul dans sa chambre. Sans se préoccuper de caser ses morceaux de pop solaire dans un genre musical bien défini, il brouille les lignes à la manière de ses influences (Lil Uzi Vert, Young Thug, Animal Collective...). Ses sons bricolés de manière autodidacte et authentique ont pourtant une production claire et une évidence mélodique rare, ce qui lui a valu d'être déniché par Ishmael Butler de Shabazz Palaces qui l'a aidé à signer chez Sub Pop

Yuno - No Going Back (Clip, 2018)

  Cet EP est brillant et joyeux. Il mêle le Animal Collective de Merriweather Post Pavilion (2009) et la géniale "Stupid Rose" (2016) de Kweku Collins, sur la délicieuse "Amber", pas loin de tomber dans le too much avec sa prod énorme mais suffisamment bonne pour rester du bon côté de la ligne. On retrouve du Animal Collective, ainsi que du MGMT, version sunshine pop voire Beach Boys modernisés, sur la superbe "No Going Back", véritable tube de l'album. On retrouve cette influence, planquée derrière des grosses guitares emo 2000's et un beat hip-hop, sur l'étonnante "Why For", meilleure illustration des influences skate du jeune homme (mais sûrement moins bonne chanson du lot même si elle reste bonne).  

Yuno - Why For ? (Clip, 2018)

  Même si "Fall In Love" semble proche d'un morceau de pop indé classique mais magnifique (ce sens mélodique...), la rythmique hip-hop post-J Dilla et la basse impressionniste la font sortir du lot. C'est un certain sens de la mélancolie qui doit beaucoup à Panda Bear qu'on entend sur la superbe "So Slow", pas si éloignée de Panda Bear Meets The Grim Reaper (2015), album lui-même inspiré de techniques de production hip-hop en général et de Dilla en particulier, la boucle est bouclée. C'est à l'autre moitié d'AnCo, c'est à dire Avey Tare, qu'on pense sur "Galapagos", ou plutôt à une fusion de son style avec le flow de Frank Ocean sur un beat trap.     

Yuno - Fall In Love (2018)

  Dans tous les cas, cet EP sous influences est une bonne nouvelle, et un vrai petit rayon de soleil musical. Yuno est définitivement un artiste à suivre, on sent un potentiel énorme chez ce surdoué de la mélodie. 

Ecouter sur Bandcamp ou Deezer ou Spotify


Alex

mercredi 30 mai 2018

Cuco - Chiquito EP (2018)


  Le jeune californien Cuco est à deux doigts de casser la pop, avec son mélange ravageur entre Beach Boys, trap, cosmic funk et électronique, illustré sur des titres comme le single "CR-V" dont on a déjà parlé en bien, et "Lucy", où le rappeur J-Kwe$t vient lui prêter main forte entre deux nappes de synthé irréelles. Ce dernier revient sur la très Brian Wilson voire Animal Collective "Summer Time High Time"

Cuco - CR-V (2018)

  On sent également un gros côté rock indé, entre Weezer, Homeshake et Mac Demarco, avec de petites touches un peu space disco, un peu chillwave, et un peu French Touch dans les claviers ("Dontmakemefallinlove"). D'ailleurs ces claviers sont au centre de l'hispanophone "Mi Infinita", rappelant avec douceur les origines latino de Cuco

  La sunshine pop un peu psyché de "Sunnyside" est une merveille intemporelle, aussi bien écrite qu'un classique 60's et aussi bien mise en son que ce qui se fait de mieux dans le genre pop-rock synthétique (Tame Impala, Still Parade). 

Cuco - Sunnyside (Clip, 2018)

  Cet EP est l'un des trucs les plus frais et les plus excitants que vous trouverez au rayon pop cette année. Cuco écrit des chansons comme les plus grands et les produit avec un son d'une modernité totale, piochant partout des idées et les combinant naturellement en un style fluide et immédiat. Une merveille !

A écouter sur Spotify ou Deezer ou Youtube

Alex


vendredi 25 mai 2018

Woody Murder Mystery - Lost In Beaucaire (2018)


  La pop anglophile de Baptiste Rougery, alias Woody Murder Mystery, enchante sur ce disque au sens mélodique aiguisé et à la mise en son parfaite, avec une production chaude et ronde mais pas passéiste. On pense tantôt aux Byrds, tantôt aux Beatles, un peu au premier album de Temples qui était dans la même démarche de réhabilitation d'une pop délicate, cotonneuse au songwriting exigeant avec lui-même ("Interlude", "Near The Dearest World", "White Guy"). Un autre cousinage musical peut être établi avec l'axe Melody's Echo Chamber - Tame Impala - Barbagallo à l'écoute de la pop ambitieuse de "Surface Lactée" et "When will you sleep ?", à la fois céleste et contemplative, proche de la terre et des grands espaces, et légère, aérienne.

Woody Murder Mystery - Interlude (2018)

  En plus des guitares cristallines, les divers claviers  aux textures classieuses ajoutent une touche sonore plus qu'appréciable, surtout sur les lumineux néo-sunshine pop "Lost in Beaucaire" et "Jeannie", aussi beaux que du Dorian Pimpernel et descendant en droite ligne de Sagittarius et des Beach Boys. Plus loin, c'est le chant féminin en français de "Jusqu'au Matin" qui est une lumineuse idée, accentuant parfaitement le côté séduisant et vénéneux de la chanson, dans la lignée du Velvet ou des Jesus & Mary Chain. Qu'on retrouve sur sa soeur anglophone "A1 Navigation" ou sur la très belle "Red Garden", empreinte de folk et de psychédélisme tranquille. 

  On penserait presque à Mac Demarco ou Real Estate sur l'interlude "Roses", tandis que le groupe arrive à surpasser Bertrand Burgalat sur son propre terrain pop sur le slow postmoderne de "La Première Fois"

  C'est un excellent album, belle sortie du très affuté label clermontois Freemount Records, que je vous recommande absolument.

Ecouter sur Bandcamp ou Deezer

Alex



mardi 15 mai 2018

Arctic Monkeys - Tranquility Base Hotel + Casino (2018)


  En voilà un qui divise. Après leur conquête des US grâce au rock de stade de l'inégal AM (2013), plutôt solide, doté de quelques singles alléchants mais un peu gras dans l'ensemble, le groupe a acquis une dimension internationale nouvelle, notamment outre-atlantique donc (Amérique du Sud comprise). Une tournée triomphale plus tard, ce groupe qui a toujours été "gros" en Europe se retrouve donc à sortir un disque immédiatement classé parmi les albums les plus attendus de l'année, une grosse pression que le groupe admet avoir ressentie, notamment le chanteur, guitariste et compositeur Alex Turner, qui a eu un "syndrome de la page blanche" en essayant de créer un "AM partie 2", puis en ne trouvant pas immédiatement de nouvelles directions après avoir réalisé que ce serait une impasse.  

  Pour trouver cette nouvelle décision, il a fait des choix radicaux. Premièrement, plus de chansons d'amour, thème dont il pense avoir fait le tour pour le moment, mais des textes narratifs, racontant des histoires situées dans un univers de science fiction dystopique, un hôtel/casino au luxe décadent, situé sur la Lune et réservé aux ultra-riches (concept inspiré par le cinéma et la littérature SF). Ces textes, très libres et directs, sont truffés de digressions aux accents personnels ou vaguement politiques dans une structure très peu rigide, ce qui amène Turner à comparer ces textes avec ceux du premier album des Monkeys. Ils ont également influencé le visuel du disque, avec une patine rétro-futuriste vintage, et le look du groupe façon rockstars décadentes, assez affreux mais adapté, belle preuve de second degré.

Arctic Monkeys

  Deuxième choix, des influences plus pop (Pet Sounds des Beach Boys), voire jazz, soft rock, glam, prog, soul vintage, pop orchestrale à la Scott Walker ou lounge. Matérialisée très concrètement dès la composition puisque pour la première fois, Turner a tout composé au piano plutôt qu'à la guitare. Le rendu est plus proche de l'autre groupe du chanteur, les Last Shadow Puppets, et notamment du charme vintage et chatoyant de leur dernier album, l'excellentissime Everything You've Come To Expect (2016). Autre particularité : cet album aurait pu être un disque solo de Turner au départ, mais ce dernier a fait écouter ses démos au autres Monkeys, qui ont jugé après une longue réflexion que ces chansons pouvaient être leur futur album, et ont donc été impliqués plus tardivement dans sa conception, ce qui peut là encore les rapprocher du travail des Beach Boys qui eux aussi découvraient en rentrant de tournée des œuvres quasi finies de Brian Wilson qu'ils allaient réinterpréter en groupe. Autre particularité, l'excellent batteur Matt Helders ayant moins à faire techniquement derrière ses fûts (même si son travail ici est une merveille de subtilité), il a également pris le nouveau rôle de claviériste, qu'il tient également à merveille.  

Alex Turner

  Et c'est avec la magnifique "Star Treatment" que cet album démarre. Les inspirations sont claires : easy listening 70's, sunshine pop sophistiquée (à la Sagittarius) soul aérienne tranquille (Curtis Mayfield, Isaac Hayes, Minnie Riperton...), et vocalement, l'idole de toujours du groupe de Sheffield, le plus grand crooner de notre siècle, Richard Hawley. Le morceau est magnifique, le texte drôle, la production et le son gratifiants, un titre digne du plus smooth des Last Shadow Puppets en somme. Qui me permet d'introduire une constante de l'album : la basse d'O'Malley est un énoooorme point fort, son jeu est d'une justesse et d'une finesse peu communes. D'ailleurs, on sent musicalement que le groupe s'est éclaté sur ce morceau en particulier, et c'est très agréable. 


  La très pop "One Point Perspective" et son piano sautillant, très Brian Wilson, est également un gros point fort : la basse est énorme, et avec la guitare élégante de Cook, elles mettent en valeur la diction unique de Turner, dans un registre étonnamment rnb, avec un côté irréel presque Amy Winehouse. Dans un registre plus glam, proche de Bowie, avec un petit côté psychédélique, "American Sports" est également une réussite totale, prolongée dans l'esprit par la superbe "Tranquility Base Hotel & Casino", durant laquelle Turner expérimente de façon réussie avec son chant, lui donnant un côté blues blanc assez intéressant. Ce début d'album est un sans faute dans cette nouvelle direction.

  Pas aussi incroyable mais tout de même sympathique, le milieu d'album ne démérite pas, que ce soit "Golden Trunks", magnifiée par une guitare charismatique, le très Pet Sounds "The World's First Ever Monster Truck Front Flip", la psychédélique et instable "Science Fiction". C'est "Four Out Of Five" qui sort du lot, avec son côté Gainsbourg à la fois sombre et hyper accrocheur, et des légères touches de la flamboyance d'Iggy Pop vocalement, faisant écho au dernier album de ce dernier (Post Pop Depression, 2016) produit par le collaborateur régulier des Arctic Monkeys, Josh Homme.

Arctic Monkeys - Four Out Of Five (Live, Tonight Show, 2018)

  La fin de l'album est plus sombre, et assez mémorable, avec le glam noir et décadent de la plus que sympathique "She Looks Like Fun", le piano grandiloquent et les synthés rétrofuturistes syncopés, entre funk, blues et prog, de l'excellente "Batphone", et pour finir la ballade de crooner définitivement très Hawley et plutôt bonne, "The Ultracheese", pas très originale ni intense mais sympathique également.

  Pour conclure, c'est un album globalement très réussi, loin de ce qu'on a pu lire dans les commentaires d'une presse américaine ayant souvent découvert le groupe en 2013 et n'ayant rien compris aux Last Shadow Puppets, ou dans les avis de fans de rock qui voulaient les mêmes gros riffs d'AM encore et encore, et glorifient cet album qui pourtant est sûrement le moins bon du groupe (même s'il reste bon et que je l'aime bien globalement). La direction easy listening est étonnante pour le groupe, mais logique lorsqu'on connaît les autres projets de Turner en solo, à la production du disque d'Alexandra Savior, ou avec Miles Kane et les Puppets, et même en omettant cela, le côté crooner était finalement bien annoncé par les ballades du précédent album. Les influences soul font mouche grâce à des vocalises classes et une basse imparable, la coloration pop avec ses nombreux claviers et ses cordes apportent une densité sonore bienvenue, et la noirceur glam du piano et de la guitare achèvent de rendre ce disque bien intéressant. Et dire ça, c'est oublier que le chant de Turner ainsi que ses textes valent encore le détour. Alors certes, ce n'est probablement pas le meilleur disque des Arctic Monkeys, mais c'est une grande réussite, un virage pris avec talent, loin de ce qu'on a pu lire ici ou là. Mais faites vous votre avis par vous même (et donnez le nous en commentaire tant qu'à faire !), grâce aux liens d'écoute ci-dessous :

Ecouter sur Spotify ou Deezer

Bonne écoute, merci pour votre lecture et vos commentaires

Alex

dimanche 18 février 2018

MGMT - Little Dark Age (2018)


   Fun et sophistiqué, c'est la description qui colle le mieux à cet album. Fun, dès le premier morceau, synthpop entre Buggles, Yellow Magic Orchestra et psyché fun et électronique façon Flaming Lips période Yoshimi sur "She Works Out too Much". La voix de Cellars embellit ce morceau à la ligne de synthé-basse bondissante et japonisante dans son alliance de complexité jazz et de vitesse mécanique irréaliste façon jeux vidéo. Sophistiqué, sur le même morceau, car les nombreuses couches de clavier, les effets, le beat se percutent avec une grâce certaine et un sens du groove indéniable. Le mille-feuille rappelant presque le jazz fun, basé sur la basse, volontiers électronique et japonisant de Thundercat, surtout en fin de morceau lorsqu'un saxo mi-free mi-kitsch 80's s'invite sur la piste. 

MGMT - Little Dark Age (2017)

  On connaissait déjà les excellents singles "Little Dark Age", tube de synthpop gothique triste et euphorisant à la fois au lignes de syntéh inoubliables et au refrain libérateur, l'également très bon trip pop-folk psychédélique de "When You Die", réalisé avec l'aide d'Ariel Pink dont l'influence plane sur ce disque avec ce subtil alliage de second et de premier degré dans le traitement de musiques accessibles (pop 80's) et plus confidentielles (psychédélisme 60's). Et puis "Hand It Over", dont on vous a parlé dans le bilan de nos morceaux préférés de janvier, très jolie capsule temporelle nous renvoyant tout droit à l'époque de Congratulations (2010) et petit classique instantané très émouvant.  

MGMT - When You Die (2017)

  Et puis on a découvert le très bon "Me And Michael" juste avant la sortie du disque, réminiscence des sous-estimés rois de la pop 80's la plus flamboyante et dark à la fois, j'ai nommé les Pet Shop Boys. Mais ce single arrive à transcender sans problème son statut de pastiche en se payant le luxe d'être complètement hors du temps grâce à une mélodie inoubliable et un juste dosage des arrangements. 

MGMT - Me And Michael (2018)

  Il nous restait donc à découvrir la seconde partie du disque, qui se permet d'être plus expérimentale après ce déluge de singles. Et c'est "TSLAMP" pour "time spent looking at my phone" qui oscille entre Daft Punk, reggae/dub et musique synthétique post-80's inspirée par l'Afrique (Sébastien Tellier période Politics, Toto période "Africa", Paul Simon, etc...). Un bon petit morceau bien funky. Le côté dub est également bien exploité sur "Days That Got Away", avec là encore un traitement des filtres riche faisant sonner les synthés comme sur le Discovery des Daft, avec une touche psyché en plus et un petit côté africain (on ne serait pas étonné d'apprendre que le groupe a beaucoup écouté le génial Mammane Sani, king du synthé du Niger), et des voix proche de ce qu'on pourrait attendre de Bee Gees période disco sous champis. En parlant de ça, sur la grandiose "When You're Small" c'est le côté psyché qui prend le dessus, avec un retour aux influences premières du groupe : Flaming Lips, Syd Barrett, Dan Treacy, Beatles, Sagittarius, The United States Of America

  En revanche, on revient à la synthpop sous influence Ariel Pink avec "James", dont le traitement du chant rappelle Pink mais aussi les suiveurs d'Empire Of The Sun et dont la prod agréablement chill aux accents jazzy et psyché ravit. Equivalent slow de "Me And Michael", c'est une vraie réussite. 
  Sur "One Thing Left To Try", le déluge de synthés est également de retour, mais de façon plus théâtrale et baroque, quasi glam, entre Sébastien Tellier, Electric Light Orchestra, Empire Of The Sun, Niki & The Dove et Currents de Tame Impala.

  En bref, cet album est une sacré réussite, un gros kiff pour le fan absolu du groupe que je suis, mais qui pourrait également plaire à un grand nombre tant ces morceaux sont beaux et accessibles pour la plupart. 
A écouter absolument (sur Spotify ou Deezer).

Alex


samedi 20 janvier 2018

MGMT - Hand It Over (Single, 2018)


  Aujourd'hui, on écoute "Hand It Over", magnifique pop song clôturant avec émotion le prochain album de MGMT, attendu très prochainement, et qui s'annonce excellent avec déjà deux autres singles éblouissants dont on vous a déjà parlé. Retour au son riche, chaud, de Congratulations, avec de petits claviers façon Beatles de la dernière période, une basse liquide impeccable, et une intensité crescendo appuyée par des choeurs déchirants. 
Superbe, encore une fois.

Alex



dimanche 6 août 2017

Lewis Ofman - Yo Bene EP (2017)



  Lewis Ofman est un jeune musicien français, et Yo Bene est son premier EP, sorti cette année en indépendant. Nous avons déjà parlé du génial single "L'Amour au Super U", issu de cet EP, qui nous allons le voir est un très, très bon cru.

  Il est introduit par la très belle "Plaisir", qui égrène une suite d'accords digne des morceaux les plus sophistiqués de la pop sixties (Curt Boettcher, Todd Rundgren, The Zombies...) et de leurs descendants modernes (Jacco Gardner, Dorian Pimpernel...). Mais joué sur un clavier à l'esprit très vaporwave, comme entendu au travers de l'enceinte froide d'un supermaché (impression amplifiée par le sample de voix inaugural et par la pochette évocatrice), rapprochant ainsi la démarche d'artistes pop comme Homeshake et MacDemarco, ce qui est confirmé par l'emploi une guitare sensible et mélodique. Et la touche française, c'est cette pointe d'électro French Touch, façon Tellier, qui habille la deuxième moitié du morceau. Et qu'on retrouve dans "L'Amour Au Super U", magnifique pop song néo-eighties dont nous n'allons pas reparler ici, pour cela je vous renvoie vers mon précédent article

  Après ce superbe début suit "Flash", avec toujours ce groove particulier dû au synthé basse, mais sur un versant encore plus funky accentué par des nappes house, un jeu sur les sons et textures de cowbell rappelant Jacques, et une panoplie de claviers addictifs et dingues : un synthé voix complètement fou à rapprocher de Soft Hair ou Mr Oizo, un synthé tubesque sonnant presque comme un cuivre, un autre comme un orgue, un sample de voix qui dit "yeah!" ou bien est-ce un chèvre ?... Tous ces instruments ont le charme de l'approximation, comme le mellotron en son temps, dont l'intérêt n'était pas tant la reproduction parfaite du son d'un orchestre que le son propre un peu fantomatique et fantasmatique créé par la distance entre le son du clavier lui-même et le son qu'il tentait de reproduire. Ce qui fait ce sel, c'est l'idée d'un son, la vision d'un son rêvé, palpable mais pas tout à fait tangible, qui donne toute la force et la personnalité à l'ensemble.

  "Le Métro Et Le Bus" est la première chanson dans laquelle on entend la voix de Lewis, si on excepte les discrets choeurs de "L'Amour Au Super U". Cette chanson sensible et émouvante est la version 2017, post-chillwave et post-French Touch de la pop fragile, délicate et gracieuse du troisième Velvet Underground, rien que ça. 

  L'album se conclut sur le sautillant et funky instrumental-titre, "Yo Bene", qui est à la fois doux et entraînant, et sur le magnifique "Kythira", qui rappelle l'ambiance sunshine pop revisitée de "Plaisir", mais avec un côté encore plus synthétique, mélancolique, plus 70s-80s que 60s, et aussi avec davantage de références aux musiques de films. 

  Bref, vous l'aurez compris, nous avons été emballés par ce superbe EP, un des meilleurs de l'année, qui permet d'ores et déjà de classer Lewis Ofman comme un incontournable d'une scène pop française et internationale excitante, novatrice et sensible, créant une musique profonde et moderne, qui sait en tirant le meilleur du passé et en le triturant à l'instinct des émotions du présent créer une musique futuriste et belle.


Alex


lundi 22 août 2016

Radiation City - Synesthetica (2016)



  Encore un jeune groupe que je ne connaissais pas et n'avais pas vu venir qui a illuminé mon année 2016. Ça commence par une rythmique irrésistiblement groovy, une basse qui ne l'est pas moins et les guitares de cet ex groupe garage introduisent "Oil Show". Les arrangements sont denses, généreux, ludiques, variés et inspirés, comme chez le MGMT de Congratulations, et chez ABBA, auquel le groupe fait penser tant pas le chant majoritairement féminin (mais pas que) et les refrains immédiats. Rock, Pop, et un chant jazzy / soul rappelant les crooners de l'avant-guerre et les chanteuses de variété de l'époque se mêlent à des influences venant de tous les continents dans une pop song ultra efficace. Un modèle du genre qui sera décliné dans sa perfection sur tout l'album, du synthétique et lascif "Juicy" au groove poignant de "Butter" et sa mélodie douce-amère pour commencer. Avec toujours ce chant féminin merveilleux

  Mais le chant masculin a aussi son heure de gloire lors des questions-réponses avec la chanteuse sur "Come Ang Go" qui commence comme une pop song folky vaguement psychédélique et vire en manège pop sur le refrain irrésistible, à la manière des premiers Family Of The Year. Le ton se fera disco-Rock (qui a dit Blondie ?) sur "Milky White", pour un résultat tout aussi enthousiasmant.



  Un autre tube synthético-pop, "Sugar Broom", qui sonne comme la version toute personnelle de Radiation City du néo-psychédélisme porté par Tame Impala et Melody's Echo Chamber notamment, avec des échos dub par-ci par-là. Une des chansons les plus marquantes de cet album qui ne compte que des chansons marquantes.

  La diversité des tempos et des influences se manifeste avec le tango modernisé de "Separate", et son ambiance aussi vénéneuse et mystérieuse que sexuellement chargée, avec toujours cette alternance masculin-féminin au chant, cette rythmique ultra-groovy, ces arrangements riches et justement mis en place, et cette mélodie géniale. Et puis ce côté classe, encore une fois un peu crooner, comme un Richard Hawley qui aurait la vingtaine et se serait tapé les Happy Mondays et Primal Scream en boucle, pendant que sa copine aurait écouté aussi bien Bardot et Nancy Sinatra que Portishead ou Aretha Franklin.

  On atteint une certaine idée de l'électro-pop avec "Futures" qui rappelle les Buggles de Trevor Horn là encore croisés avec une certaine idée de la sunshine pop à la Mamas And The Papas, Sagittarius, Boettcher etc... revue et corrigée par la scène pop/rock indé, comme chez Family Of The Year, avec autant de fraîcheur et de simplicité que de qualité mélodique. "Fancy Cherries", sa mise en son dream-pop et psyché et ses mélodies vocales hispanisantes concluent sur une note à la fois mélancolique et conquérante cet album d'une qualité incroyable.



  Je ne peux que vous conseiller l'écoute de ce merveilleux disque pop, aussi bien écrit qu'interprété et produit, qui m'évoque surtout ABBA pour le côté "gavé de tubes irréprochables merveilleusement arrangés" pour qui aime les arrangements généreux (mais bien utilisés) comme moi. 
Un des meilleurs disques pop de cette année, mais ne me croyez pas sur parole, et allez l'écouter vous-mêmes ici.

Bonne écoute, merci pour votre lecture, vos commentaires et à bientôt !

Alex