La chanteuse et musicienne moscovite Kedr Livanskiy avait envie de nouveaux horizons musicaux. Après un très bon Ariadna (2017) entre pop new age planante, krautrock ambient et new wave gothique, elle a trouvé une nouvelle direction après avoir fait ses preuves en tant que DJ, et s'est penchée sur un versant house des débuts, plus énergique mais pas que (guetto, breakbeat, UK garage, dub...). A quatre mains avec le producteur Zhenya, ils ont composé ce Your Need aux sonorités plus dance. Et c'est une réussite.
L'album commence fort avec "Your Need", grand morceau d'électronique rythmée et planante, sonnant un peu comme un remix de house froide aux accents dub d'un morceau de Grimes, doté d'un gimmick de synthé obsédant. "Sky Kisses" possède le charme espiègle de l'électro des nineties et la douceur réconfortante de la deep house (retrouvée sur "Your Need (Deep Mix)"), tandis que "Why Love", un poil plus dark et gothique, ensorcelle dans une ambiance plus proche de l'album précédent.
Kedr Livanskiy - Your Need (2019)
L'énergie de l'électronique old school est particulièrement bien rendue dans sa version ici modernisée ("Bounce 2"), et le mélange des genres entre chant éthéré en russe, claviers à la Kraftwerk et house 80's arrive à créer quelque chose de nouveau et unique sur "Kiska". Ces hommages à une époque où les barrières entre house, techno, électrofunk... étaient plus que floues viennent d'un respect et d'un amour profond pour la musique des pionniers de l'électronique, et ça s'entend car ils sonnent juste ("City Track").
Quelques sorties de route diversifient le paysage sonore du disque, comme le dub digital de "Logovoy (November Dub)", la jungle mâtinée de dub de "Ivan Kupala (New Day)" ou l'électropop mélodique de "LED".
C'est une réussite totale, Kedr Livanskiy a réussi à créer un album passionnant et prenant en se basant sur son amour des productions électro old school, en y piochant ce qui l'a fait vibrer et en y ajoutant sa touche personnelle, et c'est très beau.
Mes morceaux préférés : Your Need, Sky Kisses, Kiska, Ivan Kupala (New Day)
L'EP du producteur russe Buttechno (ce nom...) commence sur un chemin un peu étonnant, entre électronique métallique à l'ancienne, proche des sons les plus tranchant de Kraftwerk, art d'introduire de l'aléatoire dans une musique mécanique comme chez Warp et house presque désuète ("Dubber Funk"). Ce dernier sentiment va d'ailleurs s'accentuer sur "Dub Hole Funkin", qui est à la limite du ringard avec sa vieille house binaire accompagnée de samples funk lounge façon Etienne de Crécy période Super Discount. Mais derrière le côté vieillot sans doute ironique, le morceau passe plutôt bien.
Buttechno - Orient Acd (2019)
C'est en revanche sur les deux derniers titres que l'EP prend son envol, en piochant cette fois-ci ses idées dans l'acid house, avec l'excellentissime "Orient Acd", bon comme du Mr Oizo avec un son bien sale comme un vieux synthé modulaire. D'ailleurs, le morceau rappelle par son côté implacable, minimaliste mais aussi paradoxalement assez accrocheur la férocité pop de la French Touch des débuts, inspirée par l'acid justement (Homework, "Flat Beat"...). Ce morceau est suivi par un autre monument de techno déviante et acide, "Rz Bass", funky et rêche à la fois.
Buttechno - Rz Bass (2019)
Avec 2 morceaux excellents et un très bon sur 4, le ratio de cet EP qui porte bien son nom s'avère excellent, et c'est donc une sortie que je recommande fortement aux amateurs d'électronique qui traînent sur ce blog !
Aujourd'hui on parle house avec l'australien Jai Piccone, originaire de la Gold Coast de l'est australien, producteur, dj, musicien, mais aussi mannequin habitué des grands défilés. On avait déjà pu l'entendre à l'oeuvre en tant que guitariste et chanteur du groupe de chillwave TORA, actif de 2013 à 2015. Puis plus récemment sur son projet Inagwa avec Tobia Tunis, clavier et chanteur de TORA. Ils avaient notamment remixé le sympathique Myenemy de leurs compatriotes de Paracel, dans un downtempo chill et planant, pour un style déjà plus electronica.
Pour cette rentrée 2018, il est revenu avec un projet solo. Sur le pétillant Mover EP, fini les playlists de chillwave et place à une house anglaise racée 90's, taillée dancefloor. Avec un rythme de croisière à 121 bpm, le tempo est engagé et les 3 titres s'enchaînent avec insistance. Même si l'ambiance frôle souvent avec l'onirisme, ce n'est que pour mieux nous ramener à la brutalité des kicks qui martèlent 30 ans de house anglaise depuis le summerlove de 1988. On y entend la house anglaise revisitée de Disclosure, les synthés funky/nu-disco deDemuja et cette association onirique et brutale que Paradis maîtrise à la perfection.
On vous laisse écouter tout ça, en vous souhaitant un bon week-end... house !
Je vole à Etienne sa rubrique "House Summer" pour vous présenter le label 777 Recordings, basé à Berlin et créé en 2013. Il abrite quantité d'artistes house de qualité avec une esthétique unique, de la house noisy à celle plus vaporeuse et mélodique, en passant par la techno brutale, l'acid, le hip-hop instrumental rétro et funky jusqu'à l'ambient.
C'est le cas notamment de Glyn et de sa lo-fi house onirique et vaporeuse, que l'on peut apprécier sur l'excellent "Identity Switch" de 2015 :
Mais au-delà de la perfection de Glyn, on peut également écouter des morceaux plus corrosifs, comme la grinçante et douce-amère "No Sugar", portant bien son nom, qu'on doit à FTP Up (2015):
On peut également admirer l'artisanat intriguant, lo-fi, post-vaporwave et psychédélique de l'excellentissime Seixlack dont je vous présente un superbe exemple ci-dessous avec l'obsédante "Metados" (2016):
On finit avec le brutal "August", de XAN, sorti cette année :
Suite à notre première playlist autours du label 17Steps, nous avons décidé de quelque peu affiner le concept de cet house summer pour vous proposer chaque semaine de découvrir un nouveau label, unité de mesure de ce genre musical au fonctionnement assez singulier. Cette semaine, embarquez pour Stockholm et son maintenant célèbre Northern Electronics.
Label de deep techno fondé en 2013 en suède par Anthony Linell, alias Abdulla Rashim, Northern Electronics a su se construire un esthétique singulier, autours d'artistes héritiers d'une certaine techno berlinoise, aliant une house industrielle et ambient, dont voici quelques sorties récentes
On commence par la techno minimaliste et cérébral du photographe et DJ suédois Andreas Lübeck, officiant sous le pseudonyme Ca2+-. Hair Bundle Motor est tiré de son Gait Cycle EP, sorti en mai dernier et impressionne par son rythme intense en demi-teinte d'une vibration électronique oppressante, pour s'en défaire dans un crescendo de 9 minutes de bonheur. Antony Linell, patron du label, va publier le 10 juillet Emerald Fluorescents LP, faisant suite à son Consolidate EP de mai dernier. Il a dévoilé le single Fractal Vision en avant premier et en dit long sur cet album à venir. La techno y est un prétexte à une musique ambient avant-gardiste, dans une ambiance sombre et froide, permettant l'expression d'une musique emplie d'émotions. Une sortie à ne pas louper ! On finit avec la magnifique house electronica de Protokoll A, signée de Bandhagens Musikförening, autre suédois de la bande et son LP Protokoll A pour conclure en douceur cette playlist. La rythmique soutenue y tranche avec la douce mélodie jouée par un synthétiser comme sorti des nuées. Il emprunte la même construction que Hair Bundle Motor, laissant progressivement la partie rythmique prendre le dessus sur la section mélodique dans un magnifique cresendo.
Pour en savoir plus sur ce génial label suédois, visitez leur site web.
Voici le premier trio de house hebdomadaire que La Pop d'Alexandre & Etienne vous propose tout l'été. En ce premier vendredi, nous traversons la Manche pour mettre en lumière la mythique house anglaise avec les dernières sorties du génial label londonien 17steps.
Cette sélection commence par le single du dernier EP de Dusky, duo phare et fondateur de ce label aux 3 ans d'existence. Londoniens que l'on avait pu découvrir sur leurs géniaux EP précédents, Lydia, Careless, Nobody Else ou encore Ordinary World, dans un style house très mélodique, inspiré de l'electronica et laissant la part belle aux samples vocaux. Sur leur dernier EP, Cold Heart, sorti en ce mois de juin, ces sons très 90's ne font pas défaut. La preuve en est avec ce magnifique titre éponyme.
Puis vient la techno beaucoup plus sombre et mécanique de Christian Piers, avec une autre signature récente du label que ce Detachment EP, proposant une musique plus proche de la scène berlinoise.
Pour clôturer cette première playlist en terres anglaise, voici le merveilleux single de Simon Baker alias B.K.R, produit avec son compatriote Jamie Jones, dans une fusion des meilleurs goûts entre la house anglaise et la techno de détroit. Je vous recommande chaudement son Fly EP sorti au début de l'année ! Pour en savoir plus sur ce très bon label, allez voir le site de 17steps recordings.
Cet été La Pop d'Alexandre & Etienne vous propose de découvrir tous les vendredi 3 nouveautés de house music ou de ses différentes mouvances. De quoi remplir les playlist de vos prochaines soirées et apéros avec les dernières galettes de l'été!
A demain pour le première épisode de ce nouveau rendez-vous hebdomadaire !
La basse post-punk de Summertime '06, le dernier long format de Vince Staples, est toujours présente dès le début de ce "Rain Come Down". Mais elle a comme muté, elle sonne désormais synthétique, mécanique. Comme le beat qui démarre bientôt, entre house et techno, avec un gros accent sur les hi-hats et un côté concassé imposant. Puis le morceau évolue peu, son esthétique ascète et minimaliste se contentant de nappes inquiétantes toutes en tension, de prêches soul autotunés et reverbérés de Ty Dolla $ign(rappelant sa contribution à la house revisitée du "Fade"de Kanye West, sorti l'an dernier), et du rap désabusé mais assuré de Vince Staples. Avant une conclusion psychédélique, orientalisante et plus lumineuse.
Après avoir sorti l'excellent EP Prima Donna de l'an dernier, avoir participé à faire d'"Ascension" le meilleur morceau du dernier Gorillaz, et sorti trois singles impeccables (dont ce "Rain Come Down"), autant dire que Staples a mis la barre haut, et que j'attends avec impatience son album qui devrait sortir dans quelques heures. D'ici là, je me remets les singles.
Cela faisait de longs mois que je n'avais pas partagé de house music en ces lignes et je dois bien avouer que cela m'a cruellement manqué. J'y remédie de la plus violente des manières avec ce titre très énervé en provenance d'Amsterdam. L'occasion de faire un petit crochet dans le monde de la techno en 2017.
Gert Van Veen est initialement un journaliste musicale, avant de devenir en parallèle producteur, Dj, encore organisateur de soirées techno/house et enfin directeur d'un nightclub, le Studio 80à Amsterdam. Le néerlandais est véritablement un pionnier du genre dans son pays, grâce à sa résidence au RoXY club à Amsterdam et ses productions, tel que le précurseur Pay the Piper qu'il sort avec deux autres artistes en 1989 sous le nom A Men. Il participe alors pleinement à l'explosion de la techno Berlinoise en Allemagne et entre dans la légende avec son duo Quazar, qu'il formera avec Erik Van Putten,avant de continuer en solo, au gré de la disponibilité que lui donne ses différentes activités. Ce néerlandais est à l'image de cette scène techno et de ses activistes multi-fonction, ayant créé et faisant vivre indépendamment des circuits habituels des majors, un style musical et une plus encore, une culture alternative.
Le RoXY club en 1988, un an après son ouverture, alors que la vague house s'apprête à déferler sur l'Allemagne et les Pays- Bas.
Le DJ Joost Van Bellen au Roxy Club.
Après de nombreuses parutions dans le courant des années 90 et une grosse pause durant les années 2000, le projet Quazar renaît en 2010 avec le bien nommé Number One EP, sorti chez Bla Bla records et appelant ainsi à un deuxième EP qui sortira deux ans plus tard sur le label We Dig Music sous le nom de Surkus Jam EP. Ceux-ci proposant une house beaucoup plus moderne que la techno berlinoise pour laquelle il oeuvrait durant les années 90.
C'est au mois de mars 2017 que Gert Van Veen a sorti The Nighshift EP, son troisième EP, sur le très bon et tout récent label Néerlandais, MARY GO WILD. Autant vous dire que c'est de loin la meilleur de ses galettes depuis les 90's. Il y revient à ses origines musicales, la house berlinoise et nous fait exploser aux oreilles une véritable bombe techno 90's, violente et énervée. A l'apogé dès le premier des trois titres éponyme de l'EP, le rythme y est mécanique et infernal, industriel et froid, se confondant en de multiples couches de snares et kick aux timbres rappelant fortement la TR 707. On pense alors à des productions commeAct's Of Sensationd'Intactsorti outre Rhin en 1990. Arrive soudainement ce sonar acide house semblant nous appeler vers les profondeurs, tel une sirène hypnotisante, cruelle et séduisante. Cette sirène, c'est peut être la voix du Dj de Détroit Anonym sortant d'une radio d'un autre âge. Atteignant son zénith, le titre se finit alors dans la paix d'une mélodie idyllique, rompant avec la brutalité des 7 minutes précédentes.
Gert Van Veen
Sur le morceau suivant, sobrement nommé Fuck That Shit, c'est là encore la voix d'Anonym qui fait le lien avec cette techno froide et répétitive, aux rythmes ultra cadencés, plus classiques dans leur forme et dans les sonorités.
L'EP se termine alors par Truce qui, comme son nom l'inique, pose le rythme effréné pour un production beaucoup plus ambient et organique, tranchant avec les 15 minutes qui ont précédé, nuançant alors l'ensemble des 3 titres. Un repos bien mérité !
Pour en savoir plus : - La discographie complète de Quazar et de Gert Van Veen sur Discogs. - Gert Van Veen parle du RoXY club pour Resident Advisor. - Le livre Awakenings : 20 years of techno de MARY GO WILD retracant 25 ans de techno à Amsterdam. - Le site internet du label néerlendais MARY GO WILD. - Notre Playlist #9.2, parue en septembre 2016 sur ce blog et racontant en musique la fabuleuse histoire de la house.
On va rester dans le thème de l'excellent article d'Etienne sur la house avec cet album de Paradis, groupe qui sait à merveille allier une chanson française proche de Daho et de Voulzy/Souchon, et des beats (deep) house classieux. Tout comme Daho l'avait d'ailleurs fait dans les années 80, les français piochent dans l'électronique (anglaise notamment) les synthés et les rythmiques du moment pour accoucher d'une synthpop langoureuse et finalement très française avec chant mélancolique sous reverb, sur des morceaux qui prennent leur temps (les intros et conclusions sont particulièrement soignées).
L'entrée en matière est excellente, avec un "Instantané" de qualité, très house rétro. Avant un "Recto Verso" qui détourne le clavier house classique vers un rendu plus pop, pour un chant qui l'est tout autant. On pense davantage à Voulzy, notamment au niveau du refrain et des chœurs, ainsi que pour la fausse naïveté des paroles, et à 808 State pour le saxo froid. "Quand tu souris" est plus deep et sombre, plus Daho aussi dans le chant. On a encore de la bonne Synth/Deep House avec les deux parties de "Miroir", une excellente reprise de Chamfort avec "Paradis" (qui vaut l'excellente reprise de Souchon non incluse ici). "Contours" et "Chacun pour Soi", plus chanson française, sont excellents.
Et là, le tube "Toi et Moi", au chant davantage mis en avant, aux basses et au rythme plus dansants, et au refrain fédérateur. C'est excellent. Ils sont très bons sur un terrain plus synthpop. Quelque part entre Junior Boys, Hot Chip, chanson française et house atmosphérique. Autre tube absolu, "Garde Le Pour Toi", son intro d'anthologie, ses mélodies synthétiques géniales, sa prod immaculée et son chant parfait (et très Daho).
"Mieux que tout" est moins mémorable, malgré ses percus disco elle tombe un peu dans la formule du groupe sans y apporter grand chose, même si elle reste agréable. De même, "De semaine en semaine", dont le chant rappelle Michel Berger, est plus faible malgré de bons moments. Il aurait été préférable de mettre d'excellents titres sortis sur l'EP Couleurs Primaires ou en single comme "Sur Une Chanson En Français" à la place. D'ailleurs, ce problème va se poser pour la suite. Leur formule est géniale, et pour le moment ils marchent un peu sur l'eau avec leur mixture franco-house inédite, mais l'uniformité des ambiances, des sons, des rythmes et du chant qui fait la force et l'unité de leur oeuvre pour le moment nécessitera pour la suite des aménagement et des évolutions, sous peine de lasser. Mais laissons leur le temps, ils viennent à peine de sortir le disque, la question se posera en temps voulu.
En attendant, le disque est excellent, et le nombre de superbes chansons / remixes et reprises géniales qu'ils ont déjà sortis avant et qu'ils n'ont pas inclut est vraiment impressionnant (je vous invite à les écouter sur youtube ou autre) et prouve la grande qualité de la production du duo, qui a magnifiquement relevé le défi du premier long format. Paradis est désormais un groupe qui compte non seulement sur la scène francophone, mais aussi sur la scène pop mondiale tout court. Et même si leur style peut laisser de marbre certains, ils ont la capacité de toucher beaucoup de monde, et de réaliser ce si précieux crossover entre qualité, intégrité et exigence artistique et succès public et commercial, en influençant le mainstream d'une façon positive. C'est tout ce que je leur souhaite pour cet excellent album, que vous pouvez écouter ici. Bonne écoute, merci pour votre passage ici et à bientôt !
Bombe électrofunk suivante : ce "Falling In Love" de Surface, tout droit sorti de chez les grands Salsoul Records. Beat disco, synthés basse dans tous les sens, guitares rythmiques, piano et synthés house, chant soul/pop acidulé et flûtiaux, tout est réuni pour un morceau de choix.
Cette claque ! Ce single de 86 est une pure merveille. Ca commence avec des nappes de synthé presque deep, le chant soul/gospel de Fonda Rae, puis un clavier clair joue une petite mélodie, rejointe par la boîte à rythme, le synthé basse, et là tout s'enchaîne. Ce single est parfait, c'est le "Blue Monday" de la house gavée à la disco, à la soul, et à l'électrofunk (on entend autant Kraftwerk que Clinton et Prince là-dedans). C'est un vrai modèle indépassable pour toute la musique électronique dansante et de qualité qui viendra par la suite, comme un "I Feel Love" mais plus mélancolique et tout en breaks de boîte à rythme.
La tension monte, monte monte, et à chaque fois que la mélodie principale revient, l'intensité monte d'un cran, le corps se met petit à petit à bouger, de plus en plus, sans s'en rendre compte. Ce mélange de joie hédoniste et de mélancolie profonde est euphorisante. Et ce final avec le jeu sur les voix... Tous les petits mecs de la tropical house, les Diplo, les Bieber, les Skrillex et les DJ Snake peuvent aller élever des chèvres dans le Tennessee après avoir entendu ça. Rien que ce petit break, c'est à des milliers d'années lumière au dessus de tout ce qu'ils ont fait depuis leurs débuts. Adios, et bon débarras !
Bref, un de ces moments de grâce absolue en musique, quand des interprètes, une composition et un son fusionnent de façon parfaite pour synthétiser toute une époque. Ces 10 minutes séminales (qui seront parmi les 10 minutes les plus courtes de votre vie), essaiment encore aujourd'hui dans la musique de groupes de synth pop de talent comme Niki & The Dove, Blood Orange, Dâm-Funk, Cellars ou autres. Indispensable, incontournable.
Il faudra que je reparle des années 80-90, décennies oubliées de l'histoire du funk, et de la place mésestimée de l'électrofunk, musique peu avare en moments absolument éblouissants dans le genre, et qui a fait des petits de qualité ces dernières années.
On vous avait annoncé une nouvelle sortie du producteur lituanien pour 2014, ici, et bien il ne s'est pas fait prier pour nous servir ce mois-ci, sur un plateau d'argent, la preview de sa toute petite galette de 2 morceaux, nommée Walking with Elephants et à sortir pour le 5 mai.
Voilà donc le 3ème EP de Ten Walls, qu'il "réussit" à faire encore plus court que les précédents : 7 minutes 30, mais que de pure bonheur ! Malgré une histoire d'éléphant, rien de dénaturé dans le son, toujours ces rythmes indélébiles, une ambiance poétique et une électronica nordique. En un mot : parfait. J'apporterai une attention particulière pour l'excellent titre Walking With Elephants qui s'impose sur ce 2 titre et donne d'ailleurs son nom à l'EP. Parcours sans faute, donc, quoi que bien trop court, où nous restons captivé sur tout ce qui se déroule sous nos oreilles ébahis. Finalement c'est un peu comme de la cuisine moderne : très peu a se mettre sous la dents, mais beaucoup sous le palais. Le monsieur continue sa sublime ascension et nous le suivrons encore passionnément pour ces prochaines aventures, en espérant qu'il passe au format roi, l'album, pour marquer d'une empreinte mature sa discographie. A l'instar de Todd Terje, avec le bien nommé It's Album Time, qui a réussi à merveille ce passage dans la cours des grands. Mais en attendant il marque, à mon humble avis, une des grandes sorties électro de 2014, tout comme Boxed Out de Detroit Swindle, en ce début d'année.
Le disque qui vous donne envie de jouer des hanches. Et je ne parle pas de danser.
Le choix d'Etienne :
Stan Getz featuring João Gilberto - The Best Of Two Worlds (1976)
Lorsqu’on me dit "sensualité" je pense tout de suite à l’Amérique du Sud. Ce continent "chaud" où se concentrent toutes les danses sulfureuses ( tango, salsa, cha cha, mambo, bachata, merengue ), et aussi ces rythmes endiablés ( calypso, samba ). En capitale de cette sensualité exotique trône le Brésil, avec la langue la plus sensuelle du monde le "brésilien". Mais dans une vision plus occidentale, sensualité rime aussi avec saxophone, l'instrument le plus érotique du monde ( peut être du fait qu'il se joue avec une (h)anche ), celui des slows et des premiers baisers ( à la différence qu'il est ici ténor et non alto ). C'est donc un mix de ces deux piliers de la sensualité que je vous propose, avec cet album de Stan Getz et João Gilberto en featuring, enregistré au Brésil le 13 mars 1975 et sorti en 1976, avec la présence de la seconde épouse de ce dernier, Eloisa Buarque DeHollanda, qui pose sa voix pour le chant en anglais.
Après une période rock-jazz, Stan Getz revient en cet album, et pour la dernière fois de sa carrière, à son grand amour pour la bossa nova, qu'il a découvert en 1962 et dont il a largement participé à la diffusion, notamment grâce au fameux Girl from Ipanema, écrit en 1962 parAntonio Carlos Jobim,enregistré en 1963 avec Astrud Gilberto et João Gilberto, et sorti en 1964 ( présent sur mes 31 meilleurs morceaux ). Il est là aussi accompagné de son ami et "inventeur" de la bossa nova, João Gilberto, marquant le retour du duo après leurs albums des années 60, dont le dernier en dates Getz/Gilberto#2( 1964 ). Sur The Best Of Two Worlds ils interprètent entre autres des compositions d'Antonio Carlos Jobim ou Gilberto Gil.
Ils marquent alors un chef d'oeuvre du genre, toute en simplicité et grâce, d'un saxophone moite et chaud, de percutions claires et luxuriantes et d'une guitare sucrée et dansante. Les voix mélangeant l'anglais et le portugais sont sublimes, et d'une sensualité à tomber par terre. Le tout dans une ambiance tropicalement décontractée, laissant planer une insolente impression de facilité.
Cet album m'a "mis sur le cul" et c'est peut dire, tellement il fut une révélation pour mes oreilles. Il ne révolutionne rien mais marque l’apogée d'un artiste et d'un style par sa perfection de bout en bout, autant pour sa composition, que musicalement, vocalement, ainsi que pour sa production. Il fait aisément parti de mes albums favoris et d'un hypothétique top 10. Et si je ne pouvais vous conseiller l'écoute que d'un album, sur tous ceux que j'ai pu et que je vais vous proposer au cours de ce GJSF 08, c'est bien celui-ci. Alors laissez vous succomber à la délicieuse sensualité de ce monument.
Celui-ci m'a donné du fil à retordre. Je parle du thème. En effet, c'est compliqué de ne pas faire dans les poncifs (soul, funk, disco-funk, disco Moroder, rnb, jazz, électro-string à la Tellier...), et c'est quelque chose que je voulais éviter, je ne sais trop pourquoi. Et puis il me fallait un disque récent, règle que je me suis imposée en plus pour ce jeu.
Et puis au hasard de mes envies, en voulant mettre un disque pour mes révisions, je prends celui-ci sur mon étagère, le pose sur la platine, et m'assois à mon bureau. Et là, alors que le cd tourne et que les enceintes commencent à chauffer, la musique démarre. Premier morceau, "What Love". D'abord ce beat moite, puis ces voix, ces rythmes, arrivant par vagues et s'intensifiant petit à petit, lancinants.... Ce groove élastique, qui sent l'été, le soleil de plomb, la chaleur, la sueur sur le front... Tout en crescendo. Mais bien sûr ! Voilà mon disque. D'autant que ça continue avec le renfort d'une guitare qui appuie bien les temps, comme il le faut, sur la suivante,"Uncertainty".
Après une intro comme ça, je peux vous garantir que vous aurez un coup de chaud. Quid de l'album ? En gros, c'est le son Madchester, revu et corrigé par deux jeunes Australiens. Je vous avais dit, on fait difficilement moins cliché. Prenez de la house, du big beat, de la pop, du rock, du psyché, des acides, du soleil, et mélangez tout ça, vous obtiendrez... ce disque. Qui mettra n'importe qui dans le bon mood au début, est assez varié dans ces tempos et ambiances pour que ça soit le plus intéressant, et qui ne fera fuir personne. Tout le monde aime Jagwar Ma, potentiellement. Si vous les avez manqués l'an dernier, l'écoute est très recommandée.
Keep Gettin'It On : album en écoute sur deezer / spotify.
Je vous présente un nouvel EP, sorti début novembre, cette fois-ci dans un genre complètement différent, je vous rassure, et venu d'un pays tout aussi différent. Un pays qui ne fait pas vraiment parler lui musicalement et dont j'ai la fâcheuse tendance à confondre la capitale avec celles de ses voisins baltes. Sa capitale n'est ni Tallinn, ni Riga, mais Vilnius, je vous parle donc de le la Lituanie ! Outre que cela fasse "chic" de s'ramener avec un pays "exotique", c'est un magnifique 3 titres que je vous propose, pour régaler vos oreilles, et pourquoi pas réchauffer vos soirées.
C'est ainsi le deuxième EP ( le premier est aussi sorti en 2013 ) du producteur Lituanien multi étiquettes, qui signe ici un coup de maître dans le style House Music, avec 3 morceaux très sombres, comme l'indique le titre de l'EP. Ni vraiment minimaliste, ni vraiment mélodique, le style est assurément rythmique pour taper dans de la Deep House. On ressent alors des influences de Todd Terje pour le versant World Music des sonorités et des rythmiques indéniable.
Ça commence sec et très dansant, mais aussi Electronica, avec l'hypnotique Requiem qui nous tient en haleine, pour une parfaite introduction, quoique trop courte. Et je dois avouer qu'étant rendu à la moitié de ce morceau il m'était déjà décidé que cet EP ferait l'objet d'un petite article quoiqu'il advienne par la suite ( et je vous rassure c'est encore mieux ! ), car cet artiste à le plus qui fait toute la différence dans ce milieu qui peut parfois sembler peiner à renouveler son répertoire.
Mongol, comme son nom le présume nous emmène dans des sonorités orientales avec une sublime approche exotique et aguicheuse, presque psychédélique avec ses voix brumeuses, pour nous apporter via une rythmique passionnante en des rivages plus Deep, plus obscurs, plus transe ( ce côté très House 90's, un peu hédoniste ). Finalement on n'est pas si loin du point de départ. Ce morceau est pour moi la perle de ce triptyque dans toute sa variété, ses origines et ses rythmiques. Alors je vous donne le conseil impérieux de l'écouter, surtout si vous êtes étrangers au genre !
Sur Ankiris, c'est beaucoup plus mystique, plus concis, plus simple, plus dense, voire pur. En un mot c'est efficace. Et ça kick, ça rebondit, ça résonne, ça déambule, parfait pour finir sa soirée ... ou son EP.
A vrai dire, ce n'est pas son premier grand coup d'éclat, car le jeune homme s'est largement fait connaître par son titre "Gotham", un magnifique morceau difforme et poétique sorti sur l'éponyme EP précédent : Gotham EP. Et évidemment je vous le conseille ! C'est un trois titres là aussi, et de même on ressent une noirceur et une profondeur paradoxalement vide, nous plongeant dans une ambiance mi dansante, mi relaxante.
Vous connaissez surement le concept Boiler Room qui consiste en un Dj set filmé face à l'artiste, avec des spectateurs dans son dos, le tout étant retransmis en direct sur le web. Créé en 2010 il est très en vogue en ce moment et se propage un peu partout dans le monde électro, où tous les plus grands y sont passés : Kerri Chandler, Carl Cox, Disclosure ou ici Laurent Garnier :
Et bien des Australiens basés à Sydney réinventent le concept avec un humour fou, pour un Dj set dans vos toilettes ! La House music n'aura jamais aussi bien porté son nom.
Une petite démonstration avec le Dj anglais Paleman :
Certainement la chanson la plus moite de 2013, c'est ce que Disclosure a fait de mieux, et de loin, à mes oreilles. Un petit bijou house-funk, aussi soulful que lascif ! Evidemment, Nile Rodgers est encore dans le coup, et le fidèle Sam Smith est venu donner une fois de plus de la voix pour le duo.
Des palmiers, une chaleur de plomb, la sueur qui perle sur votre front. La lumière réverbérée par la mer sur vos lunettes de soleil, qui cachent des paupières mi-closes... Un mélange d'odeurs si particulier, le sable sur la peau dorée, des effluves de crème solaire, les embruns de l'océan, le sel dans les cheveux. Vous ne savez pas pourquoi, à vrai dire vous ne vous en étiez même pas rendu compte jusqu'à présent, mais vous ondulez lentement le bassin au rythme de la musique. Tandis que vous vous déhanchez, votre futur flirt d'été vous regarde en souriant au loin, et vous fait un timide signe de la main. Le soleil cogne toujours autant. Vous vous levez, et marchez dans sa direction. On est pas bien là ?
Si je ne m'abuse, c'est le premier remix qu'on aborde ici. Je vais faire court, parce qu'encore une fois, la musique parle d'elle même.
D'abord, l'originale : "Over Your Shoulder", de Chromeo. Des artistes très intéressants, ça fait pas mal de temps que des tas de gens très recommandables travaillent avec eux ou remixent leurs morceaux. Du coup je tombe dessus, et j'aime à chaque fois. Il va falloir que je m'intéresse de très près à ce groupe. Pour situer le registre, on est dans de la disco-funk très pop, revue à la sauce French Touch. Vous voyez Breakbot ? C'est l'idée. En plus "black", funk, et moins Saturday Night Fever. Personnellement, j'adore. Une petite perle electrofunk tendance eighties, à la fois dansante et apaisante :
Le remix, maintenant. Signé Mr Oizo, qui ne fait ni sa première ni sa dernière apparition sur ce blog. Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, il excelle dans les remixes disco-funk. Et celui-ci en est une preuve de plus. Il apporte de la folie dans un morceau originalement assez calme, grâce à ces nombreuses touches à la fois absurdes et terriblement accrocheuses dont il a le secret. Et c'est pas loin d'être la meilleure chose qu'il ait produite l'an passé, devant le pourtant excellent "Unicat", sur Amicalement EP. A mes oreilles en tous cas.