Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes

jeudi 6 avril 2017

Live Report : Concert des Lemon Twigs à Nantes (Stereolux, 01/04/17)

Brian D'Addario à la guitare et au chant

  On adore les Lemon Twigs tous les deux. Sur disque déjà (un de nos albums favoris de l'années dernière). Et puis on avait vérifié sur youtube que les gars avaient le même talent en live, ce qui est le cas, on était donc rassurés en prenant les billets. Et putain, ça valait le coup. Ils sont encore meilleurs que ce que je m'imaginais. 

  Mais commençons par le commencement. La première partie, Lo Moon, était sympa. Sans plus, mais c'est déjà pas mal. Quelque part entre post rock et pop-rock d'arène (Coldplay, mais aussi Arcade Fire / Springsteen pour les montées épiques), et teintées d'une touche électro pour faire moderne (à la Alt-J, Isaac Delusion ou Radiohead). C'était sympa, écoutez leur seul morceau sorti officiellement pour le moment : "Loveless", si la description vous branche. Je suis pas persuadé que j'y reviendrai pour ma part, mais c'était plutôt agréable comme première partie.

  Les choses sérieuses ont commencé quand les Lemon Twigs ont déboulé sur scène, pour nous jouer la totalité de Do Hollywood, leur superbe premier album. Le concert fut divisé en deux parties : d'abord Brian D'Addario, le plus jeune, à la guitare et au chant et son frère Michael à la batterie. Le plus pop sixties des deux, le plus constant dans la qualité et où l'on sent derrière l'aisance sur scène une vraie volonté de perfection pop. 

  Et la deuxième partie, où Michael a pris le lead. Lui qui faisait déjà bien le show façon Keith Moon derrière les fûts, cheveux longs, torse nu hormis un corset pailleté, visage maquillé, pattes d'éph et ongles vernis en noir. Un foulard rose et une veste grise un chouia pelle à tarte plus tard, le voilà sur le devant de la scène, un peu maquereau façon Lee Brilleaux de Dr Feelgood et surtout très glam-punk, entre Bowie et Beef de Phantom Of The Paradise. Pour une partie de scène plus seventies, plus punk, où planent les ombres d'Alex Chilton ("All Of The Time" sera reprise avec fougue et brio pour une interprétation assez déchirante et aussi destroy que belle et cool) et des gloires glam, punk et power pop. 

  Au rayon reprises, on a pu aussi entendre aussi la brillante "Love Stepped Out" de leur père Ronnie D'Addario, dans une veine Beach Boys / Zombies / The Move / garage rock). Et puis le concert s'est achevé sur un de leurs vieux morceaux, "Queen Of My School".

  On a aussi pu avoir un aperçu de leur EP à venir avec trois excellentes chansons, un poil plus power pop et seventies que le précédent LP, voire même pour une d'entre elles un parfum plus pop eighties (The Smiths, Real Estate...). 

  N'oublions pas de signaler le cool et le talent de Danny Ayala aux claviers et aux choeurs (et un peu à la guitare) et le flegme rock'n'roll de Megan Zeankowski à la basse (avec un petit côté fille de Hank Moody dans Californication). D'ailleurs, c'est assez incroyable qu'à 4 ils arrivent à produire un tel boucan aussi mélodique et à reproduire sans effort les architectures complexes des arrangements et les changements de rythmes sinueux d'un album sur lequel on entend quand même souvent tout un orchestre. 
  
  Bref, ces jeunes gens sont des génies et d'authentiques rock star qui savent écrire des putain de chansons sonnant déjà comme des classiques, et tant pis pour ceux qui ne savent pas passer outre le vernis vintage, ils ratent un des groupes les plus talentueux de l'époque. 


Brian D'Addario (à gauche, claviers) et son frère Michael (à droite)

Alex


mardi 4 avril 2017

Live Report : Concert de Julien Doré, 8 Mars 2017, Zénith de Nantes


  A l'origine, ce concert était plutôt un cadeau pour ma chérie, même si j'apprécie le personnage et sa musique. Mais son album "&" me touchant de plus en plus au fur et à mesure des réécoutes, j'avais hâte de voir enfin Julien Doré en concert (en ayant entendu en plus pas mal de louanges sur ses qualités de showman). Et je ne fus pas déçu. Alternant entre passages plus électriques ou électro et ambiances intimistes et acoustiques, le concert était très musical, dense (2 guitaristes, 1 bassiste, 2 claviers et un batteur, plus lui qui jouait régulièrement d'un instrument en plus).

  Oh j'allais oublier, juste un mot sur la première partie Omoh : c'était pas terrible. Les chansons sont peu inspirées, et le chanteur et leader est peu charismatique (son guitariste qui a repris le flambeau du chant pendant un morceau a réussi l'exploit d'être calamiteux), et la seule fille du était aussi la seule à pouvoir le sauver sur le seul bon morceau de leur set : "Day One", qui doit beaucoup aux albums de 2011 (un peu de retard les gars ?) de Baxter Dury & Metronomy. Mais revenons à Julien Doré.


  La scénographie était belle et bien vue : depuis les mouvements des cylindres qui portaient les deux claviers jusqu'au "&" se révélant être, outre une porte pour entrée façon superstar avec de la fumée partout, un écran permettant de diffuser de nombreuses (et jolies) vidéos tournées sur le même thème que ses clips et son visuel d'album (et donnant par là une cohérence visuelle bienvenue à l'ensemble). Ecran qui a permis aussi quelques facéties, comme un Julien dansant avec lui même.


  Et autant les moments intenses étaient réellement intenses (la majorité de "&" a été jouée, plus pas mal d'extraits des albums précédents), autant le bonhomme ne se prend pas au sérieux, alternant vannes, déclarations d'amour, auto-dérision et partage avec le public. Qu'il invite fréquemment à chanter ou danser avec lui entre deux bains de foule, ce qui passe un peu pour une animation karaoké / club de vacances pour l'esprit cynique de votre serviteur mais qui au fur et à mesure du concert vous fait vraiment entrer dans l'ambiance pop que Doré a voulu insuffler. D'ailleurs, lui-même ne s'économisait pas, et débordait d'une énergie communicative, et d'une vraie complicité avec ses musiciens (au passage, y'avait quand même Arman Méliès à la guitare).


  Le clou de l'autodérision (et de la mégalomanie aussi) était l'entrée en fin de concert sur scène de Doré, monté sur une mini-moto, coiffé de son célèbre casque à lunettes.


  Au final, le concert était généreux, le nombre de morceaux abordés important, et on sentait que chaque chanson avait été travaillée et mise en valeur avec beaucoup de soin et d'amour pour ce live, et j'ai redécouvert sous un nouveau jour des chansons qui m'avaient moins touché sur disque comme "Mes Sombres Archives", "Le Lac", "Beyrouth Plage" ou même d'autres auxquelles j'avais déja bien accroché comme "Sublime et Silence" ou "Porto-Vecchio". Et sur les 6 personnes (dont moi) que je connais et qui ont assisté au concert, on a 6 convaincus alors qu'aucun n'est un fan absolu du gars, preuve de la qualité du set.

  Bref, sur disque comme sur scène, Julien Doré reste pour moi un artiste assez incontournable de la scène française, à la position assez incongrue : c'est probablement le seul à avoir autant de succès avec une musique certes accessible mais d'une aussi bonne qualité, et cette rareté le rend précieux. 



Alex

dimanche 2 avril 2017

Caro Emerald - Perfect Day - Lou Reed Cover (2013)







     Je vous propose aujourd'hui une magnifique reprise du cultissime Perfect Day de Lou Reed. Véritable monument de la pop états-unienne sorti en 1972, le titre, produit par un grand admirateur de l'époque, David Bowie accompagné de son acolyte de sa période glam rock, Mick Ronson, permet à Lou Reed de connaître un succès phénoménal sur son deuxième album solo Transformer, après un Lou Reed passé inaperçu. Il marque ainsi le véritable départ d'une carrière solo faisant suite à son départ du Velvet Underground un an plus tôt.
     Sur ce titre, il est d'abord question de Bettye Kronstadt, sa première femme. "Oh, it's such a perfect day I'm glad I spent it with you" chante Lou Reed étonnement mélancolique. Mais en miroir se dessine une autre lecture, celle de son addiction à l'héroïne que l'on devine clairement "You just keep me hanging on", donnant toute sa noirceur à cette chanson.

Lou Reed et David Bowie au Dorchester Hotel  de Londres en 1972.

Lou Reed et sa première femme, Bettye Kronstadt.


     L'interprétation que je vous propose, est celle de Caro Emerald, chanteuse néerlandaise de jazz et de pop, ayant notamment fait succès en Allemagne avec son premier album Deleted Scenes from the Cutting Room Floor. Elle revisite ici la chanson  pour la radio néerlandaise 3FM, de sa voix féminine et soul, rappelant celle d'Amy Winehouse. Elle gomme ainsi la tristesse du titre original dans la chaleur de cuivres latins et laisse parler la sublime mélodie, évoquant de tant à autre les premiers album de Coldplay.


Bonne écoute et merci pour votre lecture !



ETIENNE



mercredi 29 mars 2017

The Dave Brubeck Quartet - Dave Digs Disney (1957)

     Quel parent n'a pas entonné un Disney à ses enfants ? Il faut avouer que Disney a toujours laissé beaucoup d'importance à ses BO, qui demeurent aujourd'hui tout aussi connues que leurs dessins animés eux-mêmes. On se souvient ainsi tous des musiques des Aristochats, du Livre de la Jungle, de la Petite Sirène ou encore du Roi Lion. Alors quand ton papa s'appelle Dave Brubeck, le résultat prend une autre dimension !









     L'histoire veut que ce serait en emmenant ses enfants à Disneyland, fraichement ouvert en 1955 en Californie, que Dave Brubeck, fort du succès international de son Take Five sorti deux ans plus tôt en 1955, eut l'idée de composer un album de reprises de BO de Disney. Perpétuant de façon désopilante la tradition des reprises dans la musique jazz. 

Disneyland Park à son ouverture le 17 juillet 1955

     C'est ainsi que Dave Brubeck et son quartet, composé du génial Paul Desmond au saxophone alto, de Joe Morello à la batterie et de Norman Bates à la contrebasse, enregistrent en 1957 8 titres (dont les 2 derniers ne sortiront que sur la réédition de 1994) de "cool-jazz" s'inspirant des mélodies des BO d'Alice au Pays des MerveillesCendrillon, Blanche Neige et les Sept Nains et Pinocchio.
     N'hésitant pas à s'écarter de la composition initiale, le travail de réécriture y est époustouflant, enrichissant à foison les mélodies, que Dave Brubeck imprime d'un rythme dynamique, quasi dansant, et soutenu par la batterie de Joe Morello ainsi que la contrebasse de Norman Bates. Le magnifique dialogue mélodique entre saxophoniste et pianiste fonctionne là encore à merveille sur la durée des 8 titres qui respirent littéralement de cette alternance mélodique. Le rendu en est beaucoup plus gais et plus intemporel que les originaux qui, il faut l'avouer, ont perdu de leur fraîcheur.

Dave Brubeck, sa femme, Lola Brubeck et trois de ses enfants dans leur appartement de Los Angeles durant les années 50. LIFE archives 

Pour vous aider, voici la tracklist et les originaux correspondant.

01. Alice In Wonderland tiré d'Alice au Pays des Merveilles
02. Give A Little Whistle tiré de Pinocchio
03. Heigh-ho tiré de Blanche Neige et les Sept Nains
04. When You Wish Upon A Star tiré de Pinocchio
05. Some Day My Prince Will Come tiré de Blanche Neige et les Sept Nains
06. One Song tiré de Blanche Neige et les Sept Nains
07. Very Good Advice tiré d'Alice au Pays des Merveilles
08. So This Is Love tiré de Cendrillon

The Dave Brubeck Quartet en 1956 par Marvin Koner - Paul Desmond, Joe Morello, Dave Brubeck et Norman Bates

Les liens utiles à son écoute : DeezerSpotify.


Merci pour votre lecture !



Etienne

dimanche 26 mars 2017

Lothar And The Hand People - Presenting (1968)


  Cette semaine, les débuts de la musique électronique sont à l'honneur sur La Pop d'Alexandre & Etienne, avec un album par jour présenté jusqu'à dimanche dans le cadre de notre deuxième édition de La Semaine De La Pop.

     En 1906, le britanique Lee De Forest invente la triode ou oscillateur,  permettant d'émettre, de recevoir ou d'amplifier un signal électromagnétique, ouvrant ainsi la voie à la radio-électronique. Elle concrétise ainsi le développement de la radio inventée en 1889 par Nikola Tesla et qui arrive juste à temps pour la première guerre mondiale, voyant se créer des bataillons radio. C'est dans ce cadre que le jeune Lev Sergueïevitch Termen, violoncelliste premier prix du concervatoire de St Petersbourg, intègre l'armé russe. Il y constate, lors de son service, que lorsqu'il passe devant un récepteur radio, se créer une interférence sonore. Il y voit immédiatement le potentiel musical d'un tel phénomène et y adapte un instrument, le theremine, qu'il mettra au point en 1919. 


Termen et une des premières version du theremine
     Ce sera le premier instrument électronique et non électro-mécanique comme le telharmonium. Il est constitué de deux antennes radio réceptrices. Une verticale, définissant la hauteur du son et pour laquelle plus la main du musicien est proche, plus le son sera aiguë. L'autre, horizontale, définit le volume sonore et pour laquelle plus la main sera proche, plus le volume sera faible. 

     La révolution bolchévique passe par là et l'invention arrive dès 1922 aux oreilles de Lenine qui y voit, par cet instrument du peuple qui s'apprend de façon intuitive, sans professeur, le symbole d'une nation ouvrière. Lenine apprendra même à en jouer et en commandera 600 qu'il diffusera partout en URSS. Plus que ça, il enverra en 1927 son inventeur démontrer en Europe, puis aux Etats-Unis, la prouesse de cet instrument, prouvant par la même occasion la supériorité technologique des soviétiques et illustrant ainsi la fameuse phrase de Lénine "Le communisme, c'est les soviets plus l'électricité"
     Il faut bien se rendre compte du caractère hors norme, quasi anachronique, de cet instrument. En 1920, jouer d'un instrument sans clavier, sans cordes, sans hanche, sans contact, c'est inimaginable! Le concept pourrait encore paraître révolutionnaire si il sortait aujourd'hui. C'est donc sans étonnement que Termen fait un carton lors de cette tournée mondiale.


Une version récente du theremine, produite par l'entreprise Moog.


     Mais vous vous en doutez probablement, c'est aussi l'occasion pour l'URSS de placer comme assistant de Termen un agent de l'UGPO ou "gépéou", qui deviendra plus tard le KGB. Toujours est-t-il qu'il ne vendra que 5000 pièces d'un instrument trop nouveau et aux limites de l'instrument qui, outre l'accompagnement, ne propose que peu de diversité sonores et mélodiques.

     Inventeur dans l'âme il déclinera tout de même le concept avec un clavier, en violoncelle, en rhythmicon, précurseur de la boite à rythme et le plus fou, le terpsitone, theremine à l'échelle humaine qui créer des sons en fonction de la position du danceur. Il créer aussi de nombreuses inventions sans rapport avec la musique et travail notamment pour l'US air force sur des guidages missile automatisés et un altimètre, permettant ainsi de leur soustraire des informations et renseigner l'UGPO.


Le Terpsitone
     Le reste de la vie de Lev Sergueïevitch Termen est abracadabrantesque. Il disparaît subitement de New-York  en 1938. Certains disent qu'il a été enlevé par l'UGPO, là où d'autres pensent qu'il aurait fuit l'Amérique et ses créanciers ou bien en raison de la guerre mondiale qui approchait. Toujours est-t-il qu'il arrive en URSS au pire moment possible, puisqu'en pleine Grande Purge Stalinienne. Il est ainsi enfermé à la prison de Butyrka avant d'être envoyé au travail forcé dans une mine de sel glaciales du grand Est russe, voué à une mort certaine. Mais c'était sans compter le déclenchement salvateur de la seconde guerre mondiale. Staline fit ainsi sortir du Goulag tous ses généraux, mais aussi ses scientifiques, pour faire face à la guerre. De part son expérience et ses précédents travaux dans l'aéronautique il fut donc choisi pour intégrer un sharashka, bureau d'étude forcé ayant pour but de développer des inventions dans tous les domaines intéressés par la guerre et le renseignement.

     Il est alors libéré à la fin de la guerre, mais continu à travailler pour le NKVD. Il invente notamment le Buran eavesdropping system, ancêtre du micro laser fonctionnant sans électricité, avec des ondes radio et qui sera intégré dans un bas relief de l'aigle américain, avant d'être offert par les scout de Moscou à l'ambassadeur des Etats-Unis à Moscou, qui l'accrochera dans son bureau. Ils espionnèrent ainsi l'ambassadeur ététs-unien ainsi que le français et le britannique pendant 6 ans, avant d'être découvert fortuitement par un opérateur radio anglais. De la même manière il invente un système d'écoute à distance, permettant d'entendre à travers les fenêtres.


Panneau en bois de l'ambassadeur américain à Moscou


Mirco fonctionnant sans électricité et intégré dans le panneau en bois

     Ce n'est qu'à la toute fin de sa vie, après la chute du mur de Berlin, il a alors 92 ans, qu'il récolte enfin, à travers l'occident, la reconnaissance de son invention musicale précurseuse dans la musique électronique.

     En ce qui concerne l'utilisation de theremine dans la musique, outre Clara Rockmore, interprète iconique de l'instrument qu'elle jouera en duo avec sa soeur et pianiste Nadia Reisenberg, il faut attendre les années 60 pour l'entendre dans les productions. On pense notamment à son utilisation dans le refrain du fameux Good Vibrations des Beach Boys. Mais du fait de ses limites exposées précédemment, son utilisation garde une place souvent limitée à une mise en ambiance. Il posera cependant son identité sonore dans de nombreux morceaux de l'époque.



     Un groupe, Lothar And The Hand People en fera particulièrement usage et inspirera même son nom, puisque "Lothar" est un surnom du theremine. Ce groupe états-unien composé de John Emelin au chant, Paul Conly aux claviers et synthétiseurs, Rusty Ford à la bass, Tom Flye à la batterie et  Kim King à la guitare et au synthétiseurs, est emblématique de cette pop psychédélique électronique de la deuxième moitié des années 60's et mérite vraiment d'être connu. Presenting, de 1968, est le premier des deux albums qu'ils sortiront entre 1965 et 1970, période d'activité du groupe. Il se distingue par ses nombreuses inspirations : pop tout d'abord (This Is It), mais aussi rock, country comme sur  Bye Bye Love, folk (That's Another Story)blues et psychédélique. Mais le plus remarquable est son utilisation précurseuse des Moog et autres lutheries électronique comme le theremine, sonnant remarquablement avec 10 ans voire plus. On y entend déjà le punk-rock de T. Rex, la new-wave de DEVO, assez claire sur Machine et même la résurgence rock 00's de Frantz Ferdinand


John Emelin au theremine

     S'en suivra Space Hymn en 1969, qui demeure lui moins brillant, perdant de son énergie rock, quoi que beaucoup électronique dans sa production et plus psychédélique dans la forme.


A écouter ICI sur Youtube


Merci à tous pour votre venue et vos message tout au long de cette semaine aux origines de la musique électronique !



ETIENNE

samedi 25 mars 2017

Wendy Carlos - Switched-On Bach (1968)


  Cette semaine, les débuts de la musique électronique sont à l'honneur sur La Pop d'Alexandre & Etienne, avec un album par jour présenté jusqu'à dimanche dans le cadre de notre deuxième édition de La Semaine De La Pop.


     Le deuxième disque que je vous propose cette semaine digresse à première vue la thématique, puisque c'est de J.S. Bach dont il est question, mais dans une interprétation des plus singulières, aux origines des synthétiseurs modualaires et de l'histoire passionnante de la musique électronique.



     Cet album, c'est le fruit d'une musicienne, compositrice et ingénieure de talent. Née Walter Carlos dans le Rhode Islande aux Etats-unis, elle brille très vite par ses qualités musicales, mais aussi par son esprit scientifique développé, qu'elle traduira par une passion de la physique et de l'électronique, la menant à construire, au début des années 50, son propre ordinateur, à l'âge de 14 ans seulement. La menant à de brillantes études de composition musicale et de physique adaptée à la musique. C'est par ce biais qu'elle vit les débuts de la musique électronique à New-York, au sein du Columbia-Princeton Computer Music Center, équivalent outre manche du groupe de recherches musicales (GRM). Elle y rencontrera Robert Moog au début des années 60, alors en pleine élaboration de son fameux premier synthétiseur modulaire du même nom, dont elle participera à la conception.



     C'est ainsi qu'elle eu l'idée, avec la productrice Rachel Elkind-Tourre, d'enregistrer pour premier album en 1968 des reprises de compositions de J.S. Bach, dont entre autres le concerto Brandebourgeois, jouées au tout récemment commercialisé synthétiseur modulaire Moog. Elle ambitionne ainsi de mettre en valeur l'instrument ici en solo uniquement et d'initier le grand public, par des airs connus de tous, à la musique électronique, alors inconnue ou cantonnée à une simple curiosité. Ainsi, à l'opposé de la musique concrète, cette musique électronique se veut mélodique et abordable.

     La pochette originale ici présentée et modifiée par la suite, car jugée provoquante, ne laisse pas indifférente, montrant une évocation de Bach en habit d'époque, devant un sythétiseur Moog, pareil à un l'orgue. Un même humour anachronique que l'on retrouve dans le titre de l'album.

     C'est alors le miracle, le disque jouit dès sa sortie d'un énorme succès au près du public, recevant très vite le disque d'or, trônant à la 10 ème place du Bilboard 200 US et siégeant 3 ans consécutifs à la 1ère place de la section musique classique de ce même classement. En 1986, il deviendra même le premier disque de musique classique certifié de platine. Le succès est aussi critique, puisque l'album remporte 3 Grammy Awards dans la section classique en 1969, celui de l'album de l'année, de la meilleur performance et du meilleur ingéneur son.  

     D'un point de vu musical, Wendy Carlos prend parti des qualités et défauts de l'instrument. Là où le nombre de touche jouable simultanément est limité, elle compense par la composition en contrepoint de J.S. Bach, proposant plusieurs couches de synthétiseurs aux effets variés. Les sonorité, elles, rappellent étrangement celles du clavecin par l'acidité sonore des premiers synthétiseurs. Le son est aujourd'hui très old-school, low-fi et la production y manque un peu de richesse et de profondeur, mais au-delà il a gagné les fruits de la richesse du temps et de l'histoire tant cet album est précurseur en son domaine.


Wendy Carlos das son studio en 1970 
     Walter Carlos, profita alors des larges bénéfices récoltés grâce aux royalties des ventes de son album pour effectuer un changement médico-chirurgical d'identité sexuelle et ainsi devenir Wendy Carlos. Cette période de transition personnelle au vécu difficile, la plongea dans un repli social l'empêchant de promouvoir son premier vinyle. Elle alla même jusqu'à refouler à sa porte de nombreuses stars musicales venues rencontrer le phénomène, tels Stevie Wonder et Mick Jagger, rien que ça !

     Alors même que Switched-On Bach passa relativement inaperçu en France, il faut vraiment prendre conscience que le retentissement de cet album sur la suite de l'histoire de la musique électronique est majeur. C'est réellement le premier album de musique électronique à obtenir un disque d'or. Beaucoup ne prirent conscience de l'existence d'un tel instrument qu'à partir de cet album, à l'instar de Gorgio Moroder qui l'explique dans une interview de 2013 pour RedBull Music Academy. Le succès et le phénomène furent tels, qu'il devient le meilleur argument commercial de Moog qui vit, grâce à l'album, exploser la vente de ses synthétiseurs modulaires, comme si il était possible à chacun de sortir un disque d'or en jouant de la musique classique à partir de musique électronique. Ironie de l'histoire, cette explosion ne fut malheureusement pas au bénéfice de Robert Moog qui venait de vendre son entreprise en faillite, alors même qu'elle allait vivre son âge d'or. Il ne tira pas non plus bénéfices de la sortie en 1971 du mythique mini Moog qui démocratisa les synthétiseurs modulaires, facilitant grandement leur utilisation, tout en les rendant plus compact et transportables. 


Robert Moog avec au premier plan un mini Moog

     C'est un des ingénieurs de Robert Moog qui eu l'idée, pour simplifier l'instrument, de concevoir des prépatch accessibles par de simples potentiomètres disposés sur un fameux panneau frontal inclinable, plutôt que de relier manuellement chaque module par des câbles jack, tel les vieux standards téléphoniques. Pour l'ancdote, la taille et le fait que le clavier commence par la note fa tiennent uniquement à la conception du prototype à partir d'un clavier brisé en deux de telle manière, pris à la casse de l'usine. D'où la disposition de nombre de synthétiseurs analogiques encore aujourd'hui !  

     La suite de l'histoire, tout le monde la connaît, c'est en 1971 la BO d'Orange Mécanique de Stanley Kubrick  avec la fameuse interprétation de The Funeral Queen Mary de Henry Purcell


     D'autres albums suivront, dont Switched-On Bach II en 1974. Elle composera aussi en 1980 la BO de The Shining, toujours pour le même réalisateur, au sein duquel ses chats participeront au tournage et celle de Tron en 1982 pour Disney.



     Par l'histoire passionnante de Wendy Carlos et de Switched-On Bach, on comprend donc l'importance de cet album dans l'histoire de la musique électronique et son caractère hors normes dans la musique classique, puisqu'aucun, aujourd'hui encore, ne s'est vendu à autant d'exemplaires. Bach n'aura jamais eu autant de succès qu'interprèté par le synthétiseur modulaire de Wendy Carlos !


     Il n'est malheureusement pas possible d'écouter Switched-On Bach en streaming, mais vous pouvez vous référé à des fidèles interprétations faites à la manière de Wendy Carlos et disponible sur YouTube.



Pour en savoir plus: 
Le site officiel de Wendy Carlos, rempli d'informations et de détails historiques
Au sujet du Computer Music Center
Sur Moog


Merci pour votre lecture,




Etienne


Le post-scriptum d'Alexandre :


  Venu à cet album par le biais d'une double passion pour Orange Mécanique (et Kubrick en général) et pour les musiques électroniques, cet album me tient à coeur pour plusieurs raisons. D'abord, subjectivement c'est un album que j'adore, pour les découvertes artistiques qui y sont liées, et indépendamment de celà, à l'écoute ça passe toujours aussi bien. 

  Mais surtout car Wendy Carlos, grâce à sa forte personnalité et à son intelligence frisant le génial, arrive à réaliser une double transgression. D'un côté, elle anoblit la musique électronique en y jouant des oeuvres classiques (et par là popularise le classique), et d'un autre avec ces sons très pouet pouet elle casse le côté snob du truc et lui confère à la fois un côté naïf, ludique et premier degré qui me parle totalement, et une ironie mordante d'une folle perspicacité. Ce côté pompeux et solennel est désamorcé par l'humour de l'ensemble dès "Sinfonia To Cantata" jusqu'à "Jesu, Joy Of Man's Desiring", qui me ferait presque rentrer dans une église si je n'avais pas peur de prendre feu en passant la porte. Ce qui n'empêche pas l'émotion (cf "Air On A G String"). C'est une oeuvre d'esthète, de scientifique et d'artiste fou, piquante, instruite et folle à la fois. 

  C'est aussi un album précurseur. En exagérant un peu, on pourrait par association d'idées fumeuses se poser certaines questions aussi inutiles que (peut-être, qui sait?) pertinentes... Imagine-t-on Yellow Magic Orchestra (et toute la synthpop) sans "Two Part Invention In F Major" ? La musique des Zelda ou Pokémon sans "Two Part Invention In B-Flat Major" ? L'acid-house sans "Two Part Invention In D Minor" ? Les morceaux down-tempo de Discovery des Daft Punk sans "Prelude And Fugue #7 in E-Flat Minor" 

  Et puis l'intro de "Prelude And Fugue #2 in C-Minor" c'est "Stress" de Justice, tout l'électroclash (Bloody Beetroots & cie, vous vous souvenez ? D'ailleurs les BB avaient un penchant électro + classique aussi) avec 40 ans (!) d'avance. Et le concerto final, c'est quasiment du Emerson Lake & Palmer en moins digressif. 

  Tout ça est extrapolé et exagéré  j'en conviens. Et pourtant, je crois que dans un sens, tout est vrai. Car comme l'a dit Etienne, cet album a connu un succès colossal, et il a sans doute participé à imposer ces sons hyper inhabituels dans les oreilles des masses à l'époque, et ainsi à faire avancer la cause des musiques synthétiques et électroniques, à sa façon bien à lui.

  Bref, c'est un album important car il est bon (déjà), il est important (dans l'histoire de l'électro et de la musique tout court), impertinent, personnel, drôle et influent à la fois.

PS du PS : psssst.... venez voir par là et tentez l'écoute sur un site de streaming asiatique de derrière les fagots... (disparaît dans la ruelle mal éclairée)

Alex




vendredi 24 mars 2017

Fifty Foot Hose - Cauldron (1967)


    Cette semaine, les débuts de la musique électronique sont à l'honneur sur La Pop d'Alexandre & Etienne, avec un album par jour présenté jusqu'à dimanche dans le cadre de notre deuxième édition de La Semaine De La Pop.

  Et il est temps d'évoquer un autre de mes albums de chevets : Cauldron de Fifty Foot Hose, groupe psychédélique californien. Groupe formé autour de l'artiste conceptuel Cork Marcheschi qui gère l'électronique, David Blossom qui compose la plupart des morceaux, entre rock psychédélique, pop et jazz, et Nancy Blossom, sa femme, qui prête sa voix et son charisme au groupe.

  Comme tous les classiques, ce disque démarre par un morceau radical, "And After", une suite ambient bruitiste qui est sensée évoquer par son crescendo l'intérieur d'un tremblement de terre. Le but étant de la jouer sur de grosses enceintes avec un volume bien fort pour faire trembler le sol et les murs. Cet aspect uniquement sensoriel de la musique électronique est très intéressant, et je trouve que ça fonctionne à merveille en intro d'un album sombre et mystérieux. "If Not This Time" est quand à elle un chef-d'oeuvre de rock psyché un peu jazzy, le génie suite de partout, depuis le morceau aussi rock que groovy, aussi accessible que mystérieux, en lui-même génial et bien arrangé et produit, avec ces gargouillis électroniques ajoutant une vraie plus-value et puis Nancy qui est impériale au chant et irradie de son charisme infini. La courte transition atonale "Opus 777" fait la transition avec "The Things That Concern You", chanson de Terry Hansley (basse électrique), moins brillante mais fort sympathique. 

  Les morceaux s'enchaînent, entrecoupés de ces transitions électroniques (les "Opus...", "For Paula"). On a du hard-psyché agressif sur "Red The Sign Post" et sur "Rose" il est entrecoupé de pop et de jazz-funk, et là encore complètement porté par le génie d'interprétation de Nancy Blossom, prêtresse hippie préfigurant toutes les futures grandes artistes féminines du rock, du punk et du post-punk à venir. De Patti Smith à X en passant par Nina Hagen, les B-52s, les Slits, Kate Bush, Kim Gordon ou Siouxie. Ce morceau est encore une tuerie, très influencée par le jazz, et un classique indépassable, aussi sauvage et frais aujourd'hui qu'à la sortie du disque en décembre 67.

  D'ailleurs, la sauvagerie du groupe les rapproche parfois du punk (paradoxalement, sur le morceau de bravoure "Fantasy" de plus de 10min) et leur capacité à défricher de nouveaux territoires au meilleur de la post-punk des années 70-80 (Pere Ubu, XTC, Slits...), qui paraît presque en retard à l'écoute de ce disque. 

  Et puis il y a la reprise du "God Bless The Child" de Billie Holiday, que j'ai déjà abordée ici, sur des premiers articles parus sur ce blog (en novembre 2013 !). Cette reprise du standard de jazz est pour moi un des meilleurs morceaux de tous les temps, dans mon top10 sans hésitations. L'interprétation de Blossom au chant me bouleverse, et la synergie rock psyché-électronique (un peu à la façon de Henry-Colombier finalement) atteint des sommets sans jamais trop en faire dans le démonstratif. 

  La conclusion, "Cauldron" vaut aussi carrément le détour, entre cloches monastiques, bruitages électro, voix de sorcière trafiquée au vocoder, bandes passées à l'envers, triturées, mantras.... Un must-hear.

  Les bonus du CD valent aussi le détour, avec des versions alternatives de "If Not This Time" (très belle, un poil plus soul et c'est très bien aussi... Un peu Broadcast avant l'heure aussi), et de "Red The Sign Post", carrément punk à 200% dix ans avant, tout simplement. Voire même Sonic Youth 20 ans avant Sonic Youth. Les inédits sont tout aussi cool : "Fly Free", entre jazz et country-pop, "Desire" entre free jazz, psyché funky, hard rock enragé et punk bruitiste, et "Skins", jam pop noisy nourrie de country et de blues psyché accouche de fulgurances stellaires. Et puis il y a le premier single du groupe, le bruitiste et bordélique "Bad Trip", présent sous deux versions. Le titre est moins intéressant, mais il a le mérite de prouver que le Velvet n'avait pas le monopole du bruit, qu'Iggy n'avait pas le monopole des hurlements canins, et que Zappa n'avait pas le monopole du mauvais goût dada. 

  Bref, tout ça est quand même absolument indispensable. Ce disque est un vrai classique et un phare dans la nuit pour l'électro-pop de l'époque, le mariage avant-garde / pop psyché étant réussi comme (presque) jamais (avec White Noise et The USA quand même, voilà le trio de groupes géniaux à avoir su relever le défi). Et un disque qui conserve toute sa fraîcheur et sa modernité aujourd'hui grâce à une forte personnalité et un nombre de portes ouvertes et de pistes inexplorées incroyable. 

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Alex