Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes
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vendredi 23 mars 2018

Nubya Garcia - When We Are EP (2018)


  Nubya Garcia est une jeune et talentueuse saxophoniste britannique, et son jazz est aussi cérébral (elle peut partir dans des excursions free façon John Coltrane) que physique (elle a un goût prononcé pour faire danser son jazz en y incorporant des influences latines et créoles). On a d'ailleurs tous les deux adoré Nubya's 5ive, son album de l'an dernier, au point de le placer dans nos tops respectifs (ici et ). 

  Mais Ms Garcia est aussi DJ. Et elle a voulu incorporer cet esprit électronique, festif, dans sa musique, et elle l'a fait d'une manière surprenante. Plutôt que d'y ramener les machines, elle a juste pris le tempo, l'a assaisonné de hip-hop, et ça a donné "When We Are". Accompagné d'une basse pulsatile, d'un piano tantôt doux, tantôt sautillant, son saxophone danse autour du beat et nous entraîne dans une danse très classe (presque un côté jazz new-yorkais, des accents free), mais néanmoins très sensuelle et frénétique. C'est assez incroyable comme ça groove, et comme c'est -à mes oreilles en tous cas- incroyablement accessible. Le genre de miracles jazz pouvant amener des non-amateurs du genre à s'y intéresser (enfin j'espère). 

  Le deuxième morceau, "Source", accentue un peu les aspects soul-jazz et jazz-rock perçus à l'écoute de son bouillonnant prédécesseur, avec un petit côté psychédélique et surréaliste quasiment Soft Machine par moments. Un autre très bon morceau. Pour conclure cet EP, deux producteurs électroniques ont remixé ces deux merveilles : K15 pour la première, revue façon chill, et Maxwell Owin' pour la deuxième. Plutôt sympathiques, ces remixes n'apportent pas non plus grand chose aux originaux, si ce n'est dans la thématique d'exploration de l'électronique promise par l'EP. Mais ils sont très agréables et plutôt recherchés, surtout le 2e qui décolle bien lors de sa deuxième moitié. 

  Bref, rien que pour les deux morceaux originaux de Nubya, il vous faut écouter cet EP de toute urgence, alors foncez. 


Alex

lundi 10 avril 2017

Alfa Mist- Antiphon (2017)





     Voici une magnifique pépite, toute fraîche du mois de mars et en provenance de Londres. A mi chemin entre le jazz, le hip-hop et la soul, elle est un témoin actuel de ce jazz urbain tirant ses prodiges d'une scène hip-hop, redécouvrant sa généalogie, aux origines de la black music. A l'instar de l'artiste Amp Live dont je vous parlais il y a de ça quelques mois.


     Le génial beat-maker et pianiste de l'est londonien n'en est pas à son coup d'essai, puisque cet album fait suite à un EP, Nocturne, sorti en 2015, lui plus orienté électronique. Sur ce premier LP, la démarche y est beaucoup plus instrumental et proche du format jazz. Très claires sur 7th October, seul morceau rappé, les influences hip-hop d'Alfa Mist ressurgissent alors dans la rythmicité de son jeu, donnant tout son cachet à ses morceaux. Mais contrairement à des albums comme Low End Theory de A Tribal Called Quest, samplant du jazz pour en faire du hip hop, la substance fondamentale de cet album est bien le jazz. Préférant alors inverser la logique, Alfa Mist joue ainsi du jazz pour évoquer du hip-hop. Il s'est donc largement entouré, laissant s'exprimer saxophone alto, trompette et guitare électrique, remplaçant les boîtes à rythmes pour une batterie et donnant toute sa place au piano. La soul y est aussi une grande inspiration dans ses compositions, comme sur les titres PotentialErrors, ou Breath dont la mélodicité y est plus marquée. C'est d'ailleurs cette alternance d'harmonieuses mélodies soul, tranchant avec des mélodies jazz beaucoup plus destructurées, qui donne tout son rythme à l'ensemble du 8 titres qui fonctionnent à merveille, nous captivant de bout en bout.


     
     C'est donc un magnifique album dont je vous conseils chaudement l'écoute, nous permettant de découvrir un jazz moderne et urbain, toujours prêt à nous surprendre et susciter notre excitation.

A écouter sur Deezer, Spotify, Soundcloud ou son Bandcamp.


Merci pour votre passage et votre lecture !


ETIENNE



dimanche 2 avril 2017

Caro Emerald - Perfect Day - Lou Reed Cover (2013)







     Je vous propose aujourd'hui une magnifique reprise du cultissime Perfect Day de Lou Reed. Véritable monument de la pop états-unienne sorti en 1972, le titre, produit par un grand admirateur de l'époque, David Bowie accompagné de son acolyte de sa période glam rock, Mick Ronson, permet à Lou Reed de connaître un succès phénoménal sur son deuxième album solo Transformer, après un Lou Reed passé inaperçu. Il marque ainsi le véritable départ d'une carrière solo faisant suite à son départ du Velvet Underground un an plus tôt.
     Sur ce titre, il est d'abord question de Bettye Kronstadt, sa première femme. "Oh, it's such a perfect day I'm glad I spent it with you" chante Lou Reed étonnement mélancolique. Mais en miroir se dessine une autre lecture, celle de son addiction à l'héroïne que l'on devine clairement "You just keep me hanging on", donnant toute sa noirceur à cette chanson.

Lou Reed et David Bowie au Dorchester Hotel  de Londres en 1972.

Lou Reed et sa première femme, Bettye Kronstadt.


     L'interprétation que je vous propose, est celle de Caro Emerald, chanteuse néerlandaise de jazz et de pop, ayant notamment fait succès en Allemagne avec son premier album Deleted Scenes from the Cutting Room Floor. Elle revisite ici la chanson  pour la radio néerlandaise 3FM, de sa voix féminine et soul, rappelant celle d'Amy Winehouse. Elle gomme ainsi la tristesse du titre original dans la chaleur de cuivres latins et laisse parler la sublime mélodie, évoquant de tant à autre les premiers album de Coldplay.


Bonne écoute et merci pour votre lecture !



ETIENNE



mardi 21 mars 2017

Pierre Henry & Michel Colombier - Messe Pour Le Temps Présent (1967)



  Cette semaine, les débuts de la musique électronique sont à l'honneur sur La Pop d'Alexandre & Etienne, avec un album par jour présenté jusqu'à dimanche dans le cadre de notre deuxième édition de La Semaine De La Pop.

  Cette oeuvre, vous la connaissez sûrement, du moins en partie. Elle a été composée (sur commande, pour un ballet de Béjart) par le grand Michel Colombier pour les parties instrumentales et Pierre Henry pour la partie électroacoustique / musique concrète qui nous intéresse plus particulièrement dans le cadre de cette semaine consacrée aux débuts de l'électronique. 

  J'ai dit que vous connaissiez sûrement ce disque en partie, car vous avez déjà entendu le deuxième titre, "Psyché Rock" sous une forme ou une autre. Soit vous connaissez son inspiration ("Louie Louie", classique du garage rock, popularisé par les Kingsmen entre autres), soit vous connaissez la chanson sous sa forme originale (par Colombier et Henry donc), soit remixée par Fatboy Slim, soit remixée pour le générique de la série Futurama. Dans tous les cas, vous le constaterez, ce morceau est une merveille de pop-rock 60's, accessible et aventureuse, grâce aux apports électroniques de Pierre Henry et à l'inventivité des arrangements de Colombier, véritable Morricone de la pop française (cf ses collaborations avec Gainsbourg, Quincy Jones pour Aznavour, Air, sans parler de ses musiques de films...). Bref, un classique incontournable et incontestable, frais, audacieux et toujours aussi pertinent.

  Le reste du disque est moins connu, mais tout aussi bon. Le court "Prologue" instrumental est tout en breaks de batterie, en basse inquiétante, sons extraterrestres et percussions de musique concrète, et oscille entre noise et soul (cf cet orgue sur le pont avant la conclusion concrète). Il s'ouvre sur le tubesque "Psyché Rock", dont nous avons déjà parlé, et qui partage sa classe rythmique et mélodique ainsi que ses arrangements électro incroyables avec sa suite directe, le génial "Jericho Jerk", un poil plus soul-jazz. Tout comme sa suite directe, "Teen Tonic", entre pop 60's, yéyé, et soul électronifiée. 

  La conclusion, "Too Fortiche", est carrément plus électro-rock, d'un rock dur et psychédélique. Et toute aussi réussie. Vous l'aurez compris, cette oeuvre est courte, mais incontournable et séminale. Je n'ai pas grand chose à ajouter, cette musique parle d'elle même.

PS : sur CD, on a droit à plusieurs oeuvres solo de Pierre Henry, dont je vous reparlerais pour une autre occasion !

Alex