Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes

mercredi 9 novembre 2016

Klaus Johann Grobe - Spagat der Liebe (2016)


  Cet album de pop psychédélique synthétique et germanophone est absolument éblouissant, de son introduction solaire "Ein Guter Tag" à la conclusion prog "Gedicht", en passant par les détours funky de "Wo Sind" et "Rosen des Abschieds" qui rappelle une certaine idée métissée du post-punk. Les influences new wave transparaissent d'ailleurs sur la synthpop de "Ohne Mich", entre rêveries sixties et synthés 80s.

  Bref, ce disque de Klaus Johann Grobe est une petite merveille de bout en bout dont vous auriez tort de vous priver si vous êtes amateur de bonne pop, de climats gentiment psychédéliques et de doux synthétiseurs. 

Alex 

mardi 8 novembre 2016

James Blake - The Colour In Anything (2016)


  Une série d'EPs géniaux, un premier album séminal, un second moins enthousiasmant mais très solide, puis ce The Colour In Anything sorti cette année... Dans lequel il reprend le son électronique et gospel minimaliste de James Blake avec l'enrobage pop et les structures plus directes et l'étoffe ambitieuse d'Overgrown. C'est un peu son album bilan si l'on peut dire. Et ça fonctionne à merveille sur les superbes singles "Radio Silence" et "Modern Soul" où pop plaintive et électro sombre se complètent avec merveille par exemple. La même formule est parfois moins maîtrisée et donne des résultats un peu bancaux et amorphes comme sur "Choose Me", "Always", "Two Men Down", ou "I Hope My Life" qui commence pourtant bien avec un gimmick de synthé new wave détourné sympa mais tourne vite en rond.

  Ailleurs, le dosage est plus électronique et c'est tout aussi bon comme sur le single "Timeless" dont on vous avait déjà parlé, ou le bizarre mais réussi "Put That Away And Talk To Me" et le quasi a capella "Meet You In The Maze" (bon au début mais beaucoup trop longuet), tous deux sous grosse influence Bon Iver, avec lequel il collabore d'ailleurs sur un "I Need A Forest Fire" d'anthologie, un morceau absolument éblouissant. Les influences croisées entre Frank Ocean, Bon Iver et James Blake sont très intéressantes à suivre d'ailleurs.  

  Le gospel post-dubstep du 1er album vient hanter "Points" et "Noise Above Our Heads" avec beauté. Et quand les ballades se font quasiment juste au piano-voix, c'est parfois tout aussi bien ("Love Me In Whatever Way"), mais souvent c'est moins marquant ("f.o.r.e.v.e.r.", "Waves Know Shores", "My Willing Heart", "The Colour In Anything").

  Vous l'aurez compris, mon avis est plutôt mitigé. Avec 8 superbes titres (sur 17 quand même !), je suis tiraillé entre mon admiration pour les singles géniaux et la déception d'un ensemble qui s’essouffle vite faute d’élagage suffisant. Je ne peux m'empêcher de penser qu'un petit 8 titres plus concis débarrassé des 9 autres aurait été génial... Pour vous faire votre propre avis sur les titres que j'ai moins aimé et le disque en globalité, et (re)découvrir les excellents morceaux dont j'ai parlé, écoutez l'album en suivant ce lien.

Alex


lundi 7 novembre 2016

Herlin Riley - New Direction (2016)


  Batteur notamment d'Ahmad Jamal et Marcus Roberts dans les années 80, et membre du Lincoln Center Jazz Orchestra, Herlin Riley a sorti cette année son premier disque en tant que leader, ce magnifique New Direction. Un disque de batteur en jazz, c'est souvent l'occasion d'emprunter des chemins différents et parfois plus variés qu'avec des leaders guitaristes, saxophonistes, pianistes ou trompettistes. Et ça se vérifie ici.

  Dès la suave "New Direction", on nage en plein bonheur groove, avec cependant ce petit cutting edge, ce tranchant bop des cuivres, qu'on retrouvera sur "Hiccup Smooth" et "Harlem Shuffle" avec une coloration blues. On joue avec des rythmes latins pas trop appuyés mais bien présents en filigrane comme sur "A Spring Fantasy", entre joie, mélancolie, langueur et danse sensuelle. Parfois, la rythmique latine est plus appuyée comme sur "The Crossbar", "Connection To Congo Square" et "Tutti Ma" (ici, métissée avec un blues du Sud chanté). 

  Parfois on se figure bien les paysages gris et urbains de New York avant de se faire surprendre par un rythme sud-américain, un peu comme si au détour d'une rue on était tombés par hasard sur un quartier latino, avec des odeurs de cuisine réconfortantes, et tranchant avec la grisaille ambiante, en passant de Big Apple à "The Big Banana" (titre du morceau). Sur "Shake Off The Dust", on entend la voix des sages, des anciens, raconter leur vie, partager leur expérience, avec ce charme désuet et plein de classe qu'on ne peut imiter.

  Finalement, le morceau de bravoure du batteur, du moins son solo le plus appuyé et le plus sauvage, ce sera uniquement sur "Herlin's Hurdle". Ailleurs, son apport est tout aussi mémorable et nécessaire, mais plus discret. C'est l'humilité des rois, de ceux qui n'ont rien à prouver.

  Un excellent album de jazz à écouter ici, sans fautes. Cet album est prenant du début à la fin, et se savoure avec délice comme un des meilleurs millésimes que j'ai pu entendre de cette bonne année jazz que fut pour moi 2016.

Alex

samedi 5 novembre 2016

Woods - City Sun Eater In The River Of Light (2016)


  Bingo ! La métamorphose de Woods, génial groupe folk-pop lo-fi en groupe au son plus policé et aux influences variées a porté ses fruits. Après un excellent With Light And With Love en 2014, ce City Sun Eater In The River Of Light est la confirmation, le chef-d'oeuvre, le magnum opus promis et attendu de pied ferme. On entend les influences reggae, mexicaines et jazz éthiopien dès la première chanson, cette magnifique "Sun City Creeps", absolument parfaite de la composition à l'interprétation, avec des arrangements d'une richesse, d'une musicalité et d'une finesse inouïs. Essayez, en la réécoutant, vous trouverez toujours une couche d'orgue, un clavier discret, une trompette ou une guitare que vous aviez raté lors des 5 précédentes écoutes, et qui vous frappera de sa beauté. Une vrai chanson à tiroir réalisée avec un talent fou. Et tout le disque est à l'avenant.

  La pop-rock funky, gorgé de soul et tranquille de "Creature Comfort" rappelle les réussites récentes des The Arcs de Dan Auerbach, c'est très beau. Les arrangements country magnifient la déjà sublime "Morning Light", cousine du Light Upon The Lake de Whitney, l'autre chef-d'oeuvre pop-folk de l'année avec cet album partage plus qu'un titre parlant de lumière et de points d'eau. Les influences presque dub de "Can't See At All" et son orgue intrigant diversifient encore un peu plus le propos avant une "Hang It On Your Wall" plus classiquement folk/pop avec une rythmique western et une "The Take" qui elle navigue entre psyché et Ethiopie avec brio.

  "I See In The Dark" est une scie psyché d'une rare intensité, que n'auraient pas renié les Black Angels ou les Oh Sees, avec un feeling désertique la rapprochant des Doors ou des Seeds. On poursuit avec de la pop aussi évidente que naturellement belle sur "Politics Of Free", un retour de flamme reggae-funk sur "The Other Side" et un final magnifique avec "Hollow Home".

Bref, superbe disque, un des meilleurs de l'année, alors foncez l'écouter ici !

Alex

jeudi 3 novembre 2016

YG - Still Brazy (2016)



  On replace le contexte. Le hip-hop de la côté ouest va bien, très bien. On n'a probablement pas connu vague plus fertile de rappeurs californiens depuis la grande époque de Dre, Cube, Snoop, Pac et les autres. Et YG est un des artistes les plus intéressants de ce retour de flamme gangsta. Voilà pour la géographie. Pour le côté plus personnel, YG s'est fait tirer dessus récemment, et aurait pu y passer, mais heureusement pour nous (et bien évidemment pour lui), ce n'est pas le cas, et on a droit à un superbe album de hip-hop de haute volée, teinté d'une certaine paranoïa bien compréhensible.

  Vous allez donc comprendre le début de l'album, sachant ça. L'atmosphère inquiétante et cinématographique de "Dont' Come To LA", presque murmurée, et l'anxiété de "Who Shot Me?", et puis ces titres, ces paroles, tout ça est très évocateur. La musique est excellente. On a des morceaux très typiques du G-Funk, mais revu et corrigé dans un monde qui a connu les tubes minimalistes de DJ Mustard, les rythmiques folles de la trap et les synthés basse monstrueux du rap sudiste, comme "Word Is Bond", "Gimmie Got Shot", "I Got A Question",  et surtout le tube absolu "Twist My Fingaz". Ses synthés élastiques et son rythme électrofunk rappellent les grandioses réussites récentes de Dâm-Funk en solo ou avec Snoop Dogg sur 7 Days Of Funk. Un morceau impeccable, un classique instantané. L'inspiration électrofunk réussit à de nombreux autres superbes morceaux comme "Bool, Balm & Bollective", "She Wish She Was", et "Blacks & Browns", tous de potentiels singles. 

  Parfois, l'électro se fait plus minimaliste et sombre, comme sur "Why You Always Hatin'", autre tube ultra-efficace et au clip fendart feat Drake & Kamaiyah, et surtout "FDT" (Fuck Donald Trump), le puissant "Police Get Away With Murder" au son métallique rappelant presque la radicalité de groupes reggae-punk des années 80 comme les Basement 5, le lancinant "Still Brazy" où la voix de YG, profonde et grave mais aux médiums clairs, se fait presque soul dans les implorations ("Oh God!"). D'ailleurs, son flow est d'une constante perfection, le mec est doué.

  Bref, un superbe album, ultra cohérent, très très solide, gavé de tubes et sans temps morts, aussi authentique qu'accessible. Un des grands disques rap de l'année, à écouter ici.

Alex

mercredi 2 novembre 2016

Public Access TV - Never Enough (2016)


  Ils sont plutôt rares les disques de pop/rock très classiques qui me touchent ces dernières années. Mais il y  en a qui arrivent à s'inscrire dans une tradition ultra balisée et pourtant, à force de mélodies imparables, sortent du lot des différents revivals. Comme le premier album de The Soft Pack. Cet album de Public Access TV, est pile entre les deux : mi-génial, mi-pas assez original, mais il vaut quand même le détour (sinon je n'en parlerais pas !).

  En effet, dès le début, la power pop de "In Our Blood" nous entraîne à un rythme effréné, entre (surf)pop sixties classe, post-punk eighties et pop-punk seventies. Avec un sens de la mélodie de grande classe, une rythmique bondissante et des guitares jouissives. Ça me rappelle le début des Drums tellement c'est bon. Innocent, frais, insouciant, pop et terriblement bon. Le beat se fait plus lourd, le riff plus incisif sur "Evil Disco", entre Stones période Some Girls et The Beat. Le riff glam et le chant dégoulinant de sexe de "Summertime" évoquent les plus récents Crocodiles en moins sulfureux quand même. Ces trois chansons sont excellentes.

  Le groupe est référencé, mais les références sont variées, on ne s'ennuie donc pas une seconde. On a même des synthés et une pop plus typée années 2000 sur "I Don't Wanna Live In California" et "Careful". Toujours dans les années 2000, le dance-punk de "End Of An Era", le pop-punk de "In Love And Alone" et la pop rauque de "Patti Peru" n'auraient pas fait tache, évoquant des groupes comme Bloc Party ou Razorlight, en un peu plus Strokes et avec une production plus chaude, à l'ancienne. Bon je ne vous cache pas que toute cette moitié d'album m'impressionne beaucoup moins, les chansons sont moins intéressantes, malgré l'énergie palpable du groupe, et c'est dommage.

  La fin du disque est meilleure. L'intro de "Remember" m'évoque une chanson mais je n'arrive plus à mettre le doigt dessus... Pas grave car la chanson est excellente avec son rythme syncopé plus ou moins issu de la lignée Talking Heads / Gang Of Four. Pareil pour "Sudden Emotion", chaloupée elle aussi, qui sonne très raide et sèche dans son groove, et finit sur un jeu de guitare(s) entre Franz Ferdinand et Interpol. Le rock de "On Location" est moins intéressant, contrairement à la bonne pop de "Sell You On A Lie". 

  C'est dommage, il ne manque pas grand chose pour que cet album soit vraiment très bon. L'interprétation du groupe est jouissive, la production est bonne, ils ont vraiment trouvé leur son, les constructions de morceau sont là (les ponts et conclusions de morceaux sont géniaux, ce qui est rare !), bref, ce qui manque en général aux groupes revival mi-intéressants mi-redondants. 
  Il manque juste un peu d'originalité et plus de finesse dans la composition de certains titres. Le groupe a en revanche un gros potentiel, de nombreuses qualités que je viens de citer, et malgré mon avis mitigé sur certains titres, je pense que cet album vaut le coup au moins pour les quelques morceaux très réussi qui y figurent, et réussit au moins à moitié le défi de la pertinence malgré une musique ultra référencée que j'ai évoqué en début d'article. Ecoutez le ici, et dites moi ce que vous en pensez.

Alex

mardi 1 novembre 2016

Travis Scott - Birds In The Trap Sing McKnight (2016)


  J'avais beaucoup aimé son Rodeo de l'an dernier, entre digne successeur des ténèbres du Yeezus de Kanye West et intuition mélodique folle ("Antidote"!). Et ce nouveau projet ne me déçoit pas du tout. Scott est à l'aise en tant que producteur et ça se sent, ses beats sont subtils, mélodiques, bruts et sophistiqués, sombres et obsédants. Il se balade dans un océan d'autotune bien gérée, délivre motif catchy sur motif catchy, et gère ses invités aussi bien qu'un Kanye West. André 3000 fait des merveilles sur le magnifique "The Ends", Kid Cudi sur "Through The Late Night", Young Thug sur "Pick Up The Phone",etc... et même (miracle!) l'irritant Bieber se change en rappeur trap convaincant sur la très bonne "Beibs In The Trap". Un miracle qui vaut bien celui de West, qui a réussi cette année à me faire aimer un chant de Chris Brown sur "Waves".

  Absolument tous les titres sont de très bonne facture. Et le côté rock et saturé de la production très soignée, toujours originale et ultra bien bossée, ajoute à la profondeur de l'ensemble et place Scott bien au dessus de la mêlée, que ce soit pour ses tubes qui donnent envie de sauter partout ou pour ses bangers sombres. Et marque une étape de plus dans le parcours sans faute du rappeur/producteur. Et en plus il a été numéro 1 des ventes, il a donc contribué à l'amélioration de la qualité de ce qu'écoute l'auditeur moyen (ce qui est un exploit!). Bref, une réussite ! A écouter ici.

Alex