La Dizaine Des Blogueurs est un jeu co-organisée par Last Stop? This Blog et La Pop D'Alexandre Et Etienne. Le principe est simple : il s'agit de nommer une chanson/track sur six thématiques différentes, chaque mercredi, vendredi et dimanche du 27 Février au 10 Mars.
THEME DU JOUR :
La chanson qui donne des frissons
LE CHOIX D'ALEX
"The Bug Collector"
Haley Heynderickx
I Need To Start A Garden(2018)
Je vais insister, je ne vais pas vous lâcher avec cette artiste, cet album ni cette chanson. Dans mon Top de l'an dernier, elle était très très haut, et c'est pas pour rien si c'est le disque pop-folk qui m'a le plus touché depuis les débuts de Bon Iver. Alors foncez, pauvres fous ! Et écoutez cette merveille qui électrisera chacun de vos phanères. LE CHOIX D'ETIENNE
"Virgin Mary"
Joan Baez
Le frisson vient aussi de la folk pour moi avec le subtil et délicat "Virgin Mary", traditionnel chant à la nativité incanté avec une sensibilité à fleur de peau par Joan Baez. C'est l'occasion de rendre hommage à cette grande artiste qui a dit ses adieux il y a tout juste quelques semaines.
La Dizaine Des Blogueurs est un jeu co-organisée par Last Stop? This Blog et La Pop D'Alexandre Et Etienne. Le principe est simple : il s'agit de nommer une chanson/track sur six thématiques différentes, chaque mercredi, vendredi et dimanche du 27 Février au 10 Mars.
THEME DU JOUR :
La chanson déclic
LE CHOIX D'ALEX
"Jenny Jenny"
Little Richard
The Very Best Of "Little Richard" (1957)
Lorsque je me suis motivé à me faire une culture musicale, au collège, j'avais pris l'habitude de noter des noms de musiciens sur un bout de papier qui traînait pour les écouter plus tard. A l'époque, étant un grand fan de Stephen King, je remarque un nom qui revient, notamment dans Ça : Little Richard. Je décide donc de noter ce nom pour aller l'écouter plus tard, la description de sa musique que King nous donne à lire étant plus que flatteuse (au passage, merci Stephen pour d'autres noms comme Creedence Clearwater Revival). J'allume donc un PC, branche mes écouteurs, ouvre Deezer. Je vois un "Very Best Of" avec une pochette assez stylée, photo en noir et blanc sur fond rose pâle, police vintage. J'appuie sur play. Et là je me prends une baffe monumentale. Je connaissais déjà Elvis et les Beatles, donc certains titres m'étaient familiers. Mais les versions proposées ici sont inégalables. Little Richard c'est tout, très tôt, du garage des Sonics qui enfantera le punk et le hard rock à l'exubérance glam, mais aussi la soul et le funk, dans tous leurs aspects : joueur, violent, sensuel, groovy... Avant que la musique ne sédimente en dizaines de niches et de sous-genres qui utiliseront certains ces éléments dans des proportions différentes. Mais tout était là déjà, puissance dix mille. J'ai tendance à penser que la musique fifties est affreusement sous-cotée et injustement oubliée, alors qu'elle est bien plus colorée, vivante et dangereuse que ce qu'on veut bien en voir de loin. "Jenny Jenny", enregistrée en 56 à la Nouvelle-Orléans, est un des uppercuts les plus violents et jouissifs de ce génie total grâce à une foule de choix de maître : son piano martelé, sa voix poussée dans ses plus extrêmes retranchements (ces "ooooouh" !!!!), ces cuivres obsédants, cette batterie garage martelant un beat implacable... Une chanson qui ouvre sur des univers entiers. LE CHOIX D'ETIENNE
"Pacific State"
808 State
Après Tellier et la French Touch qui m'ont introduit à la musique électronique, il n'y avait qu'un pas pour plonger dans la vaste étendue de la musique house. C'est grâce à la géniale série "Collectorama" des Inrock que le déclic se fera, notamment grâce au titre Pacific State, sorti en 1989, avec son acide house, que le délcic se fait. Un titre qui m'a longtemps obsédé avec sa boîte à rythme mécanique et ses samples tropicaux.
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THEME DU JOUR
La chanson à écouter seul, au casque
LE CHOIX D'ALEX
"Sneaker Gun Fire"
Alan Vega
Deuce Avenue (1990)
Lorsqu'on pense à une chanson à écouter seul au casque, posé chez soi, idéalement le soir, dans le noir, on pense plutôt à un truc planant. Qui fait voyager. Un morceau plutôt doux, en plusieurs parties qui s'enchaînent et durent longtemps... Je vous propose l'inverse. L'exercice de l'écoute au casque est également aussi très recommandée pour rentrer dans la tête d'un artiste. Ici, Alan Vega propose une musique minimaliste et répétitive jusqu'à l'hypnose, et croone par dessus comme s'il était Jerry Lee Lewis, Iggy Pop et James Brown en même temps. Et on rentre petit à petit dans son esprit grâce à la puissance de la répétition qu'il arrive à transcender de son chant d'un charisme indescriptible. Le truc cool, c'est qu'il a engendré, en solo (d'ailleurs il est très injustement sous-estimé voire oublié en solo) ou avec Suicide, tout un tas d'enfants illégitimes sous formes de groupes géniaux comme Soft Cell, Pet Shop Boys, Brazlian Girls, LCD Soundsystem, ou plus récemmentSneaks, qui ont perçu la puissance de ce minimalisme associé à une démarche radicalement personnelle et créent avec trois fois rien de nouveaux mondes musicaux dans une chambre avec rien de plus qu'un PC. Et la bonne nouvelle c'est qu'il ne vous faut qu'un casque et une connexion internet pour accéder aux esprits tordus et géniaux de ces musiciens. Une autre pour la route ? :"Cry A Sea Of Tears" (1991) LE CHOIX D'ETIENNE
"Six Pianos"
Steve Reich
Contrairement à Alexandre, je vais mettre les deux pieds dans le plat de cette ambiance dont il parle si bien. Car si il y a bien une manière d'écouter de la musique qui me donne des frissons c'est seul, au casque, la nuit, allongé sur le sol de mon salon. J'y affectionne tout particulèrement les apporches minimalistes et répétitives ainsi que la musqiue concrète. Cela va de Philip Glass à Arvo Part en passant par Joep Franssens, Terry Riley et Max Richter, qui, à coup sûr, m'emportent dans un onirisme tridimensionnel. Mon choix s'arrêtera sur Six Panios de Steve Reich. Tout est dans le titre, le reste n'est que pur bonheur.
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Au delà d'illustrer parfaitement cette période charnière qu'est l'adolescence, Sébastien Tellier, cet album et ce titre ont fait parti de ma discothèque rapporchée à cette période où je me familiarisais à la musique électronique via la "French Touch" qui avait pour moi un goût d'émancipation, tout en restant dans un format très orthodoxe. En cette même année 2008, explosa MGMT avec leur magistral et jouissif Oracular Spectacular qui fut aussi pour moi un album initiatique vers une musique plus indépendante.
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THEME DU JOUR :
La chanson de l'enfance
LE CHOIX D'ALEX
"I've Been Tricked "
Leigh Harline & Paul J. Smith
Walt Disney's Snow White Soundrack (1938)
Pour ce thème pas évident, j'ai failli vous parler de Pierre et le Loup de Sergeï Prokoviev, qui a tourné en boucle sur mon lecteur cassette quand j'étais gosse, dans une version racontée par dessus la musique évidemment. En effet, c'est une pièce qui a débloqué pas mal de choses chez moi, tout émerveillé par la magie de la musique, qui arrivait à provoquer un impact narratif presque visuel à travers des thèmes ultra identifiables et bien pensés pour chaque personnage. Mais au final c'est sur une bande originale marquante d'un dessin animé tout aussi marquant que j'ai trouvé "ma" chanson. On a chacun ses dessins animés, et en particulier ses Disney, fétiches, et ça dépend souvent plutôt de quelles VHS étaient disponibles chez nos parents/familles/amis à l'époque. Et Blanche Neige a beaucoup tourné car on avait la cassette chez notre grand-mère et que c'était quasiment la seule cassette qui nous intéressait, et c'était donc le choix par défaut quand on allait là-bas et que le dimanche pluvieux s'éternisait. Le film a donc pas mal tourné, et j'ai toujours été fasciné par le dessin animé qui a de nombreux atouts, et en particulier par sa bande originale, et plus précisément dans les moments de tension et de drame (plutôt que par les chansons plus joyeuses des nains par exemple). En effet, la BO, enregistrée en 1937, a un grain très particulier, très vieilli, qui donne un côté surréaliste et effrayant au son, amplifiant l'impact dramatique de quelques morceaux déjà composés avec la peur en tête. Mais au-delà de ce son tremblotant et intriguant (qui sonne d'ailleurs comme un sample et qui serait super à échantillonner sur des prods comme celles de RZA), ce sont tous les petits éclats d'inventivité présents sur ce morceau qui en font la grandeur et lui donnent un côté unique : l'insistance des cordes frottées, son alternance entre moments de tensions minimalistes et explosions dramatiques instaurant une tension croissante. Et surtout, un jeu sur la dissonance presque psychédélique : écoutez à partir de 2'35" et dites moi si ces cordes en boucle, assorties d'un son de chaudron bouillant, ne vous font pas penser aux recherches du psyché 60's (Fifty Foot Hose, Silver Apples...) ou à un sample électronique ou hip-hop (on pourrait tout autant entendre ce type de sons sur un Justice que chez un rappeur). Un amateur éclairé lisant ce texte pourrait sûrement me diriger vers une influence commune, j'aurais bien parlé de Stravinsky mais je connais trop mal le contexte de la musique "classique" contemporaine de l'époque pour pouvoir affirmer son influence ou non sur cette BO. Toujours est-il que si vous voulez un petit shot de terreur enfantine, cliquez sur play et laissez vous emporter par le tourbillon d'"Ive Been Tricked". Si vous en voulez plus : "Love's First Kiss (Finale)" sur cette même BO, Sergeï Prokoviev - "Thème du Loup" (Pierre Et Le Loup) LE CHOIX D'ETIENNE
"J'entends une chanson"
Johann Steurlein adaptation française de Nicole Clément
Effectivement, le choix est cornelien. Nombreuses sont les madelaines de Proust qui réveillent notre enfance. C'est peut être la musique accoustique qui me reviens en premier, celle qui vibre et fait vibrer, celle dont on admire une maitrise qui enfant nous parrait inaccessible. Je me revois écouter ma mère jouer la Lettre à Elise de Beethoven sur le piano droit qui trône dans le salon et qui me touchait par sa mélancolie. C'est ensuite la musique des dessins animés, porteuses de nos naïves émotions d'enfant. Celle qui m'a le plus marqué reste la scène finale du Tombeau des Lucioles m'évoquant une tristesse et une dureté qui m'ont profondément marqué. Mais mon enfance, je l'ai avant tout vécu dans le cocon de ma famille. Mes parents, passionnés de chant choral, nous avaient appri à mes trois frères et moi, un chant à quatre voix que nous entonnions fierment à chaque occasion. Il s'agit d'un air polyphonique du XVI siècle écrit par Johann Steuerleinavec une adaptation française de Nicole Clément.
BUOYS, nouvel album de Panda Bear, ne surprendra pas totalement les amateurs de sa musique, mais réussit néanmoins le toujours délicat équilibre entre perfectionnement et réinvention. On retrouve le son aquatique d'Animal Collective, les guitares folk assez rythmiques de Young Prayer et des débuts d'AnCo, l'influence de la dub et du hip-hop (cf Panda Bear Meets The Grim Reaper, son précédent long format) et les mélodies vocales post-Beach Boys.
En revanche, il y a quand même pas mal de changements, dus à des influences inattendues. Bon déjà, les guitares très présentes ici, ça n'était pas arrivé depuis un moment, et ça vient du fait que Noah Lennox -de son vrai nom- avait besoin de ressortir ses vieilles guitares et de répéter avant d'entamer une tournée autour de l'album Sung Tongs (2004) d'AnCo. La plupart des morceaux de BUOYS viennent d'ailleurs d'ébauches conçues pendant cette période de ré-appropriation de l'instrument.
Les influences hip-hop sont également assez différentes, car avec l'aide de son collaborateur Rusty Santos, c'est plutôt vers les rythmiques et les basses trap et latines que ce producteur l'a amené ; lui qui est aussi à l'aise dans le footwork que dans le reggaeton ou la batida, électro portugaise mutante que son label Principe Discos fait rayonner. Lennox est également devenu fan de Swae Lee du groupe de trap-pop Rae Sremmurd, et cette influence l'a amené à épurer ses instrumentaux, utiliser l'autotune sur sa voix et chanter de façon plus directe sans forcément chercher à harmoniser avec lui-même, tranchant avec les chorales pop de ses précédentes sorties. Une des choses qui l'a poussé dans cette direction est l'embarras de ses enfants, notamment sa fille jeune ado, vis-à-vis de sa musique assez non-conformiste. Il a donc essayé de les impressionner avec un disque plus pop dans sa forme. C'est a priori raté pour eux, mais réussi pour nous.
Panda Bear - Dolphin (2019)
En effet, cet album est réconfortant pour le fin connaisseur d'Animal Collective, mais assez unique dans sa forme, et surtout parfait dans son genre tout à fait unique. Il faut quelques écoutes pour rentrer dans "Dolphin", avec son chant beau comme du Brian Wilson, autotuné presque tendrement, rythmé par des samples aquatiques. Il faut comprendre et accepter que la guitare soit jouée comme si c'était un sample, volontairement, et utilisée comme un outil rythmique et une base d'accords sur lesquels la voix se pose plutôt que comme un instrument lead. Pensez à Syd Barrett jouant le même accord en boucle. Mais ce titre, une fois qu'on est rentrés dedans, est magique, hypnotisant. Il pourrait durer des heures. C'est le premier titre composé pour l'album, qui a donné la "formule" guitare-beat-basse-voix à Santos et Lennox pour la suite du LP.
Et c'est tout aussi beau tout du long. "Cranked" et "Token" évoquent les moments les plus épurés du magnifique et sous-estimé Tomboy. La direction pop se ressent sur la très directe "Master", sorte de suite apaisée au tubesque et violent "Mr Noah" sur le disque précédent dans son esprit. Cette ambiance de plage nocturne, à la Beach Boys, est également présente sur la très belle et obsédante "I Know I Don't Know".
Panda Bear - Token (Clip, 2019)
Sur la fin du disque, notamment "Buoys", "Crescendo" et "Inner Monologue", Panda Bear laisse presque tomber l'idée d'utiliser les guitares de façon mécanique, et le jeu plus fluide donne une tonalité folk apaisante aux morceaux là aussi très directs, tandis que quelques enluminures électroniques gardent un petit côté joueur proche des fêtes foraines pop de Painting With. Une cadence syncopée, presque boogie donne un petit côté roots à "Home Free", sorte de blues électronique et psychédélique, comme une version futuriste des albums solo de Barrett justement.
La démarche épurée de Lennox a payé et il arrive à se renouveler sans aucun accroc et en produisant au passage un de ses plus beaux disques. A écouter absolument !
Je suis fasciné par ce disque. Uniquement instrumental, il délivre une musique au carrefour entre électronique et pop. Pop car cette musique est rythmée voire sautillante, mélodique, fun et qu'elle sait jouer avec les sons pour accrocher l'auditeur. Espen T Hangard est un producteur norvégien basé à Oslo, et ce disque, sorti chez Entartete Musik, est la suite directe de Primaer, sorti l'an dernier, et issu de sessions remontant de 2009 à 2012, et mixées et passées au mastering en 2018. La genèse de ce disque remonte donc à presque 10 ans, et c'est peut-être en partie cela qui le rend si intemporel.
Espen T Hangard - Syretyveri (2019)
Entre post-punk minimaliste, IDM joueuse comme un Aphex Twin particulièrement farceur, acid house et électro-pop sautillante (on pense aux Metronomy des débuts), "Combi. Rock" ouvre le disque de façon parfaite. L'explosive "Syretyveri" prolonge et accentue le plaisir, entre breakbeats, acid déglinguée comme du Mr Oizo et nappes de synthé entre Kraftwerk, Afrika Bambaata et un délicieux synthé trompette (j'ai une confession à faire : j'aime les synthés qui font pouet pouet). Egalement située entre acid, house planante et aspirations électro-pop, "Trampoline" est un petit bonbon.
Pour le coup, "Fire Truck Acid", "Atlas Reconfiguration" et "Ego Zenith" sont plus faciles à classer du côté IDM, elles auraient pu sortir chez Warp il y a 20 ans, ce qui ne leur enlève rien. Sur ce morceau, on se rend compte à quel point ces programmations et ces synthés sont expressifs et ont une vie qui leur est propre, est c'est encore plus vrai pour "Position Clock" : essayez de vous éloigner de vos enceintes et de loin vous jurerez entendre un chant. Dans le genre, la très belle et planante "Mirages" a une beauté délicate proche du krautrock dans son versant le plus électronique et contemplatif.
Espen T Hangard - Mirages (Clip, 2019)
Nous avons donc eu une chance inespérée qu'Espen T Hangard se décide à exhumer ces vieilles sessions pour en faire un disque, et je suis bien content d'être tombé dessus au hasard de Bandcamp, parce qu'un disque d'électronique aussi réussi de bout en bout et avec autant de personnalité, c'est toujours un petit trésor.
Mes morceaux préférés :Combi. Rock, Syretyveri, Position Clock, Mirages