Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes

mardi 14 avril 2020

The Strokes - The New Abnormal (2020)


  Les Strokes ont été LE groupe générationnel du rock des années 2000. Revisitant avec intelligence l'héritage punk et post-punk de leur New York natal, ils ont également su composer des hymnes pour la jeunesse d'alors, et leur premier album a été un classique instantané. Ce statut de légende a en revanche eu des conséquences sur la réception de leurs albums : le deuxième était trop proche du premier, le troisième s'en éloignait trop en tentant des choses dans tous les sens, Angles le disque du retour a été mal aimé pour ses sonorités synthétiques venues des aventures solo de Julian Casablancas et son écriture s'inspirant du rock indé, et Comeback Machine a été décrié comme "le disque où l'on entend que le groupe manque d'envie de jouer ensemble". Or, on s'est trompés -ici y compris, où ce dernier avait été reçu en demi-teinte- et à la réécoute, passée l'hystérie de la sortie, sans attentes démesurées, ces disques se sont révélés comme des classiques, chacun à leur façon, montrant autant de facettes d'un groupe solide et aventureux. Et même si j'attends désormais davantage les sorties des Voidz de Casablancas, allant un cran plus loin dans toutes les directions, j'étais assez confiant sur cet album des Strokes. 

The Strokes - The Adults Are Talking (2020)

  Ce disque sonne comme un mélange heureux entre les différentes époques du groupe, ni retour au source ni renouveau complet, c'est un disque d'équilibre, comme leur EP Future Present Past de 2016, dans la continuité de Comeback Machine en moins sombre, intense et claustrophobique. Ici, tout est ouvert, tout sonne grand, en grande partie grâce à la production de Rick Rubin, qui sépare tous les instruments dans le mix de façon assez radicale. Chacun d'entre eux se distingue avec une netteté irréelle, rien ne dépasse, il y a un espace incroyable dans le mix de tous ces morceaux. Cette production clinique n'efface pourtant pas l'effet groupe du disque, la force des Strokes ayant toujours été dans l’interconnexion entre les musiciens, leur synergie s'entend ici. On a l’impression qu'ils jouent ensemble, en groupe, mais dans des pièces séparées à des milliers de kilomètres de distance. C'est très surprenant au départ, mais ça donne finalement à cet album une identité, et va bien avec le côté mature, apaisé, dad rock et grosse production avec un gros son de l'ensemble.

The Strokes - Brooklyn Bridge To Chorus (2020)

  Quant aux morceaux, ils sont là. "The Adults Are Talking" continue dans la lancée des intros d'albums parfaites et s'impose d'entrée comme un classique stroksien. "Selfless" est une jolie chanson, plus pop, qui fait la part belle au falsetto de Julian et à la guitare solo un peu mélo mais touchante. "Brooklyn Bridge To Chorus" est une pépite de synthpop, immédiate et tubesque. "Bad Decisions", un bon morceau de new wave à guitare, au son noyé dans un chorus solaire. "Eternal Summer", avec son chant suraigu, aurait pu figurer sur Angles, et si on aurait pu lui craindre un côté anecdotique, le groupe réussit un coup de génie en lui faisant prendre un virage brusque à mi-parcours, un peu Clash ou Gorillaz dans l'esprit. C'est probablement "Why Are Sunday's So Depressing" qui finit par être le seul morceau vraiment dispensable du disque (ce qui ne l'empêche pas d'être sympathique, avec quelques bonnes idées). Autre morceau un peu déjà entendu, "Not The Same Anymore" et son rock indé 90's arrive tout de même à captiver par son intensité non feinte.

The Strokes - At The Door (Clip, 2020)

  "At The Door" est une ballade gothique hantée et magnifique, portée par un synthé obsédant, à la production dépouillée et gavée de bonnes idées (les choeurs synthétiques, les claviers grandioses, les vocalises autotunées de la fin...). A ce propos, le groupe intègre intelligemment et discrètement quelques idées de production électroniques, comme à son habitude, mais de façon peut-être encore plus assumée et maîtrisée. Mais mon morceau préféré ici, c'est probablement "Ode To The Mets". Elle se met en place lentement, et après une intro bordélique, elle utilise également le coup du motif de clavier hypnotique, pour construire dessus un morceau de bravoure à combustion lente, portée par cette ambiance tragique, inéluctable venue de la mélodie principale, et par l'intensité du chant de Casablancas, dont la voix de crooner rock écorché sonne comme un Iggy Pop moderne. Un très grand morceau, et là encore un nouveau classique immédiat pour les Strokes.

The Strokes - Ode To The Mets (2020)

  En bref, c'est un vrai bon album. Assez solide, concis, avec une vraie direction, des choix de production assumés, des chansons qui tiennent la route, et c'est tout ce qu'on pouvait attendre d'un tel groupe. Certes, pas leur meilleur, pas révolutionnaire, mais bon dans ce qu'il fait, fun et mature à la fois, et offrant quelques morceaux de choix aux amateurs.

Mes morceaux préférés : The Adults Are Talking, Brooklyn Bridge To Chorus, Eternal Summer, At The Door, Ode To The Mets


Alex



3 commentaires:

  1. J'ai été de suite scotché par cet album, et tu le présentes bien, mais... non, pas mais, plutôt une question "Ode To.." est tellement évident que j'ai cru à une reprise d'un titre que je retrouvais pas, je me trompe, pourtant la mélodie est familière.
    Un chouette retour d'un groupe à estimer, comme je m'y suis pris hors mode je n'ai eu aucune difficulté à les aimer.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. D'accord avec toi sur l'évidence de "Ode To The Mets", il y a un truc intemporel là dedans et il ressemble probablement à quelques autres morceaux !
      C'est exactement ça, un chouette retour. Pareil que toi, à l'époque je me suis pris les 3 premiers d'uns seul coup dans la gueule à 15 ans vu que je suis un peu plus jeune que leur cible de base (j'avais genre 7 ans en 2001 sortie de Is This It haha) et pour moi c'était un groupe "fini" séparé quoi, je les écoutais comme on écoute les Beatles, comme un truc passé, définitif. J'ai bien aimé l'album du retour Angles à l'époque, même si 1 ou 2 morceaux un peu en dessous. Par contre en 2013 je sais pas trop pourquoi j'ai vraiment loupé Comeback Machine alors qu'il n'a pas à rougir à côté des 3 premiers.
      Tu avais essayé le solo de Casablancas et son groupe The Voidz (2 LP à ce jour) ?
      A+

      Supprimer
  2. L'album est une sacrée prise de risque pour le groupe qui revient à son style qui l'a fait connaître et aimer. Comment ne pas le comparer à Room on Fire ou à Is This It ? Et bien il n'a en rien à envier vis à vis de ses prédécesseurs. Et je suis d'accord avec vous sur Ode To The Mets :)

    RépondreSupprimer