Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes

mercredi 7 novembre 2018

Flavien Berger - Contre-Temps (2018)


  Ne l'ayant suivi que de très loin, c'est avec une certaine surprise que j'ai découvert à quel point cet album de Flavien Berger était bon. Un peu de Daho dans la voix, une musique électronique entre calme presque electronica 90-2000's, mélodies sucrées d'une électro-pop rêveuse au son assez anglais, variété chic (à la Florent Marchet, Juliette Armanet, Pépite...), nappes planantes d'un rock progressif synthétique et digressions house et techno. C'est le cocktail d'un disque étonnant et beau.

Flavien Berger - Brutalisme (Clip, 2018)

  L'intro "Rétroglyphes", posée, introduit bien cette atmosphère, poursuivie par une incroyable série de morceaux, presque tous sortis en single : la néo-bossa poétique post-Katerine de "Brutalisme", le génial "Castlemaure" qui évoque aussi bien les Daft Punk que Homeshake (cette suite d'accord est magnifique, et cette petite touche de vocoder/talk box nous fait fondre), la très chouette "Maddy La Nuit", comme un Daho proto-house revisité façon Paradis, et enfin "999999999", épopée synthétique pleine de synthés basse enivrants comme chez Bot'Ox. Cette série de morceaux, tous très différents et complémentaires, est en elle-même une réussite totale : la composition, le sound design, la voix, la poésie, tout y est. 

Flavien Berger - Maddy La Nuit (Clip, 2018)

  La suite de l'album est un poil moins marquante, mais reste très bonne. On apprécie particulièrement "Intersaison", qui fait (joliment) dans le crossover entre variété française façon François & The Atlas Moutains et ambient music post-Brian Eno, et "A Reculons" est davantage dans une synthpop sombre, mâtinée de post-punk aux lointains échos surf rock façon La Femme. 

Flavien Berger - Castlemaure (2018)

  Peut-être que l'exercice de style "Medieval Wormhole" n'était pas nécessaire, mais des morceaux comme le très pur "Pamplemousse", le très synthpop "Deadline" le posé "Hyper Horloge" rattrapent le coup sans problèmes. L'accumulation de titres un peu similaire commence néanmoins à lasser en fin de disque, notamment "Contre-Temps" avec Bonnie Banane qui laisse un peu perplexe et "Dyade" qui est jolie mais ne va un peu nulle part malgré quelques bonnes idées et un bon petit solo final à l'ancienne.  

Flavien Berger - 999999999 (2018)

  En bref, c'est un bon album, qui souffre un peu du décalage de qualité entre son premier tiers et le reste du disque, agréable mais moins marquant. C'est néanmoins une réussite d'électro-pop francophone que je vous recommande chaudement malgré ces quelques réserves mineures, et la confirmation que Flavien Berger a du talent, et qu'il est donc un artiste à suivre, capable du meilleur.

A écouter sur Deezer ou Spotify

Alex


mardi 6 novembre 2018

Handbraekes - #3 EP (2018)


  Handbraekes est un duo formé de notre chouchou Mr Oizo et de l'allemand Boyz Noise, et cet EP est le troisième sous ce nom (d'où ce titre), avec toujours ce visuel automobile et phallique. Et c'est une petite bombe déviante comme on aime.

  "Discow" est un hommage débile et magnifique à la French Touch. Ultra répétitive, filtrée à mort, c'est un genre de house hédoniste très proche de ce que faisaient Thomas Bangalter et DJ Falcon sous le nom de Together, des labels Roulé et Crydamoure, et même plus simplement les Daft Punk avec "One More Time". Cette musique, hédoniste et universelle, garde son pouvoir de séduction en mariant une insouciance pop avec une certaine mélancolie sous-jacente. L'orthographe (et la répétition) évoquent également le "Moscow Discow" de Telex, et sans doute pas de manière innocente, puisque ce dernier était également un monument de dance fun et dense à la fois.

  On a ensuite "All Night Long", un gros banger bien Mr Oizo additionné de sample de soul flitré façon French Touch, de house violente à la Homework et de grognements sexuels évidemment. Puis vient un banger encore plus WTF et encore plus violent, j'ai nommé "Intertwo". On oscille là entre folie façon Oizo, rythmique quasi-reggeaton hyper métallique, et acid house énervée et saturée (on pensera au "On Sight" de Kanye West, produit par les Daft, mais aussi aux travaux de Brodinsky ou Gesaffelstein). L'enchaînement de ces trois premiers morceaux est une déflagration salutaire, une bonne claque dont on a du mal à se remettre. 

L'EP en entier, sur Youtube

  Heureusement, "Citroën" est plus calme, et consiste à caser une fausse pub déclamée par très belle une voix féminine, en allemand (on en profite pour emmerder copieusement une deuxième fois cette semaine les rageux qui crachent sur la langue allemande) sur des accords de clavier géniaux et un beat un poil haché façon trap mais néanmoins un peu funky (bonne ligne de basse). Complètement décalé, l'exercice de style passe bien. De même que "Jumpma", qui s'inspire du hip-hop et ressemble à un exercice de déconstruction de l'EDM en utilisant un sample de voix bouclé jusqu'à la nausée, et "Bangyou" qui fait de même avec un sample répété ad nauseum jusqu'à ce que la joie dance qu'il contenait révèle son côté tragique et profondément triste, tout en créant une tension qui ne sera -de façon malicieuse- jamais résolue par un gros drop que l'auditeur attend pourtant. 

  Cet EP inattendu est donc très réussi, avec une première partie incroyable entre nostalgie de la French Touch et gros bangers qui tabassent, et une deuxième partie plus conceptuelle poussant la déstructuration de la musique à son paroxysme. Un très, très bon boulot tant sur le fond que la forme. 

Ecouter sur Spotify ou Deezer ou Youtube

Alex


dimanche 4 novembre 2018

Klaus Johann Grobe - Du Bist So Symmetrisch (2018)


  J'avais adoré la pop rêveuse et psychédélique des allemands de Klaus Johann Grobe sur Spagat der Liebe, une de nos plus belles découvertes de 2016, mais rien ne m'a préparé à ce Du Bist So Symmetrisch, sorti tout récemment. Les synthés incroyables du précédents, le côté psyché voire cosmique sont toujours présents, mais désormais c'est une basse énorme, souvent slappée, et funky à la Metronomy période The English Riviera (2011) qui drive le groupe. Elle rend la musique du groupe encore plus pop et accrocheuse et accouche de quelques tubes inouïs comme "Discogedanken" ou "Von Gestern". Sur des morceaux plus posés, le côté funky tranquille évoque aussi bien Metronomy que le Baxter Dury de Happy Soup (2011), comme sur "Ja!". 

Klaus Johann Grobe - Discogedanken (Clip, 2018)

  Et puis lorsque cette basse s'accompagne d'un disco-rock enlevé, on atteint des sommets digne des morceaux de Franz Ferdinand les plus dansants ("Der Koenig"), et on entend une touche presque Moroder sur le génialissime et quasiment club-ready "Out Of Reach" (on a également de petites influences acid sur "An diesem Abend", puisqu'on parle électronique). Entre claviers à la Daft Punk de Discovery (2001), basse funky liquide et synthés discoïdes tout aussi humides, "Watte in meinem Kopf" serait également un petit tube potentiel dans un monde où les gens seraient moins snobs, plus ouverts et éviteraient de dire que l'allemand est une langue moche avant d'avoir entendu qui que ce soit la parler en dehors d'un film de De Funès (j'emmerde copieusement ces gens au passage).

Klaus Johann Grobe - Out Of Reach (Clip, 2018)

  Quelques interludes space permettent d'entretenir l'ambiance onirique et contemplative du groupe, entre prog électronique et krautrock, comme "Sintemal 1" et "Sintemal 2", tandis que "Du+Ich" est pile entre le trip introspectif et la piste de danse, porté par une mélodie incroyable et une mélancolie magnifique. Dans le même genre de compromis parfait, le quasi californien "Siehst du Mich Noch" partage avec le dernier Connan Mockasin (Jassbusters, 2018, récemment chroniqué ici) une élégance simple et rare, un sens de la mélodie et du groove imparable, et une orientation soul/funk déviante pervertie par un psychédélisme taquin. D'ailleurs, le son liquide et funky de "Zu Spaet" aurait pu être entendu sur le projet Soft Hair de Mockasin et LA Priest, sorti en 2016. Encore une magnifique chanson. 

Klaus Johann Grobe - Siehst Du Mich Noch (2018)

  Bref, cet album est un uppercut, un coup de génie. Utiliser cette basse slappée funky comme moteur de l'album donne à la pop synthétique du groupe un gros coup de boost et propulse le disque avec vigueur tout en conservant la délicatesse de leur son et de leurs mélodies. On assiste à l'écoute de Du Bist So Symmetrisch à un de ces rares miracles pop qui nous enchantent. Un grand, grand disque.

A écouter sur Spotify ou Deezer

Alex

vendredi 2 novembre 2018

Connan Mockasin - Jassbusters (2018)



  Quelques années après un Caramel complètement fou, entre soul sexy façon Barry White et psychédélisme déglingué, et quelques projets parallèles dont un album génial avec LA Priest sous le nom de Soft Hair, Connan Mockasin revient avec un album au contenu musical plus sobre et posé, même si il illustre un film (BOSTYN 'N DOBSYN)que nous n'avons pas vu mais qui a l'air assez barré (si j'ai bien compris une histoire d'amour entre un prof et son élève ?). 

Connan Mockasin - Charlotte's Thong (2018)

  Dès le single "Charlotte's Thong", en hommage à Charlotte Gainsbourg avec qui il a bossé, l'ambiance est posée. Guitare tour à tour folk, soul et surtout blues, basse lente mais funky, on n'est pas très loin du jeu virtuose mais pas démonstratif de génies de la mélodie comme Albert King ou David Gilmour. L'album a été enregistré en très peu de temps, et ça s'entend, dans la qualité de l'enregistrement notamment : on entend un peu de bruit en background, ce qui paradoxalement renforce les chansons, leur donnant une intimité supplémentaire, une authenticité et une proximité difficiles à feindre, un petit côté fait maison comme les premiers McCartney ou même une fenêtre dans l'esprit à nu de l'auteur de ces morceaux, un peu comme sur un disque de Syd Barrett. Le morceau s'étend, s'allonge, mais sans les interminables digressions psyché gavées d'effets sonores qu'on a l'habitude d'entendre chez Connan. Ici, tout est plus simple, et plus sobre. Et ça marche à merveille. La seule petite digression est une interlude avec quelques lignes de dialogue, "You Can Do Anything", et elle passe plutôt bien. 

    Mockasin invite James Blake pour la soul/gospel de film d'horreur dépouillée et folky de "Momo's", qui doit beaucoup à Radiohead (on imagine d'ailleurs très bien Thom Yorke la chanter). Là encore, le morceau est d'une simplicité désarmante, mais la charge émotionnelle contenue dans ces quelques notes et ce chant limpide passionne et prend à la gorge pendant tout le morceau. Encore plus laid-back, mélancolique et posé, "Last Night" rappelle nombre de classiques blues et soul, avec de petites touches de folies évoquant alternativement le rnb de Blood Orange, le funk fou de Prince ou le Bowie période plastic soul. Un autre excellent morceau. 

Connan Mockasin - Con Conn Was Impatient (Clip, 2018)

  Autre grand morceau, "Con Conn Was Impatient", lui aussi sorti en single (si ça veut encore dire quelque chose), puise de son côté dans le blues, la soul et le rnb, mais là encore arrive à imposer une ambiance nocturne, mélancolique et intimiste magnifique, et réussit à groover tout en posant une mélodie inoubliable, sur un tempo plutôt lent en plus. Ce groove mi-folk mi-funky, joué avec beaucoup de chorus, fait d'ailleurs pas mal penser à une autre figure ultra influente du rock indé : Mac DeMarco. C'est particulièrement flagrant sur des morceaux plus rythmés comme le second interlude du disque : "B'nd". 

  Tout le génie de ce disque est de proposer des tempos ralentis, des morceaux très épurés et relativement répétitifs, tout en réussissant à tenir en haleine l'auditeur grâce à une interprétation géniale. Des morceaux comme "Sexy Man" ou "Les Be Honest" auraient pu être très chiants sans ce 6e sens de Mockasin pour accrocher l'oreille. 

  Cet album est une anomalie salutaire. Un disque lent, minimaliste, bluesy, soul et un peu folk, reposant tout entier sur le talent d'interprète et l'oreille de mélodiste d'un Connan Mockasin qui s'impose une fois de plus comme un génie de la pop, à contre courant et pourtant ultra influent. Un grand disque, concis, impeccable, et de superbes chansons qui sont autant de pauses salutaires, de bouffées d'air frais dans une époque où la musique est souvent sur-compressée, surproduite, ultra-rapide et sans reliefs.

A écouter sur Spotify ou Deezer


Alex



vendredi 26 octobre 2018

Sheck Wes - MUDBOY (2018)


  Cet album n'est pas un album de trap comme les autres. Alors que le genre est fortement ancré dans le Sud, ayant maturé à Atlanta, Sheck Wes vient de Harlem, tout comme son producteur et ami Lunchbox, et ils ajoutent un côté cinématographique, sombre, minimaliste et nihiliste, venu des légendes de la côte Est (Mobb Deep, Wu Tang Clan...) à cette musique.

Sheck Wes - Mindfucker (2018)

  Les accords traînants et menaçants de synthé, accompagnés de bruitages de film d'horreur, de choeurs morbides post-Kid Cudi et d'une rythmique très, très sèche, installent cette ambiance dès "Mindfucker", grand morceau sur lequel Sheck Wes pose son flow, entre trap à la Migos, Soundcloud Rap et phases plus classiques. La musique oscille entre un côté implacable, directement issu du travail de groupes bruitistes comme Death Grips et de l'immédiateté punk du rap underground et saturé de Soundcloud, et moments plus ambient et aérés durant lesquels la tension monte, comme si la petite dose d'oxygène accordée à l'auditeur était viciée ("Wanted"). Le sound design est remarquable, et installe une ambiance dystopique, entre BO de films d'épouvante, Blade Runner, rock psychédélique et productions d'El-P ("Chippi Chippi"). 

Sheck Wes - Chippi Chippi (Clip, 2018)

  Les sons originaux, souvent proches des musiques de vieux jeux vidéos à la Pokémon ou Zelda (les géniaux bangers à écouter absolument comme "Live Sheck Wes", "Gmail", "Mo Bamba", "Fuck Everybody"), utilisés dans ces sons post-trap rappellent le travail de Pi'erre Bourne en plus sombre et plus minimaliste. Mais même si niveau efficacité, la dynamique et la complémentarité entre Wes et son producteur sont souvent proche de celle de Playboi Carti et Bourne, Wes est néanmoins un bien meilleur MC, avec davantage de choses à dire, et là où Carti est un instrument comme un autre au service de la vision de Bourne, Wes est davantage dans une collaboration, captant davantage l'attention. Ne le confondez donc pas avec un ad-libber de plus, on a affaire à un vrai MC avec des choses à dire, dans la grande tradition de New York.

Sheck Wes - Mo Bamba (Clip, 2018)

  Mais même lorsque la musique se calme et se rapproche d'une électronique proche de l'ambient, la tension reste, comme sur les très belles "Danimals" "WESPN" et "Never Lost" qui évoque l'exil au Sénégal de Wes. Quelques tracks comme la très cool "Vetement Socks" ou "Jiggy On The Shits" se positionnent pile entre les ambiances plus aérées et les plus oppressantes, formant un bon amalgame du style Sheck Wes, et apportent un côté presque rock de la fin des années 70 - début 80's au projet, dans la lignée de l'influence qu'Eno a pu avoir à l'époque sur Bowie, Robert Fripp ou U2 à la suite de sa période berlinoise. Et un petit côté JPEGMAFIA aussi, ce dernier étant passé maître dans le mélange agression/beauté calme, et possédant également une oreille furieusement affutée pour les sons cools et non orthodoxes. 

  Même les sons moins originaux, comme "Burn Slow" qui mêle cependant chant et rap de façon intéressante, ou "Kyrie", qui évoque surtout Chief Keef et un peu Travis Scott, sont très recommandables, même si moins marquants. C'est que Wes sait gérer et varier ses influences, ainsi le single qui l'a fait décoller, "Mo Bamba", n'est pas plombé mais plutôt embellie par les éléments empruntés à Lil Uzi Vert ou Cudi. 

Sheck Wes - Live SheckWes Die SheckWes (Clip, 2018)

  C'est donc un disque assez passionnant au succès mérité, qui sait alterner entre nappes ambient inquiétantes et gros bangers saturés, et installe une ambiance cinématographique incroyable, à base de sons 8bits, de beats trap, de bruitages dignes de films d'horreur et d'un sound design presque coldwave, tout en alternant chant et rap avec brio. Une grosse réussite méritée pour un rappeur impliqué à fond dans un projet porté à bout de bras. 

A écouter sur Spotify ou Deezer

Alex


mardi 23 octobre 2018

IDLES - Joy As An Act Of Resistance. (2018)


  IDLES est des groupes de rock anglais les plus passionnants, un de ceux qui portent encore haut la torche du punk et arrivent à offrir une musique fidèle au genre mais actualisée et plus que pertinente, voire percutante. C'est sans doute leur plus grande réussite, arriver à estomaquer, à surprendre, à créer l'urgence, l'imprévisibilité dans la forme, pour mieux faire passer un fond radical, moderne et salvateur. 

IDLES - Colossus (Clip, 2018)

  C'est sur un ton menaçant, entre blues théâtral post-Jim Morrison et post-punk hargneux, que démarre l'album avec "Colossus". Les paroles évoquent le  rock gothique grandiose et sombre de Nick Cave ("Forgive Me Father / I Have Sinned") et musicalement on est proche de l'intensité bouillonnante des derniers Iceage et du psychédélisme plombé des meilleurs Black Angels, avant de virer totalemet punk garage sur un final fun comme du Hives. Ce côté rythmé et bagarreur du rock garage fait également les beaux jours de "I'm Scum", qui possède quelques belles parties de guitares aussi bonnes que du Shopping et un texte génial dont voici un petit extrait bien représentatif : "I Don't Care About The Next James Bond / He Kills For Country, Queen And God". Il y a parfois dans cette approche musicale un côté rock des années 2000, comme sur "Danny Nedelko", pas si loin d'Interpol ou des Strokes à leur plus énervé, ou de la folie post-Talking Heads de Ought. On remonte un peu plus sur l'épique "June" qui fait dans la ballade rock déglinguée post-Pixies, avec un côté épique venu tout droit de Springsteen en passant par chez les Arcade Fire dark du deuxième album. On entend encore ces derniers, ainsi qu'un peu de Dead Kennedys, sur une rythmique sautillante à la Buzzcocks, accompagnée d'une basse énorme comme chez Joy Division, sur la très bonne "Television", qui prend le parti d'utiliser le pronom "she" pour parler de Dieu.

IDLES - Danny Nedelko (Clip, 2018)

  On pense au punk post-hardcore, pas si éloigné d'un certain esprit metal (ou au moins hard, comme sur "Gram Rock"), des premiers Iceage sur "Love Song" ou "Never Fight A Man With A Perm", qui se permet de détourner Nancy Sinatra avec une malice punk qui rappelle le Johnny Rotten des Sex Pistols, tandis que c'est son autre groupe culte, Public Image Limited, dont l'ombre se fait parfois sentir dans la noirceur de la musique des IDLES. 

IDLES - Samaritans (Clip, 2018)

  Une autre citation génialement détournée est celle du "I Kissed A Girl" de Katy Perry dans "Samaritans". La chanson traite de la masculinité toxique, et entre un "The Mask Of Masculinity / Is A Mask / A Mask That's Wearing Me" et un "This Is Why / You Never See Your Father Cry", le choc d'entendre un gros "I Kissed A Boy And I Liiiiked It" chanté avec cet accent anglais si lié au punk, sur une grosse guitare, est à la fois jouissif et génial pour servir le propos, et illustre à quel point les IDLES font bien du punk en 2018.  

IDLES - Great (Clip, 2018)

  Le chant est un gros point fort du disque. Par exemple, sur "Great", la voix peut passer d'une rage punk à une vibe plus nostalgique, qui fait penser de façon troublante au chant de James Murphy de LCD Soundsystem. Sur "Cry To Me", elle séduit même par un côté presque sexy, dans la lignée lointaine d'Elvis, passé entre temps à la moulinette de chanteurs comme Iggy Pop ou Josh Homme. La musique, sorte de rockabilly de l'apocalypse, passé au travers d'un filtre nihiliste de psychédélisme lourd, aide cependant beaucoup à établir cette ambiance.

  Si l'immédiateté et la concision sont deux points forts du disque, le groupe sait aussi avoir des ambitions et les faire entrer dans sa volonté d'efficacité, ainsi plusieurs morceaux passent la barre des 5 minutes et possèdent des constructions en plusieurs partie. Le meilleur exemple étant "Rottweiler", dans lequel le groupe étend le morceau sans sacrifier à l'urgence et à la dangerosité qui font tout l'intérêt du morceau et qu'on sent proche de celle d'un concert, ce qui augure de très gros live pour ceux qui auront la chance de les voir jouer.

  En bref, c'est pour moi un disque de punk essentiel, une belle façon de renouveler, dynamiter et réveiller le genre tant musicalement que dans les thèmes abordés et la façon de les aborder, qui prend des leçons venues de nombreux autres horizons musicaux pour les appliquer au sien avec brio. Un grand disque, très réfléchi mais empli d'une fureur jouissive et salvatrice, que je vous recommande absolument.


Ecouter sur Spotify ou Deezer ou Bandcamp

Alex


samedi 20 octobre 2018

Jai Piccone - Mover EP (2018)

Aujourd'hui on parle house avec l'australien Jai Piccone, originaire de la Gold Coast de l'est australien, producteur, dj, musicien, mais aussi mannequin habitué des grands défilés. On avait déjà pu l'entendre à l'oeuvre en tant que guitariste et chanteur du groupe de chillwave TORA, actif de 2013 à 2015. Puis plus récemment sur son projet Inagwa avec Tobia Tunis, clavier et chanteur de TORA. Ils avaient notamment remixé le sympathique Myenemy de leurs compatriotes de Paracel, dans un downtempo chill et planant, pour un style déjà plus electronica. 


     Pour cette rentrée 2018, il est revenu avec un projet solo. Sur le pétillant Mover EP, fini les playlists de chillwave et place à une house anglaise racée 90's, taillée dancefloor. Avec un rythme de croisière à 121 bpm, le tempo est engagé et les 3 titres s'enchaînent avec insistance. Même si l'ambiance frôle souvent avec l'onirisme, ce n'est que pour mieux nous ramener à la brutalité des kicks qui martèlent 30 ans de house anglaise depuis le summerlove de 1988. On y entend la house anglaise revisitée de Disclosure, les synthés funky/nu-disco deDemuja et cette association onirique et brutale que Paradis maîtrise à la perfection.





On vous laisse écouter tout ça, en vous souhaitant un bon week-end... house !


Etienne