« Je lui dirais les mots bleus, les mots qu’on
dit avec les yeux »
Un disque qui se passe de mots, et très bien, merci !
Le choix d'Etienne :
Gonzales - Solo Piano ( 2004 )
Premier des deux albums du même nom ( le deuxième étant sorti en 2012 ), ce projet constitue un tournant dans la carrière solo du québécois, qui gravitait alors dans le milieu rap / hip-hop, même si des airs de classique s'en échappe. Et c'est sous une forme originale, une performance seul au piano, entièrement acoustique, qu'il revient donc à ses origines artistiques, le classique. Ceci peut paraître ambitieux, ou même prétentieux, mais c'est en faite en toute simplicité et intimité que nous entrons dans le chef d'oeuvre du pianiste. On ne serait classer le style entre le classique, le jazz ou la pop, il est assurément unique et peut être comparé à celui d'Erik Satie. Voilà donc un album que l'on dévisage de nos oreilles, et où les mots sont vains.
Etienne
Le choix d'Alexandre :
Air - The Virgin Suicides (2000)
Je vous préviens tout de suite, ce disque est un de mes préférés tous genres confondus. Sans doute dans mon top 10, et probablement mon disque favori des années 2000. L'album, et j'assume à 200% ce que je dis, est un authentique chef-d'œuvre. Certains pourront lui préférer l'excellent "10.000 Hz Legend" dans la discographie du groupe, et ils auront au moins autant raison que moi, même si j'ai plutôt un gros faible pour celui-ci.
La musique est tellement belle qu'elle ne s'encombre le plus souvent pas de mots. Evidemment, les plus pointilleux me diront que le premier morceau "Playground Love" est une vraie chanson pop, avec chant et paroles, même si l'intrumental est prédominant, et qu'il y a deux "monologues" insérés dans des morceaux (à la fin de "The Word Hurricane", et sur le dernier morceau, "Suicide Underground", avec voix pitchée dans les graves). Certes.
En revanche, ce que personne ne pourra m'enlever, c'est qu'il n'y a pas de mots pour décrire tant de beauté. En terme de BO, c'est compliqué de faire mieux, on rivalise sérieusement avec des niveaux morriconiens ici, et c'est un très grand admirateur du maestro qui le dit. L'instrumentation est très riche, on a énormément de matière musicale, beaucoup de textures (guitares, orchestres, batterie, basse, claviers, saxophone parfois...). Et pourtant, le arrangements sont le plus souvent sobres, accentuant l'intensité dramatique de l'ensemble.
Je m'en passe des extraits quasiment tous les jours, dans le train ou le tram, entre la fac et chez moi, et j'écoute l'album très régulièrement, il a tendance à me manquer rapidement. Un vrai disque de chevet, qui je l'espère, vous bouleversera autant que moi. Comme vous avez pu le constater, je ne sais vraiment quoi en dire, et à part vous faire partager mon ressenti, je suis bien incapable de trouver mes mots pour décrire la musique. Tout ce que je peux faire, c'est vous recommander l'écoute. Je n'en extrait pas de morceaux, tout est prenant, d'une qualité époustouflante, d'une sensibilité impressionnante.
Et il n'est pas nécessaire d'avoir vu le (bon) film de Coppola avant, moi-même je ne l'ai vu que des années après avoir découvert le disque. De plus, cette BO y est sous-utilisée, à mon humble avis. Une BO qui n'a pas besoin d'images pour être géniale, donc. Et un des rares albums qui me fait monter les larmes aux yeux et me file des frissons partout, systématiquement, et ce du début à la fin, alors que je le connais par cœur depuis des années. Comme en ce moment, alors que je le réécoute... Vous l'aurez compris, je pense, il me tient beaucoup à cœur celui-ci.
Un petit mot pour la fin, vous imaginez si Gainsbourg était encore parmi nous, les chef d'œuvres qu'il aurait pu nous sortir avec ces deux Versaillais ?
Alexandre





